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Full text of "Revue d'hygiène et de police sanitaire"

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REYUE 

D’HY&IÈNE 

ET  DE  POLICE  SANITAIRE 
1918 


COLLABORATEURS  DE  LA  REVUE  D’HYGIENE 


COLLABORATEURS  FRANÇAIS 


MM. 

Fhançois-Franck,  professeur  au  Collège  de  France,  membre  de  l'Académie  de  médecine. 

—  Gahiel,  ingénieur  des  Ponts  et  Chaussées,  professeur  honoraire  à  la  Faculté,  membre 
de  l’Académie  de  médecine.  —  Marty,  membre  de  l’Académie  de  médecine.  —  Du  Cazal, 
ancien  médecin  principal  de  l’armée.  —  Richard,  ancien  médecin-inspecteur  de  l’armée. 

—  Drouineab,  inspecteur  général  honoraire  des  hôpitaux  et  établissements  de  bienfai¬ 
sance.  —  A.  Lacassagne,  professeur  de  médecine  légale  à  la  Faculté  de  Lyon.  — 
Clément,  médecin  des  hôpitaux  de  Lyon.  —  Pottevin,  secrétaire  générai  de  l’Office 
internatiopal  d’hygiène  publique. 


COLLABORATEURS  ÉTRANGERS 


Rr  Huebner,  secrétaire  de  la  Société  de  salubrité  publique  de  Russie.  —  Rr  Raücheuss, 
médecin  en  chef  de  l’hôpital  des ,  Enfants,  à  Saint-Pétershourg.  —  Rr  G.  Bergman, 
professeur  agrégé  d’hygiène  à  l’Université  d’Upsai  (Suède).  —  Rr  Félix,  professeur 
d’hygiène  à  la  Faculté  de  médecine  de  Bucarest.  —  Rr  Klas  Linroth,  directeur  général 
de  l’administration  médicale  de. Suède.  —  Rr  Pagliani,  professeur  d’hygiène  à  l’Université 
de  Turin.  —  R’’  Van  Ermenoem,  directeur  du  laboratoire  de  bactérioiogie  et  d’hygiène  de 
Gand.  —  Rr  Ra  Sylva  Amado,  professeur  d’hygiène  à  la  Faculté  de  médecine  de 
Lisbonne.  —  Rr  Ch.  A.  Cameron,  professeur  d’hygiène  i  l'Université  de  Rublin.  — 
Rr  Axel  Holst,  professeur  d’hygiène  à  i'Université  de  Christiania. 


La  Revue  d’Hygiène  est  l’organe  officiel  de  la  Société  de  Médecine  publique,  et  d% 
Génie  sanitaire,  qui  y  publie  ses  mémoires  et  les  comptes  rendus  de  ses  séances.  Un 
exemplaire  de  la  Revue  est  servi  par  la  Société  à  chacun  de  ses  membres  titulaires. 
—  Prière  d’envoyer  tout  ce  qui  concerne  la  rédaction  à  M.  le  Rf  A.-J.  Martin,  3,  rue 
Gay-Lussac,  Paris. 


REVUE 

D’HYGIÈNE 

HTOE  . 

POLICE  SANITAIRE 

Fondée  par  E.  VALLIN  ' 

DIRIGÉE  PAR 

A.-J.  MARTIN  A.  CALMEtTO*^ 

Inspecteur  général  des  Services  I  Directeur  de  l’Institut  Pasteur 
d’Hygiène  de  la  Ville  de  Paris.  |  de  Lille. 


COMITÉ  DE  RÉDACTION 

MM.  Ed.  FUSTER,  professeur  au  Collège  de  France. 

IMBEAUX,  ingénieur  en,  chef  des  Ponts  et  Chaussées. 

Û''  LETULLE,  médecin  des  Hôpitaux,  professeur  à  la  Faculté. 

D'’  E.  MARCHOUX,  chef  de  Service  à  l’Institut  Pasteur  de  Paris. 
D'’  L.  MARTIN,  directeur  de  l'Hôpital  Pasteur. 

PETSCHE,  ingénieur  en  chef  des  Ponts  et  Chaussées. 

REY,  membre  du  Conseil  supérieur  dés  habitations  à  bon  marché. 
D''  ROUX,  de  l’Institut,  directeur  de  l'Institut  Pasteur. 

TRELAT,  directeur  de  l'Ecole  spéciale  d’Architecture. 

VINCENT,  professeur  au  Val-de-6râce. 


la  Bédaction.^ 


ORGANE  OFFICIEL 

DE  LA  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 
ET  DE  GÉNIE  SANITAIRE 


QUARANTIÈME  ANNÉE.  —  1918 


0OiiS  PARIS 

MASSON  ET  C‘%  ÉDITEURS 

LIBRAIRES  DE  l’aCADÉMIE  DE  MÉDECINE 
120,  BOULEVARD  SA 


■  INT-GERMAIN 


REVUE 


D’HYUIÈNE 

ET  DE 

POLICE  SANITAIRE 


ds. 


MÉMOIRES 


LA  CHLORATION  ‘ 

.PROCÈDE  DE  STÉRILISATION  DES  EAUX 
PAR  LE  CHLORE  LIQUIDE 
par  M.  le  major  EDWARD  BARTOW, 

Sanilary  Corps,  National  Army,  U.  S.  A., 

Professeur  à  rUniversitô  d'Illinois, 

Directeur  du  Service  d’Eaux  de  l’État  d'Illinois, 

et  M.  RENÉ  LESENDRE, 

Chef  du  Laboratoire 

et  Membre  de  la  Section  d’IIygiùne  de  la  Direction  dos  Inventions. 

Cette  guerre  a  démontré,  d'une  manière  définitive,  que  les 
maladies  coiüagieuses  d’origine  hydrique,  et  notamment  les 
épidémies  typhoïdiques,  peuvent  être  supprimées  par  les. 
vaccinations  préventives  et  par  la  stérilisation  des  eaux  de 
boisson. 

Jamais  encore,  on  n’avait  vu  une  telle  concentration 
d’hommes  de  toutes  provenances  sur  un  espace  aussi  limité, 
ni  leur  séjour  aussi  prolongé  sur  les  mêmes  lieux,  avec  toutes 

1.  Les  Américains  <lisent  «  Chlorination  •>,  mais  appellent  le  clitoie 
<(  Chlorine  ■>.  Nous  proposons  le  mot  chloration,  malgré  sa  nouveauté, 
comme  expression  exacte  en  français. 


■1  la 


EDWARD  BARTOW  ET  RENÉ  LEGENDRE 


les  pollutions  qu’ils  apportent  à  la  nappe  d’eau  oii  ils  s’abreu¬ 
vent.  Jamais  non  plus,  on  n'avait  constaté  un  état  sanitaire 
aussi  constamment  bon.  Les  épidémies  des  guerres  antérieures, 
plus  meurtrières  que  l’ennemi,  ne  sont^plus  qu’un  souvenir  ; 
cette  guerre  est  la  première  où  la  maladie  ne  décime  pas  les 
armées  combattantes. 

On  le  doit,  certes,  pour  une  bonne  part,  à  la  pratique  de  la 
vaccination  antityphique.  Mais,  ainsi  que  le  faisait  récemment 
observer  le  major  'William  Lyster*,  comme  une  réaction  de 
fièvreUyphoïde  n’immunise  pas  toujours  sûrement  contre  une 
seconde  attaque,  comme  les  armées  actuelles  sont  composées 
d’hommes  de  tous  âges,  dontcertainspeuventêtre  àun  moment 
ou  fatigués,  ou  dans  un  état  de  santé  médiocre,  et  que  le 
nombre  des  porteurs  de  germes  est  plus  grand  parmi  les 
hommes  mûrs,  surtout  ceux  provenant  des  villes,  que  parmi 
les  jeunes  campagnards  qui  formaient  autrefois  les  armées  de 
métier,  il  faut  certainement  attribuer  aussi  une  part  des  heu¬ 
reux  résultats  obtenus  aux  précautions  prises  pour  alimenter 
les  troupes  uniquement  en  eau  potable,  débarrassée  par  la  sté¬ 
rilisation  des  germes  pathogènes  qu’elle  peut  contenir. 

De  tous  les  procédés  d’épuration  bactériologique  de  l’eau, 
le  plus  simple,  le  moins  coûteux,  et  par  suite  le  plus  communé¬ 
ment  employé  dans  toutes  les  armées,  est  la  javellisation. 

Les  propriétés  antiseptiques  des  hypochlorites  alcalins  sont 
connues  depuis  longtemps,  puisque  c’est  en  1822  qu’un  phar¬ 
macien  français,  Labarraque,  üt  connaître  la  liqueur  qui  porte 
son  nom,  quand  elle  n’est  pas  improprement  appelée  eau  de 
Javel®  et  qu’il  la  préconisa  pour  la  désinfection  et  la  prévention 
des  épidémies. 

Nous  empruntons  à  Joseph  W.  Ellms  l’historique  suivant 
de  la  javellisation. 

L’hypochlorite  de  calcium,  encore  nommé  chlorure  de  chaux, 
fut  employé,  dès  ISoJ-,  en  Angleterre,  pour  la  désinfection  et  la 
désodorisation  des  eaux  d’égout  et  recommandé  en  1885  par 

1.  Lyster  (William).  —  Présent  Status  of  Artificially  Treated  Drinkinf< 
Waterin  the  Field.  Mililary  Surgeon,  vol.  XL,  p.  401,  aprit  1917-. 

2.  L’eau  de  Javel  est  une  solution  d’hypochlorite  de  potassium.  Le 
liquide  employé  pour  la  javellisation  de  l’eau  est  de  l’hypochlorito  de 
sodium  auquel  convient  seule  la  désignation  de  liqueur  de  Labarraque. 


LA  CHLOHATION 


l’American  Public  Health  Association  comme  le  désinfectant  le 
plus  efficace  et  le  moins  cher.  Son  action  stérilisante  sur  l’eau 
était  déjà  bien  établie  en  i892,  par  de  nombreuses  recherches 
de  laboratoire;  mais  sa  première  application  à  un  service 
public  date  seulement  de  1897,  quand-  la  ville  de  Maidstone. 
(Angleterre)  se  servit  du  chlorure  de  chaux  pour  désinfecter 
ses  conduites  d’eau,  au  cours  d’une  épidémie  de  fièvre 
typhoïde. 

En  1905,  Houston*  employa  une  solution  alcaline  d’hypqchlo- 
rite  de  soude,  dénommée  «  Chloros  »,  pour  la  stérilisation  des 
eaux  de  Lincoln  (Angleterre). 

Le  traitement  systématique  des  eaux  par  les  hypochlorites 
alcalins  ne  se  généralisa  qu’après  1908.  A  ce  moment,  Johnson 
additionna  de  petites  quantités  de  chlorure  de  chaux,  les 
eaux  très  polluées  du  Bubbly  Creck,  à  l’Union  Stock  Yards 
de  Chicago;  Johnson  et  Leal  traitèrent  de  même  les  eaux  de 
Jersey  City.  Les  bons  résultats  obtenus  montrèrent  toute  la 
valeur  du  procédé, qui  se  vulgarisa  en  Amérique  et  de  là  se 
répandit  en  Europe. 

D’une  statistique  établie  par  Francis  F.  Longley,en  1914,  il 
résulte  que,  rien  qu’aux  Etats-Unis,  2  milliards  de  gallons 
(7,5  millions  de  mètres  cubes)  d’eau  sont  traités  chaque  jour, 
soit  par  les  hypochlorites,  soit  par  le  chlore  liquide  dont  nous 
allons  parler  tout  à  l’heure. 

En  France,  la  javellisation  était  peu  pratiquée  avant  la 
guerre.  Tout  àu  plus,  sur  les  conseils  du  D"  Roux,  Directeur 
de  l’Institut  Pasteur,  la  Ville  de  Paris  avait-elle  suppléé  en 
août  19il  à  une  pénurie  temporaire  d’eau  de  source  par  une 
utilisation  partielle  d’eau  de  rivière  javellisée.  Son  exemple 
n’avait  été  suivi  que  par  quelques  municipalités  et  avait  d’ail¬ 
leurs  soulevé  les  craintes  et  les  critiques  de  certains  hygié¬ 
nistes. 

Les  nécessités  nouvelles  apparues  depuis  1914  :  l’invasion, 
au  début  de  la  guerre,  de  certaines  régions  de  sources  où  la 
Ville  de  Paris  s’approvisionne;  l’accumulation  des  troupes 
dans  toutes  les  localités  situées  à  l’arrière  du  front  ;  en  'quelques 
cas,  la  pénurie  du  combustible  nécessaire  aux  usines  d'épura- 

1.  Houston  (A.  G.).  Sludies  in  Waler  Supply,  Macmillan,  London,  191;!. 


EDWARD  BARTOW  ET  RENÉ  LEGENDRE 


tio0  d’eau,  ont  obligé  de  recourir,  en  beaucoup  de  lieux,  à  la 
javellisation. 

Aux  armées,  tous  les  postes  d'eau,  de  quelque  importance 
qu’ils  soient,  depuis  les  canalisations  urbaines  jusqu’aux  plus 
simples  récipients  des  lignes  et  des  cantonnements,  sont  soumis 
au  même  traitement  ;  on  a  même  vu  paraître  divers  systèmes 
de  javellisateurs  automatiques  destinés  à  débiter  l’hypochlo- 
rile  sans  surveillance,  selon  le  débit  des  divers  points  d'eau. 

Les  innombrables  analyses  bactériologiques,  répétées  pen¬ 
dant  ces  trois  années  sur  les  points  les  plus  divers,  ont  toutes 
prouvé  l’efficacité  de  la  javellisation.  A  leur  défaut,  l’état 
sanitaire  suffirait  à  témoigner  de  la  valeur  de  ce  procédé,  le 
plus  simple  et  le  moins  coûteux  de  tous  les  moyens  de  purifica¬ 
tion  bactériologique  de  l’eau. 

L’immense  expérience  ainsi  réalisée,  sous  la  pression  des 
circonstances,  suffit,  croyons-nous,  pour  donner  droit  de  cité 
en  France  à  la  javellisation  et  à  faire  disparaître  toutes  les 
objections  qu’on  opposait  à  son  emploi. 

La  victoire  est  d’importance.  En  etFôt,  si  les  très  grandes 
villes  sont  assez  riches  pour  aller  chercher  au  loin  leur  eau 
potable  et  la  capter  à  des  sources  suffisamment  protégées  pour 
qu’aucun  traitement  ne  soit  nécessaire;  si  les  centres  impor¬ 
tants  peuvent  tout  au  moins  construire  des  usines  d’épuration 
et  assurer  leur  fonctionnement  régulier  par  une  surveillance 
technique  de  tous  les  instants,  il  ne  faut  pas  oublier  que  ce  sont 
là  des  opérations  onéreuses  que  seuls  permettent  un  riche  bud¬ 
get,  des  ressources  abondantes.  Pour  les  agglomérations  plus 
petites,  de  tels  travaux,  des  services  aussi  complexes  sont  inter¬ 
dits  et  le  seront  toujours  ;  ou  bien  elles  se  contentent  d’usines 
d’eau,  insuffisamment  entretenues  et  dirigées,  tout  en  obérant 
leurs  faibles  disponibilités  financières,  ou  bien  elles  ne  font 
rien  pour  assurer  à  leurs  habitants  une  eau  potable  et  elles  sont 
trop  souvent  alors  des  centres  endémiques  de  fièvre  typhoïde. 
La  pratique  de  la  vaccination,  gébérale  dans  l’armée,  n’est 
pas  encore  suffisamment  répandue  dans  la  population  civile 
pour  qu’on  puisse  tarir  de  sitôt  ces  foyers  d’épidémie. 

La  pratique  de  la  javellisation  peut  le  faire  immédiatement,  et 
il  faut  espérer  que  parmi  les  enseignements  de  celte  guerre, 


LA  CHLORATION 


celui-ci  ne  sera  pas  oublié,  que  partout  où  l’eau  est  suspecte, 
partout  où  elle  peut  être  polluée,  les  municipalités,  petites  ou 
grandes,  interviendront  et  organiseront  l’épuration  systéma¬ 
tique  par  le  chlore,  sous  l’une  quelconque  de  ses  formes. 

On  préviendra  ainsi,  à  coup  sûr  et  sans  grands  frais,  les 
épidémies  d’origine  hydrique. 


Aux  Etats-Unis,  où  un  grand  nombre  de  villes  n’ont  à  leur 
disposition  que  des  eaux  de  rivière,  de  Lacs  ou  de  réservoirs, 
cette  question  de  l’épuration  bactériologique  de  l’eau  a  un  inté¬ 
rêt  capital;  elle  y  est  l’objet  de  recherches  nombreuses  et 
importantes.  C’est  de  là,  nous  l’avons  dit,  que  s’est  propagée  la 
javellisation  qui  se  répand  actuellement  en  France.  Or,  au 
moment  où  nous  commençons  à  l’adopter,  les  hygiénistes  amé¬ 
ricains  tendent  de  plus  en  plus  à  la  remplacer  par  un  autre  pro¬ 
cédé  de  stérilisation  chimique,  la  chloration,  auquel  ils  recon¬ 
naissent  différents  avantages.  C’est  à  cette  chloration,  encore 
inconnue  ici,  à  son  principe,  à  ses  dispositifs,  à  ses  résultats  que 
nous  voulons  consacrer  cette  étude. 

On  admet  généralement  que  tous  les  hypochlorites  sont  des 
composés  de  chlorure  et  d’hypochlorite;  au  contact  d’une  eau 
ordinaire,  conlenhnt  des  bicarbonates,  une  partie  de  l’hypo- 
chlorite  serait  décomposée;  l’acide  hypochloreux  serait  déplacé 
par  l’acide  carbonique  et  deviendrait  libre  ;  les  matières  orga¬ 
niques  de  l’eau  pourraient  alors  le  fixer  et  le  décomposer  en 
s’oxydant.  C’est  là  l’explication  qu’on  donne  le  plus  souvent 
de  l’effet  destructeur  des  hypochlorites  pour  les  microorga-' 
nismes  et  le  mécanisme  de  la  stérilisation  de  l’eau. 

.\  vrai  dire,  la  stérilisation  est  probablablement  produite 
non  seulement  par  oxydation,  mais  aussi  par  des  processus 
d’addition  et  de  substitution  de  chlore. 

Le  chlore  libre  peut  remplacer  les  hypochlorites  pour 
l’épuration  bactériologique  de  l’eau;  il  a  les  mêmes  elfets  et 
l’efficacité  reconnue  à  la  javellisation  doit  être  évidemment 
accordée  aussi  à  la  chloration. 

Les  nombreuses  analyses  bactériologiques  effectuées  aux 
États-Unis  le  démontrent  abondamment.  Potts  et  Tiernan  ne 


ÉDWARD  BARTOW  ET  RENÉ  LEGENDRE 


trouvent  plus  de  colibacilles  dans  l’eau  de  Bound  Brook  (New- 
Jersey)  traitée  par  le  chlore  liquide  à  la  dose  dp  0,12  pour  un 
million.  Wagner  observe,  pour  l’eau  de  Buifalo,  que  la  chlora¬ 
tion  à  moins  de  0, 36  pour  un  million  réduit  le  nombre  des 
germes  entre  S  et  56  par  cent.  cube.  Avery  constate  que  le 
chlore  ou  le  chlorure  de  chaux  contenant  la  même  dose  de  chlore 
actif  ont  exactement  le  même  effet  sur  l’eau.  Saville  trouve  dans 
l’eau  brute  de  Hartford  (Connecticut)  39.000  germes  par 
cent,  cube  et  des  colibacilles  ;  la  chloration  à  0,95  par 
million  fait  disparaître  complètement  les  coli  et  98,8  p.  100 
des  germes.  Sherman  compte  dans  l’eau  de  Wakefield  (Massa- 
chusset)  30  à  1.400  germes  avant  et  1  à -56  après  chloration. 
Phelps,  étudiant  comparativement  les  propriétés  germicides 
du  chlore  et  de  l’hypochlorite  de  soude  sur  des  eaux  usées 
contenant  un  million  de  bactéries  par  cent,  cube  arrive  aux 
résultats  suivants  : 


Cl 

GERMES  APR 

WÊ 

millioDiùmes 

30 

..eî. 

M 

Chlore  libre . 

3 

6o0 

390 

Hypochlorite  de  soude  .  .  .  . 

3 

SOO 

270 

Chtore  libre . . 

2 

n.ooo 

13.000 

H^^pochlorite  de  soude  électro- 

Hypoâilorite  de  soude  (du 
chlorure  de  chaux) . 

■  2 

13.000 

6.000 

JÊÊ 

2- 

4.600 

2.100 

Nos  propres  expériences,  dont  nous  donnerons  les  résultats 
plus  loin,  sont  tout  aussi  concluantes. 

Certes,  on  pourra  discuter,  et  trancher  par  l’expérience,  la 
question  de  l’action  du  chlore  —  qu’il  soit  liquide  ou  sous 
forme  d’hypochlorite  —  sur  certaines  bactéries  à  enveloppe 
cireuse  telles  que  le  bacille  tuberculeux,  ou  sur  les  spores  de 
quelques  espèces  ;  B.  antkracis,  B.  sporogenes,  etc.  Mais  si  la 
javellisation  est  admise  comme  suffisante,  la  chloration  devra 
l’être  également. 

Les  avantages  et  les  inconvénients  que  peut  présenter 


LA.  CHLORATION 


l'emploi  du  chlore  liquide  au  lieu  des  solutions  d’hypochlo- 
rites  ont  été  longuement  examinés  aux  États-Unis,  et  la  majo¬ 
rité  des  hygiénistes  y  est  aujourd'hui  favorable  au  premier 
dont  les  installations  dans  les  services  d’eaux  se  multiplient. 

Nous  examinerons  ici  cette  question  de  préférence,  aux 
divers  points  de  vue  de  la  fabrication,  du  transport,  de  l’encom¬ 
brement  des  produits,  de  l’installation  et  du  coût  de  la  stérili¬ 
sation,  .de  la  qualité  de  l’eau  traitée. 

Au  point  de  vue  de  la  fabrication,  il  ne  semble  pas  y  avoir 
plus  de  difficultés  à  obtenir  du  chlore  que  des  hypochlorites. 
Si,  avant  la  guerre,  la  France  ne  s’était  guère  préoccupée  de  la 
fabrication  du  chlore  liquide,  elle  possède  aujourd’hui  suffi¬ 
samment  d’usines,  créées  pour  des  besoins  militaires,  qui 
pourront,  la  paix  revenue,  continuer  de  produire  et  satisfaire 
à  tous  les  besoins.  Le  matériel  spécial  pour  la  liquéfaction,  le 
chargement  et  le  transport  de  ce  produit  existe  également. 
L’eau  de  Javel  est  obtenue,  soit,  dans  quelques  installations 
importantes,  par  électrolyse  de  solutions  de  chlorure  de 
■sodium,  soit  le  plus  souvent  par  traitement  du  chlorure  de 
chaux  au  moyen  de  carbonate  de  soude.  Le  chlorure  de  chaux 
est  lui-même  fabriqué  en  faisant  passer  un  courant  de  chlore 
sur  de  la  chaux  éteinte.  la  base  de  toute  l’industrie  des 
■  hypochlorites,  il  y  a  donc  une  production  de  chlore.  Par  consé¬ 
quent,  aucune  difficulté  ne  se  présente  pour  livrer  direc¬ 
tement  du  chlore  liquide  au  lieu  de  le  transformer  en  hypo- 
clilorites. 

11  est  vrai  que  les  hypochlorites  se  manipulent,  se  chargent 
et  se  transportent  sans  grandes  précautions,  tandis  que  le 
chlore  exige  des  cylindres  métalliques,  dont  la  moindre  fuite 
peut  être  cause  d’accidents.  Par  contre,  le  chlore  liquide  est  un 
produit  beaucoup  moins  encombrant  que  les  hypochlorites  et 
dont  on  use  en  moindres  quantités.  Son  emmagasinement 
exige  moins  de  place.  Les  installations  qui  l’utilisent  sont  tou¬ 
jours  d’un  faible  volume,  comparées  à  celles  nécessaires  pour 
la  javellisation;  elles  ne  dégagent  aucune  odeur  quand  elles 
sont  en  bon  |tat, 

La  pureté  des  produits  est  tout  à  l’avantage  du  chlore 
liquide.  Tandis  que  celui-ci  est  absolument  pur  et  n’apporte  à 
l’eau  aucune  substance  étrangère,  tes  hypochlorites  renferment 


EDWARD  BARTOW  ET  RENÉ  LEGENDRE 


toujours  une  forte  proportion  de  sels  et  de  chaux,  sans  parler 
de  leurs  impuretés  fréquentes. 

Tandis  que  le  chlore  liquide  sec  se  conserve  indéfiniment 
dans  les  récipients  de  fer  où  on  le  place,  les  hypochlorites 
manquent  de  stabilité  et  perdent  peu  à  peu  leur  chlore  actif, 
d’où  la  nécessité  d’un  emploi  assez  rapide  après  leur  fabrication 
et  l’obligation  de  titrer  fréquemment  ces  produits  au  moment 
de  s’en  servir. 

La  chloration  semble  un  peu  moins  économique  que  la  javel¬ 
lisation,  mais  elle  l’est  beaucoup  plus  que  l’ozonisation.  Elle 
est  surtout  d’un  emploi  plus  simple  et  plus  régulier  que  ces 
dernières,  quand  elle  est  pratiquée  au  moyen  d’appareils  bien 
construits  et  bien  réglés.  Elle  exige  alors  un  personnel  et  une 
main-d’œuvre  réduits  au  minimum,  puisque  l’opération  est 
automatique  et  peut  suivre  exactement  les  variations  du  débit, 
de  l'eau. 

Les  hygiénistes  américains  admettent  qu’il  faut  employer  : 


AUTEURS 

vn.,KS 

DOSE  DE  CHLORE 

Milne  .... 
Wagner.  .  . 
Williamson  . 
Saville  .  .  . 
Sherman  .  . 
Bohmann  .  . 
Wall  .... 

Soners\vorth(N.-H.). 
Philadelphie  .  .  .  . 
Niagara  Palis.  .  .  . 

BuUalo 

2  Ib.pour  500.000  gallons. 
1  Ib.  pour  1  million  gai.. 
1/2  Ib.  pour  1  million  gel. 
1,65-3  Ib.  pour  1  million  g. 

0,5 

0,12 

0,06 

0,2-0,36 

0,36 

0,35 

0,65 

1,24 

0.24-0,2 

0,24 

Sacramento  (Cal.)  . 
Hartford  (Conn.)  .  . 
Wakefield  (Mass.)  . 

2,9  Ib.  pour  1  mi’lion  gai 
5,4  Ib.  pour  1  million  gai. 

Milwankee  (Wisc.)  . 

Sainl-Louis  .  .  .  . 

1,96  Ib.  pour  1  million  gai. 

Les  quantités  nécessaires  varient,  comme  pour  la  javelli¬ 
sation,  selon  la  pureté  de  l’eau,  et  notamment  selon  sa  teneur 
en  matières  organiques  et  sa  limpidité. 

On  admet  qu’un  poids  donné  de  chlore  liquide  a  la  même 
efficacité  qu’un  poids  de  chlorure  de  chaux  trois  fois  plus 
grand  (Bohmann),  six  ou  sept  (West),  sept  (Haie)  et  même 
huit  fois  plus  grand  (West)  dans  les  petites  installations  où  la 
manipulation  de  l’hypochlorite  se  fait  trop  souvent  sans  soins. 


LA  CHLORATION 


Il  est  difficile  d'établir  un  devis  comparatif  des  dépenses  de 
deux  installations  de  chloration  et  de  javellisation  .  Il  y  entre¬ 
rait  trop  de  facteurs  :  coût  de  l’emplacement,  des  appareils, 
des  produits  chimiques,  de  la  main-d’œuvre,  impossibles  à 
estimer  à  une  juste  valeur  en  ce  moment.  Aux  États-Unis,  les 
avis  sont  d’ailleurs  partagés  à  ce  sujet:  tandis  que  Dutfon 
admet  que  la  stérilisation  d’un  million  de  gallons  d’eau  par  du 
chlorure  de  chaux  à  7  cents  la  livre  revient  à  $  1,07  et  seule¬ 
ment  à  28  cents  par  du  chlore  liquide  à  20  cents  la  livre, 
d’autres  auteurs  considèrent  que  le  bénéfice  est  mil  ou  même 
en  faveur  de  l’hypochlorite.  On  conçoit  d’ailleurs  qu’il  en  soit 
ainsi,  sçlon  les  conditions  locales  d’utilisation. 

Par  contre,  presque  tous  les  auteurs  sont  d’accord  pour 
reconnaître  que  le  chlore  liquide  est  plus  commode  à  employer, 
qu’il  donne_  plus  de  sécurité  d’épuration,  qu’il  nécessite  une 
plus  petite  installation,  un  personnel  moindre  et  qu’il  ne'dégage 
aucune  odeur. 

Il  ne  semble  donc  y  avoir  aucune  objection  à  la  substitution 
de  la  chloration  à  .la  javellisation,  et  les  deux  procédés 
méritent  d’être  connus  et  attentivement  examinés  quand  il 
s’agit  de  décider  d’une  nouvelle  installation  d’épuration  d’eau. 


La  première  application  du  chlore  à  l’épuration  bactériolo¬ 
gique  de  l’eau,  sous  une  forme  gazeuse  entièrement  active, 
est  probablement  celle  que  réalisèrent,  en  1898,  MM.  Bergé  ‘ 
en  Belgique,  à  Ostende  et  à  Middelkerke,  puis  en  France,  à 
Lectoure,  par  réaction  de  l’acide  sulfurique  sur  le  chlorate  de 
potasse.  Les  essais,  contrôlés  chimiquement  et  bactériologi- 
quement,  furent  considérés  comme  très  favorables,  mais  ils 
n’eurent  aucune  suite. 

Ce  n’est  qu’en  1910  que  le  major  C..  R.  Darnell,  de  l’armée 
des  États-Unis,  imagina  le  premier  appareil  pour  le  traitement 
de  l’eau  par  le  chlore  liquide.  En  1912,  la  chloration  fut  essayée 
à  Philadelphie  par  S.  M.  Van  Loan,  à  Wilmington  par  John 

1.  luBEAüx  (Ed.).  L'alimentation  en  eau  ef  l'assainissement  des  villes  à 
l'Exposition  universelle  de  19.00,  1. 1,  Paris,  1901. 


EDWARD  BARTOW  ET  RENÉ  LEGENDRE 


A.  Kienle,  à  Brooklyn  par  D.  D.  Jackson  et  à  Niagara  Falls 
par  H.  F.  Huy.  Les  résultats  furent  satisfaisants  et  l’appli> 
cation  du  nouveau  procédé  s’étendit:  à  de  nombreuses  villes, 
en  même  temps  que  de  nouveaux  appareils  voyaient  le  jpur. 

En  1913,  Somersworth,  Philadelphie,  Niagara  Falls;  en  1914, 
NeW’Haven,  New-Brunswick,  Hudson  Falls,  ^ubblyCreek,  étc;, 
appliquèrent  la  chloration.  D’autres  villes  suivirent  et,  en 
avril  1916,  New-York  inaugura  la  plusigrande  usine  du  monde 
pour  la  chloration  de  l’eau,  à  Dunwoodie  ;  340  millions  de  gal¬ 
lons  (1 .287;000  mètres  cubes)  d’eau  y  sont  traités  journel¬ 
lement.  D’ailleurs,  sur  525  millions  de  gallons  (1.987 .000  mètres 
cubes)  d’eau  consommés  par  jour  à  New-York,  85  p.  100  sont 
des  eaux  de  surface  dont  99;8  p.  100  sont  çhlorées. 

La  chloration  a  été  adoptée  également  dans  un  certain 
nombre  des  camps  de  l’armée  nationale  qui  viennent  d’être 
organisés  aux  Élats-Unis  :  Camp  Grant,  Camp  Meade,  Camp 
Lee,  Camp  Jackson,  Camp  Sherman,  Camp  Custer,  Camp 
Kearny,  Monmouth  Park,  etc. 

Les  divers  appareils  imaginés  emploient  tous  le  chlore 
liquide  provenant  de  cylindres  en  acier  semblables  aux  diffé¬ 
rentes  bouteilles  utilisées  pour  les  gaz  comprimés  ou  liqué6és. 
Leur  contenance  peut  être  variable;  aux  États-Unis,  elle  est 
communément  de  100  livres,  soit  45  kilogrammes  ou  34  litres 
de  chlore  liquide.  Il  est  inutile  de  les  munir  d’un  tube  plon¬ 
geur.  Elles  sont  fermées  par  un  robinet  à  pointeau  sur  lequel 
on  visse  un  tube  métallique  de  petit  calibre  pour  conduire  le 
gaz'aux  appareils.  ; 

La  pression  y  varie  de  54  livres  par  pouce  carré  à  32“  F., 
jusqu’à  216  livres  à  122“  F.,  soit  de  3  kil.  8  par  centimètre 
carré  à  0“  C.  jusqu’à  15  kil.  1  à  50“  C.  Il  ÿ  a  avantage  à  placer 
les  cylindres  dë  chlore  dans  un  endroit  à  température  à  peu 
près  constante  pour  éviter  les  grandes  variations  de'  pression. 

Le  premier  appareil  fut,  nous  l’avons  dit,  celui-de  Darnell. 
Le  brevet  américain  le  concernant  (n“  1.007.647)  date  du 
31  octobre  1912. 

L’appareil  de  Darnell  (fig.  1)  consiste  essentiellement  en  un 
réservoir  de  chlore  I  et  en  un  régulateur  de  pression  G.  Ce 
dernier  agit  sur  la  valve, H  réglant  l’admission  du  gaz  dans  un 
tube  M  qui  l’envoie  à  l’eau  passant  dans  la  conduite  D,  de 


LA  CHLORATION 


façon  à  maintenir  un  rapport  déterminé  entre  lep  débits  de 
gaz  et  d’eau.  Le  régulateur  est  une  boîte  enferme  de  disque, 
formée  de  deux  compartiments  séparés  par  un  diaphragme 
mobile.  Ce  diaphragme  est  relié  par  un  levier  au  robinet  H;  il 
le  ferme  qpand  il  se  déprime  et  l’ouvre  quand  il  se  soulève.  Le 
chlore  arrive  dans  le  compartiment  supérieur  du  régulateur  et, 
par  sa  pression,  tend  à  fermer  le  robinet  et  à  diminuer  l’arrivée 
de  gaz.  Le  compartiment  inférieur  est  relié  à  une  chambre  à 
air  O  où  la  pression  est  réglée  par  la  vitesse  d’écoulement  de 


Fio.  t.  —  L’appareil  de  Harnell  (d’après  Havard). 

l’eau;  plus  la  ppmpe  à  eau  tourne  vite,  plus  elle  accroît  le  débit 
d’une  petite  pompe,  auxiliaire  E  à  air  ou  à  eau  et  par  elle  aug¬ 
mente  la  pression  sous  le  diaphragme,  le  soulevant  et  ouvrant 
le  robinet  de  gaz.  La  pompe  à  eau  A,  centrifuge,  pompe  l’eau 
dans  un  puits  ou  dans  un  réservoir  B,  par  le  tuyau  d’aspiration  C, 
et  l’envoie  dans  la  conduite  Doù  débouche  le  chlore. 

Les  essais  ofOciels  effectués  sur  cet  appareil  fournirent  cette 
conclusion  qu’il  est  efQcace  autant  que  les  dispositifs  de  javel¬ 
lisation  ou  d’ozonisation  et  plus  sûr  comme  fonctionnement; 
qu’il  est  très  simple,  presque  automatique,  peu  encombrant 
et  qu’il  peut  fonctionner  sur  n’importe  quelle  installation  d’eau. 

L’appareil  de  Leavilt-Jackson  (fig.  2)  fut  breveté  le  24  février 
1914  (U.  S.  Patents  1.087.958  et  1.088.232).  Le  débit  du  chlore 
y  est  réglé  par  un  tout  autre  dispositif. 


12  EDWARD  BARTOW  ET  RENÉ  LEGENDRE 

La  bouteille  de  chlore  liquide  est  suspendue  à  un  crochet  à 
l’extrémité  d'un  des  fléaux  d’une  balance  très  sénsible.  L’autre 
fléau,  plus  long,  porte  un  contrepoids,  telle  une  romaine.  Ce 
poids  peut  être  entraîné  lentement  le  long  du  fléau,  soit  à  une 
vitesse  constante,  soit  à  une  vitesse  proportionnelle  au  débit 
de  l’eau  à  traiter,  par  un  dis¬ 
positif  approprié. 

Le  fléau  est  relié  par  une 
série  de  leviérs  au  robinet  de 
la  bouteille  de  chlore,  de  telle 
façon  que  le  moindre  trouble 
apporté  à  l’équilibre  de  la  ba¬ 
lance  par  le  déplacement  du 
poids  ouvre  ou  ferme  automa¬ 
tiquement  le  départ  du  gaz 
jusqu’à  ce  que  le  régime  soit 
rétabli. 

Un  modèle,  destiné  au  trai¬ 
tement  des  eaux  d’égout,  com¬ 
porte  un  cylindre  de  2.000 
livres  de  chlore  liquide  ser¬ 
vant  à  recharger  le  cylindre 
de  100  livres  qui  ne  quitte 
Jamais  le  crochet  de  la  ba¬ 
lance. 

L’appareil  de  Darnell  et 
celui  de  Leavilt-Jackson,  ne 
sont  pas  actuellement  dans  le 
commerce. 

L’appareil  de  Leavitt-Jackson.  L’appareil  construit  par 
l’Electro  Bleaching  Gas  Com¬ 
pany,  de  New-York,  est  celui  qui  fut  employé  à  Philadelphie, 
au  début  de  l’application  de  la  chloration  aux  usines  d’eau  des 
villes;  il -est  en  usage  actuellement  dans  certaines  villes  amé¬ 
ricaines. 

Il  comprend  (fig. .'3)  une  nourrice  reliée  par  des  tubes 
flexibles  en  cuivre  à  2,  4  ou  8  cylindres  de  chlore.  Sur  celte 
nourrice  est  fixé  un  manomètre  qui  indique  la  pression  à  l’ori¬ 
gine.  Elle  aboutit  à  une  valve  de  détente  qui  réduit  la  pression 


LA  CHLORATION 


à  enviroo  lo  livres  par  pouce  carré  (1  kilogramme  par  centi¬ 
mètre  carré)  et  la  maintient  ainsi  constante  pendant  la  détente 
du  gaz  des  réservoirs.  Une  deuxième  valve  réglable  laisse 
passer  le  gaz  à  la  pression  qu’on  désire  dans  la  conduite  d’eau. 
Au  delà  de  celte  valve,  se  trouve  un  deuxième  manomètre 
indiquant  la  pression  restante  et  iine  jauge  graduée  de  façon 
à  indiquer  le  débit  de  chlore  en  livres  par  heure.  Le  gaz  est 
conduit  par  un  tuyau  de  caoutchouc 
vulcanisé  au  bas  d’une  tour  d’ab¬ 
sorption  de  même  substance  rem¬ 
plie  de  coke,  au  sommet  de  laquelle 
s’écoule  un  filet  d’eau.  En  descen¬ 
dant,  l’eau,  en  contact  étendu  et 
prolongé  avec  le  chlore  gazeux,  le 
dissout  et  l’eau  de  chlore  ainsi 
produite  est  dirigée  par  un  tuyau 
de  caoutchouc  vers  l’eau  à  traiter. 

L’Electro  Bleaching  Gas  Company 
construit  deux  modèles  de  ces 
appareils,  l’un  automatique  pour 
les  grandes  installations  d’eau, 
l’autre  réglable  à  la  main  destiné 
surtout  à  la  désinfection  des  eaux 
d’égout.  Ce  dernier  est  muni  de 
valves  spéciales  pour  éviter  un 
trop  brusque  et  trop  grand  dégage-  Appareil  de  l'Eiectro 
ment  de  chlore,  si  les  robinets  Bleachmg  Gas  Company, 
étaient  maniés  maladroitement. 

Le  dernier  type  d’appareil  à  chloration  dont  nous  parlerons 
est  celui  que  construit  la  Wallace  and  Tiernan  Company,  de 
New-York.  C’est  actuellement  le  plus  employé.  Des  appareils 
de  cette  marque  ont  été  utilisés  par  l’État  américain  au 
Mexique,  aux  Philippines,  à  Panama,  etc.  Ce  sont  eux  qui 
fonctionnent  à  Dunwoodie  (New-York)  et  dont  va  se  servir 
l’armée  américaine  en  France.  C'est  sur  l’un  d’eux  qu'ont 
porté  nos  essais. 

Les  appareils  sont  de  divers  modèles,  selon  qu’ils  fonc¬ 
tionnent  à  la  main  ou  automatiquement  et  selon  qu’ils  dégagent 
le  chlore  gazeux  directement  dans  l’eau  à  traiter  ou  qu’ils  le 


14  EDWARD  BARTOW  ET  RENÉ  LEGENDRE 

dissolvent  dans  une  petite  quantité  d’eau  qui  se  mélange 
ensuite  à  la  masse  à  épurer. 

Tous  comportent  :  une  arrivée  pour  le  gaz,  raccordée  par  un 
tube  souple  au  cylindre  de  chlore  liquide  ;  un  manomètre  indi¬ 
quant  la  pression  dans  ce  cylindre  ;  un  détendeur  assurant  un 
débit  constant,  indépendant  des 
variations  de  pression  dans  la  bou¬ 
teille;  un  robinet  réglant  ce  débit; 
un  manomètre  à  la  sortie  et  une 
chambre  d’absorption  ou  un.  mesu¬ 
reur  de  débit  et  un  diffuseur. 

L’appareil  est  fourni  monté  sur 
une  planchette  ou  dans  une  boîte 
en  bois  de  35  centimètres  sur  60. 
Il  n'y  a  qu’à  le  relier  au  cylindre  de 
chlore  et  au  tuyau  ou  au  réservoir 
d’eau.  L’installation  en  est  donc 
très  rapide.  Toutes  les  surfaces  en 
contact  avec  le  chlore  sont  argentées 
pour  éviter  la  corrosion;  le,  tube 
conduisant  à  la  chambre  d’absorp¬ 
tion  ou  au  diffuseur  est  en  argent. 
Les  appareils  de  mesure  fonction¬ 
nent  hydrauliquement  et  ne.  com¬ 
portent  aucun  mouvement  méca¬ 
nique,  susceptible  de  sa  gripper. 
Tous  les  robinets-pointeaux  sont 
J,  argentés  et  glycérinés  ;  ceux  qui  sont 

Appareil  Wallace  et  Tiernan  usage  à  notre  laboratoire  sont 
à  eau  de  chlore.  encore  d’une  rotation  très  douce  après 

plus  de  trois  mois  d’usage  continu. 

L’appareil  A  à  eau  de  chlore  (Qg.  4)  est  destiné  aux  petites 
installations  telles  que  piscines,  maisons  de  campagne,  etc., 
ayant  à  traiter  moins  dé  7.000  mètres  cuhes  par  jour.  Il  com¬ 
porte  un  seul  cylindre  de  chlore  A  qu’un  tube  flexible  relie  à 
un  manomètre  F  et  au  détendeur  E.  Celui-ci  est  constitué  par 
un  cylindre  divisé  en  deux  compartiments  par  une  membrane, 
ouverte  seulement  au  niveau  et  au  moyen  du  pointeau  S.  Par 
construction,  ce  robinet  assure  une  chute  de  pression  d’envi- 


LA  CHLORATION 


ron  une  livre  par  pouce  carré  (soit  0,07  kilogramme  par  cen¬ 
timètre  carré)  il  peut  donc  rester  largement  ouvert  pour  un 
faible  débit,  ce  qui  évite  les  risques  d’encrassement  et  de  blo- 
quage.  Le  chlore  est  alors  conduit  à  un  manomètre  R  indiquant 
la  pression  à  la  sortie  et  à  une  chambre  d’absorption  I  où  il 
rencontre  un  mince  filet  d’eau  venant  du  tuyau  V.  Il  s’y  dissout 
et  l’eau  de  chlore  formée  s’écoule  vers  la  masse  d’eau  à  épurer 
par  le  tube  K  et  la  canalisation  ü.  Quand  le  débit  de  chlore  est 
très  faible,  on  utilise  la  pression  du  gaz  pour  déplacer  par 
pulsations  un  volume  défini  d’eau  dans  un  siphon  J  qui  s’ouvre 
directement  dans  la  chambre  d’absorption  contenant  l’eau 
chlorée. 

L’appareil  B  à  eau  de  chlore  est  destiné  à  traiter  l’eau  circu¬ 
lant  sous  pression  dans  une  conduite;  il  diffère  du  précédent 
uniquement  en  ce  que  la  chambre  d’absorption  est  close  et 
résistante  et  que  la  dissolution  s’y  fait  sous  pression.  Elle  est 
reliée  par  un  tube  résistant  à  la  conduite. 

L’appareil  (fig.  5)  destiné  à  envoyer  le  chlore  gazeux  direc¬ 
tement  dans  la  masse  d’eau  présente  un  certain  nombre  de  par¬ 
ticularités.  Le  chlore  peut  y  arriver  de  deux  cylindres  simulta¬ 
nément  ou  alternativement  par  un  tube  à  trois  voies,  ce  qui 
permet  le  remplacement  des  cylindres  pendant  la  marche.  Le 
gaz  agit  comme  précédemment  sur  un  manomètre  et  est  con¬ 
duit  à  un  détendeur  identique  à  celui  des  modèles  précédents, 
puis  il  arrive  par  un  tube  sur  lequel  est  branché  un  deuxième 
manomètre  à  un  orifice  fin  en  verre  enfermé  dans  une  chambré 
de  verre  qui  sert  de  deuxième  détendeur  et  qui  permet  de  voir 
le  courant  du  chlore.  Il  va  ensuite  à  un  mesureur  formé  par 
une  éprouvette  cylindrique  en  verre  dans  laquelle  on  a  versé 
4  cent,  cubes  de  tétrachlorure  de  carbone  ;  deiix  tubes  fins  d’égal 
diamètre  y  plongent;  l’un  court  sert  à  marquer  le  zéro  de  la 
graduation,  l’autre  long  débouche  près  de  l’orifice  fin  en  verre, 
avant  la  deuxième  détente.  La  dénivellation  du  liquide  qui  s’y 
produit  est  graduée  empiriquement  en  débit  de  livres  de  chlôre 
par  heure.  La  graduation  est  marquée  sur  une  planchette 
mobile  dont  on  peut  faire  affleurer  le  zéro  au  niveau  du  tétra¬ 
chlorure  dans  le  tube  court.  Le  gaz  arrive  alors  à  une  nou¬ 
velle  valve  qui,  lorsqu’elle  est  fermée,  le  dirige  normale¬ 
ment  vers  le  diffuseur  ou,  exceptionnellement,  quand  elle  est 


EDWARD  BARTOW  ET  RENÉ  LEGENDRE 


ouverte,  vers  un  tuyau  de  purge  s’ouvrant  dans  l’atmosphère 
extérieure,  lorsqu’on  veut  démonter  l’appareil.  Le  difiuseur  est 
constitué  par  une  chambre  extérieure  à  l’eau,  fermée  par  une 
soupape  supérieure  destinée  à  empêcher  les  rentrées  d’eau  dans 
l’appareil.  Le  chlore  y  arrive  latéralement.  Cette  chambre  se 


continue  par  un  tuyau  d’argent  qui  plonge  dans  Teau  et  aboutit 
à  un  cylindre  de  carborundum  d’où  le  gaz  sort  en  très  fines 
bulles.  La  dissolution  se  fait  rapidement. 

L’appareil  qui  fonctionne  à  notre  Laboratoire  est  de  ce  type; 
il  est  tout  pntier  contenu  dans  une  boite  de  bois  qui  en  permet 
le  transport  (fig.  6). 

Les  appareils  automatiques,  dont  le  débit  de  chlore  est  pro¬ 
portionnel  au  débit  de  l’eau,  sont  commandés  par  des  appareils 
de  mesure  du  débit  de  l’eau  tels  que  flotteurs,  manomètres,  et 
particulièrement  par  des  tubes  de  Venturi  qui  semblent  donner 


LA  CHLORATION 


toute  satisfaction.  Le  graphique  ci-contre  (fig.  7)  obtenu  le 


Fie.  6.  —  L  appareil  Wallace  e.,  Tiernaa  à  cti  o-e  sec,  dans  sa  boite. 

31  mars  1915  par  la  Stamford  Waler  Company,  de  Slamford 
(Connecticut)  est  remarquable  à  ce  point  de  vue. 


RKV. 


—  2 


EDWARD  BARTOW  ET  RENÉ  LEGENDRE 


Les  armées  anglaise  et  belge  ppssèdent,  l’armée  américaine 
et  l’armée  française  vont  recevoir  des  camions  installés  pour  la 
chloration  de  l’eau  en  campagne. 

Ces  camions  (Bg.  8),  du  poids  de  trois  tonnes,  peuvent  trai¬ 
ter  54450  litres  par  heure.  Ils  se  composent  d’une  pompe  rota¬ 
tive,  actionnée  par  un  moteur  à  pétrole  indépendant  du  moteur 
tracteur,  qui  aspire  l’eau  d’une  source,  d’un  puits  ou  d’une 
rivière  quelconque.  L’eau  traverse;,un' filtre  à  sable  et  arrive  au 


contact  du  diffuseur  d’un  appareil  Wallace  et  Tiernan,  débitant 
le  chlore  en  proportion  convenabler  L’eau  chlorée  passe  dans 
un  réservoir  où  elle  séjourne  le  temps  nécessaire  à  l’épuration, 
après  quoi  elle  est  déchlorée  au  moyen  d’un  appareil  à  anhydride 
sulfureux  dont  nous  parlerons  tout  à  l’heure,  puis  envoyée  par 
des  tuyaux  aux  réservoirs  où  l'on  viendra  la  prendre  pour  la 
consommation.  Une  solution  de  sulfate  d’alumine,  contenue 
dans  un  petit  récipient  accessoire,  peut  être  mélangée  à  l’eau 
brute  pour  la  clarifier  avant  filtration,  au  moyen  d’une  connec¬ 
tion  établie  avec  la  pompe. 

Dans  la  pratique  de  la  javellisation,  on  a  proposé  d’employer 


LA  CHLORATION 


de  préférence  de  fortes  doses  d’hypochlorites  et,  une  fois  la 
stérilisation  obtenue,  de  détruire  l’excès  de  chlore  libre  par 
addition  d'un  autre  produit  chimique.  L’eau  oxygénée,  le  bisul¬ 
fite  de  .soude,  l’hyposulfite  de  soude,  l’ammoniaque  ont  été 
essayés  dans  ce  but.  L’eau  oxygénée  est  trop  coûteuse  pour 
que  son  emploi  se  généralise.  L’hyposulfite  est  généralement 
uitlisé  à  cause  de  son  abondance,  de  son  faible  prix,  de  sa 


ds  égal  ([ue  celle  du  bisulfite.  L'ammoniaque  est  peu 
ployée,  bien  qu’elle  ait  l’avantage  de  n’ajouter  aucun  sel  à 
lu  et  de  pouvoir  être  versée  en  même  temps  que  l’hypochlo- 
î  .sans  gêner  son  action.  Elle  a  pourtant  été  préconisée 
dcureusement  par  Rideal  qui  trouve  ijue  la  chloramine 
si  formée,  bien  que  n’ayant  plus  de  propriétés  oxydantes, 
’ependant  une  efficacité  microbicide  plusjmarquée,  et  par 
ce  qui  obtient  la  même  stérilisation  avec  0,22  à  0.25  mil- 
niémes  de  chlore  actif  et  O.Il  à  0.1,3  d’ammoniaone 


EDWARD  BARTOW  ET  RENÉ  LEGENDRE 


qu’avec  0,9  à  1,1  millionièmes  de  chlore  actif  seul  provenant 
du  chlorure  de  chaux. 

Race  recpmmande  l’addition  d’ammoniaque  aux  hypôclrlo- 
rites  comme  très  efficace,  mais  la  considère  comme  contre- 
indiquée  dans  le  cas  où  l’on  se  sert  du  chlore  liquide. 

Dans  ce  cas,  on  peut  employer  un  procédé  imaginé  par 
Menzies  et  breveté  le  12  juin  1917  (U. S.  Patent  1.229.30i})  qui 
utilise  l’anhydridp  sulfureux  gazeux.  11  es^  applicable  surtout 
aux  eaux  très  polluées  qui  exigent  une  très  forte  dose  de  chlore 
et  gardent  ensuite  un  goût  et  une  odeur  de  ce  produit.  L’anhy¬ 
dride  sulfureux,  contenu  dans  un  cylindre  sous  pression,  est 
mélangé  à  l’eau,  après  un  temps  suffisant  de  contact  avec  le 
chlore,  au  moyen  d’un  appareil  semblable  à  celui  employé  pour 
le  chlore.  Le  gaz  arrive  dans  l’eau  par  un  diffuseur  et  détruit 
instantanément  le  chlore  en  excès.  Il  permet  les  chlorations 
énergiques  et  ne  laisse  à  l’eau  aucune  odeur  et  aucune  saveur, 
quand  il  est  bien  réglé.  Ce  procédé,  annexé  à  une  installation 
de  chloration,  est  connu  sous  le  nom  de  Menzie’s  Dual  Cas 
System. 


Dans  le  but^e  contrôler  l’efficacité  de  la  chloration  et  de 
juger  de  son  utilisation  possible  aux  armées,  nous  avons 
installé  au  Laboratoire  de  Physiologie  Générale  du  Muséum 
un  appareil  du  type  Dual  Gas  System  qui  y  fonctionne  sans 
arrêt  depuis  le  8  décembre  dernier  (fig.  9). 

L’eau  à  épurer  est  de  l’eau  de  Seine  brute,  non  filtrée.  Elle 
est  constamment  trouble  et  a.  atteint  une  couleur  café  au  lait 
pendant  la  crue  du  mois  de  janvier  dernier.  Les  conditions 
d’épuration  sont  donc  des  plus  sévères. 

L’eau  arrive  par  un  tuyau  de  plomb  de  5  centimètres  de  dia¬ 
mètre  à  un  tube  de  fonte  de  10  centimètres  de  diamètre  sur 
73  de  haut,  dans  lequel  plonge  le  diffuseur  à  chlore  ;  elle  s’en 
échappe  par  un  tuyau  d’arrosage  en  caoutchouc  entoilé,  fixé  au 
bas  du  diffuseur,  qui  la  conduit  à  une  série  de  trois  réservoirs 
placés  en  cascade.  Les  deux  premiers  sont  des  futailles  de 
300  litres;  le  troisième  est  une^cuve  parallélipipédique  en  bois 
de  700  litres.  Dans  chacun,  le  tuyau  d’amenée  plonge  jusqu'au 


LA  CHtORATIUN 


Jbas  et  la  sortie  se  fait. par  un  trop-plein  placé  à  la  partie  supé¬ 
rieure. 

Le  débit  d’eau  est  constamment  de  3  à  4  mètres  cubes  à 
l’heure.  La  durée  du  contact  est  donc  d’environ  une  demi-heure. 
L’eau  sort  du  troisième  réservoir  par  un  dernier  déversoir  qui 
la  conduit  à  un  tube  de  fonte  de  10' centimètres  de  diamètre  où 
se  trouve  un  diffuseur  à  anhydride  sulfureux  identique  à  celui 
à  chloré. 

La  quantité  de  chlore  ajoutée  varie  selon  la  turbidité  de 
l’eau;  elle  est  toujours  en  léger  excès  et  l’eau  du  troisième 
réservoir  possède  constamment  un  faible  goût  et  même  parfois 


Fig.  9.  —  Schéma  de  l’installation  d’expérience  du  Laboratoire 
de  Physiologie  du  Muséum. 


une  faible  odeur  de  chlore;  elle  se  colore  en  bleu  par  addition 
d  iodure  de  potassium  amidonné.  Le  chlore  en  excès  est  détruit 
dans  le  diffuseur  à  anhydride  sulfureux  et  il  sort  de  celui-ci  une 
eau  rigoureusement  inodore  et  n’ayant  plus  d’autre  goût  que 
la  légère  saveur  de  terre  que  possède  l’eau  de  Seine  du  fait  des 
particules  qu’elle  tient  en  suspension. 

Le  chlore  gazeux  parvient'  au  diffuseur  d’un  appareil 
Wallace  et  Tiernan  contenu  dans  une  boîte  accrochée  au  mur; 
celui-ci  la  reçoit  d’un  cylindre  de  chlore  liquide  placé 
au-dessous.  L’anhydride  sulfureux  provient  d’un  autre  appareil 
identique,  accroché  à  côté,  avec  son  cylindre  pjacé  également 
sur  le  sol  au-dessous. 

Du  lo  décembre  i917  au  4  février  1918,  les  observations 
suivantes  ont  été  faites  journellement  sur  l’installation:  débit 
de  1  eau  ;  débit  du  chlore  ;  débit  de  l’anhydride  sulfureux;  indi¬ 
cations  des  manomètres  à  l’entrée  et  à  la  sortie  des  appareils. 


22  EDWARD  'BARïOW  ET  RENÉ  LEGENDRE 

Le  débit  de  l’eau  s’est  sensiblemeat  maintenu  constant  à 
3,5  mètres  cubes  par  heure. 

Le  débit  du  chlore,  de  5  millionièmes  jusqu’au  31  décembre, 
a  été  alors  réduit  à  4,  puis  à  3  le  3  janvier;  l’eau  devenant  de 
plus  en  plus  trouble,  on  l’a  reporté  à  3  le  15,  puis  à  7  le  17, 
pour  ne  le  ramener  à  5  que  le  1®"  février.  Ces  proportions  sont 
beaucoup  plus  fortes  que  celles  employées  communément  aux 
États-Unis,  parce  que  l’eau  est  très  trouble  et  très  chargée  de 
matières  organiques. 

L’appareil  à  anhydride  sulfureux  n’est  entré  en  fonction¬ 
nement  que  le  19  décembre.  Il  a  été  maintenu  à  3,2  jusqu’au 
16  janvier,  puis  porté  à  4  en  même  temps  qu’on  forçait  la  dose 
de  chlore;  on  l’a  ramené  à  3,2  le  l®®  février  en  même  temps 
qu’on  réduisait  le  débit  de  chlore. 

Pendant  tout  ce  temps,  la  pression  à  l’entrée  dans  les  appa¬ 
reils  a  varié  sel'on  la  température,  mais  celle  à  la  sortie  vers 
les  diffuseurs  est  restée  remarquablement  constante  :  25  livres 
anglaises  par  pouce  carré  pour  l’appareil  à -chlore;  6,75  pour 
l’appareil  à  anhydride  sulfureux  ;  aucune  perturbation  n’a  été 
constatée  jusqu’à  présent.  ^ 

Sur  l’eau  ainsi  traitée,  nous  avons  fait  des  séries  d’analyses 
bactériologiques  pour  contrôler  l’épuration. 

Les  analyses  ont  été  faites  par  les  méthodes  officielles  des 
États-Unis,  telles  qu’elles  sont  indiquées  dans  les  «Standard 
Methods  for  the  Examination  of  Water  and  Sewage  »  publiées 
par  l’American  Public  Health  Association  (3®  édition,  1917). 

Ces  méthodes  sont  les  suivantes  :  Les  échantilloiis  d’eau, 
placés  dans  des  flacons  stériles,  sont  agités  25  fois  au  moment 
d’en  prélever  les  quantités  nécessaires  aux  ensemencements. 

Ceux-ci  se  font  d’une  part  dans  du  bouillon  additionné  de 
12  p.  1.000  de  gélose,  d’autre  part  dans  du  bouillon  lactosé 
à  1  p.  100. 

Le  mélaiige  bouillon-gélose  est  liquéfié  dans  un  bain-marie, 
puis  versé  dans  une  boîte  de  Pétri;  on  y  ajoute  1  centimètre 
cube  de  l’eau  à  analyser.  Après  gélification,  les  boîtes  sont 
portées  à  l’étuve  à  37®.  On  compte  les  colonies  développées 
après  vingt-quatre  heures  et  visibles  à  l’aide  d’une  loupe  gros¬ 
sissant  deux  fois  et  demie.  Si  l’eau  e.st  très  polluée,  on  emploie 
plusieurs  boîtes  dans  lesquelles  on  ensemence  des  quantités 


LA  CHLORATION 


variables  d’eau,  de  façon  à  obtenir  après  vingt-quatre  heures 
des  milieux  contenant  de  25  à  250  colonies. 

Les  numérations  de  colonies  sont  données  exactement  entre 
i  et.  50,  en  arrondissant  à  5  jusqu’à  100,  à  10  jusqu’à  250,  à  25 
jusqu’à  500,  à  50  jusqu’à  1.000,  à  100  jusqu’à  10.000. 

La  recherche  des  bactéries  du  groupe  colibacille  est  prati¬ 
quée  au  moyen  d’une  série  de  tests  qui  sont  considérés  comme 
donnant,  soit  une  présomption,  soit  une  probabilité,  soit  une 
certitude. 

Des  quantités  d’eau  croissantes  (0;1,  1, 10  centimètres  cubes), 
sont  versées  dans  des  tubes  à  essai  contenant  du  bouillon 
laclosé.  Un  petit  tube  renversé  plouge  dans  le  bouillon  et 
forme  cloche  à  gaz.  On  place  les  tubes  dans  l’étuve  à  37“  et  on 
les  examine  après  vingt-quatre  et  après  quarante-huit  heures. 
La  production  en  vingt-quatre  heures  d’une  quantité  de  gaz 
occupant  plus  du  dixième  de  la  cloche  est  considérée  comme  une 
présomption  positive.  La  production  en  vingt-quatre  heures  de 
moins  d’un  dixième  de  gaz  est  considérée  comme  douteuse. 
L’absence  de  gaz  après  quarante-huit  heures  indique  l’absence 
de  bacilles  du  groupe  coli. 

Pour  obtenir  une  probabilité  plus  grande,  on  ensemence  sur 
milieu  d’Endo  ou  sur  gélose  lactosée  tournesolée,  à  partir  du 
tube  qui,  après  quarante-huit  heures  d’étuve,  a  présenté  du  gaz 
dans  sa  cloche.  On  examine  après  dix-huit  à  vingt-quatre 
heures  passées  à  37".  Si  les  colonies  obtenues  sont  rouges  et 
typiques,  le  résultat\j)eut  être  considéré  comme  positif,  sinon 
le  doute  reste  permis  et  peut  être  levé  par  une  troisième 
épreuve  qui  consiste  à  prélever  à  la  48“  heure  les  colonies  les 
plus  typiques  développées  sur  le  milieu  d’Endo  ou  sur  la  gélose 
lactosée  tournesolée  et  à  les  ensemencer,  d’une  part  sur  de  la 
gélose  inclinée,  d’autre  part  dans  du  bouillon  lactosé.  La  pro¬ 
duction  de  gaz  dans  ce  dernier,  l’aspect  des  colonies  et 
l’absence  de  spores  dans  le  premier  donnent  la  certitude. 

Pour  permettre  de  comparer  ces  résultats  à  ceux  auxquels  on 
est  habitué  en  France,  les  mêmes  échantillons  d’eau  ont  été, 
dans  ùn  certain  nombre  de  cas,  examinés  également  par 
d’autres  procédés,  de  pratique  courante  dans  les  laboratoires 
français.  Ils  ont  consisté  :  1"  à  ensemencer  une  goutte  et 
1  centimètre  cube  d’eau  en  boîte  de  Pétri  sur  gélatine,  et  à 


EDWARD  BARTOW  ET  RENÉ  LEGENDRE 


compter  les  colonies  développées  après  1,  2,  3  et  4  jours 
de  séjour  à.  20",  pour  estimer  le  nombre  total  des  germes; 
2"  à  rechercher  le  colibacille  par  ensemencement  de  1  goutte, 

1  et  10  centimètres  cubes  d’eau  dans  du  bouillon  .phéniqué  de 
Vincent,  puis  à  transporter  les  cultures,  obtenues  après 
vingt-quatre  heures,  sur  gélose  glucosée  au  rouge  neutre,  sur 
gélose  lactosée  tournesolée  et  en  eau  peptonée  pour  la  recherche 
de  l’indol. 

Chaque  série  d’analyses  a  porté  sur  ; 

I.  Eau  de  Seine  avant  traitement -, 

II.  La  même,  à  la  sortie  du  diffuseur  à  chlore', 

III.  La  même,  après  trente  minutes  de  contact', 

IV.  La  même,  à  la  sortie  du  diffuseur  à  S 0’; 

V.  Eau  de  source  de  la  canalisation  de  la  Ville. 

Les  tableaux  suivants  résument  les  résultats  obtenus. 

Comme  on  le  voit,  la  stérilisation  est  satisfaisante  quand 
l'eau  est  seulement  louche,  bien  qu’il  s’agisse  alors  d’une  eau 
non  filtrée  et  beaucoup  plus  polluée  que  celles  emplpyées  ordi- 
nairernent  pour  la  boisson.  Elle  ne  devient  insuffisante,  même 
en  forçant  les  doses  de  chlore  que  lorsque  l’eau  est  trop  trouble 
et  trop  chargée  de  grumeaux  de  matières  de  toutes  sortes  en 
suspension.  Mais  alors,  aucun  autre  moyen  d’épuration  chi¬ 
mique  ne  serait  efficace. 

Nous  nous  sommes  placés  volontairement  dans  les  condi¬ 
tions  les  plus  défavorables,  pour  mieux  juger  de  la  valeur  du 
procédé.  Les  résultats  rassemblés  dans  les  tableaux  précédents 
ne  nous  en  paraissent  que  plus  intéressants  à  considérer. 

11  reste  certes  encore  à  faire  pour  contrôler  la  sécurité  de  la 
chloration, «ainsi  que  des  autres  moyens  de  traitement  chi¬ 
mique,  en  présence  de  telle  ou  telle  espèce  bactérienne  de 
caractère  particulier.  Le  temps  nous  manque  pour  entreprendre 
une  telle  étude. 

Dès  maintenant,  on  peut  cependant  affirmer,  avec  les 
hygiénistes  américains  dont  nous  avons  cité  les  analyses,  que 
la  chloration  diminue  très  notablement  le  nombre  des  germes 
et  fait  disparaître  le  colibacille  quand  l’eau  ne  contient  pas 
trop  de  matières  en  suspension.  Elle  est  donc  applicable  aux  , 
eaux  limpides  ou  seulement  filtrées,  à  peu  près  exclusivement 
utilisées  pour  la  consommation. 


EDWARD  BAKTOW  ET  RENÉ  LE&E^DRE 


Il  nous  a  semblé  utile  de  faire  connaître  en  France  le  nou¬ 
veau  procédé  qui  nous  arrive  des  États-Unis,  afin  de  permettre 
de  l’essayer. et  de  le  juger. 

Après  contrôle  suffisant  —  et  la  guerre  en  se  prolongeant 
nous  le  fournira  aisément  —  il  serait  susceptible,  croyons- 
nous,  de  rendïe  service  aux  municipalités  qui  ne  dispo¬ 
sent  pas  d’eau  de  source  absolument  pure  ou  qui  ne  peuvent 
organiser  une  surveillance  suffisante  de  leurs  eaux  d’alimen¬ 
tation. 


LA  CHLORATION 


B.”—  Uéthodes  d’analyses  françaises. 


Son  installation,  peu  encombrante  et  peu  coûteuse,  la  sim- 1 
plicité  et  l’automaticité  de  son  fonctionnement,  le  minimum  de 
personnel  technique  qu’il  exige,  pourront  en  faire,  surtout  pdur 
les  petites  villes,  un  précieux  moyen  de  prophylaxie  contre  les 
épidémies  transmises  par  l’eau. 

45  février  4918. 


INDEX  BIBLIOGRAPHIQUE 


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30 


D”  ARNOLD  NETTER  ET  BLAIZOT 


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NOTE  SUR 

QUELQUES  CAS  DE  TYP.HUS  EXANTHÉMATIQUE 

A  PARIS 

Difficulté  du  diagnostic  pour  un  médecin  non  prévenu. 

Efficacité  des  mesures  préventives. 

Existence  d’un  typhus  endémique  bénin, 

par  M.  ARNOLD  NETTER,  avec  la  collaboration  de  M.  BLAIZOT. 

Les  manifestations  du  typhus  exanthématique  depuis  le 
début  de  la  guerre  ont  à  maintes  reprises  appelé  l’attention. 

Nous  connaissons  notamment  ses  ravages  parmi  ,1a  popu¬ 
lation  civile  et  militaire  de  la  vaillante  Serbie,,  et  nous  n’igno¬ 
rons  pas  que  le  concours  héroïque  des  médecins  alliés  a  su, 
sur  place  et  ailleurs,  enrayer  les  progrès  d’un  mal  qui  sem¬ 
blait  défier  leurs  efforts. 

Nous  savons  aussi  comment  en  Allemagne  le  mélange,  de 
propos  délibéré,  des  prisonniers  français  et  anglais  aux  prison- 


QUELQUES  CAS  DE  TYPHUS  EXANTHÉMATIQUE  A  PARIS  31 

niers  russes  a  favorisé  l’éclosion  du  fléau  dans  plusieurs  camps. 
Si  nos  compatriotes  militaires  et  civils  lui  ont  payé  un  trop  lourd 
tribut,  les  geôliers  en  ont  été  à  leur  tour  les  victimes,  et  des 
camps  le  mal  se  répandit  dans  la  population  civile.  Le  corps 
médical  allemand  perdit  de  ce  fait  quelques-uns  de  ses  membres 
éminents,  tels  notamment  que  Cornet,  Prowazek,  Jochmann  et 
Romer. 

On  sait  moins,  en  revanche,  que  sur  divers  points  du  globe 
des  manifestations  d’importance  bien  moindre,  sans  lien  apparent 
avec  les  précédentes,  ont  été  notées.  Notre  pays  même  ii’a  pas  été 
absolument  indemne. 

Quelques  cas,  relevés  par  nous  dans  une  famille  de  chiffon¬ 
niers  à  Paris  et  dont  la  nature  a  été  établie,  d’une  façon  indiscu¬ 
table,  seront  le  point  de  départ  de  la  communication  que  je 
désire  faire  à  l’Académie. 

Leur  publication  nous  paraît  indispensable.  Il  importe,  en 
effet,  que  les  cas  de  typhus  soient  reconnus  de  bonne  heure  et  ils 
ne  sauraient  l’être  si  le  corps  médical  n’est  pas  prévenu. 

Peut-on  redouter  que  cette  divulgation  éveille  l’inquiétude  du 
public?  L’expérience  de  1893,  année  où  le  typhus  a  déjà  été 
observé  à  Paris  et  dans  nombre  de  localités  en  France  (21),  nous 
a  montré  que  nous  sommes  bien  armés  pour  arrêter  les  progrès 
d’une  épidémie  à  condition  d’être  informés.  Dès  cette  époque,  la 
surveillance  des  nomades,  le  nettoyage  à  fond  des  malades,  la 
désinfection  des  objets  d’habillement,  de  literie,  des  locaux 
s’étaient  montrés  efficaces. 

Je  commencerai  par  exposer  dans  quelles  conditions  j’ai  pu 
reconnaître  le  typhus  exanthématique  en  décembre  dernier  chez 
deux  de  mes  malades,  et  rapporter  à  la  même  cause?  cas  soignés 
par  d’autres  médecins. 

Je  montrerai  comment  le  diagnostic  est  difficile  et,  par  suite, 
l’intérêt  qui  s’attache  à  la  divulgation  des  faits  actuels.  Après 
avoir  rappelé  l’efficacité  des  moyens  dont  nous  disposons  pour 
combattre  le  fléau,  je  rechercherai  l’origine  de  ces  cas  et,  sans 
répousser  absolument  l’importation  récente  possible,  je  mon¬ 
trerai  l’existence  antérieure  d’autres  cas  qui  n’ont  pas  été  sui¬ 
vis  d’épidémie.  Je  les  rapprocherai  de  ceux  qui  ont  été  ob¬ 
servés  dans  divers  pays  et  notamment  aux  Etats-Unis,  cas  qui 


32  D'»  ARNOLD  NETTER  ET  BLAIZOT 

avaient  perdu  les  caractères  classiques  et  essentiels  du  typhus 
exanthématique  :  la  gravité  et  la  contagiosité,  et  qu’en  dépit  de 
leur  masque  l’expérimentation  a  révélés  être  du  typhus  bénin 
endémique. 


I 

Le  6  décembre  1917,  je  trouvais  dans  mon  service  deux  frères 
entrés  la  veille  au  soir  avec  température  élevée  et  qui  m’étaient 
présentés  par  mon  interne  avec  le  diagnostic  de  fièvre 
typhoïde. 

Leur  aspect  Hébété,  la  sécheresse  de  la  langue,  l’hyperther- 
mie,  les  sibilances  à  l’auscultation,  la  tuméfaction  de  la  rate, 
débordant  largement  les  fausses  côtes,  rendaient  ce  diagnostic 
très  vraisemblable.  On  invoquait  d’ailleurs  en  sa  faveur  l’exis¬ 
tence  sur  la  paroi  abdominale  du  plus  jeune  des  deux  garçons, 
Eugène,  âgé  de  12  ans,  de  3  taches  rosées  s’effaçant  sous  la 
pression.  Cependant,  ces  taches  ne  revêtaient  pas  l’apparence 
typique  de  la  roséole  typhoïdique.  Elles  étaient  plus  larges. 

'  Chez  le  frère  aîné,  Auguste,  14  ans  et  demi,  on  notait  en' 
revanche  sur  le  tronc,  sur  les  bras,  sur  les  cuisses  des  taches 
plus  petites,  un  peu  plus  nombreuses,  un  peu  plus  foncées  que 
les  taches  rosées,  ne  s’effaçant  que  partiellement.  Je  songeais  à 
l’éruption  de  typhus  exanthématique  et  je  n’hésitais  pas  à  con¬ 
sidérer  qu’il  s’agissait'  vraisemblablement  de  cette  maladie. 
J’apprenais  que  les  enfants,  d’une  saleté  repoussante,  étaient 
•arrivés  couverts  de  poux.  La  mère  et  une  amie  qui  les, avaient 
conduits  à  l’hôpital  étalent  dans  un  état  d’ébriété  absolu  et 
n’avaient  pu  fournir  aucun  renseignement  précis  sur  la  daie  et 
les  manifestations  du  début.  Nous  savions  seulement  qu’il 
s’agissait  d’une  chiffonnière.  L’adresse  fournie  à  l’hôpital  était 
fausse,  ce  qui  entrava  quelques  jours  notre  enquête..  Sans 
retard  nous  procédâmes  aux  recherches  nécessaires  pour  établir 
le  diagnostic:  ensemencement  du  sang  des  deux  enfants  dans  un 
bouillon  additionné  de  bile  pour  la  recherche  du  bacille  de  la 
fièvre  typhoïde;  inoculation  dans  le  péritoine  d’un  cobaye  du 
sang  du  frère  aîné.  Une  ponction  lombaire  chez  le  frère  aîné,  qui 
présentait  un  signe  de  Kernig  très  net,  ramenait  un  liquide  clair 
normal.  Le  lendemain  7  décembre,  M.  Blaizot  voulait  bien  à  son 


QUELQUES  CAS  DE  TYPHUS  EXANTHÉMATIQUE  A  PARIS  33 


tour  inoculer  deux  cobayes  avec  le  sang  de  chacun  des  deux 
enfants. 

Jour  par  jour,  notre  présomption  se  justifiait.  Les  ballons  du 


bouillon  ensemencés  avec  le  sang,  restant  stériles,  permettaient 
d’éliminer  dès  le  9  le  diagnostic  de  fièvre  typhoïde. 

L’entrée,  le  11  décembre  dans  le  service  de  notre  collègue  ïri- 
boulet,  d’un  3®  frère  de  9  ans,  qui  présentait  des  caractères  ana¬ 
logues  à  ceux  des  premiers  sujets,  attestait  grande  contagiosité . 


D»  ARNOLD  NETTER  ET  BLAIZOT 


Le  13  décembre,  le  1"  cobaye,  inoculé  avec  le  sang  de  l’enfant 
Eugène,  présentait  une  ascension  thermique,  6  jours  après  l’ino¬ 
culation;  semblable  ascension  était  relevée  le  lendemain  chez  le 
2'  cobaye.  Ces  ascensions  marquaient  l’apparition  du  typhus 
expérimentçtl  transmis  le  20  décembre  à  deux  nouveaux  cobayes 
chez  lesquels  la  fièvre  se  manifestait  7  et  9  Jours  après.  Les  ino¬ 
culations  se  poursuivent.  Les  trois  cobayes,  inoculés  avec  le 
sang  du  frère  plus  âgé,  Auguste,  restèrent  indemnes.  D’après 
Eugène,  la  maladie  d’Auguste  était  antérieure  de  8  jours  à  la 


sienne.  Le  sang  des  typhiques  est  de  moins  en  moins  virulent  à 
mesure  que  la  maladie  est  plus  ancienne.  La  maladie  d’Auguste 
remontait  à  9à  10  jours  au  moins  au  moment  des  inoculations. 
Le  15  décembre,  chez  les  3  malades  de  l’hôpital  Trousseau,  la 
température  baissait  brusquement.  Ces  abaissements  à  peu  près 
.  simultanés  se  poursuivaient  le  lendemain.  En  24  heures,  l’abais¬ 
sement  est  de  1°8  chez  Auguste;  en  48  heures  de  3°  chez  Eugène  ; 
•  en  12  heures  de  2°  chez  René.  Ces  chutes  sont  tout  à  fait  carac¬ 
téristiques  du  typhus  et  ne  se  voient  pas  dans  la  typhoïde.  ' 

Le  19  décembre,  mes  enquêtes  jusque-là  infructueuses  arri¬ 
vaient  enfin  à  établir  qu’un  frère  plus  âgé  était  déjà  soigné  à 
l’hôpital  Tenon,  salle  Trousseau,  dansle  service  de  notre  collègue 
et  amiCarnot.  Celui-ci,  mis  au  courant  dé  mes  recherches,  n’h'ésila 
pas  à  désigner  le  malade  dont  l’histoire  l’avait  d’ailleurs  intrigué. 


QUELQUES  CAS  DE  TYPHUS  EXANTHÉMATIQUE  A  PARIS  '35 


bien  qu’il  n’ait  pas  soupçonné  le  typhus.  Voici  la  lettre  qu’il 
m’écrivait  le  lendemain. 

Mon  cher  maître, 

Voici  les  renseignenïents  que  je  puis  .vous  donner  sur  Lee...,  mal¬ 
heureusement  la  feuille  de  température  a  été  introuvable,  jusqu’ici. 

Il  est  entré  salle  Trousseau,  le  II  novembre,  malade  depuis  quel- 
ques  jours  chez  lui,  dans  un  état  de  saleté  lamentable,  couvert  de 
poux.  Faciès  typhique,  air  hébété  (mais  ce  malade  est  à  peu  près 
innocent),  température  40'’-4I“.  Pas  d'éruption.  Langue  sèche.  Bron¬ 
chite  généralisée  avec  râles  vifs.  Rate  palpable.  Constipation  (lave¬ 
ments),  pas  d’albuminurie,  pas  de  raideur  de  nuque,  pas  de  Kernig. 
Ponction  lombaire  ;  liquide  clair  non  hypertendu  sans  éléments 
anormaux,  crachats  tuberculeux  négatifs.  Hémoculture  négative  en 
bile  et  en  bouillon.  Séro  négatif  à  l’Eberth,  A  et  B. 

Le  malade  est  isolé  et  a  cpiatre  bains  par  jour.  Pendant  neuf  jours 
les  phénomènes  sont  stationnaires  :  température  en  plateau  à  40-41“, 
malgré  les  bains;  pas  d’éruption.  Constipation.  Râles  abondants. 
Agitation  nocturne  (le  malade  crie  comme  un  chien).  Un  nouveau 
séro  et  une  nouvelle  hémoculture  sont  négatifs. 

Le  9'  jour  après  l’entrée  (18'  jour  de  la  maladie),  défervescence 
brusqué  en  deux  jours,  39“  le  1"  jour,  38“  te  2').  Depuis,  apyrexie  défi¬ 
nitive  sans  accroc. 

Pas  d’épisode  à  la  convalesceoco,  sauf  prolongation  de  la  toux  et 
de  l’agitation  nocturne.  Reprise  rapide  de  la  nutrition.  Reconduit 
chez  sa  grand’mère,  à  Bagnolet,  207,  avenue  du  Général-Galliéni,  le 
la  décembre  en  très  bon  état.  Tout  cadre  donc  bien  avec  votre  hypo¬ 
thèse.  ^ 

S’il  peut  vous  être  utile  que  nous  hospitalisions  à  nouveau  ce 
malade  pour  telle  ou  telle  raison,  nous  le  ferons  très  volontiers. 

Votre  affectueusement  dévoué, 

Paul  Car.not. 


Le  24  décembre,  la  mère  des  enfants  se  décidait  ù  venir  à 
l’hôpital  Trousseau  et  me  donnait  quelques  renseignements  sur 
l’emploi  de  son  temps  et  celui  des  enfants.  La  nuit  était  surtout 
consacrée  à  la  récolte  des  chiffons,  et  celle-ci  se  pratiquait  ordi¬ 
nairement  dans  le  quartier  MoutTetard  :  rue  Mouffetard,  boule¬ 
vard  de  Port-Royal,  et  parfois  aussi  du  côté  de  la  rue  Pastou¬ 
relle  où  chiffonnait  de  préférence  sa  mère,  veuve  Pic...,  âgée  de 
soixante-douze  ans,  chez  laquelle  habitait  généralement  le  fils 


D'»  ARNOLD  NETTER  ET  BLAIZOT 


aîné  Lee...,  entré  le  H  novembre  chez  Carnot.  Depuis  plus  de 
deux  mois  la  femme  B...  avait  été  expulsée  de  la  chambre 
où-  elle  était  logée,  rue  des  Lyonnais.  Elle  couchait  fréquem¬ 
ment  aveé  ses  trois  enfants,  ou  avec  un  ou  deux  au  poste  du  Pan¬ 
théon  où  nous  trouvons  son  passage  signalé  les  25  et  27  novem¬ 
bre  e,t  2  décembre.  D’autres  fois  chez  une  sœur,  dans  un  hôtel 
rue  Gracieuse,  où  les  enfants  couchaient  avant  l’admission 
à  Trousseau,  ou  chez  la  grand’mère,  avenue  du  Général-Galliéni, 
207,  à  Bagnolet,  où  logeait  Lee...  Les  enfants  m’ont  depuis 
signalé  quelques  autres  gîtes.  J’espéraj^s  pouvoir  faire  prendre 


un  ^in  à. la  femme  B...  et  profiter  de  l’occasion  pour  faire 
une  cueillette  de  poux  qui  aurait  servi  à  une  inoculation.  Elle 
s’y  refusa.  Le  fait  est  d’autant  plus  regrettable  qu’elle  tomba 
malade  le  lendemain  et  fut  amenée  le  4  janvier  à  l’hôpital  Tenon 
avec  une  température  de  39“8avec  prostration  extrême  et  délire. 
On  crut  dans  le  service,  les  premiers  J  ours,  à  une  pneumonie.  Le 
hasariiapprit  à  M.  Carnot,  le  *7  janvier,  l’existence  de  la  malade; 
il  l’isola  dans  son  service  le  8  janvier.  J’avais  de  mon  côté 
appris,  le  7,  son  entrée  salle  Axenfeld ,  où  je  la  trouvais  encore,  le  8, 
prostrée,  la  langue  sèche,  présentant  des  pétéchies  nombreuses, 
mais  la  température  était  tombée  de  40°,  le  7  au  soir,  à  38“  le  len¬ 
demain.  Elle  baissait,  le  10,  de  38”5  à  37“5.  On  lui  avait  trouvé 
quantité  de  poux  et  le  9  janvier  on  récoltait  encore  sur  ses  draps, 
à  mon  intention,  les  cadavres  de  5  poux  de  corps  qui  serviront 


QUELQUES  CAS  DE  TYPHUS  EXANTHÉMATIQUE  A  PARIS  37 

aux  inoculations.  La  malade  fut  pendant  quelques  jours  encore 
très  sérieusement  atteinte.  La  tension  artérielle  était  très  basse 
11  à  6,  le  8;  11  1/2  à  6,  le  9;  12  à  8.  A  l’heure  actuelle  la  veuve 
B...  est  complètement  remise. 

Le  9  janvier,  en  me  rendant  pour  la  seconde  fois  avenue  du 
Général-Galliéni,  dans  la  petite  baraque  de  la  grand’mère,  veuve 
Pic...,  j’y  trouve  une  jeune  femme  de  vingt  ans,  la  veuve  Nass..., 
sœur  des  enfants  Bout...  Elle  avait  une  mine  très  fatiguée, 
ayant  été  malade  elle-même  en  même  temps  que  le  frère  aîné 
Lee... 

La  femme  Nass...  a  séjourné  dans  un  liêpital  qu’elle  n’a 
pu  ou  voulu  me  désigner  et  que  nous  n’avons  pu  retrou¬ 
ver.  Elle  a  été  soignée  également  chez  une  «  copine  »  de 
Gentilly,  et  sur  ce  point  encore  nos  enquêtes  n’ont  pas  encore 
abouti.  Sans  en  avoir  la  preuve  aussi  sûre  que  pour  la  mère  et 
les  frères  nous  admettons  qu’elle  a  constitué  un  sixième  cas  de 
typhus. 

Le  sérum  de  nos  malades  après  guérison,  comme  celui  de 
Lee...,  de  sa  mère,  n’a  agglutiné  ni  les  bacilles  typhiques  ni  les 
para  typhiques. 

Le  29.  décembre,  M.  Blaizot  inoculait  une  série  de  10  cobayes 
avec  3  gouttes  de  virus  exanthématique  tunisien  de  passage. 
Deux  cobayes  reçurent  le  virus  pur,  deux  cobayes  le  même  virus 
après  contact  de  30  minutes  avec  1  c.  c.  S  du  sérum  de  chacun 
des  convalescents,  Lee...  Auguste,  Eugène  et  René. 

Trois  cobayes,  un  témoin  et  deux  cobayes  qui  avaient  reçu 
le  sérum,  succombent  les  premiers  jours  et  ne  peuvent -être 
utilisés. 

Le  cobaye  qui  a  reçu  le  virus  ^lur  est  pris  d’un  typhus  grave 
le  12' jour.  Sa  température  dépasse  40°.  Elle  monte  graduelle¬ 
ment.  L’animal  est  sacrifié  le  18°  jour  pour  des  inoculations 
ultérieures. 

Deux  cobayes  qui  ont  reçu  le  virus  mélangé  au  sérum  de 
Lee...  et  d’Eugène  n’ont  rien. 

Quatre  autres  cobayes  ont  une  ascension  de  courte  durée. 

3  jours,  pour  le  virus  mélangé  au  sérum  de  René,  début 
le  10; 


Di-  ARNOLD  NETTER  ET  BLAIZOT 


3  jours  et  demi,  pour  le  virus  mélangé  au  sérum  de  Lee..., 
début  le  12; 

6  jours,  pour  le  virus  mélangé  au  sérum  d’Augu.ste,  début 
le  10; 


7  jours,  pour  le  virus  mélangé  au  sérumi  d’Àuguste,  début 
le  14. 

Ces  animaux  sont  actuellement  apyrétiques. 


L existence  d'anticorps  dans  le  sérum  des  convalescents  est 
établie.  —  Chez  les  uns,  elle  a  suffi  à  prévenir,  chez  les  autres 
à  atténuer  les  effets  du  virus. 

On  ne  saurait,  ce  nous  semble,  établir  plus  catégoriquement 


QUELQUES  CA.S  DE  TYPHUS  EXANTHÉMATIQUE  A  PARIS  3!i 

qu’il  s’agissait,  dans  cette  famille,  du  typhuâ  exanthématique. 
Nous  en  avons  donné,  en  effet,  les  preuves  qui  sont  : 

Clinique  : 

a)  la  durée  de  la  maladie  ; 

b)  défervescence  typique  ; 

c)  l’éruption  de  l’enfant  B. 

Épidémiologique  : 

a)  contagiosité  extrême; 
malades  sur  6  membres  de  la  famille  (si.x); 
b}  milieu  social,  vagabonds  couverts  de  poux. 
Expérimental  : 

a)  infection  des  cobayes  injectés  avec  le  sang  recueilli 
pendant  la  période  aiguë  ; 

b)  atténuation  du  virus  typhique  après  contact  avec  le 
sérum  des  convalescents. 


d'o 

indirect  ; 

Si,  dans  notre  service,  le  diagnostic  a  été  établi  de  bonne 
heure,  il  ne  l’a  pas  été  chez  les  malades  de  l’hôpital  Tenon  ; 
aucun  de  ces  malades,  soumis  à  l’épouillage  et  isolés  impar¬ 
faitement,  n’a  donné  naissance  à  des  cas  de  contagion  hôspi- 
talière. 

Au  faisceau  de  preuves  que  nous  avons  réunies  manquent 
encore  deux  arguments.  Nos  six  malades  ont  guéri  et  le  typhus 
est  souvent  mortel;  Les  renseignements  fournis  par  l’autopsie 
démontrent  en  ce  cas  l'absence  de  lésions  de  l'intestin.  Une  autre 
épidémie  familiale,  dont  je  dois  la  connaissance  à  mon  collègue 
et  ami  Boulloche,  nous  apporta  ces  précisions  nouvelles. 

Le  12  novembre,  à  l’hôpital  Bretonneau  dans  le  service  du 
D''  Boulloche,  entraient  deux  sœurs  dont  l’affection  avait  débuté 
récemment.  Le  père  des  fillettes  était  tombé  brusquement 
malade  le  31  octobre  et  était  mort  le  5  novembre.  Le  médecin 
avait  attribué  la  mort  à  une  congestion  cérébrale.  Les  filles 
étaient  malades  depuis  le  7.  Marguerite,  la  plus  jeune,  âgée  de 
six  ans,  entrée  le  12  avec  40°,  meurt  le  16,  après  une  température 
de  41°6.  A  l’autopsie,  on  ne  constate  aucune  lésion  de  l’intes¬ 
tin.  Jeanne,  l’aînée,  âgée  de  neuf  ans,  a  38°6,  le  12  au  matin  ; 


1.  Hémocultures  négatives  chez  4  maladçs; 

2.  Séro-diagnostic  négatif. 


Df»  ARNOLD  NETTER  ET  BLAIZOT 


la  température  monte,  le  14  et  le  15,  à  40“8.  Le  17,  elle  est  de 
40";  le  18  au  matin,  de  38"o;  le  19  au  matin,  de  38".  Ces  enfants 
étaient  couverts  de  poux.  La  mère,  qui  vient  les  voir,  héberge 
ces  parasites  en  quantité  telle  qu’après  chacune  de  ses  visites  on 
trouve  des  poux  sur  le  lit  et  sous  le  lit  de  Isa  fille.  L’hémoculture 
pratiquée  le  17  novembre  n’a  pas  donné  naissance  aux^bacilles 
d’Eberth.  Les  séro-diagnostics.  sont  restés  négatifs. 


Bien  que  nous  ne  puissions  invoquer  pour  les  cas  de  Breton¬ 
neau  des  arguments  aussi  probants  que  pour  nos  malades  de 
l’hôpital  Trousseau,  la  nature  d’une  maladie  qui  a  frappé  trois 
membres  d’une  même  famille  ne  nous  paraît  pas  douteuse.  (Nous 
n’hésitons  pas  à  substituer  le  nom  du  typhus  à  celui  de  conges¬ 
tion  cérébrale  porté  après  décès  du  père.)  Décès  de  deux  sujets. 
Absence  de  lésions  à  l’autopsie  de  Marguerite.  Résultats  négatifs 
de  l'hémoculture  et  de  l’agglutination.  Marche  de  la  maladie  ; 
rapidité  de  la  défervescence. 

Alors  que  les  membres  de  la  famille  Boul...  sont  tombés 
malades  à  Bagnolet  et  dans  le  V'  arrondissement,  la  famille 
Roi...  habitait  à  Clichy. 


QUELQUES  CAS  DE  TYPHUS  EXANTHEMATIQUE  A  PARIS  41 


II 

Nous  ne  doutons  pas  qu’à  la  suite  de  notre  communication  on 
ne  signale  de  nouveaux  cas  et  que  l’on  ne  rapporte  au  typhus  l’af¬ 
fection  de  malades  encore  en  traitement  dans  les  hôpitaux,  en 
ville,  ou  même  snrtis  des  hôpitaux.  Le  diagnostic  du  typhus,  en 
règle  générale,  n'est  porté  que  si  l'on  est  prévenu  de  la  possibilité 
d'une  a/feriion  qui  semble  avoir  disparu  de  nos  préoccupations.  Si 
nous  y  avons  pensé  au  premier  moment  chez  nos  deux  malades, 
c’est  que  les  deux  enfants  avaient  été  reçus  le  même  jour,  qu’ils 
appartenaientàune  catégorie  particulière,  qu'ils  étaient  couverts 
de  vermine-  C’est  surtout  parce  que  nous  avions  gardé  le  sou¬ 
venir  de  nos  observations  en  1893,  à  Paris  et  dans  les  localités 
de  la  Somme,  de  Seine  et  Oise,  de  l’Eure,  de  la  Seine-Inférieure, 
du  Calvados,  etc.,  où  nous  avaient  amené,  nos  enquêtes  et,  enfin, 
que  notre  attention  avait  été  maintenue  en  éveil  par  la  connais¬ 
sance  de  l’existence  du  typhus  endémique  en  Bretagne  et  surtout 
dans  les  grandes  villes  américaines  (6,  7, 12,  14). 

S’il  en  avait  été  autrement,  nos  deux  cas  auraient  été  ignorés 
comme  les  sept  autres  el  qualifiés  de  fièvre  typhoïde,  pneumo¬ 
nie,  septicémie,  congestion  cérébrale,  grippe  ou  encore  de  mala¬ 
dies  non  classées. 

On  n'aurait  prononcé  le  nom  de  typhus  qu’au  jour  où  la  mani¬ 
festation  de  la  contagion  sur  un  membre  du  personnel  hospitalier 
aurait  ouvert  les  yeux  (16). 

En  dépit  des  traités  classiques,  le  typhus  ne  présente  pas  de 
signes  pathognomoniques.  L’éruption  qui  lui  vaut  son  nom  est 
\facileinent  méconnue  et  ne  diffère  pas  essentiellement  des 
taches  rosées  lenticulaires.  Elle  peut  d’ailleurs  être  fugitive  et 
môme  manquer  complètement.  Dans  la  fièvre  typhoïde,  d’autre 
part,  on  peut  voir  des  taches  rosées  très  nombreuses,  el  nous 
avons,  dans  ces  derniers  temps,  noté  maintes  constatations  de 
ce  genre. 

§i,  en  revanche,  les  soupçons  sont  éveillés,  on  tiendra  grand 
compte  du  mode  de  début  brutal,  de  la  rapidité  avec  laquelle  la 
température  atteint  son  maximum,  delà  faiblesse  des  écarts  entre 
les  températures  matinale  et  vespérale,  de  la  durée  relativement 
courte,  12  à  14  jours,  du  peu  de  temps  mis  au  retour  à  la  tempé- 


D«  ARNOLD  NETTER  ET  BLAIZOT  . 


rature  normale,  chutes  de  2,  3,  4  degrés  en  1  ou  2  jours 
(13,  20). 

L’accentuation  des  phénomènes  nerveux,  la  rareté  habituelle 
des  déterminations  intestinales,  la  fréquence  relative  de  cer¬ 
taines  complications  :  parotidites  suppurées,  gangrènes,  éveille^ 
ront  les  soupçons.  En  cas  de  décès,  on  relèvera  la  date  relati¬ 
vement  précoce  de  la  mort,  l’absence  de  lésions  intestinales  à 
l’autopsie. 

On  tiendra  grand  compte  de  l’apparition  du  mal  en  hiver  ou 
nu  printemps,  de  la  multiplicité  des  cas  dans  une  famille,  de  la 
participation  des  services  hospitaliers,  de  la  profession  ou  mieux 
du  manque  de  profession  régulière  des  malades,  de  leur  exis¬ 
tence  nomade,  de  leur  état  de  malpropreté  (18,  19). 

On  ne  négligera  pas  le  concours  que  pourront  fournir  les 
recherches  de  laboratoire,  et,  notamment  l'hémoculture,  l’agglu¬ 
tination,  l’inoculalion  de  sang,  de  sérum  aux  cobayes  qui  pourra 
mettre  en  évidence  tour  à  tour  la  virulence  du  sang  pendant  la 
période  aiguë,  l’apparition  de  propriétés  immunisantes  après 
guérison  (22,  24). 

Nous  n’avons  pas  fait  chez  nos  malades  de  cultures  en  anaéro¬ 
bies  qui  ont  permis  à  Plolz,  Olitzki  et  Baehr,  de'mettre  en  évi¬ 
dence  le  bacille  qu’ils  considèrent  comme  spécifique  et  en  faveur 
de  la  spécificité  duquel  ils  ont  apporté  des  arguments  dignes  de 
nous  arrêter  (3,  4,  5,  25,  26,  27). 

Nous  n’avons  pas  non  plus  eu  recours  à  l’examen  microsco¬ 
pique  des  coupes  des  lésions  cutanées  qui,  d’après  Eugène 
Fraenkel,  peut  donner  d’utiles  enseignements. 

Nous  n’avons  d’ailleurs  pas  eu  besoin  de  ces  éléments  de 
contrôle. 

Nos  malades  ont  séjourné  dans  des  hôpitaux  généraux  sans 
qu’il  ait  été,  pour  la  plupart,  soupçonné  la  nature  et  pris  de  pré¬ 
cautions  spéciales.  Ils  nont  cependant  pas  été  le  point  de  départ 
de  nouveaux  cas.  Cette  immunité  tient  incontestablement  à 
l’attention  prise  pour  débarrasser  tes  malades  de  leurs  parasites. 
Les  recherches  de  Charles  Nicolle,  de  Tunis,  ont  prouvé  le  rôle 
prédominant  des  poux  et  surtout  des  poux  de  corps  dans  la  pro¬ 
pagation  du  fléau  (23).  Nous  avions,  dès  1893,  pressenti  le  rôle 
des  parasites;  et  les  mesures  de  nettoyage  des  malades,  de 


QUKLQUES  CAS  UE  TYPHLS  EXANTHÉMATIQUE  A  PARIS  41^ 

désinfection  de  vêtements,  objets  de  literie,  locaux,  avaient 
suffi,  dès  cette  époque,  pour  enrayer  l’épidémie  (18,  19,  20). 

On  savait  déjà  que  le  tijplim  ne  frappe  qu  exceptionneUement 
les  personnes  de  classes  aisées,  que  la  propreté  est  le  meilleur 
moyen  de  préservation.  11  n’y  a  donc  pas  lieu  d’être  inquiet. 

111 

A  quoi  faut-il  attribuer  ces  cas  de  typhus  de  la  fin  de  l’an¬ 
née  1917,  à  Paris  ?  On  a  naturellement  tendance  à  supposer  une 
importation  récente,  à  incriminer  les  Algériens,  Tunisiens, 
Marocains,  etc.,  attirés  en  grand  nombre  dans  nos  usines,  et 
même  utilisés  pour  le  nettoyage  des  voies  publiques,  les  contin¬ 
gents  serbes  ou  russes,  les  prisonniers  et  rapatriés  tevenus  des 
camps  ennemis.  Tous  ces  immigrants  sont  soumis  A  une  surveil¬ 
lance  méticuleuse,  au  départ  et  à  L'arinvée.  Ils  sont  dépouillés,  et 
leurs  effets  sont  désinfectés.  L’Administration  ne  se  désintéresse 
d’ailleurs  pas  d’eux,  une  fois  entrés  en  France,  et  leur  contrôle  est 
relativement  aisé. 

On  ne  saurait  évidemment  nier  la  possibilité  d’arrivée  de 
sujets  en  état  d'incubation,  sur  lesquels  des  parasites  pourront 
se  charger  de  contage  qu’ils  auront  antérieurement  transmis  à 
ceux  que  les  rencontres  exposent  à  leur  contact. 

Cette  intervention  n’est  nullement  indispensable. 

Gestin  et  ses  collaborateurs  avaient  déjà  signalé,  dans  le 
Finistère,  la  persistance  de  quelques  foyers  susceptibles  de 
réveils,  et  j’ai  montré  comment,  selon  toute  vraisemblance,  le 
typhus  de  1893  a  été  apporté  dans  le  bassin  de  la  Seine  et  de  la 
Somme  par  des  individus  venus  de  Bretagne  (17). 

Mais  il  n’est  pas  même  besoin  de  songer  à  une  importation. 
Le  typhus  na  sans  doute  jamais  complètement  disparu,  même  de 
Paris.  Comme  d’autres  maladies,  particulièrement  fréquentes  et 
dangereuses  au  Moyen  âge,  il  s'est  progressivement  atténué,  au 
point  de  perdre  les  caractères  qui  en  faisaient  te  principal  danger, 
et  notamment  la  gravité  et  la  contagion. 

11  y  a  vingt  ans,  un  médecin  américain,  Aathan  Brill(6),  attirait 
l'attention  de  ses  confrères  de  New-York  sur  une  maladie  jusque- 


D”  ARNOLD  NETTER  ET  BLAIZOT 


là  non  décrite,  frappant  de  préférence  les  sujets  de  vingtà  trente 
ans,  et  que  l’absence  de  la  réaction  de  Widal  permettait  de  dis¬ 
tinguer  de  la  fièvre  typhoïde  avec  laquelle,  toutefois,  elle  présen¬ 
tait  certains  points  d’analogie  :  notamment  4a  fréquence  des 
taches  rosées  lenticulaires,  13  fois  sur  17  ;  de  la  céphalée,  16;  de 
la  tuméfaction.splénique,  13;  de  l’anorexie,  14;  de  la  prostration, 
13;  du  tympanisme,  10. 

En  1910  (7),  Brill  revient  sur  le  sujet.  Les  17  cas  du  début  sont 
maintenant  montés  à  221.  En  déceinbre  1910(8),  ils  sont  253.  Des 
cas  de  maladie  de  Brill  sont  signalés  dans, plusieurs  villes  amé¬ 
ricaines.  Brill  insiste  plus  qu’en  1898  sur  ja  durée  de  12,  13  ou 
14  jours,  pouvant  être  exceptionnellement  réduite  à  5  jours,  et 
aller  jusqu’à  22  jours,  sur  le  mode  de  terminaison  de  la  maladie 
dans  laquelle,  en  12  à  36  heures,  la  température  tombe  de  40®  à 
la  normale,  en  même  temps  que  disparaissent  tous  les  sym¬ 
ptômes.  Eh  1911-,  il  peut,  pour  la  première  fois,  rapporter  les 
résultats  d’iine  autopsie.  Celle-ci  ne  montre  aucune  lésion  intes¬ 
tinale.  Les  viscères  sont  congestionnés  et  offrent  les  mêmes 
caractères  que  dans  une  maladie  infectieuse  (8). 

Divers  observateurs,  et  notamment  Louria  (14),  Friedman  (12, 
13),  Goodall  de  Londres,  émettent  l’idée  qu’il  s’agit  d’un  typhus 
bénin.  Ils  montrent  que  dans  certaines  régions,  et  notamment- 
en  Pologne,  en  Chine,  le  typhus,  en  dehors  des  épidémies,  est 
bénin  et  peu  contagieux. 

Brill  avait,  dès  le  début,  agité  la  question.  Du  typhus,  en  effet, 
la  maladie  avait  l'allure  générale,  la  durée,  le  mode  de  termi¬ 
naison,  l'éruption.  On  la  notaitsurtout  chez  des  sujets  d'originerusse 
ou  roumaine,  d'ailleurs  acclimatés  depuis  longtemps,  mais  suscep¬ 
tibles,  du  fait  de  leur  origine,  d'une  réceptivité  spéciale.  Si  des  cas 
de  ce  genre  étaient  observés  au  cours  d’une  épidémie  de  typbus 
reconnu,  le  doute  serait  impossible.  Mais  comment  imaginer  unie 
modification  du  typhus  telle  qu'elle  lui  aurait  fait  perdre  ses 
caractères  essentiels,  et  notamment  la  contagiosité,  la  mortalité^ 
Comment  penser  que  les  progrès  de  l'hygiène  et  de  C assainissement 
sont  susceptibles  de  transformer  à  ce  point  le  typhus  (7,  9). 

Brill  s’était  d’ailleurs  efforcé  de  trancher  la  question  par  des 
expériences,  des  inoculations  de  singes  avec  le  rsang  de  ses 
malades  et  avec  des  émulsions  d’organes  recueillis  à  l’autopsie. 
Ces  inoculations  étaient  restées  sans  effet  (8). 


QUELQUES  CAS  DE  TYPHUS  EXANTHÉMATIQUE  A  PARIS  iS 

Il  était  réservé,  à  Anderson  et  Goldberger  (i),  de  donner  la 
preuve  expérimentale.  Le  2  février  1912,  ils  montraient  que  des 
singes,  inoculés  avec  le  sang  de  sujets  atteints  de  maladie  de  Brill, 
contractent  un  typhus  expérimental  transmissible. 

Des  singes,  qui  ont  guéri  d'un  typhus  provoqué  par  le 'virus  de 
Brill,  sont  devenus  réfractaires  au  virus  exanthématique  de  Mexico, 
et  réciproquement. 

L’existence  d’un  typhus  endémique  à  New- York  était  établie, 
sans  discussion  possible. 

11  n’y  a  pas  lieu  d’exagérer  la  menace  que  de  tels  faits  portent 
à  la  santé  publique,  puisque  la  maladie  a  été  bénigne  et  a  montré 
peu  de  tend^ince  à  se  généraliser.  Il  faut  cependant  admettre  que 
la  maladie  peut  devenir  plus  virulente,  et  prendre  le  caractère 
épidémique. 

En  attendant,  l’Office  sanitaire  de  New-York,  si  rigoureux 
vis-à-vis  des  émigrants  atteints  de  typhus,  n’a  prescrit  aucune 
mesure  de  quarantaine  ou  autre,  dans  les  cas  de  typhus  endé¬ 
mique;  il  autorise  leur  séjour  dans  les  salles  générales  d’hôpi¬ 
tal  ’.  Il  demande  seulement  que  les  effets  de  ces  malades  soient 
débarrassés  de  vermine  (poux,  etc.). 

Ainsi,  comme  la  réalisait  dans  le  laboratoire  notre  grand  Pas¬ 
teur,  l’atténuation  des  virus  s’effectue  ici  sous  l’influence  des 
progrès  de  l’hygiène  et  de  la  propreté. 

La  maladie  de  Brill  a  été  retrouvée  dans  nombre  de  villes  et 
de  localités  des  États-Unis.  Elle  ne  semble  pas  y  être  rare. 
Roger  Lee,  en  compulsant  les  observations  de  1.404  sujets  soignés 
pour  des  fièvres  continues  à  Massachussets  General  Hospital,  de 
1902  à  1912,  a  trouvé  28  cas  rappelant  la  maladie  de  Brill.  11  y  a 
donc,  à  Boston,  une  maladie  de  Brill  pour  47  cas  qualifiés  de 
lièvre  typhoïde.  Si  la  proportion  s’appliquait  aux  diverses  villes, 
cela  donnerait,  en  1912,  72  cas  à  New- York,  34  à  Philadelphie, 
22  à  Chicago,  22  à  Baltimore,  10  à  Boston.  Dans  la  clientèle  de 
.lewish  Hospital  de  Brooklyn,  la  proportion  a  été  de  1  maladie 
de  Brill,  pour  2,3  fièvres  typhoïdes. 

Ayant  .suivi  très  attentivement  ces  travaux  de  Brill,  je  ne  doutais 


i.  Lettre  de  Brill,  du  la  seplembre  191G. 


D  »  ARNOLD  NETTER  ET  BLAIZOT 


pas  que  des  cas  de  même  ordre  dussent  exister  dans  toutes  les 
qrandes  villes  européennes,  et  notamment  à  Pai'is.  J’examinais 
donc,  avec  un  soin  tout  spécial  à  ce  point  de  vue,  les  malades  de 
mon  service  de  l’hôpital  Trousseau,  dont  beaucoup  ont  la  même 
origine  que  ceux  du  Mount  Sinaï  Hospital  *. 

Pendant  très  longtemps  mes,  recherches  furent  infructueuses. 
Les  cas  se  présentant 4  mon  examen  étaient  atteints  de  typhoïde 
ou  de  paratyphoïde.  Elles  finirent  cependant  par  aboutir,  et  je 
suisàmême  de  citer  quelques  cas  antérieurs  à  décembre  1917, 
cas  pour  lesquels  J’ai  eu  recours,  au  point  de  vue  expérimental, 
à  la  collaboration  de  M.  Mcolle,  à  Tunis,-  et  de  M.  Blaizot,  à 
Paris. 

Je  citerai  d’abord  un  enfant  de  treize  ans  ;  Marcel  Charl... 
entre  dans  mon  service  le  27  .juillet  1917,  au  6®  jour  de  sa 


maladie,  avec  une  température  de  lO®-!,  avec  l’apparence  d’une 
lièvre  typhoïde  qui  nous  frappait  par  l’importance  de  la  fièvre'et 
delà  stupeur,  la  sécheresse  marquée  de  la  langue,  la  faiblesse 
et  les  intermittences  du  pouls,  l’abondance  de  l’éruption. 


1.  Goodall  de  Eastern  Hospital,  à  Londres,  cité  par  Louria,  en  19H, 
admet  l’identité  du  typhus  dans  la  maladie  de  Brill.  11  a  vu  dans  la  popu¬ 
lation  russe  de  Londres  des  cas  de  typhus  familiaux  et  isolés.  A  deux  . 
reprises  il  a  trouvé  dans  un  hôpital  général  de  Londres  un  cas  de  typhus 
traité  comme  une  üèvre  typhoïde. 


QUELQUES  CAS  DE  TYPHUS  EXANTIIÉJIATIQUE  A  PARIS  47 

Le  1"  août,  on  constatait  une  parotidite  suppurée  double  per¬ 
mettant  l’issue  du  pus  par  les  orifices-des  canaux  de  Stenon. 

La  température  présente  du  15®  au  16®  jour  un  écart  de  près  de 
3  degrés  et  revient  vite  à  la  normale.  Le  malade  se  rétablit  avec 
une  rapidité  surprenante.  Le  résultat  négatif  de  l'hémoculture  pra¬ 
tiquée  le  12”  jour  des  agglutinations,  joint  à  tous  ces  caractères, 
éveille  en  août  l’idée  de  la  possibilité  du  typhus.  Le  10  septembre, 
M.  Blaizot  inocule  à  un  cobaye  un  mélange  de  sérum  du  conva¬ 
lescent  et  du  virus  exanthématique.  Deux  cobayes  témoins 
prennent  le  typhus  expérimental,  auquel  succombe  l’un  d’eux. 


Le  cobaye  qui  a  reçu  le  sérum  ne  présente  pas  d’élévation  ther¬ 
mique.  Le  sang  de  Charl...  renfermait  donc  des  anticorps  et  il 
s’agissait  fort  vraisemblablement  du  typhus. 


Plus  étrange,  et  cependant  se  rapportant  vraisemblablement 
encore  au  typhus  exanthématique,  une' petite  épidémie  s’était' 
développée,  en  avril  1916,  chez  9  enfants  qui  avaient  séjourné  en 
même  temps  dans  un  pavillon  de  notre  service  de  la  scarlatine. 
Ces  enfants  étaient  entrés  à  l’hôpital  du  12  février  au  12  mars,  et 
le  typhus  survint  chez  eux  du  3  au  17  avril,  soit  après  un  isole¬ 
ment  de  près  d’un  mois. 

■1  de -ces  enfants,  Lucien  Lepar...,  Louis  Boudo...,  Franci.s 
Peti...,  Pierre  Men...  ont  présenté  les  premiers  signes  de  la 
maladie  nouvelle  dans  le  pavillon  les  3,  11,  12  et  13  avril.  Chez 


D'»  ARNOLD  NETTER  ET  BLAIZOT 


QUELQUES  CAS  DE  TYPHUS  EXANTHÉMATIQUE  A  PARIS 


lion  à  l’hôpital  de  Brévannes  où  ils  avaient  été  envoyés  le 
10  avril,  en  même  temps  qu’un  enfant  Pfort...,  seul  resté 
indemne  et  entré  directement  dans  le  vpavillon  le  7  mars  1916. 
Les  tracés  de  ces  enfants  montrent  une  fièvre  d’une  durée 
moyenne  de  14  jours,  à  début  brusque,  à  effervescence  rapide, 
et  rappelant  bien  le  typbus.  On  note  dans  plusieurs  observa¬ 
tions  l’abondance  des  éléments  éruptifs,  la  faiblesse,  les  inter¬ 
mittences  du  pouls,  la  tendance  au  collapsus.  L’hémoculture 
pratiquée  chez  Lepa...  et  Peti...  est  restée  négative,  les  aggluti¬ 
nations  vis-à-vis  des  bacilles  typhiques  et  paratyphiques  se  sont 
comportées  comme  suit  : 

9  mai  et  31  mai. 

Eberth  Paratyphlque  A  Faratyphique  B 

0  0  0  0  0  0 

0  0  0  0  0  0 

0  0  0  0  0  0 

0  0  0  0  0  0 


Leparg . 

Boudi . 

Hing . 

Petio . 


Leparg .  0  0 

.  i  “ 

Bigo .  0  0 

Ham .  0  0 

Laro .  0  0 

11  ne  s’agissait  pas  de  typhoïde  ni  de  paratyphoïde  A  ou  B. 
Nous  avons  envoyé  2  échantillons  de  sérum  à  M.  Charles 
Nicolle,  à  Tunis.  Us  sont  arrivés  dans  un  état  qui  ne  lui  a  pas 
permis  de  les  utiliser,  pour  les  recherches,  non  plus  que  ceux  de 
deux  autres  cas  isolés  observés  pendant  l’été  1916. 

J’ai  donc  eu  dans  mon  service  en  avril  1916  des  cas  de  typhus 
bénin  analogues  à  ceux  de  Nev>-  York.  Leur  nature  n'a  été  déter- 
minéeque  rétrospectivement  et  cependantils  n’ont  provoqué  aucune 
contagion  dans  le.personnel,  non  plus  que  d’autres  cas  contem¬ 
porains  qui  n’ont  pas  dû  manquer  dans  d’autres  services.  La 
raison  en  est  qu’if  n'y  avait  pas  d'agent  de  transmission.  11  n’y  a 
pas  plus  de  raison,  dit  très  sagement  Anderson,  de  contracter  le 
typhus  au  contact  de  typhiques  s’il  n’y  a  pas  de  poux,  que  la 


D«  ARNOLD  NETTER  ET  BLAIZOT 


fièvre  jaune  en  l’absence  d’anophèles,  la  malaria  en  l’absence 
de  moustiques  (2)i 

C’est  par  ces  preuves  rassurantes  que  je  pus  terminer  la  troi¬ 
sième  partie  de  ma  communication. 

Nous  ne  croyons  pas  que  les  faits  portés  à  la  tribune  de  l’Aca¬ 
démie  puissent  alarmer  le  public.  Celui-ci  a  heureusement 
montré,  depuis  le  début  de  la  guerre,  qu’il  est  moins  sensible 
qu’on  ne  l’imagine,  et  demande  avant  tout  la  vérité. 

Celle-ci  n’a  rien  qui  doive  décourager.  11  est  très  facile  d’en¬ 
rayer  le  typhus.  Il  suffît  de  mesures  de  propreté  qui  ri’ont  rien 
de  vexatoire  et  sont  avantageuses  pour  ceux  à  qui  elles  sont 
imposées. 

Nous  avons  d’ailleurs  pu  montrer  que  des  cas  de  typhus  sur¬ 
venus  depuis  près  de  deux  ans  n’ont  été  le  point  de  départ 
d’aucune  épidémie  à  Paris,  qu’il  y  en  a  eu  plusieurs  centaines  à 
New-York  depuis  vingt  ans,  et  que  les  autorités  américaines, 
dont  le  zèle  et  la  sagacité  sont  bien  connus,  ne  jugent  pas  que  ce 
typhus  endémique  nécessite  des  mesures  de  quarantaine  ou 
autres. 


AUTEURS  CITÉS 


1.  Anderson  et  Golduehger.  The  relation  of  so  called  Brill’s  disease  to 

typhus  lever.  An  experimental  démonstration  ol  their  identity.  Public 
HealUi  lieporls,  XXVII,  2  février  1912. 

2.  Anderson.  Typhus  lever,  its  Etiplogy  and  the  Methods  ofits  Prévention. 

Public  Ileallh  lieporls,  30  avril  1915. 

3.  B.aerr  et  Plotz.  Culture  sludies  in  Typhus  exanthematicus  in  Serbie, 

Bulgarie  and  Russie.  The  Journ.  of  Inf.  Dis.,  XX,  février  1917. 

■4.  Raehr.  Agglutination  in  Typhus  lever.  The  .louim.  of  Inf.  Dis..  XXI, 
juillet  1917. 

.5.  —  Development  of  Antibodies  for  hacillus  typhi  exauthematici  in 

typhus  lever  contacts.  Journ.  of.  Inf.  Dis.,  X.X,  décembre  1917. 

(i.  Brill.  a  Study  ol  seventeen  cases  of  a  disease  clinically  ressembling 
typhoïd  lever  but  without  the  Widal  Reaction.  New  York  medical 
Journal,  8  et  la  janvier  1898. 

7.  —  An  acute  infections  disease  of  unknown  origin.  A  clinical  study 

base  on  221  cases.  American  Journal  of  medical  Science,  avril  1910. 

8.  —  Pathological  and  experimental  data  derived  froma  further  Study 

of  an  acute  infectious  disease  of  unknown  origin.  American  Journal 
nf  medical  Science,  août  1911. 

9.  —  So  called  BrilTs  disease.  A  correction.  J.'of  lhe  Am.  med.  Associa- 

lion,  2  décembre  1911. 

10.  —  .,  Congrès  international  de  médecine  de  Londres  de  1913. 


LA  TUBEIICLLOSE  PULMONAIRE  CHEZ  LES  UÉEUGIÉS  SEBILES  “.1 

11.  —  Etiology  of  typhus  exanlhematicus.  Pvoceedings  of  ihe  Neio  York 

palkological  Society ,  avril  191.'). 

li.  Fr.iEDjiAN.  Brill’s  Symptomcomple.x.  Typhus  fever  and  Mandchoiirian 
Typhus.  Medical  liecord,  la  septembre  1911. 

19.  —  Id.  Archives  of  Int.  Med.,  la  octobre  1911. 

14.  Loubia.  Brill’s  Disease.  ilfedical  Record,  2G  août  1911. 

1.').  Netteei.  Diagnostic  du  typhus  exanthématique.  Soc.  me'd.  des  Hôp.  de 
Paris,  14  avril  1899. 

Ifi.  —  Un  cas  de  typhus  méconnu.  Soc.  taéd.  des  llôp.  de  Paris, 
23  juin  1893. 

n  —  Origine  bretonne  de  l'épidémie  typhique  de  1892-1893  en  France. 
Comité  consultatif  d’hygiène  publique  de  France,  12  juin  1893. 

18.  —  Etiologie  et  prophylaxie  du  typhus  exanthématique.  Soc.  méd. 

des  Ilâp.  dé  Paris,  1  juillet  1893. 

19.  —  Etiologie  du  typhus.  Leçon  faite  à  la  Faculté,  recueillie  par  le 

Df  Josué,  Paris,  1894. 

20.  —  Typhus  exanthématique.  Traité  de  médecine  et  de  thérapeutique 

de  Brouardel  et  Thoinot,  II,  décembre  1895.  —  Id.  2'  édition,  190a. 
■il.  Neïteb  et  Thoinot.  Rapport  général  sur  le  typhus  en  France  de  1892  à 
1893.  Rec.  de  Iran,  du  Comité  consultatif  d'hygiène  publique  de 
France,  1896. 

22.  Charles  Nicolle.  Reproduction  expérimentale  du  typhus  exanthéma¬ 

tique  chez  le  singe.  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  Sciences, 
12  juillet  1909. 

23.  Nicolle,  Comte  et  Conseil.  Transmission  expérimentale  du  typhus 

exanthématique  par  le  pou  de  corps.  Comptes  rendus  de  l’Acad. 
des  Sciences,  6  septembre  1909. 

24.  Nicolle,  Conseil  et  CoNoa.  Le  typhus  expérimental  du  cobaye.  Comptes 

rendus  de  l’Acad.  des  Sciences,  6  juin  1911. 

2a.  Pi.OTZ.  Journ.  of  Am.  med.  .Issoc.,  1914. 

20.  Pi.otz,  Olitzky  et  Baehr.  The  Etiology  of  typhus  exanlhematicus.  Journ. 
of  Inf.  Dis.,  juillet  1910. 

27.  Olitzky.  Baehr  et  1Io.sk.  The  Etiology  of  typhus  exantliematicus  in 
Mexico.  Journ.  of  Inf.  Dis.,  décembre  1916. 


LA  TLiBKKCLLOSE  PULMONAIRE 
CHKZ  LES  IIKFÜGIÉS  SERBES  EX  FR.XNCE 
par  M.  le  D'-  PÉTROVITCH. 

Depuis  le  lî>  lévrier  191G,  c’esl-à-dire  depuis  la  retraite  de 
Serbie,  j’ai  eu  à  examiner,  tant  à  Paris  que  dans  différentes 
'maisons  de  convalescents  en  France,  7.500  réfugiés  serbes,  et 
j’ai  été  frappé  du  grand  nombre  de  tuberculeux  et  de  la  pro¬ 
gression  constante  de  la  tuberculose  pulmonaire  parmi  eux.  J’ai 


D--  PÊTROVITGH 


:i2 

recherché  les  causes  des  ravages  que  fait  celte  maladie  dans  ce 
milieu  spécial,  et  j’apporte  ici  les  résultats  de  ces  recherches. 

J’ai  pensé  utile  d’y  ajouter  un  aperçu  sur  la  tuberculose  en 
Serbie,  avant  les  guerres  balkaniques,  et  de  rapporter  quelques 
remarques  ayant  trait  à  la  tuberculose,  empruntées  aux  notes 
que  j’ai  recueillies  en  Serbie  durant  la  guerre  actuelle. 

Je  serais  heureux  si  ce  travail  pouvait  provoquer  et  hâter 
l’organisation  de  la  lutte  contre  ce  nouveau  fléau  du  peuple 
.serbe. 


'  Statistiques. 

En  dehors  de  ma  statistique  personnelle,  je  donne  aussi  le 
résumé  des  statistiques  qui  concernent  la  proportion  des  décès 
dus  à  la  tuberculose  des  réfugiés  serbes  dans  les  hôpitaux  de 
France,  la  proportion  approximative  des  cas  de  tuberculose 
constatée  par  le  D''  Soubotitch,  président  de  la  Commission  de 
recrutement  serbe  à  Paris  de  1916  à  1917,  et  la  fréquence  de 
cette  maladie  parmi  les  grands  blessés  rapatriés  en  France. 

A  ces  statistiques  est  ajouté  l’extrait  du  Bulletin  statistique 
du  Royaume  de  Serbie  (onzième  tome)  concernant  la  progres¬ 
sion  des  décès  par  la  tuberculose  de  1900  à  1905. 

Enfin,  nous  donnons,  de  plus,  l’extrait  pris  dans  le  même 
Bulletin,  de  l’année  1906,  concernant  le  nombre  d’habitants, 
d’après  le  recensement  de  1900,  les  nombres  absolus  des 
décès  suivant  l’âge,  les  proportions  pour  100  décès  de  tout  âge, 
les  décès  pour  cause  de  phtisie,  de  méningite  et  de  maladies 
des  voles  respiratoires. 


Population  serbe  en  France 
et  dans  le  Nord  de  l’Afrique  (Algérie  et  Tunisie). 


LA  TUBERCUL 


Statistique  personnelle  :  pour  100  malades  examinés. 


PÉÏROVIÏCIl 


Décès  des  réfugiés  serbes  dans  les  hôpitaux  de  Frange. 


Cas  de  tuberculose  pulmonaire  parmi  les  rapatriés  serbes  en  France 
(grands  blessés,  prisonniers  de  guerre,  en  Autriche-Hongrie). 


Extrait  du  Bullelin  statistique  du  royaume  de  Serbie  (Xl“  tome)' 

montrant  la  progression  de  la  tuberculose,  de  1902  à  1906. 
Mobt.kuté.  —  Proportion  pour  1.000  habitants. 


LA  lüBLUCLLOSE  PULMONAIRE  CHEZ  LES  RÉptjGIÉS  SERBES  3o 

Les  chiffres  que  nous  venons  de  donner  sont  suffisamment 
éloquents  pour  que  nous  ayons  besoin  de  les  commenter.  Rele¬ 
vons  néanmoins  le  fait  que  les  renseignements  fournis  par 
quatre  sources  différentes,  à  savoir  par  notre  statistique,  par  la 
Commission  de  recrutement,  parla  Commission  qui  a  rapatrié 
nos  grands  blessés  d’Âutriche-Hongrie,  et  par  la  statistique  des 
décès  des  réfugiés  serbes  dans  les  hôpitaux  de  France,  nous 
donnent  la  même  notion  de  la  grande  fréquence  de  la  tuber¬ 
culose  parmi  les  Serbes,  hors  de  leur  patrie,  et  que  la  propor¬ 
tion  de  15  p.  100  doit  être  dépassée. 

Cependant,  en  face  d’un  tableau  aussi  sombre,  la  résistance 
de  la  race  serbe  ne  parait  pas  mise  en  défaut  par  l’infection 
tuberculeuse.  En  effet,  outre  les  formes  atténuées,  inactives  et 
latentes  de  tuberculose  pulmonaire,  qui  ne  sont  pas  rares  et  qui 
s’acheminent  d’elles-mêmes  vers  la  guérison,  la  phtisie  fibreuse 
est  assez  fréquemment  observée.  La  fréquence  de  cette  forme  de 
l’affection,  créée  par  la  défense  de  l’organisme,  peut  s’expliquer 
peut-être,  parle  fait  que lesSerbessontpresque  tous  des  rhumati¬ 
sants;  on  a  admis,  en  effet,  un  quasi-antagonisme  entre  lerhuma- 
tisme  et  la  tuberculose.  C’est,  sans  doute,  aussi  à  cette  tendance 
cicatricielle  prononcée  que,  chez  les  Serbes,  la  tuberculose 
pulmonaire,  sous  toutes  ses  formes  et  à  toutes  lespériodes,  offre 
moins  de  résistance  au  traitement  hygiénique.  Voilà  pourquoi  les 
sanatoria  suisses,  agissant  favorablement  sur  nos  tuberculeux, 
étaient  très  appréciés  en  Serbie. 

Contrairement  à  ce  qui  s’est  passé  au  début  de  la  guerre 
actuelle,  alors  que  les  conditions  nouvelles  de  l’existence  et  la 
vie  én  plein  air  ont  eu  un  effet  heureux  pour  la  santé  du 
citadin  mobilisé,  et  que  les  anémiques,  les  débilités  et  les 
neurasthéniques  sont  devenus  des  gens  bien  portants  et  même 
des  robustes,  et  que  les  candidats  de  la  tuberculose,  les  sujets 
avec  des  bronchites  suspectes,  voire  même  avec  des  lésions 
confirmées  sont  revenus  à  la  santé  ou  tout  au  moins  ont  vu 
leur  état  amélioré  ;  la  continuation  de  la  campagne  a  amené  un 
état  de  choses  différent,  et  on  a  pu  constater,  en  ce  qui  concerne 
la  tuberculose  pulmonaire,  le  réveil  des  lésions  éteintes, 
l’aggravation  des  lésions  existantes  et  l'éclosion  de  nouveaux 
cas  dont  les  victimes  ont  été  appelés  à  juste  titre  des  blessés 
de  la  tuberculose. 


Dr  PÉÏKOVIÏCn 


Les  dures  nécessités  de  la  guerre  moderne  créent  des 
conditions  favorables  à  la  tuberculose  et  multiplient  ses 
ravages.  i 

Ces  ravages  sont  particulièrement  sensibles,  ainsi  qu’il 
ressort  de  nos  statistiques,  pour  la  population  des  réfugiés. 

L’histoire  des  réfugiés  serbes  est  digne  d’intérêt.  Ces  réfu¬ 
giés  sont  ceux  qui  ont  pris  part  ou  assisté  aux  guerres  balka¬ 
niques  et  à  la  guerre  actuelle,  et  qui  ont  été  les  témoins  des 
exactions  et  des  atrocités  commises  par  l’ennemi.  Ce  sont  les 
quelques  fugitifs  de  l’exode  général  que  la  faim,  la  fatigue  et 
le  froid  ont  épargnés  et  qui  ont  pu  franchir  le  col  du  Tchacor 
et  les  montagnes  de  l’Albanie.  Bien  rares  sont  ceux  d’entre 
eux  qui  n’ont  pas  été  atteints  de  typhus  exanthématique,  de 
fièvre  récurrente  ou  de  fièvre  typhoïde.  La  France,  noble  et 
généreuse,  a  tout  fait  pour  les  secourir  et  les  réconforter, 
mais  leurs  souffrances  morales,  encore  peintes  sur  leur  visage, 
ont  été  terribles;  la  nostalgie  et  le  souci  pour  les  femmes  et 
enfants  laissés  sans  ressources  entre  les  mains  de  l’ennemi 
suffisent  amplement  à  les  expliquer.  Quoi  d’étonnant  à  ce  que 
la  tuberculose  ait  frappé,  dans  ce  milieu,  ses  coups  les  plus 
redoutables!  . 

En  dernier  lieu,  c’est  la  non-acclimatation  aux  conditions 
nouvelles  de  l’existence,  c’est  l’état  moral  —  la  plupart  des 
réfugiés  ont  laissé  entre  les  mains  de  l’ennemi,  sans  res¬ 
sources,  leurs  femmes  et  leurs  enfants  —  qui  font  office  de 
causes  déprimantes,  après  les  privations  et  les  maladies  épi¬ 
démiques  supportées  avant  et  après  la  retraite! 

La  proportion  de  mortalité  par  la  tuberculose,  déjà  si 
élevée  en  Serbie,  avant  la  guerre  (22,7  p.  100  décès  dans  les 
villes  et  10  p.  100  dans  les  villages),  a  monté,  hélas!  chez  les 
réfugiés,  à  36,5  p.  100. 

D’après  notre  statistique,  sur  7.500  réfugiés  examinés, 
il  y  a  eu  1.105  tuberculeux,  soit  une  morbidité  de  14,6  p.  100. 
De  plus,  dans  ce  nombre,  ne  sont  pas  compris  les  cas,  aussi 
nombreux  pour  le  moins,  qu’on  désigne  sous  le  nom  de  pré¬ 
tuberculeux,  de  candidats  à  la  tuberculose.  De  sorte  que, 
si  celte  progression  des  ravages  de  la  tuberculose  pulmo¬ 
naire  continue,  ce  ne  sera  bientôt  plus  un  sixième  de  cette 
population  qui  en  sera  frappé,  mais  bien  un  tiers  et  peut-être 


LA  TUBERCULOSE  PULMONAIRE  CHEZ  LES  RÉFUGIÉS  SERBES  57 


La  population  serbe  en  France  se  compose  de  toutes  les 
classes  sociales.  La  plus  grande  partie  travaille  dans  les  usines 
de  guerre  ou  est  employée  dans  les  compagnies  de  chemins 


D--  PÉTROVIÏGll 


58 

de  fer.  Beaucoup  d’entre  eux  sont  astreints  à  des  travaux 
manuels  auxquels  ils  ne  sont  pas  habitués.  Au  chiffre  de 
13.000  réfugiés  menlionné  plus  haut,  il  faut  ajouter  2.100 
grands  blessés,  prisonniers  de  guerre,  rapatriés  et  venant 
principalement  d’Autriche-Hongrie. 

On  conçoit  aisément  que  nous  ne  pouvons  pas  donner  ici  le 
chiffre  des  soldats  serbes  actuellement  en  France  et  dans  le 
Nord  de  l’Afrique. 

Aperçu  sur  la  tuberculose  en  Serbie 

AVANT  LA  guerre  ACTUELLE. 

Il  n’existe  pas  une  étude  d’ensemble  sur  la  tuberculose  en 
Serbie  avant  la  guerre  actuelle.  Quelques  rares  publications, 
d’ailleurs  incomplètes,  ne  sont  pas  de  nature  à  nous  donner 
une  documentation  suffisante  sur  l’importance,  la  modalité  et 
la  prophylaxie  de  celte  maladie. 

Nous  savons,  cependant,  que  la  Serbie  est  l’un  des  pays  les 
plus  ravagés  par  la  tuberculose. 

C’est  à  celte  très  grande  fréquence  de  la  tuberculose  qu’est 
due  cette  opinion  que  la  race  serbe  serait  particulièrement 
prédisposée  à  cette  maladie.  Erreur  profonde  :  ce  qu’il  aurait 
fallu  incriminer,  en  réalité,  ce  sont  les  facteurs  étiologiques 
puissants  qui  sévissaient  en  Serbie  avec  une  intensité  parti¬ 
culière,  à  savoir  :  habitations  défectueuses  et  surpeuplées 
durant  de  longs  mois  d’un  hiver  très  rigoureux,  régime  ali¬ 
mentaire  irrationnel,  tantôt  surabondant,  tantôt  insuffisant 
(on  fait  maigre  en  Serbie,  avec  prohibition  même  du  lait  et 
des  œufs,  durant  plus  de  la  moitié  de  l’année)  et,  en  général, 
l’absence  d’hygiène  générale  et  corporelle. 

L’ignorance  est  la  base  de  cet  état  de  choses,  et  le  paysan 
serbe,  à  qui  on  a  inculqué  quelques  notions  politiques,  n’a 
reçu,  par  contre,  aucune  éducation  hygiénique. 

Non,  la  race  serbe  n’est  pas  spécialement  prédisposée  à  la 
thberculose.  Nous  en  appelons  au  D''  Jaubert,  au  D''  Strong,  au 
D’BertW.  Caldwell,  D'  Ryan  et  à  tous  les  membres  des  mis¬ 
sions  médicales  en  Serbie.  Ils  sont  unanimes  à  dire  que  le  sol¬ 
dat  serbe  est  robuste,  sobre  et  résistant,  et  que  ce  qui  pour¬ 
rait  inenacer  la  santé  publique,  ce  serait  uniquement  l’igno- 


LA  TUBERCULOSK  PULMONAIRE  CHEZ  LES  RÉFUGIÉS  SERBES  59 

rance  et  l’inobservation  des  règles  hygiéniques  et  prophylac¬ 
tiques. 

Il  n’en  est  pas  moins  vrai  que  la  tuberculose  atteint  sévère¬ 
ment  le  peuple  serbe,  qui,  cependant,  consomme  peu  d’alcool. 

Ainsi  qu’on  peut  se  rendre  compte,  d’après  l’extrait  du  Bulle¬ 
tin  statistique  du  Royaume  de  Serbie,  la  tuberculose  était  en 
progression  avant  les  guerres  balkaniques  :  de  20,5  cas  de 
décès  pour  10.000  habitants  en  1900,  elle  passe  à  30,3  en  1906. 
A  Belgrade,  le  chiffre  de  83  est  atteint  '. 

En  fait,  il  n’a  existé,  en  Serbie,  aucune  organisation  pour  la 
lutte  contre  la  tuberculose.  Les  masses  sont  ignorantes  du  dan¬ 
ger  de  la  contagion;  l’amélioration  des  conditions  du  loge¬ 
ment  n’a  pas  été  entreprise  ;  l’enquête  n’a  pas  été  faite  sur  les 
facteurs  locaux,  sur  les  professions,  et,  en  général,  sur  les  con¬ 
ditions  sociales  et  économiques  qui  favorisent  la  maladie  ;  on 
n’a  nullement  tenté  de  faire  l’éducation  antituberculeuse  du 
public,  etc. 

11  est  néanmoins  réconfortant  de  penser  que  nos  réfugiés, 
en  contact  avec  les  peuples  alliés,  combleront  cette  lacune,  et 
qu'en  rentrant  dans  leur  patrie,  libérée  et  agrandie,  ils  feront 
l’éducation  générale  et  hygiénique  de  ceux  qui  ont  bravé  l’en¬ 
nemi  en  gardant  leurs  foyers,  etcontribueront,  comme  jadis  les 
Croisés,  à  la  Renaissance  de  la  Grande  Serbie. 

Cette  maladie  cause  moins  de  victimes  à  la  campagne,  où  lés 
habitants,  durant  la  bonne  saison,  vivent  dehors.  Les  habita¬ 
tions  sont  presque  toujours  surpeuplées,  durant  l’hiver,  quoique 
moins  dans  les  villes  que  dans  les  villages,  mais  le  cubage  est 
partout  rarement  suflisant.  Les  règles  d’hygiène  n’ont  guère 
présidé  à  la  construction  des  maisons  qui  sont  humides  etman- 
quent  de  lumière. 

Cependant,  la  Serbie  est  douée  d’une  atmosphère  limpide 
qui  retient  peu  les  rayons  solaires,  nuisibles  à  la  vitalité  des 
bacilles. 

Les  formes  chirurgicales  de  la  maladie  sont  très  répandues, 
et  la  scrofulose  est  une  des  maladies  courantes,  principalement 
chez  les  jeunes  filles'.  .Ces  formes  locales  (tuberculose  osseuse, 

1.  Jovanovitcii-Batut.  —  La  tuberculose.  Belgrade,  1912. 

2.  JiVAA'OviTCH.  —  La  ville  de  Nich.  1916,  Lausanne. 


D'  PÉTROVITCII 


ganglionnaire,  etc.)  seraient  même  plus  fréquentes  que  la  tu¬ 
berculose  pulmonaire,  ainsi  que  le  cas  se  présente  pour  l’An¬ 
gleterre,  alors  que  c’est  le  contraire  qui  a  lieu  en  ce  qui  concerne 
l’Allemagne  *. 

Il  est  intéressant,  croyons-nous,  de  noter  que  la  tuberculose 
est  rare  d'ans  la  race  bovine,  constamment  en  pâturage.  Cette 
race  bovine,  du  reste,  fortement  réduite,  hélas  !  à  l’heure  ac¬ 
tuelle,  est  autochtone,  de  taille  moyenne,  mais  très  résistante, 
et  adaptée  aux  conditions  climatériques  très  sévères,  au  terrain 
souvent  très  accidenté  et  aux  multiples  besognes  du  paysan 
dont  elle  constitue  une  partie  de  son  avoir.  L’intendance  mili¬ 
taire  a,  d’ailleurs,  su  tirer  grandement  parti  de  l’endurance  de 
cette  race,  de  sorte  qu'un  expert  militaire  français  a  pu  dire 
que  tes  facteurs  des  victoires  de  la  Serbie  étaient  :  le  paysan 
et  son  boeuf. 

La  tüberculosiî  depuis  le  début  de  la  guerre  actuelle. 

Ici  encore,  nous  sommes  loin  d’être  à  même  d’apporter  une 
documentation  rigoureuse.  Les  publications  médicales  récentes 
portent  presque  exclusivement  sur  les  épidémies,  dont  la  Ser¬ 
bie  a  été  le  théâtre,  et  notaminentsur  l'épidémie  du  typhus  exan¬ 
thématique,  qui  a  fait  périr  135.000  personnes. 

Les  renseignements  que  je  donne  sur  le  sujet  sont  emprun¬ 
tés  uniquement  aux  notes  que  j’ai  pu  recueillir,  lors  de  mon 
séjour  en  Serbie,  durant  cette  guerre,  jusqu’à  la  retraite.  Je 
dois  cependant  ajouter  que  mon  attention  aussi  a  été  portée 
surtout  sur  les  épidémies  qui  ont  fait  tant  de  ravages  et  qui  ont 
menacé  l’existence  même  du  peuple  serbe. 

Pour  plus  de  clarté  dans  l’exposition,  nous  considérerons 
séparément  la  tuberculose  dans  l’armée  et  la  luberculose  dans 
la  population  civile. 

^  Tuberculose  dans  l’armée. 

Ce  qui  frappe  tout  d’abord  c’est  la  rareté  de  cas  de  tubercu¬ 
lose  dans  l’armée  jusqu’à  la  retraite  de  Serbie.  Après  cette 


d.  Gottstein.  —  Loc.  cit.,  p.  448. 


LA  TUBERCULOSE  PULMONAIRE  CHEZ  LES  RÉFUGIÉS  SERBES  61 

retraite,  rafTection  est  devenue  beaucoup  plus  fréquente,  sans 
que,  cependant,  elle  ait  atteint  la  proportion  qu’a  présentée  la 
tuberculose  dans  la  population  civile. 

Jnsqu’à  la  retraite  de  Valjevo,  c’est-à-dire  jusqu’au  commen¬ 
cement  de  novembre  191S,  les  hôpitaux  militaires,  quoique 
déjà  encombrés,  n’ont  guère  présenté  de  cas  de  tubercu¬ 
lose. 

A  la  suite  de  cette  retraite,  et  par  suite  de  l’évacuation  d’un 
grand  nombre  de  blessés  et  malades  de  Belgrade,  et  d’autres 
villes  du  Nord  de  la  Serbie,  constamment  bombardées  par  les 
Autrichiens,  les  hôpitaux  des  régions  centrale  et  méridionale 
de  la  Serbie  devinrent  extrêmement  encombrés,  et  les  cas  de 
tuberculose  firent  leur  apparition.  Néanmoins,  les  tuberculeux 
étaient  rares  et  leur  petit  nombre  contrastait  avec  celui  des 
malades  atteints  de  maladies  épidémiques,  typhus  exanthéma¬ 
tique,  fièvre  typhoïde,  dysenterie,  diarrhée  épidémique,  etc,  et 
aussi  avec  la  fréquence  plus  grande  de  la  tuberculose,  dans  les 
hôpitaux  civils  et  dans  la  population. 

La  tuberculose,  parmi  les  troupes,  a  été  rare  dans  l'année 
1915,  et  durant  la  retraite  de  Serbie,  de  même  qu’étaient  rares 
les  maladies  dites  a  frigore  et  aussi  les  maladies  épidémiques. 
Les  troupes,  quoique  ayant  subi  des  conditions  extrêmement 
défectueuses  :  fatigue  d’une  marche  forcée  à  travers  les  sen¬ 
tiers  des  montagnes  d’Albanie  et  du  Monténégro,  froid  excessif, 
difficultés  de  ravitaillement,  etc.,  durant  trois  mois  qu’a  duré 
cette  retraite,  n’étaient  du  moins  pas  soumises  aux  agents  d’in¬ 
fection  des  centres  d’habitations,  et  à  une  atmosphère  confinée 
des  logements  malsains,  et  avaient  la  compensation  d’une  vie 
en  plein  air.  Ce  fait  a  été  relevé  par  nous,  à  propos  de  noire 
étude  sur  l’épidémie  de  typhus  exanthématique  '. 

L’aspect  sanitaire  des  troupes  changea  dès  que  celles-ci 
furent  concentrées  à  Scu\ari  et  pendant  la  longue  attente 
d’embarquement  sur  la  côte  d’Albanie  :  Saint-Jean-de-Médua, 
Durazo,  Vallona.  L’encombrement,  la  fatigue,  les  privations 
firent  éclore  les  maladies  épidémiques  :  le  choléra,  le  typhus 

1.  Considérations  épidémiologiques  et  cliniques  sur  l’épidémie  de 
typhus  exanthématique,  au  cours  de  la  guerre  actuelle  en  Serbie.  In 
Revue  d'Bygiène  et  de  police  sanitaire,  20  octobre  1916.  —  Voy.  aussi 
Rullelin  de  l'Académie  de  Médecine,  séance  du  19  septembre  1916. 


D-'  PÉTROVITCH 


exanthématique,  les  maladies  dites  inflammatoires  et  la 
tuberculose.  Cette  dernière  a  continué  à  sévir  parmi  lés 
troupes  évacuées  à  Gorfou,  sur  les  côtes  de  Tunisie,  d’Algérie, 
ainsi  qu’e_n  France. 

Le  nombre  des  militairès  tuberculeux  actuellement  hospita¬ 
lisés  en  France  est  de  600  ;  celui  des  hospitalisés  dans  le  Nord 
de  l’Afrique  peut  être  évalué  à  1.000  environ. 

'  Tuberculose  dans  la  population  civile. 

La  marche  de  la  tuberculose  dans  la  population  civile  a 
suivi  celle  de  l’armée,  avec  cette  différence  que  la  recrudescence 
de  la  maladie  à  été  beaucoup  plus  accentuée.  Soumis  à  un 
bombardement  continu,  les  habitants  de  Belgrade  et  des  villes 
du  Nord  de  la  Serbie  ont  al^flué,  en  même  temps  qu’ont  été 
évacués  les  blessés  et  les  malades  des  hôpitaux,  vers  le  Centre  et 
le  Midi  du  pays  durant  les  mois  de  septembre  et  octobre  1914.  De 
plus,  sous  la  poussée  des  Autrichiens,  vers  la  fin  d’octobre  de  ia 
mêmeannée,  les  populations  entièrès  des  régions  Ouest  et  Nord- 
Ouest  ont  abandonné  leurs  foyers  se  dirigeant  vers  le  Sud. 
Elles  n’ont  pas  craint  d’affronter  tous  les  aléas  d’une  fuite 
précipitée,  pour  se  soustraire  aux  atrocités  commises  aupa¬ 
ravant  par  l’ennemi  à  Ghabatz  et  autres  villes  du  Nord-Ouest  de 
la  Serbie.  Les  villes  et  les  villages  étaient  désertés,  alors  que 
les  régions  du  Qentre  et  du  Midi  étaient  surpeuplées.  Il  est 
nécessaire  ici  de  faire  observer  que,  en  temps  normal,  les 
maisons  d’habitation  sont  insuffisantes  pour  loger  convena¬ 
blement  les  habitants,  et  que  les  constructions  et  les  locaux 
disponibles  sont  inexistauts.  On  peut  donc  se  rendre  compte 
de  l’état  de  surpeuplement  qui  régnait  à  Nich  et  autres  lieux 
de  refuge.  Si  l’on  considère,  en  outre,  les  facteurs  étiologiques 
qui  accompagnent  une  émigration  en  masse  précipitée,  on 
conçoit  aisément  que  la  misère  physiologique  consécutive,  plus 
grande  parmi  les  civils,  abandonnés  à  eux-mêmes,  que  dans 
les  troupes,  ait  offert  un  terrain  favorable  à  la' genèse  de  toutes 
les  épidémies  qui  ont  ravagé  la  Serbie,  et  aussi  de  la  tuber¬ 
culose  qui  a  alors  sévi  avec  intensité. 

Dans  la  retraite  de  Serbie,  il  s’agissait,  en  fait,  d’un  exode 


LA  TUBERCULOSE  PULMONAIRE  CHEZ  LES  RÉFUGIÉS  SERBES  6» 

général.  Bien  peu  de  Serbes  étaient  décidés  à  attendre  un 
ennemi  barbare.  Un  cortège  ininterrompu  de  fugitifs  de  tous 
les  âges  et  de  toutes  les] conditions  sociales  sillonnait  toutes 
les  routes  et  les  sentiers  qui  menaient  vers  Prigrand,  et,  de  là,  à 
travers  les  montagnes  d’Albanie  et  du  Monténégro,  vers 
Scutari  et  les  côtes  adriatiques!  Mais  combien  sont  restés  en 
route,  incapables  d’avancer;  combien  ont  repris  le  chemin  de 
retour  à  leurs  foyers,  où  le  plus  grand  nombre  n’y  est  jamais 
parvenu  ;  combien  d’autres  sont  restés  en  route,  ensevelis 
dans  une  tourmente  de  neige,  noyés  dans  la  boue  sur  les  côtes 
albanaises,  ou  morts  de  faim  !  Ceux  qui  sont  parvenus  à 
Scutari  ont  vu,  avant  de  s’embarquer,  leurs  rangs  s’éclaircir 
par  des  atteintes,  de  plus  en  plus  nombreuses,  d’épidémies  de 
choléra  et  de  typhus  exanthématique. 

La  tuberculose  a  sévi  parmi  les  fugitifs  arrivés  à  Scutari  et 
sur  la  côte  albanaise,  alors  que  les  épidémies  def  choléra  et  de 
typhus  exanthématique  ont  fait  tant  de  ravages  dans  leur 
milieu. 

Mais  ce  n’est  que  plus  tard  qu’on  a  pu  se  rendre  réellement 
compte  du  nombre  de  victimes  qu’a  faites  cette  maladie  parmi 
les  émigrés  arrivés  à  Corfou,  en  Italie  et  en  France. 


Conclusions. 

La  tuberculose  pulmonaire  est  en  augmentation  constante 
parmi  les  réfugiés  serbes.  Cette  augmentation  prend,  par 
moment,  une  allure  plus  intense,  ainsi  que  le  cas  s’est 
présenté  à  l’approche  de  l’hiver  dernier. 

Rien  ou  presque  rien  n’a  été  fait  jusqu’ici  pour  combattre  le 
mal.  Ne  doit-on  pas  craindre  que  dans  quelques  mois,  dans 
quelques  semaines  peut-être,  nos  préluberculeux,  nos  candi¬ 
dats  à  la  tuberculose  présentant  des  bronchites  simplement 
suspectes  ou  de  l’anémie,  de  l’amaigrissement  des  troubles 
digestifs,  ne  deviennent  des  tuberculeux  avérés.  Déjà,  sur  les 
exilés  serbes,  nOus  comptons  1  tuberculeux  sur  6.  N’en  comp¬ 
terons-nous  pas  bientôt  1  sur  3  ou  m^me  1  sur  2,  comme  c’est 
déjà  le  cas  parmi  nos  jeunes  élèves?  C’est  une  calamité 


D>'  PÉTROVIÏCH 


-Ci 

publique,  c’est  un  nouveau  désastre  à  l’horizon,  ajouté  à  tant 
d’autres.  C’est  donc  un  cri  de  détresse  que  nous  adressons  à  nos 
alliés,  pour  sauver  le  restant  de  nos  réfugiés,  hélas  I  déjà  si 
décimés  par  la  tuberculose. 

Nous  sommes  encouragé  par  l’accueil  qui  a  été  fait  à  notre 
appel,  au  début  de -1913,  pour  la  lutte  contre  le  typhu.s 
exanthématique,  mais  déjà  ce  vœu  semble  avoir  été  pressenti, 
et  l’œuvre  antituberculeuse,  pour  les  réfugiés  serbes,  est  en 
train  d’être  fondée  par  les  soi  ns  du  Gouvernement  français  etde 
la  Croix-Rouge  américaine,  avec  le  concours  du  Comité  des 
Femmes  écossaises  et  de  la  mission  Rockefeller. 

Faisons  une  remarque  qui  ne  manque  peut-être  pas 
d’intérêt  :  durant  la  retraite,  l’état  de  la  population  des  fugitifs, 
qui,  en  fait,  représentaient  le  peuple  serbe  tout  entier, 
entraîné  par  l’exode  général,  était  lamentable;  pendant  les 
3  mois  qu’a  duré  la  retraite,  cette  population  était  abandonnée 
à  elle  même  et  privée  de  tout;  or,  malgré  cela,  elle  restait 
exempte  de  toute  maladie  épidémique  et  inflammatoire,  et  on 
n’y  constatait  que  de  rares  cas  de  tuberculose  ;  celle-ci  a 
commencé  à  sévir  seulement  sur  les  émigrés  arrivés  à  Scutari, 
à  Saint-Jean-de-Médua,  Vallona,  Durazo,  et  plus  tard,  à  Corfou 
et  en  France. 

Faisons  aussi  une  remarque  que  la  Serbie,  même  en  temps 
habituel,  est  un  des  pays  les  plus  ravagés  par  la  tuberculose 
(30,3  pour  10.000  habitants  en  1903).  C'est  à  cette  grande  fré¬ 
quence  qu’est  (Jue  l’opinion  que  la  race  serbe  serait  particu¬ 
lièrement  prédisposée  à  la  tuberculose;  mais,  ce  qu’il  aurait 
fallu  incriminer,  en  réalité,  ce  sont  les  facteurs  étiologiques 
puissants  qui  sévissaient  en  Serbie  avec  une  intensité  parti¬ 
culière,  à  savoir  ;  habitation  défectueuse  et  surpeuplée  durant 
de  longs  mois  d’un  hiver  très  rigoureux,  régime  alimentaire 
irrationnel  et,  en  général,  l’absence  d’hygiène  générale  et 
corporelle. 

Prendre  les  mesures  prophylactiques  et  pourvoir  aux  soins 
appropriés  des  tuberculeux  chez  les  réfugiés,  c’est  évidem¬ 
ment  la  chose  la  plus  urgente  à  faire.  Mais  notre  lâche  ne  serii 
pas  pour  cela  terminée.^  Nous  devons  penser  à  la  population 
restée  sous  la  domination  ennemie.  Les  conditions  écono- 


LA  TUBERCULOSE  PULMONAIRE  CHEZ  LES  RÉFUGIÉS  SERBEÉ  65 

miques  et  morales  que  subissent  nos  compatriotes,  actuelle¬ 
ment  en  Serbie,  ne  peuvent  qu’aggraver  le  mal.  Il  est,  croyons- 
nous,  du  ressort  des  Pouvoirs  publics  serbes  de  poser,  dès 
maintenant,  les  bases  d’une  organisation  pour  la  lutte  contre 
la  tuberculose,  dans  la  Serbie  libérée  et  agrandie.  Nous 
croyons,  en  effet,  faire  œuvre  utile,  en  faisant  l’appel  à  l’ini¬ 
tiative  du  Gouvernement  serbe  comme  nous  avons  fait  l’appel 
à  nos  alliés,  lesquels  ne  nous  ont  jamais  ménagé  leur  concours 
quand  il  s’est  agi  du  bien  du  peuple  serbe. 

L’ignorance  étant  l’une  des  causes  des  conditions  défec¬ 
tueuses  où  vit  le  peuple  serbe,  c’est  donc  le  premier  devoir  de 
l’éclairer  sur  le  danger  et  les  modes.de  contagion  de  la  tuber¬ 
culose  et  de  faire  un  enseignement  antituberculeux,  en  établis¬ 
sant  des  écoles  de  plein  air,  des  colonies  agricoles,  des  insti¬ 
tutions,  des  dispensaires  et  des  sanatoria. 

Le  Gouvernement  serbe  s’inspirera  des  mesures  prises  dans 
la  lutte  antituberculeuse  par  nos  alliés  et  notamment  par  la 
France  et  la  Grande-Bretagne,  et  aussi,  après  enquête  faite  dans 
le  pays,  des  mesures  particulières  qui  répondraient  aux  néces¬ 
sités  d’ordre  local. 

Mais  la  prophylaxie  antituberculeuse  n’est  qu’une  partie  de 
la  prophylaxie  générale  et  d’hygiène  publique  et,  pour  celle-ci, 
il  y  a  tout  à  faire  en  Serbie!  En  effet,  les  guerres  qui  se  sont 
succédé  depuis  1912,  ont  amplement  démontré  l’insuffisance 
et  la  défectuosité  sanitaires  en  Serbie.  Le  Gouvernement 
serbe  aura  donc,  devant  lui,  à  faire  une  organisation  entière 
du  Service  de  Santé,  suivant  les  données  de  la  science 
moderne,  et  en  tenant  compte  des  expériences  et  de  l’ensei¬ 
gnement  précieux  que  nous  fournit  la  guerre  actuelle. 


D’-  PEIGNEY 


LE  TRAVAIL  DU,  CUIVRE 

OBSERVATIONS  RECUEILLIES  CHEZ  LES  OUVRIERES 
-FABRIQUANT  LES  CORPS  DE  FUSÉES 

par  M.  le  Dr  PEIGNEY, 

Médecin  aide-major. 

{Service  médicaUde  la  Place  de  •Paris.' 

II  y  a  une  dizaine  d’années,  j’ai  eu  l’occasion  d’étudier 
minutieusement  l’intoxication  saturnine  chez  des  peintres 
employant  la  céruse,  des  ouvrières  fabriquant  des  accumula¬ 
teurs,  des  plombiers  manipulant  chaque  jour  le  métal,  des 
fabricants  de  jouets  en  plomb. 

Cette  étude  a  donné  lieu  à  quelques  articles  : 

1“  Conlribulion  à  l'élude  du  syndrome  hémaiologique  de  l'in- 
toxicalion  saturnine.  Archives  des  maladies  du  cœur  et  des 
vaisseaux,  août  1909. 

2“  Evolution  des  globules  rouges  au  cours  de  la  colique  de 
-plomb.  Thèse  de  Paris. 

Aujourd’hui,  placé  dans  des  circonstances  très  favorables, 
j’ai  cru  devoir  faire  le  même  travail  au  sujet  du  cuivre,  métal 
honni,  accusé  des  pires  méfaits  durant  les  derniers  siècles, 
réhabilité  peut-être  trop  aujourd’hui,  déclaré  inoffensif,  oublié 
même  dans  les  traités  récents  de  pathologie. 

Depuis  quelq'ues  mois,  j’ai  eu  l’occasion  d’examiner,  de 
suivre  nombre  d’ouvrières  travaillant  le  cuivre  pour  les  besoins 
de  l’Armée,  notamment  à  l’usine  M...,  à  S...,  et  à  l’usine  A..., 
à  C...  La  première  de  ces  usines,  qui  s’est  spéciali.sée  dans  la 
fabrication  du  corps  de  fusée  en  cuivre  22/31,  occupe  près  de 
2.000  ouvrières,  700  ouvriers  et  s’accroît  chaque  jour. 

La  production  y  est  intense,  plus  de  20.000  fusées  par  jour. 
Cette  usine  est  très  recherchée  par  les  ouvrières,  parce  que  le 
travail  n’est  pas  trop  pénible  :  c’est  plutôt  une  besogne 
d’adresse  qu’un  travail  de  force  et  le  corps  de  fusée  est  moins 
lourd  à  manipuler  qu’un  obus  —  même  de  7o.  Les  tours  et 


LE  TRAVAIL  DU  CUIVRE 


machines-outils,  vu  la  légèreté  des  pièces,  sont  de  dimensions 
réduites,  faciles  à  mettre  en  marche  et  à  conduire.  Et  chose 
capitale,  la  plus  appréciée  des  ouvrières,  celle  qui  est  réclamée 
à  grands  cris  par  toutes  les  femmes  dans  les  usines,  les 
ouvrières  travaillent  presque  toutes  assises. 

Les  salaires  sont  bons  :  de  8  à  10  francs  par  jour,  aussi  la 
majorité  des  ouvrières  sont  anciennes  et  travaillent  à  la  maison 
depuis  un  ou  deux  ans  et  plus.  Elles  sont  contentes  de  leur 
sort,  malgré  une  installation  matérielle  parfois  médiocre:  elles 
apprécient  l’usine.  Celle-ci  parait  le  reconnaître.  En  un  mot, 
l’esprit  y  est  bon,  le  travail  meilleur  encore. 

En  général  les  ouvrières  ne  cherchent  pas  à  esquiver  le  tra¬ 
vail,  même  le  travail  de  nuit,  cauchemar  des  femmes,  sous 
prétexte  de  maladie,  de  bobo  au  doigt,  d’accident  de  ti-avail  ; 
ordinairement,  lorsqu’une  femme  vient  consulter,  demande  du 
repos,  c’est  qu’elle  est  réellement  souffrante,  peine  trop  à  sa 
tâche.  Les  maladies  ou  malaises  les  plus  fréquemment  con¬ 
statés  sont  les  troubles  digestifs,  les  laryngo-trachéites  aigues, 
les  angines,  les  bronchites. 

«  Rien  d’étonnant  à  ce  que  nous  ayons  mal  à  l’estomac,  des 
coliques,  c’est  le  cuivre  qui  noua  vaut  cela,  '>  me  dit-on  à 
chaque  instant,  réflexion  que  se  font  les  ouvrières  entre  elles 

Il  y  a  trois  jours,  une  ouvrière  m’a  confié  sérieusement  que 
le  cuivre  lui  avait  fait  faire  une  fausse  couche  de  trois  mois.  1 
y  a  quelque  temps  l’une  d’elles  m’a  dit  en  rentrant  du  travail 
après  une  absence,  qu’elle  venait  de  faire  «  une  colique  de 
cuivre  »  et  elle  m’a  présenté  un  certificat  de  son  médecin  men¬ 
tionnant  en  toutes  lettres  qu’elle  avait  fait  «  une  colique  de 
cuivre  durant  quarante-huit  heures  ».  Souvent,  j’entends  la 
réflexion  suivante  à  propos  d’un  panaris  ou  d’un  phlegmon  : 
«  Cela  ne  m’étonne  pas,  je  me  suis  piquée  avec  du  cuivre.  »  Je 
pourrais  multiplier  les  accusations  portées  contre  le  métal  par 
les  ouvrières,  le  commun  des  gens. 

Médicalement  parlant,  les  opinions  les  plus  contradictoires, 
les  plus  fantaisistes  également  au  sujet  de  l’intoxication 
cuprique  professionnelle,  ont  été  émises.  Un  médecin  émi¬ 
nent  écrivait  :  «  Après  plusieurs  mois  d’absorption  des  pous¬ 
sières  de  vert  de  gris,  apparaissent  les  premiers  symptômes 


Dr  PEIGNEY 


d'intoxication,  digestions  difficiles,  maux  d’estomac,  coliques 
<:réquèntes.  On  observerait  ensuite  l’ulcération  des  gencives, 
des  douleurs  articulaires  et  une  toux  que  n’expliqueraient  pas 
les  signes  d’auscultation;  et  les  malades  tombant  dans  le 
liiarasme  succomberaient  après  un  temps  plus  ou  moins  long; 
la  colique  de  cuivre  serait  l’analogue  de  la  colique  de  plomb.  » 
(Tardieu.)  Un  médecin  légiste,  Taylor,  poussait  la  cuprophobie 
assez  loin  pour  considérer  comme  symptomatiques  d’une 
intoxication  locale,  les  accidents  inflammatoires  :  abcès, 
phlegmons,  consécutifs  aux  piqûres  faites  avec  des  épingles 
de  laiton.  Blandet  décrivait  plus  récemment  une  colique  de 
cuivre  avec  des  symptômes  graves.  Combàluzier,  Desbois  de 
Rochefort  ont  tracé  un  tableau  des  plus  sombres  sur  la  santé 
des  ouvrières  travaillant  le  cuiVre.  Maisonneuve,  qui  a  étudié 
les  suites  de  l’absorption  du  cuivre  chez  les  ouvriers  des  arse¬ 
naux  maritimes,  a  constaté  avec  solides  observations  à  l’appui, 
qu’il  pouvait  en  résulter  des  malaises  sérieux.  U  écrit  :  «  Dans 
les  ateliers  où  les  molécules  d’oxyde  ou  de  sel  de  cuivre  vol- 
.  tigent  plus  ou  moins  abondamment,  leur  pénétration  dans  les 
voies  respiratoires  détermine  de  l’oppression,  une  dyspnée 
très  intense  avec  spasme  bronchique  et  laryngien,  symptômes 
jamais  constatés  avec  une  telle  violence  à  l’absorption  d’autres 
poussières  métalliques.  De  même,  Tingestion  des  molécules 
cuivreuses  détermine  assez  souvent  des  troubles  digestifs 
sérieux.  »  Bailly,,  médecin  d’une  grande  usine  où  l’on  travaille 
le  cuivre,  a  décrit  également  divers  troubles  gastriques  ou  res¬ 
piratoires  chez  les  ouvriers.  L’imprégnation  lente  de  l’orga¬ 
nisme,  selon  lui,  «  se  traduit  par  un  liséré  gingival  bleu  ver¬ 
dâtre  d’autant  plus  foncé  qu’il  est  plus  ancien,  très  marqué  au 
niveau  des  molaires,  très  adhérent  et  composé  d’un  acide 
organique  combiné  au  cuivre  ;  on  reconnaîtrait  facilement  la 
présence  de  ce  dernier  métal  dans  le  liséré  par  la  réaction  au 
cyano  ferrure, de  potassium  ». 

Voyons  maintenant  l’opinion  opposée  :  la  plupart  des 
auteurs  contemporains  sont  optimistes,  peut-être  trop  même. 
En  tout  cas,  ils  font  justice,  à  l’unanimité,  de  cette  cuprophobie 
exagérée  du  siècle  dernier.  La  colique  de  cuivre  de  Tardieu  est. 
oubliée.  Galippe,  qui  a  réhabilité  le  cuivre,  Burcq  nient  au 
cuivre  et  à  ses  composés  toute  propriété  toxique.  Allant  plus 


LE  TRAVAIL  Dü  CUIVRE 


loin  même,  ces  auteurs  affirment  n’avoir  jama^is  rencontré 
un  trouble  pouvant  être  attribué  fermement  au  cuivre.  Les 
idées  contemporaines  semblent  avoir  prévalu  puisque  les 
traités  de  pathologie  et  de  thérapeutique  les  plus  complets,  les 
plus  récents  ignorent  le  cuivre  et  ne  parlent  même  pas  de 
troubles  susceptibles  d’être  attribués  à  ce  dernier  métal.  Nier 
au  cuivre  toute  propriété ,  toxique?  Passe  encore,  mais  en 
affirmer  l'innocuité  absolue?  Peut-être  y  aurait-il  là  une  exa¬ 
gération. 

Sans  prendre  parti  dans  cette  discussion,  je  crois  devoir 
produire  les  faits  suivants  rigoureusement  contrôlés,  étudiés, 
et  il  me  semble  plausible  d’en  tirer  certaines  conclusions. 

Une  constatation  qui  me  paraît  admise  par  tous  les  auteurs, 
même  par  les  plus  intransigeants  contemporains,  c’est  l’ab¬ 
sorption  réelle  du  cuivre,  sa  diffusion  dans  l’organisme. 

Le  li‘éré  gingival  bleu 'verdâtre,  décrit  par  Tardieu,  Bailly 
avec  force  détails,  traduirait  l’imprégnation  cuprique  comme 
le  liséré  bleuâtre  de  Burton  traduit  la  présence  du  plomb  dans 
l’économie.  Nombre  d’auteurs,  médecins  légistes  surtout,  ont 
constaté  qu’une  partie  du  cuivre  introduit  dans  l’organisme 
reste  fixé  dans  le  foie  (Bergeron  et  l’Hotte),  les  reins,  les  os 
même.  Toutefois  la  plus  grande  partie  de  ce  métal  ingéré  est 
éliminé  par  la  bile  et  par  l’intestin,  par  les  urines,  par  la 
salive,  les  larmes,  la  sueur  même.  La  constatation  du  cuivre 
dans  les  diverses  excrétions,  l’urine  en  particulier,  a  été  faite 
à  maintes  reprises,  par  maints  auteurs;  les  traités  de  patho¬ 
logie  rédigée  il  y  a  vingt  ans  renferment  de  nombreuses  obser¬ 
vations  probantes. 

A  ce  sujet,  je  crois  devoir  citer  les  constatations  fort  intéres¬ 
santes  de  l'abbé  Houlés  qui  a  écrit  l’histoire  du  village  de 
Durfort  (Tarn)  ;  les  habitants  de  cette  localité,  à  peu  d’exceptions 
près,  travaillent  tous  le  cuivre. 

Us  martellent  à  froid  le  métal,  le  liment,  le  polissent,  tra¬ 
vaillent  dans  de  petits  ateliers  entièrement  clos  durant  l’hiver; 
ils  y  respirent  dônc  une  poussière  qui  renferme  près  de  sept 
dixièmes  de  cuivre,  d’oxyde  et  de  carbonate  de  cuivre. 

Les  avant-bras,  la  portion  de  la  gencive  qui  entoure  les 
dents,  les  cheveux,  la  barbe  et  les  sourds  prennent  une  colora- 


70 


PEIGNEY 


tion  verte.  Tous  les  accidents  observés  se  réduisent  à  des 
troubles  gastro-intestinaux  chez  les  jeunes  ouvriers. 

La  mortalité,  la  durée  moyenne  de  la  vie  est  la  même  chez 
les  chaudronniers  que  chez  les  ouvriers  agricoles  des  environs. 
Et  l’auteur  apporte  le' fait  suivant  :  «  Le  cimetière  de  Durfort 
ayant  dû  être  déplacé,  oh  a  du  transporter  les  ossements  ; 
grâce  à  la  coloration  verte  des  os,  on  pouvait  dire  s’ils  avaient 
appartenu  à  un  chaudronnier  ou  à  un  ouvrier  agricole  de  la 
région.  ' 

Nombre  d’auteurs  sont  tout  aussi  affirmatifs,-  l’absorption 
du  cuivre,  sa  fixation  sur  certains  organes,  son  élimination 
sont  dés  faits  acquis. 

Etudions  alors  le  genre  de  travail  et  surtout  les  conditions 
dans  lesquelles  s’effectue  le  travail  pour  fabriquer  le  corps  de 
fuséfe. 

Le  laiton  est  livré  aux  usiniers  en  barres  de  deux  à  trois 
mètres,  avec  un  calibre  variable  et  irrégulier,  dont  la  surface 
est  couverte  toujours  d’une  couche  plus  ou  moins  épaisse 
d’oxyde  et  d’hydro-carbonate  de  cuivre. 

Ce  laiton  est  titré  de  la  façon  suivante  : 


Cuivre . 60  p.  100,  aveC;Uüe  tolérance  de 

1  p.  100  en  plue  ou  moins. 
Zinc . .  .  39  p.  100  environ. 


On  y  décèle  en  outre  du  plomb,  du  fer',  des  traces  d’arsenic 
parfois  et  en  quantité  ^négligeable  d’ailleurs.  De  inême,  la 
proportion  de  plomb  est  si  minime  qu’elle  ne  compte  pas  et 
ne  peut  entraîner  de  troubles  saturnins. 

Gomment  et  dans  quelles  conditions  les  ouvrières  tra¬ 
vaillent-elles  ce  laiton  pour  obtenir  le  corps  de  fusée?  Le 
travail  est  compliqué. 

1”  opération.  —  Dressage  des  barres,  meulage  des  extrémités  et 
tronçonnage  en  cylindres  de  0“80  à  1  mètre. 

2'  opération.  —  Les  'cylindres  obtenus  sont  chauffés  au  rouge  et 
passés  au  calibrage.  Remarquons  que  sous  l’influence  de  la  chaleur 
en  présence  de  l'air,  le  cuivre  se  couvre  d’une  couche  d’oxyde  cui¬ 
vrique  GuO,  noirâtre',  couche  relativement  épaisse.  Cet  oxyde  est 


LE  TRAVAIL  DU  CUIVRE 


très  facilement  attaqué  même  par  les  acides  faibles  pour  former  des 
sels  souvent  solubles. 

3“  opération.  —  Les  cylindres  sont  découpés  en  tronçons  ayant  la 
forme  grossière  du  corps  de  fusée,  puis  décapés  à  l’acide  sulfu¬ 
rique  et  au  bisulfate  de  soude. 

4=  opération.  —  Vérification  de  la  fusée  brute. 

5'  opération.  —  Décolletage  île  la  pièce  brute  sous  l’huile,  puis 
alésage.  Ces  opérations  se  font  au  tour  Gridley  de  45.  Remarquons 
que  les  ouvrières  ont  les.  mains  enduites  d’huile  pendant  toute  la 
durée  de  cette  opération  ;  ajoutons  que  les  matières  grasses  en  pré¬ 
sence  de  l’air  attaquent  le  cuivre  et  le  transforment  en  sels  solubles, 
hydrocarbonate  en  particulier;  nous  reviendrons  sur  ce  sujet.  Cette 
opération  se  termine  par  le  débavurage  à  la  main  avec  une  lime. 
Pour  distinguer  les  défauts  ou  les  irrégularités  souvent  très  minimes 
du  métal,  l’ouvrière  est  obligée  de  se  pencher  sur  son  travail,  et 
rien  ne  protège  le  visage  des  fines  poussières  produites  par  la 

6*  opération.  —  Vérification.  Les  fusées  ainsi  manipulées  sont 
plus  ou  moins  enduites  d’huile. 

7»  opération.  —  Au  tour  Gridley  45.  Chariotage  d’ébauche  puis  de 
finition  du  cône  de  fusée;  alésage  définitif,  mise  en  place  et  cen¬ 
trage  du  corps  de  fusée.  Ces  travaux  qui  se  font  sous  l’huile 
donnent  lieu  à  des  limailles  de  grosseur  moyenne,  enduites  de 
matières  grasses;  ils  sont  suivis,  du  débavurage  à  la  lime  dans  les 
conditions  citées  précédemment. 

8”  opération.  —  Vérification  et  dégraissage. 

9'  opération.  —  Tafaudage  du  cône  de  fusée  au  tour  revolver 
«  Aciera  »,  travail  fait  sous  l’eau  de  savon  et  donnant  une  pous¬ 
sière  line  et  humide. 

tO'  opération.  —  Vérification,  cuivre  humide. 

11'  opération.  —  Perçage  du  plateau  de  la  fusée  à  la  perceuse 
«  Venot  »  donnant  lieu  à  des  limailles  fines  et  sèches. 

12'  opération.  —  Chambrage  du  trou  de  la  chambre  à  poudre  et 
du  trou  du  lenon.  Cette  opération  se  fait  à  sec  avec  poussière  fine. 

13'  opération.  —  Vérification  à  sec. 

14'  opération.  —  Débavurage  du  plateau  grossièrement  d’abord 
au  tour  «  Aciera  »  puis  terminé  à  la  lime  avec  production  de 
limailles  fines  et  sèches. 

15»  opération.  —  Vérification  à  sec. 

16'  et  17'  opérations.  —  Taraudage  du  trou  du  tenon  et  du  trou  de 
la  chambre  à  poudre  :  limailles  très  fines  et  sèches. 

18'  opération.  —  Vérification  à  sec. 

•  19'  opération.  —  Vissage  du  tenon  :  poussière  moyenne  et  sèche- 


PEIGNEY 


20"  opération.  —  Fraisage  du  tenon,  donnant  lieu  à  des  pous¬ 
sières  métalliques  sèches  de  grosseur  moyenne. 

21®  opération.  —  Vériflcation. 

22®  opération.  —  Perçage  et  fraisage  du  tenon  de  communication 
avec  limailles  fines  et  sèches. 

23®  opération.  —  Vérilication  è  sec. 

24®  opération.  —  Traçage  et  marque. 

25®  opération.  —  Fraisage  de  la  sphère  hélicoïdale  donnant  lieu  à 
des  poussières  sèches  de  grosseur  moyeane. 

26®  opération.  —  Vérification. 

27®  opération.  —  Fraisage  de  l’extrémité  de  la  spire  avec,  produc¬ 
tion  de  limailles  fines  et  sèches. 

28e  opération.  —  Fraisage  de  l’origine  de  la  spire  :  même  remarque 
que  précédemment. 

29”  opération.  —  Fraisage  de  l’échancrure  de  la  spire  ;  même 
remarque. 

30®  opération.  —  Vérifioaüon,  métal  sec. 

31'  opération.  —  Contrôle  militaire  et  marque. 

32®  opération.  —  Perçage  du  trou  d’échappement  des  gaz'  avec 
production  de  limailles  fines  et  sèches. 

33®  opération.  —  Taraudage  du  trou  d’échappement  des  gaz,  même 
remarque  que  précédemment. 

34®  opération.  —  Vérification,  métal  sec. 

35'  opération.  —  Filetage  de  la  queuej  donnant  lieu  à  des  limailles 
de  grosseur  moyenne,  sèches. 

opération.  —  Vérification,, métal  sec. 

En  résumant  cette  fastidieuse  énumération  et  en  nous 
plaçant  au  point  de  vue  hygiène  professionnelle,  nous  pourrons 
classer  les  diverses  phases  de  la  fabrication  de  la  manière 
suivante  : 

1°  Opérations  qui  se  font  à  la  machine  sous  l’huile  ou  l’eau 
de  savon,  qui  donnent  lieu  à  des  limailles  de  moyenne  gros¬ 
seur  et  humides  ;  décolletage  et  taraudage. 

2“  Opérations  qui  se  font  à  sec,  à  la  machine,  et  donnant  lieu, 
la  plupart  du  temps,  à  des  poussières  fines  et  sèches. 

3"  Opérations  qui  se  font  à  la  main  à  l’aide  de  la  lime  :  le 
débavurage,  le  finissage,  produisant  des  poussières  sèches, 
extrêmement  ténues.  Puis  la  vérification  qu’il  y  a  lieu  d’envi¬ 
sager  à  deux  points  de  vue,  suivant  que  le  cuivre  manipulé  est 
plus  ou  moins  graisseux  ou  sec. 


LE  TRAVAIL  DC  CUIVRE 


Mon  étude  a  porlé  sur  600  ouvrièi^s  envifon  que  j’ai  pu  exa¬ 
miner,  interroger  durant  leur  travail,  à  riufirmerie  de  leur 
usine  où  j’ai  l’occasion  de  passer  souvent,  au  Dispensaire  des 
ouvrières  de  guerre  où  elles  viennent  nombreuses. 

Règle  générale,  elles  se  sont  prêtées  de  fort  bonne  grâce 
aux  interrogatoires  que  j’ai  cru  devoir  faire  et  les  rensei¬ 
gnements  fournis  me  paraissent  dignes  de  foi  :  soit  dit  en 
passant,  l’ouvrière,  beaucoup  plus  que  l’ouvrier,  aime  qu’on 
s’occupe  d’elle,  de  son  travail,  des  conditions  hygiéniques  dans 
lesquelles  elle  vit. 

Autant  que  possible  mon  examen  a  poété  sur  des  ouvrières 
paraissant  robustes,  bien  constituées,  sans  passé  pathologique 
érieux,  de  dix-huit  à  quarante  ans,  travaillant  le  cuivre  dans 
diverses  conditions  depuis  dix-huit  mois  au  moins,  avec  un 
travail  journalier  de  dix  heures  au  minimum. 

Dans  l’usine  qui  nous  a  procuré  la  majorité  des  observations, 
à  côté  des  atelifers  du  cuivre,  il  existe  un  autre  atelier  travaillant 
l’aluminium  dans  les  mêmes  conditions,  en  vue  de  fabriquer 
une  fusée  destinée  à  l'armée  russe;  j'ai  pu  faire  ainsi  d’utiles 
comparaisons. 

Chez  les  ouvrières  observées,  je  n’ai  pu  remarquer  le  fameux 
liséré  gingival  bleu  verdâtre  traduisant  la  présence  du  cuivre 
en  quantité  notable  danp  l’organisme;  chez  deux  femmes  tra¬ 
vaillant  le  cuivre  depuis  4  et  3  ans,  j’ai  remarqué  toutefois 
un  soupçon  de  liséré  à  peine  verdâtre,  mais  sans  valeur 
diagnostique,  pouvant  être  dû  à  maintes  causes  étrangères.  Et 
coïncidences  à  retenir,  ces  ouvrières  n’accusaient  aucun  trouble 
actuel,  malgré  des  malaises  assez  graves  durant  leur  première 
année  de  travail. 

L’examen  des  urines  a  été  plus  probant  au  point  de  vue 
absorption  du  cuivre.  Un  ami,  directeur  d’un  laboratoire  des 
Hôpitaux,  a  bien  voulu  se  charger  de  10  examens  d’urine  pré¬ 
levée  au  hasard  des  consultations,  lorsque  les  malades  venaient 
me  consulter  pour  troubles  gaslro-inteslinaux  susceptibles 
d’être  attribués  aux  sels  cupriques. 

Sa  technique  était  la  suivante  :  L’urine  est  incinérée,  le 
résidu  est  redissous  en  le  faisant  bouillir  quelques  instants 
avec  une  petite  quantité  d’une  solution  faible  d’acide  azotique. 
La  solution  étendue  donne  avec  la  potasse  un  précipité  bleu 


74 


D'  PEIGNEY 


devenant  noir  par  l’ébullilïion ;  l’anamoniaque  donne  un  préci¬ 
pité  analogue  bleu  céleste  très  soluble  dans  un  excès  de 
réactif.  Ces  deux  réactions  sont  caractéristiques  des  sels  de 
cuivre.  Sur  10  examens,  un  seul  cas  a  été  négatif.  Avec  moins 
de  précision  j’ai  pu  faire moi-mêmé  quelques  examens  d’urine; 
les  résultats  ont  été  aussi  probants.  Et,  détail  intéressant,  ces 
urines  étaient  parfaitement  claires,  sans  la  moindre  trace 
d’albumine  ;  les  malades  accusaient  simplement  un  peu  de 
ténesme  vésical,  des  envies  fréquentes  d’uriner. 

Certains  auteurs  ont  reconnu  la  présence  du  cuivre  dans  les 
larmes,  la  sueur,  la  salive  surtout  ;  mes  moyens  d’examen  trop 
réduits,  le  manque  de  loisirs  surtout,,  n^’ont  empêché  d’aborder 
celte  étude. 

Là  encore,  la  présence  du  cuivre  me  paraît  indiscutable. 

Ceci  dit,  par  quels  symptômes  se  manifeste  l’absorption,  la 
fixation  ou  le  passage  du  cuivre  dans  l’organisme? 

Dans  pn  atelier  de  taraudage  où  toutes  les  opérations  se  font 
sous  l’huile,  à  la  machine,  j’ai  pu  examiner  ou  interroger 
30  ouvrières,  7  se  sont  plaintes  de  troubles  digestifs  fréquents, 
d’intensité  variable,  mais  toujours  identiques  comme  symp¬ 
tômes,  troubles  que  je  crois  pouvoir  attribuer  à  l’absorption 
cuprique. 

Je  citerai  à  ce  sujet  les  deux  observations  suivantes,  qui  me 
paraissentlespluscaractéristiques  et  pouvoirrésûmer  les  autres. 

L...  (Jeanne),  vingt-trois  ans,  fleuriste  avant  la  guerre,  tarau- 
deuse  à  l’usine  depuis  onze  mois.  A  part  les  maladies  d’enfance,  n’a 
aucun  passé  pathologique.  Elle  est  bien  réglée,  n’a  pas  de  pertes 
Planches.  Elle  paraît  robuste.  Elle  prend  ses  repas  chez  ses  parents 
qui  habitent  près  de"  l’usine,  dans  des  conditions  toujours  iden¬ 
tiques.  En  un  mot,  l’usine  n’a  rien  changé  à  ses  habitudes  d’hygiène 
et  d’alimentation.  Elle*est  propre  et  soignée. 

Depuis  huit  mois,  tous  les  20  bu  30  jours  environ,  elle  ressent 
d’abord  un  état  nauséeux  avec  langue  chargée,  soif  intense,  inap¬ 
pétence,  douleurs  légères  à  l’épigastre,  l’hypocondre  droit  et 
surtout  autour  de  l’ombilic.  Puis  brutalement  elle  a  une  diarrhée 
profuse  durant  deux  jours,  sans  douleur  réelle,  sans  fièvre,  sans 
ballonnement  du  ventre'.  Elle  se  met  au  régime  lacto-végétarien, 
prend  un  laxatif  à  l’huile  de  ricin  vers  la  flu  de  la  crise  et  tout  rentre 
dans  l’ordre. 


LE  TRAVAIL  DU  CUIVRÉ 


Elle  reconnaît  que  ces  crises  deviennent  de  moins  en  moins 
violentes  et  tendent  à  s’espacer.  Jusqu’^  son  entrée  à  l’usine,  elle 
n’avait  pas  eu  le  moindre  trouble  gastro-intestinal;  comme  son 
alimentation,  son  hygiène  n’ont  pas  varié  sensiblement,  il  me 
semble  tout  à  fait  légitime  d’incriminer  le  cuivre.  D’ailleurs  la  pré¬ 
sence  du  métal  a  été  décelée  dans  ses  urines  par  les  procédés  déjà 
indiqués. 

Dans  un  atelier  de  décolletage  où  le  travail  se  fait  également 
sous  l'huile  ou  l’eau  savonnéuse,  j’ai  pu  examiner  ou  interroger 
21  ouvrières  :  6  se  sont  plaintes  de  troubles  digestifs  analogues 
aux  précédents,  que  l’on  est  en  droit  d’attribuer  au  cuivre. 

Je  citerai  l’observation  suivante,  qui  me  semble  caracté¬ 
ristique  et  qui  concerne  l'une  d’elles. 

D...  (Marie),  trente  ans,  célibataire,  sans  profession  avant  la 
guerre,  vivant  dans  sa  famille,  sans  le  moindre  passé  pathologique 
à  part  une  crise  d’anémie  vers  dix-huit  ans,  guérie  après  quelques 
mois  de  soins.  Elle  est  bien  réglée,  n’a  pas  de  pertes  blanches, 
paraît  fort  robuste.  Elle  prend  son  déjeuner  au  restaurant  ouvrier, 
elle  dine  dans  sa  famille.  Durant  le  travail  dé  nuit  qui  ne  la  fatigue 
pas  trop,  dit-elle,  elle  consomme  un  repas,  léger  préparé  dans  sa 
famille  et  qu’elle  fait  chauffer  au  réfectoire  de  l’usine. 

Tous  les  25  à  30  jours  environ,  en  dehors  de  l’époque  menstruelle, 
sans  motif,  sans  cause  apparente,  elle  fait  brusquement  une  crise 
de  constipation  opiniâtre,  rebelle  aux  laxatifs  salins,  à  une  dose 
ordinaire  d’huile  de  ricin,  et  qui  s’accompagne  d’inappétence,  d’état 
nauséeux,  de  douleurs  sourdes  dans  tout  l’abdomen,  mais  sans 
ballonnement,  sans  fièvre  :  au  bout  de  3  ou  4  jours,  cette  constipa¬ 
tion  fait  place  brusquement  à  une  diarrhée  profuse  qui  dure  une 
journée;  très  abondante,  et  tout  rentre  dans  l’ordre. 

L’ouvrière  reconnaît  que  les  crises  tendent  à  être  moins  fréquentes 
et  beaucoup  moins  fortes.  Examinée  deux  jours  après  une  crise, 
cette  malade  présentait  uniquement  une  langue  un  peu  chargée, 
l’appétit  était  revenu,  elle  digérait  bien,  avait  deux  selles  par  jour. 
Le  foie  était  très  légèrement  perceptible  sous  le  rebord  costal;  la 
rate  était  normale.  L’abdomen  n’était  pas  douloureux.  L’exatnen  de 
son  urine  a  décelé  la  présence  du  cuivre,  sans  la  moindre  trace 
d’albumine. 

Pourquoi  celte  ouvrière  qui  se  soumet  volontairement,  j’en 
ai  la  preuve,  au  régime  des  viandes  grillées,  des  pâtes,  des 


D'  PEIGNEY 


infusions  chaudes,  a-t-elle  de  semblables  crises  qu’elle  ne 
connaissait  pas  avant  son  entrée  à  l’usine?  Il  me  semble  que 
l’on  peut  attribuer  ces  troubles  au  cuivre,  en  grande  partie  du 
moins. 

Je  pourrais  citer  quelques  autres  observations  prises  dans 
ces  deux  ateliers,  elles  ne  diffèrent  des  précédentes  que  par  des 
variantes  de  détail. 

Comment  se  fait  l'absorption  du  cuivre  dans  les  cas  p^-écé- 
dents  ? 

Lorsqu’elle  arrive  à  l’ouvrière,  la  fusée  brute  vient  d’ètre 
portée  au  rouge  pour  être  calibrée  à  la  presse.  Grâce  à  celle 
haute  température,  en  présence  de  l’oxygène  de  l’air,  elle  se 
couvre  d’un  oxyde  cuivrique.  Cet  oxyde,  peu  résistant,  forme 
avec  l’huile  du  décolletage  une  pâte  s’attachant  aux  mainS\  se 
logeant  dans  les  moindres  replis  de  la  peau. 

De  même,  les  fines  particules  de  cuivre  mises  en  liberté  par 
le  décolletage  ou  le  taraudage,  forment  avec  l'huile  une  pâle 
plus  ou  moins  solide  qui  se  loge  sous  les  ongles,  dans  les  com  - 
missures,  envahit  même  les  pores  où  elle  se  maintient  malgré 
les  lavages  ordinaires. 

Dans  cette  pâle,  les  acides  gras  de  l’huile  attaquent  l’oxyde 
cuivrique,  de  même  que  les  acides  gras  de  la  sueur  pour  former 
des  hydro-carbonates  ou  autres  sêls  de  cuivre  qui  sont  absorbés 
peu  à  peu  par  lapeaù  et  diffusent  ensuite  dans  tout  l’organisme. 
11  me  semble  que  la  peau  est  un  agent  important  d’absorption 
des  sels  de  cuivre. 

A  l’appui  de  cette  assertion,  je  citerai  le  fait  suivant  : 

Une  ouvrière,  après  sa  journée,  se  lave  les  mains  au  savon, 
se  rince  les  mains  à  l’eau  pure,  s’essuie  soigneusement.  Elle 
met  alors  les  mains  dans  une  solution  acide  très  faible,  et  les  y 
laisse  quelques  instants.  On  verse  alors  dans  ce  dernier  liquide 
une  solution  très  étendue  de  ferro- cyanure  de  potassium;  on 
constate  bientôt  une  légère  coloration  rouge,  réaction  caracté¬ 
ristique  des  sels  de  cuivre. 

Occupons-nous  maintenant  des  ouvrières  travaillant  le 
cuivre  à  sec,  pour  le  perçage,  le  fraisage  et  le  débavurage.  Ces 
opérations  produisant  des  limailles  plus  ou  moins  fines,  très 
fines  même  dans  le  finissage  à  la  lime,  une  poussière  de  cuivre 
très  ténue  flotte  dans  l’atelier,  se  dépose  sur  les  habits,  pénètre 


LE  TRAVAIL  DU  CUIVRE 


dans  le  cou,  s’attache  à  la  figure  et  aux  mains.  J'ai  constaté 
chez  les  ouvrières  de  nombreuses  blépharites  plus  ou  moins 
aiguës,  des  conjonctivites  plus  ou  moins  chroniques,  qu’il 
;  paraît  logique  d’attribuer  à  l’action  irritative  des  poussières. 
Mais  ces  accidents  sont  constatés  dans  tous  les  ateliers  où  l’on 
produit  des  poussières  fines  et  sèches.  A  l’atelier  voisin  où  l’on 
travaille  l’aluminium,  les  mêmes  symptômes  sont  observés, 
mais,  détail  à  retenir,  en  moins  grand  nombre  toutefois. 

L’opération  du  débavurage  à  la  lime  me  semble  particuliè¬ 
rement  néfaste  à  ce  sujet. 

Pour  finir  certaines  opérations  de  fraisage,  de  laraudage, 
pour  supprimer  les  irrégularités  du  métal,  l’ouvrière  lime  la 
fusée  avec  un  outil  fin  qui  donne  lieu  à  des  limailles  très 
ténues.  L’ouvrière  est  obligée  de  se  pencher  sur  son  travail 
pour  en  surveiller  la  finition,  distinguer  les  irrégularités  sou¬ 
vent  minimes  du  métal;  les*  yeux,  les  voies  respiratoires  et 
digestives  sont  à  proximité  des  poussières  qui  sont  absorbées 
en  grande  quantité. 

Ces  particules  métalliques,  en  se  déposant  sur  les  voies 
respiratoires,  y  déterminent  une  vive  irritation.  Il  en  résulte 
une  congestion  des  muqueuses  éminemment  favorables  aux 
cultures  microbiennes.  C’est  ce.  qui  expliquerait  nombre 
d’angines  fréquentes  et  rebelles,  de  laryngo-trachéiles  aiguës. 
11  en  résulte  une  pneumokoniose  due  à  l’accumulation  des 
poussières  cuivreuses  dans  le  parenchyme  pulmonaire,  pneu¬ 
mokoniose  qui  expliquerait  une  toux  sèche,  rebelle  à  tout 
traitement  et  nullement  en  rapport  avec  les  symptômes  pulmo¬ 
naires. 

Mais  il  faut  convenir  que  ces  accidents  ne  sont  pas  spéciaux 
au  cuivre,  qu’ils  sont  observés  dans  tous  les  ateliers  où  l’on 
produit  des  poussières  sèches. 

J’ai  constaté  toutefois  que  les  angines,  les  laryngo-trachéites 
sont  plus,  fréquentes  dans  les  atelier.s  où  l’on  travaille  le 
cuivre,  plus  violentes,  à  symptômès  plus  bruyants,  surtout 
chez  les  nouvelles  ouvrières.  L’accoutumance  s’établit,  c’est 
entendu,  mais  le  cuivre  me  semble  plus  irritant  pour  les 
muqueuses  conjonctivales,  nasales,  buccales  ou  laryngiennes 
que  tout  autre  métal. 

Lorsque  je  conslale  10  laryngo-trachéites  dans  l’atelier  de 


D‘-  PEIGNEY 


l’aluminium  ou  du  fer,  j’en  reconnais  15  ou  20.  au  cuivre. 
L’usine  qui  nous  occupe  m’a  donné  au  dispensaire,  toutes 
porportions  gardées,  un  nombre  de  laryngo-trachéites  plus 
nombreuses  d’un  tiers  que  dans  toute  autre  usine.  Cette  dispro¬ 
portion  peut  tenir  à  d’autres  causes  évidemment,  mais  il  est 
permis  d’incriminer  également  l’action  plus  irritante  du  cuivre. 
Les  particules  du  métal  peuvent,  en  outre,  suivre  les  voies 
digestives  et  être  absorbées  directement. 

J’ai  remarqué  à  ce  sujet  une  pratique  qui  semble  favoriser 
singulièrement  l’introduction  du  cuivre  dans  l’organisme. 

Beaucoup  de  fraiseuses,  de  perceuses  ont  la  mauvaise  habi¬ 
tude  de  grignoter  du  chocolat,  des  bonbons,  des  gâteaux  durant 
le  travail  de  la  machine,  durant  leurs  loisirs,  sans  laver  leurs 
mains,  sans  préserver  les  friandises  du  contact  des  poussières 
cuivreuses.  Je  n'ai  pu  vérifier  si  les  troubles  digestifs  étaient 
plus  fréquents  chez  ces  dernières  ouvrières,  mais  je  suis  en 
droit  de  le  présumer.  Enfin,  les  poussières  sèches  qui  se 
déposent  sur  la  peau,  sur  les  mains  en  particulier,  en  contact 
ave#  les  acides  gras  de  la  sueur,  donnent  lieu  à  une  absorption 
cuivreuse,  absorption  plus  lente,  moins  importante,  toutefois, 
il  me  semble,  qu’avec  les  limailles  graisseuses,  mais  qui  n’en 
existe  pas  moins. 

A  l’appui  de  ces  assertions,  je  citerai  les  observations  sui¬ 
vantes  : 

Dans  un  atélier  de  perçage  et  d’ébavurage  occupant 
29  ouvrières,  8  accusent  des  troubles  digestifs  revenant  de 
temps  à  autre  par  périodes  plus  ou  moins  irrégulières, 
symptômes  qui  n’ont  jamais  été  constatés  avant  l’entrée  à 
l’usine,  ou  entièrement  différents  des  troubles  qu’elles  ont  pu 
avoir  précédemment.  En  un  mot,  8  accusent  des  maladies 
qu’il  est  plausible  d’attribuer  à  l’absorption  du  cuivre. 

Je  citerai  les  cas  les  plus  typiques  : 

M...  L...,  trente-deux  ans,  travaille  le  cuivre  depuis  treize  mois 
comme  perceuse.  Mariée,  elle  a  2  enfants  bien  portants.  Ses  parents 
sont  âgés,  sans  infirmités  graves.  Elle  n’a  aucune  maladie  sérièuse  ; 
quelques  crises  d’anémie  entre  seize  et  vingt  ans  seulement.  Pou¬ 
mons  et  cœur  normaux.  Foie  un  peu  gros  toutefois,  perceptible 
sous  le  rebord  costal.  Règles  normales,  pas  de  pertes  blanches. 


LE  TRAVAIL  DU  CUIVRE 


79 

Durant  les  quatre  premiers  mois  d’usine,  elle  n’a  ressenti  aucun 
malaise.  Dans  la  suite  elle  a  eu  7  crises  débutant  brutalement,  sans 
prodromes  véritables,  sans  cause  apparente,  loin  de  l’époque  mens¬ 
truelle.  Le  matin,  la  malade  avait  la  bouche  mauvaise,  la  langue 
chargée,  n’avait  aucun  appétit.  Puis  brusquement,  à  l’ingestion  de 
la  première  nourriture,  la  malade  se  mettait  à  vomir  ;  ces  vomisse¬ 
ments  duraient  toute  la  soirée,  'se  prolongeaient  plus  ou  moins 
durant  la  nuit,  et  pour  rendre  presque  sans  douleur  un  liquide 
mousseux,  incolore  et  légèrement  teinté  en  brun,  parfois  strié  de 
sang.  La  malade  dormait  ensuite  et  le  lendemain  il  ne  persistait 
qu’un  léger  état  nauséeux,  puis  tout  rentrait  dans  l’ordre. 

Cette  crise  ne  s’accompagnait  d’aucune  céphalée,  évoluait  sans 
fièvre,  sans  le  moindre  malaise.  Le  ventre,  la  région  épigastrique  en 
particulier  n’étaient  même  pas  ballonnés,  un  peu  douloureux 
toutefois. 

Cette  femme  suit  un  régime  sain,  comme  elle  l’a  toujours  fait, 
elle  mène' une  vie  de  famille  fort  régulière,  rien  n’explique  une  telle 
crise  à  part  l’absorption  cuprique.  Les  poussières  sèches  absorbées 
par  la  peau,  les  voies  respiratoires,  la  voie  digestive  surtout,  trans¬ 
formées  ou  non  en  sels,  irriteraient  fortement  la  muqueuse  gas¬ 
trique.  Celle-ci  réagirait  en  sécrétant  du  mucus  et  en  provoquant 
les  vomissements  qui  la  débarrasseraient  des  liquides  nocifs. 

Cette  opinion  me  semble  plausible,  malheureusement  Je  n’ai 
pu  examiner  le  liquide  vomi.  Je  reste  convaincu  qu'il  renfer¬ 
mait  des  sels  cupriques  en  abondance.  En  tou  cas,  l’urine  de 
cette  femme  en  contenait  notablement  quatre  jours  après  la 
crise.  Détail  à  noter  —  celte  femme  m’a  dit  avoir  l’habitude  de 
croquer  du  chocolat  vers  4  heures  en  travaillant,  ou  démanger 
quelques  gâteaux  à  la  même  heure,  dans  l’atelier  près  de  sa 
machine,  sans  se  laver  les  mains. 

C...  (Marie),  dix-huit  ans,  parents  bien  portants,  deux  sœurs  en 
bonne  santé.  A  eu  les  maladies  banales  de  l’enfance,  quelques 
troubles  et  symptômes  d’anémie  à  la  formation,  mais  pas  la 
moindre  maladie  depuis  l’âge  de  seize  ans.  Elle  travaille  à  l’usirie 
depuis  dix  mois  environ,  au  décolletage  d'abord,  puis  fait  actuelle¬ 
ment  le  débavurage.  L’examen  du  cœur,  des  poumons,  de  l’état 
général  ne  décèle' pas  la  moindre  lésion  organique. 

J’ai  vu  l’ouvrière  le  soir  à  17  h.  30,  en  pleine  crise.  Le  malin,  sans 
cause  apparente,  sans  avoir  rien  changé  à  ses  habitudes,  à  son 
régime,  sans  imminence  de  règles,  elle  a  été  prise  brusquement  de 


D>’  PEIGNEY 


vomissements,  et  peu -après  de  diarrhée  profuse.  Et  tout  cela  sans 
douleur  vive,  uniquement  une  hyperesthésie  de  l’abdomen,  de  l’épi¬ 
gastre  en  particulier.  A  midi,  elle  a  pris  du  lait  chaud,  de  l’élixir 
parégorique;  les  vomissements  ont  cessé,  la  diarrhée  s’est  atténuée. 
A  17  h.  30,  je  l’examine  :  elle  est  pâle,  semble  fatiguée,  elle  ne 
souffre  pas,  mais  par  exemple  elle  transpire  en  abondance,  extrê¬ 
mement  même.  L’examen  de  la  sueur  eût  été  intéressant,  mes 
moyens  réduits  ne  le  permettaient  pas.  Elle  n’a  pas  de  fièvre,  le 
ventre  n’est  pas  ballonné,  rien  au  cœur,  aux  poumons;  le  foie  n'est 
pas  gros,  la  rate  n’est  pas  perceptible.  Par  contre,  la  gorge,  l’arrière- 
pharynx  sont  rouge  vif  et  la  muqueuse  paraît  très  congestionnée. 

La  malade  a  déjà  eu  quatre  crises  tout  à  fait  semblables  qui  ont 
cédé  au  régime  lacté,  aux  tisanes  chaudes.  Des  pilules  d’opium 
ayant  été  données  par  un  médecin  lors  d’une  précédente  crise,  la 
diarrhée  s’est  arrêtée,  mais  les  vomissements  ont  persisté  et  l’état 
nauséeux  s’est  prolongé  durant  plusieurs  jours  avec  ténesme 
vésical,  envies  très  fréquentes  d'uriner. 

Pour  terminer,  je  crois  devoir  citer  l’observation  suivante  ; 

M...  (Jeanne),  quarante-deux  ans,  travaille  le  cuivre  depuis 
treize  ans.  Pendant  plusieurs  années,  elle  a  travaillé  à  la  cartou¬ 
cherie  de  l’arsenal  voisin,  puis  au  cerclage  des  obus  dans  une  autre 
usine  et  finalement,  depuis  un  an  et  demi,  elle  fabrique  le  ôorps  de 
fusée.  Elle  paraît  robuste,  elle  a  chaque  année  une  bronchite  légère, 
dit-elle.  A  l’examen,  on  ne  constate  qu’un  léger  emphysème,  le 
cœur  est  normal,  ainsi  que  le  foie,  la  rate.  Elle  a'deux  enfants  bien 
portants.  Aucun  signe  de  spécificité. 

Elle  me  cite  les  faits  suivants  :  durant  la  première  année  de 
travail  âu  cuivre,  elle  a  eu  de  nombreux  troubles  digestifs,  vomis¬ 
sements  et  diarrhée,  qui  survenaient  sans  cause  apparente  et  qui 
pouvaient  êtreattribués  au  cuivre.  Durant  la  seconde  année  les  crises 
ont  diminué  d’un  tiers  environ,  et  leur  intensité  s’est  atténuée. 
Durant  la  troisième  année,  elle  n’aurait  eu  qu’une  seule  crise. 
Actuellement,  elle  travaille  au  déhavurage,  opération  la  plus  dange¬ 
reuse  si  l’on  peut  dire  —  en  tout  cas  celle  qui  me  paraît  déterminer 
le  maximum  de  troubles;  elle  ne  ressent  aucun  malaise.  Elle  boit 
du  lait  chaque  soir  et  se  purge  souvent.  11  y  a  deux  mois,  après  une 
quinzaine  de  nuit  particulièrement  fatigante,  elle  a  eu  toutefois 
quelques  malaises  rappelant  les  crises  d’autrefois.  La  malade  ne  me 
paraît  pas  exagérer  ses  dires  et  me  semble  digne  de  foi.  C’est 
pourquoi  je  cite  cette  observation  qui,  ne  pouvant  être  contrôlée, 
n’a  qu’une  valeur  relative. 


LE  TRAVAIL  Dü  CUIVRE 


Je  pourrais  multiplier  les  observations  semblables,  les 
quatre  précédentes  me  paraissent  résumer  les  divers  troubles 
que  j’ai  observés. 

11  nous  reste  à  parler  d’une  dernière  opération  mise  volon¬ 
tairement  à  l’écart  :  la  vérification  dès  fusées. 

Chez  Ici  ouvrières  qui  pratiquent  cette  opération,  les  troubles 
digestifs,  les  malaises  mentionnés  précédemment  sont  rares. 
J’ai  pu  interroger  33  vérificatrices,  une  seule  m’a  avoué  des 
troubles  digestifs  suspects  que  rien  ne  paraît  expliquer  dans 
son  état  général,  ses  habitudes,  troubles  qu’elle  n’avait  jamais 
eus  avant  son  entrée  à  l’usine  et  qui  semblent  dus  au  cuivre. 
Cette  ouvrière  manipule  du  cuivre  graisseux  sortant  du  décol¬ 
letage.  Les  vérificatrices  s’occupant  de  la  fusée  non  enduite 
d’huile  n’accusent  aucun  malaise,  —  celles  que  j’ai  pu  inter¬ 
roger  du  moins. 

Résumons  par  un  tableau  et  en  chilfres  les  constatations 
pathologiques  qui  peuvent  être  attribuées  au  cuivre  durant  les 
diverses  opérations  ; 


Ouvrières  ayant  eu  des  troubles  digestifs  ; 


OPÉIIATIONS 


OPÉRATIONS 


VÉRIKIOATION 


32  malades 
pour  dOO 
ouvrières. 


30  malades 
pour  100 
ouvrières. 


24  malades 
pour  100 
ouvrières. 


30  malades 
pour  100 


5  malades 
pour  100 
ouvrières. 


En  résumé  : 
31  pour  100. 


En  résumé  : 
29  pour  100. 


En  résumé  : 
5  pour  100. 


En  résumé,  les  opérations  sous  l’huile  sont  plus  nocives  que 
les  opérations  faites  à  sec  ;  et  parmi  ces  dernières  le  débavurage 

REV.  n'HYG.  XL  -  6 


82 


D>-  PEIGNEY 


est  particulièrement  dangereux.  Les  troubles  constatés  à 
propos  des  opérations  faites  à  sec,  s’ils  sont  moins  nombreux, 
sont  plus  soudains  et  plus  violents.  La  présence  de  l’huile  des 
matières  grasses  paraît  faciliter  singulièrement  l’absorption  du 
cuivre. 

Kst-ce  que  le  cuivre  absorbé  agit  comme  toxique  à  l’instar  du 
plomb,  du  mercure,  de  l’arsenic,  du  phosphore,  lésant  le 
parenchyme  noble  des  organes,  détruisant  les  globules  rouges, 
amenant  une  anémie  profonde  et  une  cachexie  finale? 

Chez  la  plupart  des  ouvrières  travaillant  le  cuivre,  suscep¬ 
tibles  d’absorber  beaucoup  de  particules  métalliques,  ayant  eu 
ou  non  des  troubles  digestifs  d’origine  cuprique,  j’ai  fait  les 
constatations  suivantes  : 

Le  foie  est  normal  comme  volume,  ou  eSt  à  peine  perceptible 
sous  le  rebord  costal;  ses  fonctions  paraissent  normales. 

La  rate  est  parfojs  perceptible  surtout  chez  les  jeunes 
ouvrières  ;  mais  ajoutons  que  cette  hypertrophie  peut  tenir  à 
maintes  autres  causes. 

Le  filtre  rénal  ne  semble  nullement  atteint,  même  lorsque 
l’urine  renferme  du  cuivre  en  quantité  notable. 

J’ai  pu  établir  huit  formules  sanguines  chez  de  jeunes 
ouvrières  de  vingt  à.  trente  ans,  travaillant  le  cuivre  depuis  .un 
an  ou  deux,  ayant  eu  la  plupart  des  troubles  digestifs  pouvant 
être  attribués  au  cuivre.  J’ai  adopté  la  technique  suivante  : 

Le  taux  de  l’hémoglobine  a  été  déterminé  à  l’hématoscope 
d’Hénocque  ;  la  numération  des  globules  rouges  et  des  leuco¬ 
cytes  a  été  faite  à  l'hématimètre  de  Hayem  et  suivant  la 
technique  de  cet  auteur. 

J’ai  obtenu  les  chiffres  moyens  suivants  : 


Hémoglobine . 14  à  16  p.  100. 

Globules  rouges  par  millimètre  cube  .  .  4.500.000  à  5.200.000 
Leucocytes  par  millimètre  cube .  15.000  à  19.000 


avec  légère  prédominance  des  polynucléaires. 

Je  n’ai  pas  constaté  les  nombreuses  hématies  granuleuses 
décrites  par  les  auteurs  contemporains  et  caractéristiques, 
selon  epx,  des  anémies  graves,  des  intoxications  profession¬ 
nelles  chroniques  déterminées  par  le  plomb  et  le  mercure,  etc. . . 

En  regard  de  ces  résultats,  je  crois  devoir  produire  les  chiffres 


LE  TRAVAIL  DU  CUIVRE 


suivants  que  j’ai  obtenus  autrefois  lors  d’une  étude  sur  la  for¬ 
mule  sanguine  dans  le  saturnisme  ; 

H...  (Jules'i,  vingt-six  ans,  peintre  en  bâtiments  depuis  quatorze 
ans,  a  eu  trois  crises  de  coliques  saturnines.  x 

Liséré  net  avec  gingivite,  légère  albuminurie. 

Cœur  et  poumons  sains,  foie  et  rate  un  peu  gros  ;  état  général 
médiocre. 

Passé  pathologique  nul;  ne  semble  ni  spécifique  ni  éthylique. 


Examen  du  sang. 


AVANT 

LA.  COLIQUE  DE  PLOMB 

Oxyhémoglobine .... 

10  p.  100 

Il  pour  100 

Globules  rouges . 

3.000.000 

3.500.000 

Globules  blaucs  .... 

9.300 

31.000 

Hématies  granuleuses  . 

14  pour  100 

4  pour  100 

Polychromatophilie  .  . 

Légère. 

Intense.  ' 

Anisocytose . 

Légère. 

Très  prononcée. 

Si  nous  adoptons  comme  normale  la  formule  suivante  : 


Hémoglobine . 13  à  14  p.  100, 

Globules  rouges .  4.200.000  à  4.300.000  chez  la  femme. 

Leucocytes . 8.000 

Hématies  granuleuses,  .  0,b  p.  100  ou  absence  totale, 

nous  sommes  en  droit  de  conclure  que  le  cuivre,  à  l’encontre 

du  plomb,  n’est  pas  nocif  pour  l’organisme,  ne  détermine  pas 
d’anémie  grave  comme  ce  dernier  métal  Nous  dirons  que  le 
cuivre  produit,  non  une  destruction,  mais  une  irritation  de 
l’organisme. 

En  l’espèce,  il  détermine  chez  les  jeunes  ouvrières  une  irri¬ 
tation  suivie  de  réaction  vive  des  organes  hématopoïétiques  : 
foie,  rate,  moelle  osseuse,  etc...,  se  traduisant  chimiquement 
par  une  légère  hypertrophie  des  organes,  et  au  point  de  vue 
fonctionnel  par  une  légère  hyperglobulie  et  leucocytose 
marquée. 


D--  PEIGNEY 


La  formule  sanguine  de  notre  ouvrière  travaillant  le  cuivre 
depuis  treize  ans  ne  diffère  pas  sensiblement  de  la  normale. 
J’ai  fait  deux  autres  constatations  identiques,  et  j.e  me  crois  en 
droit  de  conclure  que  les  organes  s'accoutument  très  vite  au 
cuivre,  non  au  plomb. 

Que  pourrons-nous  conclure  de  l’eiirsemble  de  cette  étude? 

Les  troubles  que  nous  sommes  en  droit  d’attribuer  au  cuivre, 
I roubles  digestifs  surtout,  existent;  on  paraît  trop  les  oublier 
après  la  cuprophobie  du  siècle  dernier. 

L’intoxication  cuprique  professionnelle  analogue  à  l’intoxi¬ 
cation  saturnine,  mercurielle,  phosphorée,  arsenicale  h’exisle 
pas;  les  sels  de  cuivre  absorbés  au  cours  du  travail  déter¬ 
minent  une  irritation  suivie  d’une  vive  réaction  des  organes. 
L’accoutumance  s’établit  relativement  assez  vite. 

'  Les  troubles  observés  sont  en  raison  directe  de  la  finesse  des 
limailles,  des  particules  de  cuivre  absorbées.  L’emploi  d’une 
matière  grasse  dans  le  travail  du  cuivre  en  facilite  beaucoup 
l’absorption. 

Les  mesures  suivantes  seraient  à  préconiser  pour  éviter  ces 
troubles  :  plusieurs  fois  dans  la  journée,  laver  soigneusement 
les  mains  au  savon  à -la  brosse,  et  surtout  passer  ensuite  les 
mains  dans  une  solution  faibiemefit  acidulée. 

Dans  les  ateliers  où  les  molécules  de  cuivre  voltigent,  tamiser 
l’air  respiré  en  plaçant  devant  la  bouche,  le  nez,  un  bandeau 
de  gaze 'fine  ou  même  un  simple  mouchoir  attaché  à  la  manière 
d’un  cache-nez. 

L’ingestion  d’un  bol  de  lait  chaud,  le  soir  au  coucher, 
préviendra  les  troubles  en  facilitant  l’élimination  des  sels 
cupriques.  Ceux-cL  pouvant  être  réduits  partiellement  au 
moins,  par  le  sucre;  l’ingestion  chaude  d’une  tisane  bien 
sucrée,  d’un  sirop,  durant  le  travail  sera  d’un  heureux  effet. 

On  préviendra  ainsi  les  troubles  digestifs  ainsi  que  les 
angines,  les  laryngo-trachéites  attribuées  indirectement  au 
cuivre. 

La  plupart  des  ouvrières  ont  des  idées  préconçues  au  sujet 
du  cuivre  et  ont  une  tendance  à  lui  attribuer  beaucoup  trop  de 
leurs  maux.  Il  me  semble  bon,  par  des  causeries,  des  affiches, 
de  leur  faire  comprendre  que  le  cuivre  n’est  pas  toxique,  qu’il 
ne  peut  déterminer  que  des  malaises  légers,  évitables  en  grande 


UN  MODÈLE  DE  CUACHOIR  INDIVIDUEL  8!i 

partie  grâce  à  certaines  précautions  faciles  et  une  hygiène  plus 
minutieuse. 


ESSAI  DE  BIBLIOGRAPHIE 

I.  —  A.  Chevalliek  et  Boys  de  Loury  :  Des  accidents  qui  peuvent  sur¬ 

venir  chez  les  ouvriers  qui  travaillent  le  cuivre.  Annales  d'hygiène 
(IS47-1856). 

Beandet  :  Mémoires  sur  la  colique  de  cuivre  (Journal  de  Médecine 
de  Beau,  1845). 

Pictra-Sakta  :  De  la  non-existence  de  la  colique  de  cuivre  (Annales 
d'hygiène,  1858).  .  z' 

PiERRON  :  Des  maladies  des  horlogers  produites  par  le  cuivre  (Bid- 
lelin  de  la  Société  médicale  de  Besançon,  1860). 

Pechoubb  et  Saint-Pierre  :  Étude  sur  l’hygiène  des  ouvriers 
employés  à  la  préparation  du  verdet  (Montpellier  médical,  1864). 

Maisonneuve  :  Ouvriers  en  cuivre  (Archives  de  médecine  navale,  1865). 

II.  —  Bailly  :  L’intoxication  cuprique  (Société  des  Ilôpilaus  ,  1873). 

Tardieü  :  Clinique  médicale. 

Houles  (abbé)  :  Histoire^du  village  de  Durfort  (Tarm). 

Galipee  :  Étude  toxicologique  sur  le  cuivre  et, ses  composés,  18  Ï5. 

Du  même  auteur  : 

1»  Contribution  à  l’étude  du  syndrome  hématologique  de  l’intoxica¬ 
tion  saturnine  (Archives  des  maladies  du  cœur,  des  vafsseaifx  et 
du  sang,  août  1909). 

2»  Évolution  des  globules  rouges  au  cours  de  la  colique  de  plomb 
(Thèse  de  Paris). 


UN  MODÈLE  DE  CRACHOIR  È^DIVIDUEL 

A  OUVERTURE  ET  FERMETURE  AUTOMATIQUES 

par  M.  le  D'-  CATHOIRE, 

Médecin-major. 

Nous  avons  déjà  antérieurement*  proposé  un  modèle  de  cra¬ 
choir  collectif,  à  chemise  de  papier  étanche  et  combustible,  per¬ 
mettant  la  désinfection  aisée  des  crachats  par  incinération. 

Le  modèle  que  nous  proposons  aujourd’hui  est  un  crachoir 
individuel  d’hôpital  ou  familial,  basé  sur  le  même  principe. 
L’ayant  établi  en  vue  des  malades,  nous  avons  cherché  un 
maniement  commode,  l’aspect  le  moins  répugnant  possible  et, 

1.  Nouveau  modèle  de  crachoir  hygiénique.  Revue  d’/iyytène,  avril  1911. 


D'’  CATHOIRE 


pour  que  l’hygiène  soit  respectée,  l’ouverture  et  la  fermeture 
automatiques.  Ce  dernier  point  est  d’un  intérêt  trop  capital 
contre  le  danger  des  mouches,  pour  qu’il  soit  besoin  d’insister. 

Afin  de  réaliser  l’ouverture  et  la  fermeture  automatiques, 
nous  avons  utilisé  l’action  d’un  conti*epoids  (A),  accolé  latéra¬ 
lement  au  corps  du  crachoir  (B),  et  relié  au  couvercle  (C),  sur 


lequel  il  agit  par  l’intermédiaire  d’un  doigt  (D), situé  en  arrière 
de  la  charnière  (E).  Dès  qu’on  soulève  le  crachoir,  le  contre¬ 
poids  glisse  dans  son  logement  (F),  ouvert  à  la  partie  inférieure, 
et  relève  le  couvercle  par  traction  sur  le  doigt  ;  quand  le  cra¬ 
choir  est  reposé, l’appui  du  contrepoids  sur  la  tablette  le  fait 
rentrer  dans  son  logement  et  le  couvercle  est  rabattu  par  la 
transmission  de  ce  mouvement  jusqu’aux  butoirs  où  il  repose. 

Le  mécanisme  est  assez  simple  pour  assurer  à  l’appareil  un 
prix  de  revient  modique  et  une  robustesse  assez  grande.  il 
n’exige  du  malade  aucun  effort,  aucune  habileté,  l’usage 


REVUE  DES  JOURNAUX 


d’une  seule  main  est  nécessaire;  ce  crachoir  semble  donc  bien 
devoir  remplir  le  rôle  hygiénique  en  vue  duquel  il  a  été  conçu. 

Nous  rappellerons  que  la  chemise  en  papier  que  nous  avons 
préconisée  est  une  caissette  plissée  faite  d’une  seule  pièce,  sans 
encollage,  imperméabilisée  par  l’huile  de  lin  cuite,  garnie  à 
moitié  pour  l’usage  d’un  absorbant  léger,  non  pulvérulent 
quelconque,  destiné  à  diviser  les  crachats  et  aider  leur  com¬ 
bustion  (les  copeaux  courts  des  raboteuses  mécaniques  sont 
recommandables  pour  cet  usage).  Ces  garnitures  sont  légères, 
peu  encombrantes  puisqu’tïlles  s’emboîtent  les  unes  dans  les 
autres;  leur  prix  de  revient  est  minime  (il  ne  dépassait  pas  avant 
la  guerre  0  fr.  005  la  pièce),  le  remplacement  en  est  aisé  et 
peut  être  effectué  au  moyen  d’une  pince. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


Le  IraUement  local  des  porteurs  de  bacilles  diphtériques,  par  Jacques 
UosKAM,  médecin  adjoint,  assistant  à  l’hôpital  Saint-Idesbald,  Bel¬ 
gique  {Archives  médicales  belges,  1917,  p.  406). 

L’importance  de  débarrasser  hâtivement  les  convalescents  de 
diphtérie,  ou  les  porteurs  sains  de  germes  diphtériques,  des  bacilles 
peuplant  leur  rhino-pharynx  n’a  fait  que  croître  depuis  la  guerre. 
L’hôpital  de  Saint-ldesbald,  construit  dans  la  zone  des  opérations 
et  affecté  à  la  populalion  civile,  a  reçu  de  nombreux  diphtériques. 
Le  chiffre  des  lits,  à  eux  réservés,  étant  peu  considérable,  il  impor¬ 
tait  de  renvoyer,  le  plus  rapidement  possible,  les  convalescents  de 
diphtérie.  D’autre  part,  le  bombardement  des  villages  voisins  de  la 
ligne  de  feu  entraîna  leur  évacuation  et  la  création  de  plusieurs 
centres  scolaires.  Il  fallut  débarrasser  de  leurs  germes  les  enfants  à 
diriger  sur  ces  centres;  le  manque  de  place  et  le  voisinage  du  front 
imposaient  cette  o^iération  sans  retard. 

Dans  ce  but,  les  malades,  les  convalescents  de  diphtérie,  les  por¬ 
teurs  sains  4ie  bacilles  de  Lœffler  furent  soumis  à  un  traitement 
local  après  la  sérothérapie.  Jusqu’en  août  1916,  ce  traitement  con¬ 
sista,  matin  et  soir,  en  un  grand  lavage  de  gorge  au  phénosalyl  à 
20  p.  100,  suivi  d’un  badigeonnage  des  amygdales  et  du  pharynx 
à  la  glycérine  iodée  et  d’une  instillation  nasale  d’huile  résorcinée 
mentholée. 

Chaque  semaine,  après  une  interruption  du  traitement  pendant 


REVUE  DES  JOURNAUX 


une  journée,  l’examen  bactériologique  des  mucosités  était  pratiqué; 
il  était  considéré  colnme  négatif  lorsque,  après  24  heures  d’étuve 
à  S?»,  le  raclage  des  tubes  de  sérum  ensemencé  ne  ramenait  pas  de 
bacilles  diphtériques  longs,  moyens,  courts,  à  granulations  polaires, 
ni  de  colonies  confluentes  de  bacilles  courts.  Après  deux  examens 
négatifs  successifs,  le  sujet  était  considéré  comme  indemne  et 
évacué.  33  diphtériques  furent  débarrassés  de  leurs  germes  en 
moyenne  après  41,4  jours.  28  porteurs  sains  de  bacilles  de  Lœfller 
conservèrent  ceux-ci  51,3  jours. 

A  partir  de  juillet  1916,  la  désinfection  fut  pratiquée  par  insuffla¬ 
tion  de  la  poudre,  de  sérum  antimicrobien  Martin  :  45  diphtériques 
conservèrent  les  germes  en  moyenne  28  jours;  le  temps  moyen  né¬ 
cessaire  à  la- stérilisation  de  65  porteurs  de  germes  fut  dq  18,3  jours. 

La  comparaison  de  ces  différents  résultats  est  suffisamment 
démonstrative  :  si  on  fait  égal  à  l’unité  le  temps  nécessaire  pour 
stériliser  les  porteurs  de  bacilles  de  Lœffler  par  la  méthode  antisep¬ 
tique,  on  voit  que  ce  temps  pour  la  méthode  Martin  est  de  0,67 
quand  il  s’agit  de  malades  et  0,41  quand  il  s’agit  de  porteurs  sains. 
La  stérilisation  des  portéurs  de  germes  diphtériques  est  donc  beau¬ 
coup  plus  rapidement  obtenue  par  les  insufflations  de  sérum  anti¬ 
microbien;  le  gain  de  temps  réalisé  est  de  33  p.  100  quand  il  s’agit 
de  convalescents,  de  59  p.  100  quand  il  s’agit  de  porteurs  sains. 

La  méthode  sérothérapique  joint  aussi  l’avantage  de  diminuer  le 
nonïbre  de  ces  cas  de  diphtéries  aiguës,  survenant  parmi  les  por¬ 
teurs  de  germes  en  traitement  :  elle  est  donc  la  méthode  de  choix 
pour  la  stérilisation  des  porteurs  de  bacilles  diphtériques. 

F.-H.  Renaut. 

Rapport  sur  le  fonctionnement  du  Service  de  la  vacHnation  de  la 
Ville  de  Paris  au  cours  de  l’année  1946,  par  le  D'  Guiluaud  {Compte 
rendu  des  séances  du  Conseil  d'hygiène  publique  et  de  salubrité  du 
département  de  la  Seine,  1917,  p.  228). 

En  1914  et  1915,  les  vaccinations  antivarioliques  pratiquées  à 
Paris  ont  atteint  le  chiffre  global  de  843.537.  Le  chiffre  des  opéra¬ 
tions  effectuées  au  cours  de  l’année  1916  est  revenu  au  chiffre  nor¬ 
mal  des  années  qui  ont  précédé  la  guerre  et  s'est  élevé  à  148.931. 
Le  total  des  inoculations  pratiquées  pour  les  trois  années  de  guerre 
1914,  1915,  1916  a  donc  atteint  le  chiffre  considérable  de  1.005.468. 
Ce  nombre  est  suffisant  à  lui  seul  à  donner  la  mesure  de  l’activité 
du  service. 

Dans  les  Bureaux  de  Bienfaisance,  les  séances  ont  fonctionné  très 
régulièrement,  malgré  la  réduction  progressive  du  nombre  des 
médecins  libres  de  toute  obligation  militaire.. On  y  a  inoculé  17.108 
personnes,  ce  qui  est  approximativement  le  chiffre  normal  en  temps 
de  paix.  Dans  ce  nombre,  il  faut  compter  3.162  primo-vaccinations 
pratiquées  chez  des  enfants  de  0  à  1  an  et  2.518  tevaccinations  chez 
des  enfants  de  10  à  11  ans.  Le  pourcentage  d’énsemble  des  succès 
n’a  pu  être  établi,  faute  de  constataiion  de  beaucoup  de  résultats. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


Dans  les  divers  hôpitaux  parisiens,  les  séances  hebdomadaires 
ont  fourni  un  contingent  de  26.180  opérations.  Celchiffre  est  inférieur 
à  la  moyenne  normale  et  s’explique  par  le  fait  général  qu’un  grand 
nombre  de  militaires  blessés  ou  malades  sont  soignés  dans  les  hôpi¬ 
taux  civils  et  ont  été  revaccinés  aux  armées,  peu  de  temps  avant  leur 
admission.  Dans  les  séances  des  consultations  externes  qui  sont 
tenues  hebdomadairement  dans  12  hôpitaux  de  Paris,  b. 259  per¬ 
sonnes  ont  été  soumises  à  l’inoculation,  dont  478  primo-vaccina¬ 
tions.  A  l’hôpital  des  Enfants-Assistés,  les  opérations  s’élèvent  à 
4.808  dont  1.486  primo-vaccinations.  Dans  les  Maternités  des  hôpi¬ 
taux  parisiens,  17.299  primo-vaccinations  ont  été  effectuées.  Ce 
fléchissement  du  chiffre  traduit  fidèlement  la  réduction  de  la' nata¬ 
lité  qui  est  une  des  conséquences  de  la  guerre.  La  stalistique  muni¬ 
cipale  n’accuse  en  efl'et,  pour  1916,  que  28.271  naissances.  Le  relevé 
des  primo-vaccinations  effectuées  par  le  service  ^élève  au  chilfre 
de  22.913. 

Dans  les  asiles  d’aliénés  et  dans  les  établissements  départemen¬ 
taux  d’assistance  dépendant  de  la  Direction  des  Affaires  municipales, 
1;848  revaccinations  ont  été  pratiquées.  Dans  les  asiles  et  refuges 
municipaux  de  la'Ville  de  Paris,  4.456  personnes  ont  été  soumises  à 
la  revaccination. 

Dans  les  établissements  scolaires  de  la  Ville  de  Paris,  le  total  des 
revaccinations  s’est  élevé  à  57.415.  Le  pourcentage  des  succès  a  été 
de  50,27  pour  les  enfants  de  7  ans,  de  39,82  pour  ceux  de  10  à  11 
ans  et  de  29,68  pour  les  élèves  âgés  déplus  de  13  ans.  Le  pour¬ 
centage,  constaté  cette  année  encore  dans  les  écoles  maternelles  et 
enfantines,  tend  à  montrer  l'intérêt  tout  particulier  qu’il  y  a  à 
revapciner''les  enfants  avant  le  stade  légal  de  la  onzième  année, 
puisque  la  moitié  a  déjà  perdu  dans  la  septième  année  l’immunité 
conférée  par  la  primo-vaccination. 

Il,  faut  ajouter  que  dans  les'lycées  et  collèges  4.653  opérations 
ont  été  effectuées.  L’Académie  de  Médecine  et  l’Inslitut  Pasteur  ont 
prêté  leur  collaboration  coutumière  avec  791  et  5.862  revaccinations. 
L’anqbulance  de  l’Ecole  polytechnique  a  fourni  également  un  con¬ 
tingent  de  224  opérations. 

La  revaccination,  pratiquée  dans  divers  refuges  et  établissements 
de  secours,  au  Dépôt  et  à  la  Conciergerie,  a  permis  d’elTectuer  4.150 
inoculations.  143  séances,  organisées  à  domicile,  dans  les  rues  et 
maisons  insalubres  de  5  arrondissements,  ont  donné  7.591  opéra¬ 
tions,  dont  291  primo-vaccinations. 

A  côté  de  ce  service  spécial,  les  opérations  faites  à  domicile,  à 
l’occasion  de  la  déclaration  de  maladies  varioliformes,  se  sont  éle¬ 
vées  au  chiffre  de  1.277. 

Ce  chiffre  est  particulièrement  faible,  mais  il  traduit  la  rareté 
exceptionnelle  de  la  variole  à  Paris,  en  1916,  puisque,  fait  unique 
dans  les  statistiques,  un  seul  cas  a  été  constaté.  11  s’agit  d’un  Arabe, 
non  vacciné  dans  son  enfance,  habitant  le  XLX."  arrondissement. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


qui,  arrivé  d’Algérie  eu  pleine  période  d’incubation,  a  succombé  à 
l’hôpital  Claude-Bernard. 

L’excellence  de  cette  situation  sanitaire,,  en  face  d’une  maladie 
particulièrement  redoutée  en  temps  de  guerre,  semble  pouvoir  être 
attribuée  à  l’effort  vaccinal  réalisé  par  la  Ville  de  Paris  et  à  l’im¬ 
munité  de  la  popu^lation  parisienne,  proportionnelle  en  quelque 
sorte  au  chiffre  considérable  des  opérations  effectuées,  malgré  les 
difficultés  relatives  de  l’heure  présente. 

F.-H.  Renaut. 

L'hygiène  dans  la  reconstruction  des  usines  après  la  guerre.  Les  pous¬ 
sières  inertes,  par  L.  Bargeron,  Inspecteur  du  travail  à  Lille  (Annales 
d’hygiène  publique,  I9n,  g.  ^1). 

Au  début  de  leur  action,  les  poussières  inertes  ne  sont  jamais 
pathologiquement  danger^ses;  elles  peuvent  provoquer  chez  celui 
qui  les  subit  par  hasard  une  gêne  passagère  qui  disparaît,  si  l’indi¬ 
vidu  cesse  de  rester  dans  l’atmosphère  chargée  de  particules  solides. 
Il  semble  même  qu’il  y  ait  accoutumance  assez  rapide;  c’est  à  ce 
moment  que  la  poussière  devient  plus  particulièrement  dangereuse, 
car  on  ne  se  défend  plus  contre  elle. 

Lavoie  respiratoire  étant  celle  dont  l’accès  est  le  plus  facile  aux 
poussières,  qui  y  sont  entraînées  par  l’inspiration,  on  s’explique 
aisément  que  les  rhino  et  les  pneumoconioses  soient  les  plus  fré¬ 
quentes  des  maladies  à  poussières.  Viennent  ensuite  les  lésions  des 
paupières  et  du  globe  oculaire,  puis  celles  de  la  peau.  Toutes  les 
poussières  sont  nocives;  par  suite,  il  y  a  lieu  de  les  empêcher  de  se 
répandre  dans  l’atmosphère  de  l’atelier. 

Cette  preuve  de  l’influence  pernicieuse  des  poussière?  se  trouve 
dans  les  statistiques  de  morbidité  et  de  mortalité.  La  population 
industrielle  meurt  davantage  que  la  population  rurale.  La  tubercu¬ 
lose  pulmonaire  donne  unpourcentage  de  121  décès  chez  les  ouvriers 
contre  73  chez  les  paysans. 

La  seule  méthode  pour  empêcher  la  poussière  de  souiller  les 
locaux  occupés  est  de  la  prendre  au- point  de  production  pour  la 
conduire  directement  au  dehors.  Quelle  que  soit  l’industrie  à  laquelle 
elle  s'applique,  une  installation  de  dépoussiérage  par  l’air  comporte 
toujours  un  organe  de  captation  de  la  poussière,  une  tuyauterie  des¬ 
tinée  à  l’évacuer  de  l’atelier,  un  ventilateur,  organe  de  pi-opulsion 
mécanique,  le  générateur  du  courant  d’air  devant  entraîner  la  pous¬ 
sière,  un  collecteur  destiné  à  la  recevoir,  à  la  recueillir  momen¬ 
tanément  et  même  à  l’empêcher  de  se  répandre  à  l'extérieur. 

Les  ventilateurs  mécaniques  peuvent  être  hélicoïdaux  ou  dépla¬ 
ceurs  d’air,  transversaux,  centrifuges  ou  à  haute  pression,  ou  rota¬ 
tifs.  Les  installations  de  réception  des  poussières  sont  constituées 
par  des  filtres,  des  chanibres  avec  pulvérisation  d’eau,  des  appareils 
dits  «  cyclones  >>. 

Il  importe  aussi  d’assurer  la  propreté  générale  des  ateliers  pour 


RKVLE  DES  JOURNAUX 


empêcher  l’accumulation  des  souillures  du  sol  ;  il  faut  que  le  parquet 
ou  le  pavage  présente  les  meilleures  conditions  d’étanchéité  afin  de 
faciliter  le  nettoyage  et  le  lavage.  Il  convient  de  mouiller  les  pous¬ 
sières  sans  mouiller  le  sol;  pout  ce  faire,  on  a  recours  à  des  procédés 
d’humectation,  pulvérisation  d’eau,  sciure  de  bois  humide,  enro¬ 
bage  des  poussières, 

Le  sytème  de  nettoyage  par  le  vide  est  le  seul  qui  soit  à  prévoir 
au  moment  de  l’installation  d’un  atelier  moderne.  Si  l’usine  com¬ 
porte  déjà  des  appareils  de  dépoussiérage  nécessités  par  la  fabri¬ 
cation  qu’on  y  effectue,  tout  devra  être  disposé  pour  que  le  venti¬ 
lateur  aspirateur  de  poussières  des  machines  puisse  être  mis  en 
route  avant  le  commencement  du  travail  général.  On  pourra  alors 
se  servir  de  la  canalisation  ordinaire  d’enlèvement  des  poussières. 
Il  suffira  de  disposer  des  bouches  d’aspiration  sur  lesquelles  on 
branchera  un  tube  flexible  avec  saceur  approprié. 

Si  l’usine  n’a  pas  d’installation  préalable,  il  faut  recourir  à  un 
ventilateur  du  type  centrifuge  avec  des  saceurs  de  forme  spéciale 
suivant  les  industries.  Il  va  de  soi  que  la  puissance  de  l’appareil  de¬ 
vrait  croître,  pour  une  usine  déterminée,  avec  la  rapidité  du  trava,il 
de  nettoyage,  rapidité  qui  sera  d’ailleurs  grandement  accrue  du  fait 
même  de  l’installation.  Les  poussières  pourront  même  ultérieure¬ 
ment  être,  sans  grand  danger,  soumises  à  un  triage  qui  permettra 
d’en  retirer  toutes  les  parties  utilisables  par  l’industrie  en  présentant 
une  valeur  commerciale. 

F.-H.  RK.NAUT. 

Histoire  sanitaire  du  Creusât  depuis  la  mobilisation.  Comment  la  ville 
s'est  défendue  contre  de  multiples  dangers  de  contagion,  par  le 
D''  Briaü,  Directeur  du  Bureau  municipal  d’hygiène  du  Creuset 
{Annales  d'hygiène  publique,  1917,  p-.  41,  2“  semestre). 

Le  Creuset,  depuis  la  mobilisation,  est  devenu  un  centre  cosmo¬ 
polite.  Les  exigences  de  la  main-d’œuvre  dans  les  grandes  usines 
ont  absorbé  non  seulement  10.000  mobilisés,  mais  encore  des 
ouvriers  venus  des  pays  les  plus  divers.  Asiatiques,  Kabyles,  et  un 
millier  de  prisonniers  autrichiens. 

La  ville  abrite  aussi  de  nombreux  réfugiés  de  la  zone  des  armées. 
Les  hôpitaux  militaires  comptent  environ  800  lits  qui  ont  été  in¬ 
stallés  en  grande  partie  dans  les  locaux  scolaires,  d’où  l’obligation 
d’entasser  les  enfants  dans  des  classes  trop  exiguës  ou  dans  des 
salles  improvisées. 

Il  avait  pu  résulter  de  cette  promiscuité  un  apport  de  contagions 
des  plus  diverses  ;  l’appréhension  bien  légitime  qu’on  pouvait  con¬ 
cevoir  s’est  trouvée  heureusement  jusqu’ici  à  peu  près  non  justifiée, 
grâce  aux  précautions  prises. 

Les  réfugiés  français,  belges  et  surtout  les  Serbes  sont  arrivés 
dans  un  état  de  misère  physiologique  et  d’épuisement  qui  en 
auraient  fait  des  proies  faciles  pour  les  épidémies.  Les  Serbes,  pro- 


92  REVUE  DES  JOURNAUX. 

venant  de  milieux'in/ectés,. subirent  tous  la  triple^vaccination  contre 
le  choléra,  la  typhoïde  et  la  dysenterie  ;  la  plupart  purent  repartir  pour 
l’armée;  les  120  qui  restent  sont  de  bons  ouvriers.  Les  Espagnols, 
ayant  présenté  peu  après  leur  arrivée  un  cas  de  variole,  furent 
soumis  à  une  vaccinatiou  générale.  La  gale  des  Chinois  fut  rapide¬ 
ment  éteinte  par  des  moyens  appropriés.  Quant  aux  poux  dqs 
Kabyles,  ils  ne  prirent  pas  d’extension. 

Chez  tous  ces  exotiques,  quelques  cas  de  syphilis  furent  isolés  et 
traités;  il  ne  semble  pas  que  la  ^syphilis  ait  fait  plus  de  Victimes 
qu’en  temps  de  paix.  Les  Chinois  sont  robustes  et  n’ont  fourni 
qu’une  proportion  très  minime  de  cas  hospitalisables.  11  en  est 
-autrement  des  Kabyles  qui,  supportant  difficilement  les  grands 
froids,  ont  présenté  beaucoup, d’affections  pulmonaires  aiguës,  avec 
6  décès.  Les  Portugais,  égalethent  très  sensibles  aux  rigueurs  de 
l’hiver,  ont  dû  être  rapatriés  en  grande  partie. 

Tous  ces  étrangers  sont  installés  dans  des  baraquements  Adrian, 
élevés  en  dehors  de  la  ville.  Ils  forment  des  camps  isolés  les  uns 
des  autres,  sans  mélange  de  races;  on  leur  fournit  des  vivres  qu’ils 
peuvent  accommoder  eux-mêmes  à  leur  goût.  Tous  les  matins,  une 
visite  médicale  a  lieu  dans  chaqiie  camp,  et  toute  maladie  sérieuse 
est  hospitalisée  de  suite.  D’ailleurs  l’exposé  de  la  morbidité  épidé¬ 
mique  pour  chaque  maladie  infectieuse  montre  l’innocuité,  pour  la 
santé  générale  locale,  de  la  présence  de  cette  population  étrangère. 

Les  chiffres  démographiques  sont  assez  difficiles  à  préciser,  en 
raison  des  grandes  fluctuations  des  arrivants  et  partants. 'Eu  juillet 
1914,  il  y  avait  près  de  12.000  ouvriers  aux  usines;  il  n’y  en  avait 
plus  que  6.000  le  mois  suivant.  La  rentrée  des  spécialistes,  l’arrivée 
des  mobilisés  étrangers  à  la  ville,  enfin  l’apport  de  la  main-d’œuvre 
exotique  ont  donné  les  chiffres  suivants  :  9.000  en  janvier  1915, 
14.000  en  janvier  1916,  20.000  en  janvier  1917,  plus  1.800  femmes 
environ.  Les  logements  sont  surpeuplés  en  ville  et  en  banlieue  ;  aux 
35.58.7  habitants  d’avant-guerre,  il  faut  substituer  le  chiffre  actuel 
approximatif  de  43.000. 

I.es  décès,  de  497  en  1913,  sont  montés  à  597  en  1916;  cette  pro¬ 
gression  de  10  p.  100  est  bien  au-dessous  de  l’augmentation  de  la 
population  qui  atteint  certainement  35  p.  lOQ.  Les  naissances,  de  ' 
615  en  1913,  sont  descendues  à  415  en  1916.  Cette  baisse  considérable 
n’esf  pas  suffisamment  expliquée  par  l’absence  des  mobilisés  ;  dans 
les  trois  années  de  guerre,  il  y  a  eu  plus  de  120  avortements.  La 
proportion  annuelle  des  décès  d’enfants  au-dessous  d’un  an  par 
rapport  aux  ^naissances  reste  à  un  chiffre  satisfaisant  :  6  én  1913, 
6,5  en  1916.  Cet  heureux  résultat  ne  suffit  pas  à  compenser  la  fai¬ 
blesse  croissante  de  la  natalité. 


F. -H.  Renaut. 


Il]  93 

SOCIÉTÉ 

DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 

ET  DE  GÉNIE  SANITAIRE 

Reconnue  d’utilité  publique  par  décret  du  8  mars  1900. 


Séance  du  26  décembre  1917. 


Présidence  de  M.  le  D''  Granjux,  vice-président. 


Assemblée  générale 
(l(i  h.  45) 

Absents  excusés  :  MM.  les  D''*  Borne,  Kern,  Livache,  Richou,  Vincey. 

Présents  :  MM.  Bechmann,  Bordas,  Bruère,  Faivre,  P.  Gonin, 
N.  Gonin,  D''  Granjux,  Kohn-Abrest. 

M.  LE  Pbéside.nt  a  réuni  la  Société  en  assemblée  générale  et  donne 
lecture  de  l’article  11,  relatif  au  renouvellement  du  Bureau  et  du 
Conseil  d’administration  : 

Art.  11. —  «  A  la  fin  de  chaque  année,  l’Assemblée  générale, 
composée  des  membres  titulaires  et  honoraires,  entend  les  rapports 
du  Président,  sur  les  travaux  de  ses  membres,  du  secrétaire  général, 
sur  la  gestion  du  Conseil  d’administration,  et  du  trésorier,  sur  la 
situation  financière. 

«  Elle  approuve  les  comptes  de  l’exercice  clos,  vote  le  budget  de 
l’exercice  suivant,  et  pourvoit  au  renouvellement  du  Bureau  et  du 
Conseil  d’administration.  Ces  décisions  sont  prises  à  la  majorité 
des  voix  quel  que  soit  le  nombre  des  membres  présents.  » 


94  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [2] 

M.  LE  Président  rappelle  qu’en  1917  l’assemblée  avait  décidé  de 
maintenir  le  statu  quo. 

11  donne  lecture  d’un  vœu  émis  p^r  le  Conseil  d’administration 
dans  sa  séance  du  mercredi  19  décembre  1917  : 

«  Le  Conseil  émet  l'avis  qu’il  n’y  a  pas  lieu  de  faire  en  1918  des 
élections  générales,  mais  dans  l’intérêt  de  la  Société  de  remplacer 
les  membres  du  Bureau  décédés.  Dans  ce  cas  le  Conseil  présenterait 
à  l’assemblée  de  janvier  1918  une  liste  de  candidature.  » 

M.  Bruère.  ' —  Les  années  précédentes  une  circulaire  informait 
trois  semaines  à  l’avance  tous  les  membres  de  la  Société  de  la  ques¬ 
tion  des  élections  et  de  la  résolution  prise  par  le  Conseil;  or,  cette 
année,  il  n’en  est  pas  ainsi.  11  lui  paraît  impossible  de  prendre  une 
décision  étant  donné  le  nombre  restreint  des  membres  présents.  En 
outre,  il  estime  que  la  décision  prise  antérieurement  de  ne  pas  faire 
d’élections  pendant  la  durée  de  la  guerre  doit  être  maintenue.  Il 
demande  qu’une  circulaire  posant  la  question  à  l’Asserpblée  soit 
envoyée  au  préalable. 

M.  Bechuann.  —  Le  vote  par  correspondance  étant  admis  par  les  , 
statuts,  chacun  pourrait  ainsi  donner  son  avis. 

M.  LE  D''  Faivre  expose  que  les  avis  donnés  aux  séances  du  Con¬ 
seil  proposaient  le  remplacement  des  membres  du  Bureau  décédés. 

M.  le  D’’  Bordas  propose  de  joindre  à  la  question  de  ces  remplace¬ 
ments  l’indication  des  candidats. 

M.  LE  Président  estime  que  cette  proposition  de  consultation  de 
tous  les  membres  et  de  l’envoi  d’une  liste  de  candidats  est  tout  à  fait 
conforme  au  texte  et  à  l’esprit  des  statuts.  De  plus  son  adoption  ne 
retarderait  en  rien  la  solution  qui  serait  prise  dans  la  séance  de 
janvier  comme  le  Conseil  l’a  demandé.  Cette  proposition,  mise  aux 
voix,  est  adoptée  à  l’unanimité,  et  le  Président  proposera  au  Conseil, 
dans  la  séance  du  7  janvier  1918,  de  vouloir  bien  envoyer  une  lettre 
demandant  si  l’on  est  d’avis  que  les  membres  décédés  soient  rem¬ 
placés,  et  d’y  joindre  la  liste  des  candidatures  proposées  par  le  Con¬ 
seil  conformément  à  l’article  19  du  réglement. 

L’ordre  du  jour  étant  épuisé,  la  séance  est  levée  à  5  heures. 


[3] 


DÉCÈS  DE  MM.  LEPAGE  ET  SCHNEIDER  9;i 

SÉ.'VNCE  mensuelle 
(n  heures) 

Décès  de  MM.  Lepage  et  Schneider. 

M.  le  Président  prononce  l’éloge  funèbre  .  de  deux  membres 
décédés. 

Le  D'"  Lepage  appartenait  depuis  1890  à  noire  Société.  Il  avait 
été  membre  du  Conseil  d’administration  de  1893  à  1900.  Accou- 
,  cheur  des  hôpitaux,  il  possédait  à  fond  l’hygiène  de  la  mère  et 
de  l’enfant.  Sa  mort  est  cruelle  pour  la  Société  de  Médecine 
publique,  d’autant  que  le  D'  Lepage  jouissait  dans  le  corps 
médical  d’une  autorité  incontestable  en  raison  de  l’œuvre 
charitable  qu’il  avait  remplie,  pendant  de  longues  années, 
comme  secrétaire  général  de  l’Association  générale  desMédecins. 
Aussi  nous  exprimons  à  sa  famille  tous  nos  regrets  pour  le 
deuil  qui  la  frappe. 

Le  médecin  inspecteur  Schneider  comptait  dans  notre 
Compagnie  depuis  1888.  C’était  un  médecin  militaire  accom¬ 
pli,  car  il  joignait  à  l’esprit  militaire  l’amour  de  la  médecine. 
Ce  fut  un  vrai  chef  du  Service  de  Santé.  A  Nancy,  où  il  fut 
Directeur,  il  sut  conquérir  l’affection  de  ses  subordonnés  et 
l’estime  de  ses  confrères  civils,  qui  lui  confièrent  la  présidence 
de  leur  Société.  L’hygiène  étaitson  étude  de  prédilection.  11  sut 
l’appliquer  dans  son  corps  d’armée,  de  même  qu’il  l’avait  mise 
en  lumière,  lorsqu’il  représentait  en  Perse  la  France  médicale. 
Sa  mort  est  une  perte  considérable  pour  notre  Société,  où  il  ne 
comptait  que  des  sympathies,  et  je  vous  demande  l’autorisation 
de  le  dire  en  votre  nom,  à  son  fils,  le  Dr  Schneider,  un  glorieux 
mutilé  de  la  guerre  actuelle. 


9fî  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  .  [4] 


DISCUSSION  DU  RAPPORT 

de  M.  le  D-' PAUL  FAIVRE  \ 

SUR  LA  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES 

M.  Graxjüx.  —  Dans  son  intéressante  communication,,  que  j’ai 
plaisir  à  louer  à  nouveau,  le  Df  Faivre  a  envisagé  la  prophylaxie  des 
maladies  vénériennes  à  trois  points  de  vue  ;  médical,  administratif, 
moral 

de  dernier  chapitre,. pour  être  court,  n’eà  est  pas  moins  complet. 

Quant  au  rôle  administratif,  il  a  été  exposé  avec  une  pleine  con¬ 
naissance  du  sujet,  une  nette  vision  du  rôle  social  de  l’autorité,  et 
une  grande  élévation  de  pensées.  C’est  un  document  qui  restera  et 
auquel  il  faudra,  pendant  longtemps,  se  reporter,  quand  on  voudra 
traiter  la  question. 

Pour  ce  qui  est  des  moyens  thérapeutiques  indiqués  par  notre 
collègue,  nous  y  applaudissons,  d’autant  plus  qu’ils  sont  préconisés, 
depuis  un  certain  temps,  par  le  Corps  médical.  Toutefois,  je  dois 
faire  remarquer  que  nos  confrères  se  séparent  complètement  de 
notr^  côllègue  pour  la  désignation  des  médecins  qui  doivent  assu¬ 
rer  le  fonctionnement  'des  dispensaires  antisyphilitiques.  Le 
D''  Faivre  a  dit  ; 

«  Il  a  'paru  à  quelques  personnes  que  la  désignation  des  médecins, 
comme  l’organisation  des  consultations,  voire  même  de  la  lutte 
antivénérienne,  envisagée  dans  son  ensemble,  devrait  être  assurée 
par  les  Syndicats  médicaux.  Si  utile  et  si  importante  que  soit  l’action 
des  Syndicats,  elle  a  un  objet  précis  qui  est  la  défense  d’intérêts 
corporatifs,  et  il  n’a  pas  à  se  substituer  à  celle  de  l'Administration. 
A  chacun  son  rôle.  C’ést  seulement  si  l’Administration  était  défail¬ 
lante  (ce  qui  se  voit  d’ailleurs  quelquefois),  qu’il  conviendrait  de  lui 
rappeler  le  sien  ou  de  chercher  à  le  remplir  à  sa  place.  Il  ne  semble 
pas  que  ce  soit  actuellement  le  cas.  » 

Je  ne  saurais  laisser  passer  cette  théorie  administrative,  sans  faire 
remarquer  tout  d’abord,  que  TUnion  cfes  Syndicats  médicaux  et  la 
Commission  d’Hygiène  publique  de  la  Chambre  sont. d’un  avis 
diamétralement  opposé,  ainsi  que  le  montrent  les  documents 
ci-joints. 


[3]  SüB  LA  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  97 

Le  22  mars  1917,  le  Conseil  d’administration  de  l'Union  des  Syn¬ 
dicats  médicaux  a  adopté,  à  l’unanimité,  le  voeu  suivant  : 

<(  Considérant  l’importance  de  la  lutte  antisyphilitique,  au  point 
de  vue  de  lai  dépopulation  du  pays  et  de  la  santé  de  la -race  ; 

»  Considérant  que  cette  lutte  ne  peut  être  organisée  sans  la  col¬ 
laboration  du  Corps  médical  et  des  techniciens  dans  lesquels  celui- 
ci  ait  pleine  confiance,  et  que  ces  techniciens  ne  peuvent  être 
désignés  que  par  les  Syndicats  médicaux  ; 

«  Décide  de  saisir  de  la  question  le  ministre  de  l’Intérieur,  le 
Groupe  médical  parlementaire  et  la  Commission  d’Hygiène  de  la 
Chambre.  » 

Ainsi  fut  fait,  et  le  D'  Leredde,  qui  a  pris  une  part  si  active  à  la 
lutte  antivénérienne  an  Maroc,  quand  il  était  mobilisé,  fut  délégué 
et  entendu  par  la  Commission  d’Hygiène  delà  Chambre. 

A  la  suite,  le  Président,  notre  Confrère,  le  D''  Doisy,  lui  demanda 
de  soumettre  à  la  Commission  une  étude  relative  au  mode  de 
recrutement  des  médecins  qui  seront  chargés,  à  la  fin  de  la  guerre, 
de  la  direction  des  dispensaires  antisyphilitiques. 

Ce  rapport  a  été  présenté,  le  7  décembre,  au  Conseil  de  l’Union 
qui  l’a  adopté  à  l’unanimité.  Je  ne  veux  pas  vous  lire  ce  document 
que  je  dépose  sur  le  bureau,  et  je  me  conlenterai  de  vous  faire 
connaître  les  deux  premières  phrases  et  la  conclusion.  Le  travail 
débute  ainsi  ; 

«  La  Commission  d’Hygiène  publique  a  compris,  d’une  manière 
unanine,  que  le  succès  de  la  lutte  aùtisyphilitique,  après  la  guerre, 
et  lorsque  les  médecins  qui  dirigent  actuellement  les  formations 
vénérologiques  seront  rentrés  dans  leurs,  foyers,  dépendra  de  la 
valeur  morale  et  technique  des  praticiens  placés  à  la  têledes  dispen¬ 
saires  où  seront  traités  les  malades  atteints  de  syphilis,  en  outre  de 
la  collaboration  du  Corps  médical  qui  doit  prendre  part  à  l’œuvre  de 
prophylaxie,  aussi  urgente  dans  la  clientèle  du  praticien,  que  dans 
les  milieux  pauvres  où  s’exercera  l’action  des  dispensaires. 

«  La  Commission  a  paru  résolument  opposée  à  la  nomination  des 
chefs  de  dispensaires  faite  directement  par  les  autorités  adminis¬ 
tratives  locales,  et  reconnu  que  les  projets,  élaborés  dans  ce  sens 
par  l’Administration  de  l’Assistance  publique,  ne  peuvent  satisfaire 
-  aux  conditions  fondamentales  que  je  viens  d’expoSer.  » 

Et  voici  la  conclusion  qui  montre  que  les  Syndicats  ne  cherchent 
pas,  comme  le  pense  le  D''  Faivre,  à  se  substituer  à  l’Administra'ion 

«  Les  Syndicats  médicaux,  saisis  par  l’Uuion,  accepteront  de 
présenter,  au  choix  de  l’Administration  non  un  praticien  désigné  par 
eu.x,  mais  une  iiste  sur  laquelle  les  préfets  pourront  choisir.  Ainsi 

REV.  d’hvo.  XL  —  7 


98  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [6] 

le  prestige  de  l’Administration,  les  «  principes  »  qu’elle  veut  faire 
respecter  seront  saufs.  »  * 

A  cette  deuxième  thèse,  je'me  rallie  complètement,  d’autant  que 
je  trouve  des  arguments  en  sa  faveur  dans  le  texte  même  du 
D''  Faivre.  Il  a  rappelé  que  les  Syndicats  médicaux  avaient  pour 
objet  la  défense  de  leurs  intérêts  corporatifs,  mais  ceux-ci  ne  sont- 
ils  pas  en  jeu  dans  l’organisation  d'établissements  de  cure  graluile 
pour  tous,  y  compris  les  personnes  aisées,  et  qui,  en  se  disant 
destinés  aux  maladies  de  la  peau  et  des  muqueuses,  feront  appel  à 
toutes  les  affections  externes  et  internes  ! 

D’autre  part,  la  nécessité  de  la  collaboration  du  Corps  médical  est 
reconnue  par  le  D'’  Faivre  lui-même,  puisqu’il  écrit  à  propos  de  la 
publicité  discrète  : 

«  La  circulaire  du  S  juin  énumère  différents  moyens,  parmi  les¬ 
quels  nous  citerons  l’information,  portée  à  la  connaissance  des 
médecins  qui  pourront  diriger,  sur  la  consultation,  les  malades 
qu’ils  ne  croiraient  pas  devoir  soigner  eux-mêmes.  » 

L’indispensabilité  de  cette  entenie,  entre  l’Administration  et  les 
médecins,  est  encore  affirmée  par  les  deux  exemples  d’opposition 
faite  par  des  médecins,  au  fonctionnement  des  services  hospitaliers 
annexes,  rapportée  par  notre  collègue. 

^  En  somme,  de  cette  question,  on  peut  dire  :  et  adhuc  sub  judice 
lis  est.  flotre  Société  n’est  pas  le  juge  qui  tranchera  le  litige  ;  il  sera 
solutionné  par  le  Parlement.  Mais  comme  «  qui  n’entend  qu’une 
cloche  n’entend  qu’un  son  »,  j’ai  voulu  faire  retentir  la  cloche 
médicale  après  celle  de  l’Administration.  De  cette  façon,  chacun  de 
vous  d’une  part  pourra  se  faire,  en  connaissance  de  cause,  une 
opinion  sur  une  organisation  d’importance  capitale  dans  la  mise  en 
action  de  la  lutte  antivénérienne,  et,  d’autre  part,  saura  que  les 
médecins  praticiens  ont  été  les  premiers  à  poursuivre  la  création  de 
dispensaires  anlivénériens,  faisant  ainsi  marcher  leurs  intérêts  [iro- 
fessionnels  après  la  défense  de  la  race. 

Ceci  dit,  je  voudrais  envisager  un  côté  de  la  question  mis  inten¬ 
tionnellement  de  côté  par  M.  Faivre,  «  la  prophylaxie  des  maladies 
vénériennes  dans  l’armée  »,  parce  que  cette  question  va  être  traitée 
dans  quelques  jours  au  Sénat  par  M.  Louis  Martin,  en  vue  de  mettre 
à  néant  la  campagne  tendancieuse  menée  en  Amérique  par  les  jour¬ 
naux  progermains.  J’ai,  du  reste,  exposé  il  y  a  un  mois,  à  la  Société 
de  prophylaxie  sanitaire  et  morale,  cette  partie  du  problème  de  la 
défense  antivénérienne,  et  je  vais  vous  résumerles  propositions  que 


!7J  sur  la  prophylaxie  des  maladies  vénériennes  99 

j’ai  faites,  et  qui  seront  probablement  acceptées  dans  la  prochaine 
séance  de  cette  Société. 

L’envahissement  du  front  par  des  femmes  de  mauvaise  vie  et  de 
mauvaise  santé  constitue  un  danger  pour  nos  soldats-,  qui  ne  peut 
être  conjuré  que  par  l’entente  entre  l’autorité  militaire  et  l’autorité 
civile,  en  vue  de  réaliser  la  police  hygiénique  des  cantonnements. 

En  second  lieu,  il  est  nécessaire  de  créer  dans  les  cantonnements 
de  repos  des  Maisons  du  soldat,  plus  ou  moins  sommairement 
installées,  soit  par  l’initiative  privée,  soit  par  les  coopératives  régi¬ 
mentaires,  où  le  troupier,  bien  chez  lui,  pourra  écrire,  se  reposer, 
jouer  avec  ses  camarades,  consommer  des  boissons  hygiéniques,  etc. 

Enfln,  il  faut  le  garantir  des  pires  sollicitations,  en  empêchant, 
dans  les  gares,  le  racolage  des  permissionnaires.  Ce  nettoyage,  qui 
a  été  opéré  à  Paris  à  la  suite  d’une  démarche  de  la  Société  de 
prophylaxie  sanitaire  et  morale,  devrait  s’effecluer  partout. 

Sur  le  territoire,  les  soldats  qui  sont  dans  les  dépôts  se  divisent 
en  deux  catégories  :  ceux  qui  ont  déjà  payé  l’impôt  du  sang  et 
attendent,  soit  d’kre  rétablis  pour  retourner  au  front,  soit  la 
réforme.  11  convient  de  les  protéger  contre  les  fréquentations  dan¬ 
gereuses  à  tous  égards  par  la  création  de  Foyers  du  soldat,  c’est- 
à-dire  de  cercles  tenus  eu  général  par  des  femmes  au  cœur  maternel, 
qui  s’ingénient  à  remplacer  la  famille  absente.  A  l’heure  actuelle,  il 
ne  doit  pas  y  avoir  de  garnison  sans  son  ou  ses  Foyers  du  soldat. 
Ils  constituent  aussi  une  protection  puissante  pour  la  deuxième 
catégorie  de  soldats,  les  recrues  que  l’on  entraîne  pour  les  combat 
futurs.  Mais  pour  ces  jeunes,  il  y  a  plus  encore  à  faire  ;  il  faut  leur 
donner  l’enseignement  antivénérien*  faciliter  par  des  permissions  le 
contact  si  réconfortant  de  la  famille,  et  s’efforcer  —  comme  l’a  pro¬ 
posé  M.  le  Sénateur  Strauss  —  de  trouver  dans  la  localité  des 
«  Correspondants  »  aux  recrues  qui  ne  connaissent  personne. 

A  la  Société  de  prophylaxie  j’ai  terminé  ma  communication,  en 
demandant  qu’elle  se  mette  en  rapport  avec  vous  et  avec  la-Xigue 
antialcoolique,  puisque  nous  avons  tous  le  même  but.  .Aujourd'hui, 
je  ferai  de  même,  et  je  propose  que  nous  prenions  contact  avec  ces 
deux  Sociétés,  pour  grouper  nos  elîorts  en  vue  de  la  réalisation  de 
la  prophylaxie  pratique  antivénérienne. 

M.  le  D''  Faivhe.  —  Dans  le  passqge  de  ma  communication  que 
veut  bien  relever  M.  Granjux,  je  me  suis  proposé,  non  certes  de 
repousser  le  concours  des  syndicats  médicaux,  mais  de  combattre  la 
tendance  de  ceux  qui  en  voudraient  faire  les  organisateurs  exclusifs 
de  la  lutte  anlivénérienne. 

Pour  mener  ce  combat,  tous  les  concours  sont  nécessaires,  celui 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[8] 


des  médecins  en  premier  lieu,  et  c’est,  ainsi  que  le  fait  observer 
M.  Granjux,  l’idée  essentielle  de  mon  travail,  qui  tend  précisément, 
en  matière  de  prostitution,  à  faire  passer  l’action  prophylactique, 
du  terrain  policier,  sur  le  terrain  médical,  et  dans  lequel  je  me  suis 
attaché  à  faire  ressortir  aussi  la  part  dévouée  et  agissante  prise  par 
les  médecins  en  ce  qui  concerne  les  consultations  fonctionnant  à 


ce  jour. 

Que  les  syndicats  médicaux  en  créent  de  leur  côté,  ce  sera  parfait 
—  plus  on  mettra  de  moyens  de  traitement  à  la  portée  des 
malades,  mieux  cela  vaudra  —  mais  on  ne  saurait  contester  à 
l’administration  le  droit  d’organiser  la  lutte  antivénérienne,  car 
c’est  non  seulement  pour  elle  un  droit,  mais  un  devoir.  Ce  devoir 
elle  l’a  rempli,  et  elle  continuera  à  le  remplir,  avec,  espérons-le,  le 
bon  concours  des  syndicats,  qu’il  ne  faut  pas  chercher  à  lui  opposer 
dans  un  esprit  d’exclusivisme  contraire  à  l’intérêt  général. 

J’ajouterai  un  mot  touchant  le  moyen  d’assurer  pratiquement  la 
pi'épondérance  de  l’action  sanitaire  vis-à-vis  des  prostituées.  Ce 
moyen  consisterait  à  rattacher  aux  bureaux  d’hygiène  le  service  des 
mœurs.  Dans  un  très  intéressant  article,  publié  en  janvier  1913  par 
la  Revue  municipale,  et  qu’ont  bien  voulu  me  communiquer  ses 


auteurs,  MM.  le  D''  Robin,  directeur  du  bureau  d’hygiène  de  Nantes, 
^et  Paul  Caillaud,  chef  de  division  à  la  mairie  de  cette  ville,  il  est 
^demandé  que  «  l’action  administrative  soit  substituée  à  celle  de  la 
^ipolice,  qui  ne  s’exercerait  plus  sur  les  prostituées  que  d’une  façon 


't'  '  <^^i?énérale  et  non  à  raison  de  leur  condition  »  ;  et.  que  «  cette  action 
s’exerce,  non  contre  la  prostitution  qui  n’est  pas  un  délit,  mais 


contre  ses  dangers  qui  sont  d’ordre  sanitaire.  La  surveillance  des 


femmes  serait  orientée  dans  ce  sens  «. 


Ce  sont  les  idées  que  j’ai  soutenues,  réserve  faite  quant  à  l'action 
de  la  police  qui  ne  saurait  être  supprimée,  mais  à  laquelle  il  faut 
associer  celle  du  bureau  d’hygiène,  presque  toujours  dirigé  par  un 
médecin.  Cette  solution  paraît  excellente,  en  ce  qu’elle  rattache  une 
œuvre  de  prophylaxie  à  un  organisme  dont  la  prophylaxie  est  pré¬ 
cisément  la  raison  d’être;  en  ce  qu’elle  associe  pratiquement  deux 
services  municipaux,  fonctionnant  l’un  et  l’autre  sous  l’autorité  du 
maire.  (Il  en  est  du  moins  ainsi  dans  toutes  les  villes  qui  possèdent 
un  bureau  d’hygiène,  sauf  à  Lyon  et  à  Marseille,  Paris  étant  hors 
de  cause.) 

Ce  n’est  pas  à  dire  que  la  réalisation  de  celte  conception  sera, 
obtenue  sans  difficultés,  à  commencer  par  celles  qui  proviendront  de 
l'action  conjuguée  du  directeur  du  bureau  d’hygiène  et  du  commis¬ 
saire  de  pôlice.  Le  ministère  de  l’Intérieur  devra,  par  ses  instruc¬ 
tions,  chercher  à  les  prévenir.  Il  en  sera  de  cela  comme  des  rapports 


[9]  SUR  L.V  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  lût 

rûciproques  de  l’administration  et  des  syndicats  médicaux  ;  il  faudra 
envisager  le  but,  qui  est  l’intérêt  général,  et  s'efforcer  de  l’at- 
teinlre  en  négligeant  les  côtés  secondaires. 

En  terminant,  je  signalerai  que  la  ville  de  Saint-Brieuc  vient 
d’organiser  un  dispensaire  d’hygiène  sociale  destiné  à  combattre  la 
tuberculose  et  les  maladies  vénériennes.  Le  directeur  du  bureau 
d’hygiène,  M.  le  D’’  Violette,  a  bien  voulu  m’adresser  son  rapport 
très  documenté  concernant  cette  importante  création,  qui  s’ajoute  à 
celles  dont  j’ai  donné  l’énumération,  et  qui  est  un  nouveau  témoi¬ 
gnage  d’un  effort  qu’jl  importe  de  poursuivre  avec  le  concours  de 
toutes  les  bonnes  volontés. 

M.  Granjüx.  —  Le  désaccord  entre  M.  Faivre  et  moi-provientde  ce 
que  mon  confrère  croit  que  les  syndicats  médicaux  veulent  luxer 
l’administration.  Rien  de  pareil.  Le  texte  voté  par  l’union,  et  que 
j’ai  lu  précédemment,  demande  simplement  le  droit  de  présentation 
du  chef  de  dispensaire  antivénérien.  Quoi  de  plus  juste.  Les  méde¬ 
cins  ne  sont-ils  pas  les  plus  compétents  pour  juger  de  la  valeur  pro¬ 
fessionnelle  de  l’un  des  leurs.  Bien  mieux,  pette  présentation  est  le 
plus  sûr  moyen  de  mettre  à  couvert  la  responsabilité  de  l’admi¬ 
nistration.  A  l’heure  actuelle,  les  nominations  des  médecins  dans 
les  situations  administratives  sont  faites,  le  plus  souvent,  par  la 
politique;  Elles  seront  assainies  du  fait  de  la  présentation  des  can¬ 
didats  par  leurs  confrères.  ' 

D’autre  part,  l’expérience  a  démontré  qü’il  est  impossible  dp 
faire  aboutir  une  affaire  médicale  quand  on  a  les  médecins  contré 
soi,  tandis  que  sa  réalisation  est  facile  quand  le  corps  des  praticiens 
l’a  adoptée. 

En  tout  cas,  je  le  répète,  nous  n’avons  point  qualité  pour  trancher 
la  question  de  savoir  comment  seront  nommés  les  chefs  des  dispen¬ 
saires  antivénériens.  Elle  vient  d’être  portée  devant  le  Conseil 
général  de  la  Seine  par  le  syndicat  des  médecins  de  la  Seine.  Qui 
vivra  verra. 

M.  CuASSEVANT.  —  Il  faut,  comme  le  propose  M.  Faivre,  que  la 
lutte  contre  les  maladies  vénériennes  devienne  une  question  médicale 
de  prophylaxie  contre  une  maladie  contagieuse  et  que  l’on  fasse  dispa¬ 
raître  les  mesures  purement  policières  qui  ne  répondent  pas  aux 
nécessités  du  traitement. 

L’idée  de  M.  Bordas,  d’interner  toute  prostituée  malade  jusqu’à 
guérison  est  excellente.  C’est  une  mesure  générale  qui  devrait  être 
de  règle  pour  toutes  les  maladies  contagieuses  et  pour  tous  les 
malades;  mais  il  faudrait  peul-êire  une  loi.  La  femme  n’est  pas 


102  SOniÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  flOi 

seule  propagatrice  du  spirochète,  l’homme  atteint  de  syphilis  est 
un  propagateur  aussi  redoutable  que  la  prostituée. 

11  devrait  être  mis  dans  l’impossibilité  de  nuire,  par  une 
mesure  prophylactique  identique,  surveillance  à  l’hôpilal  et 
Iraitement. 

Malheureusement,  la  loi  prescrivant  l’hospitalisation  obligatoire 
de  tous  les  malades  contagieux  n’est  pas  prête  d’être  votée  par  les 
Chambres.  En  attendant,  la  proposition  de  M.  Bordas  me  paraît 
devoir  être  appliquée  partout  où  il  serait  possiblé,  mais  elle  sera 
insuffisante  pour  enrayer  le  fléau  qui  menace  la  race,  car  les  prosti¬ 
tuées  ne  sont  pas  de  beaucoup  les  seules  propagatrices  du  spirochète, 
beaucoup  de  nobles  et  Aonnesles  dames  leur  font  une  concurrence 
intensive,  et  surtout  les  hommes  contaminés,  qui  semblent  se  faire 
un  plaisir  sadique  à  propager  la  dissémination  de  leur  mal  au  hasard 
des  rencontres  amoureuses. 

L’organisation  de  la  lutte  antivénérienne  doit  être  faite  par 
l’administration,  en  accord  avec  les  syndicats  médicaux,  pour  éviter 
tout  froissement  et  l’intrusion  des  recommandations  politique's  dans 
le  choix  des  médecins  des  dispensaires.  Le  directeur  du  bureau 
d’hygiène  doit  être,  toutes  les  fois  que  cela  est  possible,  le  chef 
technique  du  service. 

M.  le  D'  Ribot.  —  A  part  les  soins  gratuits  donnés  aux  marins  du 
commerce  par  quelques  grandes  compagnies  de  navigation,  la  plu¬ 
part  des  marins  c^ans  les  ports  sont  livrés  à  eux-mêmes  sans  con¬ 
trôle  sanitaire. 

Les  armateurs  et  les  capitaines  laissent  à  la  charge  des  marins 
les  frais  médicaux  et  pharmaceutiques.  11  les  débarquent  purement 
et  simplement  en  les  laissant  dans  les  ports  aux  soins  plus  ou 
moins  attentifs  des  consuls  quand  ces  marins  sont  étrangers.  —  Le 
marin  français  est  laissé  à  lui-même;  actuellement  il  est  repris  par 
l’inscription  maritime,  s’il  est  d’âge  mobilisable.  Mais  il  n’en  est 
pas  mieux  soigné  pour  cela,  car  souvent  il  ne  déclare  pas  sa  maladie 
et  continue  à  naviguer.  Les  armateurs  n’hospitalisent  pas  les 
marins  pour  maladies  vénériennes.  Le  marin  qui  entre  à  l’hôpital  y 
séjourne  à  ses  frais;  il  n’y  reste  pas  jusqu’à  guérison  faute  de  res¬ 
sources,  et  sort  la  plupart  du  temps  non  guéri  et  par  conséquent 
dangereux. 

Le  marin  français  ou  étranger,  livré  à  lui-même,  ne  peut  pas  pro¬ 
fiter  des  progrès  de  la  science  et  du  blanchiment  rapide  par  les 
méthodes  modernes;  il  court  à  l’officine  du  pharmacien,  demande 
parfois  une  consultation  médicale,  mais  ne  peut  pas,  pour  divérses 
•  raisons,  négligence  ou  faible  salaire,  faire  les  frais  de  plusieurs 


lU]  SUR  LA  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  103 

injections  consécutives  de  Novarsénobenzol  ou  Galyl,  qui  agissent' 
rapidement  sur  une  syphilis  en  évolution. 

11  faut  donc  soigner  les  marins  des  ports  pour  éteindre  un  foyer 
latent  et  permanent  de  maladies  vénériennes.  Peut-être  pourrait-on 
élargir  dans  ce  but  les  attributions  du  service  sanitaire  maritime 
qui  paraît  tout  indiqué  pour  cpllaborer  avec  l’Inscription  maritime, 
en  organisant  le  service  médical,  dont  la  marine  marchande  est 
totalement  dépourvue.  Le  médecin  sanitaire  maritime  embarqué, 
les  médecins  de  la  santé  et  les  directeurs  de  la  santé  dans  les  ports 
pourraient  concourir  à  ce  service  médical. 

Le  service  sanitaire  maritime  est  actuellement  cristallisé  dans  la 
lutte  contre  le  choléra,  la  peste,  la  fièvre  jaune  qui  sont  rares  en 
■raison  des  mesures  prophylactiques  réglementaires  prescrites  et 
qui,  lorsqu’elles  se  déclarent,  évoluent  pour  ainsi  dire  en  vase  clos, 
sur  les  navires  où  il  est  encore  assez  facile  de  les  juguler.  Il  n’en 
est  pas  malheureusenient  de  même  pour  les  maladies  vénériennes 
et  pour  la  tuberculose  dont  les  germes  se  répandent  facilement  sur 
le  territoire  dans  les  ports  où  le  danger  est  constant  et  renouvelé. 

Le  service  sanitaire  maritime  pourrait  surveiller  l’état  sanitaire 
des  navires  pour  toutes  les  aflections,  et  contribuer  à  réaliser  la  pro¬ 
phylaxie  des  maladies  vénériennes  en  procurant  des  soins  aux 
marins  atteints. 

Avant  tout  embarquement  le  marin  devrait  passer  une  visite  obli¬ 
gatoire  à  la  santé. 

A  l’arrivée,  la  visite  sanitaire  devrait  être  complète  et  individuelle. 

Pendant  le  séjour  dans  le  port  cette  visite  devrait  être  hebdoma¬ 
daire.  Les  marins  malades  pourraient  être  soignés  dans  les 
services  annexes  spéciaux  et  à  défaut  chez  des  médecins  désignés  : 

f“  Pour  les  urétrites  simples  sans  complications; 

2“  Pour  les  récidives  d’urétrites  sans  complications; 

3°  Pour  les  syphilis  antérieures  sans  accidents; 

4»  Pour  les  traitements  d’entretien. 

Il  serait  désirable  de  soigner  à  l’hôpital  jusqu’à  complète  guérison 
ou  stérilisation  les  autres  accidents  vénériens  aigus  ou  compliqués. 

■  M.  le  Président.  —  Cette  question  si  importante  pourrait  être 
traitée  au  sein  d’une  commission  qui  pourrait  être  composée  de 
MM.  les  D”  Bordas,  Chassevant,  Colin,  Faivre,  Granjux,  J.  Renault, 
Siredey.  Si  l’Assemblée  est  de  cet  avis,  conformément  à  l’article  35 
du  règlement,  cette  proposition  sera  soumise  au  bureau  et  au  con¬ 
seil  dans  su  prochaine  séauce  ? 

Cette  proposition  est  adoptée  à  l’unanimité.  i 


104  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [12] 


COmMUNICATION 


CONTRIBUTION 

A  L’ÉTUDE  DE  LA  POMME  DE  TERRE 
SA  VALEUR  ALIMENTAIRE 
SON  UTILISATION  POUR  LA  PANIFICATION 
par  M.  le  D-'  E.  MAUREL. 

La  pomme  de  terre  occupe  une  place  de  plus  en  plus  impor¬ 
tante  dans  notre  alimentation.  Peu  de  jours  se  passent  sans 
que,  sous  une  forme  quelconque,  nous  la  voyions  figurer  sur 
nos  tables.  Mais,  de  plus,  et-surlout  dans  ces  derniers  temps, 
il  a  été  question  de  l’utiliser  pour  suppléer  à  l’insuffisance  de 
notre  froment';  et,  dans  ce  but,  reprenant  l’idée  de  Parmen¬ 
tier,  j’ai  fait,  dans  ce  sens,  une  série  d’essais  qpi  ont  été  suivis 
de  résultats,  sous  certains  rapports,  des  plus  satisfaisants. 
J’ai  donc  cru  qu’il  y  avait  un  réel  intérêt,  d’abord  à  rappeler 
les  travaux  de  Parmentier  et  ensuite  à  faire  connaître  les 
résultats  de  mes  essais. 

Mais,  en  outre,  pour  permettre  de  mieux  apprécier  «e  que 
peut  donner  son  utilisation,  j’ai  cru  utile  de  réunir  dans  ce 
travail,  la  production  de  la  pomme  de  terre,  sa  valeur  nutritive, 
les  modifications  que  leur  font  subir  les  différents  modes  de 
préparation  et  surtout  de  préciser  les  conditions  dans  lesquelles 
elle  pourrait  entrer  dans  la  panification. 

Quelques  mots  d'historique.  —  La  pomme  de  terre,  originaire 
des  Andes,  du  Chili  et  du  Pérou,  n’est  arrivée  en  Europe,  par 
l’Espagne,  que  vers  1534.  Elle  fut  importée  en  Angleterre  peu 
après,  en  1585;  puis  en  Autriche,  en  1588.  Elle  passa  de  là 

1.  Sur  l’ordre  du  ministre  du  Ravitaillement,  7  août  1917. 


[13]  CONTRIBUTION  A  L’ÉTUDE  DE  LA  POMME  DE  TERRE  105 

.  dans  la  Suisse  et  dans  l’est  de  la  France,  et  enfin  en  Belgique, 
en  1620.'  En  France,  c’est  donc  en  Alsace  et  en  Lorraine  qu’elle 
paraît  avoir  pris  le  plus  tôt  l’importance  dans  l’alimentation. 
C’est  du  moins  ce  qu’il  faut  conclure  de  ce  qu’écrivait  Parmen¬ 
tier  en  1786.  Après  avoir  exhorté  tous  les  cultivateurs  fran¬ 
çais  à  la  culture  de  ce  précieux  tubercule,  il  leur  promet  la 
même  récompense  de  pouvoir  dire  :  «  Regardez  nos  enfants, 
nos  gens,  nos  bestiaux,  qui  se  nourrissent  de  pommes  de 
terre,  ne  sont-ils  pas  aussi  sains,  aussi  vigoureux,  aussi  con¬ 
tents  et  aussi  multipliés  que  dans  vos  pays  à  grains*.  » 

Avant  cette  époque,  quelques  essais  avaient  été  faits  égale¬ 
ment  dans  le  Poitou.  M.  F.  Rambaut,  dans  une  courte  note, 
nous  apprend  que,  dès  1775,  Scevolle  de  Sainte-Marthe,  pro¬ 
cureur  du  roi  à  Argenlon,  en  Berry,  publia  dans  les  Archioes 
du  Poitou  un  article  pour  recommander  au  public  la  fabrica¬ 
tion  du  pain  de  pommes  de  terre.  En  1778,  dans  le  numéro  du 
'26  février,  Gallot,  médecin  à  Saint-Maurice-le-Girard,  en  bas 
Poitou,  rappelle,  dans  le  même  journal,  la  manière  de  préparer 
la  fécule  de  pomme  de  terre,  très  connue,  dit-il,  en  Allemagne 
et  en  Alsace;  et,  le  25  février  1779,  le  même  journal  explique 
le  rare  usage  de  celte  fécule  par  la  difficulté  de  la  préparer. 
Enfin,  en  1782  (14  novembre),  les  Affiches  du  Poitou,  poussant 
toujours  à  l’ulilisalion  de  la  pomme  de  terre,  donnent  une 
recette  pour  en  obtenir  un  fromage  d’un  goût  agréable  et  qui 
se  conserve  très  bien.  Toutefois,  malgré  les  efforts  de  quelques 
philanthropes,  la  pomme  de  terre  fut  peu  répandue  dans  le 
Poitou;  et  ce  n’est  qu’en  1789  quelle  aurait  apparu  sur  le 
marché  de  Poitiers. 

Quelques  essais  furent  aussi  faits  en  Normandie.  Néanmoins, 
il  résulte  de  ces  recherches  que  ce  sont  les  deux  provinces  de 
l’est,  la  Lorraine  et  l’Alsace,  qui,  les  premières,  firent  entrer 
la  pomme  de  terre  largement  dans  leur  alimentation;  et  ce  ne 
fut  surtout  que  grâce  aux  effttrts  de  Parmentier  qu’elle  se 
répandit  dans  toute  la  France. 

11  y  consacra  son  temps,  ses  écrits,  toute  son  activité  et  son 
influence;  et,  en  réalité,  si  les  résultats  de  tous  ces  efforts 

1.  Recherches  sur  les  ve'gélriux  uourrisscmts  qui,  clans  les  temps  de 
disette,  peuvent  remplacer  les  aliments  ordinaires.  Imprimerie  royale, 
Paris,  1786,  p.  92. 


-106  .  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [14] 

ont  été  un  peu  tardifs,  ils  n’en  ont  pas  moins  été  considé¬ 
rables,  et  de  nature  à  satisfaire  sa  noble  ambilion.  • 

Je  dois  ajouter,  à  sa  louange,  que  ces  efforts  étaient  inspirés 
seulement  par  sa  philanthropie.  Parmi  ses  écrits,  sans  chercher 
à  être  complet,  je  dois  citer  :  Atis  aux  bonnes  ménagères  des 
villes  et  des  campagne^  sur  la  meilleure  manière  de  faire  leur 
pain-,  Ses  Recherches  sur  les  végétaux  nourrissants  qui,  dans  tes 
temps  de  disette  peuvent  remplacer  les  aliments  ordinaires,  de 
1781,  et  surtout  son  Mémoire  sur  les  avantages  que  la  province 
du  Languedoc  peut  relirer'de  ses  grains.  (Imprimerie  des  États 
du  Languedoc,  en  1786.) 

Outre  ces  travaux  et  de  nombreux  articles  dans  les  journaux, 
il  chercha  à  répandre  l’usage  de  la  pomme  de  terre,  d’abord 
en  la  cultivant*,  puis  en  la  faisant  apprécier  par  les  personnes 
infllienles.^  et  même  en  pétrissant  lui-même  devant  ces  per¬ 
sonnes  les  pains  de  pomme  de  terre  qui  leur  étaient  servis 
chez  elles  ou  dans  des  banquets"  organisés  dans  ce  but- 
M.  Guilard  a  su  réunir,  dans  un  article  court,  mais  très  sub¬ 
stantiel,  les  efforts  faits  dans  ce  sens  par  Parmentier.  «  En 
novembre  1778,  écrit  M.  Guitard^  suivant  Bachaumont, 
M.  d’Espagnac  donna  un  grand  repas  auquel  participèrent  M.  le 
•  prince  de  Montbarrey,  M.  Amelot,  M.  IS'ecker,  M.  Le  Noir, 
M.  Franklin,  enfin  beaucoup  de  grands,  des  académiciens, 
des  économistes  et  autres  amateurs;  on  y  servit  à  table  d’un 
pain  fait  de  ce  farineux,  et  tout  le  monde  l’a  trouvé  aussi  beau, 
aussi  léger,,  aussi  blanc,  aussi  excellent  que  le  meilleur  pain 
mollet;  chacun  en  a  pris  et  emporté...  » 

Parmentier  fit,  à  l’Hôtel  royal  des  Invalider  dont  il  était 
pensionnaire,  une  démonstration  «  avec  une  sorte  d’appareil, 
dit  aussi  M.  Guilard,  et  en  présence  de  M.  Le  Noir,  de  M.  Fran¬ 
klin,  de  M.  le  baron  d’Espagnac,  de  M.  de  la  Ponce  et  de  plu¬ 
sieurs  officiers  de  l’état-major  ».  «  Ce  pain,  ajoute  M.  Guitard, 
fut  présenté  à  Louis  XVI.  »  * 

Parmentier  sut  aussi  intéresser  les  municipalités  des  grandes 
villes  à  son  idée  de  faire  entrer  la  pomme  de  terre  dans  la 

1.  Louis  XVI  autorisa  Parmentier  à  cultiver  la  pomme  de  terre  dans 
la  plaine  des  Sablons,  située  au  nord-ouest  de  Paris,  entre  Neuilly  et 
les  Ternes. 

2.  Le  paiu  K  en  France  au  xviiie  siècle,  par  Guitard.  bibliothécaire  de 
la  ville  de  Toulouse,  dans  le  journal  La  Nature,  1015,  2'  semestre,  p.  152. 


[15]  CONTHIBUTION  A  L’ÉTüDE  DE  LV  POMME  DE  TERRE  107 

fabrication'  du  pain.  Le  16  nivôse  an  II  (5  janvier  1794),  le 
conseil  municipal  de  Marseille  fit  établir,  chez  tous  tes  bou¬ 
langers  de  la  ville,  les  machines  propres  à  la  manipulation  de 
ce  nouveau  pain. 

Un  an  après,  en  février  4795,  il  intéressait  à  la ‘même  ques¬ 
tion  le  Comité  de  Salut  public;  et  celui-ci  fit  publier  le  procédé 
pour  la  fabrication  du  pain  avec  la  pomme  de  terre,  par  voie 
d’affiches  dans  toutes  les  communes  de  France.  M.  Guitard 
a  pu  retrouver  la  reproduction  de  cette  affiche  dans  un  journal 
de  Toulouse,  L' antiterroriste  ou  Journal  des  principes  du 
24  février  1755*. 

Une  grande  partie  des  efforts  de  Parmentier  furent  donc  faits 
en  faveur  de  l’utilisation  de  la  pomme  de  terre  pour  la  panifi¬ 
cation;  c’est  ce  mode  d’utilisation  qui  exigea  de  lui  le  plus  de 
démarches  et  la  plus  active  propagande.  Mais,  dans  sa  pensée, 
ce  ntétait  là  qu’un  des  modes  d’emploi  de  la  pomme  de  terre, 
et  sûrement  ce  n’était  pas  celui  qui  devait  être  le  plus  fréquent. 
C’est  surtout  bouillie  ou  cuite  sous  la  cendre  qu’elle  devait  être 
consommée  le  plus  souvent;  et  ce  n’était  qu’à  défaut  des 
céréales,  et  surtout  du  blé,  que  la  pomme  de  terre  devait  servir 
à  la  panification.  Mais,  (j^s  cette  époque,  l’usage  de  la  pomme 
de  terre  bouillie  ou  cuite  sous  la  cendre,  ou  autrement  pré¬ 
parée,  avait  déjà  triomphé  des  premières  résistances  qu’offre 
la  routine  à  toute  idée  nouvelle.  La  difficulté  était  seulement 
de  la  faire  entrer  dans  la  panification  en  cas  de  disette  de  fro¬ 
ment,  et  ce  fut  pour  ce  mçde  d’utilisation  que  Parmentier 
trouva  le  plus  de  résistance.  Si,  en  effet,  il  put  obtenir  quelque 
satisfaction  à  voir  son  pain  être  jugé  avantageusement  par 
quelques  notabilités  du  monde  politique  et  de  la  science,  il 
fut  en  butte  à  de  nombreuses  critiques,  qu’il  eut,  du  reste,  le 
mérite  de  mépriser.  Il  le  dit  nettement  dans  l’avertissement  de 
son  volume  contenant  les  recherches  sur  les  végétaux  nourris¬ 
sants.  «  Mais  quoique  les  hommes  pour  qui  on  s’occupe  le  plus 
utilement,  écrit  Parmentier,  ne  soient  pas  toujours  les  plus 
reconnaissants,  il  faut  être  assez  courageux  pour  braver  leur 

1.  Le  pain  K  en  France,  au  xviir  siècle.  La  Jiature,  Revue  des  Sciences 
et  de  leurs  applications  aux  Arts  et  à  l'Industrie.  Guitard,  bibliothécaire 
de  la  bibliothèque  publique  de  Toulouse.  Masson,  Paris,  année  1915, 
2«  semestre,  p.  152. 


108  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [16j 

injusliçe  et  leur  ingratitude.  Quand  on  est  enflammé  réelle¬ 
ment  du  désir  de  servir  ses  semblables,  on  ne  doit  pas  être 
arrêté  par  la  crainte  d’encourir  leur  censure;  quiconque  cache 
à  la  société  une  vérité  précieuse,  lui  fait  un  larcin.  »  El  un  peu 
plus  loin  :  «  Au  reste,  toutes  les  critiques.,dirigées  sur  mes  tra¬ 
vaux  n’ont  pu  tempérer  le  désir  que  j’avais  d’en  perfectionner 
l’objet;  si  quelque  chose  est  capable  de  désoler  leurs  auteurs, 
c’est  l’impuissance  où  ils  sont  de  prouver  que  mes  recherches 
aient  eu  d’autre  but  que  les  progrès  de  l’art  et  le  bi.en  général.  » 
Il  ajoute  :  «  Quel  autre  motif  pouvait  m’animer?  Je  ne  suis 
dans  aucune  entreprise  et  ne  fais  aucun  commerce;  je  ne  solli¬ 
cite  ni  place  ni  pensions;  je  n’ai  point  d’hypothèse  à  établir  ou 
à  défendre;  ayant  entrevu  une  vérité  précieuse,  j’ai  tâché  de 
l’appliquer  à  nos  premiers  besoins  ;  en  un  mot,  j’ai  proposé  ce 
que  j’avais  fait  et  ce  que  je  croyais  qu’il  conviendrait  de  faire  ; 
ma  tâche  est  remplie.  »  » 

C’est  donc  seulement  dans  une  pensée  philanthropique  que 
Parmentier  s’est  fait  le  vulgarisateur  de  la  pomme  de  terre 
dans  ses  différents  modes  d’utilisation,  et  l’histoife  impartiale 
lui  a  depuis  longtemps  rendu  justice.  Il  a  compris  et  prévu  les 
immenses  services  qu’elle  pouvait  rendre,  surtout  aux  classes 
pauvres;  et  les  chiffres  que  je  vais  donner  prouvent  surabon¬ 
damment  que -quelques  grandes  que  fussent  ses  espérances 
pour  elle,  elles  ont  encore  été  dépassées. 

En  1781,  il^  écrivait,  en  effet  :  «  Les  pommes  de  terre,  comme 
mets,  se  dégustent  de  mille  manières  diflérentes  et  perdent, 
dans  les  accommodages,  le  goût  sauvage  qu’on  leur  reproche. 
Elles  font  partie  de  la  Soupe  des  pauvres  de  la  Charité  de 
Lyon,  et  la  base  du  riz  économique  qui  se  distribue  chez 
les  Sœurs-Grises  de  la  paroisse  Saint-Roch,  à  Paris.  On  pré¬ 
pare,  avec  ces  racines,  des  beignets,  des  gâteaux  et  des  tartres, 
qui  imitent  tellement  les  tartres  d’amandes,  qu’elles  en 
imposent  aux  plus  grands  connaisseurs.  On  en  fait  différentes 
sortes  de  fromages,  une  boisson  caféiforme,  des  pâtés  de 
légumes,  des  hachis,  des  boulettes,  de  la  purée  et  de  la 
bouillie;  elles  sont  excellentes  en  salade,  à  l’étuvée,  au  roux, 
a  la  sauce  blanche,  avec  la  morue  et  la  merluche,  eu  friture, 
à  la  maître  d’hôtel  et  sous  les  gigots;  on  en  farcit  les  dindons 


[17]  CONTRIBUTION  A  LÉTUDE  DE  LA  POMME  DE  TERRE  109 

et  les  oies  rôties;  enfin,  je  ne  cesserai  de  le  dire,  la  pomme  de 
terre  est  une  sorte  de  pain  que  la  nature  ofifre  tout  fait  aux 
hommes,  et  qui  n’a  besoin  que  d’être  cuite  dans  l’eau  ou  sous 
la  cendre  pour  devenir  un  aliment  digestible  et  très  nourris¬ 
sant*.  » 

Après  137  ans,  il  n’y  a  rien  à  retrancher  de  ce  qu’a  écrit 
Parmentier  sur  les  divers  modes  d’utilisation  de  la  pomme  de 
terre,  et  sur  les  éloges  qu’il  en  a  fait.  11  faut,  au  contraire,  y 
ajouter  que  depuis  d’abord  elle  a  pris  une  place  des  plus  impor¬ 
tantes  dans  l’industrie  et  ensuite  qu’elle  a  conquis  à  sa  culture 
et  à  son  usage  le  monde  entier. 

L’utilisation  de  la  pomme  de  terre  pour  la  panification  était 
donc  liée,  dansla  pensée  de  Parmentier,  à  celle  d’insuffisance  du 
froment  et  des  autres  céréales.  Mais  tant  que  l’on  avait  du  fro¬ 
ment,  c’est  avec  lui  que  l’on  devait  préparer  son  pain;  car, 
écrit  Parmentier*,  «  le  pain  (de  froment)  n’est  pas  seulement 
l’aliment  le  plus  facile  à  fabriquer,  le  plus  commode  à  trans¬ 
porter  et  le  plus  économique  dans  son  usage,  il  est  encore  le 
plus  analogile  à  la  constitution  humaine,  il  renferme  les  dififé- 
rentes  parties  qui  constituent  essentiellement  la  nourriture...  » 
Mais  le  froment  et  les  autres  céréales  servant  à  la  fabrication 
du  pain  peuvent  manquer;  et,  comme  une  partie  de  la  popu¬ 
lation  a  tellement  l’habitude  de  manger  du  pain,  qu’elle  ne 
peut  pas  s’en  passer, pour  satisfaire  ses  goûts,  on  pourra  s’adres¬ 
ser  à  la  pomme  de  terre  qui  permet  de  faire  un  pain  qui,  au- 
moins,  pir  son  aspect  et  son  goût  peut  remplacer  celui  de 
froment.  Mais,  de  plus,  cherchant  à  remédier  aux  affreuses 
conséquences  de  la  disette,  conséquences  qui  frappent  surtout 
sur  la  classe  pauvre,  Parmentier,  toujours  inspiré  par  ses  idées 
philanthropiques,  s’est  livré  à  un  travail  des  plus  méritoires,  en 
indiquant  les  nombreuses  plantes  qui,  dans  ces  pressantes 
conditions,  pourraient  à  la  rigueur  être  utilisées  pour  l’ali  men  ta- 
tion.  Partant  de  ce  principe,  en  partie  resté  vrai,  que  la  partie 
la  plus  nutritive  des  céréales  et  des  légumineuses  est  l'amidon, 

1.  Recherches  sur  les  végétaux  nourrissants  gui,  clans  les  temps  de 
disette,  peuvent  remplacer  les  aliments  ordinaires,  p.  107.  Imprimerie 
royale.  Paris.  1781. 

2.  Page  397,  des  Recherches  sur  les  végétaux  nourrisseurs. 


no  SOCIÉTÉ  DÉ  MÉDECINE  PUBLUJÜE  [18] 

il  considère  comme  pouvant  servir  à  l’alimentation  toutes  les 
plantes  qui  en  contiennent. 

«  Après  avoir  démontré  par  tout  ce  que  l'expérience  et 
l’observation  nous  apprennent  que  la  partie  principalement 
nutritive  deS  farineux  est  l’amidon,  et  que  cet  amidon  séparé 
du  corps  où  il  se  trouve  contenu,  réuni  souvent  à  des  matières 
pulpeuses,  glulineuses,  muqueuses,  passe  à  la  fermentation  et 
se  change  en  véritable  pain,  je  ne  dois  plus  m’occuper  que  de 
chercher  dans  les  végétaux  qui  en  fournissent  de  quoi  suppléér 
à  la  disette  des  grains  et  autres  substances  alimentaires  dont 
l'usage  est  le  plus  ordinaire  et  sera  toujours  préférable.  » 

«  On  a  été  longtemps  dans  l’opinion  que  les  semences  étaient 
le  seul  réceptacle  de  l’amidon,  et  qu’elles  appartenaient  à  la 
grande  famille  des  graminées;  mais  il  n’est  plus  permis  de 
douter  maintenant  qu’il  ne  se  rencontre  également  dans  les 
légumineuses,  dans  uneintînitéd’autressernences  etde  racines 
de  différentes  classes.  J’oserais  presque  avouer  qu’il  n’y  a  point 
de  parties  de  la  fructification  des  plantes  où  il  ne  se  trouve 
contenu,  qu’il  est  le  même  quel  que  soit  le  corps  d’où  on 
l’extrait,  que  l’amidon  des  semences  n’est  pas  plus  atténué  que 
celui  des  racines  et  que  les  marrons  d’inde  en  fournissent 
d’aussi  doux  que  le  froment*.  » 

Après  avoir  consacré  une  étude  spéciale  au  marron  d'inde  et 
au  gland  pour  en  faire  ressortir  l’utilité  que  nous  pourrions  en 
.tirer  pour  notre  propre  alimentation,  il  passe  en  revue  les  dif¬ 
férentes  plantes  que  nous  pouvons  utiliser  dans  le  même  ca<. 
Il  les  divise  en  trois  groupes  :  1°  celui  des  plantes  incultes  dont 
la  racine  contient  de  l’amidon,  qu’il  faut  extraire  pour  faire  de 
la  bouillie  ou  du  pain”;  2“  celui  des  plantes  incultes  dont  la 

1.  Pap  167.  Même  traité. 

2.  Aristoloche  ronde,  Astragale  grimpante,  Bardane  cotoneuse,  Bella¬ 
done,  Grande  Bistorte,  Bistorte  moyenne,  Bryone,  Concombre  sauvage. 
Colchique  des  montagnes.  Colchique  ordinaire,  Filipendule,  Fuiiielerre 
bulbeux,  Glayeul,  Hellébore  noir,  Imperatoire,  Iris  sauvage.  Iris  jaune, 
Iris  puant,  Jusquianie,  Mandragore,  Menanthe,  Patience  sauvage.  Patience 
aquatique.  Patience  des  Alpes,  Persil  des  montagnes,  Pied-de-Veau  com¬ 
mun,  Pied-de-Veau  courbe,  Pied-de-Veau  serpentaire,  Pied-de-Veau  des 
marais.  Pivoine,  Renoncule  bulbeuse,  Saxifrage  des  prés,  Scrofu'ciire 
noueux,  grand  Sureau,  petit  Sureau. 


[19]  CONTRIBUTION  A  L’ÉTUDE  DE  LA  POMME  DE  TERRE  111 

semence  ou  la  racine  farineuse  peuvent  servir  en  totalité  à  la 
nourriture*,  et  3°  celui  des  plantes  incultes  dont  la  racine 
sans  être  farineuse  peut  servir  en  totalité  à  la  nourriture'. 

Comme  on  le  voit,  d’après  l’énumération  que  je  viens  de 
reproduire,  les  végétaux  auxquels,  d’après  Parmentier,  nous 
pourrions  demander  au  moins  un  peu  d’amidon  sont  nom¬ 
breux;  et  peut-être,  dans  le  nombre,  y  en  a-t-il  qui  sont  encore 
trop  dédaignés.  Peut-être  quelques-uns  pourraient  déjà  être 
utilisé.s  tels  que  nous  les  offre  la  nature  sans  culture,  et  peut- 
être  d’autres  seraient  cultivés  avec  avantage.  Ces  deux  idées  de 
Parmentier,  dans  leur  généralité,  restent  bien  établies  que 
toutes  les  plantes  contiennent  de  l’amidon,  et  que  cet  amidon 
extrait  et  débarrassé  de  tout  produit  toxique  doit  pouvoir  être 
utilisé  pour  l’alimentation.  Mais  jusqu’à  présent,  je  crois  que 
malgré  les  indications  de  Parmentier,  toutes  sont  restées  des 
plantes  incultes,  comme  il  les  avait  trouvées.  La  pomme  de 
terre,  au  contraire,  a  conquis  le  monde  entier.  En  France,  les 
jours  sans  pomme  de  terre  sont  rares;  et  sa  consommation  est 
encore  plus  considérable  en  Allemagne  et  en  Angleterre. 

En  France,  pendant  que  vingt  ans  avant  la  fin  du  xviii' siècle, 
en  1780,  elle  n’était  encore  utilisée  largement  que  par  les  pro¬ 
vinces  de  l’est,  elle  se  répandit  rapidement  à  la  fin  de  ce  siècle 
et  au  commencement  du  xix®,  si  bien  que  déjà  en  1813  sa  pro¬ 
duction  dépassait  16  millions  de  quintaux  métriques  et  que  dans 
les  cinq  années  qui  suivirent  cette  production  fut  doublée.  En 
1821,  élle  était  de  32.597.988  quintaux  et  sa  culture  occupait 
déjà  364.340  hectares.  Depuis,  du  reste,  comme  on  peut  le  voir 
par  les  quantités  que  je  reproduis,  les  surfaces  que  la  France 

1.  Averon,  Blé-de-Vache,  Carotte  sauvage,  Châtaigne  d’eau,  Créte-de-Coq, 
Drone,  Espargoulle,  Eéverolle',  RomÀital,  Jacinthe  des  bois.  Manne  de 
Prusse,  Marcusson,  Narcisse,  Nielle  des  blés,  Orobe  tubéreux.  Panais 
sauvage,  Pied-de-Lièvre,  Pois  des  champs,  Bronouée  continida,  Saoguineüe, 
Sarrasin  grimpant.  Sonchet  rond.  Terre-noix,  Trèfle  ailé,  Tulipe  sauvage. 

2.  Acbe  des  marais,  Ache  des  montagnes,  Argentine,  Asphodèle  blanc, 
Asphodèle  fisluleux,  Campanule  ganlelée.  Chardon  argentin.  Chardon 
cummun,  Chervi,  Chicorée  sauvage, ^Cirse  des  marais.  Grande  Gonsoude, 
Petit  Laurier-rose,  Maceron,  Nénuphar  blanc,  Onogra,  Orchis  femelle, 
Orchis  mâle,  Orchis  ordinaire,  Orchis  palmé,  Orchis  pyramidal,  Orchis 
fatignon,  Ornathogale  jaune,  Ornathogâle  ordinaire.  Scorsonère  des  prés. 
Trèfle  aquatique. 


m  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [20] 

lui  a  consacrées  sont  toujours  augmentées  et  avec  elles  les  pro¬ 
ductions. 


SUPERFICIE  PRODLXTIOH 


1815 .  )■  16.314.4'38 

1821 .  564.340  32.597.588 

1831.  ....  635.085  52.116.450 

1841 .  970.453  85.257.778 

1851 .  922.177  53.010.405 

1861 .  1.042.730  70.513.212 

1871 .  1.127.191  84.717.692 

1881 .  1.343.246  101.345.350 

1891 .  1.492.736  111.672.583 

1901 .  1.545.992  120.1Q5.930 

1911 .  1.559.130  127.747.300 

1913 .  1.548.070  135.839.652 


Ainsi,  depuis  les  efforts  de  Parmentier  et  les  vingt  années 
qui  les  suivirent,  la  pomme  de  terre  s’était  répandue  àun  point 
que  sa  production  dépassait  déjà  10  millions  de  quintaux,  et 
que  plus  de  200.000  hectares  étaient  déjà  consacrés  à  sa  cul¬ 
ture.  Parmentier  put  jouir  de  cet  immense  succès  dû  en 
grande  partie  à  son  inlassable  propagande;  et  dans  lequel  il 
dut  trouver  une  grande  satisfaction,  récompense  des  mieux 
méritées  de  ses  persévérants  efforts. 

Mais  les  heureux  résultats  de  ces  efforts  ne  se  sont  pas  seu¬ 
lement  fait  sentir  en  France.  Comme  je  l’ai  dit,  la  pomme  de 
terre  a  conquis  le  monde  entier,  et  l’on  peut  en  juger  par  le 
tableau  suivant  dans  lequel  j’ai  réuni  la  production  de  la 
presque  totalité  des  pays  européens.  Il  manque  à  ce  tableau 
la  Grèce,  la  Suisse,  l’Espagne  et  le  Portugal,  qui,  cependant 
doivent  la  produire;  mais  leai  autres  réunis  arrivent  à  une  pro¬ 
duction  totale  de  1.429.293.312  quintaux  métriques.  Or,  en 
admettant,  pour  la  population  approximative  de  l’Europe,  le' 
total  de  400  millions,  on  voit  que  la  production  de  la  pomme 
de  terre  en  assure  à  chacun  de  ses  habitants  plus  de  3  quintaux. 
Cette  proportion  est,  du  rester  depuis  le  commencement  de  ce 
siècle,  dépassée  pour  la  France  qui,  pour  moins  de  40  millions 
d’habitants  de  tous  âges,  en  récolte  134  millions  de  quintaux. 


t21J  CONTRIBUTION  -A  L’ÉTUDE  DE  LA  POMME  DE  TERRE  113 


Je  n’ai  pas  d’une  manière  complète  les  productions  des  autres 
pays  ;  mais  elle  est  aussi  cultivée  dans  de  nombreuses  régions 
de  l’Asie,  de  l’Amérique  dont  elle  est  originaire  et  aussi  de 
l’Australie.  J’ai  réuni  quelques-unes  de  ses  productions  dans  le 
tableau  suivant.  On  peut  y  voir  que  le  Japon  en  récolte  plus 
de  7  millions  de  quintaux,  la  République  Argentine  10  millions 
de  quintaux,  le  Canada  21  millions  et  les  Etats-Unis  116  mil¬ 
lions. 


Culture  et  production  de  la  pomme  de  terre, 
en  1912  et  1913. 


1 

SUPERFICIE 

SURFACE 

SURFACE 

m 

Russie  d’tiirope.  . 

1913 

303.693.970 

201.751.370 

3.377.060 

Suède  . 

1911 

41.035.360 

3.339.611 

132.201 

Norvège  .... 

191U 

30.963.300 

1.137.811 

42.06( 

Danemark  .  .  . 

1912 

3.897.114 

2.747.184 

61.141 

Turquie  d’Europe  . 

22.285 

Bulgarie  .... 

1912 

9.634.550 

3.385.09c 

3.484 

Serbie  . 

1912 

4.830.260 

4.304 

Roumanie  .  .  . 

1912 

13.017.700 

6.131.127 

36.106 

Allemagne  .  .  . 

1913 

54.064.787 

26.557.313 

3.412.201 

Hollande  .... 

1913 

3.262.709 

.  2.444.530 

169.998 

Autriche-Hongrie  . 

1912 

60.493.060 

32.609.193 

1.966.481 

Angleterre  .  .  . 

1913 

31.370.826 

18.911.300 

479.511 

Belgique  .... 

1913 

2.945.557 

1  885.357 

159.871 

Italie . 

1913 

28.661.037 

14.718.900 

292.300 

France  .... 

1913 

j  53.640.800 

39.960.649 

1.531.150 

Japon  1 

As 

1  ” 

U. 

1  6.817.692 

1  73.895| 

Canada . | 

1913  1 

Amérique. 

191.600 

|H| 

Etats-Unis  .  .  .1 

1913  1 

» 

1.484.000 

Rép.  Argentine.  1 

1913  ( 

112.330 

BH 

D’après  ces  quelques  chiffres,  il  semble  donc  que  c’est  en 
Europe  que  la  culture  de  la  pomme  de  terre  est  la  plus  répan¬ 
due,  et  qu’en  tenant  compte  de  la  superficie  totale  de  ses 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


lU 

nations,  c’est  l’Allemagne  qui  tient  le  premier  rang  avec  une 
production  de  541  millions  de  quintaux.  La  Russie  d’Europe 
vient  après  avec  336  millions,  et  l’Autriche-Hongrie  avec 
164  millions.  La  France,  malgré  sa  grande  production  n’occupe 
que  le  rang. 

En  ne  tenant  compte  que  de  son  poids,  la  pomme  de  terre 
est  donc  au  moins  un  des  végétaux  dont  la  production  est  la 
plus  élevée.  Seuls  le  froment  et  le, riz  peuvent  rivaliser  avec 
elle  à  ce  point  de  vue.  Mais  nous  verrons  bientôt  que  ces  deux 
céréales  l’emportent  beaucoup  sur  elle  par  leur  valeur  nutri¬ 
tive. 

Composition  de  la  pomme  de  terre.  —  Quel  que  soit  le  pays  de 
sa  production,  la  pomme  de  terre  conserve  sensiblement  la 
même  composition.  Elle  est  toujours  riche  en  eau,  pauvre  en 
azotés  et  en  corps  gras,  assez  riche  en  matières  salines  et  elle 
doit  sa  valeur  alimentaire  surtout  à  ses  hydrates  de  carbone,  , 
qui  représentent  environ  le  cinquième  de  son  poids.  Je  réunis 
dans  le  tableau  suivant  les  moyennes  données  par  Konig, 
d’après  Siderski,  par  Molescholt  et  par  Balland.  J’y  ajoute 
l’analyse  de  quelques  variétés  empruntées  à  Balland  et  citées 
par  A.  Gautier  et  par  Alquier. 

Composition  des  diliérentes  pommes  de  terre. 


|23]  CONTRIBUTION  A  L’ÉTUDE  DE  LA  POMME  DE  TERRE  115 

Sauf  pour  les  deux  dernières  analyses  dues  à  Alquier,  les 
autres  ont  été  faites  sur  la  pomme  de  terre  crue.  Elles  donnent 
sûrement  des  indications  utiles,  parce  qu’elles  nous  fixent  sur 
la  composition  dans  cet  état  et  qu’elles  nous  permettront 
d'apprécier  les  modifications  que  lui  font  subir  les  différents 
modes  de  cuisson.  Ces  analyses,  faites  dans  des  régions  diffé¬ 
rentes,  et  par  conséquent  ayant  porté  sur  les  pommes  de  terre 
récoltées  dans  ces  différentes  régions  font  bien  ressortir  ce 
point  important  que,  quelle  que  soit  leur  pays  de  production, 
leur  composition  varie  réellement  bien  peu., En  s’en  tenant  aux 
moyennes,  on  voit,  par  ce  tableau,  que  l’eau  reste  dans  les 
proportions  de  70  à  78  p.  100,  les  azotés  de  1  à  2  grammes,  les 
corps  gras  de  0  gr.  10  à  0  gr.  15  ;  les  hydrates  de  carbone  de 
20  à  25  grammes;  les  matières  salines  1  gramme  environ  ;  enfin 
on  peut  estimer  les  calories  entre  100  à  125. 

La  culture  a  multiplié  les  variétés,  on  peut  citer  parmi  les 
plus  importantes,  la  Early  rose,  celle  d’Hollande,  d’Auvergne, 
de  Bourgogne,  Hâtive  Saint-Jean,  Royale  bleue.  Saucisse 
rouge.  Mille  yeux,  Vitelotte,  rosace  d’Allemagne.  Mais  quelle 
que  soit  la  variété,  je  reviens  sur  ce  point,  la  composition 
reste  sensiblement  la  même;  et  si  l’analyse  fait  constater  des 
différences,  ces  dernières  portent  surtout  sur  les  quantités 
d’eaü  et  dépendent  du  terrain  plus  que  de  la  variété. 

J’ai  dit  que  les  matières  salines  sont  dans  les  proportions  de 
1  p.  100;  et  d’après  les  analyses  rapportées  par  M.  Gautier,  on 
peut  voir  que  ces  matières  sont  composées  pour  plus  de 
*50  p.  100  de  sels  de  potasse  combinés  surtout  avec  l’acide 
citrique  et  l’acide  malique.  L’acide  phosphorique  n’arrive  pas 
à  10  p.  100,  l’acide  sulfurique  à  3  p.  100,  et  la  soude  n’y  figure 
qu’à  l'état  de  traces. 

Modifications  subies  par  la  pomme  de  terre  suivant  ses  divers 
modes  de  cuisson. 

Comme  Parmentier  l’avait  déjà  fait  ressortir  à  la  louange  de 
la  pomme  de  terre,  celle-ci  peut  être  consommée  de  bien  des 
manières.  Mais  quelle  que  soit  la  forme  dernière  de  sa  consom¬ 
mation,  elle  y  est  préparée  par  un  de  ces  trois  modes  de  cuis- 


116  ■  .  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  124] 

son.  1°  Cuisson  dans  l'eau;  2®  cuisson  dans  les  corps  gras; 
3“  cuisson  sous  la  cendre. 

La  cuisson  dans  l'eau  leur  laisse  leur  poids.  Elles  peuvent 
augmenter  ou  diminuer,  néanmoins  toujours  dans  de  très  fai¬ 
bles  proportions.  Mais  pendant  ce  mode  de  cuisson,  elles  per¬ 
dent  une  partie  notable  de  leur  matière  saline.  D’après  les 
expériences  que  j’ai  faites  avec  Carcanague,  sur  1  gr.  25  de 
matières  salines  que  contenaient  100  grammes  de  pommes  de 
terre  crues,  cette  quantité  était  déjà  ramenée  à  O  gr.  78  après 
vingt  minutes  d’ébùllition,  à  0  gr.  53  après  trente  minutes  et  à 
O  gr.  34  après  trois  heures,  correspondant  à  la  cuisson  com¬ 
plète.  Comme  on  pouvait  le  prévoir,  les  pertes  salines  pendant 
la  cuisson  dans  l’eau,  même  de  courte  durée  portent  sur  la 
potasse.  Tandis  que  nous  en  avions  trouvé  0  gr.  382  pour 
100  grammes  de  pommes  de  terre  crue.  Cette  ébullition  n’en 
laissait  que  0  gr.  183,  soit  sensiblement  la  moitié  après  trente 
minutés  et  seulement  0  gr.  098  après  la  cuisson  complète,  soit 
à  peu  près  un  quart.  La  cuisson  dans  l’eau  diminue  donc  beau¬ 
coup  les  matières  salines  de  la  pomme  de  terre  et  surtout  ses 
sels  de  potasse.  Mais  nos  habitudes,  après  leur  cuisson,  et 
même  pendant  celle-ci,  nous  font  ajouter  du  chlorure  de 
sodium,  dans  une  proportion  qui  le  plus  souvent  dépasse  celle 
des  sels  de  potasse. 

Cette  modification  des  matières  salines  est  la  même  pour 
tous  les  modes  de  consommation  de  la  pomme  de  terre  qui 
exigent  la  cuisson  dans  l’eau  :  en  purée,  en  croquettes,  et 
aussi  dans  son  emploi  pour  la  panification.  Mais  cette  modifi¬ 
cation  est  à  peu  près  la  seule  ;  sa  valeur  alimentaire  reste  la 
même  à  poids  égal. 

Cuisson  dans  les  corps  gras.  —  Mais  il  en  est  bien  autrement 
quand  on  les  fait  frire.  Ce  mode  de  préparation  d’abord  exige 
l'épluchage;  et  confié  à  des  bonnes,  il  fait  perdre,  d’après 
mes  observations,  20  p.  100,  ce  qui  constitue  une  perte  réelle 
considérable.  La  friture  diminue  également  leur  poids  ;  mais 
celle  diminution  porte  surtout  sur  l’eau  sans  abaisser  leur 
valeur  alimentaire.  Après  leur  épluchage,  la  friture  leur  fait 
jterdre,  comme  poids,  48  p.  100;  mais  à  poids  égal  leur  valeur 
alimentaire,  ainsi  que  le  prouve  l’analyse  donnée  par  Alquier, 


[25]  CONTRIBUTION  A  LÉTUDE  UE  LA  POMME  DE  TERRE  ÎIT 

est  sensiblement  augmentée.  L’eau  est  ramenée  à  43  p.  100,  les 
azotés  sont  portés  à  4  p.  100  environ,  les  hydrates  de  carbone 
à  44  p.  100  et  la  valeur  en  calories  à  336,  au  lieu  de  100  à  125. 
Enfin,  fait  digne  de  remarque,  les  matières  grasses  qui,  à  l’état 
cru  et  après  la  cuisson  dans  l’eau  sont  dans  les  environs  de 
0  gr.  10  p.  100,  arrivent  après  la  friture  à  dépasser  6  grammes. 
La  pomme  de  terre  pendant  ce  mode  de  cuisson  absorbe  donc 
les  corps  gras  qui  servent  à  la  faire  cuire. 

Il  en  est  de  même  probablement  pour  les  pommes  de  terre 
nouvelles  qui  sont  frites  sans  être  soumises  à  l’épluchage. 
Elles  perdent  également  43  p.  100  de  leur  poids,  mais  cette 
perte  porte  surtout  sur  leur  eau;  et,  par  conséquent,  ^ans 
diminuer  leur  valeur  alimentaire,  celles-ci  comme  pour  les 
pommes  de  terre  frites  doivent  même  absorber  les  corps  gras 
dans  lesquels  on  les  fait  cuire. 

Mes  recherches  faites  avec  Carcanague  nous  ont  montré  ces 
autres  faits  intéressants  : 

1“  Que  tandis  que  la  cuisson  dans  l’eau  diminue,  nous  l’avons 
vu,  la  potasse  de  la  pomme  de  terre,  la  cuisson  dans  les  corps 
gras  ne  les  modifie  que  beaucoup  moins.  Le  tableau  suivant 
donne  nos  résultats  après  la  cuisson  dans  l’huile,  la  graisse  et 
le  beurre  '. 


Pertes  des  matières  salines  totales  et  du  potassium 
pendant  la  cuisson  dans  l'eau  et  les  corps  gras. 


Gomme  on  le  voit,  les  sels  de  potassium  fortement  diminués 
dans  l’ébullition  dans  l’eau  le  sont  beaucoup  moins  dans  les 


1.  Quatrième  votume  démon  Traité  de  l'alimentation  et  de  la  nuMtion 
à  Tétai  normal  et  pathologique.  Doin,  Paris,  1912,  p.  153. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[261 


corps  gras.  La  différence  existe  aussi  pour  les  autres  matières 
salines,  mais  beaucoup  moins  prononcées. 

11  faut  donc  retenir  que  la  cuisson  de  la  pomme  de  terre 
dans  les  corps  gras  diminue  peu  sa  richesse  en  potasse. 

Mais,  de  plus,  nos  recherches  avec  Carconague  nous  ont  fait 
constater  un  autre  fait  intéressant  en  ce  qui  concerne  les  sels 
de  chaux.  Tandis  que  dans  la  cuisson  dans  l'eau  les  sels  de 
potassium  sont  très  diminués,  et  que  les  sels  de  chaux  le  sont 
moins,  dans  la  cuisson  dans  l’huile  ce  sont  ces  derniers  qui  le 
sont  le  plus.  Le  tableau  suivant  va  faire  ressortir  cette  diffé¬ 
rence*. 

Modifications  subies  par  le  calcium  des  pommes  de  terre, 
pendant  leur  cuisson  dans  Teau  ou  dans  l'huile. 


modes  de  cuisson.  .  . 


Sels  totaux  et  calcium  .  < 


moy.  de  5  expériences  •  1,290|  0,U5 


0,57  0,069 


0,750  0,020 


Comme  on  le  voit  ; 

1“.  D’une  part  les  sels  totaux  perdent  davantage  dans  la 
cuisson  dans  l’eau  que  dans  celle  dans  les  corps  gras  ; 

2“  Au  coütraire,  le  calcium  perd  beaucoup  plus  dans  les  corps 
gras  que  dans  l’eau. 

Ces  différentes  constatations  conduisent  à  des  applications 
pratiques  que  l’on  peut  résumer  dans  les  propositions  sui¬ 
vantes  ; 

1“  Il  y  a  une  économie  environ  de  2o  p.  100  à  consommer  les 
pommes  de  terre  bouillies,  parce  que  ce  mode  de  cuisson  évite 
l’épluchage. 

2°  La  cuisson  dans  l’eau  ne  modifie  pas  sensiblement  le  poids 


1.  Modifications  apportées  par  la  cuisson  dans  les  sels  de  calcium  nor¬ 
malement  contenus  dans  les  végétaux  par  Carconague  (Société  i!e  méde¬ 
cine  de  Toulouse,  juillet  1910). 


[27J  CONTRIBUTION  A  L’ÉTUDE  DE  LA  POMME  DE  TERRE  119 

des  pommes  de  terre.  Elle  leur  laisse  intacte  leur  valeur  ali¬ 
mentaire.  Elle  ne  diminue  que  leurs  matières  salines,  notam¬ 
ment  les  sels  de  potasse,  qui,  dans  leur  préparation  sont  rem¬ 
placés  par  le  chlorure  de  sodium.  Elle  ne  diminue  que 
beaucoup  moins  les  sels  de  chaux. 

La  friture  et  le  rissolage  leur  enlèvent  une  partie  impor¬ 
tante  de  leur  eau.  Ces  préparations  ne  diminuent  que  peu  leurs 
sels  de  potasse  et  beaucoup  leurs  sels  de  chaux.  Elles  augmen¬ 
tent  les  corps  gras;  et,  pour  le  même  poids,  elles  triplent  leurs 
azotés  et  aussi  leur  valeur  en  calories. 

A  poids  égal  la  pomme  de  terre  frite  ou  rissolée  a  donc 
environ  une  valeur  alimentaire  au  moins  Irois  fois  supérieure 
à  celle  de  la  pomme  de  terre  bouillie. 

Cuisson  sous  la  cendre.  —  Ce  mode  de  cuisson  est  depuis 
quelque  temps  le  moins  employé  des  trois.  Quoique  ces 
résultats* n’aient  pas  été  soumis  à  l’analyse,  les  conditions 
dans  lesquelles  elle  s’opère  ne  laissent  aucun  doute  sur  ces 
points  qu’elle  doit  diminuer  la  quantité  d’eau  et  que,  par  con¬ 
séquent,  à  poids  égal,  elle  rend  la  pomme  de  terre  plus  nutri¬ 
tive.  Il  est  probable  aussi  qu’elle  modifie  une  partie  de 
l’amidon  en  le  transformant  en  dextrine.  Quant  aux  matières 
salines  elles  ne  sont  pas  modifiées,  mais  la  diminution  de 
l’eau  augmente  leur  concentration,  et  rend  la  pomme  de  terre 
plus  sapide. 

Poussée  un  peu  loin,  la  cuisson  sous  la  cendre  ou  au  four 
diminue  le  poids  de  la  pomme  de  terre  au  moins  d’un  quart  et, 
par  conséquent,  les  100  grammes  ainsi  cuits  doivent  donner 
dans  les  environs  de  2  grammes  d’azotés  et  arriver  entre  l2o  et 
ISO  calories. 

De  ces  trois  modes  de  cuisson,  c’est  celui  dans  l'eau  qui  est 
de  beaucoup  le  plus  fréquent.  C’est  lui  qui  prépare  la  pomme 
de  terre  au  plus  grand  nombre  de  ses  modes  de  consommation 
tels  que  les  salades,  les  purées,  les  croquettes,  les  beignets  et 
aussi  son  utilisation  pour  la  panification.  La  cuisson  dans  les 
corps  gras  est  aussi  assez  fréquente  par  son  emploi  dans  les 
ragoûts,  et  aussi  à  l’état  de  friture.  C’est  principalement  à  ce 
mode  de  cuisson  que  se  préparent  les  pommes  de  terre  jeunes. 


120  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [28] 

les  pommes  nouvelles.  On  les  fait  rissoler.  Il  en  est  de  même 
assez  souvent  de  ces  mêmes  pommes  de  terre  qui  servent  de 
garniture  aux  viandes  rôties,  notamment  au  gigot,  aux  côte¬ 
lettes  et  aux  bifleacks. 

Ce  mode  de  cuisson  donne,  en  général,  plus  de  sapidité  à  la 
pomme  de  terre.  D’une  part,  en  effet,  comme  son  eau  est  dimi¬ 
nuée,  ses  matières  salines  se  trouvent  plus  concentrées.  Celles- 
ci,  de  plus,  sont  augmentées  par  le  chlorure  de  sodium  qui 
leur  est  ajouté  pendant  leur  cuisson.  En  outre,  une  partie  de 
leur  amidon  est  transformée  en  dextrine;  et  enfin,  je  l’ai  dit, 
en  cuisant  dans  les  corps  gras,  elles  en  absorbent  une  partie. 
Or,  ces  corps  gras,  soit  par  leur  origine,  soit  par  suite  de  leur 
cuisson  sont  toujours  chargés  d’arome.  Aussi  d’une  manière 
générale,  les  pommes  de  terre  rissolées  sont-elles  préférées  à 
celles  servies  seulement  bouillies.  Au  point  de  vue  de  la  sapi¬ 
dité  cette  préférence  est  tout  à  fait  justifiée;  mais  je  trouve  à 
la  cuisson  dans  l’eau  l’avantage  de  débarrasser  la  pomme  de 
terre  d’une  partie  importanle  de  ses  sels  de  potasse;  et  il  me 
semble  que  l’hygiène  des  organes  digestifs  et  des  reins  ne  peut 
qu’y  gagner  au  moins  chez  les  personnes  qui  ont  à  ménager 
ces  organes;  notamment  les  dyspeptiques,  les  néphrétiques  et 
en  général  toutes  les  personnes  âgées. 

Quant  à  la  cuisson  sous  la  cendre,  elle  devient  de  plus  en 
plus  exceptionnelle,  par  l’usage  de  plus  en  plus  répandu  du 
charbon  et  du  gaz  pour  la  préparation  de  nos  aliments. 

Après  ces. indications  d’abord  sur  la  composition  chimique 
de  la  pomme  de  terre  et  ensuite  sur  les  modifications  que  font 
subir  à  cette  composition  les  procédés  de  sa  cuisson,  nous 
pouvons  aborder  avec  fruit  la  question  de  son  utilisation  pour 
la  panification. 

Des  différents  pains  de  Parmentier  avec  la  pomme  de  terre  *. 
—  Parmentier  a  conseillé  trois  pains  dans  lesquels  la  pomme 
de  terre  entre  dans  des  proportions  différentes  ;  et  il  les  a  lui- 
même  distingués  sous  les  noms  suivants  ;  «  Le  pain  de  pom¬ 
mes  de  terre  tel  qu’on  l’a  composé  jusqu’à  présent  ne  mérite 

1.  La  description  de  ces  procédés  aurait  pu  être  abrégée,  mais  j’ai 
préféré  les  donner  tels  que  Parmentier  les  avait  décrits. 


[29]  CONTRIBUTION  A  L'ÉTUDE  DE  LA  POMME  DE  TERRE  121 


nullement  qu’on  le  qualifie  de  ce  nom,  puisque  ce  SQnt  tou¬ 
jours  les  farines  avec  lesquelles  on  le  prépare  qui  y  dominent  ; 
mais  celui  dont  il  s’agit  est  tout  le  contraire.  On  peut  donc  les 
distinguer  par  ces  nuances  :  du  pain  de  froment  mélangé  avec 
des  pommes  de  terre,  du  pain  de  pommes  de  terre  mélangé 
avec  du  froment;  enfin  le  pain  de  pommes  de  terre  sans  mé¬ 
lange  « 

Ce  sont  donc  là  trois  qualités  différentes  de  pain  de  pommes 
de  terre  ;  et  Parmentier,  après  les  avoir  tous  fabriqués,  a  décrit 
plusieurs  fois  les  procédés  pour  les  bien  préparer. 

Pain  de  froment  mélangé  avec  la  pomme  de  terre.  «  Pour  pré¬ 
parer  du  bon  pain  de  pommes  de  terre  *,  il  faut  que  ces  racines 
s’y  trouvent  dans  les  proportions  de  parties  égales  avec  la 
farine  des  autres  grains. 

«  Pour  cet  effet,  on  fera  cuire  les  pommes  de  terre  dans  l’eau  ; 
on  en  ôtera  la  peau,  on  les  écrasera  bouillantes  avec  un  rou¬ 
leau  de  bois,  de  manière  qu’il  ne  reste  aucuns  grumeaux  et 
qu’il  en  résulte  une  pâte  unie,  tenace  et  visqueuse;  on  prendra 
la  moitié  de  la  farine  destinée  à  la  pâte,  dont  on  préparera 
le  levain  d’une  part;  de  l’autre  les  pommes  de  terre  écrasées 
et  broyées  sous  un  rouleau  de  bois;  on  mêlera  l’un  et  l’autre 
avec  le  restant  de  la  farine,  et  ce  qui  est  nécessaire  d’eau 
chaude...  Quand  la  pâte  sera  suffisamment  levée,  on  l’enfour¬ 
nera,  en  observant  que  le  four  ne  soit  pas  autant  chauffé  que 
de  coutume,  et  on  aura  soin  de  le  laisser  cuire  plus  longtemps. 
Ce  pain  est  bon,  savoureux,  bien  levé,  se  lient  frais  longtemps 
et  est  de  bonne  digestion.  » 

Pain  de  pommes  de  terre  sans  mélange''.  —  «  Avant  de 
transformer  les  pommes  de  terre  en  pain,  écrit  Parmentier, 
il  faut  les  rendre  propres  par  des  opérations  préliminaires  qui 
mettent  leurs  parties  constituantes  en  élat  de  se  combiner  avec 
l’eau  et  d’acquérir,  par  ce  moyen,  une  mollesse  et  une  flexi¬ 
bilité  favorables  au  pétrissage  ainsi  qu’au  mouvement  de  fer¬ 
mentation  panaire  qui  doit  s’y  établir. 

1.  Beeltfrches  sur  le.',-  végétaux  nourrissants,  p.  142. 

2.  Mémoire  sur  les  avantages  que  la  province  du  Languedoc  peut 
relirer  de  ses  grains.  Imprimerie  des  États  du  Languedoc.  Paris,  nSS, 
p.  370. 

3.  -Même  mémoire,  p.  3Sü. 


122  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [30] 

Oa  divise  les  pommes  de  terre  lavées  à  l’aide  d’une  râpe 
montée  sur  un  châssis;  et  ces  racines,  ainsi  râpées,  offrent  une 
pâte  liquide  qu’ûn  délaie  dans  l’eau  avec  les  mains;  on  verse 
le  tout  dans  un  tamis  placé  aü-dessus  d’un  autre  vase.  L’eau 
passe  trouble  au  travers  et  entraîne  avçc  elle  l’amidon,  qu’on 
trouve  déposé  à  la  partie  inférieure.  On  jette  l’eau  et  on  en 
ajoute  de  nouvelle,  jusqu’à  ce  qu’elle  cesse  d’être  teinte;  on 
décante  le  précipité  et  on  l’expose  par  morceaux  au  soleil  ou 
â,  l’étuve;  à  mesure  qu’il  se  sèche,  il  prend  l’élat  blanc  et 
brillant.  C’est  un  amidon  qui,  tamisé  à  travers  des  bluteaux 
d’un  tamis  serré,  acquiert  une  ténuité  qui  le  rend  comparable 
au  plus  bel  amidop  de  froment. 

D’un  autre  côté,  on  prend  les  pommes  de  terre  cuites  et 
conservées  en  pâte,  comme  on  l’a  déjà  dit;  on  en  mêle  une 
demi-livre,  autant  de  leur  amidon;  quatre  onces  d’eau  et  un 
peu  de  levain  ordinaire;  le  mélange  est  mis  dans  un  endroit 
pendant  trois  heures;  au  bout  de  ce  temps,  on  ajoute  ce 
levain  à  un  même  poids  d’amidon  et  de  pulpe,  et  un  demi- 
gros  de  sel;  on  pétrit  le  tout,  on  divise  la  pâte,  on  la  façonne, 
an  la  distribue  par  pains  d’une  demi-livre  qu’on  met  dans  des 
pannetiers  pendant  deux  ou  trois  heures;  on  les  met  au  four 
et  on  les  y  laisse  encore  une  heure  et  demie. 

Le  pain  de  pommes  de  terre  est  donc  composé  de  moitié 
4’amldon  et  de  moitié  de  pulpe,  d’un  demi-gros  de  sel  par 
livre  de  mélange.  L'eau,  qui  forme  le  cinquième  environ  de  la 
masse  générale,  se  dissipe  en  entier  durant  la  cuisson;  en 
sorte  que,  pour  obtenir  une  livre  de  ce  pain,  il  faut  trois  livres 
et  demie  de  pommes  de  terre,  c’est-à-dire  neuf  onces  d’amidon 
et  autant  de  pulpe  ;  mais  il  est  important  de  remarquer  que, 
dans  ce  déchet,  nos  racines  n’ont  perdu  que  leur  humidité 
surabondante,  la  matière  nutritive  qu’elles  renferment,  loin 
d’avoilf  été  affaiblie  dans  ces  effets,  n’a  pu  que  beaucoup  gagner 
par  la  fermentation  panaire  qui,  comme  l’on  sait,  améliore 
tous  les  farineux  indifféremment,  en  augmentant  leur  volume 
et  leur  dissolubilité  dans  l’estomac.  » 

Après  la  description  qu’il  avait  donnée  de  ce  procédé  dans 
son  ouvrage  sur  les  végétaux  nourrissants,  Parmentier,  pour 
favoriser  la  fermentation  de  ce  pain,  avait  conseillé  d’ajouter 
à  la  pâte  un  peu  de  levure  de  bière  délayée  dans  l’eau  (p.  139). 


[31]  Contribution  a  l’étude,  de  la  pomme  de  terre  123 

Pain  de  pommes  de  terre  mélangé  de  froment.  —  Ce  pain  ne 
diffère  du  précédent  que  par  l’addition  d’une  faible  quantité 
de  farine  de  froment  ou  d’une  autre  céréale,  addition  qui 
a  pour  but  de  favoriser  la  fermentation.  Je  reproduis  le  pas¬ 
sage  que  lui  a  consacré  Parmentier  dans  sou  livre  sur  les 
végélaux  nourrissants*  (p.  141). 

«  Quoique  la  fabrication  du  pain  de  pommes  de  terre  ait  été 
exécutée  avec  succès  par  différentes  personnes,  je  ne  discon¬ 
viens  pas  qu’elle  ne  soit  encore  au-dessus  de  l’intelligence  des 
gens  de  la  campagne,  pour  lesquels  j’écris;  mais,  on  la 
rendrait  bientôt  plus  aisée  avec  une  poignée  de  farine  de  fro¬ 
ment,  de  seigle  ou  d’autres  grains;  la  pâte  alors  prend  plus 
de  consistance  et  de  viscosité;  elle  lève  mieux  et  plus  parfai¬ 
tement;  enfin,  le  pain  a  plus  de  qualité.  11  me  semble  déjà 
entendre  mille  voix  s’élever  contre  ce  moyen  et  crier  qu'il 
n'est  pas  nouveau,  puisque  c'est  là  précisément  ce  que  tout  le 
monde  fait.  Je  demande,  avant  qu’on  ne  prenne  un  parti,  de 
vouloir  bien  faire  attention  à  l’éclaircissement  qui  suit  : 

La  plus  grande  dose  de  pommes  de  terre  qu’on  soit  par¬ 
venu  à  introduire  dans  la  pâte  des  différents  grains,  c’est 
parties  égales;  or,  je  crois  avoir  démontré  que  ces  racines  ne 
fournissent  tout  au  plus  un  tiers  de  leur  poids  de  matière 
substantielle,  et  que,  pour  produire  une  livre  de  nourriture 
comparable  ^  celle  d’une  même  quantité  de  pain  de  froment, 
il  fallait  employer  trois  livres  de  pommes  de  terre  au  moins, 
de  manière  que  si  un  seul  homme  consommait  par  année 
environ  300  livres  de  blé,  le  supplément  en  question  ne  pour¬ 
rait  en  épargner  qu’un  quart  au  plus.  Mais  ici,  la  chose  est 
absolument  différente;  une  pâte  de  pommes  de  terre  est  presque 
aussi  solide  que  celle  qui  résulte  des  meilleurs  farineux,  et 
une  livre  donne  communément  trois  quarterons  de  pain  qui 
nourrit  très  bien.  Or,  un  douzième  de  farine,  que  je  propose 
d’ajouter,  deviendrait  toute  la  dépense,  et  il  arriverait  qu’avec 
cinquante  livres  de  grains,  suffisant  à  peine  pour  la  subsis¬ 
tance  d’un  mois,  on  aurait  du  pain  toute  l’année.  » 

1.  J’ai  pris  les  procédés  des  deux  autres  qualités  de  pain  de  poinmes 
de  terre  dans  son  mémoire  sur  les  avantages  que  le  Languedoc  peut 
tirer  de  ces  groins,  parce  que  ce  mémoire  a  été  fait  cinq  ans  après.  Mais, 
dans  ce  dernier  travail,  Parmentier  ne  donne  pas  ce  troisième  procédé. 


124  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [32] 

Telles  sont,  d’après  Parmentier,  les  trois  procédés  pour 
utiliser  la  pomme  de  terre  pour  la  panification.  Or,  voyons 
qu’elle  est  la  valeur  approximative  des  pains  qui  résultent  de 
chacun  de  ces  trois  procédés,  en  se  basant  sur  la  quantité  de 
farine  de  froment  et  la  quantité  de  pommes  de  terre  qui  entrent 
dans  leur  composition. 


Composition  de  100  grammes  de  ces  pains  *. 


seul  celui  contenant  SO  p.  100  de  farine  de  froment  a  une 
valeur  alimentaire  appréciable  comme  azotés  et  comme  calo¬ 
ries.  L,a  valeur  alimentaire  des  deux  autres,  surtout  de  celui  ne 
contenant  que  de  la  pomme  de  terre,  est  négligeable.  Ils 
contiennent  encore  une  certaine  quantité  de  fécule,  mais 
presque  pas  d’azotés.  Le  kilogramme  du  pain  de  pommes  de 
terre  sans  mélange  ne  contient  que  18  grammes  d’azotés;  il 
faudrait  donc  plus  de  o  kilogrammes  de  ce  pain  pour  trouver 
les  100  grammes  d’azotés  que  l’on  attribue  généralement  à 
l’adulte.  Avec  le  pain  à  30  p.  100  de  pommes  de  terre,  il  faudrait 

1.  Cette  composition  est  celie  de  ia  farine  et  de  la  pomme  de  terre. 
Mais  ceiie  du  pain  qui  en  résulterait  contiendrait  en  plus  i’eau  mise 
pour  le  pétrissage.  Ces  mélanges  donnent  130  grammes  pour  100  grammes. 
On  voit  que  la  valeur  nutritive  de  ce  pain  devrait  être  diminuée  environ 
d’un  tiers. 


[33]  CONTRIBUTION.  A  L’ÉTUDE  DE  LA  POMME  DE  TERRE  125 


encore  plus  d’un  kilogramme  et  demi,  pour  trouver  environ 
90  grammes  d’azotés.  11  faut  donc  savoir  que  les  pains  préparés 
par  Parmentier  ainsi,  du  reste,  que  tous  ceux  dans  lesquels  la 
pomme  de  terre  enire  en  notable  proportion,  sontpeu  nutritifs. 
Pour  ne  pas  faire  trop  baisser  la  valeur  alimentaire  de  notre 
farine  en  y  mettant  de  la  pomme  de  terre,  cette  dernière  ne 
doit  pas  dépasser  la  proportion  de  20  p.  100.  Cette  proportion 
laisse  au  kilogramme  de  ce  pain  une  valeur  en  azotés  de 
83  grammes,  soit  de  42  gr.  23  pour  les  500  grammes.  Si  l’on 
adoptait  le  pain  de  pommes  de  terre  avec  50  p.  100,  dont  les 
500  grammes  ne  donnent  que  30  grammes  d’azotés,  il  faudrait 
avoir  soin  de  faire  entrer  dans  le  régime  des  aliments  pouvant 
établir  la  compensation;  on  l’obtiendrait,  du  reste,  facilement 
avec  les  légumes  secs.  Peut-être,  comme  je  vais  le  proposer, 
cette  compensation  pourrait  être  faite  dans  le  pain  lui-même, 
en  faisant  entrer  dans  sa  fabrication  une  certaine  porportion 
de  farine  de  fèves  qui  contient  dans  les  environs  de  25  p.  100 
de  substances  azotées. 

En  mélangeant  50  p.  100  de  farine  de  froment,  20  p.  100  de 
farine  de  fèves  et  30  p.  100  de  pommes  de  terre  bouillies,  on 
obtiendrait  un  mélange  contenant,  pour  100  gr.,  10  gr.  60 
d’azotés,  et  donnant  282  calories.  En  admettant  que  ces 
100  grammes  de  mélange,  après  le  pétrissage  et  la  cuisson 
donnent  130  grammes  de  pain,  les  100  grammes  de  pain  con¬ 
tiendraient  84  grammes  d’azotés  et  donneraient  216  calories, 
quantités  assez  rapprochées  de  celles  fournies  par  nqtre  pain 
habituel  pour  que  la  pratique  puisse  s’en  contenter. 


Procédé  suivi  dans  mes  essais.  —  Mes  essais  ont  été  faits  à  la 
boulangerie  du  Bureau  de  bienfaisance  de  Toulouse  ;  et  j’ai 
trouvé  dans  son  personnel  l’intelligence  et  la  bonne  volonté. 
Il  s’est  intéressé  à  ces  essais  et  il  a  ainsi  fortement  contribué 
à  ces  heureux  résultats. 

Au  début,  j’ai  employé  la  farine  de  froment  blutée  à  83  p.  100 
additionnée  de  20  p.  100  de  farine  de  maïs,  elle-même  blutée 
à  80  p.  100.  Pour  80  p.  100  de  ce  mélange,  j’ai  ajouté  20  p.  100 
de  pommes  de  terre  bouillies.  Mais,  dans  la  suite,  grâce  à 


SOCIÉTÉ ,  DE  MÉDECINEi.  PUBLIQUE 


[34]  ‘ 

l’obligeance  de  M.  le  Préfet,  j’ai  pu  avoir  de  la  farine  de 
froment  blutée  à85  p.  100  sans  mélange  ;  et  c’est  à  cette  farine 
que  la  pomme  de  terre  bouillie  a  été  réunie  successivement 
aux  proportions  de  20,  30,  40  et  50  p.  100. 

Les  quantités  de  pain  faites  à  chaque  essai  ont  varié  de  5  à 
10  kilogrammes.  En  même  temps  que  l’on  faisait  des  pains 
avec  de  la  pomme  de  terre,  on  fai.sait,  comme  termes  de  com¬ 
paraison,  du  pain  de  même  forme  avec  la  farine  pure  de 
froment/blutée  à  85  p.  100. 

Les  pommes  de  terre,  après  avoir  été  soigneusement  bouil¬ 
lies,  étaient  débarrassées  de  leur  pellicule  et  mise  en  pulpe  en 
les  écrasant  avec  soin,  et  aussitôt  mêlées  avec  l’eau  qui  dévait 
aussi  recevoir  la  farine. 

C’est  le  levain  provenant  de  lapâte  faite  avec  lafarine  blutée 
à  85  p.  lOÜ  et  additionnée  de  20  p.  100  de  farine  de  maïs  blutée 
elle-même' à  80  p.  100,  qui  a  servi  à  faire  mes  essais.  En  géné¬ 
ral  on  a  laissé  le  levain  agir  un  peu  plus  longtemps. 

Le  pétrissage  a  été  fait  à  la  main,  en  se  servant  pour  délayer 
la  farine  dé  l’eau  contenant  la  pomme  de  terre,  je  l’ai  dit, 
soigneusement  mise  en  pulpe.  , 

La  pâte  a  été  mise  en  flûtes  de  500  grammes  environ. 

La  cuisson  a  dû  être  surveillée;  elle  exige  un  four  peu 
chauffé  ;  et  à  la  fin  de  la  cuisson  la  porte  du  four  doit  être 
laissée- ouverte.  ' 

Caractères  organoleptiques  de  ces  pains.  —  Grâce  aux  soins 
qu’ont  mis  les  ouvriers  pour  préparer  la  pâte,  surveiller  la 
fermentation  et  la  cuisson,  tous  ces  essais,  ont  complètement 
réussi;  et  je  peux  résumer  leurs  résultats  dans  les  conclusions 
suivantes  : 

1°  La  comparaison  des  pains  faits  par  le  même  procédé  avec 
la  farine  pure  de  froment,  blutée  à  85  p.  100,  avec  ceux  addi¬ 
tionnés  de  pommes  de  terre  bouillies  dans  les  proportions  de 
20,  30,  40  et  50  p.  100,  m’a  fait  constater  que  les  derniers 
étaient  mieux  levés,  qu’ils  étaient  plus  élastiques  à  la  sortie 
du  four  et  qu’ils  le  restaient  48  heures  et  OO  heures  après. 

2”  L’addition  delà  pomme  de  terre  ne  donne  pas  un  pain 
plus  brun.  Avec  la  proportion  de  30  p.  100,  il  l’était  même 


[35]  CONTRIBUTION  A  TÉTUDE  DE  LA  POMME  DE  TERRE  12T 

un  peu  moins.  Du  reste,  d’après  des  expériences  destinées  à 
rechercher  la  cause  de  la  couleur  bise  du  pain,  j’ai  reconnu  que 
sa  cause  principale  est  le  blutage. 

3°  La  dessiccation  marche  lentement.  Le  poids  de  ces  pains 
ne  diminue  pas  de  1  p.  100  dans  48  heures. 

4“  Même  avec  les  porportions  de  40  à  50  p.  100,  le  pain  con¬ 
serve  une  bonne  odeur  de  pain  de  froment. 

5“  Ces  pains  absorbent  plus  facilement  les  liquides  que  ceux 
faits  avec  le  froment  pur  bluté  à  85  p.  100.  C’est  probable¬ 
ment  pour  cette  raison  qu’ils  s’insalivent  mieux,  qu’ils  sont 
moins  rudes  à  la  langue  et  qu’en  somme  ils  sont  trouvés  de 
meilleur  goût.. 

6®  Enfin,  comme  conclusion  générale,  il  résulte  de  ces  essais 
que  les  pains  contenant  de  la  pomme  de  terre  bouillie  sont, 
au  point  de  vue  organoleptique,  préférables  à  ceux  faits  avec 
la  farine  pure  de  froment  blutée  à  85  p.  100. 

Valeur  nutrilive  de  ces  pains.  —  Quant  à  la  valeur  alimentaire 
de  ces  divers  pains,  elle  ressortira  du  tableau  suivant,  conte¬ 
nant  également  la  composition  de  la  farine  de  maïs  et  du 
mélange  de  80  p.  100  de  la  farine  de  froment  avec  20  p.  lÜO 
de  farine  de  maïs,  blutée  à  80  p.  100,  qui  est  celui  adopté  par 
le  département  de  la  Haute-Garonne. 

Ce  tableau  nous  donne  la  composition  des  farines,  celle  de  la 
pomme  de  terre  bouillie  et  celles  des  mélanges.  Or,  les  essais 
que  j’ai  faits  m’ont  permis  de  constater  que  l’introduction  de 
la  pomme  de  terre  ne  modifie  pas  sensiblement  le  rendement 
de  ces  mélanges  en  pain.  Les  100  grammes  de  ces  mélanges 
donnent  toujours  environ  130  grammes  de  pain.  Quand  on 
met  des  pommes  de  terre  dans  le  pain,  on  est  naturellement 
conduit  à  ajouter  moins  d’eau  pour  donner  à  la  pâte  sa  consis¬ 
tance  habituelle  et  nécessaire.  La  pomme  de  terre  bouillie,  en 
efl'et,  apporte  avec  elle  de  14  grammes  à  30  grammes  d'eau  à 
ce  mélange.  Pour  avoir  la  valeur  alimentaire  de  100  grammes 
des  pains  résultantde  ces  mélanges,  il  faut  multiplier  la  com¬ 
position  des  mélanges  par  100  et  diviser  le  produit  par  130. 
La  valeur  en  azotés  du  mélange  n"  4  devient  ainsi  4  gr.  50 
au  lien  de  5,97,  et  celle  des  calories  seulement  170  au  lieu 
de  234. 


L'examen  de  ce  tableau  permet  donc  de  conclure  que 
l’introduction  de  la  pomme  de  terre  bouillie  dans  notre  pain 
dans  la  proportion  de  20  p.  100  à  celle  de  50  p.  100  : 1°  diminue 
d’une  manière  marquée  les  azotés  et,  quoique  dans  des  pro¬ 
portions  un  peu  plus  faibles,  la  valeur  en  calories.  Les 
100  grammes  de  pain  fait  avec  50  p.  100  de  pommes  de  terre 
bouillies  ne  contiendront  que  4  gr.  59  d’azotés,  tandis  que 
100  grammes  de  notre  pain  ordinaire  en  contiennent  8  gr.  25. 
L'addition  de  50  p.  100  de  pommes  de  terre  diminue  donc  tes 
azotés  de  moitié.  Tandis  que  les  100  grammes  du  pain  de 
froment  donnent  250  calories,  celui  avec  la  pomme  de  terre  en 
donne  176.  C’est  une  diminution  encore  très  marquée,  mais 
qui,  cependant,  n’arrive  qu’à  80  p.  100. 


[3*]  CiiNTRIBUTION  A  LETÜDE  DE  LA  POMME  DE  TERRE  129 

On  ne  saurait  donc  faire  entrer  les  pains  de  pommes  de  terre 
dans  notre  alimentation,  sans  tenir  compte  de  leur  valeur 
alimentaire  sensiblement  moindre. 

C’est  là  une  modification  importante  à  apporter  aux  pains 
de  Parmentier.  Aussi,  depuis  quelque  temps,  j’ai  cherché  à 
remédier  à  cette  valeur  nutritive  moindre  des  pains  faits  avec 
la  pomme  de  terre  en  y  mêlant  une  certaine  quantité  de  farine 
de  fèves,  qui  déjà  est  autorisée  par  la  loi  sur  les  succédanés. 

Dans  ces  essais,  je  me  suis  arrêté  à  une  proportion  de 
30  p.  100  de  pommes  de  terre  bouillie,  de  10  p.  100  de  farine 
de  fèves  et  de  60  p.  100  de  farine  de  froment. 

Le  pain  fait  dans  ces  conditions  conserve  les  meilleurs 
caractères  organoleptiques  et  acquiert,  au  point  de  vue  des 
azotés  ef  des  calories,  une  valeur  qui  se  rapproche  beaucoup 
de  celle  du  pain  fait  avec  le  froment  pur.  C’est  donc  ce  pain 
qui  me  paraît  devoir  être  préféré  à  tout  autre. 

Conditions  dans  lesquelles  on  peut  utiliseï'  le  pain  de  pommes 
de  terre.  —  Même  si  l’on  se  contentait  de  mêler  la  pomme  de 
terre  bouillie  à  la  farine  de  froment,  il  me  paraît  difficile  de 
généraliser  l’usage  de  ce  pain.  Pour  l’obtenir  de  bonne  qua¬ 
lité,  il  faut,  en  effet,  d’abord  choisir,  des  pommes  de  terre  au 
moins  parmi  les  marchandes,  les  faire  bouillir  à  point,  les  peler 
et  surtout  les  mettre  en  pulpe  fine  de  manière  à  éviter  tous  les 
grumeaux.  Mais,  de  plus,  il  faut  établir  une  proportion  entre 
la  farine  à  employer  et  la  pomme  de  terre.  Notre  boulan¬ 
gerie  est  en  partie  désorganisée  par  la  mobilisation,  et  il  est 
à  craindre  que  toutes  les  précautions  ne  soient  pas  prises  avec 
le  soin  voulu.  Or,  ces  difficultés  .seraient  encore  augmentées 
par  l’addition  de  la  farine  de  fèves  dans  les  proportions 
indiquées.  Ces  proportions  pourraient  donner  lieu  à  des 
erreurs. 

J’estime  donc  que,  vu  ces  difficultés,  la  généralisation  du 
pain  de  pommes  de  terre  présente  de  grands  obstacles  pra¬ 
tiques.  Mais,  au  contraire,  ce  pain  me  paraît  pouvoir  rendre 
des  services  dans  les  boulangeries  de  l’État,  dans  celles  des 
départements  et  des  municipalités,  qui  toutes  ont  un  chef 
boulanger  ou  un  fonctionnaire  capable  de  surveiller  la  manu¬ 
tention  et  de  calculer  les  mélanges.  11  en  est  de  même  des  bou- 


130  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [38] 

langeries  coopératives  et  aussi  des  familles  qui  feraient  elles- 
même  leur  pain. 

Or,  même  réduite  à  ces  proportions,  cette  utilisation  peut 
encore  conduire  à  des  économies  de  froment  appréciables.  On 
peut  s’en  rendre  compte  par  les  calculs  suivants,  que  je  fais 
pour  un  million  de  rationnaires. 

En  accordant  300  grammes  de  pain  de  froment  à  chacun  de 
ces  rationnaires,  il  faudrait,  dans  l'année,  1.403.230  quintaux 
de  farine  et,  en  admettant  que  celle-ci  soit  blutée  à  82  p.  100, 
il  faudrait  1.713.719  quintaux  de  froment. 

En  donnant  à  ces  mêmes  rationnaires  un  pain  ne  conte¬ 
nant  que  00  p.  100  de  cette  même  farine,  il  ne  faudrait  que 
839.500  quintaux  de  farine,  soit  1.022.363  quintaux  de  fro¬ 
ment.  Ce  serait  donc  une  économie  de  691.136  quintaux  de 
froment,  ce  qui,  on  le  voit,  a  son  importance. 

Voyons  maintenant  quelles  seraient  les  dépenses  pour  la 
farine  de  fève  et  pour  les  pommes  de  terre. 

En  mélangeant  la  farine  de  fèves  dans  la  proportion  de 
10  p.  J 00,  ce  serait  7  gr.  69  de  cette  farine  qui  entreraient  dans 
100  grammes  de  pain,  et  32  gr.  43  pour  les  300  grammes  con¬ 
stituant  la  ration.  Pour  l’année,  ce  serait  donc  14  kilogr.  134, 
et  pour  un  million  de  rationnaires,  140.340  quintaux  de  cette 
farine,  quantité  facile  à  trouver,  vu  notre  production,  qui, 
avec  celle  de  la  féveroUe,  dépassé  1.300.000  quintaux. 

Quant  à  la  pomme  de  terre,  un  mélange  de  30  p.  100 
ferait  entrer  23  grammes  pour  100  grammes  de  ce  pain  et 
113  grammes  pour  les  300  grammes,  soit  41  kilogr.  973  par 
an,  par  rationnaire  et  419.750  quintaux  pour  leur  totalité. 
De  nouveau,  cette  dépen.se  serait  facilement  couverte  par 
notre  récolte  qui,  même  cette  année,  dépasse  100  millions  de 
quintaux. 

De  ce  qui  précède,  on  peut  donc  conclure  : 

1°  Que  l’utilisation  de  ce  pain,  entraînant  une  économie 
de  40  p.  100  de  froment,  même  appliquée  seulement  aux 
rationnaires  que  je  viens  d’indiquer,  aurait  encore  une  réelle 
inapor  tance  ; 

2“  Qu’elle  laisserait  à  ces  rationnaires  un  pain  ayant  au 
moins  les  mêmes  avantages  organoleptiques  que  celui  fait 


[39]  CONTRIBUTION  A  L’ÉTUDE  DE  LA  POMME  DE  TERRE  131 

avec  la  même  farine  et  aussi  la  même  valeur  aussi  bien  au 
point  de  vtie  des  azotés  que  des  calories. 

3“  Que  la  quantité  de  farine  de  fèves  nécessaire  pour  la  fabri¬ 
cation  de  ce  pain,  même  admettant  qu’il  fût  préparé  pour  un 
million  de  rationnaires,  serait  facilement  fournie  par  notre 
production  actuelle,  sans  trop  gêner  les  autres  emplois  de  la- 
fève  et  de  la  féverolle. 

4*  Enfin,  qu’il  en  serait  ainsi  et  à  plus  forte  raison  pour  les 
30  p.  lOOde  pommes  de  terre.  Les  quantités  entrant  dansnolre 
pain  pour  ces  rationnaires  n’arriveront  pas  à’  500.000  quin¬ 
taux,  quand  même  naaintenant  notre  production  dépasse 
encore  100  millions  de  quintaux. 

Conclusions.  —  Je  puis  résumer  ce  qui  précède  dans  les 
conclusions  suivantes  : 

A.  En  ce  qui  concerne  les  travaux  de  Parmentier .  —  1®  Par¬ 
mentier  a  eu  une  influence  considérable  sur  rutilisation  de  la 
pomme  de  terre,  et  il  a.  eu  la  satisfaction  de  le  constater  avant 
sa  mort. 

2®  En  cas  de  disette  du  froment  et  des  autres  céréales,  lia 
conseillé  de  faire  entrer  la  pomme  de  terre  dans  la  fabrication 
du  pain  ;  mais  cette  utilisation  dans  sa  pensée  était  liée  à  celle 
de  disette.  Dans  les  conditions  ordinaires,  il  a  toujours  consi¬ 
déré  que  le  meilleur  pain  est  celui  de  froment,  et  que  la 
pomme  de  terre  doit  être  consommée  bouillie,  frite,  ou  cuite 
sous  la  cendre. 

3®  C’est  au  mélange  de  S0  p.  100  de  farine  ei  50  p.  100  de 
pommes  de  terre  bouillies  que  Parmentier  donnait  la  préfé¬ 
rence. 

B.  En  ce  qui  concerne  la  production  de  la  pomme  de  terre.  — 
Cette  production  est  considérable.  Elle  avoisine  un  milliard 
cinq  cent  millions  de  quintaux  pour  l’Europe.  Elle  est  déjà  de 
plus  de  100  millions  de  quintaux  pour  la  France  et  dépasse 
cinq  millions  de  quintaux  pour  l’Allemagne. 

La  pomme  de  terre  a  conquis  le  monde  entier. 

C.  En  ce  qui  concerne  sa  valeur  nutritive.  —  Elle  est  relati¬ 
vement  faible.  Mais  la  pomme  de  terre  s’impose  par  sa  pro¬ 
duction.  Elle  n’arrive  pas  à  2  grammes  d’azotés  p.  100  et  ne 
dépasse  guère  100  calories. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[40] 


D.  —  En  ce  qui  concerne  ses  modes  d’utilisation.  —  Ils  sont 
restés  les  mêmes  que  ceux  indiqués  par  Parmentier  ;  1*  elle 
doit  être  consommée  bouillie  dans  l’eau,  et  c'est  là  son  utilisa¬ 
tion  la  plus  fréquente,  parce  qu’elle  est  indispensable  pour 
beaucoup  d’autres  ;  2“  elle  est  aussi  souvent  servie  frite  ;  et 
3“  sa  préparation  sous  la  cendre  existe  encore  dans  les  cam¬ 
pagnes,  mais  elle  devient  plus  rare;  4“  enfin,  elle  peut,  dans 
certaines  conditions  données,  entrer  dans  la  fabrication  du 
pain. 

E.  En  ce  qui  concerne  la  panification.  —  1°  L’utilisation  de 
la  pomme  de  terre  bouillie  dans  la  fabrication  du  pain  peut 
être  faite  au  mains  jusqu’aux  proportions  de  50  p.  100. 

2®  Cette  introduction  améliore  les  pains  faits  avec  les  farines 
d'un  blutage  élevé,  environ  85  p.  100,  au  point  de  vue  des 
caractères  organoleptiques  ;  mais  dès  les  proportions  de 
30  p.  100,  elle  diminue  trop  la  valeur  élémentaire  du  pain, 
pour  qu’on  puisse  la  considérer  comme  équivalent  à  celui  du 
froment. 

3“  Mais  à  la  condition  d’ajouter  au  pain  de  la  farine  de  fève, 
dans  la  proportion  de  10  p.  100,  on  peut  faire  entrer  dans  le 
pain  la  pomme  de  terre  bouillie  dans  la  proportion  de  30  p.  100, 
en  laissant  au  pain  la  valeur  de  celui  de  froment  pur. 

F.  En  ce  qui  concerne  son  application  pratique.  —  1“  Vu  les 
difficultés  pour  le  choix,  la  préparation  et  la  fixation  des  pro¬ 
portions  à  mettre  dans  le  pain,  il  me  paraît  difficile  de  géné¬ 
raliser  l'utilisation  de  la  pomme  de  terre  pour  la  panification. 
Mais  cette  utilisation  me  paraît  facile  pour  les  boulangeries  de 
l'État,  des  départements,  des  villes,  des  coopératives  et  pour 
les  familles  pétrissant  elles-mêmes  leurs  pains. 

2®  Pour  ces  cas  particuliers,  les  dépenses  en  pommes  de 
terre  et  en  farine  de  fèves  seraient  peu  importantes,  vu  leur 
production,  et  cépendant  l’économie  de  froment  s'élevant  à 
40  p.  100  serait  encore  très  appréciable. 


La  séance  est  levée  à  18  h.  40.  . 


141] 


SÉANCE  DU  23  JANVIER  1918 


133 


SÉANCE  DU  23  JANVIER  1918. 


Présidence  de  M.  Granjux,  vice-président. 


Assemblée  générale. 

(16  h.  43) 

Présents  :  MM.  Bechmann,  Bezault,  Borne,  Bruère,  Cameseasse, 
Oage,  Gariel,  Granjux,  Kern,  L.  Martin,  Parenty  et  G.  Risler. 

Absents  excusés  :  M.  le  D»'  Faivre  et  M.  Vincent. 

M.  Granjox  développe  la  lettre  qui  fut  adressée,  le  7  janvier  1918, 
par  le  Conseil,  à  tous  les  membres  de  la  Société. 

M.  Broère  n’est  pas  partisan  des  élections;  la  Société  avait  pris, 
à  la  suite  du  décès  de  M.  Launay,  la  résolution  de  ne  pas  faire 
'd’élections;  quel  motif  nouveau  s’est-il  présenté,  pour  revenir  sur 
une  telle  décision  ? 

M.  LE  D'^  Granjux.  —  La  résolution,  qui  avait  été  prise  un  peu 
rapidement  par  le  Conseil,  en  l’absence  du  plus  ancien  Vice-Prési¬ 
dent,  de  faire  présider  les  séances  de  la  Société,  tantôt  par  l’un, 
tantôt  par  l’autre,  des  Vice-Présidents,  était  contraire  aux  statuts; 
en  effet,  l’article  25  dit  que  les  Vice-Présidents,  dans  l’ordre 
d’ancienneté  de  leur  nomination,  remplacent  le  Président  dans 
toutes  ses  attributions,  quand  il  est  empêché;  or,  le  plus  ancien 
Vice-Président  était  le  D”  Granjux  lui-même;  il  était  nécessaire  de 
rentrer  dans  la  légalité  ;  d’autre  part,  pour  renforcer  l’organisme  du 
Bureau  et  du  Conseil,  les  propositions  qui  ont  été  faites,  le  7  jan¬ 
vier  1918,  ont  été  longuement  discutées. 

MM.  Granjux  et  Borne  donnent  lecture  des  réponses  reçues  de 
différents  membres  :  MM.  Blanchard,  Vincent,  L.  Collin,  Maunonry, 
Ribot,  Parizot,  Fère,  Grosseron,  Sedan,  Grollet,  Henrot,  Gandy, 
Doizy;  tous  sont  d’avis  de  faire  des  élections  partielles. 

M.  Bechuann,  qui  était  présent  aux  séances  précédentes  du  Con¬ 
seil  d’administration,  explique  que  ces  élections  partielles  auront 


SOCIÉTÉ  »E  MÉDECINE  PDBLIQUE  [42] 

pour  but  de  boucher  les  vides,  un  grand  secours  sera,  de  la  sorte, 
apporté  aux  membres  actifs  du  Bureau. 

M.  Dage  fait  remarquer  que  peu  de  membres  sont  présents  à 
rassemblée,  et  qu’ils  ne  peuvent  pas  engager  la  Société. 

M.  Borne  fait  remarquer  que,  dans  les  cas  analogues,  le  Buteau  et 
le  Conseil  ont  toujours  considéré  comme  une  approbation  le  fait  de 
ne  pas  répondre  aux  propositions  formulées;  dans  le  cas  particulier 
d’aujourd’hui,  aucune  objection  n’ayant  été  faite  par  écrit,  il  y  a 
lieu  de  conclure  que  le  silence  des  membres  consultés  équivaut  à 
leur  adhésion. 

M.  Bezault  trouve  naturel  que  les  vides  soient  comblés;  il 
approuve  la  proposition  du  Conseil  et  se  demande  comment  des 
membres  la  combattent,  quand  elle  est  Mite  dans  l’intérêt  de  la 
Société. 

M.  Cauescasse  est  tout  à  fait  de  cet  avis  et  approuve  entièrement 
le  Conseil. 

M.  Granjux  met  aux  voix  la  proposition  du  Conseil  de  faire  des 
élections  partielles.  Cette  proposition  est  acceptée  à  l’unanimité  des 
membres  présents. 

La  liste  de  candidature  sera  préparée  par  le  Burequ  et  le  Conseil, 
dans  la  séance  du  4  février,  et  soumise  au  vote  de  l’assemblée  du 
27  février. 


SÉANCE  MENSUELLE. 
(17  h.  20) 


Présidence  de  M.  Granjux,  vice-président. 


Décès  de  MM.  Mareschal  et  Périssé. 

M.  le  D''  Gn.ANJUx  annonce  le  décès,  de  deux  membres  de  la 
Société  :  MM.,  Mareschal  et  Périsse;  il  adresse  à  la  famille  de 
M.  M<a<reschal,  au  nom  de  la  Société,  ses  sentiments  de  vives  condo¬ 
léances. 

M.  Kern.  —  M.  Sylvain  Périssé,  notre  regretté  collègue,  qui  vient 
de  mourir,  a  eu  une  existence  très  laborieuse  comme  ingénieur 


13] 


REMISE  DE  MÉDAILLE 


et  hygiéniste.  Il  débute  comme  constructeur-mécanicien^  devient 
directeur  de  la  Société  générale  de  métallurgie  et  participe  aux 
Expositions  de  1878,  1889  et  1900  comme  secrétaire,  membre  du 
Jury,  rapporteur  ou  président  des  classes  de  mécanique  générale.  Il 
est  arbitre  près  le  tribunal  de  Commerce  et  expert  près  le  tribunal 
civil.  Il  s’intéresse  encore  à  diverses  questions  sociales  et  d'hygiène 
telles  que  participation  aux  bénéfices,  lutte  contre  la  tuberculose, 
enfin  de  tout  ce  qui  concerne  le  bien-être  et  la  santé  des  collec¬ 
tivités.  Conseiller  municipal  de  Saint-Cloud,  il  réalise  d’importants 
progrès  dans  l’hygiène  municipale.  11  imagine  un  système  de  fosse 
septique,  qu’il  construit,  pour  laquelle  il  fait  une  propagande 
désintéressée.  Nous  le  voyons  aussi  président  de  l’Association  des 
industriels  de  France  contre  les  accidents  du  travail,  et,  à  cette 
occasion,  il  fonde  un  prix  de  3.o0  francs  de  rente,  destiné  à  récom¬ 
penser  les  inventions  d’appareils  ou  les  initiatives  prises  pour 
appliquer  des  procédés  pouvant  diminuer  les  accidents  du  travail, 
ou  améliorer  l’hygiène  des  ateliers  ou  des  usines.  11  est  vice-pré¬ 
sident  de  la  Société  des  ingénieurs  civils  de  France,  vice-président 
de  la  Société  de  médecine  publique,  et  officier  de  la  Légion  d’hon¬ 
neur.  Enfin,  sous  le  titre  de  Sciences  et  Religions,  il  publie  un 
important  ouvrage  qui  est  son  testament  philosophique.  Beaucoup 
de  nos  collègues  se  rappellent  encore  la  façon  documentée  avec 
laquelle  il  savait  rendre  ses  communications  instructives  et  intéres¬ 
santes.  C’est  un  de  nos  bons  et  chers  collègues,  qui  avait  su  gagner 
l’affectueuse  estime  de  tous,  qui  s’en  va  suivi  par  nos  plus  vifs 
regrets. 


M.  Grakjüx.  —  Selon  l’usage,  nous  avons  décidé  de  remettre  à  la 
famille  de  notre  regretté  Président,  M.  Launay,  la  médaille  de  la 
Société  de  médecine  publique  ;  si  vous  le  voulez  bien,  nous  por¬ 
terons  ce  souvenir  à  M"*'  Launay,  au  nom  de  la  Société. 


Ordre  du  jour. 


L’ordre  du  jour  appelle  la  communication  de  M.  G.  Rislbb'. 


[44] 


136  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


COMMUNICATIONS 


LES  HABITATIONS  A  BON  MARCHÉ 
PENDANT  ET  APRÈS  LA  GUERRE 
par  M.  Georges  RISLER. 

Messieurs,  ce  n’est  pas  devant  une  Assemblée  d'hygiénistes 
et  de  philanthropes  comme  la  vôtre,  qu’il  est  nécessaire  de 
reprendre  les  détails  de  cette  grande  question  des  habitations 
à  bon  marché  dont  vous  vous  êtes  tant  de  fois  et  si  utilement 
occupés. 

Permettez-moi  donc  de  vous  rappeler  simplemen  t  en  quelques 
mots  très  brefs  pourquoi  l’œuvre  des  habitations  à  bon  marché 
a  été  créée. 

Le  taudis  est  indubitablement  le  pourvoyeur  principal  de 
toutes  les  misères  et  de  toutes  les  déchéances  sociales  et, 
j’ajouterai,  des  haines  sociales. 

Vous  êtes  tous  convaincus,  j’en  suis  persuadé,  que,  toute 
action  sociale  sérieuse  doit  avoir  à  sa  base  un  effort  énergique 
contre  le  taudis,  et  doit  viser  à  le  supprimer  et  à  le  remplacer 
par  la  maison  modeste,  mais  salubre,  digne  et  avenante. 

L’initiative  privée  paraissant  insuffisante  pour  la  réalisation 
de  ce  progrès,  quelques  philanthropes,  et  à  leur  tête  M.  Jules 
Siegfried,  ont  estimé  que  c’était  un  devoir  national  d’y  aider. 

De  là,  l’élaboration  des  lois  sur  les  habitations  à  bon  marché. 
Elles  s’appliquent  à  trois  modalités  de  l’habitation  populaire; 
les  maisons  collectives,  les  maisons  individuelles  et  lès  cités- 
jardins,  formées  naturellement  de  maisons  individuelles,  mais 
agglomérées  dans  des  conditions  spéciales,  qui  permettent 
l’institution  de  services  généraux  fort  utiles. 

La  première  loi,  celle  de  1894,  dont  M.  Siegfried  avait  pris 
l’initiative,  a  surtout  aidé  à  la  construction  de  maisons  collec¬ 
tives  dans  les  grands  centres. 


[45]  LES  HABITATIONS  A  BON  MARCHÉ  137 

La  loi  de  1906  a  élargi  et  amélioré  celle  de  1894.  Eu6d,  celle 
de  1908,  sur  la  petite  propriété,  loi  d’une  très  haute  portée 
sociale  (justement  nommée  loi  Ribot,  car  c’est  à  ce  grand 
honame  d’État  et  patriote  qu’elle  est  due),  est  venue  mettre  à 
la  portée  de  tous  les  travailleurs  économes  et  désireux  d’amé¬ 
liorer  leur  situation,  la  possibilité  de  devenir  propriétaires 
d’une  petite  maison  salubre,  digne  et  confortable.  Des 
retouches  heureuses  y  ont  été  apportées  en  1912,  sous  le  minis¬ 
tère  de  M.  Léon  Bourgeois.  Le  législateur,  en  accordant' des 
avantages  aux  Sociétés  qui  allaient  entreprendre  la  création  de 
maisons  à  bon  marché,  leur  a  naturellement  imposé  aussi  des 
conditions.  Celles-ci  résident  surtout  dans  des  prescriptions 
spéciales  assurant  une  réelle  salubrité. 

Des  maxima  de  prix  des  loyers  sont  également  6xés  et 
varient  suivant  l’importance  de  la  population  des  villes  qui 
entraîne  naturellement  des  conditions  de  vie  plus  ou  moins 
onéreuses. 

A  ces  prix  établis  pour  les  loyers,  correspondent  des  minima 
comme  nombre  de  pièces  et  de  superflcie  et  hauteur  de  celles-ci. 
11  ne  faut  pas  que  le  travailleur  puisse  être  exploité;  il  est 
indispensable,  au  contraire,  que  l’aide  accordée  pair  l’État  aux 
Sociétés  d’habitation  à  bon  marché  se  traduise,  pour  lui,  par 
un  sérieux  bénéfice. 

Les  dividendes  distribués  aux  actionnaires  ne  pieuvent  pas 
dépasser  4  p.  iOÛ,  et  je  dois  vous  dire  qu’il  est  presque  impos¬ 
sible,  avec  les  difficultés  de  toutes  sortes  auxquelles  il  faut 
faire  face,  d’arriver  à  donner  4  p.  100  et  même  3  1/2  p.  100; 
très  peu  de  Sociétés  dépassent  3  p.  100.  Voilà,  très  résumées, 
les  principales  conditions  que  le  législateur  a  imposées  aux 
Sociétés. 

En  regard  de  celles-ci,  il  a  bien  fallu  qu’il  leur  confère 
quelques  avantages,  et  il  leur  a  concédé  l’exemption  de  certains 
impôts  :  de  l’impôt  foncier  et  de  l’impôt  des  portes  et 
fenêtres.  Il  a  aussi  accordé  quelques  faveurs  touchant  l’enre¬ 
gistrement  des  actes,  le  timbre  des  actions,  leur  transfert,  et 
l’impôt  sur  le  revenu.  Un  avantage  très  important  a  été  con¬ 
cédé  aux  travailleurs  propriétaires  de  maisons  individuelles 
à  bon  marché.  Si  l’un  d’eux  meurt,  sa  famille  hérite  de 
l’immeuble  sans  payer  tous  les  droits  qui  grèvent  en  général 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[46] 


ces  petites  successions,  et  les  héritiers  peuvent  en  outre  rester 
dans  l'indivision  pendant  ua  certain  nombre  d’années  sur 
simple  déclaration  faite  devant  le  juge  de  paix  par  l’époux 
survivant.. 

Un  autre  avantage  accordé  aux  sociétés  d’habitations  à  bon 
marché  est  la  faculté  de  pouvoir  obtenir  des  prêts  à  des  condi¬ 
tions  spécialement  avantageuses,  à  des  taux  de  faveur,  sur  le 
fonds  commun  des  Caisses  d’Épargne,  à  3  et  3,25  p.  100,  et  sur 
les  fonds  de  la  Caisse  de  retraites  pour  la  vieillesse  à  2  p.  100. 

Telles  sont,  très  succinctement  résumés,  d’une  part,  les 
obligations  que  l’État  a  imposées,  de  l’autre,  les  avantages 
qu’il  a  conférés  aux  Sociétés  d’habitations  à  bon  marché. 

Je  vous  l’ai  dit  tout  à  l’heure;  la  loi  de  1894  a  surtout  aidé  à 
édifier  des  habitations  collectives,  c’est-à-dire  les  habitations 
nécessaires,  indispensables  aux  travailleurs  des  villes. 

Vos  préférences,  comme  les  miennes,  sont  probablement 
pour  la  petite  maison  avec  le  jardinet,  acquis  par  le  travailleur, 
et  tout  particulièrement  sous  la  forme  de  cité-jardin,  où, 
entouré  d’autres  travailleurs  comme  lui,  ils  peuvent  tous 
ensemble  profiter  de  services  généraux  et  d’organisations 
sociales  collectives.  Ensuite  vient  la  maison  individuelle 
entourée  du  jardinet,  puis  la  grande  maison  colleclive  indis- 
pensableaux  travailleurs  obligés  d’habiter  tout  près  de  l’endroit 
où  ils  sont  occupés.  Mais  que  ce  soient  des  habitations  collec¬ 
tives,  individuelles  ou  des  cités-jardins,  toutes  sont  bienfai¬ 
santes,  car,  ce  qu’il  faut,  par-dessus  tout,  c’est  la  suppression 
du  taudis. 

Je  tiens  à  dire  que  la  loi  de  1894  avait  permis  de  bâtir 
quelques  maisons  individuelles;  elles  furent  construites  sur¬ 
tout  par  les  soins  de  Sociétés  coopératives  dont  les  organi¬ 
sateurs  ont  fait  preuve,  dans  maintes  circonstances,  d’un 
admirable  et  bienfaisant  dévouement;  cependant,  c’est  la  loi 
Ribot  de  1908,  qui  a  donné  vraiment  l’essor  au  développement 
de  la  petite  propriété. 

Je  résume  très  brièvement  les  éléments  de  cette  loi. 

Une  somme  de  100  millions,  prélevés  sur  les  capitaux  de  la 
Caisse  nationale  des  retraites  pour  la  vieillesse,  a  été  mise  à  la 
disposition  des  Sociétés  de  crédit  immobilier,  à  charge  par 
elles  de  consentir,  à  des  travailleurs  peu  fortunés,  des  prêts 


[47]  LES  HABITATIONS  A  BON  MARCHÉ  139 

remboursables  en  dix,  quinze,  vingt  ou  vingt-cinq  ans,  et  leur 
permettant  d’acquérir  la  propriété,  dans  des  limites  fixées  par 
la  loi,  de  champs  et  jardins  et  de  petites  maisons. 

Pour  obtenir  un  prêt,  il  faut  que  l’acquéreur  donne  la 
preuve  de  son  esprit  d’ordre  et  d’économie,  en  apportant  à  la 
Société  le  cinquième  du  prix  de  l’immeuble  qu’il  veut  faire  bâtir. 

Si  un  ouvrier  vient  trouver  la  Société  de  crédit  immobilier 
en  disant  :  «  Je, désire  une  petite  maison  avec  un  jardinet  pour 
un  prix  total  de  5.000  francs  j»,  il  devra  apporter  1.000  francs 
et  la  Société  lui  prêtera  les  4.000  francs  qui  lui  sont  nécessaires, 
au  taux  maximum  de  3  1/2  p.  100.  Cette  différence  de 

I  1/âp.  100  entre  le  taux  du  prêt  consenti  aux  Sociétés  et  celui 
auquel  la  Société  prête  aux  travailleurs,  constitue  une  marge 
qui  semble  considérable;  mais  elle  est  indispensable,  au  début, 
étant  donné  que  l’organisation  d’une  Société  decrédit  immobi¬ 
lier  exige  un  travail  et  des  dépenses  relativement  importantes. 

II  faut  vérifier  les  plans,  les  devis,  les  matériaux  employés;  puis 
signer  les  bons  d’acomptes  au  fur  et  à  mesure  de  l’avancement 
des  travaux;  il  faut  donner  des  e.xplications  et  des  conseils  aux 
emprunteurs,  .réunir  les  pièces  exigées  par  les  différentes 
administrations;  tout  cela  représente  beaucoup  de  bon  vouloir, 
mais  aussi  du  temps  et  de  l’argent. 

Par  contre,  quant  une  Société  de  crédit  immobilier  a  consenti 
de  nombreux  prêts,  elle  se  trouve  dans  des  conditions  beau¬ 
coup  plus  favorables,  et  si  les  administrateurs  sont  conscien¬ 
cieux,  ils  doivent  réduire  la  marge,  et  offrir  à  leur  clientèle  si 
intéressante,  des  conditions  plus  avantageuses. 

A  la  Société  dont  j’ai  eu  l’honneur  d’être,  avec  M.  Ribot,  l’un 
des  présidents  et  fondateurs,  nous  prêtons,  à  : 

2  1/4  p.  100  aux  familles  des  travailleurs  ayant  O  enfants; 

2  1/2  p.  100  aux  familles  de  4  enfants  ; 

2  3/4  p.  100  à  celles  de  3  enfants  ; 
et  3  p.  100  à  tous  les  autres  emprunteurs. 

11  reste  à  peu  près,  en  moyenne,  une  marge  de  0,90  p.  lOO 
qui  ne  nous  a  pas  été  absolument  suffisante  pendant  la  pre¬ 
mière  année,  mais  qui,  après  trois  ans,  lorsque  nous  consen¬ 
tions  70  prêts  par  mois,  juste  avant  la  guerre,  nous  laissait  une 
marge  très  suffisante  pour  payer  tous  nos  frais  et  servir  un 
dividende  de  3  p.  100  à  nos  actionnaires. 


140  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [48] 

Rendre  les  travailleurs  propriétaires  de  leur  maison  a  une 
portée  sociale  très  considérable  et  j’estime  que  la  loi  llibot 
mérite  la  place  d’honneur  dans  cet  ensemble  de  lois  sociales 
qui  forment  la  plus  belle  couronne  de  notre  troisième  Répu¬ 
blique. 

Nous  n’avons  malheureusement  aucun  texte  législatif  suscep¬ 
tible  d’aider  à  établir  des  cités-jardins,  je  regrette  d’avoir  à 
vous  dire  qu'une  Société  de  cilés-jardins  qui  se  fonde  ne  peut 
même  pas  emprunter  sur  le  prix  du  terrain  qu’elle  a  acquis  et 
je  vais  vous  citer  un  cas  particulièrement  intéressant  et  que  je 
connais  bien. 

Une  cité-jardin  a  été  fondée  par  400  travailleurs  :  maçons, 
charpentiers,  terrassiers,  employés  de  commerce,  garçons  de 
bureau,  facteurs,  etc...  Ces  400  travailleurs  s’étaient  réunis  et 
avaient  déclaré  qu’ils  mettraient  en  commun  leurs  économies, 
tous  les  mois,  jusqu’à  ce  qu’ils  aient  leur  petite  maison.  Ils 
m’ont  fait  l’honneur  de  me  convier  à  leurs  réunions  et  j’ai 
rarement  assisté  à  de  plus  attachantes. 

En  quelques  années  ils  réunirent  environ  250.000  francs,  avec 
lesquels  ils  achetèrent  une  propriété  de  43  hectares;  c’était  un 
ancien  et  magnifique  domaine  de  la  famille  de  Rohan-Chabot, 
situé  à  Dravejl,  près  Paris. 

Ils  se  présentèrent  à  la  Caisse  des  Dépôts  et  Consignations 
et  sollicitèrent  de  cette  Administration  un  prêt  de  50  ou  de 
100.000  francs.  Celle-ci  déclara  qu’il  lui  était  impossible  de 
prêter  sur  des  terrains  et  il  fallut  à  ces  si  braves  gens  employer 
des  moyens  détournés  pour  arriver  quand  même  au  résultat 
voulu. 

Ces  travailleurs  ayant  formé  une  Société  coopérative  ont 
prélevé  sur  leur  terrain  400  lots  de  500  mètres  au  minimum. 
Chacun  des  sociétaires  est  venu  trouver  ensuite  la  Société  de 
crédit  immobilier  en  lui  apportant  son  terrain  qui  constituait  le 
1/5®  de  la  valeur  totale  de  l’immeuble,  et  celle-ci  put  lui  prêter 
les  4/5°  complémentaires,  aux  conditions  que  je  vous  ai  indi¬ 
quées  plus  haut. 

Mais  il  fallait  aussi  que  les  routes  fussent  tracées,  que  l’amé¬ 
nagement  hygiénique  fût  exécuté  suivant  les  principes  les  plus 
stricts;  ces  nouveaux  propriétaires  l’ont  fait  dans  des  condi¬ 
tions  absolument  remarquables  et  en  respectant  toutes  les 


[ül]  LES  HABITATIONS  A  BON  MARCHÉ  141 

beautés  du  domaine.  Les  magnifiques  futaies  sont  restées  en 
l’état,  ainsi  que  les  cloîtres  de  verdure,  les  pièces  d’eau,  les 
belles  pelouses,  sur  lesquelles  on  a  installé  les  jeux  et  les 
sports  ;  même  les  percées  de  vues  sont  restées  intactes. 

A  l’origine,  certains  associés  projetaient  d’abattre  les  arbres 
existant  sur  leur  terrain;  il  a  suffi  de  quelques  conférences 
pour  leur  faire  apprécier  les  beautés  qu’il  allaient  détruire  et 
les  persuader  de  n’en  rien  faire.  Si,  aujourd’hui,  l’un  d’entre 
eux  parlait  d’abattre  un  arbre,  il  serait  honni  par  ses  col¬ 
lègues.  Il  y  a  là  une  preuve  de  ce  qu’on  peut  obtenir  lorsqu’on 
se  donne  la  peine  d’aider  à  l’éducation  morale  des  travailleurs. 

Vous  pouvez  juger  d’après  ces  quelques  traits  des  conditions 
dans  lesquelles  se  développe,  au  point  de  vue  pratique,  l’oeuvre 
de  l’habitation  à  bon  marché. 

Et  maintenant,  quels  ont  été  les  résultats  obtenus? 

Résultats  au  point  de  vue  moral,  extraordinairement 
importants. 

L’ascension  morale  du  travailleur  qui  habite  une  habitation 
convenable  se  révèle  en  même  temps  que  se  produit  l’amélio¬ 
ration  des  conditions  matérielles  de  son  «  home  ».  Il  ne  peut 
subsister,  sur  ce  point,  aucune  espèce  de  doute  pour  ceux  qui 
sont  à  même  d’observer  cette  évolution. 

J’ai  parcouru  des  centaines  de  ces  modestes  maisons,  dans 
les  Bouches-du-Rhône,  en  Savoie;  tous  les  ans,  je  faisais  quel¬ 
ques  mille  kilomètres  en  auto,  dans  les  Vosges,  dans  le  Doubs, 
et  sur  le  territoire  de  Belfort  pour  voir  ce  qui  avait  été  réalisé 
de  nouveau;  et,  d’une  année  à  l’autre,  je  constatais  dans  cet 
Est,  si  Français,  de  grands  changements.  J’ai  vu  ce  qui  a  été  , 
réalisé  dans  le  Nord;  j’ai  vu  ce  que  la  société  de  M.  Ribot  a 
créé  à  Saint-Omer;  j'ai  vu  tout  ce  qui  s’est  fait  en  Normandie, 
à  Nantes,  à  Bordeaux,  dans  le  centre,  et  ainsi  sur  bien  des 
points  de  la  France. 

Parmi  tous  ces  modestes  propriétaires,  je  n’ai  pas  rencontré 
un  mécontent;  tous  étaient  les  gens  les  plus  heureux  du 
monde;  pas  une  fois,  je  n’ai  entendu  une  plainte.  Et  je  vais 
vous  dire  pourquoi;  c’est  que  toutes  les  femmes  étaient  satis¬ 
faites  de  cette  accession  à  la  propriété,  et  des  avantages  moraux 
et  matériels  qu’elle  apportait  à  leurs  enfants  et  à  elles-mêmes. 

Des  preuves  du  relèvement  moral;  je  vais  vous  en  donner. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


A  une  Société,  sise  dans  Paris,  dont  j’ai  l'honneur  d’être  l’un 
des  administrateurs,  nous  avons  pu,  grâce  à  la  science,  à  l’ingé¬ 
niosité  et  au  dévouement  de  l’architecte,  M.  Louis  Peine, 
arriver  à  donner  un  grand  balcon  sur  lequelles  enfants  jouent, 
une  large  cuisine,  et  deux  chambres  par  derrière,  parfaitement 
claires  et  aérées  pour  240  francs  par  an. 

Or,  j’ai  vu,  dans  cette  maison  où  nous  abritons  la  catégorie 
de  travailleurs  la  plus  difficile  à  loger  sainement  dans  Paris 
(puisque  nous  n’admettons  que  des  ouvriers  gagnant  au  maxi¬ 
mum  5  francs  par  jour  et  ayant  au  moins  quatre  enfants),  une 
grave  question  se  poser  un  peu  avant  la  guerre  devant  notre 
Conseil  d’administration  :  n’allions-nous  pas  être  obligés  de 
prier  quelques-uns  de  nos  locataires  de  chercher  un  autre 
logement,  non  parce  qu’ils  ne  payaient  pas,  mais  parce  que  ces 
mêmes  ouvriers,  qui  gagnaient  d’abord  5  francs  par  jour,  tou¬ 
chaient  maintenant  7,  8  et  9  francs  dans  la  même  usine,  étant 
devenus  de  très  bons  ouvriers,  attachés  à  leur  travail  et  ne  fai¬ 
sant  plus  le  lundi. 

Si  de  semblables  résultats  sont  obtenus  dans  des  maisons 
collectives,  vous  pouvez  imaginer  ceux  que  donnent  les  petites 
maisons  avec  jardin  dont  les  travailleurs  sont  propriétaires. 

Permettez-moi  de  vous  citer  un  cas  : 

C’était  dans  une  région  du  Nord.  Deux  ouvriers  travaillant 
dans  une  usine  nationale,  imbus  des  idées  assez  peu  sociales 
qui  y  régnent  souvent,  dont  l’un  était  en  outre  un  véritable 
pilier  de  cabaret,  vinrent  un  jour  trouver  la  Société  de  crédit 
immobilier  voisine. 

Nous  voudrions,  dirent-ils  au  Secrétaire,  que  vous  nous 
prêtiez  à  chacun  2.S00  francs  pour  faire  bâtir  une  petite  mai¬ 
son.  Ils  ajoutèrent  qu’ils  avaient  un  terrain.  On  alla  le  voir,  et 
l’on  se  trouva  en  présence  d’un  talus  crayeux  en  pente  à  4o”, 
qui  avait  été  payé  15  francs  et  qui  ne  valait  pas  sensiblement 
plus. 

Le  secrétaire  de  la  Société  leur  fit  observer  qu’il  était  impos¬ 
sible  de  construire  sur  une  pareille  base,  et  que  l’apport  était 
vraiment  insuffisant. 

—  Bien,  dirent  les  ouvriers,  nous  repasserons. 

Us  achetèrent  pioches,  pelles  et  brouettes  et  se  mirent  à 
dresser  le  terrain,  rejétant  à  droite,  la  craie  qu’ils*prenaienl  à 


[ül]  LES  HABITATIONS  A  BON  MARCHÉ  143 

gauche;  ils  creusèrent,  en  outre,  un  puit  de  30  naètres  de 
profondeur.  Lorsque  le  sol  fut  complètement  aplani  ils 
revinrent. 

La  Société,  après  nouvelle  visite,  leur  prêta  à  chacun  les 
2.S00  francs  qu’ils  demandaient  et  ils  firent  construire  leur 
petite  maison. 

Eh  bien  !  l’ivrogne  ne  met  plus  les  pieds  au  cabaret  et  lorsque 
j’ai  visité  cette  petite  maison  entourée  d’un  charmant  et  pro¬ 
fitable  Jardin,  la  femme  m’a  dit  ;  «  Monsieur,  Je  n’aurais 
Jamais  cru  qu’on  pouvait  être  aussi  heureuse.  »  Les  deux 
ménages  voisins  vivaient,  en  outre,  en  parfaite  harmonie. 

Au  point  de  vue  matériel,  les  chiffres  de  mortalité  me 
paraissent  les  plus  sûrs  pour  vous  fournir  les  preuves 
indéniables  de  l’action  favorable  de  l’habitation  à  bon 
marché. 

Trois  grandes  sociétés  :  la  fondation  Rothschild,  la  fondation 
dite  «  Groupe  des  maisons  ouvrières  »,  et  la  Société  «  Le  Pro¬ 
grès  »,  publient  tous  les  ans  des  statistiques  fort  bien  faites, 
sur  les  maladies,  la  mortalité,  la  natalité,  etc.,  dans  leurs 
immeubles. 

A  la  fondation  Rothschild,  la  mortalité,  en  général,  ne 
dépasse  pas  8  p.  1.000,  à  la  Fondation  dite  «  Groupe  des 
maisons  ouvrières  »,  elle  est  enyiron  de  7,7,  et  au  Progrès  elle 
est  de  7,2  p.  1.000. 

Acceptons  comme  moyenne  8  p.  1.000;  le  progrès  réalisé 
reste  énorme  puisque  la  mortalité  moyenne  dans  ces  mêmes 
quartiers  est  de  19,  20,  21,  23,  et  23  p.  1.000.  Et  ne  croyez  pas 
que  ces  maisons  abritent  une  population  spécialement  triée  ; 
car  la  moyenne  des  salaires  était,  avant  la  guerre,  de  6,73  par 
Jour  pour  les  habitants  des  maisons  de  la  Fondation  Roth¬ 
schild,  ce  qui  représente  bien  sensiblement  les  conditions 
ordinaires. 

Que  d’autres  avantages  cependant! 

L’homme  qui  aide  à  créer  tout  ce  bonheur  ne  travaille  pas 
seulement  pour  les  autres  ;  il  réalise  pour  lui-même  ce  qu’il  y 
a  de  meilleur  dans  la  vie;  il  sent  qu’il  travaille  à  une  oeuvre 
bonne  et  utile  qui  peut  i’éiever  moralement  tout  comme  ses 
intéressants  clients. 

Le  travailleur  qui  possède  sa  petite  propriété  a  d’abord 


141  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [S2] 

l’avantage  considérable  de  la  gérer  lui-même  ;  mais  ce  n’est  pas 
tout;  s’il  est  copropriétaire  dans  une  cité-jardin,  ou  s’il  fait 
partie  d’une  Coopérative,  il  gère  aussi  sa  Société.  Il  s’habitue 
à  administrer  quelque  chose,  et  il  se  forme,  ainsi,  une  véri¬ 
table  pépinière  d’électeurs  certainement  conscients. 

Et  maintenant,  quels  résultats  financiers  a  produit  le  mou¬ 
vement  en  faveur  de  l’amélioration  du  logement  ouvrier? 

Le  capital  des  Sociétés  d’Habitation  à  bon  marché  atteignait 
à  la  veille  de  la  guerre  70  millions. 

Pendant  le  courant  de  la  dernière  année,  1914,  si  la  guerre 
n’avait  pas  été  déclarée,  les  Sociétés  de  crédit  immobilier 
auraient  certainement  emprunté  30  millions,  rien  que  pour  le 
fonctionnement  de  la  loi  Ribot,  qui  permet  d’acquérir  la  petite 
maison  et  le  jardin  ;  cette  loi  n’a  commencé  à  produire  ses 
effets  qu’en  1910. 

On  peut  mesurer,  d’après  ce  qui  a  été  réalisé  en  quatre  ans, 
à  quel  développement  elle  était  appelée. 

A  côté  de  ces  données,  il  y  a  lieu  de  tenir  compte  du 
mouvement  de  construction  d’habitations  populaires  réalisé 
par  l'initiative  privée.  Des  sociétés  industrielles,  des  sociétés 
minières,  en  particulier,  ont  fait  un  effort  considérable,  et  une 
enquête  même  rapide  et  incomplète  a  montré  qu’on  pouvait 
évaluer  approximativement  et  d’une  manière  modérée  à 
400  millions  environ  la  valeur  des  habitations  construites  par 
ces  entreprises. 

Ne  nous  illusionnons  pas  ;  tout  cela  est  très  modeste  en  face 
de  l’effort  qui  s’impose;  il  y  a  encore  un  grand  nombre  de 
millions  à  dépenser.  Cependant,  la  charge  n’est  pas  aussi 
considérable  qu’elle  peut  le  paraître  au  premier  abord,  car 
elle  est  susceptible  d’être  répartie  ;  un  capital  de  5  à  600  mil¬ 
lions  y  suffirait  comme  capital  roulant  sur  lequel,  remarquez-le, 
rien  ne  serait  aliéné.  Il  s’agit  uniquement  d’avances;  tout  ce 
qui  a  été  prêté  jusqu’ici  a  été  scrupuleusement  restitué  à 
l'Etat,  et  les  remboursements  se  font  avec  une  telle  conscience, 
que  je  puis  vous  dire  qu’une  Société,  dont  les  prêts  en  cours 
atteignaient  près  de  3  millions,  n’avait,  avant  la  guerre, 
comme  mensualités  en  retard  à  recouvrer  que  123  francs  sur 
18.000  francs  environ,  montant  des  remboursements  qu’elle 
recevait  mensuellement. 


i53]  LES  HABITATIONS  A  BON  MARCHÉ  UB 

Soyez-en  persuadés,  le  travailleur  qui  veut  conquérir  sa 
maison  est  le  débiteur  le  plus  sûr  qui  existe. 

Admettez  donc  qu’on  consente  à  intensifier,  comme  c’est 
indispensable,  l’oeuvre  de  la  réforme  du  logement  des  travail¬ 
leurs  sur  les  larges  bases  qui  .s’imposent  au  point  de  vue 
moral  et  social  ;  on  arrivera,  avec  ce  capital  roulant  de 
600  millions  environ,  à  réaliser,  dans  un  temps  pas  trop 
éloigné,  et  avec  des  résultats  visibles  et  encourageants,  qui 
feront  prendre  patience  aux  intéressés,  la  dépense  de  7,  8  ou 
9  milliards  qui  est  nécessaire.  Alors,  les  travailleurs  auront 
à  leur  portée  un  «  home  »  salubre',  digne,  confortable,  et  nous 
n’aurons  plus  à  rougir  des  conditions  d'habilation  qui  leur 
sont  offertes  dans  notre  pays.  Les  remboursements  s’effectue¬ 
ront  concurremment  avec  les  nouveaux  prêts,  et  réduiront 
considérablement  les  nouvelles  sorties  de  capitaux  chaque 
année. 

Voulez-vous  me  permettre  de  vous  faire  observer,  en  outre, 
que,  de  ces  sommes,  absolument  rien  n’aura  été  perdu. 

Ce  n’est  pas  moi  qui  blâmerai  la  fabrication  de  tant  d’engins 
de  guerre  indispensables  pour  repousser  hors  de  France  et 
amener  à  merci  l’envahisseur,  dont  la  victoire  serait 
synonyme  de  régression  morale  et  de  renoncement  à  tout 
progrès  réel  ;  mais  les  canons,  les  fusils,  les  cuirassés,  une 
fois  détériorés  ne  laissent  rien  ;  tandis  que  tout  l’argent 
dépensé  pour  l’habitation  à  bon  marché  est  un  capital  assis  et 
permanent  qui  acquerrera  même,  dans  plus  d’un  cas,  une 
valeur  supérieure,  et  qui  n’est  amortissable,  même  avec  pru¬ 
dence,  qu’en  70  ou  80  ans,  comme  le  capital  immobilier  en 
général.  C’est  de  l’argent  avancé,  prêté,  mais  non  perdu. 

.l’ai  cherché  à  vous  présenter  en  peu  de  mots  un  aperçu  de 
la  situation  de]  l’œuvre  de  l’habitation  à  bon  marché  dans 
notre  pays.  J’ai  l’impression  que  nous  sommes  tous  d’accord 
sur  son  utilité  ;  en  tout  cas.  les  pouvoirs  publics  sont  certaine¬ 
ment  d’avis  que  cette  œuvre  essentielle  doit  être  développée. 

Peut-être  .ne  lisez-vous  pas  tous  les  discours  officiels 
Presque  partout,  vous  verriez  qu’on  y  préconise  l’habitation  à 
bon  marché.  On  y  déclare  que  c’est  l’œuvre  essentielle,  que 
c’est  le  carrefour  de  toutes  les  œuvres  sociales  qui  mènent  la 
lutte  contre  la  dépopulation,  contre  la  mortalité  infantile,  contre 


XL  —  10 


146  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [54] 

la  mortalité  tout  court,  contre,  l’immoralité,  contre  la  tuber¬ 
culose,  contre  l’alcoolisme  ;  et  il  est  parfaitement  vrai  que  tout 
cela  revient  toujours  à  la  base.:  la  lutte  contre  le  taudis,. 

Mais  alors,  que  fait-on  en  ce  moment  au  point  de  vue  de 
l’habitation  à  bon  marché,  de  cette  œuvre  proclamée,  reconnue 
par  tout  le  monde  comme  primordiale? 

On  est  en  train  de  la  laisser  s’écrouler  purement  et  simple¬ 
ment;  et  c’est  pour  ce  motif  que  j’ai  cru  de  mon  devoir  d’ac¬ 
cepter  l’offre  aimable  de  notre  Conseil  d’ Administration  qui  m’a 
demandé  de  vous  en  entretenir  aujourd’hui. 

Le  décret  du  moratorium  a  produit  ses  effets  au  point  de  vue 
des  immeubles  des  sociétés  d’Habitations  à  bon  marché, 
comme  de  ceux  de  tous  les  autres  propriétaires.  Nos  Sociétés 
d’Habitations  à  bon  marché,  propriétaires  de  maisons  collec¬ 
tives,  touchent  entre  1/4  et  1/3  des  loyers  qui  leur  sont  dus. 

Une  enquête  très  consciencieusement  faite  par  mon  collègue 
M.  Schneider,  et  que,  pour  ma  part,  je  considère  comme  rigou¬ 
reusement  exacte,  a  prouvé  qu’un  autre  tiers  eût  été  payé  sans  • 
la  moindre  difficulté,  si  le  moratorium  n’avait  pas  été  proclamé 
dans  les  termes  où  il  l’a  été. 

Ce  tiers  eût  été  fourni  en  partie  par  bon  nombre  de  fonction¬ 
naires  de  l’Etat,  qui  forment  souvent  dans  nos  immeubles, 
grâce  à  leurs  appointements  plus  considérables  que  ceux  de 
la  moyenne  de  nos  locataires,  une  catégorie  favorisée,  et  qui 
en  outre  ne  craignent  pas  d’engager  énergiquement  leurs 
voisins  à  ne  pas  nous  payer. 

Quant  au  tiers  qui  porte  sur  les  mobilisés,  ou  qui  comporte 
des  situations  particulièrement  intéressantes,  nous  sommes 
naturellement  les  premiers  à  vouloir  venir  en  aide  à  cet  ordre 
de  locataires,  de  la  manière  la  plus  cordiale  et  la  plus  frater¬ 
nelle;  il  ne  viendrait  à  l’idée  d’aucun  de  nous,  bien  certai¬ 
nement,  de  les  inquiéter  en  quoi  que  ce  soit. 

Telle  est  la  situation  pour  les  immeubles  collectifs. 

Qu’a-t-on  fait  jusqu’ici  pour  la  solutionner? 

La  loi  Chéron  adoptée  par  le  Sénat,  et  à  laquelle  paraît  s’être 
ralliée  la  commission  de  la  Chambre  des  Députés,  propose  que 
tolis  les  propriétaires  n’ayant  pas  10.000  francs  de  revenus  et 
louant  des  logements  ouvriers  d’un  loyer  ne  dépassant  pas 


[53]  LES  HABITATIONS  A  BON  MARCHÉ  147 

600  francs  à  Paris,  avec  une  proportion  décroissante  en 
province,  suivant  le  nombre  d'habitants,  des  diverses  localités, 
reçoivent  50  p.  100  du  montant  des  loyers  qui  ne  leur  ont  pas 
été  payés,  à  condition  qu’ils  donnent  quittance  du  reste. 

Mais  nos  Sociétés  d’habitations  à  bon  marché,  bien  qu’ayant 
du  mal  à  servir  3  p.  100  à  leurs  actionnaires,  ont  plus  de 
10.000  francs  de  revenus.  Elles  ne  toucheront  donc  absolu¬ 
ment  rien.  TV’y  a-t-il  pas  là  une  injustice  criante  ? 

J’ai  insisté  en  toutes  circonstances  auprès  de  tous  les 
ministres  du  Travail  qui  se  sont  succédé  depuis  la  guerre.  J’ai 
trouvé  auprès  de  chacun  d’eux  un  accueil  très  bienveillant.  Ils 
m’ont  répondu  que  j’avais  mille  fois  raison,  qu’il  fallait  à  tout 
prix  venir  en  aide  aux  Sociétés  d’habitations  à  bon  marché  ; 
quelques-uns  m’ont  promis  de  déposer  un  projet  spécial. 

Aucun,  malheureusement,  ne  l’a  fait;  et  nos  Sociétés 
d’habitations  à  bon  marché,  comme  beaucoup  de  Sociétés  de 
crédit  immobilier,  risquent  tout  simplement,  en  tant  qu’œuvres 
philanthropiques,  de  se  voir  acculés  à  la  faillite. 

Oh  !  Si  elles  voulaient  renoncer  à  leurs  buts,  à  leurs  devoirs 
sociaux,  leur  situation  serait  aisée,  car  elles  loueraient 
aisément  pour  800,  900  ou  1.000  francs,  les  logements  qu’elles 
donnent  pour  600  francs. 

Mais  ce  serait  une  épouvantable  faillite  morale,  encore  plus 
triste  que  l’autre  ;  elles  ne  veulent  pas  s’y  résigner. 

Voyons  maintenant  quelle  est  la  situation  des  travailleurs 
propriétaires  de  petites  maisonsqui  bénéflcientde  la  loi  Ribot? 

Ici,  Messieurs,  prenons  un  exemple  concret  : 

L’ouvrier  A...  habite  à  Bois-Colombes  un  taudis  qu’il  loue 
500  francs  par  an,  à  un  propriétaire.  Il  travaille  à  Puteaux 
dans  une  usine  où  il  gagne  10  francs  par  jour.  Depuis  la 
guerre  il  n’a  pas  payé  un  centime  de  loyer,  et  personne  ne  lui 
réclamera  quoi  que  ce  soit. 

L’ouvrier  B...  habite  à  côté  de  lui  une  petite  maison  saine, 
propre,  qu’il  a  fait  bâtir  avecle  concours  d’une  société  de  crédit  et 
dont  sa  femme  et  ses  enfants  profitent  tout  autant  que  lui;  il 
paie  à  la  société  de  crédit  immobilier  500  francs  par  an  qui 
représentent  l’intérêt  de  la  somme  qu’il  a  empruntée  et  l’an¬ 
nuité  nécessaire  à  l’acquisition  de  sa  propriété  en  15,  20  ou 


■148.  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBI.IQUE  ’  [561 

25  ans.  Il  travaille  dans  la  même  usine  à  Puteaux  et  gagne 
aussi,  de  même,  iO  francs  par  jour. 

Quelle  sera  la  situation  de  ces  deux  ouvriers? 

Le  projet  de  loi  sur  les  loyers,  volé  par  le  Sénat  sur  le  rap¬ 
port  de  M.  Chéron,  nous  l’avons  dit,  accorde  aux  propriétaires 
d’immeubles  composés  de  logements  d’un  loyer  inférieur  à 
600  francs  et  ayant  moins  de  10.000  francs  de  revenu  (projet 
accepté  par  la  Commission  des  loyers  de  la  Chambre  des 
députés  et  qui  sera  sûrement  voté)  une  indemnité  se  montant 
à  50  p.  100  des  loyers  qui  ne  leur  ont  pas  été  payés,  à  condition 
qu’ils  donnent  quittance  des  50  p.  100  restants. 

Le  propriétaire  de  l’ouvrier  A...  va,  d’après  cela,  toucher, 
pour  le  taudis  qu’il  lui  loue,  50  p.  100  des  loyers  que  l’ou¬ 
vrier  A...  n’a  pas  payés  pendant  la  guerre  et  lui  donnera 
quittance  de  tout  l’arriéré.  Donc  l’ouvrier  A...,  au  lieu  des 
500  francs  par'an  qu’il  avait  à  verser,  ne  paiera  pas  un  centime 
de  loyer. 

L’ouvrier  B...,  qui  a  procuré  à  sa  famille  cette  maison  saine 
et  les  avantages  hygiéniques  qu’elle  comporte,  va  être  obligé 
de  payer  toutes  ses  annuités  et  l’intérêt,  soit  500  francs  par  an, 
auxquels  s’ajouteront  même  les  intérêts  de  retard  et  cela, 
pendant  toute  la  durée  de  la  guerre. 

N’y  a-t-il  pas  là  une  criante  injustice? 

Et  rien  n’a  été  faijpour  y  remédier.  Il  me  semble  cependant 
qu’il  suffit  de  l’indiquer  pour  <jue  tout  le  monde  comprenne 
qu’il  y  a  là  une  iniquité  impossible  à  admettre  et  que  personne 
ne  peut  vouloir  laisser  subsister. 

Vous  me  direz  :  «  Il  faut  la  faire  connaître  ». 

C’est  exactement  ce  que  je  fais  depuis  3  ans.  Comme  prési-. 
dent  de  l’Union  des  Sociétés  de  crédit  immobilier  de  France  et 
d’Algérie,  titre  qui  m’accréditait  auprès  d’eux,  j’ai  été  voir  tous 
les  ministres  du  Travail  qui  se  sont  succédé  et  ils  m’ont  tous 
répondu  : 

«  Vous  avez  cent  fois  raison,  il  y  a  là  une  injustice  criante, 
je  vais  faire  préparer  de  suite  un  projet  de  loi  pour  y  remédier.  » 

Aucun  projet  n’a  été  déposé. 

Voilà,  messieurs,  la  situation,  et  vous  comprendrez  aisément 
que' si  tel  est  le  traitement  réservé,  tant  aux  Sociétés  d'Habita- 
tions  à  bon  marché,  qu'aux  Sociétés  dè  Crédit  immobilier,  c’est 


[57]  LES  HABITATIONS  A  BON  MARCHÉ  14» 

l’œuvre  des  Habitations  à  bon  marché  qui  s’écroule  tout 
entière. 

Or,  je  crois  vous  avoir  montré  son  utilité  primordiale. 

Encore  n’a-t-elle  agi  jusqu’ici,  qu’en  faveur  des  Iravailleurs 
urbains. 

Il  y  a  longtemps  aussi  que  je  demande  qu’on  établisse  des 
statistiques  et  qu’on  fasse  une  ehquête  sur  la  mortalité  à  la 
campagne,  comme  cela  s’est  fait  en  Allemagne.  Je  suis  malheu¬ 
reusement  certain  que  l’on  se  trouvera,  là  aussi,  en  face  d’une 
mortalité  effrayaute,  au  moins  égale  pour  les  taudis  ruraux  à 
celle  des  taudis  urbains. 

Dans  le  grand  rapport  annuel  présenté  au  Président  de  la 
République  au  nom  du  Comité  permanent  du  Conseil  supérieur 
des  Habitations  à  bon  marché,  dont  je  suis  chargé  depuis  la 
.mort  de  mon  cher  et  regretté  ami  Cheysson,  l’un  de  vos 
anciens  et  éminents  présidents,  j’ai  demandé,  dès  1911,  cette 
enquête  sur  le  logement  du  travailleur  rural,  et  j’ai  insisté  à 
nouveau  dans  ceux  de  1912  et  de  1913. 

Il  est  Indispensable  que  ce  soit  fait  et  que  l’habitation  à  bon 
marché  se  développe  dans  nos  campagnes;  les  lois  nécessaires 
existent;  elles  sont  excellentes  et  contiennent  des  avantages 
spéciaux  ajoutés  en  1912  sous  le  ministère  Léon  Bourgeois,  en 
faveur  des  artisans  et  des  Iravailleurs  agricoles.  Si  l’on  n’agit 
pas  énergiquement  dans  ce  sens,  je  crains  que  nos  -Braves 
paysans  ne  réclament  guère  et  que  le  mépris  de  l’hygiène 
gardant  sa  puissance  acquise,  le  taudis  rural  continue  ses 
méfaits. 

Les  ouvriers  de  Paris  et  ceux  des  grandes  villes  sont  dans 
d’autres  dispositions  d’esprit;  ils  en  ont  assez  du  taudis.  Ils 
veulent  tous  l’habitation  saine  et  digne;  ils  la  veulent  et  ils 
l’auront.  S’ils  ne  peuvent  l’obtenir  de  l’initiative  privée  ils 
l’exigeront  des  municipalités  par  les  Offices  publics  d’habita¬ 
tions  à  bon  marché. 

La  loi  a  très  bien  fait  de  les  établir.  Je  suis  profondément 
reconnaissant  à  M.  Léon  Bourgeois,  dont  le  passage  au  minis 
tèredu  Travail  en  1912  a  été  véritablement  la  période  de  réali¬ 
sations,  d’avoir  pris  cette  initiative;  en  quelques  mois  il  a  fait 
le  maximum  de  bien  possible.  Cette  création  des  Offices  publics 
d’habitations  à  bon  marché  était  utile;  l’œuvre  à  accomplir 


150  ■  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [58] 

est  tellement  considérable  que  toutes  les  initiatives  ne  seront 
jamais  assez  nombreuses  et  assez  énergiques  pour  faire  dispa¬ 
raître  la  lèpre  du  taudis:  Mais  est-çe  une  raison  ppur  détruire 
les  Sociétés  d’habitations  à  bon  marché? 

Est-ce  une  raison  pour  négliger  toutes  ces  bonnes  volontés, 
pour  laisser  se  tarir  cette  source  du  progrès  social  aussi  consi¬ 
dérable  et  bienfaisante  pour  ceux  qui  s’y  consacrent  que  pour 
ceux  à  qui  elle  vient  en  aide. 

Ce  qui  sera  fait  administrativement  coûtera  beaucoup  plus 
cher  et  sera  moins  bienfait  que  par  l’initiative  privée,  véritable 
initiatrice  de  tout  progrès. 

Je  crois  vous  avoir  convaincus,  mes  chers  collègues,  que 
l’œuvre  de  l’Habitation  ù,  bon  marché  court  de  graves  dangers. 
Des  savants,  des  hygiénistes  et  des  philanthropes  comme  vous 
doivent  contribuer  à  la  sauver,  puis  à  la  fortifier  et  à  la  déve 
lopper. 

Je  suis  absolument  persuadé  que  vous  n’y  faillirez  pas. 


M.  Albert  Parenty.  —  Je  me  joins  à  notre  collègue  M.  Risler, 
pour  demander  que  notre  Société  signale  aux  pouvoirs  public»  la 
situation  poignante  des  Sociétés  d'habitations  à  bon  marché,  dont 
l’œuSre,  devenue  indispensable,  sera  brutalement  arrêtée,  si  la  loi 
sur  lesjpyers  est  votée  telle  qu’on  la  propose  en  ce  moment.  ‘ 

Permettez-moi  aussi  d’étendre  un  peu  la  question,  car  le  logement 
ouvrier  en  général  est  en  cause,  avec  toutes  les  conséquences  de 
salubrité  et  de  moralité  qui  s’y  rattachent  directement. 

Les  Sociétés  d’habitation  à  bon  marché,  d’abord,  méritent  d’êtré 
protégées. 

Ensuite,  les  particuliers  qui,  sur  les  sollicitations  des  hygiénistes, 
ont  édifié  des  immeubles  salubres,  en  se  soumettant  au  règlement 
du  Comité  de  patronage. 

Puis,  les  œuvres  et  les  particuliers  qui  se  sont  donné  la  mission 
d’assainir  le  taudis,  mission  éminemment  opportune,  bien  que  peu 
connue. 

En.elfet,  on  ne  peut  remplacer  instantanément,  ni  même  en  un 
nombre  limité  d’années,  toutes  les  maisons  insalubres  par  des 
immeubles  populaires  neufs;  c’est  nne  œuvre  de  très  longue  haleine. 
Et  puis,  la  construction  va  être  extraordinairement  coûteuse  ;  la 
main-d’œuvre  rare.  Des  philanthropes  avisés  ont  conçu  l’idée 
d’utiliser  ce  qui  est  bon  dans  les  vieilles  maisons,  d’assainir  celles- 


[59J 


LES  HABITATIONS  A  BON  MARCHÉ 


ci  largement  en  y  entreprenant  de  grands  travaux,  incompara¬ 
blement  moins  coûteux,  cependant,  que  des  maisons  neuves. 

Ces  œuvres  ne  s’opposent  pas  à  celles  des  habitations  à  bon 
marché  :  elles  leur  sont  parallèles. 

Enfin,  il  y  a  les  propriétaires  ordinaires  des  maisons  à  petits 
loyers,  ceux  qui  font  l'industrie  du  logement,  et  que  la  mentalité 
nouvelle  tend  à  montrer  comme  des  parias  exclus  de  tout  droit. 
Depuis  la  guerre,  parmi  les  gens  qui  fournissent  les  choses  néces¬ 
saires  à  l’existence,  ils  sont  seuls  frappés  ;  on  les  considère  comme 
exerçant  un  métier  plus  honteux  que  les  plus  honteux  métiers. 

On  passe  légèrement  sur  ce  fait  que  les  propriétés  de  Paris 
n’appartiennent,  le  plus  souvent,  que  pour  40  ou  50  p.  100  de  leur 
valeur,  à  celui  qu’on  appelle  propriétaire,  le  vendeur  étant  resté 
créancier  du  surplus,  ou  un  prêteur  ayant  parfait  la  somme  d’achat. 
Actuellement,  le  propriétaire  nominal  ne  touche  pas  les  loyers,  et 
l’on  ne  l’indemnisera  jamais  s’il  a  un  petit  revenu.  Il  doit  cependant 
payer  intégralement  les  intérêts  au  prêteur,  véritable  copropriétaire 
en  fait,  qui  ne  doit  pas  perdre  un  décime. 

Le  montant  de  la  créance,  auquel  s’ajoutent  les  intérêts  accu¬ 
mulés,  dépasse  déjà  le  prix  où  la  maison  est  descendue,  par  suite  de 
la  dépréciation  énorme  que  la  loi  apporte  aux  immeubles  ouvriers. 
Tel  citoyen  qui,  à  la  veille  de  la  guerre,  a  mis  dans  l’achat  d’une 
maison  les  économies  d’une  vie  de  travail,  va  se  trouver,  à  la  fin, 
avec  un  passif. 

Eh  bien!  le  législateur  a-t-il  pensé  que  cette  industrie  du  loge¬ 
ment  est  indispensable,  et  qu'elle  ne  peut  être  intégralement 
remplacée,  ni  par  l’initiative  privée,  ni  par  la  construction  officielle 
de  maisons  à  bon  marché. 

Les  uns  de  bon  gré,  les  autres  poussés  par  le  Bureau  d’hygiène, 
ces  propriétaires  transforment  et  assainissent  peu  à  peu  leurs  mai¬ 
sons,  quand  ils  en  ont  les  moyens. 

La  loi  veut  indemniser,  et  encore  partiellement,  les  seuls  proprié¬ 
taires  ayant  un  tout  petit  revenu.  L’expérience  prouve  au  contraire 
que,  seuls  les  propriétaires  ayant  quelque  surface,  peuvent  faire 
œuvre  utile  et  notable,  en  matière  d’assainissement.  Ceux-ci,  qu’on 
brime  et  qu’on  dépouille,  ne  voudront  plus  jamais  s’intéresser  à  cette 
industrie  maudite. 

Le  résultat  fatal,  mais  qu’on  semble  ne  pas  voir,  c’est,  d’une  part 
la  faillite  des  Sociétés  d’habitations  à  bon  marché  et  des  (Euvres 
d’assainissement  de  l’habitation  ;  d’autre  part,  la  ruine  des  proprié¬ 
taires  de  maisons  à  petits  loyers  (à  dessein,  je  ne  dis  pas  «  petits 
propriétaires  «),  et  l’abandon  de  cette  industrie  nécessaire.  Enfin, 
vu  l’insécurité  de  cette  industrie,  la  démolition  systématique  des 


Iü2  SOeiÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  ,  [60] 

maisons  modestes  pour  en  édifier  de  plus  riches,  avec  une  crise 
grave  du  petit  logement,  surpeuplement  des  taudis,  campements 
insalubres,  etc... 

Je  suis  heureux  de  profiter  de  la  faveur  que  nous  fait  un  membre 
éminent  du  Parlement,  en  assistant  à  notre  séance,  pour  lui  sou¬ 
mettre  ces  quelques  réflexions. 

Après  une  discussion  à  laquelle  prennent  part  MM.  Georges 
Risleb,  Kern,  Çhassevant,  le  vœu  suivant  est  rédigé  ;  il  sera  com¬ 
muniqué  à  MM.  les  Ministres  du  Travail,  des  Finances  et  au  Prési¬ 
dent  de  la  Commission  d’hygiène  de  la  Chambre  : 

«  La  Société  de  médecine  publique  et  de  génie  sanitaire,  con¬ 
vaincue  que,  de  l’amélioration  du  logement  du  travailleur  dépen¬ 
dent  toutes  les  autres  œuvres  sociales  édifiées  par  la  République 
pour  son  plus  grand  honneur,  émue  de  la  situation  inquiétahte  où 
se  trouvent  les  Sociétés  d’habitations  à  bon  marché  par  suite  des 
conséquences  de  la  Guerre, 

«  Emet  le  vœu  que  le  Parlement  vote  d’urgence  les  lois  qui  accor¬ 
deront  aux  Sociétés  d’habitations  à  bon  marché  des  indemnités  au 
moins  égales  à  celles  qui  sont  stipulées  par  la  loi  sur  les  loyers  en 
faveur  des  propriétaires  de  petits.logements  loués  aux  mêmes  prix 
que  les  habitations  à  bon  marché,  mais  bien  inférieurs,  quant  aux 
conditions  d’hygiène,  de  moralité  et  de  confort, 

«  Et  que  les  modifications  nécessaires  soient  apportées  à  la  légis¬ 
lation  sur  les  habitations  à  bon  marché  afin  d’encourager  et  de  faci¬ 
liter  rCEuvre  de  l’habitation  è  bon  marché  dont  l’action  risque 
d’être  annihilée,  alors  qu’il  est  indispensable  qu’elle  soit  ardem¬ 
ment  développée  et  intensifiée.  « 


L’ENSEIGNEMENT  ANTIALCOOLIQUE 

DANS  LES  ÉCOLES 

M.  le  Dr  Granjux  donne  lecture  d’un  «  vœu  >>  de  MM.  Gilbert  Lau¬ 
rent  et  Merlin,  députés,  concernant  l’enseignement  antialcoolique 
dans  les  écoles. 

Le  4  octobre  1917,  le  Conseil  général  de  la  Loire  a  adopté  à  l’una¬ 
nimité  le  vœu  suivant  présenté  par  M.  le  Dr  Gilbert  Laurent,  député  : 

Le  Conseil  général  de  la  Loire  exprime  le  vœu  que  : 

«  Tous  les  livres  scolaires  admis  dans  les  écoles  primaires 


[61]  L’ENSEIGNEMENT  ANTIALCOOLIQUE  DANS  LES  ÉCOLES  133 

publiques  ou  privées  portent,  entre  la  page  de  garde  et  la 
couverture,  une  feuille  simple  ou  double  contenant  quelques 
conseils  pratiques  sur  l’usage  du  vin,  de  la  bière,  du  cidre,  et 
signalant  les  dangers  de  l’alcoolisme  pour  la  famille,  l’indi¬ 
vidu,  la  Société.  » 

Ce  vœu  était  précédé  du  court  exiiosé  ci-après  : 

«  Messieurs, 

«  Je  ne  m’attarderai  pas  à  développer  devant  vous  la  ques¬ 
tion  si  grave  pour  notre  paj’S  de  l’alcoolisme  et  de  ses  dangers 
pour  notre  patrie  ;  nous  sommes  tous  d’acpord  à  ce  sujet.  Mais, 
je  voudrais  vous  rappeler  combien  les  premières  notions  acqui¬ 
ses  à  l’école  restent  profondément  gravées  dans  nos  mémoires. 
Ces  premières  lectures  s’impriment  dans  nos  cerveau.x  d’une 
façon  indélébile;  elles  ont  une  influence  considérable  sur  la 
direction  future  de  notre  vie,  de  notre  conduite,  de  notre  façon 
de  penser.  Cette  influence  de  l’école  primaire  sur  la  direction  ' 
et  la  mentalité  de  l’homme  est  si  grande  qu’elle  suffit  à  expli¬ 
quer,  à  justifier  les  luttes  si  âpres,  si  passionnées  qui  se  sont 
élevées  à  propos  de  l’école  laïque  et  de  la  liberté  de  Rensei¬ 
gnement. 

«  Mais,  pour  le  vœu  émis,  il  ne  peut  y  avoir  ni  lutte,  ni 
agitation,  ni  discussion.  Tous,  quelles  que  soient  nos  opinions 
politiques  ou  religieuses,  nous  sommes  d’accord  pour  essayer 
d’enrayer  par  tous  les  moyens  possibles  le  terrible  fléau  de 
l’alcoolisme. 

«  Si  notre  action  sur  les  hommes  mûrs,  et  ceux  que  d’invé¬ 
térées  habitudes  d’alcoolisation  ont  enlisé  dans  cette  mauvaise 
voie,  est  nulle  ou  peu  efficace,  nous  avons  la  certitude  que 
cette  action  donnera  les  meilleurs  résultats  lorsqu’elle  s’adres¬ 
sera  à  l’enfance.  Bien  plus,  nous  croyons  que,  souvent,  par 
l’enfant,  on  arrivera  aux  parents.  Le  livre  remis  à  l’élève  est, 
vous  le  savez,  souvent  lu,  commenté  par  le  père,  par  la  mère, 
et  cet  enseignement  indirect  sera  souvent  utile  à  toute  la 
famille. 

«  Nous  espérons  qu’on  ne  nous  répondra  plus  que  la  liberté 
du  choix  des  livres  scolaires  sera  entravée  par  la  demande  que 
nous  avons  formulée.  La  courte  petite  notice  qui  précédera  et 


loi  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE.  [62] 

s’ajoutera  à  chaque  volume  ne  modifiera  aucunement  soit  la 
forme,  soit  le  fonds  de  l'ouvrage  lui-même;  et,  les  instituteurs, 
les  inspecteurs  primaires  ou  inspecteurs  d’académie  con¬ 
serveront  toute  leur  liberté  à  laquelle  nous  ne  retranchons 
rien. 

«  Si  l’on  nous  dit  que  ce  sera  une  grosse  dépense  à  imposer 
aux  éditeurs  et  que  le  Ministre  n’a  ni  le  droit,  ni  la  possibilité 
de  la  leur  imposer,  nous  lui  répondrons  que  nous  sommes 
persuadés  qu’il  lui  suffira  de  témoigner  son  désir  aux  éditèurs 
pour  que  ceux-ci  s’empressent  d’y  répondre  et  de  faire  le 
nécessaire  dans  le  sens  demandé.  Ce  sera,  du  reste,  leur  inté¬ 
rêt,  car  l’ensemble  du  corps  enseignant  est  si  profondément 
acquis  à  la  lutte  contre  ralcoolisme,  que  nous  avons  la  certi¬ 
tude  qu’il  choisira  de  préférence,  parmi  les  livres  édités,  ceux 
qui  renfermeront  la  notice  en  question  ;  ce  qui  encouragera  les 
éditeurs  à  accepter  ce  léger  sacrifice. 

«  D’ailleurs,  l’Etat  ne  s’est  pas  désintéressé  de  la  question 
d’instruire  le  public  sur  les  dangers  de  l’alcool.  Dans  les 
chambrées  des  casernes,  on  a  placé  de  .magnifiques  affiches 
sur  l’absinthe  qui  conduit  à  la  folie  ou  sur  des  sujets  ana¬ 
logues.  Mais,  en  faisant  campagne  dans  ce  sens,  on  a  souvent 
forcé  la  note.  Le  public  a  pu  croire  qu’on  voulait  lui  persuader 
de  se  priver  de  tout,  et  il  a  préféré  se  priver  de  rien.  La 
rigueur  des  formules  contre  l’alcoolisme  a  excité  bien  souvent 
l’ardeur  des  gens  qui  aiment  la  contradiction,  et  de  ceux  qui 
ont  intérêt  à  l’abus  des  spiritueux. 

«  IL  ne  s’agit  donc  nullement  de  redire  que  l’alcool  est  dan¬ 
gereux,  mais  d’expliquer  clairement  comment  et  dans  quelles 
conditions  il  devient  dangereux. 

«  Les  conseils  qu’on  leur  donnerait  ne  devraient  pas  viser  à 
transformer  les  hommes  en  saints,  ce  qui  n’est  peut-être  nulle¬ 
ment  désirable,  mais  à  leur  faire  sentir  comment  on  fait  du 
mal  à  soi  et  aux  siens  par  l’abus  de  l’alcool.  Il  faudrait  les 
amener  à  comprendre  qu’il  s’agit  d’une  question  non  de  priva¬ 
tion,  mais  de  juste  mesure. 

«  Beaucoup  de  gens  s’alcoolisent  sans  le  vouloir  et  sans  le 
savoir.  Ils  ne  se  font  aucune  idée  de  la  quantité  d’alcool  qu’un 
homme  peut  absorber  sans  danger. 

«  Trop  de  parents,  buvant  du  vin  pur  à  leurs  repas,  croient 


[63]  L’ENSEIGNEMENT  ANTIALCOOLIQUE  DANS  LES  ÉCOLES  3; 

ne  pas  devoir  traiter  leurs  enfants  autrement  qu  eux-mémes 
ils  ignorent  que  ce  qui  est  acceptable  pour  les  grandes  per¬ 
sonnes  ne  l’est  plus  pour  les  enfants. 

«  Pour  bien  mettre  en  relief  les.  conseils  donnés,  on  pourrait 
faire  ressortir  qu’il  n’est  pas  désirable  de  s’abstenir  complète¬ 
ment  de  vin  ou  même  d’alcool,  que  l’abstinence  n’est  guère 
plus  raisonnable  que  l’abus,  que  le  vin  pris  en  quantités  modé¬ 
rées  est  plutôt  bienfaisant;  qu’enfin  on  pourrait  dire  de  l’alcool 
et  du  vin  ce  qu’Esope  disait  de  la  langue  :  que  c'est  la  meilleure 
OM /a  ptVe  dei  cAoies,  suivant  l’usage  qu’on  en  fait. 

«  La  seule  difficulté  semble  résider  dans  la  forme  et  le 
contenu  de  la  notice  à  encarter  dans  les  livres  scolaires.  Elle 
doit  être  courte,  claire,  rédigée  de  façon  à  frapper  l’imagina¬ 
tion  de  l’enfant;  elle  ne  devra  pas  être  une  attaque  contre  le 
vin,  la  bière,  le  cidre,  les  boissons  naturelles,  lesquelles  sont 
excellentes  lorsqu’on  en  use  raisonnablement;  elle  ne  devra 
pas  être  une  œuvre  de  polémique  violente,  mais  une  œuvre  de 
bonne  foi,  de  sincérité,  de  vérité.  Le  Ministre  saura  facilement 
trouver  des  hommes  capables  d’écrire  cette  œuvre  de  vulga¬ 
risation,  de  propagande,  d’hygiène  sociale.  » 

Après  l’adoption  de  ce  vœu,  le  Conseil  général  de  la  Loire  a 
adopté  une  motion  du  Dr  Merlin,  député,  conseiller  général,  deman¬ 
dant  à  M.  le  ministre  de  l’Instruction  publique  de  «  rétablir  dans 
tes  programmes  de  l’enseignement  primaire  et  secondaire  renseigne¬ 
ment  antialcoolique  qui  a  disparu  depuis  quelques  années  de  ces  pro¬ 
grammes  ». 

La  Société  de  médecine  publique  se  joint  aux  D”  Gilbert  Lau¬ 
rent  et  Merlin,  députés  de  la  Loire. 

11  semble  qu’un  bon  moyen  de  rendre  cet  enseignement 
particulièrement  efficace  serait  de  réaliser  le  vœu  de  M.  le 
D""  Gilbert  Laurent. 

La  Société  charge  son  bureau  de  transmettre  cette  résolu¬ 
tion  à  M.  le  Ministre  de  l’Instruction  publique. 

M.  le  D''  Borne  donne  lecture  d'une  lettre  de  M.  Schmit,  député  des 
Vosges,  qui  s’excuse  de  ne  pas  assister  à  la  séance  et  qui  approuve 
vivement  la  proposition  de  ses  deux  collègues  en  reconnaissant 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[64]' 


qu’il  faut  employer  des  mesures  extrêmement  énergiques  pour 
enrayer  le  fléau.  ‘ 

M.  le  D'  CAHESC.4SSE  annonce  que  cet  enseignement  antialcoo¬ 
lique  n’a  pas  disparu  des  programmes  scolaires  de  Seine-et-Oise,  où 
la  lutte  est  toujours  poursuivie. 

,  M.  le  D'. Fernand  Merlin  déclare  qu’offîciellement  cet  enseigne" 
ment  n’a  pas  été  supprimé  des  programmes  scolaires,  mais  en  réa¬ 
lité,  il  n'est  pratiquement  pas  donné  aux  enfants. 

Dans  le  département  de  la  Loire,  où  les  œuvres  sociales  ont  pris 
un  sérieux  développement  dans  un  milieu  d’usines  de  grande  impor¬ 
tance  l’enseignement  antialcoolique  est  négligé,  il  a  paru  de  haute 
nécessité  d’en  demander  l’application. 

Le  problème  de  l’alcool  et  de  l’alcoolisme  doit  entièrement  être 
posé  à  nouveau  et  résolu. 

Avant  la  guerre,  sur  40  millions  d’habitants  la  France  possédait 
6S0.000  femmes  de  plus  que  d’hommes;  après  les  pertes  formi¬ 
dables  en  hommes  de  la  guerre  actuelle,  une  situation  nouvelle  est 
créée  dans  le  pays;  quel  sera  le' chiffre  des  Temraes  qui  de  20  à 
45  ans  risqueront  de  ne  pouvoir  fonder  de  famille?  c’est  un  immense 
problème  de  la  dépopulation  en  présence  duquel  la  nation  va  se 
trouver.  Il  faudra  de  longues  années 'pour  rétablir  l’équilibre.  Nous 
aurons  besoin  de  cerveaux,  de  muscles,  de  bras,  de  main-d’œuvre, 
et  c’est  dans  notre  pays,  où  ces  cerveaux,  ces  bras  sont  usés  par 
l’alcool.  Il  y  aurait- en  Framce  500.000  marchands  de  vins  et  débits, 
c’est-à-dire  9  fois  plus  qu’aux  États-Unis,  i  fois  plus  qu’en  Angle¬ 
terre,  5  à  6  fois  plus  qu’en  Allemagne.  Si  l’on  veut  bien  faire  la  sta¬ 
tistique,  ces  500.000  débits  immobilisent  4  à  5  personnes  par  débit, 
2  millions  1/2  d’individus  dans  une  profes.iion  négative  et  nuisible 
Il  est  temps  de  mettre  un  terme  à  ce  scandale  ;  en  récupérant  toute 
cette  main-d’œuvre  poUr  le  bien-être  et  l’intérêt  général  de  la 
nation. 

Sans  inconvénient,  il  serait  facile  de  supprimer  la  moitié  et  même 
les  deux  tiers  des  débitants. 

Evidemment,  il  est  impossible  d’aboutir  immédiatement;  il  faut 
pour  arriver  au  résultat  avoir  pour  soi  l’opinion  publique. 

Quelle  est  la  vérité  ?  La  main-d’œuvre  après  la  guerre  sera 
très  rare,  difficile  à  trouver,  les  autris  pays  conserveront  à  tous 
prix  leurs  nationaux  pour  êti’e  prêts  à  lutter  sur  le  terrain  com¬ 
mercial,  industriel. 

L’argument  nouveau  à  envisager  dans  le  pi’oblème  de  l’alcoo¬ 
lisme  est  l’argument  économique  ;  il  faut  en  France  faire  revenir 


[65]  L  ENSEIGNEMENT  ANTIALCOOLIQUE  DANS  LES  ÉCOLES  157 

aux  professions  utiles,  agricoles,  commerciales,  industrielles,  scien¬ 
tifiques,  le  plus  grand  nombre  d’éléments. 

Quelles  sont  les  solutions  pratiques?  Jusqu’ici  les  lois  et  les 
décrets  ont  élé  inopérants.  La  loi  récente  de  février  191b  visant  la 
limitation  des  débits  de  boissons  serait  illusoire.  La  situation  reste 
et  resterait  la  même. 

11  n’existe  qu’une  solution  rapide,  radicale  par  la  suppression  par 
le  rachat  systématique  des  débits. 

D’une  enquête  il  résulte  que  le  prix  moyen  d’un  débit  ordinaire, 
dans  les  villes,  c’est-à-dire  de  celui  où  l’on  s’alcoolise  le  plus,  varie 
de  500  à  1.200  francs.  11  serait  facile  de  racheter  ces  débits,  leurs 
propriétaires  ne  s'y  opposeraient  pas;  dans  le  cas  où  l’on  arriverait 
à  racheter  la  moitié  des  débits,  la  dépense  serait  de  250  à  300  mil¬ 
lions.  Les  syndicats  de  débitants  consultés  à  cet  égard,  non  seule¬ 
ment  ne  font  pas  d’obstruction,  mais  paraissent  vouloir  étudier 
sérieusement  la  question. 

Reste  à  savoir  dans  quelles  conditions  ce  rachat  serait  opéré,  avec 
la  garantie  qu’aucun  débit  nouveau  ne  pourrait  être  ouvert,  et  que 
les  établissements  existants  ne  pourraient  pas  être  agrandis;  car 
n’oublions  pas  que  l’Allemagne  dans  les  régions  du  Nord  et  de  l’Est 
avait  son  influence  pernicieuse  sur  le  développement  de  l’alcoo¬ 
lisme  dans  ces  provinces. 

M.  le  D'  Faivre,  serait  d’avis  de  nommer  une  sous-commission 
chargée  d’étudier  de  très  près  toutes  ces  questions  du  plus  haut 
intérêt,  développées  par  M.  le  D'  Merlin;  la  nomination  de  cette 
Commission  est  confiée  aux  soins  du  Conseil,  et  M.  le  D*'  Merlin 
accepte  d’en  faire  partie. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[60] 


DISCUSSION 


SUR  L’USAGE  DU  SAVON 

EN  CHIRURGIE  SEPTIQUE 

M.  le  D''  Camescasse.  —  En  demandant  la  parole  à  la  Société  de 
Médecine  publique  j’ai,  ce  soir,  un  double  but. 

Je  tiens  tout  d’abord  à  m’excuser  auprès  de  M.  Bonjean  de  n’avoir 
cité  son  travail  que  dans  une  note,  ajoutée  au  dernier  moment  à 
l’édition  de' la  brochure  que  voici*.  ■ 

La  vérité  est  que  mon  manuscrit,  qui  fut  de  longues  années  sur  le 
chantier,  a  prissa  forme  actuelle  dès  décembre  1916  et  qu’il  a  atten¬ 
du  depuis  tout  ce  temps. son  tour  d’impression'. 

J’aurais  été  beaucoup  plus  à  mon  aise  pour  rédiger  mon  chapitre 
■1  vue  théorique  »  si  j’avais  connu  auparavant  le  travail,  si  complet 
au  point  de  vue  chimique,  de  notre  collègue. 

J’ai  toujours  cru  reconnaître,  en  effet,  dans  l’action  du  savon, _ 

soit  sur  les  plaies  souillées  et  septiques,  soit  sur  les  muqueuses  in¬ 
fectées,  — ^  deux  parts  : 

Une  action  chimique  et  physique  locale,  qui  se  traduit  par  la 
fluidification  des  excréta;  fluidification  in  situ  des  productions  mor¬ 
bides.  Or  l’étude  de  M.  Bonjean  nous  donne  l’explication  de  ce  phé¬ 
nomène,  de  telle  sorte  qu’il  n’y  aura  pas  à  y  revenir. 

Mais  il  y  aà  côté. de  cela,  dans  le  domaine  chimique  lui-même, 
une  action  locale  sur  les  tissus  sains,  —  action  indéniable  qui 
pourrait  à  elle  seule  expliquer  l’intolérance  à  la  répétition,  n’était 
que  cette  intolérance  peut  aussi  résulter  de  l’épuisement  du  réflexe 
provoqué  par  le  savon,  dès  le  premier  contact. 

C’est  que,  en  effet,  au  cours  des  tentatives  inégales  que  j’ai  faites 
pour  employer  le  savon  un  peu  partout  —  en  chirurgie  septique 
ou  bien  comme  agent  prophylactique,  j’ai  crudiscernerquece  contact 
assurait  autre  chose  qu’une  fluidification  chimique  (et  physique).  Je 
veux  parler  d’un  ordre,  venant  en  réflexe,  aux  éléments  sains  de 
sécréter  abondamment  au  voisinage  —  et  au  niveau  —  des  tissusenvahis 
ou  menacés. 

1.  Le  savon  en  chirurgie  septique  (O.  Doin  et  fils). 

2.  liull  the’rap.,  septembre-octobre  1917. 


[611  L’USAGE  DU  SAVON  EN.  CHIRURGIE  SEPTIQUE  d.W 

J’en  viens,  ainsi,  au  second  but  de  ma  communication  qui  est  de 
faire- hommage  à  la  Société  d’un  exemplaire  de  cette  brochure  sur 
l’usage  du  savon  en  chirurgie  septique.  Je  me  suis  efforcé  de  mon¬ 
trer  combien  ce  que  j’ai  observé  dans  la  bouche,  dans  les  fosses 
nasales,  ressemble  à  ce  que  j’ai  observé  dans  un  vagin  infecté  —  et 
combien  cela  resemble  à  ce  que  l’on  peut  observer  quand  on  intro¬ 
duit  un  morceau  de  savon  dans  un  abcès  chaud  insuffisamment 
ouvert. 

Je  ne  veux  pas  abuser;  j’en  suis  arrivé,  depuis  beaucoup  d’années 
(beaucoup  trop,  puisque  cela  fait  de  moi  un  des  anciens  en  cette 
assemblée),  tout  en  utilisant  le  savon  comme  pansement,  à  me 
servir  exclusivement  de  lui,  comme  préservatif  à  toute  infection, 
dansles  accouchements  —  et,  ce,  avec  un  succès  qui  ne  se  dément 
point. 

U  est  bien  évident  que,  ici,  la  fluidification  n’est  pas  seule  enjeu  ; 
le  glissement  plus  facile,  l’action  physique  qui  empêche  l’amateur 
de  monter  au  mât  de  cocagne,  doit  être  mise  en  cause. 

Mais  j’ai  trouvé  une  limite  :  quand  cela  dure  trop  longtemps,  les 
mucosités  naturelles  —  agents  de  glissement  non  négligables  — 
viennent  à  manqueret  il  faut  autre  chose  que  du  savon  pour  que  ça 
ne  grippe  point. 

Sous  cette  réserve  d’une  intolérance  à  provenir  soit  du  contact 
local,  soit  de  l’épuisement  du  réflexe  salutaire,  j’étais  plus  que 
préparé  aux  pansements  permanents  au  savon  du  0“-  Ratinski,  —  et 
je  ne  puis  que  féliciter  mon  Confrère  d’avoir  obtenu  une  ratification 
de  ses  dires  grâce  au  concours  de  l’éminent  directeur  du  labora¬ 
toire  d’hvgiène. 


I.a  séance  est  levée  à  19  heures. 


Le  Secrétaire  f/e’nérat  adjoint, 
D'-  Borne. 


Le  Vice-Président, 
0“-  Granjux. 


Le  Gérant  :  Pierre  Auger. 


Paris.  —  L.  Mabethbux,  impriii 


Cassette. 


REVUE 

D’HYGIÈNE 


ET  DE  . 

POLICE  SANITAIRE 


QUELQUES  PRINCIPES  PHYSIOLOGIQUES 

POUR  UNE  POLITIQUE  DE  RAVITAILLEMENT  ‘ 

M.  le  D'  LOUIS  tAPICQUE 
Professeur  au  Muséum, 

Président  de  la  Section  d’Hygiène  de  la  Direction  des  loventions. 

Par  ravitaillement,  j’entends  uniquement,  au  sens  propre  du 
mot,  notre  nourriture.  C’estsufflsant  pour  en  faire  une  question 
de  première  importance. 

Le  problème  du  ravitaillement  nécessite  d’abord  la  connais¬ 
sance  des  besoins.  Les  besoins  alimentaires  sont  une  grandeur 
physiologique  parfaitement  déterminable,  et  non  un  ensemble 
de  fantaisies  individuelles  susceptibles  de  s’adapter  par  décret 
aux  approvisionnements  existants. 

Le  problème  a  été  posé  depuis  longtemps,  et  de  haut. 

En  1791,  dans  un  recueil  imprimé  par  ordre  de  l'Assemblée 
nationale,  sous  la  direction  de  Lavoisier  et  les  auspices  de 
l’Académie  des  Sciences,  Lagrange,  le  célèbre  géomètre, 

1.  Conférence  faite  devant  la  Commission  supérieure  des  Inventions  le 
13  mars  1918. 

REV.  d’hyg.  XL  —  11 


N'iyVd 


162 


Dr  LOUIS  LAPICQUE 


publiait  un  travail  intitulé  Arithmétique  poKHque  sur  les  pre¬ 
miers  besoins  intérieurs  de  la^épublique.  Mais  il  ne  pouvait  pas, 
à  cette  époque,  arriver  à  une  solution  précise;  ainsi,  il  se 
demande  en  vain  selon  quelle  équivalence  conapter  les  légumes 
et  les  fruits.  «  Le  prix  qu’on  les  paye,  dit- il,  n’est  pas  ia  mesure 
de  leur  valeur  alimentaire,  la  gourma,ndise  y  prend  trop  de 
part.» 

La  physiologie  peut  fournir  la  réponse  aujourd’hui  ;  nôus 
avons  une  mesure  extrêmement  simple  et  nette  dé  la  valeur 
alimentaire  de  tous  les  aliments,  quels  qu’ils  soient,  et  récir 
proquement  la  môme  mesure  permet  d’exprimer  le  besoin  de 
nourriture.  C’est  l’énergie  empruntée  aux  aliments  qui  con¬ 
stitue  cette  commune  mesure. 

A  vrai  dire,  les  besoins  physiologiques  sont  infiniment  com¬ 
plexes.  Indépendamment  de  l’énergie,  il  nous  faut  un  nombre 
considérable  de  corps  simples,  un  nombre  bien  plus  considé¬ 
rable  encore  de  composés  organiques  définis.  La  liste  en  serait 
très  longue,  et  en  regard  de  chacun  de, s  articlés  il  faudrait 
porter  la  quantité  nécessaire.  Nous  ne  sommes  ^pas  en  état 
d’établir  cette  liste,  mais  l’intérêt  en  serait  simplement  théo- 
,  rique. 

A  l’exception  d’un  petit  nombre  de  substances  extraites  par 
l’industrie  sous  forme  presque  pure,  par  exemple  le  sucre, 
l'amidon,  la  caséine,  tous  nos  aliments  sont  des  parties  d’êtres 
vivants,  animaux  ou  végétaux,  et  tous,  à  côté  d’une  proporr 
tion  diverse  des  trois  grands  aliments  simples  :  albumine, 
graisse  et  hydrates  de  carb.one,  contiennent  les  divers 
matériaux  qui  sont  nécessaires  à  la  vie.  De  sorte  qu’une 
alimentation  variée  couvrant  les  besoins,  généraux  de  l’orga¬ 
nisme  couvrira  certainement  aussi  tous  les  besoins  particuliers. 

Même  pour  l’albumine,  ou  matière  azotée,  à  laquelle  on 
faisait  naguère  une  place  à  part,  au  premier  rang  des  préoccu¬ 
pations  alimentaires,  il,  n’y  a  qu’exceptionnellement  ■  lieu 
d’accorder  une  attention  spéciale. 

L’évolution  des  idées  sur  ce  point  est  remarquable.  Avec 
Liebig,  la  substance  azotée  était  l’aliment  par  excellence  ; 
puis  on  a  vu  que  les  autres  aliments  pouvaient  la  remplacer, 
et  permettaient  d’en  réduire ,  l’apport  quotidien  jusqu’à  un 
minimum  qui,  pour  l’homme,  fut  fixé  par  Voit  à  120  grammes. 


UNE  POLITIQUE  DE  RAVITAILLEMENT  163 

M’appuyant  essentiellement  sur  des  observations  ethnogra¬ 
phiques,  qui  ont  l’avantage  de  représenter  des  expériences 
naturelles  portant  sur  plusieurs  générations  et  sur  des 
millions  de  sujets,  j’ai  montré  que  le  minimum  ne  s’élevait 
.pas  au-dessus  de  1  gramme  par  kilogramme  et  par  jour. 
Ghittenden,  dans  des  expériences  artificielles,  mais  pro¬ 
longées  une  année  entière,  réduisit  encore  ce  chiffre  à  peu 
près  de  moitié. 

D’ailleurs,  les  progrès  de  la  chimie  des  matières  albumi¬ 
noïdes  nous  avaient  montré  celles-ci  constituées  par  des 
groupements  divers  ü acides  aminés;  la  digestion  dissocie 
ces  groupements,  et  les  besoins  alimentaires  spécifiques  por¬ 
tent  en  réalité  sur  ces  acides  aminés;  de  sorte  qu’une  matière 
albumidoïde  n’est  pas  équivalente  à  une  autre,  en  particulier 
les  albumines  végétales  ne  sont  point  équivalentes  aux  albu¬ 
minés  animales. 

Il  n’y  a  donc  plus  aucun  sens  à  çhercher  un  chiffre  expri¬ 
mant  le  minimum  d’albumine  nécessaire,  si  cette  albumine 
est  évaluée  par  l’azote  dosé  en  bloc  dans  les  aliments.  Le 
besoin  d’albumine  s’éparpille  en  une  effrayante  complexité  de 
besoins  spéciaux,  dont  chacun  est  inexorable,  quand  même 
il  se  chiffrerait  seulement  par  quelques  centigrammes  quoti¬ 
diens.  Heureusement  la  difficulté  n’est  pas  de  satisfaire  ces 
besoins,  mais  bien  de  les  faire  sentir,  de  produire,  comme 
l’on  dit,  une  carence,  en  constituant  un  régime  alimentaire 
dépourvu  d’une  substance  nécessaire. 

Les  vitamines,  dont  on  parle  beaucoup  depuis  quelques 
années  et  dont  on  exagère  parfois  l’importance,  sont  un 
petit  paragraphe  de  cette  liste.  Si  vous  nourrissez  des  pigeons 
abondamment,  mais  exclusivement  avec  des  grains  de  riz  soi¬ 
gneusement  dépouillés  de  leurs  parties  périphériques,  vous 
les  verrez,  au  bout  de  quinze  jours  ou  trois  semaines,  pré¬ 
senter  des  phénomènes  de  paralysie,  puis  mourir  rapidement  ; 
c’est  la  carence.  Mais  si,  dès  l’apparition  des  symptômes  para¬ 
lytiques,  vous  ajoutez  à  leur  riz  décortiqué  quelques  parcelles 
d’écorce  de  riz,  ils  guériront  presque  instantanément.  On 
obtient  de  même  la  guérison  avec  une  quantité  minime  d’une 
substance  azotée  particulière  extraite  de  celte  écorce  de  riz  ; 
cette  substance  a  été  appelée  vitamine  et  elle  est  incontes- 


164  '  D‘’  LOUIS  LAPICQUE 

tablement  nécessaire.  Mais  si  vos  pigeons  mis  au  régime  du  riz 
décortiqué  ne  sont  pas  enfermés  et  leur  nourriture  bien  sur¬ 
veillée,  s’ils  peuvent  attraper  deux  ou  trois  graines  quel¬ 
conques,  un  peu  de  mauvaise  herbe,  plus  de  carence!  La 
vitamine  ou  les  vitamines  se  sont  retrouvées  en  quantité, 
suffisante. 

On  voit  que  cette  question,  d’un  vif  intérêt  physiologique, 
n’a  rien  à  voir  avec  aucun  problème  pratique  de  ravitaille¬ 
ment. 

L’ensemble  des  matières  azotées  se  trouve  dans  le  même 
cas  lorsque  le  ravitaillement  s’opère  au  moyen  de  nos  matières 
alimentaires  usuelles.  Tout  mélange  est  bon.  Et  même  le  blé 
seul,  c’est-à-dire  le  pain  sec,  serait  suffisant  pour  tous  ces 
besoins  chimiques,  à  condition  toutefois  que  ce  pain  soit, 
sinon  complet,  du  moins  bis.  Le  pain  blanc  tout  seul  mènerait 
sans  doute  à  la  carence.  Mais  on  ne  voit  pas  quelle  espèce  de 
disette  pourrait  réduire  une  population  à  un  régime  exclusif 
de  pain  blanc. 

Le  riz  est,  à  ma  connaissance,  la  seule  céréale  qualitati¬ 
vement  insuffisante  pour  des  adultes  ;  mais  des  populations 
considérables  vivent  de  riz,  en  y  ajoutant  seulement  quelques 
grammes  de  poisson  sec. 

Lorsqu’il  s’agit  d’enfants,  dont  la  croissance  consiste  prin¬ 
cipalement  dans  l’augmentation  de  la  matière  albuminoïde  de 
leur  organisme,  les  besoins  en  substances  azotées  sont  plus 
considérables  et  plus  précis.  Même  avec  le  blé,  les  albuminoïdes 
d’une  alimentation  végétale  ne  fourniraient  peut-être  pas 
tous  les  éléments  d’une  bonne  croissance.  Mais,  une  fois 
passées  du  moins  les  premières  années,  où  de  toute  façon  un 
régime  spécial  est  nécessaire,  il  suffit,  pour  assurer  l’appoint, 
d’une  très  légère  addition  de  quelque  nourriture  animale,  un 
verre  de  lait  ou  la  moitié  d’un  œuf  par  jour. 

Pour  les  hommes  qui  se  livrent  à  des  travaux  de  force  et 
qui  ont  besoin  d’une  ration  alimentaire  plus  élevée,  il  est 
bien  démontré  aujourd’hui  qu’il  ne  serait  nullement  néces¬ 
saire  de  leur  fournir  un  supplément  d’albumine  ;  mais,  en  fait, 
le  supplément  de  ration  sera  constitué,  comme  la  ration  de 
repos  elle-même,  avec  des  aliments  plus  ou  moins  azotés. 

En  résumé,  comme  le  disait  ces  temps  derniers  le  physio- 


UNE  POLITIQUE  DE  RAVITAILLEMENT  165 

logiste  anglais  Bayliss  :  «Assurez  la  fourniture  d’énergie,  et 
la  fourniture  de  l’albumine  sera  assurée  par  là  même.  » 

Cette  considération  de  l’énergie  comme  unique  grandeur  à 
faire  entrer  pratiquement  en  ligne  de  compte  est  une  con 
quête  relativement  récente  de  la  physiologie.  Après  avoir 
donné  lieu,  depuis  vingt-cinq  ans,  à  de  très  vives  discussions, 
elle  ne  rencontre  plus  aujourd’hui,  je  crois,  un  seul  opposant. 

Proposée  par  Rubner  sous  le  nom  de  loi  de  «  l'isodynamie  » 
(c’est-à-dire  que  les  aliments  peuvent  se  remplacer  les  uns 
par  les  autres,  dans  la  mesure  où  ils  fournissent  une  égale 
quantité  d'énergie),  cette  théorie  a  été  entièrement  confirmée 
par  les  expériences  les  plus  précises,  notamment  par  les 
fameuses  recherches  d’Atwater. 

Un  homme  était  enfermé  pendant  plusieurs  jours  consé¬ 
cutifs  dans  une  chambre  spéciale  permettant  de  mesurer 
toute  la  chaleur  dégagée,  et  en  même  temps  les  échanges 
gazeux  delà  respiration.  Tous  les  aliments  et  tous  les  excreta 
étaient  analysés.  C’était  comme  une  petite  usine  avec  une 
vingtaine  de  personnes  constamment  occupées  chacune  à 
suivre  un  point  de  l’expérience.  On  a  pu  ainsi  établir  un  bilan 
complet  de  la  vie  considérée  comme  phénomène  chimique  et 
mécanique.  Le  résultat  a  été  la  vérification  parfaite  du  point  de 
vue  de  Lavoisier,  développé  durant  un  siècle  par  la  physiologie 
française,  et  finalement  ramené  par  Berthelot  à  la  forme  rigou¬ 
reuse  d’une  série  de  théorèmes,  à  savoir  que  la  vie  est  une 
combustion  et  que  les  lois  de  la  chimie  s’appliquent  intégrale¬ 
ment  à  l’organjsme  vivant.  Les  transformations  de  nos  aliments 
dans  notre  corps  y  dégagent  exactement  la  même  quantité  de 
chaleur  que  lorsqu’ils  passent  dans  un  appareil  de  laboratoire 
du  même  état  initial  au  même  état  final.  Nous  pouvons  donc, 
en  toute  sécurité,  partir  de  mesures  effectuées  sur  nos  aliments 
dans  la  bombe  calorimétrique  et  conclure  à  l’énergie  qu’ils 
peuvent  nous  fournir. 

L’isodynamie  n’était  pas  une  conséquence  nécessaire  de 
cette  analyse  chimique  de  la  vie,  mais  elle  existe  en  fait; 
démontrée  par  Rubner,  elle  a  été  vérifiée  par  Atwater  dans  des 
conditions  qui  ne  laissent  pas  place  au  doute.  D’ailleurs,  les 
objections  théoriques,  qui  de  toute  façon  auraient  dû  céder 
devant  le  fait,  ont  pu  être  résolues  d’une  façon  satisfaisante. 


166 


Di’  LOUIS  LAPICQUE 


J’ai  dû  insister  sur  l’isodynamie  pour  la  bien  établir 
d’abord,  car,  dans  tout  ce  qui  va  suivre,  mon  raisonnement 
repose  sur  cette  considération.  Nous  exprimerons  la  nourriture 
comme  les  besoins  alimentaires,  exclusivement  en  unités 
d’énergie,  c’est-à-dire  en  calories  (grandes  calories). 

Les  besoins  alimentaires  d’un  homme  adulte  sous  nos  cli¬ 
mats,  menant  une  existence  active,  sans  travail  de  force,  peu¬ 
vent  être  fixés  à  2.400  calories  par  24  heures. 

C’est  le  chiffre  qu’on  retrouve  avec  une  bonne  approximation 
toutes  les  fois  qu’on  mesure  et  qu’on  analyse  des  régimes  ali¬ 
mentaires,  même  quand  ces  régimes  semblent,  à  l’observation 
superficielle,  très  différents  les  uns  des  autres.  Contrairement 
à  ce  qu’a  fait  conclure  cette  observation,  il  n’y  a  pas,  sauf 
exceptions,  de  petits  et  de  gros  mangeurs  ;  il  y  a  seulement  des 
gens  qui  mangent  plus  ou  moins  de  plus  ou  moins  de 

■  dessert,  etc.  Le  calcul  en  calories  montre,  sous  les  fantaisies 
individuelles,  un  instinct  très  sûr  qui  emprunte  à  des  aliments 
divers  toujours  une  même  somme  d’énergie.  Les  physiolo¬ 
gistes  japonais  ont  trouvé  chez  leurs  compatriotes  (à  égalité 
de  grandeur  du  corps)  la  même  ration  en  calories  que  les 
physiologistes  français,  allemands  ou  anglais  chez  les  leurs. 

D’autre  part,  quand  on  mesure  la  perte  de  chaleur-  que  le 
combustible  alimentaire  doit  couvrir  pour  conserver  à  la  fois  le 
poids  corporel  et  la  température  constante,  on  trouve  réguliè¬ 
rement  les  mêmes  chiffres.  Ainsi  Atwater  a  observé  chez  trois 
sujets  maintenus  complètement  au  repos,  et  par  conséquent 
dépensant  un  peu  moins  que  notre  type,  un  dégagement  de 
chaleur  variant  seulement  de  2.100  à  2.3o0  calories.  La  déper¬ 
dition  est  sensiblement  la  même  si  l’on  ne  mange  absolument 
rien  pendant  plusieurs  jours.  On  l’a  constaté,  notamment,  chez 
les  jeûneurs  professionnels  qui  s’exhibaient  il  y  a  quelques 
années.  Dans  ce  cas,  c’est  le  corps  lui-même  du  sujet  qui  four¬ 
nit  à  la  dépense;  on  maigrit  de  ce  qu’on  aurait  dû  manger. 

Après  avoir  maigri,  on  dépense  moins,  parce  qu’on  est  dimi¬ 
nué  d’autant.  Si,  au  lieu  du  jeûne  absolu,  on  est  soumis  à  une 
inanition  relative,  c’est-à-dire  à  une  ration  insuffisante,  on  mai¬ 
grit  aussi,  et  on  s’adapte  à  une  sorte  de  vie  réduite;  c’est  ce 
que  l’on  appelle  la  misère  physiologique.  11  est  possible,  à  la 


<  UNE  POLITIQUE  DE  RAVITAILLEMENT  167 

rigueur,  de  réduire  l’apport  quotidien  jusqu’à  1.600  calories; 
mais  si  cela  suffit  pour  ne  pas  mourir,  cela  ne  suffit  pas  pour 
vivre  réellement.  C’est  le  chiffre  minimum  auquel  pourrait  se 
rationner  la  garnison  d’une  forteresse  assiégée  ou  l’équipage 
d’un  vaisseau  naufragé.  Pour  une  nation  qui  veut  continuer 
son  existence  normale,  il  faut  compter  2.400  calories  pour  un 
homme  sans  travail  manuel. 

Si  l’homme  produit  un  travail  mécanique  important,  forge¬ 
ron,  terrassier,  coltineur,  etc.,  ce  chiffre  augmente  notablement; 
il  s’élèvera  facilement  à  4.000  et  atteindra  même  parfois  5.000. 

Mais,  d’autre  part,  dans  une  population,  il  y  a  des  femmes 
et  des  enfants,  dont  la  dépense  énergétique  est  moindre. 

Quand  on  le  croira  nécessaire,  on  pourra  prendre  des  statis¬ 
tiques  détaillées,  avec  des  coefficients  possibles  à  préciser  pour 
chaque  catégorie  d’individus. 

Pour  le  moment,  comme  nous  ne  cherchons  qu’à  montrer  la 
méthode  et  à  fixer  simplement  des  ordres  de  grandeur,  nous 
-admettrons  provisoirement  que  les  écarts  par  excès  compensent 
les  écarts  par  défaut,  et  nous  traiterons  ce  chiffre  type  de 
2.400  calories  comme  s’il  était  une  moyenne. 

Pour  passer  de  l’individu  à  la  nation,  nous  n’avons  qu’à  mul¬ 
tiplier  par  le  chiffre  de  la  population.  Ce  chiffre  est  actuelle¬ 
ment  difficile  à  connaître.  Supposant  que  les  étrangers  et  les 
réfugiés  compensent  la  diminution  de  territoire  et  les  excédents 
de  morts,  nous  en  resterons  (comme  le  fait  d’ailleurs,  pour  ses 
statistiques  de  consommation,  l’Institut  international  d’agricul¬ 
ture  de  Rome)  au  chiffre  d’avant  la  guerre,  39.600.0(X),  soit,  en 
nombre  rond,  40  millions  d’individus. 

40  millions  multipliés  par  2.400,  cela  fait  96  milliards.  Arron¬ 
dissant  encore  une  fois  par  excès,  disons  100  milliards.  100  mil¬ 
liards  de  ca^o?’?es,  telle  est,  en  première  approximation,  la  nour¬ 
riture  nécessaire  à  -la  France  pour  vivre  un  jour.  Nous 
raisonnerons  désormais  avec  cette  unité,  «  le  lourde  France  ». 

Voilà  pour  les  besoins.  Il  faut  compter  les  ressources  avec 
la  même  mesure.  11  est  entièrement  vain  d’évaluer  la  nourriture 
en  kilos  ou  en  livres,  s’il  s’agit  d’une  ménagère,  en  tonnes  ou 
en  quintaux  s’il  s’agit  d’une  nation.  Pas  plus  que  la  valeur  en 
argent,  le  poids  de  la  nourriture  ne  représente  sa  valeur  réelle. 


168 


Dr  LOUIS  LAPICQUE 


Un  ravitaillement  donné,  que  ce  soit  le  panier  d’une  cuisinière 
qui  revient  du  marché  ou  le  paquebot  chargé  de  vivres  qui  tra¬ 
verse  l’Océan,  peut  contenir,  sous  un  même  poids  et  pour  un 
même  prix,  des  quantités  de  nourriture  effective  variant  dans 
le  rapport  de  1  à  10,  et  les  opinions  traditionnelles  ou  les  indi¬ 
cations  de  nos  sens  sont  le  plus  souvent  erronées.  Seule  la 
mesure  en  calories  utilisables  par  l'organisme  peut  servir  de 
guide.  Dans  les  exemples  qui  suivront,  vous  aurez  sans  doute 
l’occasion  de  constater  combien,  sans  ce  guide,  notre  sentiment 
intuitif  s’égare  facilement. 

Tout  le  monde  a  bien  l’idée  d’un  certain  poids  mort  accora- 
pagnant  la  nourriture  réelle  dans  la  plupart  de  nos  aliments  : 
les  os  de  la  viande,  les  épluchures  des  légumes,  lé  son  du  blé, 
les  coquilles  des  buitres,  les  noyaux  des  fruits,  etc.  Ces  déchets, 
assez  variables  d’ailleurs  suivant  la  discrétion  du  boucher,  le 
blutage  du  meunier  ou  le  doigté  de  la  cuisinière,  sont  de  con¬ 
naissance  vulgaire;  ils  n’en  sont  pas  moins  compris  dans  le 
poids  de  la  marchandise  achetée  et  transportée. 

Mais  il  y  a  une  autre  non-valeur  bien  plus  importante,  dont 
on  tient  rarement  un  compte  suffisant,  si  même  on  y  pense  : 
c’est  l’eau.  Dans  les  matières  organiques  considérées  comme 
sèches,  graines,  farines,  légumes  secs,  etc.,  il  y  en  a  10  à 
15  p.  100;  il  y  en  a  de  50  à  70  p.  100  dans  la  viande,  de  60  à 
80  p.  100  dans  le  poisson  ;  il  y  en  a  un  peu  moins  de  80  p.  100 
dans  les  pommes  de  terre,  90  p.  100  dans  les  carottes,  les 
navets,  les  choux,  95  p.  100  dans  lès  asperges,  les  concombres, 
les  salades. 

Or  l’eau  ne  nous  apporte  aucune  énergie;  celle  que  nous 
achetons  et  faisons  transporter  avec  nos  aliments  n’a  pas  plus 
de  valeur  que  celle  qui  coule  de  notre  pompe  ou  de  notre  robi¬ 
net  de  concession.  Seule  peut  entrer  en  ligne  de  compte  pour 
la  nourriture  la  substance  sèche  qui  reste  quand  cette  eau  est 
déduite;  on  voit  que  100  parties  des  aliments  ci-dessus  men¬ 
tionnés  se  ramènent,  cette  déduction  faite,  à  80  ou  85  pour  le 
premier  numéro  de  la  liste;  à  40, 30,  20,  10  ou  5  parties  seule¬ 
ment,  pour  les  numéros  suivants. 

De  cette  substance  sèche,  il  faut  encore  retirer  les  matières 
minérales  qui  ont  quelquefois  leur  utilité,  mais  ne  doivent  pas 
plus  qqé  l’eau  entrer  ici  en  ligne  de  compte,  puis  les  matières 


UNE  POLITIQUE  DE  RAVITAILLEMENT  169 

organiques,  commèla  cellulose,  qui  sontpour  nous  indigestibles. 

Enfin,  la  partie  utilisable  qui  reste  après  toutes  ces  déduc¬ 
tions  est  loin  d’être  toujours  équivalente  à  elle-même.  Elle  est 
constituée  par  un  mélange  en  proportion  quelconque  des  trois 
aliments  simples,  et  ceux-ci'  dégagent  dans  l’organisme  des 
quantités  d’énergie  assez  difiTérentes  :  4  calories,  en  chiffre 
rond,  pour  1  gramme  de  sucre,  sensiblement  le  même  chiffre 
pour  1  gramme  d’albumine,  mais  9  calories  au  moins  pour 
1  gramme  de  graisse.  La  valeur  énergétique  s’élèvera  donc 
notablement  avec  la  proportion  de  graisse.  Quand  on  connaît 
par  l’analyse  chimique  la  composition  d’un  aliment,  sa  teneur 
en  graisse,  en  albumine,  en  hydrates  de  carbone,  il  est  facile 
de  calculer  la  quantité  d’énergie  qu’il  peut  livrer  àl’organisme, 
c’est-à-dire  sa  valeur  alimentaire  en  calories.  On  peut  aussi 
mesurer  directement  la  quantité  de  chaleur  qu’il  dégage  en 
brûlant  dans  un  appareil  de  laboratoire  et,  moyennant  quelques 
corrections,  théoriquement  claires  et  pratiquement  simples, 
déduire  de  cette  mesure  la  quantité  de  chaleur  que  dégagerait 
sa  combustion  dans  l’organisme. 

Nous  avons  pour  tous  les  aliments  un  grand  nombre  de 
déterminations  obtenues  par  l’une  ,et  l’autre  méthode,  entre 
lesquelles  il  y  a  un  bon  accord.  Nous  connaissons  donc  la  valeur 
moyenne  de  nos  aliments;  les  écarts  autour  de  cette  moyenne 
sont  peu  importants  pour  le  lait,  les  œufs,  la  chair  des  ani¬ 
maux  sauvages  et  les  poissons  ;  ils  sont  plus  marqués  pour  la 
viande  des  animaux  domestiques,  dont  la  teneur  en  graisse  est 
très  variable. 

Mais,  forts  ou  faibles,  ces  écarts  n’interviennent  pas  dans  un 
ravitaillement  national,  où  la  loi  des  grands  nombres  donne 
une  signification  pratique  aux  moyennes.  Il  faudra  seulement, 
si  l’on  désire  une  grande  précision,  dans  les  conditions  actuelles 
qui  ont  entraîné  des  modifications  profondes  delà  main-d’œuvre 
agricole,  des  engrais  des  champs,  des  aliments  du  bétail  et  du 
cycle  des  importations,  vérifier  si  les  valeurs  moyennes  des 
aliments  n’ont  pas  changé  d’une  façon  notable. 

D’autre  part,  il  y  a  lieu  de  reviser  le  calcul  de  la  valeur  des 
aliments  végétaux  en  général.  Les  analyses  classiques  n’ont 
pas  suffisamment  fait  le  départ  entre  les  hydrates  de  carbone 
assimilables,  comme  l’amidon  que  le  travail  de  la  digestion 


170 


D‘-  LOUIS  LAPICQÜE 


transforme  en  sucres,  et  les  hydrates  de  carbone  inassimilables, 
comme  la  cellulose  et  le  ligneux  qui  traversent  le  tube  digestif 
inaltérés,  constituant  un  résidu  inerte. 

J’ai  fait  cette  révision  pour  le  blé,  qui  est  de  beaucoup  le  plus 
important  de  nos  alifnents  végétaux,  et  par  conséquent  de  tous 
nos  aliments,  car  nous  empruntons  beaucoup  plus  de  nourriture 
aux  produits  végétaux  qu’aux  produits  animaux. 

On  ne  se  fait  pas,  en  général,  une  idée  exacte  de  l’impor¬ 
tance  relative  des  diverses  denrées  alimentaires.  Dans  la  vie 
individuelle,  les  diverses  viandes,  par  la  variété  des  sebsations 
savoureuses  qu'elles  procurent,  se  po,sent  au  premier  plan  de 
l’imagination,  et  rejettent  dans  l’ombre  le  monotone  pain 
quotidien.  Dans  l’économie  politique,  les  nombres  maniés  par 
le  calcul  dépassent  l’imagination,  et  d’ailleurs  on  ne  transforme 
d’ordinaire  les  chiffres  de  nourriture  exprimés  en  tonnage, 
pour  les  ramener  à  une  commune  mesure,  que  dans  leur 
valeur  argent  ;  mesure  qui  est  faite  pour  égarer  dans  le  même 
sens  que  l’impression  sensorielle. 

Nous  allons  effectuer  le  calcul  en  valeur  physiologique  suivant 
la  série  des  principes  que  nous  venons  d’établir,  et  nous 
prendrons  comme  unité  le  «  Jour  de  France  ».  L’importance 
de  chaque  denrée  apparaîtra  ainsi  par  le  nombre  de  jours  de 
vivres  qu’elle  peut  assurer  au  pays. 

Il  est  bien  entendu  que  si  nous  disons  loO  jours  de  pain  et 
40  jours  de  viande,  cela  ne  suppose  nullement  qu’on  se  nourrira 
exclusivement  de  pain  pendant  cinq  mois  et  de  viande  pendant 
six  semaines.  Mais  nous  apercevrons  tout  de  suite,  sous  une 
forme  usuelle  de  nos  préoccupations,  dans  quelles  proportions 
l’une  et  l’autre  des  nourritures  nous  amènent  à  nouer  les  deux 
bouts  du  ravitaillement  annuel. 

A  la  tâche  du  physiologiste,  qui  est  d’établir  d’une  part  les 
besoins  alimentaires,  d’autre  part  les  coefficients  nutritifs  des 
denrées,  devrait  s’unir  maintenant  la  tâche  du  statisticien  qui 
est  d’établir  les  quantités  de  denrées  sur  lesquelles  doit  porter 
le  calcul.  Par  exemple,  les  ressources  de  l’agriculture  '  natio¬ 
nale,  pour  chifl’rer  par  différence  les  quantités  à  importer. 
Cette  tâche  n’est  plus  de  ma  compétence. 

A  l’heure  actuelle,  je  la  crois  plus  difficile  que  jamais.  Mais, 


UNE  POLITIQUE  DE  RAVITAILLEMENT  171 

encore  une  fois,  je  ne  cherche  qu’à  montrer  la  méthode,  à 
attirer  l’attention  sur  des  principes',  pour  que'd’autres  paissent 
arriver  à  des  données.  Nous  prendrons  comme  base,  sans 
chercher  si  elle  aurait  besoin  d’être  critiquée,  la  dernière 
«  Statistique  agricole  annuelle  »  de  la  France,  publiée  par  le 
ministère  de  l’Agricnlture.  C’est  celle  de  191S.  Cela  nous 
donnera,  en  même  temps  qu’un  exemple,  l’ordre  de  grandeur 
des  choses,  si  nous  notons  que  191S  a  été  une  année  franche¬ 
ment  déficitaire,  et  que  l’importation  a  contribué  à  la  vie  du 
pays  par  un  appoint  très  important. 

Le  «  Jour  de  France  »,  avons-nous  dit,  c’est  une  consomma¬ 
tion  de  100  milliards  de  calories.  La  statistique,  suivant  une 
règle  courante,  s’exprime  en  quintaux.  Nous  nous  contenterons 
de  lire  les  millions  de  quintaux  et  le  calcul  sera  extrêmement 
simple.  En  effet,  1/ million  de  quintaux,  c’est  milliards  de 
grammes.  Les  données  physiologiques  fournissent  la  valeur 
énergétique  de  1  gramme  de  substance  en  calories  ;  il  n’y  a 
qu’à  multiplier  les  deux  chiffres  l’un  par  l’autre  pour  obtenir 
immédiatemen»,  sans  kyrielle  de  zéros,  le  nombre  de  «  Jours 
de  France  »  (  un  verts  par  la  quantité  de  denrées  dont  il  est 
question. 

A  tout  seigneur,  tout  honneur  !  commençons  par  le  froment. 

En  1915  ;  Production,  60  millions  de  quintaux.  Nécessaires 
aux  semences,  5  millions.  Disponibles  pour  la  consommation, 
55  millions. 

Valeur  alimentaire  du  gramme  de  blé  pour  l’homme,  si  nous 
le  consommions  en  totalité  :  3  cal.  3  (c’est  un  nombre  que  je 
peux  affirmer  comme  moyenne  avec  une  très  bonne  approxi-- 
mation  et  une  grande  sécurité,  résultant  de  l’accord  de  multi¬ 
ples  expériences). 

Il  n'est  pas  question,  en  France,  de  consommer  le  blé  en 
totalité,  mais  il  n’est  pas  dépourvu  d’intérêt  de  chiffrer  com¬ 
bien  de  nourriture  représenterait,  ainsi  considérée,  la  moisson 
de  1915  : 

00  X  3,  3  =  181  «  Jours  de  France  ». 

Soit  sensiblement  la  moitié  de  l’année,  la  moitié  de  la  nour¬ 
riture  nécessaire  à  la  France  pour  vivre  un  an. 

Mais,  en  fait,  du  blé  total  on  extrait  une  certaine  proportion 


172  D>^  LOUIS  LAPICQUE 

de  farine  (taux  d’extraction)  dont  on  a  rejeté  une  certaine  pro¬ 
portion  de  son  (taux  de  blutage).  La  farine,  ainsi  débarrassée 
de  tout  ou  partie  de  l’enveloppe  indigestible  du  blé,  présente 
une  valeur  nutritive  plus  élevée,  soit  3  cal.  6  par  gramme  pour 
la  farine  blanche. 

Si  on  veut  avoir  de  la  farine  tout  à  fait  blanche,  les  procédés 
de  la  meunerie  la  plus  perfectionnée  ne  permettent  pas  de 
dépasser  une  extraction  de  66  p.  100.  Mais  à  70  p.  100  on  a 
encore  de  la  farine  qu’on  peut  appeler  blanche. 

À  ce  taux,  on  aura  en  farine  à  3  cal.  6  par  gramme,  les 
70  centièmes  de  la  qualité  de  blé  : 

55  X  0,  70  X  3,  6  =  138  «  Jours  de  France  ».  - 

Par  rapport  à  la  consommation  du  blé  en  totalité,  nous  avons 
donc  abandonné,  pour  avoir  du  pain  blanc,  43  jours, 
6  semaines,  de  ravitaillement  exclusif  en  pain.  Si  nous  admet¬ 
tons  que  le  pain  fait  la  moitié  de  la  ration  journalière,  c’est 
deux  mois  et  demi  à  rattraper  pour  la  soudure. 

Mais,  en  deçà  de  l’extraction  à  100  p.  100,  que  je  me  garde¬ 
rai  bien  de  recommander  (nous  n’en  sommes  pas  là  ;  les  Alle¬ 
mands  eux-même  n’extraient  qu’à  94  p.  100),  il  y  a  bien  des 
nuances. 

En  passant  de  70  à  80,  le  pain  devient  un  peu  bis,  la  valeur 
alimentaire  de  la  farine  ne  baisse  pas  du  tout  (si  même  elle 
n’augmente  légèrement). 

En  passant  de  , 70  à  85  (avec  de  bons  moulins  bien  réglés 
dans  ce  but),  la  valeur  alimentaire  de  la  farine  ne  subit  qu’une 
dépréciation  insensible,  au  sens  strict  du  terme  ;  dans  des 
expériences  spéciales,  je  n’ai  pu  observer  cette  dépréciation, 
qui  atteint  peut-être  le  centième.  Au  lieu  du  coefficient  3,6, 
faudrait-il  prendre  le  coefficient  3,57?  La  différence  serait 
insignifiante  et  bien  au-dessous  de  l’incertitude  des  statistiques 
et  de  l’approximation  où  nous  opérons.  (J’arrondis  tous  ces 
chiffres,  et  j’ai  négligé,  pour  débuter,  un  bon  demi-million  de 
quintaux  qui  couvriraient  juste  cette  différence.)  Nous  pou¬ 
vons,  jusqu’à  85,  compter  toutes  lesfarines  avec  la  même  valeur. 

Voici  alors  ce  que  donnent  les  extractions  à  80  et  85  ; 

55  X  0,80  X  3,6  =  158  jours. 

55  X  0,85  X  3,6  =  168  jours. 


UNE  POLITIQUE  DE  RAVITAILLEMENT  173 

Le  blutage  à  85  perd  seulement  treize  jours  sur  la  consom¬ 
mation  du  blé  complet  ;  cette  perte  est  bien  payée  par  la  dilfé- 
rence  de  qualité. 

Il  donne  30  jours  de  plus  que  le  blutage  à  70,  un  mois  de 
ravitaillement  exclusif;  pratiquement,  deux  mois  de  pain! 

La  différence  avec  le  blutage  à  80  est  encore  de  10  jours, 
soit  trois  semaines  de  pain  effectif.  Au  moment  de  la  soudure, 
c’est  énorme,  trois  semaines! 

Ün  voit  bien  l’importance  que  prennent  les  questions  de 
blutage.  Et  les  calculs  ci-dessus  portent  sur  un  chiffre  très 
déficitaire.  La  consommation  considérée  comme  normale  n’est 
pas  de  55,  mais  de  90  millions  de  quintaux.  Les  différences 
que  nous  examinons  étant  proportionnelles  à  ces  chiffres,  il  y 
aurait  lieu  de  les  augmenter  de  moitié.* 

Les  petites  céréales,  comprises  aujourd’hui  sous  l’étiquette 
de  succédanés,  quand  on  envisage  leur  emploi  dans  le  pain  en 
remplacement  d’une  certaine  proportion  de  farine  de  froment, 
n’atteignent  ensemble,  qu’un  tiers  de  la  valeur  du  blé,  soit 
l’ordre  de  grandeur  des  questions  .de  blutage  pour  ce  grain  pri¬ 
mordial. 

Leur  valeur  alimentaire  est  connue  avec  moins  de  précision; 
on  peut,  en  bloc,  leur  attribuer  provisoirement  une  valeur 
totale  de  3  calories. 

Les  quantités  portées  pour  1915  sont  : 

Seigle,  8  millions  de  quintaiix;  méteil,  1  million;  orge, 

6  millions;  sarrasin,  4  millions;  maïs,  4  millions.  Dans 
l’ensemble  (en  négligeant  de  menues  récoltes  comme  le  millet), 
23  millions  de  quintaux.  D’où  il  faut  bien  retrancher  5  mil-, 
lions  pour  les  semences  et  le  blutage. 

Restent  18  millions  X  3  =  54  jours. 

Les  légumes  secs  ne  sont  produits  chez  nous  qu’en  petite 
quantité  :  1,4  million  de  quintaux  pour  les  haricots  secs; 

1  million  de  quintaux  pour  les  pois,  les  fèves  et  les  féveroles 
réunis.  A  3  cal.  3  par  gramme  (valeur  approximative),  on  a  au 
total  8  jours. 

Les  pommes  de  terre  sont  portées  pour  94  millions  de  quin¬ 
taux  ;  semences  déduites,  restent  85  millions  pour  la  consom¬ 
mation.  Valeur  alimentaire,  0  cal.  7  seulement  (en  raison  de 
la  proportion  d’eau)  :  85  X  0,7  =  60  jours. 


174  Dr  LOUIS  LAPICQUE 

13  millions  de  quintaux  de  topinambours  à  0  cal.  6  font 
8  jours. 

11  millions  de  quintaux  de  betterave  à  sucre  fournissent, 
un  sucre  (à  12  p.  100),  5  jours. 

Ici,  il  faut  souligner,  par  parenthèse,  un  déficit  extraordi¬ 
naire  par  rapport  à  la  production  normale  qui  atteint  70  mil¬ 
lions.  La  plupart  de  nos  terrains  à  betterave  sont  dans  la  zone 
de  guerre,  ou  occupés  par  l’ennemi.  En  temps  normal,  notre 
sucre,  qui  est  encore  loin  d’être  négligeable,  fournirait  à  lui 
seul  plus  d’un  mois  de  vivres. 

2  millions  de  quintaux  de  châtaignes,  à  1  cal.  5,  font  3  jours. 

Les  noix  avec  1  demi-million  de  quintaux  seulement,  mai.s 
d’une  valeur  relativement  très  élevée,  3  cal.  S  par  gramme,  en 
raison  de  leur  teneur  en  graisse,  font  près  de  2  jours. 

En  passant,  je  note  que  pour  ces  deux  fruits,  les  récoltes, 
il  y  a  trente  ans,  atteignaient  plus  du  double  et  se  sont 
réduites  progressivement.  Il  y  a  lieu  actuellement  de  le 
regretter. 

Les  graines  et  fruits  proprement  oléagineux,  colza,  navette, 
■œillette,  olives,  font  environ  3  jours,  dont  2  pour  les  olives 
seules. 

Nous  n’avons  pas  encore  fini  avec  nos  aliments  d’origine 
végétale.  Il  nous  manque  les  légumes  frais,  et  les  fruits. 

Pour  l’ensemble  de  la  France,  la  Statistique  nous  fait  ici 
défaut. 

Mais  nous  y  trouvons  les  arrivages  aux  Halles  centrales  de 
Paris.  L’indication  est  assez  peu  précise,  car  il  y  a  d’autres 
arrivages  et,  en  seüs  inverse,  une  partie  de  la  banlieue 
s’approvisionne  aux  Halles.  Comme  la  statistique  de  la  viande 
nous  fait  aussi  défaut  pour  la  France,  et  que  la  consommation 
de  la  viande  à  Paris  est  donnée  dans  son  ensemble,  comme  je 
n'ai  également  que  pour  Paris  des  chiffres  relatifs  aux  œufs, 
aux  poissons  et  à  la  volaille,  nous  allons  prendre  provisoire¬ 
ment  pour  unité  la  «  Journée  de  Paris  ». 

2.800.000  habitants,  à  2.500  calories  par  tète  et  par  jour, 
font  un  besoin  alimentaire  de  7  milliards  de  calories. 

Il  a  été  apporté  aux  Halles,  en  1915,  22.000  tonnes  de 
légumes  frais;  la  valeur  alimentaire  moyenne  nette  ne  peut 
pas  être  fixée  à  plus  de  0  cal.  3,  de  sorte  que  celte  grande 


L'NE  POLITIQUE  DE  RAVITAILLEMENT  115 

masse  de  denrées  donne  seulement  6,6  milliards  de  calories  : 
sensiblement  1  «  Jour  de  Paris  ». 

18.000  tonnes  de  fruits,  à,  0  cal.  6  font  11  milliards  de  calo¬ 
ries,  soit  environ  1  jour  1/2. 

La  réunion  ^e  ces  deux  articles  fait  ainsi  2  jours  1/2  seule¬ 
ment,  de  sorte  que  l’erreur  possible,  même  si  elle  est  relati¬ 
vement  forte,  n’aura  jamais  grande  importance  sur  l’ensemble 
du  tableau  de  ravitaillement  que  nous  sommes  en  train  de 
construire. 

Passons  maintenant  aux  aliments  d’origine  animale. 

Les  viandes  de  toute  espèce  réunies,  soit  sorties  des  abat¬ 
toirs,  soit  entrées  par  les  portes  et  chemins  de  fer,  se  sont 
montées  en  1915  à  140.000  tonnes. 

Une  moyenne  très  générale,  établie  sur  les  diverses  viandes, 
et  en  faisant  la  déduction  des  ^déchets,  s’établit,  pour  la 
valem^  alimentaire  du  gramme  de  viande  vendue  en  boucherie, 
à  2  cal.  2.  Multipliée  par  140  milliards  de  grammes,  cette 
valeur  donne  au  total  310  milliards  de  calories.  En  divisant 
par  7,  on  obtient  45  jours. 

Pour  une  grande  ville,  où  la  viande  joue  dans  l’alimentation 
un  rôle  plus  important  qu’ailleurs,  on  voit  que  ce  rôle  effectif 
est  encore  bien  peu  de  chose  par  rapport  à  l’ensemble  :  un 
mois  1/2  sur  une  année  entière. 

Les  autres  nourritures  animales  donnent  encore  des  chiffres 
plus  surprenants  par  leur  petitesse. 

15.000  tonnes  de  volailles,  auxquelles  on  ne  peut  attribuer 
plus  de  1  calorie  utile  par  gramme,  cela  fait  15  milliards  de 
calories,  soit  seulement  2  jours.  11.000  tonnes  d’œuf,  à  1  cal.  5 
par  gramme,  17  milliards  de  calories,  2  jours  1  /2. 

Viennent  enfin  25.000  tonnes  de  poissofis  divers  ;  la  valeur 
énergétique  de  la  chair  de  poisson  est  particulièrement  faible, 
et  le  poisson  comporte  d’abondants  déchets  ;  la  moyenne, 
entre  des  valeurs  assez  variables,  mais'toujours  au-dessous  de 
I  calorie,  s’établit,  je  pense,  à  environ  0  cal.  0  par  gramme. 

Ce  qui  nous  donne  15  milliards  de  calories,  soit  2  jours  de 
vivres. 

Reste  une  dernière  matière  alimentaire,  beaucoup  plus 
importante,  le  lait. 

La  statistique  ne  nous  fournit  malheureusement  rien  sur  ce 


ne  Dr  LOUIS  LAPICQUE 

chapitre;  mais,  pour  l’étude  d’une  autre  question,  j’avais 
recueilli  au  ministère  du  Ravitaillerfient  des  renseignements 
que  nous  allons  utiliser. 

La  production  annuelle  normale  (pour  la  France  entière) 
peut  être  évaluée  à  8  milliards  de  litres. 

Actuellement,  elle  est  moindre. 

Quoi  qu’on  en  ait  dit,  je  ne  crois  pas  que  notre  cheptel  bovin 
présente  une  diminution  notable  comme  nombre  de  têtes,  mais 
il  y  a  une  plus  forte  proportion  de  jeunes  bêles  jqui  ne  donnent 
pas  de  lait.  Avec  une  certaine  marge  d’arbitraire,  nous  estime¬ 
rons  la  production  actuelle  à  6  milliards  de  litres;  le  litre 
de  lait  donne  environ  700  calories.  Cela  fait  42  centaines  de 
milliards  de  calories,  42  «  Jours  de  France  ». 

Pour  dresser  maintenant  le  tableau  d’ensemble  qui  mette 
sous  les  yeux  la  part  contributive  .de  chaque  denrée.,  nous 
sommes  obligés,  pour  certains  articles,  de  conclure  du  jour  ali¬ 
mentaire  de  Paris  au  «  Jour  de  France  ». 

L’identification  n’est  évidemment  pas  possible,  la  ration  du 
Parisien  contient  une  part  de  viande,  de  volaille  et  de  poisson 
plus  forte  que. la  ration  moyenne.  Mais,  pour  ne  pas  favoriser 
la  conclusion  que  je  crois  voir  ressortir  des  chiffres,  nous  ferons 
seulement  une  réduction  de  b  jours  sur  la  viande,  réduction 
manifestement  au-dessous  de  la  vérité. 

Le  tableau  des  ressources  de  pays  en  jours  de  vivres  s’établit 
alors  comme  suit  : 


Aliments  végétaux. 


Froment  (à  85  p.  100) .  168  jours. 

Autres  céréales . 54  — 

Pommes  de  terre .  60  — 

Légumes  secs . ; .  8  — 

Légumes  divers  et  fruits  (y  compris  betterave  à 
sucre) .  24  — 


Total  pour  les  aliments  végétaux  .  .  .  314  jours. 


Aliments  animaux. 


Lait . 42  jours. 

Viande .  40  — 

OEufs,  poisson,  volaille .  6  — 


Total. 


88  jours. 


UNE  POLITIQUE  DE  RAVITAILLEMENT  177 

D’après  les  chiffres  ci-dessus,  les  aliments  végétaux  four¬ 
nissent  les  78  centièmes  du  total  général. 

A  titre  de  recoupement,  j’indiquerai  ici  qu’ayant  fait  au  mois 
de  janvier  1917  le  relevé  de  l’alimentation  de  ma  famille,  ali¬ 
mentation  qui  n’a  rien  de  particulier  et  rentre,  je  pense,  dans 
la  règle  générale  des  ménages  parigiens,  j’ai  trouvé  que  les 
aliments  végétaux  en  fournissaient  les  76  centièmes. 

Les  aliments  végétaux  sont  donc  de  beaucoup  les  plus  impor¬ 
tants.  Voilà  le  premier  fait  sur  lequel  je  désire  attirer  l’atten¬ 
tion.  11  est  d’ailleurs  bien^connu  des  physiologistes,  et  il,  n’y 
a  ici  de  nouveau  que  la  forme  sous  laquelle  ce  fait  est  pré¬ 
senté. 

Mais  en  voici  un  autre  qui  ressort  facilement  de  cette  forme 
d’exposition. 

Bh  faisant  le  total  général  de  toutes  nos  ressources  en  ali¬ 
ments  utilisables  pour  l’homme,  nous  trouvons  402  jours, 
presque  un  mois  de  plus  que  l’année  entière. 

Or  1915  a  été  une  année  nettement  déficitaire. 

Les  chiffres  de  notre  tableau  sont  sujets  à  révision;  mais 
l’écart  tient  à  tout  autre  chose  :  j’ai  provisoirement  laissé  de 
côté  une  énorme  consommation  que  nous  allons  traiter  à 
part.. 

Ce  n’est  pas  la  mobilisation;  celle-ci,  évidemment,  con¬ 
stitue  une  sérieuse  perturbation.  Un  dixième  de  la  popu- 
'lation  vit  dans  des  conditions  anormales.  Les  besoins  ali¬ 
mentaires  des  mobilisés  sont-ils  accrus?  Dans  une  certaine 
proportion,  oui  ;  mais  pas  de  façon  à  renverser  un  bilan, 
comme  celui-là. 

Le  citoyen  de  profession  sédentaire,  au  front  dans  un  régi¬ 
ment  actif  dépense  plus  de  forces  et  doit  manger  davantage; 
mais  le  laboureur,  mobilisé  comme  territorial  et  occupé  à 
réparer  les  routes  à  l’arrière,  fournit  moins  de  travail  que  sur 
sa  ferme.  11  est  vrai  que  Ce  ne  sont  plus  les  intéressés  qui 
choisissent,  mesurent  et  paient  leurs  rations;  une  providence 
administrative,  dont  les  décrets  sont  insondables,  fournit  en 
abondance  une  nourriture  peu  plaisante,  qui  semble  sans 
valeur;  ainsi,  ce  ravitaillement  des  armées  a,  en  pratique,  peu 
de  rapport  avec  le  sujet  de  cette  conférence,  à  savoir  les  prin¬ 
cipes  physiologiques. 


REV.  d’hyg. 


XL  —  12 


178 


D--  LODIS  LAPIGQUE 


Du  moins  en  était-il  ainsi  en  t9t5  ;  depuis,  on  a  prononcé 
tant  de  sages  paroles  conte' le  gaspillage! 

A.dmetton^  que  l’armée  ait  mangé  ou  tout  au  inoins  coûté  en 
nourriture  le  double  de  la  quantité  nécessaire  aux  mêmes  hom¬ 
mes  en  temps  de  parix,  l’excéden  t  trouvé  ferait  à  peu  près  le 
compte. 

Mais,  en  cettfe  année  1915,  la  France  a  importé  (déduction 
faite  des  exportations)  :  34  millions  de  quintaux  de  céréales  et 
farineux,  soit  94  jours  de  virvres  ;  2  millions  de  quintaux  de 
viande, soit  4  jours  de  vivres-;  4  millions  de  quintaux  de  sucre, 
soit  16  jours  de  vivres;  au  total,  sans  parler  d’autres  articles 
moins  importants,  114  jours  de  vivres*. 

D’ailleurs,  en  année  normale,  la  France  consommait  : 
90  millions  de  quintaux  de  blé,  soit  276  jours  de  vivres; 
120  millions  dé  quintaux  de  pommes  de  terre,  soit  8-4  jours 
de  vivres  ;  30  millions  de  quintaux  de  petites  céréales,  soit 
90  jours. 

Nous  voilà  déjàà  450  jours',  rien  qu’avee ces  trois  article.s. 

C’est  que  ces  denrées  ne  sont  pas-  réservée  aux  seuls  êtres 
humains.  Nous  avons  une  quantité  d'’ animaux  domestiques  qui 
sont,  pour  une  bonne  part,  no»  commensaux. 

La  Statistique  agricole  de  1915  indique  en  France  2  millions 
de  chevaux  (sans  parler  de  la  cavalerie  militaire),  plus  de  12 
millions  de  bêtes  à  cornes,  5  millions  de  porcs,  12  millions-  de 
moutons  et  1  million  de  chèvres. 

Les  chevaux  sont  là'  comme  moteurs  :  tout  travail  coûte  de 
l’énergie  ;  c’est  une  question  de  ravitaillement  particulier,  sans 
relation  directe  avec  les  subsistances  humaines  ;  d’autant  que 
les  chevaux  ont  leur  céréale  propre,  l’avoine,  dont  nous  ne  tire¬ 
rions  pas  commodément  notre  nourriture. 

Nous  mettrons  encore  hors  de  cause  les  moutons  et  les  chè¬ 
vres  qui  ne  consomment  aucun  aliment  dont  nous  pourrions 
nous  servir  ;  il  n’y  a  entre  eux  et  nousaucune  concurrence  pour 
l’alimentation  ;  si  leur  pâture  a  des  inconvénients,  déforestation 
ou  autres,  la  physiologie  ne  fournit  aucune  commune  mesure 

1.  Par  parenthèse,  on  peut  calculer  qu’au  prix  de  ces  importations,  le 
«  Jour  de  France  »  est  revenu  :  en  céréales  et  farineux,  à  12  millions  de 
francs,  —  en  sucre  à  21  millions  —  en  viande,  à  110  millions. 


UNE  POLITIQUE  DE  RAVITAILLEMENT 


avec  la  viande  que  nous  en  retirons,  il  n’y  a  aucun  rendement 
possible  à  calculer. 

Il  en  va  tout  autrement  pour  le  cheptel  bovin  et  pour  les 
porcs.  Les  bœufs  sont  bien  aussi  des  moteurs,  mais,  avant  tout, 
les  vaches  sont  des  productrices  de  lait  et  de  veaux,  les  bœufs 
sont  de  l’approvisionnement  de  boTicherie. 

Si  ces  herbivores  se  nourrissaient  exclusivement  d’herbe, 
l’appoint  que  leur  chair  et  leur  lait  apportent  au  ravitaillement 
serait  bénéBce  net  (à  condition,  bien  entendu,  qu’on  n’ait  pas 
transformé,  comme  en  Angleterre,  des  terres  à  blé  en  pâtura¬ 
ges);  mais  les  agriculteurs  réclament  pour  leur  bétail  des- «ali¬ 
ments’ concentrés  »,  et  ces  aliments  concentrés,  ce  sont,  pour 
une  grande  part,  nos  propres  alimenta. 

En  temps  dé  paix,  les  petites  céréales  par  exemple,  telles  que 
l’orge,  ne  passaient  que  d’une  façon  insignifiante  dans  notre 
consommation.  Et  puis-,  quand  on  nous  faisait  du  pain  arclii- 
blanc,  avec  unp  extraction  de  farine  à  66  p.  100,  il  restait  dans 
le  son  un  bon  quart  de  la  nourriture  que  nous  aurions  pu  tirer 
du  blé.  Sur  90  millions  de  quintaux,  c’était  86  jours  de  nourri¬ 
ture  humaine  qu’on-  abandonnait  aux  animaux. 

La  routine  •  agricole  et  l’intérêt  commercial,  plus  âpre  que 
jamais,  tendent  à  considérer  ces  usages  comme  légitimes,  même 
dans  les  circonstances  actuelles.  On  met  les  besoins  des  ani¬ 
maux  en  balance  avec  les  nôtres  et,  plus,  largement  qu’on  ne 
pourrait  croire,  dans  ce  conflit  étrange  entre  l’humanité  et  son 
bétail,  c’est  l'humanité  qui  est  sacrifiée. 

Naturellement,  on  ne  pose  pas  la  question  ainsi:  on  dit  que 
les  animaux  nous  rendent  avec  avantage  en  viande  ce  que  nous 
leur  abandonnons  en  nourriture  dont  nous  pourrions  directe¬ 
ment  nous  sustenter.  Ceci  peut  se  chiflrer.  Chifî'rons-le  pour 
quelques  exemples. 

A  un  travail  que  j’ai  fait,  avec  le  Chevalier,  sur  le  rende¬ 
ment  en  subsistance  des  produits  de  laiterie  donnés  aux  veaux 
et  aux  porcs,  j’emprunte  d’abord  le  cas  particulièrement  frap¬ 
pant  de  l’élevage  du  veau  de  lait.  La  mode,  une  simple  mode, 
exige  que  la  chair  du  veau  soit  blanche;  pour  qu’il  en  soit 
ainsi  ;  il  faut  que  le  jeune  animal  soit  nourri  avec  du  lait  et  des 
farines,  c’est-à-dire  avec  nos  aliments,  avec  des  aliments 


180 


D'  LOÜIS  LAPICQÜE 


humains  excellents,  à  l'exclusion  de  tout  fourrage.  1  kilogramme 
de  veau,  poids  vif,  représente  environ  630  grammes  de  viande 
de  boucherie,  laquelle,  bien  qu’on  l'appelle  viande  nette,  com¬ 
prend  les  os.  1  kilogramme  de  cette  viande  peut  être  évaluée 
comme  puissance  nutritive  à  1.200  calories,  cequi  fait  700  calo¬ 
ries  par  kilogramme  dé  poids  vif. 

Or,  pour  obtenir  un  accroissement  de  1  kilogramme,  tous  les 
traités  d’agriculture  s’accordent  à  dire  qu’il  faut  12  litres  de 
lait  entier,  soit  8.400  calories.  Le  rendement  est  donc  de  9  p.  iOO 
seulement. 

Sur  une  expérience  faite  avec  du  lait  écrémé  et  de  la  fécule, 
nous  avons  calculé  un  rendement  de  10,6  p.  100.  Autrement  dit, 
on  donne  à  un  veau  10  parties  de  nourriture  entièrement  assi¬ 
milables  pour  l’homme,  et  on  en  retrouve  une  partie  seulement; 
il  y  en  a  9  de  perdues. 

Devant  un  pareil  déficit,  toute  considération  du  cinquième 
quartier  (peau,  abats,  etc.)  devient  négligeable., 

Même  avec  une  alimentation  mixte,  partie  fourrages,  partie 
aliments  concentrés,  on  ne  retrouve  en  général,  dans  la' chair 
du  veau,  qu’une  fraction  de  la  nourriture  humaine  consommée 
par  l’animal;  de  sorte  qu’en  comptant  le  fourrage, .foin,  luzerne, 
tourteau,  cossettes,  etc.,  pour  zéro,  l’opération  est  encore  en 
déficit. 

En  déficit  au  point  de  vue  subsistances.  11  est  bien  évident 
qu’il  doit  y  avoir  bénéfice  en  argent  pour  qu’on  fasse  celte 
opération.  Mais;  en  ce  moment,  le  rendement  en  subsistances 
doit  seul  compter  pour  la  nation. 

Le  rendement  du  porc  est  meilleur.  11  atteint  environ 
25  p.  100  dans  les  conditions  les  plus  favorables.  C’est 
encore  une  opération  déplorable  si  le  porc  est  engraissé 
avec  des  aliments  que  nous  aurions  pu  consommer, 
puisque  chaque  unité  de  nourriture  en  viande  de  porc  nous 
en  coûte  quatre. 

Si,  au  contraire,  le  porc  vit  de  résidus  domestiques  ou  indus¬ 
triels,  de  choses  immangeables  pour  nous,  eaux  grasses,  tour¬ 
teaux,  auxquels  s’ajouteront  dans  une  faible  mesure  des 
produits  naturels  tels  que  les  orties  et  les  glands,  le  bénéfice 
est  net.  Mais  ce  serait  un  terrible  gaspillage  que  celui  qui 
laisserait  en  résidu  d’alimentation  humaine  (le  porc  ne  digé- 


UNE  POLITIQUE  DE  RAVITAILLEMENT  181 

rant  que  ce  que  nous  pouvons  digérer  nous-mêmes)  de  quoi 
engraisser  5  millions  de  porcs. 

Un  porc  à  l’engrais  rapide  consomme  10.000  calories  par 
jour,  soit  la  nourriture  de  quatre  hommes. 

5  millions  de  porcs  consommeraient  donc  dans  ces  condi- 
tionsautant  que20  millions  de  personnes,  la  moitié  de  la  France. 

On  peut  les  engraisser  moins  rapidement,  mais  alors  le  ren¬ 
dement  baisse  pour  atteindre  zéro  au  moment  à  peu  près  où  le 
porc  serait  réduit  à  la  ration  d’un  homme;  dans  ce  cas,  pour 
l’animal  comme  pour  nous,  toute  la  nourriture  est  dépensée  à 
l’entretien  de  la  vie. 

L’élevage  de  la  volaille  entraîne  également,  si  on  le  fait  avec 
du  grain,  du  bon  gxain,  des  pertes  déplorables.  Le  rendement 
en  subsistance  peut  être  en  moyenne  fixé  à  un  quinzième.  C’est- 
à-dire  que  la  volaille  reçue  à  Paris,  et  qui  lui  fournit  2  jours  de 
vivres,  coûte  30  jours  de  ravitaillement  de  la  capitale.  Quand 
on  a  ce  calcul  dans  la  tête,  la  vue  d’un  étalage  de  volaille  en  ce 
moment  est  autrement  choquant  que  ne  le  serait  une  pâtisserie 
bien  garnie.  Les  gâteaux  n’occasionnaient  aucune  perte  en 
subsistance. 

Si  on  laisse  les  poulets  picorer  autour  des  fermes,  ils  pour¬ 
raient  vivre  des  grains  d’avoine  échappés  à  la  digestion  du 
cheval,  des  vers  du  fumier,  de  mauvaises  herbes,  ici  encore 
bénéfice  net  ;  mais  on  n’aura  que  peu  de  volailles,  et  point  de 
belles  volailles.  Tous  les  règlements. et  toutes  les  exhortations 
du  monde  n’empêcheront  pas  la  fermière  de  jeter  du  grain  à 
ses  poules,  même  si  les  citadins  manquent  de  pain.  11  est  vrai 
que  ce  sont  les  citadins  qui  poussent  à  l’élevage  de  la  volaille 
ep  la  payant  un  prix  élevé. 

Je  vois  un  remède  si  simple  que  je  l’indique  en  passant) 
quoique  ces  questions  ne  soient  point  de  ma  compétence’ 
Taxez  la  volaille,  le  porc,  le  veau;  fixez  un  prix  maximum  de 
vente,  tel  que  l’élevage  avec  les  matières  sans  valeur,  élevage 
avantageux  pour  le  pays,  puisse  seul  être  rémunérateur, 
tandis  que  l’élevage  avec  le  lait,  avec  le  grain,  comporte  un 
déficit  pécuniaire.  Vous  aurez  supprimé  la  prime  en  argent 
que  la  gourmandise  alloue  à  une  transformation  désavanta¬ 
geuse,  el  vous  laisserez  le  champ  libre  aux  récupérations 


182 


D''  LOUIS  LAPICQUE 


La  question  du  pain,  qui  est  primordiale,  et  qu’en  paroles 
on  traite  comme  telle,  est  en  fait  dominée  par  la  question  du 
son.  Dans.la  discussion  très  ybe  et 'encore  pendante  de  savoir 
quel  est  le  taux  de  blutage  le  plus  avantageux,  l’argument 
auquel  s’attachem  avec  le  plus  de  force  les  partisans  d’nne 
extraction  modérée,  c’estla  néoessitéide  nourrir  notre  troupeau. 
Faut-il  extraire  SO,  faut-il  extraire  85?  C’est,  par  quintal  de 
blé,  5  '-kilogrammes  de  farine  que  nous  .mangerons  ou  que  le 
bétail  mangera.  Qn  dit  :  le  bétail  nous  rendra  largement  en 
viande  ou  en -lait  cette  farine  que  nous  lui  cédons.  Ceci  est 
faux.  Même  en  tenant  compte  de  la  différence  de  puissance 
digestive  pour  les  matières  végétales,  nous  ne  retrouverons 
qu’une  partie,  une  faible  partie  de  la  nourriture  que  nous 
abandonnons.  Je  travaille  en  ce  moment  à  préciser  ce  ren-" 
dement,  mais  je  puis  affirmer  quUl  est  inférieur  au  cinquième  ; 
il  y  aurait  donc  au  moins,  par  quintal  de  blé,  4  kilogrammes 
de  farine  perdue.  Sur  une  consommation  telle  que  la  nôtre  en 
temps  de  paix,  ou  celle  des  États-Unis,  d’environ  100  millions 
de  quintaux,  cette  perte  représente  14  «  Jours  de  France  ».  Je 
parle  de  lé  substitution  du  taux  de  80  au  taux  de  85.  Mais  les 
Américains,  autant  que  je  sache,  font  de  la  farine  blanche. 
Admettons  qu'ils  blutent  à  70,  en  moyenne  ;  la  perte  est  triple. 
C’est  un  mois  et  demi  de  la  nourriture  de  la  France  que  les 
Américains  donnent  à  leurs  bestia«x,  pour  en  retirer  à  peine 
de  quoi  lui  vendre  une  semaine  de  nourriture  en  viande. 

Mais,  sans  même  examiner  les  questions  de  rendement  en 
subsistance,  on  s’est  contenté  so.utvent  de  poser  la  nécessité  de 
conserver  notre  cheptel. 

Qu’est-ce  à  dire? 

Pourquoi  ce  capital  seul  serait-il  intangible,  quand,  ^avec 
raison,  on  sacrifie  tous  les  autres  capitaux  de  la  Nation  aux 
nécessités  de  la  Défense?  Le  capital  humain,  le  plus  précieux 
de  tous,  est  offert  en  de  vaillants  holocaustes;  le  capital 
financier  est  engagé  dans  une  proportion  qui  eût  été  naguère 
inconcevable  ;  le  capital  forestier,  si  lent  A  reconstituer,  est 
entamé  sans  pitié. 

Pourquoi  ce  capital  d’animaux,  le  cheptel  vif,  pour 
reprendre  l'expression  traditionnelle  tout  entière,  jouirait-il 
seul  de  l’immunité,  quand  le  pays  doit,  dans  la  lutte  à  mort 


UNE  POLITIQUE  DE  RAVITAILLEMENT  1S3 

OÙ  nous  sommes  •en^eugés,  user  jusqu’à  ses  dernières  res¬ 
sources? 

Chose  étrange  ;  c’est  le  capital  qui  se  reconstituerait  le  iplus 
vite,  et  c’est  le  seul  capital  qui  coûte,à  conserver. 

La  forêt  s’accroissait  toiite  seude.;  l’argent  que  nous  sommes 
obligés  d’emprunter  exige  de  lourds  intérêts  aussitôt  qu’il 
est  dépensé.  L’amoindrissement  du  cheptel  serait  une  éco¬ 
nomie. 

Je  ne  veux  pas  cobseiller  ide  le  détruire,  mais  je  demande 
qu’on  l’exploite  rationnellement,  sans  préjugés,  et  sans  égard 
aux  intérêts  particuliers  des  ■, producteurs  et  marchands  de 
viande. 


Parmi  les  préjugés,  il  en  est  un  encore  qu’on  rencontre 
comme  dernière  objection.  Mais  le  fumier?  nous  dit-on.  Sans 
bétail,  pas  de  fumier;  pas  de  fumier,  pas  de  récoltes. 

Cet  argument  s’effondre  dès  qu’on  veut  le  préciser  physio¬ 
logiquement.  Les  matières  fertilisantes  sont  minérales  ;  c’est 
ce  qui  reste  quand  l’organisme  animal  a  utilisé  pour  sa  vie 
toute  l’énergie  contenue  dans  les  aliments.  Avec  les  sels 
minéraux  et  l’ammoniaque  qu’il  rejette,  les  plantes  vont  recon¬ 
struire  de  nouveaux  édifices  organiques  où  s’accumulera 
l’énergie  solaire,  c’est-à-dire  fabriquer  de  nouveaux  aliments. 
Ne  considérer  dans  ces  àliments  que  l’engrais,  ce  serait  brûler 
du  bois  uniquement  pour  avoir  les  cendres.  La  cendre  néces¬ 
saire  au  travail  par  lequel  se  recréent  sans  cesse  de  nouvelles 
possibilités  de  vie  peut  être  rendue  à  la  nature  aussi  bien 
après  l’usage  par  notre  organisme  que  par  la  consommation 
animale. 

Ce  qui  eSt  précieux,  c’estTénergie,  dont  nous  faisons  de  la 
flamme  quand  il  s’agit  du  bois,  dont  nous  faisons  notre  vie 
et  notre  pensée  quand  il  s’agit  de  nos  aliments.  C’est  là- 
dessus  qu’il  faut  faire  porter  l’effort  de  l’économie,  sans 
recourir  à  une  restriction  qui  signifierait  amçindrissement  de 
la  vie  humaine. 

'Les  calculs  sont  faciles;  quand  il  s’agit  de  prendre  une 
mesure,  les  avantages  peuvent  en  être  chiffrés  avec  autant  de 
sûreté  que  le  bénéfice  financier  d'une  affaire.  D’autres  consi¬ 
dérations  pourront  intervenir,  de  même  qu’on  ne  base  pas 


184  M.  BRULÉ  ET  R.  HAZARD 

toute  sa  conduite  sur  la  question  d’argent.  Mais  on  ne  peut 
pas  plus,  en  mati,ère  de  ravitaillement,  négliger  de  tenir  ses 
comptes  en  calories  qu’on  ne  pourrait,  dans  le  commerce, 
s’afifranchir  de  la  comptabilité.  Là  est  la  seule  base  ration¬ 
nelle,  la  seule  base  scientifique  d’une  politique  de  ravitail¬ 
lement. 


VALEUR  COMPARÉE 

DES  ANALYSES  BACTÉRIOLOGIQUES  ET  CHIMIQUES 
DES  EAUX  DE  BOISSON  * 

par  MM. 

M.  BRULÉ,  I  R.  HAZARD, 

Médecia-major  de  classe.  I  Pharmacien  aide-major  de  l***  classe. 

Parmi  toutes  les  mesures  d’hygiène  et  de  prophylaxie  qui 
ont  été  prises  depuis  le  début  de  la  guerre  et  qui  valent  actuel¬ 
lement  à  nos  troupes  l’absence  presque  totale  de  maladies 
contagieuses,  Iq  surveillance  des  eaux  de  boisson  n’aura  pas  été 
une  des  moins  importantes.  Des  laboratoires  nombreux  ont 
été  créés  qui,  par  leurs  examens,  pouvaient  signaler  les  points 
d’eau  potable  et  surveiller  l’épuration  des  eaux  suspectes.  La 
plupart  des  analyses  d’eau  ainsi  pratiquées  dans  les  formations 
de  l’avant  devaient  être  faites  rapidement  et  avec  un  matériel 
essentiellement  portatif  ;  elles  ne  pouvaient  donc  être  que  des 
analyses  chimiques,  les  analyses  bactériologiques  ne  pouvant 
être  entreprises  que  dans  des  laboratoires  plus  importants  et 
plus  fixes  comme  les  laboratoires  d’Ârmée.  Chargés  nous- 
mêmes  d’un  de  ceux-ci,  nous  avons  pu  comparer,  au  cours  de 
nombreux  examens,  la  valeur  des  deux  modes  d’analyse,  chi¬ 
mique  et  bactériologique,  qui  permettent  d’appréciér  la  qualité 
d’une  eau  ;  nous  avons  été  frappés  de  voir  que  ces  deux 
méthodes  d’examen  ne  fournissent  nullement  des  résultats 
ideqtiques;  lorsque  nous  confrontions  les  conclusions  que  l’un 


l.  La  Presse  Médicale,  p.  211,  1918. 


ANALYSES  DES  EAUX  DE  BOISSON 


185 


de  nous  tirait  des  analyses  bactériologiques  avec  les  conclu¬ 
sions  que  l’autre  tirait  de  ses  analyses  chimiques,  nous  nous 
trouvions  souvent  en  face  d’appréciations  absolument  diver  ' 
gentes.  De  tels  faits  se  sont  répétés  dans  des  proportions  telles 
qu’ils  méritent,  croyons-nous,  d’attirer  l’attention. 

Nous  avons,  pendant  l’été  1917,  i)ratiqué  l’analyse  bactério¬ 
logique  et  chimique  de  882  eaux  différentes  ;  ces  eaux  ont  été 
prélevées  à  peu  près  également  dans  toutes  les  parties  d’un 
secteur  étendu  et  dont  les  points  extrêmes  étaient  distants  de 
60  à  70  kilomètres  ;  la  région  correspondait  géologiquement  aux 
terrains  tertiaires  du  bassin  de  Paris;  la  nappe  d’eau  y  est  le 
plus  souvent  superficielle  et  par  suite  aisément  polluée;  presque 
tous  les  puits  et  une  grande  partie  des  sources,  mal  protégées, 
fournissent  des  eaux  impures.  Pour  ne  faire  entrer  dans  notre 
statistique  que  des  résultats  homogènes,  nous  ne  tablerons  ici 
que  sur  celte  récente  série  d’examens.  Or,  sur  ces  882  examens 
les  indications  fournies  par  l'analyse  bactériologique  ont  été 
258  fois  en  contradiction  formelle  avec  les  conclusions  de  l'analyse 
chimique;  c’est  donc  là  une  divergence  considérable  atteignant 
la  proportion  de  29  p.  100  et  encore  en  ne  tenant  compte  que 
des  cas  où  la  contradiction  est  absolue,  l’une  des  analyses  con¬ 
cluant  que  l’eau  est  bonne,  tandis  que  l’autre  la  déclare 
mauvaise.  Dans  21  p.  100  des  cas  l’analyse  chimique  faisait 
croire  l’eau  mauvaise,  tandis  que  l’analyse  bactériologique  la 
trouvait  bonne;  dans  8  p.  100  des  cas  les  conclusions  étaient 
inverses. 

Les  analyses  de  ces  eaux  ont  été  effectuées  par  les  méthodes 
classiques  sur  lesquelles  il  nous  semble  superflu  d’insister  :  au 
point  de  vue  bactériologique,  numération  des  germes  en  géla¬ 
tine,  recherche  et  numération  du  colibacille  selon  la  technique 
de  II.  Vincent;  au  point  de  vue  chimique,  évaluation  du  degré 
hydrotimétrique,  recherche  des  nitrites,  de  l’ammoniaque, 
dosage  de  l’oxygène  consommé  en  milieu  alcalin,  dosage  des 
chlorures,  des  nitrates,  des  sulfates.  L’analyse  bactériologique 
fournit  des  données  précises  sur  l’interprétation  desquelles 
tout  le  monde  s’accorde  et  permet  de  juger  de  la  valeur  de  l’eau 
d’après  sa  richesse  en  germes  et  la  nature  de  ceux-ci.  Les 
résultats  de  l’analyse  chimique  sont  souvent  moins  faciles  à 
interpréter  :  les  diverses  données  fournies  par  les  dosages  peu- 


186 


M.  BIÏÜIÆ  ET  R.  Tï'aZARD 


TeM^e  Gambtner  dB  façon  si iwsHJÎable  qu’aucune  rè^le  fixe  n’ust . 
et  'neqpeüt  être  donnee  quanfl  aux  oonclusions  pratiques  à  tirer 
des  BxamenB'efFectuéB.  Il  est  presque  iné^italble  que  différents 
chimistes  interprètent  délaçons  différentes  leBimêmes  résultats 
analytiques,  au  moins  lorsqu’il  s’agit  d’eaux  de  valeur  dou¬ 
teuse. 

Aussi  e^t-il  in tépessant  de  comparer  certains'types'd’analyses 
chimiques  avec  les  analyses  bactériologiques  corrèspondantes. 

Bans  lies  conclusions  que  nous  tirions  des  analyses  chi¬ 
miques,  nous  nous  sommes  inspirés  des  données  1^  plus 
généralement  admises  et,  yjar  exemple,  des  principes  posés 
dans  le  'Formulaire  rpharrnaveUtique  des  hôpitaux  militaires  : 
pour  juger  de  la  valeur  d’une  eau,  nous  tenions  compte  mon 
seulement  de  la  présence  de  nitrites,  d’ammoniaque,,  d’une 
quantité  élevée  de  matières  organiques  (iaus  éléments'dont  la 
valeur  est  universellement  admise  comme  indice  d’une  pol¬ 
lution),  mais  encore  nous  ttenions  grand  compte  de  là  teneur  de 
l’eau  en  chlorures  et  en  nitrates  vunepropcuPtion  lanorinalement 
élevée  de  cesideux  sels  ou  de  l’un  •d’entre  euxnous  faisait  con¬ 
sidérer  une  edu -comme  mauvaise,  même  lorsque  les  autres 
éléments  (ôtaient  peu  abondants  ou  absents.  ‘Une  telle  règle  de 
conduite  se  justifie  par  la  comparaison  des  analyses  chimique 
etibactéridlogique;:  si  nous  n’avions  déclaré  une  eau  mauvaise 
que  lorsqu’elle  contenait  des  nitrites,  de  l’ammoniaque  ou 
beaucoup  de  matières  organiques,  dans  24p.  i  OO  des  examens 
nous  aurions  déclaré  une  eau  chimiquement  bonne,  alors  qu'elle 
était  en  réalité  bactënologiquement  mauvaise  ;  dans  6  p.  100  des 
cas  c’eût  été  Traverse.  -Par  contré,  si  l’on  lient  grand  compte 
dans  l’appréciation  chimique  de  la  teneur  d’.une  eau  en  nitrates 
et  en  chlorures,  on  voit  'bien  persister  les  divergences  entre 
conclusions  chimiques  et  conclusions  'bactériologiques,  mais 
les  proportions  de  divergences  sont  inversées  :  dans  8  p.  100 
des  cas  seulement  on  déclare  une  eau  chimiquement  bonne, 
taudis  qu’elle  est  bactériologiquement  mauvaise  ;  dansStl  p.  100 
desicàs  les  conclusions  de  l’analyse  chimique  fsont  au  contraire 
plus  «évères  que  ‘Celles  de  l’analyse  -(baolëriologique  et  l’eau 
semble  chimiquement  mauvaise,  tandis  qu’elle  est  ibactériolo- 
giquement  ihonne.  'Or,  un  excès  de  sévérité  dans  les  conclusions 
des  analyses  chimiques  est  hien-évidemment  préférable  quand 


® ANALYSES  DES  EAUX  BE  BOISSON  ISl 

on  est  réduit  à  celles-ci  ;  le  dosage  des  chlorures  et  des  nitrates 
doit  donc  toujours  intervenir  dans  l’appréciation,  quelque 
rapide  qu’elle  soit,  de  la  valeur  d’une  eau. 

Nous  avons  d’ailleurs  observé  fréquemment  (238  fois  eur 
882  examens)  ces  eaux  qui  renferment  peu  de  matières  orga¬ 
niques,  au  maximum  i.  milligr.  5  en  oxygène,  peu  ou  pas  de 
nitrites  et  d’ammoniaque,  mais  dans  lesquelles  nitrates  et 
chlorures  existent  en  quantités -anormailes  r  plus  de  20  à  25  mil¬ 
ligrammes  de  nitrates  avec  une  quantité  au  moins  égale  de 
chlorures.  En  se  basant  sur  ce  que  l’on  sait  du  pouvoir  nitrifiant 
du  sol  etde  la  transformaîtiion  progressive  de  l’azote  des  matières 
organiques,  on  pourrait,  théoriquement,  considérer  lés  -ana¬ 
lyses  chimiques  de  ce  type  comme  rindice  d’une  pollwtion . 
ancienne  du  point  d’eau,  desmatières  organiques  l’ayant  souillé 
ijuelqnB  temps  auparavant,  mais  s’étant  ensuite  transformées 
en  nitrates.  Mais  l’analyse  bactériologique  montre  bien  ce 
qu’une  telle  conclusion  aurait  de  trop  absolu  ■;  dans  34  p.  400 
des  eaux  de  ce  type  on  trouve  du  colibacille  et  des  germes 
liquéfiants  en  abondance,  ce  qui  prouve  que  la  pollution  de  ces 
eaux  n’est  pas  ancienne  et  terminée,  mais  bien  actuelle  et  per¬ 
sistante.  Dans  46  p.  400  des  cas,  par  contre,  les  eaux  de  ce 
même  type  se  montrent  bactériologiquement  pures.  L’examen 
chimique  ne  permet  donc  pas,  alors,  de  conclusions  utiles 
-puisque  des  eaux  de  composition  chimique  sensiblement  ana¬ 
logue  sont  dans  la  moitié  des  cas -exemptes  de  germes  et  dams 
l'autre  moitié  des  cas  très  riches  en  microbes. 

Dans  quelque  -sens  qu’on  les  interprète,  des  analyses  chi¬ 
miques  de  ce  type  interviendront  donc  toujours  pour  une 
grande  part  dans  les  discordances  que  l’on  observe  avec  les 
analyses  bactériologiques;  encore  n’expliquent-élles  que  la 
moitié  à  peu  près  des  divergences  que  nous  avons  pu  noter. 

Il  est,  en  effet,  des  cas  plus  graves  dans  lesquels  les  résul¬ 
tats  fournis  par  l’analyse  chimique  ne  prêtent  ni  à  discussion, 
nia  interprétation  et  dans  lesquels  cependant  les  conclusions 
fermes  que  posent  les  chimistes  se  trouvent  en  contradiction 
absolue  avec  les  conclusions  des  bactériologistes.  Nous  avons 
rencontré  des  eaux  riches  en  ammoniaque,  en  nitrites  et  en 
matières  organiques  qui  cependant  étaient  et  restaient  ‘bacté¬ 
riologiquement  pures;  inversement,  des  eaux  chimiquement 


188  M.  BRULÉ  ET,  R.  HAZARD  » 

très  pures  renfermaient  plus  de  1.000  colibacilles  par  litre. 
'^Sans  être  toujours  aussi  accentuées,  les  discordances  de  cet 
ordre  nous  ont  paru  relativement  fréquentes;  nous -les  avons 
observées  en  analysant  des  échantillons  d’eau  prélevés  en  des 
régions  très  diverses  du  secteur  et  la  proportion  en  est  restée 
la  même,  qu’il  s’agisse  d’eau  de  puits  ou  d’eau  de  source. 

Il  importe  de  noter  cependant  qu’une  concordance  presque 
absolue  reparaît  entre  appréciations  chimiques  et  bactériolo¬ 
giques  lorsqu'il  s’agit  ou  bien  d’eaux  de  puits  profondément 
souillés  ou  bien  d’eaux  très  pures  et  bien  captées  comme  les 
eaux  de  concessions  ;  encore  est-il  que  certaines  eaux  distri¬ 
buées  dans  de  petites  cominunes  ont  été  trouvées  plus  ou 
.  moins  iinpujes  bactériblogiquement,  tandis  que  l’analyse  chi¬ 
mique  les  aurait  fait  juger  excellentes. 

De  tels  faits,  qui  semblent  mettre  en  conflit  les  deux  grandes 
méthodes  d’analyse  des  eaux  Vie  boisson,  ne  laissent  pas  que 
d’être  troublants  au  premier  abord.  Des  résultats  sembla¬ 
bles  transmis  sans  explications  pourraient  faire  douter  ou 
de  l’exactitude  des  analyses  ou  de  la  valeur  des  méthodes 
employées.  C’èst  qu’en  réalité,  les  deux  modes  d’analyse,  bac¬ 
tériologique  et  chimique,  sont  de  très  inégale  valeur.  L’analyse 
bactériologique  arrive  directenient  au  but  cherché  qui  est  de 
savoir  si  une  eau  est  ou  non  dangereuse  à  boire  ;  si  nous  ne 
pouvons  que  rarement  et  difficilement  déceler  dans  l’eau  des 
microbes  pathogènes  comme  le  bacille  typhique  ou  le  bacille 
dysentérique,  nous  y  pouvons  par  contre  isoler  et  dénombrer 
aisécnent  le  colibacille  ;  sa  présence  en  quantité  notable  est 
l’indice  certain  d’une  souillure  de  l’eau  par  des  détritus  d’ori¬ 
gine  organique.  Par  contre  l’analyse  chimique  ne  peut  rensei¬ 
gner  qu’indirectement  sur  la  valeur  des  eaux  :  les  conclusions 
qu’elle  tire  des  dosages  effectués'  sont  basées  implicitement 
sur  des  raisonnements  qui  peuvent  parfois  se  trouver  en  défaut; 
si  une  eau  est  riche  en  matière  organique  ou  en  ses  dérivés 
azotés,  on  suppose  que  ces  produits  anormaux  sont  d’origine 
animale  et  qu’un  apport  de  microbes  a  pù  se  faire  parallèle¬ 
ment,  ou  bien  encore  on  admet  qu’une  eau  riche  en  matières 
organiques  étant  un  meilleur  milieu  de  culture,  les  microbes 
incomplètement  filtrés  par  le  sol  pourront  s’y  développer  abon¬ 
damment.  Ce  rie  sont  là,  bien  évidemment,  que  des  prob^bi- 


ANALYSES  DES  EAUX  DE  BOISSON  189 

lités  ;  les  matières  organiques  peuvent  filtrer  seules  dans  la 
nappe  souterraine,  tandis  que  les  microbes  sont  retenus  dans 
le  sol,  ou  encore  les  microbes  peuvent  disparaître  secondaire¬ 
ment  soit  par  suite  d’une  température  défavorable,  soit  par 
oxydation  ou  par  quelque  autre  processus  d’épuration  biolo¬ 
gique  ;  est-il  utile  de  rappeler  en  exemple  qu’une  eau  garde 
très  sensiblement  même  composition  chimique  avant  et  après 
Javellisation,  tandis  que  celle-ci  a  détruit  tous  les  microbes? 
Inversement  on  sait  qu’une  eau  très  peu  chargée  de  sels  ou  de 
matières  organiques  peut  cependant  suffire  à  la  longue  survie 
des  microbes  les  plus  dangereux.  On  doit  aussi  se  rappeler 
que  les  méthodes  chimiques  d’analyse  n’ont  qu’une  sensibilité 
restreinte  et,  d’autre  part,  on  peut  aisément  calculer  qu’une 
source  à  gros  débit  devrait  être  souillée  par  une  quantité 
considérable  d’urine  pour  qu’on  y  pût  voi^  le  chlore  augmen¬ 
ter  de  1  milligramme*.  Enfin,  pour  interpréter  les  résultats 
d’une  analyse  chimique,  encore  faut-il  éviter  certaines  causes 
d’erreur  dont  on  ne  peut  pas  toujours  aisément  s’abstraire  : 
les  nitrates  trouvés  en  excès  dans  certaines  eaux  peuvent  pro¬ 
venir  des  engrais  épandus  dans  les  champs;  une  proportion 
anormale  de  chlorures  peut,  comme  dans  un  secteur  auquel  a 
été  affecté  notre  laboratoire,  n’être  due  qu’à  des  infiltrations 
marines. 

Il  est  bien  évident  que  l’analyse  chimique  et  l’analyse  bacté 
riologique  d’un  point  d’eau  ne  peuvent  être  considérées  comme 
absolument  probantes  que  lorsqu’on  a  le  loisir  de  répéter  les 
examens  et  én  outre  d’étudier  le  terrain  avoisinant,  tant  au 
point  de  vue  de  son  pouvoir  filtrant  et  nitrifiant  qu’au  point 
de  vue  de  sa  composition  géologique.  Peut-être  dans  une 
étude  ainsi  conduite  verrait-on  céder  ou  s’expliquer  une’ 
partie  des  divergences  que  nous  relevons  entre  appréciations 
chimiques  et  appréciations  bactériologiques  ;  encore  ces  diver¬ 
gences  ont-elles  toujours  persisté  dans  certains  points  d’eau 
dont  nous  avons  pu  répéter  l’analyse.  Mais  nous  ne  voulons 
nouà  placer  ici  qu’à  un  point  de  vue  strictement  pratique  et 
nous  ne  pouvons  parler  que  des  examens  d’eaux  rapides  que 
l’on  est  amené  à  pratiquer  pendant  la  guerre. 


1.  F.  Dibneht.  —  Eaux  douces  et 


minérales  (1912),  p.  11. 


190 


M..  BRUL^f.  ET  R.  HAZA.RD 


Les  chifCues  qiue.  mouS:  rapportons  ici:,  et  qui  traduisent  la 
proportion  et  la  nature  des- divergences'  entte  analyses  chimi¬ 
ques  et  bactériologiques,  n'onL  évidemment  que  la- valeur  d’une 
indication;. ils- s’appliquent  exclusivement  à  un. choix  de  points 
d’cEau  dans:  un  secteur  relativement'  restreint  et  les  proportions 
de  divergenees  doivent,  sans  doute,  varier  selon  les  régions. 
Dans,  un  secteur  auquel  a  été  précédemmenh  affecté  notre  labo¬ 
ratoire,  les  concordances  entre  analyses  chimiques  et  bacté¬ 
riologiques  étaient  beaucoup  plus  fréquentes;  ce  fait  peut  être 
attribué  à  ce  que  nous  avions- surtout' à  examiner  ou  bien  des 
eaux  très  pures,  provenant  de  forages  dans  le  sable>.ou.  bien 
des  eaux,  de  puits  très  mauvaises  provenant  de-  régions  où 
l’eau;  affleure  au  sol. 

Dans  d’autres  secteurs  que  les  nôtres  ces  divergences  entre 
appréciations  chimiques  et  bactériologiques  ont  dû  être  obser¬ 
vées;.  nous  savons  qulelles  ont  été  notées,  et  parfois  en  pro¬ 
portions  très-  élevées,  dans  d’autres  laboratoires-  de  la  zone 
des- armées.. D’ailleurs  des  constatations  de  cet  ordre  ne  sont 
nullement  nouvelles  :  déjà  en  1887  Chantemesse  et  Widal 
signalaient  la  présence  de  bacilles  typhiques  dans  une  eau 
de  puits  ne  renfermant  que  des  proportions  très Afaibles  de 
matière  azotée;  Macé  dit  avoir  isolé  le  bacille  typhique  en 
abondance  d’eaux  données  comme  très  pures  à  l’analyse' chi¬ 
mique. 

SL  nous  avons  cru  devoir  à  nouveau  attirer  l’ attention  sur 
ces  faits,  c’est  qu’ils  prennent  une  grande  importance  alors 
que  se  multiplient  dans  l’armée  les  analyses  chimiques,  et 
souvent  exclusivement  chimiques,,  des  eaux  de  boisson.  Lors¬ 
qu’on  est  obligé  de  préciser  rapidement  les  ressources  en  eau 
■potable  d’un  nouveau  secteur,  c’est  à  l’analyse  chimique  que 
l’on  a  habituellement  recours;  seuls  d’ailleurs  l’analyse  chi¬ 
mique  peut  permettre  avec  un  matériel  essentiellemeat  res¬ 
treint  de.  fournir'en  quarante-huit  heures  la. réponse  aux  nom¬ 
breux  examens  demandés;  l’analyse  bactériologique  nécessite 
un  matériel  encombrant  et  un  délai  plus  long,  puisque  les 
cultures  en  plaques  de  gélatine  ne  peuvent  être  arrêtées  avant 
huit  à  douze  jours.  On  en  est  donc  souvent  réduit  à  l’analyse 
chimique,  mais  encore  convient-il  de  connaître  la  précision 
que  l’on  est  eu  droit  d’attendre  de  ce  mode  d’examen. 


APPAREIL  IMPROVISÉ  POUR  LA  DÉSINFECTION  191 

Il  permet  évidemment  de  faire  un  tri' rapide  parmi;  les-eaux 
d’un  sec  teur  eu'  éliminant  les  plus' mauvaises',  mais  il  peut  faire 
considérer  comme  non  potables  des;  eaux  qui,  en  réalité,,  sont 
bactériologiquement  pures  :  ceci  n’est  pas  sans  importance  d’ans 
les'  endroits  où  les  points  d’eau  sont  rares.  Il  faut  savoir, 
d’autre  part,,  que  L’analyse  chimique  peut  déclarer  bonnes  des 
eaux  que  l’exanren  Bactéiiiarogique  prottve  en  réalité  mau¬ 
vaises  :  quelque  sévère  qufir  L’om  soit  dans  l’appréciation  chi-^ 
mique  d’une  eau,.  oUi  ne  peut  espérer  éviter  entièrement  de 
telles  erreurs  qui. peuvent  être  particulièrement  préjudiciable.s. 

On  ne  pent  méconnaître  L'intérêt  pratique"  des  analyses  chi¬ 
miques  d’eanx  qmv  tout  en  pouvant'  être  pratiquées  dans  les 
installations  lies  plus  prééaires,,  permettent'  dxapprécier  rapi¬ 
dement  la  valeur  appp.oximatSîve  d’im  grandj  nombre' d’échan¬ 
tillons  d’eau;:  mais  Ifknaiîjae"  chimique,  dfait.  rester,  croyons- 
nous,  une  méthode-  de.-  fioEtune;.  un.  examen  d'urgence  ;  les 
conclusionsqjuiélle  airaurniHsdfevrontVtnutes  les'ftoiset  aussitôt 
qu’on  le  pourra,,  être  cunhÈmées  ou.  révisées'  par  l’analyse 
bactériologiqjifi. 


APPAREIL  IMPROi^TlSÉ  TOCR  LA  DÉSINFECTION 

PAEi  m.  TAPEUR 

par  le  médecin  aide-major  de  2°  classe  ÉMILE  ARBINET 
Médecin-chef  de  l’hôpital  complémentaire  n®  24',  à  Meinn, 
Médecin  vaccinateur, 

Médecin  inspecteur  des  usines  travaillant  pour  la  Défense  nationale. 

Cinq  appareils  construits  sur  ce  modèle  ont  été  mis  en: usage 
dans  les  Infirmeries  du  Centre  d’instruction  d’Estissac  (Estis- 
sac,  Fonlranne,  Neuville-sur-Vanne,  Aix-en-Ollie,  Pâlis) ,  trois 
autres  dans  les  Infirmeries  du  Centre  d’instruction  de  Ver- 
menton-Cravant  (Vermenton,  Cravant,  VinceloLtes).  Un  cer¬ 
tain  nombre  a  été  mis  en  usage- dans  les  hôpitaux  d’Orléans, 
Sens,  .âuxcrre,  Melun,  etc. 


192  ÉMILE  ARBINET 

La  chaleur  humide  produite  par  la  vapeur  à  lOO”  ou  au-des¬ 
sus  est  le  plus  efficace  des  agents  de  désinfection  ainsi  que 
'  de  destruction  de  la  vermine.  Il  convient  d’y  recourir  de  préfé¬ 
rence  vis-à-vis  de  tous  les  objets  qu’une  température  élevée  ne 


Fig.  1.  —  L’appareil  en  marche  (cuve  et  générateur  de  vapeur). 

détériore  pas,  et  notamment  les  vêtements  de  drap,  couvertures 
de  laines,  matelas,  etc. 

A  défaut  d’étuves  à  vapeur  proprement  dites,  appareils  coû¬ 
teux  et  qui  ne  sauraient  exister  partout,  on  peut  réaliser  un 
étuvage  très  satisfaisant  à  l’aide  d’un  des  dispositifs  de  fortune 
dont  on  trouvera  ci-après  la  description. 

Ces  dispositifs  sont  susceptibles  d’être  improvisés  avec  des 
éléments  faciles  à  se  procurendans  presque  toutes  les  localités 
et  à  peu  de  frais.  Ils  rendront  d’excellents  services  à  condition 


APPAREIL  IMPROVISE  POUR  LA  DÉSINFECTION  193 

que  leur  fonctionnement  soit  régulièrement  surveillé  :  l’essen¬ 
tiel  est  de  s’assurer  que  la  totalité  des  effets  ou  des  fournitures 
de  literie  exposés  à  la  vapeur  atteint  bien  une  température 
de  100°,  ou  du  moins  une  température  très  peu  inférieure  et 
cela  pendant  une  vingtaine  de  minutes  (CircM/aire  ministérielle, 
n»  35.333,  «/I  du  23  septembre- 1915). 

Un  appareil  à  désinfection  par  la  vapeur,  pour  pouvoir  être 
improvisé  partout,  sur  le  front  aussi  bien  que  dans  les  plus 
petites  campagnes  de  l’intérieur,  doit  être  à  la  fois  très  simple, 
facile  à  réaliser  avec  les  matériaux  qu’on  peut  se  procurer  sur 
place,  et  très  rapide.  11  doit,  en  outre,  permettre  une  désinfection 
complète  sans  que  les  effets  traités  soient  mouillés,  il  faut  pour 
cela  éviter  toute  condensation  dans  l’appareil  provenant  d’un 
échauffement  lent  des  diversès  parties  dudit  appareil. 

Description. 

L’appareil'se  compose  de  2  parties  : 

1°  Un  générateur  de  vapeur,  formé  d’une  grande  chaudière 
à  fond  plat  et  à  grand  foyer  permettant  une  ébullition  rapide; 

2“  Une  cuve  à  désinfection  aménagée  intérieurement  de  telle 
façon  que  la  vapeur  puisse  se  répandre  dans  toutes  les  parties 
et  à  toutes  les  hauteurs  à  la  fois,  déterminant  un  rapide  équi¬ 
libre  de  température  et  évitant  ainsi  toute  condensation  ; 

Construction. 

Pour  la  construction  d’un  appareil  moyen,  on  doit  se 
procurer  ; 

1“  Une  buanderie  en  fonte  (chaudière  de  60  litres  et 
foyer)  ; 

2“  Un  tonneau  en  bois  de  220  litres  (bordelaise); 

3"  Quelques  lattes  de  chêne  de  3  centimètres  de  largeur; 

4“  2  tuyaux  en  zinc  de  5  centimètres  de  diamètre  et  0"'73  de 
longueur; 

5“  2  poignées  pour  le  tonneau  ; 

6“  2  poignées  et  18  crochets  à  vis  pour  le  plateau  porte- 
effets  ; 


EL  —  13 


194 


'  ÉMILE  ARBINET 


7?  4  mètres  de  bandes  de  feutre  de  2  centimètres  de  lar¬ 
geur  (bourrelet)  ; 

8®  1  thermomètre  gradué  150. 


Fio.  2.  —  Coupe  de  l’étuve  . 
(cuve  et  générateur  de  vapeur). 


On  fait  alors  retirer  l’un  des  fonds  du  tonneau  et  percer 
l'autre  de  trois  rangs  concentriques  de  trous  de  25  millimètres 
de  diamètre  environ.  Sur  un  même  diamètre  et  aux  deux 
extrémités,  le  plus  près  possible  des  parois,  on  fait  faire  deux 
trous  plus  grauds,  de  5  centimètres..  Ceux-ci  recevront  les 
colonnes  montantes.  On  fait  pratiquer  dans  les  tuyaux  de 


APPAREIL  IMPROVISÉ  POUR  LA  DÉSINFECTION  195 

zinc  des  ouvertures  de  1  centimètre,  espacées  de  7  à  8  centi¬ 
mètres  et  disposées  sur  2  parallèles  opposées  le  long  du  tuyau. 
Ceci  fait,  on  engage  l’un  des  bouts  de  chaque  tuyau  dans  l’un 
des  deux  trous  plus  larges,  on  les  fixe  par  une  pointe,  et  le 
bout  supérieur  est  alors  fixé  à  la  paroi  du  tonneau  par  un  petit 
collet  retenu  par  deux  pointes. 

Avec  les  lattes  de  chêne  on  fait  confectionner  une  claie  en 


Fig.  3.  —  Fond  du  tonneau,  percé  de  trous  dont  2  de  5  centimètres, 
les  autres  de  25  millimètres  de  diamètre. 

lattes  croisées,  distantes  de  5  centimètres  l’une  de  l’autre,  qui 
reposera  dans  le  fond  de  l’étuve  mais  en  sera  séparée  par 
4  tasseaux  de  4  centimètres  d’épaisseur. 

Avec  le  fond  du  tonneau  primitivement  enlevé  on  confec¬ 
tionne  un  plateau  dont  les  lames  sont  espacées  de  1  à  2  centi¬ 
mètres  et  retenues  par  quelques  lattes  clouées  transversale¬ 
ment.  Ce  plateau  est  alors  retaillé  pour  s’emboîter  à  la  partie 
ouverte  de  l’étuve;  on  le  fait  reposer  sur  quatre  tasseaux 
cloués  après  les  parois  de  celle-ci.  On  dispose  en  dessous  une 
quinzaine  de  crochets  à  vis  pour  suspendre  les  objets  à  désin¬ 
fecter,  et  à  la  face  supérieure  deux  poignés  qui  en  faciliteront 
le  maniement. 


196 


ÉMILE  ARBINET 


Le  bord  supérieur  du  tonneau  est  scié  à  1  cent.  1/2  et  raboté 
pour  obtenir  un  bord  plat.  On  cloue  dessus  deux  épaisseurs  de 
bande  feutrée. 

Enfin,  le  couvercle  de  fonte  de  la  chaudière  devant  servir  de 
couvercle  à  l’étuve  çst  percé  d’un  trou  pour  y  mettre  un  bou¬ 
chon  de  liège  que  traversera  le  thermomètre,  et  2  poignées 
sont  fixées  sur  la  face  externe  du  tonneau  pour  en  faciliter  le 
déplacement. 


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Fig.  4.  —  Claie  en  lattes  de  chêne,  de  30  millimètres  croisées  à  5  cen¬ 
timètres  l’une  de  l’autre,  et  supportée  par  4  tasseaux  de  4  centimètres 
de  hauteur. 

Les  appareils  prêts  à  fonctionner  reviennent  à  80  francs 
environ.  Dans  les  grands  centres  on  peut  utiliser  des  tonneaux 
de  550  litres  et  des  chaudières  de  150.  Il  y  a  alors  avantage  à 
mettre  4  colonnes  montantes  au  lieu  de  2  dans  l’intérieur  du 
tonneau.  Le  prix  de  revient  ne  dépasse  guère  150  francs. 

Mise  en  marche. 

Pour  procéder  à  l’étuvage,  on  verse  dans  la  chaudière  envi¬ 
ron  50  litres  d’eau  et  on  entretient  dans  le  foyer  un  feu  de  bois 
assez  vif.  On  place  l’étuve  sur  le  bord  plat  de  la  chaudière  et 
on  lute  avec  des  chiffons  mouillés  la  partie  vide,  entre  le 


APPAREIL  IMPROVISÉ  POUR  LA  DÉSINFECTION  197 

rebord  de  la  chaudière  et  l’étuve,  pour  éviter  toute  déperdition 
de  vapeur.  On  dispose  alors  la  claie  au  fond  du  tonneau  :  elle  a 
pour  but  d’empêcher  les  étoffes  à  étuver  de  boucher  les  trous 
d’arrivée  de  vapeur.  On  ferme  l’étuve  avec  le  couvercle  —  que 
traverse  le  thermomètre  —  qui  s’enfonce  dans  le  feutre. 
L’échappement  de  la  vapeur  est  suffisant  entre  les  deux  parties 
du  couvercle. 


Fio.  O.  —  Plateau  porte-effets  confectionué  avec  le  fond  du  tonneau, 
dont  les  planches  sont  écartées  et  retenues  par  quelques  lattes  de 
chêne. 


Au  bout  de  20  minutes,  l’eau  entre  en  ébullition  et  moins 
de  5  minutes  après  le  thermomètre  accuse  une  température 
de  85  à  90°.  On  retire  alors  le  couvercle  de  fonte,  on  met 
en  place  le  plateau  porte-effets  aux  pitons  duquel  on  a  préala¬ 
blement  accroché  les  vêtements  à  désinfecter,  on  referme 
l’étuve  avec  le  couvercle. 

Pendant  cette  manœuvre  qui  ne  dure  que  quelques  minutes, 
la  température,  tant  du  fait  de  l’ouverture  de  l’étuve  que  de 
l’introduction  de  vêtements  froids,  baisse  d’une  dizaine  de 
degrés.  Mais,  grâce  au  dispositif  des  colonnes  montantes,  la 
vapeur  afflue  partout  d'ans  l’étuve  et  en  moins  de  2  minutes  la 


198 


ÉMILE  ARBlNEf 


température  dépasse  90°.  II  a’y  a  pas  de  condensation  dans 
l'étuTe,  condition  importante  puisqu’elle  évite  le  mouillage  des 
vêtements. 

On  note  alors  cet  instant  et  on  maintient  le  feu  très  vif  pen¬ 
dant  20  minutes.  La  température  dans  l’étuve  dépasse  100°. 
On  enlève  alors  le  couvercle,  on  retire  le  plateau  porte-effets 
et  on  expose  au  grand  air  les  vêtements  qui  ne  sont  nullemen 
mouillés,  à  peine  humides.  Ils  peuvent  être  endossés  une  demi- 
heure  après. 


Résultats. 

Au  point  de  vue  bactériologique,  ces  appareils  donnent  toute 
satisfaction  puisque,  après  iO  minutes,  des  cultures  de 
bacille  typhique  et  bacille  diphtérique  ne  cultivent  plus  et  les 
poux  sont  complètement  détruits,  même  à  l’intérieur  de  vête¬ 
ments  ficelés  en  paquets. 

L’emploi  de  la  chaudière  de  fonte  permet  d’utiliser  l'eau 
additionnée  ou  non  de  produits  tels  que  formol,  acide  sulfu¬ 
reux  dissous,  qui  ajoutent  encore  à  l’efficacité  de  l’étuvage. 

Lorsque  les  effets  à  désinfecter  sont  nombreux,  il  importe 
d’éviter  toute  perte  de  temps.  On  peut  activer  la  désinfection 
en  évitant  le  refroidissement  de  l’étuve  occasionné  par  l’ouver¬ 
ture  trop  prolongée  de  celle-ci  pendant  la  manœuvre  qui  con¬ 
siste  à  retirer  le  plateau  porte-effets,  à  décrocher  les  vêtements 
et  à  en  accrocher  d’autres,  ,à  remettre  le  plateau  dans  l’étuve. 
Pour  cela  on  fait  confectionner  deux  plateaux  identiques. 
Pendant  que  l’un  est  dans  l’étuve  on  prépare  le  second  en  lui 
accrochant  des  vêtements.  Quand  on  ouvre  l’étuve,  il  suffit 
alors  de  retirer  le  premier  et  de  le  remplacer  aussitôt  par  le 
second,  et  ainsi  de  suite  de  vingt  en  vingt  minutes. 

Nous  avons  compté  qu’on  peut  ainsi  désinfecter  les  -vête¬ 
ments  d’une  vingtaine  d’hommes  à  l’heure  (avec  un  appareil 
moyen)  et  que  la  dépense  est  minime,  environ  2  centimes  par 
homme. 


INTOXICATIONS  ALIMENTAIRES 


PRESCRIPTIONS  GÉNÉRALES  DE  SALUBRITÉ 

TENDANT  A  PRÉVENIR 

LES  ACCIDENTS  D’INTOXICATION  ALIMENTAIRE 
par  M.  6.  BARRIER  >. 

Vers  le  milieu  de  juillet  1917,  des  accidents  assez  graves, 
d’intoxication  alimentaire  étaient  constatés  sur  les  élèves  et  le 
personnel  de  la  cantine  du  Pré-Saint-Gervais. 

De  recherches  bactériologiques,  directes  et  expérimentales, 
effectuées  par  M.  Martel  sur  deux  fragments  de  viande  cuite  à 
point,  prélevés  le  24  juillet  à  cette  cantine,  il  résulte  que  la 
viande  suspecte  était  envahie  par  le  bacille  paratyphique  B, 
cause  déterminante  des  accidents  constatés. 

Où  la  contamination  avait-elle  pu  se  produire  ? 

La  jeune  taure  dont  provenait  la  viande  avait  été  achetée  en 
parfait  état  de  santé,  le  12,  au  marché  de  La  Villette,  abattue 
cinq  jours  après,  puis  régulièrement  admise  à  la  consomma¬ 
tion  le  17  par  le  Service  vétérinaire  sanitaire. 

Les  ouvriers  de  l’échaudoir,  qui  avaient  procédé  à  l’habil¬ 
lage,  en  avaient  mangé  impunément  ;  rien  d’anormal  non  plus 
ne  fut  signalé  concernant  les  consommateurs  des  abats. 

En  ces  conditions,  il  n’apparaissait  guère  vraisemblable  que 
l’abattoir  pût  être  incriminé. 

Par  contre,  la  viande,  arrivée  le  17,  à  7  heures  du  soir,  à  la 
cantine  du  Pré-Saint-Gervais,  fut  abandonnée  sur  une  table 
pendant  seize  heures,  puis  mise  en  glacière  humide  à  -f  5  ou 
6°  jusqu'au  19,  jour  où  l’on  en  consomma  une  partie  après 
trois  heures  seulement  d’ébullition,  le  reste  n’ayant  été  utilisé 
que  le  21  juillet,  soit  quatre  jours  après  l’abatage. 

Pour  tout  esprit  non  prévenu,  il  y  a  une  très  forte  pré¬ 
somption  que  l’infection  s’est  produite  au  Pré-Saint-Gervais, 
où  les  manipulations  contaminantes,  effectuées  avec  des  mains. 


1.  Rapport  au  Conseil  d’hygiène  publique  et  de  salubrité  du  départe¬ 
ment  de  la  Seine,  séance  du  15  mars  1918. 


G.  BARRIER 


instruments,  ustensiles,  linges,  tables  accidentellement  souillés 
de  bacilles  paratyphiques,  ont  dû  être  grandement  favorisées 
par  la  température  et  les  procédés  tout  à  fait  défectueux  de 
conservation  et  de  réfrigération  mis  en  œuvre. 

Quoi  qu’il  en  soit,  M.  Martel  a  pris  prétexte  de  ses  constata¬ 
tions  pour  appeler  l’attention  du  Conseil  d’hygiène  sur  l’état 
de  malpropreté  de  la  plupart  des  échaudoirs  de  La  Villette  et 
du  personnel  qui  y  travaille,  sans  lui  celer  non  plus  que  les 
cuisines  des  restaurants,  même  des  plus  réputés,  étaient  bien 
loin  aussi  d’être  tenues  d’une  façon  irréprochable.  D’où  cet 
avis  judicieux  que  la  surveillance  sanitaire  des  abattoirs  devait 
être  complétée  par  l’inspection  permanente  des  cuisines  au 
triple  point  de  vue  de  la  salubrité  des  locaux,  de  la  propreté  du 
personnel  et  de  l’hygiène  des  matières  premières  d’origine 
carnée  employées  par  les  restaurateurs. 

Comme  cela  était  à  prévoir,  le  Conseil  d'hygiène  s’est  ému 
de  ces  révélations,  qui  ne  pouvaient  d’ailleurs  surprendre 
beaucoup  de  ses  membres  avertis.  , 

M.  Laveran  a  demandé  qu’un  vœu  fût  émis  tendant  à  sou¬ 
mettre  les  abattoirs  et  les  cantines  scolaires  à  une  surveillance 
plus  étroite.  . 

M.  Raphaël  Blanchard  a  fait  ressortir  le  contraste  de  cette 
fâcheuse  situation  et  de  celle  que  révèle,  aux  États-Unis,  le 
bon  état  sanitaire  de  tous  les  établissements,  de  nature  quel¬ 
conque,  où  l’on  prépare,  vend  ou  consomme  des  denrées  ali¬ 
mentaires  ;  et  ce,,  grâce  à  l’application  rigoureuse  des  lois  et 
ordonnances  réglementant  la  matière. 

Aussi,  pour  inciter  l’assemblée  à  s’engager  résolument  dans 
la  voie  de  l’hygiène  basée  sur  les  données  scientifiques  les 
plus  certaines,  notre  collègue  a-t-il  à  son  tour  déposé  le  vœu 
suivant  : 

«  Que  toute  personne  employée  à  un  titre  quelconque  dans 
les  conditions  susdites  (manipulation,  préparation,  cuisson  des 
viandes  et  de  tous  autres  aliments  offerts  en  vente  au  public) 
soit  soumise  périodiquement  à  un  examen  parasilologique,  en 
vue  de  déceler  les  porteurs  de  germes  pathogènes  pouvant  être 
la  cause  d’infections  variées  (dysenterie,  syphilis,  blennor¬ 
ragie,  pneumonie,  diphtérie,  tuberculose,  fièvres  typhoïde. 


INTOXICATIONS  ALIMENTAIRES  201 

paratyphoïde,  etc.)  qui  revêtent  souvent  le  caractère  de  graves 
épidémies  ; 

«  Que  tout  porteur  de  germes,  reconnu  comme  tel,  soit  sou¬ 
mis  à  une  surveillance  médicale  rigoureuse  et  à  un  traitement 
méthodique  ; 

<r  Que  lui  soient  interdites  l’entrée  des  locaux  où  il  exerçait 
ses  fonctions  et  la  continuation  de  ces  dernières  ou  de  toute 
autre  fonction  similaire,  tant  que  le  contrôle  parasitologique 
démontrera  qu’il  continue  à  porter  des  germes  pathogènes.  » 

Votre  rapporteur  ne  put  s’empêcher  d’objecter  à  M.  llaphaël 
Blanchard  que  l’exécution  d’un  tel  vœu  lui  paraissait  à  peu 
près  irréalisable,  sans  méconnaître  cependant  qu’il  y  eût  quel¬ 
que  chose  à  tenter  dans  l’ordre  pratique  :  codifier,' par  exem¬ 
ple,  les  prescriptions  générales  de  salubrité  à  imposer  à  tout 
établissement  préparant  ou  manipulant  des  matières  alinien- 
taires,  en  vue  d’assurer  l’innocuité  de  celles-ci. 

Et,  avec  M.  Martel,  il  demanda  la  nomination  d’une  Commis¬ 
sion  spéciale,  chargée  précisément  d’étudier  cette  question, 
ainsi  que  les  propositions  de  MM.  Laveran  et  Blanchard. 

Le  Conseil  d’hygiène,  se  ralliant  à  celte  procédure,  constitua 
cette  Commission  comme  suit  : 

M.  Armand  Gautier,  président',  membres  :  MM.  Laveran, 
Blanchard,  Chantemesse,  Letulle,  Navarre,  Rébeillard,  Sellier, 
Barrier,  Martel,  Juillerat,  Marc  Honnorat. 

En  raison  de  l'absence  prolongée  de  M.  Armand  Gautier, 
M.  Laveran  a  été  investi  des  pouvoirs  de  la  présidence;  M.  Bar¬ 
rier  a  été  désigné  comme  rapporteur. 

Le  premier  soin  de  votre  Commission  fut  d’examiner  le  vœu 
de  M.  Raphaël  Blanchard. 

Tout  en  pensant,  avec  son  auteur,  qu’il  serait  souhaitable  de 
pouvoir  déceler  les  porteurs  de  germes  pathogènes  parmi  les 
ouvriers  qui  manipulent  ou  préparent  des  denrées  alimen¬ 
taires,  elle  a  dû  cependant  l’écarter,  comme  inapplicable,  pour 
les  raisons  suivantes  : 

1°  En  l’absence  de  faits  dénonçant  formellement  les  produits 
d’un  établissement  comme  ayant  déterminé  des  intoxications 
alimentaires,  et  sur  la  seule  présomption  qu’ils  en  pourraient 


202 


G.  BABRIER 


causer,  notre  législation  sanitaire  actuelle  ne  permet  pas  d’im¬ 
poser  périodiquement  au  personnel  ouvrier  intéressé  des  inves¬ 
tigations  cliniques  intimes,  indiscrètes  et  compliquées  ; 

2°  Une  prophylaxie  basée  sur  des  mesures  aussi  inquisito¬ 
riales  ne  manquerait  pas  de  montrer  l’hygiéniste  comme  un 
ennemi,  alors  que  son  rôle  est  avant  tout' d’éclairer,  de  con¬ 
vaincre,  de  conseiller  et  de  ne  porter  une  telle  atteinte  à  la 
liberté  individuelle  que  s’il  y  a  vraiment  danger  immédiat  et 
certain  pour  la  collectivité,  ce  qui  n’est  pas  le  cas  ; 

3“  Même  en  admettant  l’adhésion  sans  réserve  des  pouvoirs 
publics  et  de  la  population  à  l’examen  parasitologique  imposé 
—  dont  il  n’y  a  pas  à  se  dissimuler  les  lenteurs  et  les  diffi¬ 
cultés  techniques,  —  on  ne  voit  pas  comment  ni  par  qui,  dans 
la  pratique,  on  pourrait  sûrement  et  rapidement  l’appliquer  et 
l’étendre  aux  nombreux  personnels  visés  ; 

4“  Les  infections  paratypho'idiques  en  particulier,  à  évolu¬ 
tion  si  soudaine,  auraient  depuis  longtemps  frappé  leurs  vic¬ 
times  avant  que  les  recherches  et  enquêtes  bactériolo¬ 
giques  aient  eu  le  temps  d’en  définir  les  germes  et  la  prove¬ 
nance. 

D'autre  part,  il  faut  se  garder  de  recourir  à  des  mesures 
vouées  à  prendre  presque  fatalement  un  caractère  tracassier 
et  vexatoire. 

Par  voie  d’affichage,  par  exemple,  les  chefs  d’exploitation  ne 
peuvent-ils  informer  leur  personnel  qu’en  raison  du  danger 
que  présentent,  pour  la  salubrité  de  la  fabrication,  les  ouvriers 
reconnus  atteints  de  maladies  transmissibles,  ceux-ci  devront 
momentanément  suspendre  leur  travail  et  ne  seront  admis  à 
le  reprendre  que  sur  présentation  d’un  certificat  médical  attes¬ 
tant  l’innocuité  de  leurs  manipulations. 

Exiger  avec  fermeté  que  le  personnel,  les  locaux  et  le  maté¬ 
riel  techniques  soient  constamment  tenus  en  bon  état  de  pro¬ 
preté  est  une  condition  légitimement  imposable  et  d’une  réali¬ 
sation  possible,  qui,  à  elle  seule,  suffirait,  dans  la  plupart  des 
cas,  à  prévenir  toute  contamination. 

Telle  est  la  voie  pratique  où  a  préféré  s’engager  votre  Com¬ 
mission. 

En  vue  de  procéder  méthodiquement,  elle  décida  que  ses 


INTOXICATIONS  ALIMENTAIRES 


203 


éludes  s’appliqueraient  d’abord  aux  industries  et  établissements 
qui  préparent,  manipulent,  exposent  en  vente  ou  colportent  des 
viandes  fraîches  (abattoirs  publics  et  privés,  saucissonnenes, 
éçhaudoirs'pour  la  préparation  des  parties  d’animaux  propres 
à  l’alimentation,  ateliers  de  fumaison,  de  salaison,  de  prépa¬ 
ration  des  viandes,  étaux  de  boucherie,  de  charcuterie,  débits 
de  triperie,,  ateliers  de  découpage  de  viandes,  resserres  des 
bouchers  et  des  charcutiers  dans  les  marchés,  locaux  destinés 
à  la  vente  ou  à  la  conservation  des  denrées  alimentaires,  etc.)  ; 
ensuite,  aux  établissements  où  se  confectionnent  des  plats  cui¬ 
sinés,  livrés  sur  place  à  la  consommation  publique  (cuisines  de 
restaurants,  cantines  populaires,  crémeries,  pâtisseries,  confi¬ 
series,  etc.). 


1“  Abattoirs  publics. 

En  exécution  de  ce  programme,  votre  Commission  s’est 
préoccupée  en  premier  lieu  des  conditions  de  salubrité  et  de 
propreté  à  appliquer  aux  locaux,  au  matériel  et  au  personnel 
des  abattoirs  publics,  dans  la  mesure  où  les  arrêtés  d’autori¬ 
sation  ne  les  auraient  pas  suffisamment  prévues  déjà. 

A.  —  Abattoirs  de  La  Villette. 

Elle  a  choisi  comme  type  d’abattoir  le  plus  mal  conçu,  le 
.plus  mal  agencé,  le  plus  malpropre  et  le  plus  difficile  à  amé¬ 
liorer,  l’abattoir  général  de  La  Villette,  qu’elle  a  visité  en  détail 
le  18  septembre  1917. 

Rappelons  que  cet  établissement  a  été  autorisé  en  1867,  sans 
avoir  été  jamais  soumis  à  l’enquête  légale,  ni  l’objet  d’un  arrêté 
d’autorisation  régulier,  et  constatons  avec  regret  que  même 
les  services  techniques  ont  toujours  hésité  à  y  prescrire  des 
modifications,  de  peur  de  porter  atteinte  aux  revenus  qu’en 
tire  la  Ville  de  Paris. 

213  échaudoirs  sombres  et  trop  exigus,  de  10  mètres  sur 
5  mètres,  répartis  enlO  agglomérations,  le  constituent.  Chacun 
d’eux  s’ouvre  par  deux  portes  opposées,  d’une  part,  sur  la 
voie  publique  desservant  l’agglomération,  d’autre  part  sur  une 
cour  de  travail  toujours  malpropre,  et  possède  : 


204 


G.  BARBIER 


Une  auge  cimentée,  sorte  de  réservoir  à  sang,  creusée  en 
contre-bas  du  dallage  ; 

Un  treuil  avec  poulie  de  renvoi,  des  pentes  et  tinets  en  bois, 
des  chevilles  d’accrochage  en  fer;  , 

Une  prise  d’eau  dépourvue  de  robinet  à  raccords; 

Trop  fréquemment  encore,  une  sorte  de  baraque  intérieure 
qui  sert  à  la  fois  de  vestiaire  et  de  bureau;  , 

Un  tonneau  à  nivets,  une  boîte  à  dégras,  un  escabeau,  des 
paniers  d’osièr  et  autres  objets  encombrants. 

Dans  cette  cellule  d’abatage,  et  à  proximité  des  viandes 
habillées,  les  usagers  n'hésitent  pas,  aussi  bien  que  dans  la 
cour  de  travail,  à  opérer  la  vidange  des  panses  et  le  lavage  des 
intestins. 

Pendant  l’après-midi,  toutes  les  viandes  préparées  y  sont 
suspendues  et  exposées  en  vente  par  les  bouchers  en  gros  (che- 
villards);  les  bouchers  de  détail  viennent  les  y  acheter  pour  les 
transporter,  au  moyen  de  voitures  le  plus  souvent  malpropres, 
en  leurs  étaux  particuliers  où  on  les  découpe  en  morceaux  à  la 
convenance  de  la  clientèle.  Dans  ces  véhicules,  les  viandes 
sont  mal  protégées  contre  leS  poussières  de  la  voie  publique 
etaccumulées  en  quantité  telle  qu’une  partie  dépasse  au  dehors, 
reposant  sur  les  brancards. 

On  ne  compte,  au  total,  à  La  Villette  que  20  -waler-closets, 
à  2  ou  3  stalles  chacun,  alors  qu’en  temps  ordinaire  1.286  ou¬ 
vriers  ou»  patrons  ont  besoin  de  s’en  servir,  et  que  les  qiardis 
et  vendredis,  jours  de  grande  vente,  ce  nombre  s’augmente,, 
l’après-midi,  de  16  ù  1.600  personnes.  La  triperie  en  grand, 
.située  au  fond  de  l’abattoir  et  fréquentée  par  128  ouvriers  et 
ouvrières,  en  est  privée.  Nulle  part,  rien  n’est  prévu  pour  y 
séparer  les  deux  sexes. 

Votre  Commission  s’est  trouvée  péniblement  impressionnée 
par  sa  visite,  qui,  de  tout  point,  a  confirmé  les  critiques  for- 
muléeS'devant  vous,  le  18  août  dernier,  par  M.  Martel  : 

«  Le  local  servant  à  abattre  les  bovidés  est  mal  compris,  mal 
éclairé.  Là  lumière  ne  pouvant  pas  y  pénétrer  abondamment, 
certains  recoins  servent  d’abri  à  des  détritus  organiques  sur 
lesquels  les  bactéries  poussent  en  colonies  nombreuses  et 
riches.  L’eau  chaude  n’arrivant  jamais  à  l’échaudoir,  les  graisses 


INTOXICATIONS  ALIMENTAIRES  203 

restent  adhérentes  aux  murs  et  au  sol,  surtout,  au  niveau  du 
sol,  aux  intersections  avec  les  parties  en  élévation.  Le& ouvriers 
urinent  trop  souvent  dans  les  puisards  qui  collectent  le  sang 
et  les  eaux  rousses  de  l’atelier.  Les  corps  durs  et  pesants,  en 
•tombant,  dégradent  le  fond  et'  le  pourtour  de  ce  réservoir  et 
les  rèndent  spongieux.  Les  bactéries  vivent  dans  ces  cavités 
d’où  le  sang  et  les  détritus  organiques  divers  ne  peuvent  être 
enlevés  chaque  jour;  des  odeurs  désagréables  s’échappent  de 
ces  puisards  plus  ou  moins  dégradés, et  créent  un  milieu  puis¬ 
samment  insalubre.  Des  baraques,  en  planches  disjointes  et 
non  peintes,  retiennent  derrière  elles  des  détritus  organiques 
qui  rendent  difficile  le  nettoyage  complet  du  local. 

«  Le  matériel  des  ateliers  de  travail  est  tel  que  la  désinfection 
en  est  quasi  impossible.  Les  barres  de  levage  sont  de  grandes 
pièces  de  bois  de  sapin  percées  de  trous  plus  ou  moins  chargés 
de  crasse  (graisse,  sang)  :  on  n'arrive  à  les  avoir  un  peu  moins 
malpropres  qu’en  les  faisant  gratter  au  couteau  et  frotter  à  la 
brosse  dure.  Ces  tinets  sont  introduits  entre  le  tibia  et  le  tendon 
d’Achille  pour  permettre  de, suspendre  les  animaux  par  les 
jarrets.  Il  suffit  que  l’un  d’eux  soit  souillé  par  la  viande  d’un 
animal  atteint  de  maladie  paratyphoïdique  pour  que  des 
viandes  saines  puissent  être  polluées.  Nous  avons  entendu  du 
personnel  d’échaudoir  déclarer  que,  si  l’on  nettoyait  trop  sou¬ 
vent  ces  tinets,  on  éprouverait  trop  de  peine  à  les  faire  péné¬ 
trer  par  glissement,  entre  les  os  et  la  viande.  La  crasse  sert 
ici  de  lubrifiant.  Les  papiers  à  abats  sont  en  osier,  l’escabeau 
du  maître  garçon,  chargé  de  fendre  les  bœufs,  est  en  bois  et 
presque  toujours  encrassé  de  sang  et  de  boue.  Les  gaines  ou 
«  boutiques  »,  qui  reçoivent  les  couteaux,  sont  couvertes  de 
sang  desséché  et  imprégnées  de  graisse,  les  manches  en  bois 
des  couteaux  se  prêtant  d’ailleurs  mal  à  une  désinfection 
efficace.  Les  cordages  des  treuils  de  levage  sont  en  chanvre. 
Les  billots  qui  servent  à  tamponner  les  demi-bœufs,  de  ipanière 
à  leur  donner  un  aspect  avantageux,  sont  en  bois.  Les  crochets 
qui  permettent  de  réunir  les  demi-bœufs  ainsi  préparés  sont 
reliés  par  des  Ocelles  que  l’on  ne  nettoie  pas. 

«  Le  linge  en  usage  à  l’échaudoir  laisse  souvent  à  désirer, 
surtout  depuis  la  crise  du  charbon.  Les  bouchers  font  un  peu 
de  lessive  à  l’échaüdoir  même;  ils  rincent  des  torchons  maculés 


206 


G.  BARRIER 


de  saog,  de  manière  à  les  faire  servir  à  nouveau.  Cette  lessive 
sans  eau  chaude  ni  savon  laisse  beaucoup  à  désirer.  La  façon 
de  comprendre  la  propreté  est  subordonnée  àl’éducation  reçue  : 
un  ouvrier  boucher,  maître  garçon  dans  un  atelier  de  La  Vil- 
lette,  n’hésitait  pas  à  nous  dire  que  les  torchons  étaient  ainsi 
nettoyés  «  jusqu’au  moment  où  ils  n’étaient  pas  trop  gras  ».' 

«  Dans  le  hut  de  préparer  la  pitance  des  chiens  de  bouviers, 
il  arrive  que  des  tripes  de  mouton  sont  lavées  à  l’atelier  d’aba¬ 
tage,  et  mises  à  égoutter  aux  chevilles  qui  serviront,  le  len¬ 
demain,  à  accrocher  dèl^  moutons.  Aussi  ne  faut-il  pas  être 
surpris  de  voir  que  les  viandes  et  les  abats  que  l’on  pique  à  ces 
chevilles  s’altèrent  vite,  en  été,  aux  points  qui  ont  été  ense¬ 
mencés. 

«  Les  vêtements  de  travail  et  les  chaussures  (sabots)  des 
bouchers  sont  souvent  remisés  avec  le  linge  maculé  dans  des 
vestiaires  de  fortune  que  l’on  tolère  à  l’échaudoir.  L’odeur  qui 
se  dégage  de  ces  hardes  est  indéfinissable.  Que  dire  de  l’ou¬ 
vrier  nommé  «  sanguin  »,  qui  assiste  à  toutes  les  saignées  et 
qui,  se  trouvant,  éclaboussé  de  sang  des  pieds  à  la  tête,  ne 
nettoie  jamais  ses  vêtements  de  travail? 

«  Ajoutons  que  les  water-closets  communs,  où  vont  les  bou¬ 
chers  travaillant  aux  échaudoirs,  sont  dans  un  état  de  malpro¬ 
preté  épouvantable  :  excréments  jonchant  le  sol  en  divers 
endroits,  jusque  dans  l’allée  qui  dessert,  d’un  côté,  une  série 
de  cases  avec  sièges  à  la  turque,  et  de  l’autre,  une  série  d’uri¬ 
noirs;  maculationa  aux  parties  en  élévation,  attestant  des 
habitudes  répugnantes,  autant  que  dangereuses,  conservées 
par  une  partie  du  personnel  dans  ce  milieu  sordide,  incom¬ 
mode  ét  essentiellement  insalubre  qu’est  l’abattoir  de  La  Vilr 
lette;  absence  totale  de  papier  hygiénique,  de  poste  d’eau  et 
de  savon  rendant  impossible  la  rigoureuse  propreté  des  mains 
qu’on  est  en  droit  d’exiger  de  ceux  qui  «  habillent  »  les 
viandes.  » 

Il  nous  paraît  superflu  d’insister  sur  les  dangers  que  créent 
pour  la  santé  publique  de  telles  défectuosités  matérielles,  de 
telles  habitudes  corporelles  du  personnel  ouvrier.  «  S’il  fallait 
refuser  l’estampille  sanitaire  aux  viandes  qui  ne  sont  pas 
préparées  et  manipulées  d’une  façon  irréprochable,  ajoute 


INTOXICATIONS  ALIMENTAIRES 


207 


M.  Martel,  aucune  des  viandes  vendues  à  Paris  ne  devrait  être 
estampillée.  » 

On  ne  saurait  prétendre  que  la  situation  soit  meilleure  dans 
la  presque  totalité  de  nos  abattoirs  de  province,  souvent  encore 
beaucojip  plus  mal  agencés. 

Les  conséquences  les  plus  directes  de  cet  état  de  choses 
portent  heureusement  plus  atteinte  à  la  conservation  des 
viandes  qu’à  la  santé  et,  encore  moins,  à  la  vie  des  consom¬ 
mateurs.  Une  viande  polluée  par  les  germes  de  la  putréfaction, 
évidemment  nombreux,  qu’elle  reçoit  au  cours  du  travail, 
«  tournera  »  vite  par  les  temps  chauds  et  orageux  et  prendra 
une  odeur,  un  aspect  qui  la  feront  rejeter  de  Ja  consommation  ; 
sa  perte  sera  le  principal  préjudice  qu’elle  aura  causé.  Mais  la 
viande  infestée  de  bacilles  paratyphiques  B  menace  la  vie  de 
celui  qui  l’ingère,  ainsi  que  viennent  d’en  témoigner  encore 
lès  accidents  classiques  observés  à  la  cantine  du  Pré-Saint-Ger- 
vais,  sans  que  l’odeur  et  le  bel  aspect  de  la  chair  musculaire 
puissent  le  mettre  en  garde  contre  le  péril. 

Néanmoins,  hâtons-nous  de  le  dire,  si  les  risques  d’infection 
paratyphoïdique  sont  réels  à  l’abattoir  et  d’autant  plus  redou¬ 
tables  qu’on  ne  peut  les  déceler  par  les  procédés  courants  de 
l’inspection  sanitaire,  il  faut  reconnaître  que  les  intoxications 
alimentaires  de  cette  nature  y  sont  tout  à  fait  exceptionnelles. 
S’il  en  était  autrement,  les  affections  paratyphoïdiques  sûre¬ 
ment  justiciables  de  cette  provenance  seraient  légion,  alors 
qu’elles  constituent,  au  contraire,  des  accidents  extrêmement 
rares.  ^ 

Il  n’est  d’ailleurs  d’autre  moyen  de  les  éviter  que  de  réaliser 
des  conditions  méticuleuses  de  propreté  dans  les  diverses 
manipulations  qu’exige  l’habillage  des  viandes,  propreté  qui 
en  assurera  tout  à  la  fois  l’innocuité  et  la  bonne  conservation. 

C’est  de  cette  vérité  que  doivent  se  bien  pénétrer  les  usagers 
et  les  administrations. 

Si  de  part  et  d'autre,  les  efforts  étaient  moins  platoniques,  si 
le  désir  d’aboutir  se  heurtait  à  moins  de  faiblesse  et  d’ater¬ 
moiements,  si  l’on  savait  oser  dans  le  sens  des  réalisations 
nécessaires,  un  résultat  acceptable,  quoique  provisoire,  serait 
vite  obtenu. 

Le  personnel  ouvrier  peut  et  doit  s’abstenir  de  nombre  de 


208 


G.  BA.RR1ER 


pollutions  évitables,  de  pratiques  condamnables  et  inutiles,  de 
négligences  dangereuses. 

La  Ville  de  Paris  se  doit  de  lui  fournir  les  moyens  de  se 
laver,  de  nettoyer  et  de  désinfecter  ses  locaux,  son  matériel, 
ses  instruments,  de  resserrer  ses  vêtements  de  travail  ; 
d’empêcher  la  divagation  de  ses  cbiens,  qui  joue  un  si  grand 
rôle  dans  la  propagation  du  kyste  hydatique,  comme  l’a  pro¬ 
clamé  l’Académie  de  Médecine,  il  y  a  une  quinzaine  d’années*, 
sur  le  rapport  de  M.  Raphaël  Blanchard;  d’éclairer  convenable¬ 
ment  ses  ateliers  d’abatage,  en  vue  d’opérer  avec  plus  de  pro-_ 
prêté  et  d’y  réaliser  une  meilleure  inspection  de  la  viandé;  de 
l’instruire  de  l'importance  de'  bonnes  conditions  d’hygiène 
corporelle  et  de  salubrité,  pour  assurer  l’innocuité  de  ses  opé¬ 
rations  et  sauvegarder  la  santé  des  consommateurs;  de  l’encou¬ 
rager  par  des  récompenses  quand  il  s’affirmera  ainsi. 

Votre  Commission  regrette  que  le  Conseil  d’hygiène  se  heurte 
si  souvent  aux  lenteurs  ou  à  l’inertie  des  pouvoirs  publics  en 
ce  qui  concerne  la  réalisation  de  ses  vœux,  qu'ils  semblent 
pourtant  aussi  désireux  que  lui  de  rendre  pratiquement 
effective.  La  question  des  conserves  alimentaires,  celle  des 
laits  condensés,  pour  ne  citer  que  les  plus  récentes,  en  sont 
toujours  au  même  point. 

A  l’abattoir  de  La  Villette  —  dont  tout  le  monde  réclame  la 
reconstruction. complète  —  est-il  possible  de  parer  aux  incon¬ 
vénients  signalés,  en  attendant  le  jour,  hélas!  encore  lointain, 
où  l’on  sera  en  niesure  de  le  remplacer  par  un  établissement 
satisfaisant  aux  multiples  desiderata  exprimés? 

Votre  Commission  en  est  unanimement  convaincue  et  c’est 
pourquoi  elle  a  l’bonneur  de  vous  proposer  de  demander  avec 
elle  que  les  deux  préfectures  veuillent  bien  s’entendre  pour  y 
exécuter  les  améliorations  suivantes  ; 

1°  Limiter  étroitement  l’usage  de  l’échaudoir  aux  opérations 
d’abatage  et  d’habillage,  à  l’exclusion  de  toutes  autres  pra¬ 
tiques,  telles,  par  exemple,  que  le  lavage  du  linge  ou  la  mani- 

1.  Raphaël  Blanchard  —  Rapport  sur  un  travail  de  M.  le  D"'  Dévé  (de 
Rouen),  intitulé  :  Mémoire  sur  la  prophylaxie  de  la  maladie  hydatique, 
in  Bulletin  de  l'Académie  de  Médecine  LU,  p.  501-512,  6  décembre  1904. 
—  Archives  de  Parasitologie,  IX,  p.  451-462,  1905. 


INTOXICATIONS  ALIMENTAIRES 


209 


pulaüon  de  panses  ou  d’intestins  ouverts  au  voisinage  de 
viandes  fraîches  ; 

2°  Assurer  une  ventilation  plus  énergique  de  la  cellule 
d'abatage;  y  supprimer  le  puisard;  la  bien  éclairer  à  l’élec¬ 
tricité  pour  y  faciliter  et  y  rendre  moins  dangereux  le  travail 
des  ouvriers  et  l’inspection  vétérinaire  sanitaire;  la  désen¬ 
combrer  de  tout  mobilier  ou  matériel  inutiles  aux  opérations 
techniques;  y  substituer  du  matériel  et  du  mobilier  métal¬ 
liques  aux  matériel  et  mobilier  en  bois  actuels; 

3“  Aménager  dans  chaque  échaudoir  un  dispositif  pour 
d’abondants  lavages  journaliers  à  la  lance,  sous  pression  ; 

4"  Y  distribuer,  au  moins  pendant  deux  jours  par  semaine, 
de  l’eau  chaude  en  quantité  suffisante,  pour  le  dégraissage 
des  sols,  des  murs,  du  matériel  et  des  instruments; 

5“  Créer  des  vestiaires-lavabos  avec  water-closets  en  dehors, 
mais  à  proximité  des  locaux  de  travail;  en  aménager  de  spé¬ 
ciaux  pour  le  personnel  féminin  ;  annexer  des  lavabos  aux 
waler-closels  existants,  dont  on  augmentera  le  nombre  en  les 
répartissent  mieux  dans  toute  l’étendue  de  l’abattoir;  leur 
donner  notamment  beaucoup  d’air  et  de  lumière  naturelle  ;  les 
pourvoir  en  outre  de  l’éclairage  électrique; 

6°  Confier  à  une  personne  préposée  le  nettoiement,  l’entre¬ 
tien,  la  bonne  tenue  et  la  surveillance  de  chacun  de  ces  locaux; 
pourvoir  le  water-closet  de  papier  et  le  lavabo  de  savon  et 
d’essuie-mains; 

7°  Imposer  le  blanchissage  journalier  des  vêtements,  bonnets 
et  linges  de  travail  et  tenir  sévèrement  la  main  à  la  propreté 
du  personnel,  des  locaux,  du  matériel  et  des  instruments; 
prendre  des  sanctions  contre  les  contrevenants; 

8°.  Informer  par  voie  d’affichage  le  personnel  qu’en  raison 
du  danger  que  présentent  pour  la  salubrité  des  viandes  les 
ouvriers  reconnus  atteints  de  maladies  transmissibles,  ceux-ci 
doivent  momentanément  suspendre  leur  travail;  ne  les 
admettre  à  le  reprendre  que  sur  production  d’un  certificat 
médical  attestant  l’innocuité  de  leurs  manipulations; 

9“  Prendre  partout  des  mesures  efficaces  contre  les  dangers 
de  l’introduction,  du  séjour  et  de  la  pullulation  des  mouches; 
vulgariser  ces  mesures  par  l’affichage; 

10“  Créer  une  École  pratique  de  boucherie  pour  l’instruc- 

REV.  d’hYS.  XL  —  14 


210  -  G.  BA-RRIER 

tion  hygiénique  et  technique  des  ouvriers  des  abattoirs; 
instituer  des  concours  pour  récompenser  les  plus  aptes  elles 
plus  propres. 

B.  —  Autres  abattoirs  publics  urbains  ou  suburbains. 

Outre  l’abattoir  de  La  Villette,  la  Ville  de  Paris  possède 
e^ncore  l’abattoir  de  Vaugirard  et  l’abattoir  hippophagique  de 
la  rue  Brancion,  qui,  bien  que  plus  récents,  sont  loin  d’avoir 
réalisé  la  plupart  des  conditions  énoncées  ci-dessus. 

11  vous  est  instamment  demandé  par  votre  Commission  de 
les  y  rendre  exigibles. 

Quant  aux  abattoirs  suburbains,  les  uns  très  anciens,  tels  que 
ceux  de  Saint-benis,  Ÿincennes,  Choisy-le-Roi,  Boulogne, 
Leyallo^s,  sont  à  remanier  profondément  pour  les  adapter  aux 
prescriptions  de  salubrité  nouvelles,  mais  on  ne  saurait  les  en 
exonérer;  les  autres,  plus  modernes  (Ivry,  Kremlin-Bicêtre, 
Arcueil-Gachan),  peuvent,  au  contraire,  s’y  plier  sans  trop  de 
difficultés,  car  leur  construction  et  leur  aménagement  se  rap¬ 
prochent  davantage  des  conditions  générales'actueUement  en 
vigueur. 

Quels  qu’ils  soient,  il  y  a  néanmoins  nécessité  de  reviser 
leurs  arrêtés  d’autorisation  pour  y  introduire  1  obligation  du 
lavage  à  la  lance,  du  dégraissage  au  moins  bihebdomadaire 
des  murs  à  l’eau  chaude  et  journalier  du  matériel  et  des  instru¬ 
ments.  11  convient  de  prescrire  encore  l’emploi  d’un  matériel 
et  d’un  mobilier  éxclusivement  métalliques  ;  la  création  de  ves¬ 
tiaires-lavabos,  de  water-closets  plus  nombreux,  avec  filet 
d’eau  permanent;  l’adoption  de  dispositifs  efficaces  contre 
l’introduction,  le  séjour  et  la  pullulation  des  mouches.;  le 
renouvellement  journalier  des  linges  et  vêtements  de  travail 
souillés;  l’affichage  des  interdictions  relatives  aux  ouvriers 
atteints  d’affections  susceptibles  de  polluer  les  viandes.  Tou¬ 
tefois,  ces  mesures  seraient  inopérantes  si  le  Service  d’inspec¬ 
tion  ne  tenait  pas  sévèrement  la  main  à  leur  exécution  et  si 
surtout  des  sanctions  n’étaient  pas  prises  contre  les  contre¬ 
venants.  Bien  souvent  l’autorité  est  armée,  et  l’on  est  fondé  à 
penser  qu’avec  plus  de  fermeté  soutenue  on  arriverait  à  de 
plus  tangibles  résultats. 


INTOXICATIONS  ALIMENTAIRES  211 

Votre  Commission  vous  propose,  enfin,  d’inviter  l’Adminis¬ 
tration  à  modifier,  dans  le  sens  qu’elle  vient  d’indiquer,  les 
conditions  types  qui  inspirent  actuellement  les  rapporteurs  du 
Conseil  d’hygiène  et,  après  eux,  vos  arrêtés  d’autorisation, 
afin  d’unifier  dans  toute  l’étendue  du  département  et  de  géné¬ 
raliser  à  tous  les  abattoirs  publics  futurs  des  mesures  de  pro¬ 
phylaxie  rendues  nécessaires  par  les  intoxications  alimentaires 
d’origine  carnée  que  la  malpropreté  peut  y  engendrer. 

2“  Tueries  particulières. 

Le  Conseil  d’hygiène  et  de  salubrité  de  la  Seine  a  déjà  con¬ 
sidérablement  atténué  les  inconvénients  et  dangers  des  abat¬ 
toirs  privés,  en  imposant  à  l’ouverture  des  tueries  nouvelles 
des  prescriptions  difficilement  réalisables  au  milieu  des  agglo¬ 
mérations,  qui  en  ont  paralysé  presque  complètement  la  mul¬ 
tiplication. 

Mais  les  tueries  existant  antérieurement  à  ces,  prescriptions 
fonctionnent  en  vertu  d’arrêtés  qui  n’ont  jamais  visé  que  la 
commodité,  la  salubrité  et  la  sécurité  du  voisinage,  sans,  pour 
ainsi  dire,  se  préoccuper  des  conséquences  que  peut  avoir  sur 
la  salubrilé  des  viandes  et  la  santé  des  consommateurs  la  mal¬ 
propreté  fréquente  de  leur  personnel,  de  leurs  locaux  et  de 
leur  matériel. 

Les  mêmes  observations  s’appliquent  aux  tuerifs  d'animaux 
de  basse-cour. 

Or  il  est  exceptionnel  de  voir  en  ces  établissements  qu’on  ait 
grand  souci  de  préserver  les  viandes  des'  pollutions  paraty- 
phiques,  d’autant  plus  redoutables  qu’elles  ne  se  révèlent  pas 
par  des  altérations  décelables  à  l’œil  nu,  mais  seulement  par 
des  intoxications  tardives  qu’une  méticuleuse  propreté  pourrait 
prévenir. 

Aussi  votre  Commission  considère- t-elle  comme  tout  à  fait 
indispensable  de  reviser  les  arrêtés  d’autôrisatibn  de  chacun 
de  ces  établissements  pour  y  introduire  l’intégralité  des  dis¬ 
positions  qu’elle  vous  propose  plus  haut  d’imposer  aux  abat¬ 
toirs  publics  suburbains.  Mais  elle  est  convaincue  encore  que 
cette  révision  demeurera  sans  effet  si  le  Service  d’inspection 
ne  fait  pas  journellement  et  inopinément  des  visites  tendant  à 


212  ÉTUDE  COMPARÉE  DES  MALADIES  CONTAGIEUSES 

assurer  l’exécution  des  prescriptions  édictées  et  si  des  sanc¬ 
tions  pouvant  aller  jusqu’à  la  fermeture  des  tueries  ne  sont 
prises  envers  les  contrevenants. 


ÉTUDE  COMPARÉE  DES  MALADIES  CONTAGIEUSES 

PENDANT  LES.  SEPT  PREMIERS  MOIS  DE  SERVICE 
CHEZ  LES  JEUNES  SOLDATS  DES  CLASSES  1917-1918  . 

(depuis  leur  incorporation  iusqu’a  leur  d<part 

POUR  LA  ZONE  DES  ARMÉES) 

INFLUENCE  DES  DATES  D’INCORPORATION 
SUR  LA  MORBIDITÉ  ET  LA  MORTALITÉ  DES  JEUNES  SOLDATS 

L’ensemble  des  chiffres  —  de  morbidité  et  de  mortalité  - 
montre  que  la  classe  1917,  incorporée  au  début  de  Thivei^,  le 
10  janvier  1916,  a  été  beaucoup  plus  éprouvée  par  la  maladie  et 
la  mort  dans  les  sept  premiers  mois  de  service,  que  la  classe 
1918,  incorporée  le  10  avril,  c’est-à-dire  au  milieu  du  prin¬ 
temps. 


Le  fait  capital  à  mettre  tout  d’abord  en  évidence,  c’est 
la  réduction  notable  du  chiffre  global  de  la  mortalité  pour  la 
classe  1918.. 

La  classe  1917  a  incorporé  hommes,  et  a  perdu,  en 

sept  mois  288  hommes,  du  10  janvier  au  10  août  1916. 

La  classe  1918  a  incorporé  hommes  et  a  perdu 

112  hommes  seulement  du  10  avril  au  l"  novembre  1917. 

Quels  sont  les  facteurs  prédominants  de  cette  mortalité  pour 
la  classe  1917  ?  —  Les  voici  ; 


Méningite  Cf rébro-spinale. . lOi  décès. 

Rougeole . .  .  .  .  84  — 

Scarlatine .  59  — 

Diphtérie .  32  — 


CHEZ  LES  JEUNES,  SOLDATS  DES  CLASSES  ,1917-1918  213 

Oreillons . , .  2  décès. 

Fièvre  typhoïde . .  ■  •  .  9  — 

Dysenterie .  1  — 

Ce  sont,  comme  on  le  voit,  les  njaladies  qui  empruntent  leur 
fréquence  et  aussi  leur  gravité  à  la  saison  froide,  qui  ont  sur¬ 
tout  marqué  leur  empreinte  sur  la  classe  1917. 

L’influence  inverse  est  mise  en  évidence  par  les  chiffres 
globaux  de  mortalité  pour  la  classe  1918  en  ce  qui  concerne  ces 
mêmes  maladies  : 


Méningite  cérébro-spinale . 26  décès. 

Rougeole  . . 43  — 

Scarlaliue . 12  — 

Diphtérie .  8  — 

Oreillons  .  .  .  - .  ü  — 

Fièvre,  typhoïde . 10  — 

Dysenterie . 13  — 


Ces  chiffres  sont  d’autant  plus  intéressants  à  retenir  que  les 
effectifs  des  deux  classes  1917  et  1918  sont  sensiblement  com¬ 
parables,  ainsi  que  les  phases  et  le  mode  de  leur  entraînement, 
ce  qui  met  nettement  en  évidence  le  facteur  saisonnier  en  ce 
qui  a  trait  à  la  mortalité.  En  automne,  en  effet,  la  dysenterie, 
maladie  saisonnière,  occasionne  13  décès  dans  la  classe  1918, 
alors  que  la  classe  1917  ne  comptait  qu’un  décès  en  été  relevant 
de  cette  maladie.  La  proportion  des  décès  par  fièvre  typhoïde 
est  sensiblement  comparable,  bien  qu’un  peu  plus  élevée,  pour 
la  classe  1918,  vaccinée  à  deux  piqûres  seulement  au  lieu  de 
quatre. 


Si  nous  comparons  ensuite  la  morbidité  des  classes  1917  et 
1918  à  l’égard  des  maladies  contagieuses,  nous  constatons 
également  un  avantage  assez  marqué  pour  la  classe  1918,  qui 
a  fourni  11. ISA  hospitalisations  au  lieu  de  13.131,  qui  sont  à 
l’actif  de  la  classe  1917.  La  classe  1918  compte,  en  définitive, 
3.977  malades  en  moins  (soit  un  tiers  environ)  que  la  classe 
1917.  • 

Cet  excès  de  morbidité  pour  la  classe  1917  est  encore  avant 


214 


ÉTUDE  QOMPARÉE  DES  MALADIES  CONTAGIEUSES 


tout  fonction  des  maladies  saisonnières  d’hiver,  comme 
l’indique  le  tableau  comparatif  suivant  ; 


Rougeole . 

Scarlatine . 

Oreillons . 

Diphtérie . 

Méningite^  cérébro-spinale 
Maladies  typhoïdes  .  .  . 
Dysenterie . 


Classe  1917  Classe  1918 

6.118  5.333 

2.925  746 

4.219  3.730 

1.286  530 

478  127 

88  196 

15  492 


La  scarlatine,  la  diphtérie,  les  oreillons,  la  méningite  céré¬ 
bro-spinale  ont  chargé  particulièrement  la  morbidité  de  la 
classe  1917.  Par  contre,  la  dysenterie,  la  fièvre  typhoïde,  mala¬ 
dies  de  l’été  et  de  l’automne,  ont  été  plus  fréquentes  dans  la 
classe  1918,  mais  sans  atteindre  toutefois  un  chiffre  de  mor¬ 
bidité  très  élevé. 

Quant  à  la  rougeole,  elle  s’est  monti4e  avec  une  fréquence 
sensiblement  égale  dans  les  deux  classes.  L’influence  du 
facteur  saisonnier  apparaît  ici  moins  nettement  que  pour  les 
autres  affections  contagieuses.  Les  rapports  des  divers  méde¬ 
cins  s’accordent  à  signaler  que  la  rougeole  a  été  particulière¬ 
ment  fréquente  dans  la  population  civile  en  1917  et  que  la 
facilité  avec  laquelle  les  permissions  agricoles  ont  été  accor¬ 
dées  a  singulièrement  facilité  les  apports  successifs  de  cette 
maladie  dans  les  casernes;  mais  hâtons- nous  de  le  dire,  la 
rougeole  a  été  pour  la  classe  1918  la  moitié  moins  grave  (43 
décès  au  lieu  de  84)  en  raison  de  la  rareté  de  ses  complications 
dès  que  la  température  devient  clémente. 


Le  facteur  saisonnier  influence-t-il  d’une  façon  égale  la  fré¬ 
quence  et  la  gravi  lé  clinique? 

Le  tableau  suivant,  qui  indique,  non  plus  la  mortalité 
globale,  mais  le  chifire  des  décès  par  rapport  à  celui  des 
atteintes,  nous  donnera  une  base  d’appréciation. 


CHEZ  LES  JEUNES  SOLDATS  DES  CLASSES  1917-1918 


215 


Mortalité  clinique 

ou  chiffre  des  décès  pour  100  malades  atteints. 


19i7 

INCORPOBATION 


1918 

IRCORFOHATION 
au  milieu 

DU  PRINTEMPS 


Méningite  cérébro-spinale  .  .  .  21,1  p.  100 

Rougeole.  .  1,3  — 

Scarlatine .  2  — 

Diphtérie . .  2,4  — 

Oreillons . .  0,04  — 

Fièvre  typhoïde . 10,22  — 

Dysenterie .  6,6  — 


20.4  p.  100 
0,8  — 
1,6  — 
1,3  — 

0  ,  — 

3.6  — 

2.6  — 


.Au  point  de  vue  de  la  mortalité  clinique,  c’est-à-dire  de  la 
gravité  des  atteintes,  la' scarlatine,  la  diphtérie,  les  oreillons, 
la  fièvre  typhoïde  et  la  dysenterie  sont  assez  sensiblement 
influencées  dans  leur  gravité  par  le  facteur  saisonnier.  La 
rougeole,  en  particulier,  occasionne,  en  hiver,  un  chiffre  de 
mortalité  double  durant  la  saison  froide  parce  qu’elle  tue  par  la 
complication  broncho-pneumonique  qui  est  une  maladie 
de  l’hiver  et  du  printemps;  la  scarlatine  offre  en  hiver  un  plus 
grand  nombre  de  complications  rénales  graves. 

En  ce  qui  concerne  la  fièvre  typhoïde,  nous  nous  bornerons 
à  constater  qu’elle  a  été  largement  la  moitié  plus  grave  pour  la 
classe  1917  que  pour  la  classe  1918,  sans  pouvoir  en  donner 
une  explication  bien  nette,  car  ces  deux  classes  ont  été  immu¬ 
nisées  dès  leur  arrivée,  par  le  vaccin  triple  T.  A.. B.  Trop  de  fac¬ 
teurs  individuels  interviennent  quand  il  s’agit  d’un  nombre  de 
cas  aussi  restreint  pour  que  nous  nous  hasardions  à  en  donner 
une  explication.  Il  faudrait  pour  cela  avoir  sous  les  yeux  les 
observations  cliniques  détaillées. 


Si,  poursuivant  l’étude  de  la  morbidité,  nous  considérons  la 
dysenterie,  qui  est  une  maladie  de  l’été  et  de  l’automne,  nous 
voyons  que  la  classe  1917  a  fourni  au  total  lo  cas  (dont  9  au 
mois  d’août),  avec  une  morbidité  de  6,66  p.  100,  alors  que  la 
claése  1918  a  présenté  dans  le  trimestre  août-septembre- 


216  ÉTUDE  COMPARÉE  DES  MALADIES  CONTAGIEUSES 

octobre  une  poussée  épidémique  de  492  cas  avec  13  décès,  soit 
2,64  p.  100  de  mortalité.  La  dysenterie  est  une  maladie  essen¬ 
tiellement  saisonnière.  Ici,  la  date  d’appel  des  classes  n’a  fait 
que  transposer  dans  le  sang  un  facteur  de  morbidité. 

En  ce  qui  concerne  la  fièvre  typhoïde,  une  remarque  intéres¬ 
sante  s’impose  :  la  classe  1917  a  présenté  en  7  mois  88  cas, 
avec  9  décès  (mortalité  clinique  10,22  p.  100).  Ces  cas  ont  été 
particulièrement  fréquents  et  graves,  d’abord  le  deuxième 
mois,  c’est-à-dire  en  février  (28  cas,  5  décès),  puis  ils  décroissent 
progressivement  en  mars  (13  cas,  2  décès)  et  en  avril  (11  cas, 
0  décès).  Ce  sont  donc  les  trois  premiers  mois  (janvier,  février, 
lùars)  qui  offrent  un  maximum  de  morbidité  et  de  mortalité 
(53  cas  sur  88,  avec  7  décès). 

La  classe  1918  dépasse  de  près  d’un  tiers  en  morbidité  la 
classe  1917  en  ce  qui  concerne  les  affections  typhoïdes;  elle 
compte  196  cas  et  10  décès  (mortalité  clinique  :  5,1  p.  100), 
soit  une  gravité  moindre  que  pour  la  classe  1917.  La  morbidité 
se  répartit  d’une  façon  assez  inégale  au  cours  des  sept  pre¬ 
miers  mois  :  mai  et  juin  fournissent  51  cas;  août  et  septembre 
52  cas;  puis  le  mois  d’octobre  à  lui  seul  fournit  73  cas,  sans 
que  la  mortalité  augmente... 

Comment  interpréter  ces  chiffres  et  ces  différences? 

En  France,  la  fièvre  typhoïde  est  généralement  une  affection 
saisonnière  estivo-automnale,  comme  la  dysenterie  ;  mais  si 
cette  considération  peut  expliquer  pourquoi  elle  a  été  plus 
fréquente  dans  la  classe  1918  qui,  dans  ses  sept  premiers  mois 
de  service,  compte  les  mois  de  juin,  juillet,  août,  septembre  et 
octobre,  elle  ne  peut  être  invoquée  pour  la  classe  1917  qui  a  un 
maximum  de  cas  au  cours  des  mois  de  février  et  de  mars  et 
qui  est  partie  aux  armées  au  début  du  mois  d’août. 

Ici  il  faut  faire  intervenir  pour  la  classe  1917  l’acclimate¬ 
ment  ou  plutôt  l’arrivée  des  jeunes  gens  issus  des  campagnes 
dans  les  centres  urbains  où  les  maladies  typhoïdes  sont  endé¬ 
miques. 

Le  facteur  d’acclimatement  a  joué  également  son  rôle  pour 
la  classe  1918;  mais  intervient  pour  cette  classe  un  second 
facteur  :  l’inQuence  saisonnière  et  encore  bien  davantage  la 
fréquence  et  la  longueur  des  permissions  agricoles,  qui  ont 
mis  d’une  façon  à  peu  près  permanente,  au  cours  de  l’été  et  de 


CHEZ  LES  JEUNES  SOLDATS  DES  CLASSES  191M918  217 

l’automne,  la  classe  1918  au  contact  de  la  population  civile 
dans  laquelle  la  dysenterie  et  la  fièvre  typhoïde  ont  régné  avec 
une  véritable  fréquence,  du  moins  dans  les  Xl“,  XIV',  XVI'  et 
XVII'  régions. 

Reste  à  déterminer  l’influencé  de  la  vaccination  sur  la  fré¬ 
quence  et  la  gravité  des  maladies  typhoïdes. 

La  classe  1917  a  reçu  4  piqûres, 

La  classe  1918,  2  piqûres  seulement. 

Doit-on  faire  jouer  un  rôle  à  ce  facteur  et  penser  à  une 
moindre  immunisation? 

Quelques  faits  récemment  observés  seraient  de  nature  à 
orienter  l’observation  dans  ce  sens.  Il  paraît  toutefois  préma¬ 
turé  de  conclure.  Quoi  qu’il  en  soit,  il  est  bon  de  faire  remar¬ 
quer  que  la  fièvre  typhoïde,  malgré  sa  fréquence  relative  chez 
les  jeunes  gens  de  la  classe  1918  vaccinés,  s’est  montrée  très 
bénigne.  L’observation  minutieusement  recueillie  des  cas  de 
fièvre  typhoïde  montre,  d’autre  part,  que  cette  maladie  a 
frappé  de  préférence  des  soldats  non  vaccinés  en  raison  de 
contre-indications  temporaires  ou  permanentes,  ou  vaccinés 
incomplètement  en  raison  du  trouble  apporté  dans  les  opéra¬ 
tions  vaccinales  par  les  permissions  agricoles. 


Si  nous  nous  plaçons  simplement  au  point  de  vue  des 
influences  saisonnières  sur  la  fréquence  et  la  gravité  des 
maladies  contagieuses,  il  résulte  bien  que  les  facteurs  froid  et 
hum'idilé  qui  sont  prédominants  en  hiver  et  au  printemps  sont 
plus  à  redouter  que  le  facteur  chaleur  pour  les  jeunes  classes 
étant  donné  que,  pendant  l’été,  nous  n’avons  guère  à  craindre 
sérieusement  que  la  fièvre  typhoïde  et  la  dysenterie,  affections 
pour  lesquelles  la  prophylaxie  et  la  thérapeutique  sont  beau¬ 
coup  plus  efficaces  et  mieux  armées  que  pour  la  plupart  des 
maladies  contagieuses  de  la  saison  hivernale,  telles  que  la 
rougeole,  la  scarlatine,  les  oreillons,  dont  la  nature  micro¬ 
bienne  nous  échappe  et  pour  lesquelles  le  traitement  est  pure¬ 
ment  symptomatique. 


2J8  ÉTODE'  COMPARÉE  DES  MALADIES  CONTAGIEUSES 


La  conclusion  pratique  au  point  de  Vue  médical  c'est  que 
l’incorporation  au  15  avril,  si  elle  ne  met  pas  absolument  la 
jeune  classe  à  l’abri  contre  les  fièvres  éruptives,  les  oreillons, 
la  diphtérie  et  la  méningite  cérébro-spinale,  diminue  notable¬ 
ment  leur  fréquence  et  rend  tout  au  moins  leur  gravité  cli¬ 
nique  notablement  moindre,  et  si,  d’autre  part,  celte  date 
n’exclut  pas  la  possibilité  des  manifestations  de  la  fièvre 
typhoïde  et  de  la  dysenterie,  elle  permet  toutefois  à  la  vacci¬ 
nation  antityphoïdique  de  donner  son  maximum  de  protection 
au  moment  de  la  période  estivo-autdmnale^  époque  où  la 
maladie  a  une  tendance  naturelle  à  devenir  épidémique. 

Il  ne  reste  donc  plus,  à  ce  moment,  comme  affection  grave 
à  combattre,  que  la  dysenterie  bacillaire,  maladie  dont  le 
germe  est  connu,  dont  la  prophylaxie  est  basée  sur  des  règles 
bien  définies  et  pour  laquelle  nous  possédons  un  sérum  cura¬ 
teur  efficace.  ' 

La  conclusion  est  que  la  meilleure  date  pour  l’incorporation 
d’une  jeune  classe  est  le  milieu  d’avril  ou  du  printemps,  opi¬ 
nion  qui  a  été  invariablement  soutenue  par  les  médecins  mili¬ 
taires  de  carrière. 


Pour  compléter  cet  exposé,  il  est  utile  de  dire  un  mot  de  la 
morbidité-mortalité  comparée  par  maladies  contagieuses  dans 
les  diverses  régions  de  la  France,  en  ce  qui  concerné  la 
classe  1918  :  ' 

A).  —  Au  point  de  vue  de  la  morbidité,  les  régions  les  plus 
éprouvées  par  les  maladies  contagieuses  ont  été  : 

La  Â1V‘  région  :  1.459  cas  (maladies  dominantes  :  rougeole, 
473;  scarlatine,  136;  oreillons,  567  cas;  dysenterie,  196  cas; 
diphtérie,  57  cas;  fièvre  typhoïde,  21  cas,..). 

La  XVII^  région  :  1.318  cas  (maladies  dominantes  :  rougeole, 
678  cas;  scarlatine,  100  cas;  oreillons,  384 cas;  diphtérie,  35; 
dysenterie  109...). 


CHEZ  LES  JEUNES  SOLDATS  DES  CLASSES  1917-1918  219 

La  Vllt  région  :  1.245  cas  (maladies  dominantes  :  rougeole, 
601;  oreillons,  394;  diphtérie,  126;  scarlatine,  70;  dysenterie, 
47  cas...). 

La  XII"  région  :  1.077  cas  (maladies  dominantes  :  rougeole, 
341  cas  ;  oreillons,  419  cas;  scarlatine,  74  cas;  diphtérie,  27). 

La  XVIIL  région  :  1.077  cas  (maladies  dominantes  ;  rou¬ 
geole,  706  cas  ;  oreillons,  248  ;  diphtérie,  58  ;  scarlatine,  20  ; 
méningite  cérébro-spinale,  20;  maladies  typhoïdes,  22...). 

Sept  régions  ont  un  chiftre  de  morbidité  compris  entre  793 
et  438  atteintes  (UI«,  V%  IX%  X%  XP,  XlIP,  XVI'  régions). 

Les  IV°,  VII',  XV'  régions  et  le  Gouvernement  Tmilitaire  de 
Paris  ont  un  minimum  de  morbidité  compris  entre  143  (G.M.P.) 
et  250  (XV'  région). 

A) .  — Le  maximum  de  morbidité  observé  a  été  : 

a)  Pour  la  rougeole  :  dans  les  XVIIl',  XVII»,  VIII',  XII», 
XVI' et  XIV' régions; 

b)  Pour  la  scarlatine  :  dans  les  XIV',  XVII',  XIP,  VHP  et 

HP  régions  ;  , 

c)  Pour  la  méningite  cérébro-spinale  :  dans  les  XP,  XVIIP, 
XVP  et  XIP  régions; 

d)  Pour  la  diphtérie  :  dans  les  VHP  et  IX'  régions,  régions 
d’endémie  ancienne,  puis  les  XVIIP,  XIV',  XVIP  et  XVP  ré¬ 
gions; 

e)  Pour  la  dysenterie  :  dans  les  XIV',  XP  et  XVIP  régions  ; 

f)  Pour  la  fièvre  typhoïde  :  dans  les  XVP,  XP,  X',  XVIIP, 
XIV'  régions. 

B) .  —  Les  régions  où  la  mortalité  s’est  montrée  la  plus 
forte  sont  par  ordre  décroissant  ; 

La  XVIP  région  :  19  décès  (causes  prédominantes  T  rougeole, 
10,  scarlatine,  5;  dysenterie,  3). 

La  XIP  région  :  16  décès  (causes  prédominantes  :  rougeole,  6; 
scarlatine,  3  ;  méningite  cérébro-spinale,  3  ;  diphtérie,  2). 

La  XIV’‘  région  :  15  décès  (causes  prédominantes  :  rougeole, 
6;  dysenterie,  4  ;  scarlatine,  2). 

La  XII P  région  :  14  décès  (causes  prédominantes  :  rougeole, 
6;  méningite  cérébro-spinale,  5;  scarlatine,  2). 


220  ÉTUDE  COMPARÉE  DES  MALADIES  CONTAGIEUSES 

La  VIH"  région  :  12  décès  (causes  prédominantes  :  rougeole, 
6  ;  méningite  cérébro-spinale,  3  ;  scarlatine,  2  ;  diphtérie,  2). 

La  XI"  région  :  12  décès  (causes  prédominantes  :  ménin¬ 
gite  cérébro-spinale,  7;  dysenterie,  3). 

'En  d’autres  termes,  le  maximum  des  décès  a  été  observé  : 

a)  Pour  k  rougeole,  dans  les  XVIP,  VHP,  XIP,  XIIP  et 

XVP  régions  ;  ' 

b) '  Pour  la  scarlatine  dans  les  XVIP  et  XIP  régions  ; 

c)  Pour  la  méningite  cérébro-spinale,  dans  les  XP,  XIIP, 
XIP  et  VHP  régions; 

d)  Pour  la  dysenterie,  dans  les  XIV®,  XP  et  XVIP  régions 
(épidémies  delà  Part-Dieu,  de  Lorient  et  de  Mirande). 

Dans  les  V®,  XVP  et  XVIIP  régions,  le  chiffre  de  mortalité 
est  de  5,  à  la  X®  régibn  de  4. 

Les  IIP,  IV®  et  XV®  régions  ne  fournissent  qu’un  décès. 

Dans  le  Gouvernement  militaire  de  Paris,  aucun  décès  n’a 
été  observé  dans  la  classe  1918. 

En  résumé,  les  régions  q,ui  ont  fourni,  en  ce  qui  concerne 
les  maladies  contagieuses,  le  moins  bon  état  sanitaire,  sont  les 
XIV®  et  XVII®,  puis  les  XP,  XVI®  et  XVIP  régions. 

Faut-il  en  déduire  que  les  jeunes  soldats  doivent  être  écartés 
de  ces  régions?  Ce  serait  aller  un  peu  loin.  Tout  au  plus  pour¬ 
rait-on  souhaiter  que  le  nombre  des  recrues  soit  réduit  dans 
les  régions  où  sévissent  à  l’état  endémique  certaines  maladies 
contagieuses  à  caractère  grave  :  nous  visons  ici  en  particulier 
la  méningite  cérébro-spinale  qui  frappe  surtout  les  XI®,  XVP 
et  XVIII®  régions  ;  la  diphtérie,  si  fréquente  dans  les  VHP,  IX® 
et  XIV®  régions;  la  scarlatine,  si  fréquente  dans  les  XIV®  et 
XVIP  régions  ;  la  dysenterie,  maladie  commune  dans  les  XP  et 
XIV®  régions. 


Peut-on  espérer,  grâce  à  ces  diverses  mesures  et  à  toutes  les 
précautions  mises  en  usage  dans  les  régions,  soustraire  à  peu 
près  complètement  la  jeune  classe  1919,  les  ajournés  des 
classes  1913  à  1917  et  les  exemptés  de  la  classe  1918,  à  l’em- 


CHEZ  LES  JEUNES  SOLDATS  DES  CLASSES  1917-1918  •  221 


prise  des  maladies  endémo-épidémiques?  Ce  serait  une  préten¬ 
tion  que  les  événements  ne  tarderaient  pas  à  démentir.  L’ar¬ 
rivée  des  jeunes  soldats  est,  en  effet,  invariablement  l’occasion 
de  l’introduction  dans  les  casernes  de  germes  contagieux  pour 
les  deux  raisons  suivantes  : 

1“  Il  arrive  fréquemment  que  les  recrues  proviennent  de 
localités  contaminées  et  qu’elles  apportent  avec  elles  des 
germes  patents  ou  latents.  Dans  le  premier  cas,  la  visite  sani¬ 
taire  faite  au  dépôt  permet  d’isoler  tous  les  sujets  chez  lesquels 
la  maladie  contagieuse  s’affirme  déjà  pa,r  des  symptômes 
suspects  ou  même  caractéristiques,  mais  souvent  déjà  ces 
malades  ont  contaminé  des  camarades  au  cours  du  voyage 
d’arrivée  fait  en  commun.  Dans  le  second  cas,  la  maladie  à 
l’état  d’incubation  silencieuse  ne  se  traduit  que  plusieurs  jours 
après  l’arrivée  à  la  caserne  et  quand  elle  est  médicalement 
reconnue  elle  a  déjà  ensemencé  la  caserne. 

2°  Les  recrues,  même  indemnes  de  toute  maladie  épidé¬ 
mique  latente,  ne  tardent  pas,  au  cours  des  sorties  quoti¬ 
diennes  dans  la  ville  de  garnison  ou  encore  au  contact  des 
soldats  anciens  qui  sortent  journellement  à  trouver  des  germes 
d’affections  contagieuses  qui  leur  sont  transmis  par  les  modes 
multiples  de  la  contagion  interhumaine  qui  s’exercent  dans  les 
lieux  publics  (cafés,  cinémas)  par  les  moyens  communs  de 
locomotion,  etc... 

En  somme,  le  dépistage  soigneux  et  précoce  de  tout  cas  de 
maladie  contagieuse  suspect  ou  confirmé  reste,  avec  l'isole¬ 
ment  et  la  désinfection,  la  meilleure  arme  à  employer  pour 
empêcher  l’introduction  et  l’extension  des  maladies  conta¬ 
gieuses  dans  les  casernes. 


Il  convient  d’insister  encore,  en  terminant,  sur  l’importance 
capitale  qui  s’attache  à  convoquer  les  jeunes  classes  au  début 
de  la  belle  saison,  c’est-à-dire  vers  le  i  5  avril,  si  on  veut  éviter 
à  la  fois  la  fréquence  et  la  gravité  bien  connues  des  maladies 
épidémiques  dont  l'action  et  l’expansion  trouvent  dans  le  froid 
et  l^humidité  de  l’hiver  des  auxiliaires  d'une  efficacité  réelle¬ 
ment  redoutable;  nous  visons  ici  tout  spécialement  la  rou- 


222-  ÉTUDE  COMPARÉE  DES  MALADIES  CONTAGIEUSES 

geôle,  ia  scarlatine,  la  diphtérie  et  la  méningite  cérébro- 
spinale. 

TABLEAU  COMPARATIF  DES  MALADIES  CONTAGIEUSES 


SIGNALÉES  CHEZ  LES  JEÛNES  SOLDATS  DES  CLASSES  1917  ET  1918 
PENDANT  LES  SEPT  PREMIERS  MOIS  D’iNCORPORATION 


Ensemble  des  maladies  contagieuses. 


MALADES 
clab.se 


i«'  mois  (2"  décade).  503 

2«  mois .  2.694 

3'  mois .  4.715 

4»  mois .  2.150 

6®  mois.  .....  .^  2.519 

6' mois . .'  1.959 

7«  mois .  591 

Totaux .  15.131 


CLASSE  CLASSE  CLASSE 

1918  1917  1918 

89  10 

1.432  105  10 

4.237  84  46 

1.982  51  27 

1.177  10  3 

1.095  23  14 

1.142.  5  12 

11.154  288  112 


La  période  visée  part,  pour  la  classe  1917,  du  10  janvier;  pour 
la  classe  1918,  du  10  avril. 

Les  chiffres  sont  fournis  par  toutes  les  régions,  à  l’exception 
des  VI«,  XX®,  XXI®  et  de  la  région  du  Nord,  qui,  placées  dans  la 
zone  des  Armées,  ont  peu  ou  pas  recruté. 

Rougeole. 


MALADES 


l«r  mois,  (2“  décade) 
mois 
3“  moi 


CHEZ  LES  JEUNES  SOLDATS  DES  CLASSES  1917-1918  22Î 

Scarlatine. 


-MALADES  '  DÉCÈS 


CLASSE 

CLASSE 

— 

1917 

1918 

1917 

1918 

l"!-  mois  (2'  décade). 

178 

15 

4 

2»  mois . 

622 

99 

13 

1 

3“  mois . 

1.093 

214 

22 

4 

4»  mois . 

430 

139 

8 

4 

S«  mois . 

3D6 

101 

4 

D 

6'  mois . 

227 

96 

8 

2 

T=  mois . 

69 

82 

1 

Totaux.  .  .  . 

2.925  746 

Oreillons. 

M.VLADES 

59 

12 

DÉCÈS 

CLASSE 

CLASSE 

CLASSE 

CLASSE 

1917 

1918 

1917 

1918 

l”  mois  (2'  décade). 

72 

16 

2«  mois . 

704 

'  246 

3«  mois . 

1.540 

1.083 

.  1 

4»  mois . 

661 

859 

.  1 

3»  mois . 

653 

521 

e®  mois . 

419 

470 

7«  mois . 

169 

.535 

» 

Totaux.  .... 

4.218 

3.730 

2 

Diphtérie. 

MALADES 

DÉCÈS 

nT.AR.ciR 

rTiARSK 

CLASSE 

’ÔlÂs^; 

1917 

1918 

1917 

1918 

1er  mois  (2e  décade). 

76 

9 

2 

2®-  mois . 

120 

77 

5 

3 

3°  mois . 

205 

137 

6 

3 

4«  mois . 

186 

77 

.  9 

1 

5*  mois . 

269 

60 

3 

61!  mois  .  • . 

265 

66 

6 

1 

■'  . . 

168 

104 

1 

530  32  8 


Totaux . 


•v  ,  1.289 


224  ÉTUDE  COMPARÉE  DES  MALADIES  CONTAGIEUSES 
Méningite  cérébro-spinale. 


MALADES  DÉCÈS 


CLASSE 

rt.*s.sR 

CLASSE 

1917 

1918 

1917 

1918 

iw  mois  (2»  décade) . 

72 

1  5 

4 

2«  mois . 

262 

29 

51 

3 

mois . 

78 

63 

27 

14 

*■=  mois . 

32 

12 

12 

5 

S“  mois . 

13 

9 

2 

6“  mois . 

14 

4 

S 

2 

T'  mois . 

5 

3 

2 

» 

Totauï .  478  127 

Maladies  typhoïdes. 

MALADES 

101 

26 

CLA!8S 

CLASSE 

CLASSE 

1917 

1918 

1917 

1918 

1er  mois  (2“  décade). 

9 

1 

2e  mois . 

28 

20 

5 

2 

3»  mois . 

,  14 

31 

2 

1 

4»  mois . 

11 

18 

2 

5e  mois . 

8 

22 

1 

6e  mois ........ 

7 

31 

,  1 

2 

7”  mois . 

11 

73 

3 

Totau.’c . 

88  196 

Dysenterie. 

MALADES 

9 

lÔ" 

DÉCÈS 

CLASSE 

CLASSE 

"Ôlas^ 

1917 

1918 

1917 

1918 

1er  mois  (2"  décade). 

2e  mois . . 

S 

î 

5e  mois . 

90 

6e  mois ....... 

i 

186 

6. 

7 

7"  mois . 

9 

225 

1 

Totaux.  .•.  .  . 

15 

492 

ïF 

Le  tableau  suivant  donne  la  répartition  par  région  des 
malades  et  des  décès  signalés  chez  les  hommes  de  la  classe  1918, 
du  10  avril  au  31  octobre  1917. 


TABLEAU  DE  LA  MORBIDITÉ  ET  DE  LA  MORTALITÉ  PAR  MALADIES  CONTAGIEUSES 
de  la  classe  1918,  du  10  avril  au  31  octobre  1917. 


'  ÉTUDE  COMPAKÉE  DES  MALADIES  CONTAGIEUSES 


TABLEAU  COMPARATIF  UE  LA  MORTALITÉ 


Censuré. 


HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  227 


INSTRUCTION  GÉNÉRALE 

SUR  . 

L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX 
ET  LES  DÉCISIONS  [CONSÉCUTIVES  A  LEUR  TRAITEMENT 

ABROGEANT  LES  CIRCULAIRES  ANTÉRIEURES  RELATIVES 
AU  MÊME  SUJET  (1) 


CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES 


L’Instruction  sur  l’aptitude  physique  (B.  O.  E.  M.,  vol.,  66'), 
arrêtée  au  20  décembre  1916,  formule,  sous  divers  articles,  les 
indications  relatives  à  l’éviction  de  l’armée,  par  voie  d’exemp¬ 
tion,  d’ajournement  ou  de  réforme,  des  sujets  porteurs  de 
lésions  tuberculeuses. 

Les  dispositions  de  l’Instruction  susvisée  qui  concerneni  la 
tuberculose  pulmonaire  sont  renfermées  dans  les  deux  articles 
suivants  : 

«  Art.  5.  —  Les  tuberculoses  viscérales,  si  légers  qu’en 
soient  les  indices,  quand  ces  indices  sont  manifestes,  motivent 
soit  l’exemption  ou  l’ajournement,  soit  la  réforme  temporaire 
ou  définitive,  selon  les  cas  d’espèce.  Il  importe  de  ne  pas 
attendre  les  déclarations  des  malades  et  d’assurer  par  les 
enquêtes  et  examens  nécessaires  l’exclusion  définitive  ou  tem¬ 
poraire,  aussi  rapide  que  possible,  des  militaires  atteints  de 
cette  affection. 

«  Les  tuberculoses  locales  qui  paraissent  susceptibles  de 


I.  A  la  date  du  17  décembre  1917,  M.  le  Sous-Secrétaire  d’Ëtat  du  Ser¬ 
vice  de  Santé  militaire  a  adressé  à  MM.  les  Directeurs  du  Service  de 
Santé  des  Régions  la  présente  instruction  qui  résume,  modifie,  complète 
et  met  à  jour  les  prescriptions  antérieures  relatives  à  l'Hospitalisation 
des  Militaires  tuberculeux  et  aux  différentes  décisions  consécutives  à 
leur  traitement  dans  les  établissements  hospitaliers. 


INSTUUCTION  GÉNÉRALE 


guérison,  motiveront,  d’abord,  la  réforme  temporaire;  on 
prendra  la  même  décision  vis-à-vis  des  sujets  dont  l'état  d’af¬ 
faiblissement  ferait  craindre  une  imminence  de  tuberculisation. 

«  Art.  145.  —  La  tuberculose  pulmonnive  neltemenl  cov firmée, 
quel  gu  en  soit  le  degré,  nécessite  l'exemption  ou  la  réforme  défi¬ 
nitive.  » 

En  conséquence,  les  tuberculeux  et  les  sujets  suspects  de 
tuberculose  doivent  être  éliminés  dès  les  premiers  examens 
auxquels  ils  sont  soumis,  au  conseil  de  révision  ou  lors  de 
l’incorporation.  Malgré  toute  la  diligence  apportée  dans  ce 
triage  préliminaire,  des  lésions  latentes,  non  perceptibles  à 
l'examen  clinique  le  plus  averti,  peuvent  échapper  et  échappent 
forcément  aux  investigations  des  Médecins  experts  et  des  Méde¬ 
cins  de  Corps  de  Troupe,  à  raison  même  de  l’absence  de  signes 
cliniques  capables  de  les  déceler. 

La  vie  militaire,  par  ses  fatigues  particulières,  propres  non 
seulement  à  l’existence  en  campagne,  mais  même  inhérentes  à 
l’état  militaire  à  l’intérieur,  est  le  réactif  le  plus  sensible  de  ces 
lésions  latentes,  que  quelques  mois  ou  même  quelques 
semaines  suffisent  souvent  à  remettre  en  activité. 

On  conçoit  sans  peine  que  l’état  de  guerre  ait  favorisé  d’une 
façon  particulière  le  développement  de  la  tuberculose  dans  la 
nation  armée. 

Aussi  la  lutte  contre  la  tuberculose  est-elle  entrée,  pendant 
la  guerre,  dans  une  phase  d’activité  nouvelle  et  le  Service  de 
Santé  militaire  a-t-il  mis  en  œuvre  tous  les  moyens  dont  il  dis¬ 
pose  pour  seconder  le  Ministère  de  l’Intérieur  dans  une  tâche 
particulièrement  lourde. 

Le  18  octobre  1915,  le  Parlement  a  voté  la  Loi  d’assistance 
aux  tuberculeux  et  les  deux  départements  de  l’Intérieur  et  de  la 
Guerre  se  sont  unis  pour  créer  une  organisation  générale, 
s’étendant  fà  tout  le  territoire,  et  dont  une  partie  essentielle 
devait  incomber  au  Service  de  Santé. 

Le  21  janvier  1916,  le  Sous-Secrétaire  d’Etat  du  Service 
de  Santé  militaire  décida  de  créer  dans  chaque  Région  des 
Hôpitaux  sanitaires,  véritables  sanatoria,  où  seraient  reçus, 
traités  et  éduqués  les  militaires  tuberculeux  confirmés,  ouverts 
et  fermés. 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  229 


Celte  organisation  fut  poursuivie  dans  les  Régions  avec 
toute  l’activité  possible.  De  nombreuses  difficultés  furent 
rencontrées,  en  raison  d’une  part,  de  la  pénurie  d’immeubles 
restés  disponibles  et  présentant  les  garanties  d'isolement, 
d’exposition,  etc.;  d’autre  part,  dp  l’opposition  très  vive  des 
municipalités  qui  ont  trop  souvent  considéré  le  voisinage  d’un 
Hôpital  sanitaire  comme  un  danger  pour  la  population. 

Devant  certaines  protestations  particulièrement  énergique^, 
le  Service  de  Santé  s’est  vu  dans  l’obligation  de  renoncer  à  des 
créations  dont  l'utilité  était  cependant  indiscutable. 

A  l’heure  actuelle,  il  est  permis  d’affirmer  que  le  tubercu¬ 
leux  militaire  est  toujours  hospitalisé  soit  dans  un  Hôpital 
sanitaire,  soit  dans  un  Hôpital  militaire  ou  temporaire. 

Pour  donner  à  cette  mesure  son  plein  effet,  il  a  été  prévu 
un  triage  préalable  dans  les  Hôpitaux  ordinaires,  confié.s  aux 
Médecins  Chefs  de  Secteurs.  Pour  les  cas  litigieux,  la  concen¬ 
tration  s’opère  dans  son  propre  service  où  tous  les  moyens 
d’investigation  sont  mis  en  œuvre  pour  préciser  le  diagnostic. 

En  outre,  lorsque  le  malade  entre  à  VHôpilal  sanitaire,  il 
y  est  reçu  dans  un  Service  de  triage  au  2®  degré  qui  a  pour 
objet,  après  une  observation  méthodique,  d’éliminer  les 
simples  suspects,  justiciables  d’une  période  de  repos  plus  ou 
moins  prolongée,  et  aussi  de  séparer  les  tuberculeux  ouverts 
et  fermés,  en  deux  catégories  distinctes  à  placer  et  à  soigner 
dans  des  services  séparés. 

A  la  sortie  des  Hôpitaux  sanitaires,  ceux  d’entre  les  tuber¬ 
culeux  dont  les  lésions  se  sont  amendées,  qui  n’ont  plus  de 
fièvre  et  qui  ne  réclament  plus  une  surveillance  médicale  aussi 
étroite,  sont  évacués  sur  les  stations  sanitaires  du  ministère 
de  l’Intérieur,  où  ils  sont  gardés  pendant  un  maximum  dé  trois 
mois  pour  y  être  éduqués  au  point  de  vue  prophylactique, 
individuel  et  social.  Il  est  à  remarquer  que  cette  éducation  a 
déjà  dû  être  commencée,  dès  le  séjour  à  l’Hôpital  sanitaire. 

Les  militaires  tuberculeux  proposés  pour  la  réforme  ou  la 
pension  sont  visités  sur  place  dans  les  stations  sanitaires  par 
les  Médecins  experts  et  réformés  à  leur  sortie  des  stations 
sanitaires. 

Pour  ceux  qui,  en  raison  de  la  gravité  de  leur  état,  n’ont  pu 


230 


INSTRUCTION  GÉNÉRALE 


être  l’objet  d’une  évacuation  sur  une  station  sanitaire,  la 
réforme  est  prononcée  à  l’Hôpital  sanitaire. 

Cette  organisation  ^parallèle  des  établissements  du  Service 
de  Santé  et  du  ministère  de  l’Intérieur  serait  incomplète  si, 
après  sa  réforme,  le  tuberculeux  était  simplement  rendu,  sans 
garanties,  à  ia  vie  civile. 

Des  Comités  d’assistance  aux  Tuberculeux  de  la  guerre 
sont  constitués  dans  les  départements.  C’est  à  eux  que  sont 
adressées  les  fiches  concernant  les  tuberculeux  à  leur  sortie 
des  hôpitaux  et  stations  sanitaires.  C’est  à  eux  qu’incombe, 
en  dernier  ressort,  l’assistance  aux  tuberculeux  rendus  à  la 
vie  civile. 

Telle  est,  peut-on  dire,  la  filière  suivie  par  les  tuberculeux 
depuis  le  jour  où  les  lésions  se  sont  révélées. 

L’effort  accompli  par  le  Service  de  Santé  apparaît  considé¬ 
rable,  si  l’on  considère  qu’en  outre  de  son  organisation  propre, 
il  a  aidé  par  tous  les  moyens  en  son  pouvoir  le  ministère  de 
l’Intérieur  à  poursuivre  la  sienne. 

En  effet,  un  prix  de  journée  de  trois  francs  est  payé  pour 
chaque  militaire  pendant'  son  séjour  à  la  station  sanitaire;  de 
plus  des  Médecins  qualifiés  sont,  en  cas  de  besoin,  mis  à  la 
disposition  des  stations  sanitaires,  et  toutes  les  mesures  sont 
prises  pour  que  la  situation  du  militaire  réformable  soit  défini¬ 
tivement  éclairée  au  point  de  vue  médico-légal  par  un  dossier 
complètement  constitué,  avant  son  envoi  dans'  une  station 
sanitaire. 

A  l’heure  actuelle,  malgré  les  oppositions  locales  rencontrées 
tiop  souvent,  et  l’absence  forcée  d’importants  établissements, 
le  Service  de  Santé  possède  dans  le  territoire,  un  total  de 
38  Hôpitaux  sanitaires  avec  6.734  lits  et  10 'Hôpitaux  ou  Ser¬ 
vices  faisant  fonction  d’Hôpitaux  sanitaires  avec  1.236  lits. 

En  outre,  de  nouvelles  études  ont  été  entreprises  en  vue,  si 
besoin  était,  de  la  création  de  toutes  pièces  d’Hôpitaux  sani¬ 
taires  du  type  le  plus  moderne  èt  le  plus  perfectionné,  dont 
les  plans  sont  d’ores  et  déjà  établis. 


SLR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  231 


TITRE  PREMIER 
Hôpitaux  sanitaires. 

Les  Hôpitaux  sanitaires  régionaux  sont  spécialement  des¬ 
tinés  à  recevoir  certaines  catégories  de  militaires  tuberculeux 
et  à  leur  assurer  le  traitement  nécessaire  jusqu’à  ce  qu’ils  soient 
en  état  d’être  dirigés  sur  les  stations  sanitaires,  écoles  d’édu¬ 
cation  antituberculeuse. 

Les  malades  y  sont  traités  -par  des  Médecins  choisis  avec 
soin,  et  autant  que  possible  désignés  parmi  les  praticiens 
spécialisés  en  matière  de  phtisiothérapie.  Des  dispositions 
sont  prises  pour  perfectionner  l’instruction  de  ces  Médecins 
par  un  stage  dans  certains  \Hôpitaux  sanitaires  et  les  mettre 
en  outre  au  courant  de  la  réglementation  spéciale  dfes  Hôpitaux 
sanitaires  et  de  la  constitution  des  dossiers  médico-légaux. 

Les  tuberculoses  fermées  sont  séparées  des  tuberculoses 
ouvertes  et  placées  dans  un  quartier  spécial  de  l’Hôpital  sani¬ 
taire.  11  est  organisé  un  service  de  triage  à  l’arrivée. 

L’organisation  intérieure,  l’aménagement  des  locaux,  le 
nombre,  la  qualité  et  l’espacement  des  repas,  l’emploi  du 
temps,  le  repos  et  l’exercice  sont  méthodiquement  réglés 
suivant  les  usages  généralement  admis  dans  les  sanatoria. 

Les  précautions  de  désinfection  à  prendre  vis-à-vis  des 
crachats,  des  mouchoirs,  du  linge,  de  la  literie,  de  la  vaisseUe, 
des  ustensiles  de  table,  sont  l’objet  d’une  surveillance  rigou¬ 
reuse. 

Les  malades  sont  pourvus  d’un  ^crachoir  de  poche  qu’ils 
conservent  à  leur  sortie  de  l’Hôpital. 

Les  Médecins  traitants,  dans  les  causeries  familières  de  la 
visite  quotidienne  ou  au  cours  de  conférences  périodiques, 
donnent  aux  malades  des  notions  simples  et  pratiques  sur  la 
nature  de  la  maladie,  sur  sa  curabilité,  sur  l’hygiène  qui  leur 
convient,  sur  les  précautions  à  prendre  pour  eux-mêmes  et 
pour  leur  famille  afin  d'assurer  leur  guérison  et  ne  pas  exposer 
leur  entourage  à  être  contaminé. 

En  un  mot,  on  s’efforce  de  commencer  dans  ces  Hôpitaux 
sanitaires  régionaux  l’éducation  antituberculeuse  qui  doit  être 


232 


INSTRDGTION  GÊNÉRAtE 


poursuivie  dans  les  stations  sanitaires,  quand;»  à  leur  sortie,  les  . 
malades  y  seront  dirigés. 

Les  Hôpitaux  sanitaires  peuvent  être  installés  dans  les  Hôpi¬ 
taux  complémenlàires,  auxiliaires  ou  bénévoles.  En  raison  des 
frais  particuliers  que  comportent  le  traitement  et  l’alimentation 
spéciale  des  militaires  tuberculeux,  ainsi  que  de  l’installation 
matérielle  des  Hôpitaux  sanitaires,  le  prix  de  journée  d’hospi¬ 
talisation  est  porté  à  trois  francs  pour  les  Hôpitaux  sanitaires 
créés  dans  les  Hôpitaux  auxiliaires  et  bénévoles. 

Les  détails  de  l’organisation,  de  l’aménagement  et  de  la 
tenue  d’un  Hôpital  sanitaire  soût  exposés  dans  l’annexe  n“  i  de 
la  présente  instruction. 

Conditions  d’admission  dans  les  Hôpitaux  sanitaires. 

Les  conditions  dans  lesquelles  s’opère  le  fonctionnement  des 
Hôpitaux  sanitaires  ont  fait  ressortir  la  nécessité  d’opérer,  dès 
leur  passage  dans  les  Hôpitaux  traitants,  un  triage  méthodique 
des  tuberculeux  susceptibles  d’être  envoyés  dans  ces  Hôpitaux 
spécialisés. 

Ce  sont,  à  l’exclusion  de  tous  autres,  les  tuberculeux  pulmo¬ 
naires  nettement  confirmés,  ouverts  ou  fermés.  Ceux-ci 
doivent  tous  être  traités  dans  les  Hôpitaux  sanitaires,  sur 
lesquels  les  Médecins-chefs  doivent  procéder  sans  retard  à 
leur  évacuation.  Les  malades  présentant  des  lésions  particu¬ 
lièrement  graves  (hectiques,  cavitaires  avancés)  pour  lesquels 
la  cure  normale  du  sanatorium  semblerait  superflue,  seront 
seuls  conservés,  isolés  et  réformés  dans,  les  Hôpitaux  traitant 
de  médecine  générale. 

Les  porteurs  de  lésions  osseuses  articulaires  ou  ganglion¬ 
naires  ne  sont  pas  justiciables  des  Hôpitaux  sanitaires;  des 
Hôpitaux  spéciaux  ont  été  affectés  dans  les  centres  marins  au 
traitemei^t  de  ces  tuberculoses  chirurgicales. 

Une  mention  spéciale  doit  être  faite  pour  les  tuberculeux 
osseux  ou  ganglionnaires  atteints  en  même  temps  de  lésions 
pulmonaires.  Le  séjour  à  la  mer  étant,  dans  certains  cas,  défa¬ 
vorable  à  ces  malades,  chez  lesquels  la  lésion  pulmonaire 
prend  souvent,  au  point  de  vue  du  pronostic  quod  vitam,  la 
première  importance,  ceux-ci  ne  doivent  pàs  être  évacués  sur 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  233 


les  centres  mariris  de  tuberculose  chirurgicale,  mais  traités 
dans  les  Hôpitaux  sanitaires  ou  telles  formations  appropriées 
que  désigneront  les  Directeurs  régionaux. 

On  a  ainsi  déjà  créé,  dans  les  Hôpitaux  sanitaires  de  certaines 
régions,  des  Services  spéciaux,  où  sont  traités  les  tuberculeux 
porteurs  de  lésions  locales  en  même  temps  que  de  lésions  pul¬ 
monaires. 

La  catégorie  des'  tuberculeux  à  évacuer  sur  les  Hôpitaux 
sanitaires  étant  ainsi  nettement  définie,  il  importe  que  les 
Médecins-chefs  des  Hôpitaux  de  Médecine  générale  apportent 
le  plus  grand  soin  à  l'examen  des  malades  soumis  à  leur 
observation , 

Il  arrive,  en  effet,  trop  souvent  qu’un  diagnostic  positif  porté 
à  la  légère  est  infirmé  par  un  contrôle  véritablement  scien¬ 
tifique.  Si  l'intéressé  est  instruit,  par  suite  de  négligences 
regrettables,  de  ce  diagnostic  erroné,  il  n’est  que  trop  porté  à 
s’en  prévaloir,  et  s’il  est  évacué  sur  un  Hôpital  sanitaire,  cette 
fausse  direction  prend  alors  dans  son  esprit  la  valeur  d’une 
confirmation.  Il  est  donc  indispensable  qu’un  triage  rigoureux 
soit  opéré  dès  l’origine. 

Triage  dans  l'Hôpital  sanitaire. 

Dans  chaque  Hôpital  sanitaire  doit  être  constitué  un  service 
des  entrants,  où  tous  les  malades  sont  soumis  à  une  observa¬ 
tion  minutieuse  ayant  pour  but  de  permettre  le  triage  entre  les 
tuberculeux  avérés  qui,  seuls,  seront  conservés  à  rHÔpilal 
sanitaire,  et  les  malades  simplement  suspects,  reconnus 
indemnes  de  tuberculose  qui  devront  être  renvoyés  dans  les 
Hôpitaux  ordinaires  pour  qu’une  décision  soit  prise  à  leur 
égard. 

Triage  dans  les  Hôpitaux  non  spécialisés. 

Toutefois,  le  service  des  entrants  de  l’Hôpital  sanitaire  ne 
saurait  assumer  toute  la  charge  de  ce  triage.  En  conséquence, 
les  Médecins-chefs  de  Secteur  sont  chargés  spécialement 
d’opérer,  au  préalable,  dansTes  Hôpitaux  de  Médecine  générale, 
un  triag«  des  cas  pour  lesquels  un  doute  même  léger  pourrait 
subsister  sur  la  nature  réelle  des  lésions. 


INSTRUCTION  GÉNÉRALE 


Les  Médecins  de  Secteur,  au  cours  de  leurs  inspections 
périodiques,  doivent  se  faire  présenter  tous  les  malades  sus¬ 
pects  ou  présumés  atteints  de  tuberculose,  et  mis  en  «  observa¬ 
tion  »  ;  cette  dernière  formule  doit  être  préférée  dans  tous  les 
cas  douteux.  Les  Médecins  de  Secteur  désigneront  ceux  qu’il 
y  a  lieu  d’évacuer  sur  les  Hôpitaux  sanitaires. 

Les  suspects,  souvent  porteurs  de  lésions  banales,  aggravées 
par  un  état  passager  de  surmenage,  ainsi  que  les  malades  dont 
les  crachats  réclament  un  examen  bactériologique  pourront 
être  groupés  par  le  Médecin  de  Secteur  dans  ses  services  per¬ 
sonnels  ou  dans  des  services  spécialement  affectés  à  ce  triage 
préalable,  à  l’effet  d’un  contrôle  rigoureux  et  méthodique  et 
pour  décision  à  prendre.  Pour  ce  qui  concerne  les  formes  excep¬ 
tionnellement  graves;  il  devra  activer,  le  cas  échéant,  le  règle¬ 
ment  de  la  situation  médico-légale. 

Le  contrôle  des  tuberculeux,  ainsi  institué  et  strictement 
exercé  dans  chaque  secteur  médical,  doit  avoir  pour  résultat 
d’assurer  aux  Hôpitaux  sanitaires  un  recrutement  rationnel,  en 
évitant  l'envoi  dans  ces  Hôpitaux  de  porteurs  de  lésions  ou  Irop 
graves  ou  non  spécifiques,  et  aussi  la  stagnation  dans  les  Hôpi¬ 
taux  secondaires  de  malades  justiciables,  le  plus  souvent,  d’un 
congé  de  convalescence.  Il  demeure  entendu  que  les  malades 
simplement  qualifiés  de  suspects,  seront  traités,  comme  par  le 
passé,  dans  les  Hôpitaux  non  spécialisés. 

D’autre  part,  il  est  rappelé  que  les  Médecins-chefs  des  Hôpi¬ 
taux  traitants  non  spécialisés,  ne  doivent  pas  adresser  de 
demandes  d’évacuation  sur  les  stations  sanitaires  du  ministère 
de  l'Intérieur. 

Lorsqu’il  aura  été  constaté  à  l’Hôpital  sanitaire  que  des 
malades  ont  été  indûment  adressés,  le  Médecin-chef  de  l’Hôpital 
sanitaire  en  avisera  le  Médecin-chef  du  Secteur  médical  d’où 
provient  le  malade,  en  lui  fournissant  toutes  indications  de 
nature  à  lui  permettre  un  contrôle  plus  sévère  sur  les  hôpitaux 
taitants  en  cause. 

Les  Médecins-chefs  des  Hôpitaux  sanitaires  signalent  égale¬ 
ment  les  malades  indûment  adressés,  dans  le  rapport  mensuel 
destiné  au  Sous-Secrétariat  d’Ëtat  du  Service  de  Santé. 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  235 


TITRE  II 

Stations  sanitaires. 

En  conformité  de  la  loi  du  18  octobre  1915,  le  Ministre  de 
l’Intérieur  a  créé  sur  le  territoire  un  certain  nombre  d’établis¬ 
sements  dits  «  Stations  sanitaires  »,  dont  le  but  principal  est 
d’assurer  «  aux  blessés  de  la  tuberculose  »  non  point  un  traite¬ 
ment  curatif  complet,  mais  surtout  l’éducation  antituberculeuse 
de  manière  à  ce  que  le  malade  ne  soit  plus  exposé  à  conta¬ 
miner  son  entourage  et  les  milieux  ambiants. 

Admission  dans  les  Stations  sanitaires. 

L’envoi  dans  les  Stations  sanitaires  a  fait  l’objet  d’une 
entente  spéciale  entre  mon  département  et  celui  de  l’Intérieur, 
dans  les  formes  arrêtées  par  une  convention  dont  un  exemplaire 
est  ci-joint  (Annexe  n®  2). 

Les  sous-officiers  et  soldats  en  instance  de  réforme  ou  de 
pension  y  seront  reçus  pour  y  être  traités  au  titre  militaire 
pendant  une  période  de  trois  mois  au  plus  et  y  recevoir  une 
éducation  antituberculeuse  complète. 

Les  règles  médicales  d’admission  seront  les  suivantes  : 

Les  Hôpitaux  sanitaires  régionaux  évacueront  sur  les  Sta¬ 
tions  sanitaires  tous  les  militaires,  sous-officiers  et  soldats, 
ayant  une  tuberculose  en  voie  d’évolution  de  l’appareil  respi¬ 
ratoire  et  susceptible  d’une  amélioration  notable,  y  compris 
les  tuberculeux  cavitaires,  sous  la  réserve  que  ceux-ci  aient  peu 
ou  pas  de  fièvre  et  qu’ils  aient  conservé  un  état  général  satisfai¬ 
sant. 

Ne  seront  pas  justiciables  desdits  établissements  les  malades 
dont  l’état  aigu  ou  subaigu  et  grave  réclame  encore  des  soins 
immédiats  et  continus  à  donner  dans  les  Hôpitaux  sanitaires 
ou  régionaux,  où  les  soldats  atteints  de  tuberculose  grave 
en  évolution  devront  être  conservés  et  traités  jusqu’à  ce 
que  leur  évacuation  sur  les  Stations  sanitaires  puisse  être 
proposée. 


236  INSTRUCTION  GÉNÉRALE 

Tels  sont  les  militaires  atteints  : 

a)  De  phtisie  aiguë  ; 

b)  De  tuberculose  pulmonaire  caséeuse  étendue; 

c)  De  cavernes  pulmonaires  avec  fièvre  élevée  ou  état  cachec¬ 
tique  ; 

d)  De  fièvre  hectique  ou  de  fièvre  élevée  permanente; 

e)  De  lésions  pulmonaires  étendues  et  avancées  déterminant 
des  accidents  cardiaques  ; 

f)  D’accidents,  méningés  ; 

g)  D’entérite  ou  de  péritonite  tuberculeqse  en  évolution. 

En  d’autres  termes,  l’admission  dans  les  Stations  sanitaires 
ne  sera  pas  demandée  pour  des  malades  dont  l’état  aotuel  pré¬ 
senterait  une  gravité  telle  qu’on  ne  pourrait  raisonnablement 
en  espérer  une  amélioration  sous  l’unique  influence  des  condi¬ 
tions  de  milieux  favorables  ;  on  ne  perdra  pas  de  vue  que  les 
Stations  sanitaires  ne  sont  pas,  à  proprement  parler,  des  hôpi¬ 
taux  de  traitement  pour  malades  aigus  exigeant  des  soins 
spéciaux  et  continus,  ni  pour  ceux  dont  les  lésions  sont  déjà 
si  étendues  et  si  avancées  qu’une  issue  fatale  à  échéance  peu 
éloignée  paraît  inévitable. 

Ne  seront  pas  non  plus  proposés,  pour  être  envoyés  au  titre 
militaire  dans  les  Stations  sanitaires,  les  hommes  reconnus 
tuberculeux  à  leur  arrivée  au  corps  ;  ceux-ci  doivent  être  immé¬ 
diatement  réformés  n°  2. 

Au -point  de  vue.  administratif,  l’envoi  dans  une  Station  sani¬ 
taire  correspondra  à  une  évacuation  sur  un  établissement 
hospitalier  civil  ayant  u.ne  convention  avec  le  Département  de 
la  Guerre  ;  on  se  conformera  dans  l’espèce  aux  articles  292  et 
299  du  Règlement  sur  le  Service  de  Santé  de  l’Intérieur,  sous 
réserve  que  le  Directeur  du  Service  de  Santé  ne  prononcera 
l’évacuation  qu’après  acceptation  du  Ministre  de  l’Intérieur. 
Chaque  évacuation  de  ce  genre  donnera  lieu  à  un  compte  rendu 
à  mon  Administration  centrale  (Sous-Secrétariat  d’État  du 
Service  de  Santé  militaire.  —  Première  Division  technique), 
par  la  voie  du  rapport  mensuel. 

Le  dossier  de  la  demande  d'admission  dans  une  Station  sani¬ 
taire  devra  comprendre  : 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  231 

1°  L’état  signalétique  et  des  services  de  l’intéressé  ; 

2"  Un  certificat  de  visite  et  contre-visite. 

Ce  dôssier,  constitué  par  le  Médecin-chef  de  l’Hôpital  sani¬ 
taire  régional,  sera  adressé  au  Directeur  du  Service  de  Santé 
de  la  région  et  transmis  aussitôt  par  lui  au  Ministère  de  l’Inté¬ 
rieur  (Direction  de  l’Assistance  et  de  l’Hygiène  publiques). 

Le  Ministère  de  l’Intérieur  indiquera  télégraphiquement  au 
Directeur  du  Service  de  Santé  de  la  région  la  Station  sanitaire 
sur  laquelle  le  mala4e  devra  être,  dirigé  et  la  date  à  laquelle 
son  admission  pourra  avoir  lieu.  Le  malade,  en  sortant  de 
l’Hôpital,  sera  mis  en  route  en  conséquence  de  ces  indications, 
et  le  corps  ou  service  auquel  il  appartient  sera  tenu  au  courant 
de  sa  sortie  et  de  sa  destination  par  le  bulletin  du  modèle  46. 
Le  Directeur  du  Service  de  Sauté  de  la  région  dans  laquelle 
sera  située  la  Station  sanitaire  recevra  la  même  indication. 

Lorsque  le  Médecin  de  la  Station  sanitaire  jugera  que  le 
séjour  des  malades  dans  l’établissement  a  été  suffisant,  et  au 
plus  tard  quand  ce  séjour  atteindra  trois  mois,  il  prononcera 
la  .sortie,  et  l'indemnilé  versée  parle  Département  de  la  Guerre 
au  Département  de  l'Intérieur  cessera  en  même  temps  que  le 
malade  sortira  de  la  Station  sanitaire. 

Les  militaires  atteints  de  tuberculose  pulmonaire,  déjà 
réformés  n”  1  ou  2  et  encore  en  traitement  dans  les  hôpitaux 
militaires  permanents  ou  temporaires  pourront,  s’ils  y  con¬ 
sentent,  être  également  proposés  au  Ministère  de  l’Intérieur 
par  le  Directeur  du  Service  de  Santé  de  la  région  pour  être 
'  admis  dans  une  Station  sanitaire.  Le  dossier  précédemment 
prévu  sera  établi  à  l’appui  de  ces  demandes  d’admission  ;  mais 
il  sera  spécifié  sur  chacune  de  ces  demandes  que  la  réforme 
étant  acquise  à  une  date  antérieure  à  l’admission,  celle-ci  ne 
sera  pas  faite  au  litre  militaire  et  ne  donnera  lieu  à  aucun  ver¬ 
sement  par  le  Département  de  la  Guerre. 

Dans  les  cas  où  le  maintien  d’un  malade  dans  une  Station 
sanitaire  ne  sepiblerait  pas  possible,  soit  pour  cause  d’indisci¬ 
pline,  soit  pour  aggravation  de  son  état,  le  Médecin-chef 
demandera  au  Directeur  du  Service  de  Santé  de  la  région  son- 
évacuation  sur  l’Hôpi  (al  sanitaire  le  plus  voisin.  11  adressera 
en  même  temps  un  compte  rendu  au  Ministère  de  l’Intérieur. 

Toutefois,  le  malade  dont  l’état  s’est  aggravé  pourra,  si  sa 


238 


INSTRUCTION  GÉNÉRALE 


famille  est  capable  de  lui  donner  les  soins  nécessaires,  être 
renvoyé  dans  ses  foyers,  sa  situation  médico-légale  ayant  été 
réglée  sur  place  à  la  Station  sanitaire,  comme  il  sera  exposé 
plus  loin. 

Pour  ce  qui  concerne  les  malades  évacués  pour  raisons  dis¬ 
ciplinaires,  leur  situation  médico-légale  devra  être  liquidée  par 
l’Hôpital  sanitaire  dans  le  plus  bref  délai. 

TITRE  lit 

Réforme  des  tuberculeux. 

A.  — -  A  l'incorporation. 

A  l’occasion  de  l’incorporation  de  la  classe  1918,  la  Circu¬ 
laire  442  G/7  du  i®''  mars  1917  a  insisté  sur  le  soin  tout  parti¬ 
culier  qui  doit  être  apporté  à  la  visite  d’incorporation,  dans  le 
but  d’éliminer  de  l’armée  les  tuberculeux  ou  les  suspects  de 
tuberculose. 

La  visite  d’incorporation,  commencée  dès  le  lendemain  de 
l’arrivée  des  jeunes  soldats  et  poursuivie  avec  la  collaboration 
d’au  moins  deux  médecins,  doit  être  effectuée  avec  méthode  et 
sans  précipitation.  Chaque  homme  étant  d’abord  toisé  et  pesé, 
un  médecin  prendra  le  périmètre  thoracique  et  s’assurera  de 
l’état  de  santé  de  l’intéressé  par  tous  les  moyens  d’investi¬ 
gation,  comme  il  est  prévu  par  l'Instruction  sur  l’aptitude 
physique  au  service  militaire,  dont  les  dispositions  serviront- 
toujours  de  guide  pour  les  conclusions  à  tirer  des  examens 
pratiqués. 

On  s’attachera  à  dépister  les  sujets  d’apparence  normale, 
mais  atteints  d’affections  chroniques  plus  ou  moins  caractéri¬ 
sées,  en  particulier  de  tuberculose,  dont  il  y  aura  lieu  de  pro¬ 
voquer  l’élimination  de  l’armée  dans  le  moindre  délai  possible. 

On  recueillera  soigneusement  les  indications  fournies  par 
les  certificats  médicaux  que  pourront  présenter  les  intéressés 
’et  on  en  fera  un  contrôle  approfondi  par  des  examens  répétés 
et  des  enquêtes  de  gendarmerie. 

Il  ne  sera  pas  perdu  de  vue  qu’il  est  loisible  aux  Médecins 
de  mettre  en  observation  à  l’infirmerie  ou  à  l’hôpital,  pour 


SL'R  L-H0SP1TAL1S4TI0N  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  239 


examen  plus  approfondi,  les  cas  sur  lesquels  un  diagnostic  ne 
pourrait  être  immédiatement  établi. 

Dans  tous  les  cas  suspects,  après  avoir  réuni  soigneusement 
tous  les  éléments  d’information  médicale,  les  Médecins-chefs 
des  Dépôts  enverront  les  intéressés  à  la  consultation  du 
Médecin-chef  du  Secteur.  Une  note,  pour  chaque  cas,  sera 
remise  au  Médecin-chef  du  Corps;  elle  appuiera  son  diagnostic, 
et,  le  cas  échéant,  ses  propositions  éventuelles  devant  les 
Commissions  de  réforme.  En  principe,  la  mise  en  observation 
à  l’hôpital,  dans  les  cas  difficiles  ou  douteux,  ne  sera  décidée 
qu’après  avis  des  Médecins-ehefs  de  Secteurs. 

Ces  prescriptions,  dont  le  principe  doit  continuer  à  être 
appliqué  dans  l’avenir,  avaient  pour  but  d'assurer  un  contrôle 
méthodique  de  l’aptitude  physique  au  service  militaire  des 
recrues,  en  les  soumettant  à  des  examens  répétés,  pratiqués 
dans  des  conditions  plus  rigoureuses  que  ne  le  permet  la  visite 
médicale  d’incorporation  dans  les  corps  de  troupe. 

Leur  conséquence  a  été  et  doit  être  l’élimination  immédiate 
de  l’armée,  par  voie  de  réforme  n“  2  ou  temporaire,  des  tuber¬ 
culeux  et  des  suspects  qui  ont  pu  échapper  au  filtre  des 
conseils  de  révision.  La  décision  doit  être  prise,  pour  ces  cas, 
dans  un  délai  aussi  bref  que  possible.  11  ne  saurait  être  ques¬ 
tion  de  diriger  ces  sujets  sur  des  Hôpitaux  sanitaires.  Ne  pou¬ 
vant  être  acceptés  dans  l’armée,  ils  doivent  être  éliminés 
aussitôt  que  leur  état  est  nettement  constaté. 

B.  —  Auprès  l'incorporation. 

Malgré  toute  la  diligence  apportée  dans  les  opérations  de 
triage  à  l’incorporation,  sous  l’influence  des  premières  fatigues 
de  la  vie  militaire,  des  lésions  se  manifestent  dont  l’existence 
n’avait  pu  être  décelée  par  les  divers  moyens  d’investigation 
clinique. 

Toutefois,  l’affaiblissement  général  que  l’on  observe  chez 
certains  jeunes  soldats  dans  les.  semaines  ou  les  mois  qui 
suivent  l’incorporation,  ne  traduit  parfois  qu’une  diminution 
momentanée  de  la  résistance  de  l’organisme  et  ne  révèle  pas 
toujours  la  tuberculisation  de  cet  organisme. 

11  importe,  en  conséquence,  que  l’élimination  des  sujets 


240 


INSTRUCTION  GÉNÉRALE 


déficients  ne  soit  pas  l’occasion  d’évictions  prématurées  et 
que  les  propositions  ne  soient  faites  que  dans  des  conditions 
de  rigueur  scientifique  certaine.  En  conséquence,  il  a  été  pres¬ 
crit  (Circulaire  76  Ci/7  du  3  mai  1916)  qu’aucune  proposition 
pour  la  réforme  de  malades  atteints  ou  suspects  de  tuberculose 
ne  doit  émaner  directement  des  médecins  de  corps  de  troupe. 

Les  malades  doivent  être  placés  en  observation  à  l'hôpital.  Là, 
tous  les  douteux  ou  suspects  sont  présentés  au  Médecin-chef 
de  Secteur,  qui  se  prononce,  après  consultation  ou  admission 
dans  son  service  spécial,  sur  l’opportunité  du  maintien  des 
suspects  dans  les  hôpitaux  non  spécialisés,  ou  la  nécessité  de 
l’admission  des  tuberculeux  confirmés  ouverts  ou  fermés  dans 
les  Hôpitaux  sanitaires. 

A  l'égard  des  suspects,  qui  ne  présentent  aucun  danger  pour 
leur  entourage,  la  réforme  temporaire  paraît,  en  général,  la 
meilleure  solution  d’attente  à  adopter. 

Les  tuberculeux  confirmés  sont  dirigés  sur  les  Hôpitaux  sani¬ 
taires  qui  ont,  entre  autres  attributions,  celle  do  constituer  les 
dossiers  administratifs  indispensables  à  la  délivrance  des  con¬ 
gés  de  réforme. 

C.  —  Dossier  médico-légal  des  tuberculeux. 

Dès  l’entrée  du  malade  à  l’Hôpital  sanitaire,  le  Médecin-chef 
se  préoccupe  de  constituer  le  dossier  médico-légal  du  tuber¬ 
culeux. 

Ce  dossier  comprend  d’une  part  les  pièces  administratives 
(état  signalétique  et  des  services,  acte  de  naissance  ou  pièces 
en  tenant  lieu);  d’autre  part,  le  dossier  médical  (pièces  d’ori¬ 
gine,  pièces  médicales  diverses,  billets  d’hôpitaux,  résultat 
d’examens  ou  d’analyses,  feuilles  d’observations,  rapports, 
certificat  d’incurabilité  le  cas  échéant). 

Les  documents  administratifs  sont  réclamés  aux  autorités 
qui  ont  qualité  pour  les  délivrer  (maire.  Conseil  d’administra¬ 
tion)  ainsi  qu’il  est  prévu  par  la  dépêche  Circulaire  33.134  C/7 
du  10  septembre  1913. 

Le  dossier  médico-légal  doit  être  constitué  complètement 
par  le  Médecin-chef  de  l’Hôpital  sanitaire  et  il  ne  doit  plus  se 
produire,  ce  qui  est  arrivé  trop  souvent,  que  des  malades 


SUR  L'HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  241 

soient  évacués  sur  les  Stations  sanitaires  du  Ministère  de  l’In¬ 
térieur  avec  des  dossiers  incomplets.  Il  en  résulte  des  diffi¬ 
cultés  de  toutes  sortes  au  moment  de  la  présentation  de  ces 
militaires  devant  les  Commissions  spéciales  de  réforme,  et,  de 
ce  fait,  le  séjour  du  malade  à.  la  Station  sanitaire,  qui  ne  doit 
pas,  en  principe,  excéder  trois  mois,  se  trouve  prolongé  au 
delà  du  terme  légal. 

Ces  prescriptions  ont  été,  à  maintes  reprises,  rappelées 
(notamment  par  la  Circulaire  262  Ci/7,  du  1"  octobre  1916). 

Pour  instituer  un  contrôle  de  l’exécution  de  ces  prescrip¬ 
tions,  la  circulaire  susvisée  a  stipulé  expressément  que  le  dos¬ 
sier  médico-légal  des  tuberculeux  dirigés  sur  les  Stations  sani¬ 
taires  doit  être  adressé  au  Directeur  régional,  qui  vérifie 
l’exacte  composition  du  dossier,  le  revise  le  cas  échéant,  et 
en  assure  la  transmission  au  Ministère  de  l’Intérieur. 

La  réforme  des  tuberculeux  est  prononcée,  en  principe,  à  la 
Station  sanitaire. 

Toutefois,  ceux  d’entre  eux  que  leur  «état  exclut  des  condi¬ 
tions  d’admission  dans  ces  stations,  suivant  les  indications 
mentionnées  plus  haut,  seront  réformés  à  l’Hôpital  sanitaire. 
Enfin,  ceux  que  leur  état  particulièrement  grave  a  dû  faire 
maintenir  dans  les  hôpitaux  non  spécialisés  où  ils  étaient  trai¬ 
tés,  pourront  être  réformés  à  l’hôpital  traitant. 

Une  fois  réformés,  ces  malades  pourront  être  rendus  à  leurs 
familles  si  celles-ci  justifient  de  la  possibilité  de  les  héberger 
et  de  leur  donner  tous  les  soins  nécessaires. 

D.  —  Dispositions  particulières  concernant  la  réforme 
des  tuberculeux. 

Dans  aucun  cas,  les  tuberculeux  ne  doivent  être  dirigés  sur 
les  Centres  spéciaux  de  réforme. 

A  l’avenir,  les  militaires  atteints  de  tuberculose  cliniquement 
confirmée,  exceptionnellement  en  traitement  dans  les  hôpitaux 
non  spécialisés  ou  traités  normalement  dans  les  Hôpitaux 
sanitaires  et  Stations  sanitaires,  justiciables  d’une  réforme  ou 
d’une  pension  de  retraite,  seront  examinés  sur  place  dans  leurs 
formations. 

Lorsque  le  dossier  administratif  et  médical  aura  été  complè- 


42 


INSIRUCTION  GÉNÉRALE 


temeat  constitué,  les  Médecins-chefs  de  ces  formations  adres¬ 
seront  un  état  nominatif  de  ces  malades  au  général  comman¬ 
dant  la  subdivision,  siège  du  Centre  de  réforme  le  plus  voisin  ; 
ce  dernier  donnera  lesmrdres  nécessaires  pour  que  ces  hommes 
qui  devront  désormais  être  tous  considérés  comme  intranspor¬ 
tables  scûent  examinés  sans  retard,  sur  place,  dans  les  condi¬ 
tions  prévues  pour  ces  intransportables. 

S’il  s’agit  d’un  militaire  proposé  pour  la  réforme  temporaire 
n“  2  ou  définitive  n“  2,  le  médecin  désigné  pour  la  visite,  effec¬ 
tuée  en  présence  d’un  officier  de  gendarmerie,  devra  être  un 
expert  du  Centre  spécial  de  réforme. 

S’il  s’agit  d’un  militaire  proposé  pour  une  réforme  tempo¬ 
raire  n°  1  ou  définitive  n°  1,  avec  ou  sans  gratification,  les 
quatre  médecins  désignés  devront  comprsndre  au  moina  un 
expert  du  Centre  spécial  de  réforme. 

L’examen  et  ik  vérification  seront  effectués  en  présence  d’un 
officier  de  gendarmerie  et  d’un  sous-intendant  militaire. 

La  Commission  de  réforme,  mise  en  possession  des  certifi¬ 
cats  ainsi  établis,  se  prononcera  sur  pièces. 

De  même,  dans  le  éas  d’une  proposition  pour  la  pension  de 
retraite  (Loi  du.  H  avril  fSSl,  Ordonnance  du  2.  juillet  1&31, 
Décision  ministérielle  du  23  juillet  1887 ,  Instruction  du 
■  23  mars  1897,  article  51)  les  quatre  médecins  désignés  pour 
procéder  à  l’examen  et  à  la  vérification  en  présence  d’un  offi¬ 
cier  de  gendarmerie  et  du  sous-intendant  militaire  devront 
comprendre  au  moins  uu  expert  du  Centre  spécial  de  ré¬ 
forme. 

Deux  fois  par  mois,  le  Médecin  consultant  médico-légal  de 
chaque  région  se  rendra  dans  les  Hôpitaux  sanitaires  placés 
sous  son  contrôle  et  dans  les  Stations  sanitaires,  et  s’assurera 
que  les  dossiers  de  militaires  susceptibles  d’être  proposés  pour 
la  réforme  ou  une  pension  de  retraite  sont  régulièrement  con¬ 
stitués.  Il  veillera  à  ce  que  le  séjour  des  tuberculeux  dans  ces 
formations  spéciales  ne  se  prolonge  pas  au  delà  du  temps 
nécessaire.  Il  rendra  compte  de  sa  mission  au  Directeur  du 
Service  de  Santé  régionaL 


SUR  L’HOSPITALISATION  DHS  MILITAIRES  TUBERCULEUX  243 


E.  —  Droits  à  la  réforme  n°  i  ou  à.  la  retraite. 

Origine  directe  et  aggravation. 

Les  Médecins  ne  devront  jamais  perdre  de  vue  les  prescrip¬ 
tions  de  la  Circulaire  da  15’ octobre  1916,  n®  286  Ci/7,  sur  les 
droits  à  la  réforme  n°  1  des  militaires  mis  dans  l’incapacité  de 
servir  par  des  infirmités  nettemeat  aggravées  par  le  fait  du 
service. 

Il  n’est  pas  inutile  de  rappeler  ici  les  dispositions  fonda¬ 
mentales  de  cette  circulaire  :  ^ 

«  Le  numéi;o  dô  congé  de  réforme  un  ou  deux  est  fonction 
de  l’origine  des  infirmités. 

«  La  réforme  temporaire  n"  2  ou  définitive  n°  2  est  pronon¬ 
cée  pour  toute  in Grmité  ou  maladie  totalement. étrangère  au 
service  militaire. 

«  La  réforme  temporaire  n“  1  ou  définitive  n°  1  est  pronon¬ 
cée  pour  infirmité  ou  maladie  soit  contractée  sous  l’influence 
du  service  militaire,  soit  aggravée  par  le  fait  du  service  mili¬ 
taire. 

«  La  jurisprudence  du  Conseil  d’État  admet,  au  même  titre 
que  l'origine  directe.,  l’aggravation  des  infirmités  ou  maladies 
comme  ouvrant  des  droits  à  la  réforme  n°  1  ou  à  la  pension  de' 
retraite. 

«  Un  certain  nombre  d’infirmftés  ou  de  maladies,  notam¬ 
ment  la  tuberculose,  peuvent  exister  en  germe,  à  l’état  latent 
ou  encore  à  l'état  initial  non  perceptible  ou  peu  grave,  chez  les 
militaires  au  moment  de  leur  incorporation.  Ces  infirmités  ou 
maladies,  dites  constitutionnelles,  autrefois  imputées  unique¬ 
ment  à  la  constitution  du  -porteur,  peuv’ent  manifestement  être 
aggravées  par  les  dangers,  obligations  ou  fatigues  du  service 
militaire  en  général. 

«  Dans  ce  cas,  la  responsabilité  de  l’État  est  engagée. 

«  Mais  il  est  nécessaire  que  l’aggravation  de  l’infirmité  ou 
de  la  maladie  en  cause  soit  mise  formellement  en  lumière  et 
définie,  et  non  qu’elle  soit  envisagée  comme  une  possibilité  ou 
une  hypothèse.  Or,  seul,  le  commandement  est  en  mesure 
d’avoir  une  connaissance  complète  de  la  nature  des  services 
imposés  à  l’intéressé;  seul,  il  peut  dans  une  relation-  authen- 


244  INSTRUCTION  GÉNÉRALE 

tique  des  faits  ou  des  événements  militaires,  fournir  un  témoi¬ 
gnage  de  leur  influence  sur  l’éclosion  ou  l’aggravation  de  la 
maladie  primitive. 

«  Il  appartient  donc  au  Conseil  d’administration  instructeur 
de  l’affaire  de  mettre,  par  un  certificat  d’origine,  ou  par  des 
rapports  ou  des  pièces  en  tenant  lieu,  les  Médecins  experts  en 
présence  des  faits  ou  circonstances' de  service  incriminables. 

«  Les  experts,  appelés  à  donner  leur  avis  sur  l’origine  directe 
ou  l’aggravation  de  l’infirmité  ou  maladie,  seront  ainsi  en 
mesure  d’établir  la  relation  de  cause  à  effet  et  la  filiation  qu’il 
est  permis  d’admettre,  médicalement  parlant,  entre  lesdites 
circonstances  de  service  et  l’infirmité  ou  maladie  placée  sous 
leurs  yeux  et  soumise  à  leur  jugement.  » 

F.  —  Dispositions  concernant  les  Officiers. 

A.  —  Officiers  du  Cadre  actif. 

Plusieurs  cas  peuvent  se  présenter  ; 

a)  Les  lésions  tuberculeuses  réunissent  les  conditions  d'origine, 
de  gravité  et  d’incurabilité  prévues  par  la  loi  du  li  avril  1831. 
{B.  O.  E.  M.,  Vol.  66*  :  Pensions  militaires.) 

L’officier  doit  être  l’objet  d’une  proposition  de  retraite.  Il 
appartient  aux  Médecins-chefs  des  Hôpitaux  sanitaires  ou  des 
hôpitaux  non  spécialisés,  où  ces  malades  peuvent  être  excep¬ 
tionnellement  en  traitement,  de  constituer  le  dossier  adminis¬ 
tratif  et  médical  dès  la  confirmation  du  diagnostic  et  dès  que 
la  lésion  paraît  incurable.  Ces  pièces  sont  adressées  au  général 
commandant  la  subdivision  siège  du  Centre  de  réforme  le  plus 
voisin.  Le  général  donne  les  ordres  nécessaires  pour  que  ces 
officiers  soient  examinés  sans  retard.  (Circulaire  du  5  mai  1917, 
N»503Ci/7  C.C.M.) 

b)  Les  lésions  ne  présentent  pas  toutes  les  conditions  d'origine, 
de  gravité  ou  d'incurabilité  requises  pour  le  droit  à  pension. 

L’officier  peut,  selon  le  cas  : 

1“  Être  mis  en  non-activité  (lorsque  l’inaptitude  ne  résultera 
pas  de  blessures  ou  maladies  contractées  ou  aggravées  en 
service  commandé).  (Article  7  de  la  loi  dh  10  août  1917.  Loi 
Mourier;  article  256  du  Règlement  sur  le  Service  courant. 
B.O.E.M.,  Vol.  74.) 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  245 


2”  Être  mis  en  réforme  (articles  9,  10,  Il  de  la  loi  du 
19  mai  1834;  B.  O.  E.  M.,  Vol.  22),  si  la  maladie  incurable 
n’est  pas  imputable  au  service  et  sous  condition  que  l’officier 
n’ait  pas  2S  ans  de  service  effectif.  (Article  254  du  Règlement 
sur  le  Service  courant.) 

3°  Être  mis  en  convalescence,  si  les  lésions,  plus  ou  moins 
accentuées,  sont  susceptibles  de  guérison. 

B.  Officiers  de  complément. 

a)  Les  lésions  tuberculeuses  réunissent  les  conditions  d'ori¬ 
gine,  de  gravité  et  d'incurabilité  prévues  par  la  loi  de  1831. 

■  Les  Médecins-chefs  des  Hôpitaux  sanitaires  ou  des  hôpitaux 
non  spécialisés  devront  procéder  à  l’égard  des  officiers  de  com¬ 
plément  comme  pour  ceux  du  cadre  actif  et  faire  des  proposi¬ 
tions  de  mise, à  la  retraite  dès  que  la  maladie,  occasionnée  ou 
aggravée  par  le  service,  aura  été  reconnue  grave  et  incu¬ 
rable. 

b)  Les  lésions  tuberculeuses  présentent  les  conditions  d'origine 
et  de  gravité  requises,  mais  ne  peuvent  être  déclarées  actuellement 
incurables. 

Les  officiers  peuvent  être  envoyés  en  congé  de  convalescence 
de  durée  limitée  concédé  par  les  Commissions  de  convales¬ 
cence,  avec  solde  de  présence  ou  d’absence,  fixée  par  le  décret 
du  1"  janvier  1915. 

(Décision  ministérielle  du  21  avril  1916  (B.  O.  PSP,  page  1040), 
modifiée  par  la  Circulaire  ministérielle  du  22  octobre  1917 
(B.  O.  page  3110). 

c)  Les  lésions  tuberculeuses  sont  graves  et  incurables,  mais  non 
imputables  au  service. 

Les  officiers  doivent  être  proposés  pour  la  radiation  des 
cadres.  (Articles  5  et  11  du  Décret  du  31  août  1878,  B.  O.  E.  M., 
Vol.  72.) 

d)  Les  lésions  tuberculeuses,  non  imputables  au  service,  ne 
sont  pas  incurables,  mais  présentent  un  certain  degré  de  gra¬ 
vité. 

Les  officiers  peuvent  être  proposés  pour  la  mise  hors  cadre, 
si  un  congé  de  six  mois  paraît  insuffisant  pour  en  assurer  la 
guérison.  (Article  11  du  Décret  du  2  août  1878.) 


246 


INSTRUCTION  GÉNÉRALE 


TITRE  [V 

Assistance  aux  tuberculeux  réformés. 

A.  —  Fiches  spéciales,  à  adresser  au  Ministère  de  l'Intérieur 
pour  les  tuberculeux  réformés. 

Les  malades  admis  dans  les  Stations  sanitaires  sont,  à  leur 
sortie,  signalés  au  Préfet  par  l’envoi  d’une  fiche  de  départ,  de 
façon  à  ce  que  ces  militaires,  une  fois  rendus  à  la  vie  civile, 
restent  sous  la  surveillance  et  l’assistance  éventuelle  des  Comi¬ 
tés  départementaux.. 

Ce  signalernent  s’effectuait  jusqu’ici  au  moyen  d’une  fiche  de 
départ  contenant  sur  le  malade  divers  renseignements  d’ordre 
prophylactique  et  administratif. 

Afin  d’éviter  les  inconvénients  que  pouvait  présenter  la 
divulgation  des  renseignements  d’ordre  médical  et,  par  consé¬ 
quent,  confidentiels,  le  Ministre  de  l’Intérieur  a  modifié  ainsi 
qu’il  suit  les  règles  concernant  l'établissement  et  la  transmis¬ 
sion  des  fiches  de  départ. 

Ces  renseignements  seront  transmis  désormais  à  l’àbri  du 
secret  professionnel  médical. 

Le  Comité  départemental  désignera  un  médecin  qui  sera 
chargé  de  recevoir  ces  indications  et  qui  ne  devra  les  trans¬ 
mettre  qu’au  Médecin  appelé  à  soigner  leréformé. 

Les  fiches  de  départ  comprendront  à  l’avenir  deux  parties 
distinctes  :  une  fiche  médicale  et  une  fiche  administrative  con¬ 
formes  au  modèle  annexé.  (Annexe  n“  3.) 

«  Au  moment  où  un  militaire  tuberculeux  sera  sur  le  point 
de  quitter  une  Station  sanitaire,  le  Médecin  traitant  établira  sa 
«  fiche  médicale  de  départ  »  (recto-verso). 

«  Cette  fiche,  une  fois  remplie  et  signée  par  le  Médecin  trai¬ 
tant,  sera  mise  par  lui  dans  une  enveloppe  spéciale,  laquelle, 
pour  éviter  la  violation  du  secret  professionnel,  ne  devra,  sous 
aucun  prétexte,  être  ouverte  par  une  autre  personne  que  le 
Médecin  désigné  à  cet  effet  par  le  Comité  départemental  du 
département  où  le  militaire  se  retire. 

«  Enfin,  l’enveloppe  cachétée  sera  encartée  dans  une  double 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  247 

feuille  servant  de  fiche  administrative  de  départ,  conforme  au 
modèle  annexé  et  formant  couverture  du  dossier  médical. 

«  Sur  cette  fiche,  les  indications  sur  la  résidence  où  se  retire 
l’intéressé  devront  être  précises  et  notamment  pour  les  villes 
et  centres  importants,  mentionner  la  rne  et  le  numéro. 

«  Les  dossiers  ainsi  constitués  seront  envoyés  au  Préfet 
qui  les  fera  parvenir  au  Comité  départemental;  celui-ci  con¬ 
servera  à  son  secrétariat  les  renseignements  contenus  dans  la 
fiche  administrative  ouverte  et  enverra  au  Médecin  désigné  la 
fiche  médicale  sous  enveloppe. 

«  Le  Comité  devra  prendre  toutes  précautions  pour  que  les 
archives  médicales  constituées  par  les  envois  de  ces  fiches 
médicales  de  départ  soient  à  l’ahri  de  toute  indiscrétion  ». 

Lorsque  les  tuberculeux,  sans  passer  par  la  Station  sani¬ 
taire,  seront  réformés  à  l’Hôpital  sanitaire,  ou  exceptionnelle¬ 
ment  dans  un  hôpital  non  spécialisé,  le  Médecin-chef  de  l’Hô- 
pital  sanitaire  ou  de  l’hôpital  traitant  devra  établir  pour  chacun 
d’eux  une  fiche  médicale  et  une  fiche  administrative  de  départ, 
du  modèle  de  celles  que  les  Stations  sanitaires  adressent  au 
Préfet. 

La  transmission  en  sera  assurée  dans  les  conditions  spé¬ 
cifiées  plus  haut  pour  les  malades  sortants  des  Stations  sani¬ 
taires,  c’est-à-dire  que  la  fiche  médicale  sera  cachetée  et  encar¬ 
tée  dans  la  fiche  administrative.  Mais,  dans  ce  cas,  le  dossier 
sera  adressé  directement  par  le  Médecin-Chef  de  l’Hôpital  sani¬ 
taire  au  Ministère  de  l’Intérieur  (Direction  de  l’Assistance  et  de 
l’Hygiène  publiques),  qui  en  assurera  la  transmission. 

En  ce  qui  concerne  les  militaires  tuberculeux  réformés  qui 
n’auraient  pas  été  jusqn’alors  signalés  aux  Comités  départe¬ 
mentaux,  ces  Comités  s’adresseront  aux  Préfets  pour  obtenir 
les  renseignements  nécessaires. 

Les  Commandants  des  Bureaux  de  Recrutement  sont  auto¬ 
risés  à  répondre  aux  demandes  de  renseignements  que  les  Pré¬ 
fets  pourraient  leur  adresser  à  ce  sujet. 

Les  commandants  de  Recrutement  feront  parvenir  aux  Pré¬ 
fets  :  1“  une  fiche  administrative  ouverte  mentionnant  unique¬ 
ment  la  situation  de  réforme  de  l’intéressé, destinée  auxarchives 
du  Comité  départemental; 

2“  Une  fiche  spéciale  placée  sous  enveloppe  fermée  compor- 


248  INSTRUCTION  GÉNÉRALE 

tant  les  renseignements  d’ordre  médical  concernant  le  motif  de 
la  réforme. 

Cette  enveloppe  ne  devra  être  ouverte  que  par  le  médecin 
désigné  par  le  Comité  départemental. 

Les  Comités  départementaux  seront  ainsi  informés  de  l’exis¬ 
tence  de  tous  les  tuberculeux  réformés  rendus  à  la  vie  civile". 

B.  —  Notice  résumant  les  conseils  d'hygiène  pratique. 

Affiches  relatives  aux  Comités  départementaux. 

D’autre  part,  afin  de  faire  connaître  aux  militaires  réformés 
les  Comités  départementaux,  une  notice,  adoptée  par  la  Commis¬ 
sion  permanente  de  préservation  de  la  tuberculose,  résumant 
les  conseils  d’hygiène  pratique  les.  plus  importants,  est  distri¬ 
buée  individuellement  parles  soins  des  Commissions  spéciales 
de  réforme  et  éventuellement  des  conseils  de  révision  à  tous 
les  hommes  exemptés  ou  réformés  temporairement  ou  définiti¬ 
vement  pour  maladies  des  voies  respiratoires  (tuberculose, 
bronchite  chronique,  pleurésie). 

En  outre,  des  affiches  faisant  connaître  l’existence  des  Comités 
départementaux  sont  apposées  dans  les  Centres  spéciaux  de 
réforme  et  les  Hôpitaux  sanitaires. 

Les  modèles  de  cette  notice  et  de  cette  affiche  sont  reproduits 
aux  annexes  4  et  5. 

C.  —  Rôle  .des  Comités  départementaux  d'assistance 
aux  Militaires  tuberculeux  de  la  guerre. 

Le  Ministre  de  l’Intérieur  définit  ainsi  le  rôle  du  Comité 
départemental  dans  sa  Circulaire  n“  20  du  21  mars  191i6  à 
.  MM.  les  Préfets  ; 

«  Le  militaire  tuberculeux,  après  avoir  été  recueilli,  soigné 
et  éduqué,  quitte  la  Station  sanitaire  et  rentre  chez  lui.  Il  peut 
être  encore  porteur  de  germes  et,  comme  tel,  en  devient 
semeur.  L’abandonner  à  ce  moment  à  lui-même  serait  ris¬ 
quer  de  rendre  vaine  l’œuvre  de  préservation  sociale  que  nous 
avons  entreprise. 

«  Il  faut,  au  contraire,  que,  retournant  au  milieu  des  siens, 
le  blessé  de  la  tuberculose  y  soit  suivi,  conseillé,  assisté. 


SUR  L’HOSPITALISATIQN  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  249 

«  C’est  dans  cette  pensée  que  je  vous  demande  de  provoquer 
la  création  immédiate  dans  votre  département  d’un  Comité  dit 
«  d’Assistance  aux  militaires  tuberculeux  de  la  guerre.  » 

«  La  mission  de  ce  Comité  consistera  à  prendre  en  charge 
notre  hospitalisé  qui  lui  sera  signalé  au  moment  où  il  a  quitté 
la  Station  sanitaire,  et  à  lui  donner  à  lui  et  aux  siens  toute 
l’assistance  morale,  matérielle  et  pécuniaire  dont  il  pourra  avoir 
besoin  ». 

TITRE  V 

Dispositions  concernant  les  mobilisés  salariés. 

Tout  mobilisé  employé  avec  un  salaire  civil  dans  un  établis¬ 
sement,  de  l’Etat  ou  privé,  que  cet  établissement  soit  où  non 
dans  sa  résidence  habituelle,  redevient  militaire  du  jour  où, 
pour  cause  de  maladie,  cesse  de  recevoir  son  salaire.  (Circu¬ 
laire  du  21  septembre  4916.  Sous-Secrétariat  d’Êtat  de  l’Artil¬ 
lerie  et  des  Munitions.  Service  ouvrier.) 

Il  est  admis  dans  les  établissements  hospitaliers  dans  les 
mêmes  conditions  que  les  autres  militaires.  (Circulaire  331  Ci/7 
du  28  novembre  1916.  Sous-Secrétariat  d’Etat  du  Service  de 
Santé  militaire.) 

Il  s’ensuit  qu’il  est  soumis  aux  mêmes  règles  et  à  la  même 
discipline  que  tous  les  militaires  en  traitement  dans  les  hôpi¬ 
taux  dépendant  du  Service  de  Santé. 

Les  mobilisés  mis  à  la  disposition  des  compagnies  de  chémins 
de  fer  comptent  par  ordre  au  5*  régiment  du  Génie  et  figurent 
sur  les  situations  d’effectifs  comme  affectés  au  Service  des  Che¬ 
mins  de  fer.  Ils  sont  salariés. 

En  cas  de  maladie  ou  d’accident,  ils  sont  visités  par  les 
Médecins  militaires  et  hospitalisés  dans  les  hôpitaux  militaires. 
(Circulaire  19.157  4/11  du  27  mai  1917.) 

Les  règles  générales  concernant  l’admission  dans  les  Hôpi¬ 
taux  sanitaires  et  la  réforme  sont,  en  conséquence,  applicables 
à  ces  diverses  catégories  de  mobilisés  salariés  qui,  après  hospi¬ 
talisation  dans  les  hôpitaux  militaires  non  spécialisés,  seraient 
reconnus  tuberculeux. 


250 


INSTflUCTION  GÉNÉRAUE 


TITRÉ  VI 

Dispositions  spéciales  aux  MinTAiRiæ  créoles 

DES  QUATRE  COMMUNES  DU  SÉNÉGAL,  INniGÈNES,  ETC. 

.  A.  —  Militaires  créoles  et  originaires  des  quatre  communes 
de  plein  exercice  du  Sénégal. 

Ces  militaires,  qui  sont  d’ailleurs  incorporés  dans  les  régi'- 
ments  d’infanterie  coloniale  et  non  dans  les  corps  indigènes, 
doivent  être  traités  à  tous  égards  exactement  comme  les  mili¬ 
taires  de  la  Métropole.  (Lois  des  19  octobre  1915  et  26  sep¬ 
tembre  1916.  Circulaire  n“  114  Ci  jl  du  31  mai  1916.) 

Toutefois,  lorsque  ces  militaires  sont  atteints  de  diverses 
maladies  et  tout  particulièrement  de  tuberculose  dont  le  carac¬ 
tère  de  gravité,  tout  en  ne  justifiant  pas  leur  réforme  immé¬ 
diate,  les  rend  néanmoins  manifestement  inaptes  à  accomplir 
un  service  dans  la  Métropole,  ils  devront  faire  l’objet  deda  part 
des  Médecins-chefs,  après  visite  et  contre-visite,  de  proposi- 
tions  en  vue  de  leur  renvoi  dans  leur  colonie  d’origine. 

A  cét  effqt,  lesdils  militaires  seront  dirigés  sur  les  dépôts 
des  isolés  coloniaux  de  Marseille  ét  de  Bordeaux, /selon  leur 
colonie  d’origine. 

Le  dossier  médical  comprenant  les  certificats  de  visite  et  de 
contre-Tisite,  concluant  à  la  nécessité  de  retour  aux  colonies, 
sera  adressé  par  les  soins  du  Médecin-chef  au  commandant 
dudit  Dépôt. 

Le -dossier,  ainsi  constitué,  sera  envoyé  en  temps  utile,  de 
manière  à  éviter  l’arrivée  desdits  militaires  au  dépôt  des  isolés 
avant  les  pièces  médicales  les  concernant. 

A  leur  arrivée  à  la  colonie,  lesdits  militaires,  selon  leur  état 
de  santé,  seront  incorporés  dans  les  unités  de  la  colonie  pour 
y  terminer  leur  engagement  ou  bien  renvoyés  dans  leurs 
foyers.  (Circulaire  .522  Ci/7  du  31  mai  1917.) 

B.  —  Militaires  indigènes  de  l’Afrique  du  Nord. 

Lèsdits  militaires  tuberculeux  sont  directement  dirigés  par 
les  soins  du  Médecin-chef  de  l’établissement  où  ils  se  trouvent 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  251 


en  traitement  sur  les  places  d’Algérie-T.unisie  (via  Marseille)  : 

Les  Algériens  :  selon  leur  province  d’origine,  sur  les  places 
d’Alger,  Oran,  Bône  ou  Philippe  ville. 

Les  Tunisiens  :  en  Tunisie,  sur  la  place  de  Tunis,  afin  d’y 
être  traités  dans  les  hôpitaux  sanitairesoules  services  spéciaux 
réservés  aux  tuberculeux  militaires. 

Les  Marocains  :  sur  les  hôpitauxsanitaires  de.la  Région. 

Les  dispositions  concernant  la  réforme  sur  jilace  des  tuber- 
culeux„sans  passer  par  le  Centre  de  réforme,  sontapplicables 
aux  militaires  indigènes. 

G.  —  Militaires  indigènes  des  troupes  noires. 

Ces  militaires  doivent  séjourner  le  moins  longtemps  possible 
dans  les  hôpitaux  des  régions  autres  que  les  13°  et  18®  Régions. 
Un  hôpital  spécial  est  réservé  dans  la  13°  Région  au  camp  Gal- 
liéni  aux  tuberculeux  des  troupes  noires;  un  service  spécial 
ileur  est  affecté  à  Bordeaux. 

Les  militaires  indigènes  des  troupes  noires  inaptes  à  servir 
en  France,  sans  que  leur  réforme  immédiate  -s’impose,  sont 
dirigés  sur  le  Dépôt  des  isolés  coloniaux  de  Marseille  ou  de 
Bordeaux,  d’après  la  colonie  d’origine.  Ceux  provenant  de 
l’Afrique  Occidentale  française  recevront  l’une  ou  l’autre  de 
ces  destinations,  selon  qu’ils  se  trouvent  dans  la  15°  ou  la 
18°  Région. 


D.  —  Militaires  indigènes  des  troupes  jaunes. 

Mêmes  dispositions  que  poùr  les  militaires  indigènes  des 
troupes  noires  ;  mais  lesdits  militaires  ne  peuvent  être  groupés 
que  dans  l’Hôpital  spécialisé  de  la  13°  Région  et  seront  dirigés 
exclusivement  , sur  le  Dépôt  des  isolés  coloniaux  de  Marseille, 
en  vue  de  leur  rapatriement. 

•E.  —  Travailleurs  coloniaux 
[Indochinois,  Nord- Africains,  Malgaches). 

Les  travailleurs  coloniaux,  qui  sont  reconnus  dans  l'impos¬ 
sibilité  de  continuer  leur  travail  pour  cause  d’inaptitude-=phy  - 


INSTRUCTION  GÉNÉRALE 


sique,  sont  dirigés  sur  le  Dépôt  des  travailleurs  coloniaux  de 
Marseille,  aux  fins  de  rapatriement. 

DOCUMENTS  ABROGÉS 

Circulaire  n”  14  Gi/7  du  31  janvier  1916. 

Circulaire  n®  76  Ci/ 7  du  5  mai  1916. 

Circulaire  n®  212  Ci/7  du  23  août  1916i 
Circulaire  n®  237  Ci/7  du  15  septembre  1916. 

Circulaire  n®  262  Ci/ 7  du  1"  octobre  1916. 

Circulaire  n®  314  Ci/7  du  15  novembre  1916. 

Circulaire  n®  400  Ci/7  du  10  janvier  1917. 

Circulaire  n®  503  Ci/7  du  5  mai  1917. 

Circulaire  n®  514  Ci/7  du  13  mai  1917. 

Dépêche  n®  20.092  3/7  duS.mai  1917. 


ANNEXE  N®  1 

Instruction  pour  l’Aménagement  et  la  Tenue 
d’un  Hôpital  sanitaire. 

CHAPITRE  PREMIER 
I.  — •  Situation  généhale. 

Un  Hôpital  sanitaire  doit,  autant  que  possible,  réunir  toutes  les 
conditions  climatériques  nécessaires  au  bon  rendement  d’un  sana¬ 
torium. 

L’idéal  pour  un  Hôpital  sanitaire  est  la  région  montagneuse,  à 
une  altitude  assez  élevée  pour  être  au-dessus  de  la  zone  des  brouil¬ 
lards  et  bénéficier  de  tous  les  avantages  de  la  cure  solaire.  En 
raison  des  circonstances  présentes,  il  a  été  impossible  d’atteindre 
toujours  à  ce  résultat,  et  force  a  été  de  disséminer  les  Hôpitaux 
sanitaires  dans  les  diverses  régions  du  territoire. 

Il  est  d’ailleurs  bien  certain  que,  même  en  dehors  des  régions 
montagneuses,  le  sanatorium  peut  rendre  de  grands  services.  Au- 
dessous  de  l.lOO  mètres,  il  n’y  a  plus  lieu  de  s’occuper  de  l’altitude. 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  253 

Ce  qui  importe  alors,  c’est  le  climat  général  du  pays  et  l’exposition 
à  donner.à  l’hôpital.  Celui-ci  sera  établi,  autant  que  possible,  sur 
un  terrain  offrant  toutes  facilités  d’accès.  L’endroit  choisi  doit  être 
protégé  du  vent,  orienté  Est-Ouest. 

L’Hôpital  aura  sa  façade  principale,  exposée  .au  Sud  ou  mieux  au 
Sud-Ouest,  il  sera  bâti,  si  possible,  à  flanc  de  coteau.  On  évitera  de 
toute  façon  les  bas-fonds  et  le  bord  immédiat  de  la  mer. 

Un  parc  entourant  l’immeuble  sera  précieux  par  la  possibilité  de 
fouri^ir  aux  malades  des  promenades  et  des  moyens  de  travail. 

II.  —  Immeuble  proprement  dit. 

La  construction  n’a  pas  besoin  d’être  luxueuse,  mais  elle  doit 
être  d’un  entretien  facile,  largement  aérée  sans  recoins  perdus.  Le 
nombre  et  la  dimension  des  fenêtres  doivent  être  suffisants  pour 
permettre  une  aération  large  et  un  facile  accès  de  la  lumière.  Les 
dégagements  doivent  être  spacieux,  faciles  à  aérer  et  à  tenir  propres. , 

L’eau  doit  être  en  quantité  suffisante  pour  assurer  les  différents 
services  des  cuisines,  lavabos,  salles  de  bains,  W.-C.,  etc. 

La  qualité  de  l’eau  de  boisson,  tant  au  point  de  vue  chimique  que 
bactériologique,  sera  vérifiée. 

L’éclairage  électrique  sera  préférable  à  tout  autre. 

Le  chauffage  sera  assuré,  si  possible,  par  le  chauffage  central  ou, 
à  son  défaut,  par  des  poêles. 

L’évacuation  des  eaux  usées  et  les  vidanges  devront  faire  l’objet 
d’une  étude  attentive.  Elles  différeront  dans  chaque  Hôpital  selon 
les  moyens  disponibles. 

L’étude  de  l’aménagement  intérieur  comporte  la  répartition  des 
locaux  et  le  choix  du  matériel  indispeusable  à  l’Hôpital  sanitaire. 
Nous  étudierons  successivement  ces  deux  points. 

L’Hôpital  sanitaire  comprend  :  des  locaux  communs  à  tous  les 
hôpitaux  dont  l’aménagement  ne  présente  aucun  caractère  parti¬ 
culier  ;  des  locaux  communs  à  tous  les  hôpitaux,  mais  dont  l’aména¬ 
gement  présente  quelques  particularités  à  ces  Hôpitaux  sanitaires, 
enfin  des  locaux  spéciaux  aux  Hôpitaux  sanitaires. 

a)  L00.4ÜX  GOMMONS  A  TOUS  LES  HOPITAUX.  —  (Nous  ne  les  citerons 
que  pour  mémoire.) 

1“  Bureaux  administratifs  et  leurs  dépendances  :  bureau  du 
Médecin- chef;  Bureau  du  Gestionnaire;  Salle  des  entrants;  Cabinet 
de  visite  ;  Salle  d’attente  et  de  consultation. 

2®  Pharmacie. 


254 


KÿéSÏRUGXION  GÉNÉRALE 


3.<'  Magasin  avao  vestiaire  ett  chambre  de  tailleur. 

4®  Sersiae-  de:  la^  dépense..  >  .  , 

5“  Salle  de  réwmon  (théâtref). 

6®  Service  des  bains-douches. 

7?  Buanderie. 

8°  Oasernement  des  infirmiers  et  logement  des  inflmières. 

9“  Locaux  disciplinaires. 

10”  Lavabos  et  W.-C. 

11”  Une  salie  d’autopsie  avec  table  à  autopsie. 

•  6)  Locaux  comuNS  a  tous  les  hôpitaux,  avec  certains  caractères 

PARTICULIERS  AUX  HOPITAUX  SANITAIRES.  . 

1®  Dortoirs.  Il  y  a  lieu  de  prévoir  des  pièces  de  toutes  dimensions. 

Pièces  à  un  lit  pour  malades  à  isoler.  (Moribonds,  etc.)  Pièces 
à  4,  6,  10  lits  pour  malades  tousseurs,  porteurs  de  bacilles. 

Grands^  dortoirs  (1  b,  30  lits),  pour  lesmalades  les  plus  valides  qui 
n’ys^oument  que  la  nuit. 

Toutes  ces  pièces  doivent  être  largement  percées  d’ouvertures 
pouvant  s’ouvrir  sur  deux  façades.  Le  cube  d’air  peut  être  calculé 
ici  avec  une  certaine  parcimonie,  l’aération  devant  être  pratiquée  de 
jour  et  de  nuit.  Les  fenêtres  seront  munies  dTmpostes  mobiles  dont 
on  fpra  usage  quand  le  temps  trop  mauvais  ne  permettra  pas 
d’ouvrir  les  fenêtres  en  grand.  Gelles-ci  s'eront  garnies  de  stores  du 
côté  où  donne  le  soleil. 

Les  murs  des  dortoirs,  comme  de  toutes  les  autres  salles  en  géné¬ 
ral,  ne  doivent  pas  être  tapissés  mais  peints  à  l’huile,  ou  plus 
simplement  blanchis  à  la  chaux. 

'  Le  sol  sera  cimenté  ou  en  bois  dur,  aussi  uni  que  possible,  de  toute 
façon  facilement  lavable. 

A  côté  de  chaque  dortoir  on  installera  en  nombre  égal  au  nombre 
'  des  lits,  des  .casiers  individuels,  destinés  à  recevoir  les  vêtements 
des  malades.  Chaque  casier  portera  le  numéro  du  lit  correspondant. 

2”  Une  chambre  par  étage  pour  l’infirmier  de  garde. 

3”  Une  tisanerie  par  étage. 

4”  Un  lavabo  par  étage,  dans  un  local  chauffable.  On  installera  des 
appareils  de  modèle  simple,  en  zinc  par  exemple.  Il  y  aura  un 
robinet  pour  deux  malades.  La  pièce  devra  être  cimentée  ou  tout 
au  moins  garnie  de  linoléum. 

b"  Les  W.-G.  seront  à  la  turque,  du  modèle  coquille,  en  grès,  les 
bas-côtés  à  revêtement  de  faïence.  Ils  doivent  être  faciles  à  tenir 
propres. 

6”  Les  cuisines,  avec  laverie  et  garde-manger  contigus,  devront 
être  vastes,  aérées  et  claires.  Plus  encore  que  dans  tout  autre 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  255 


hôpital,  la  propreté  doit  être  ici  rigoureuse.  Les  cuisines  seront 
blanchies  à  la  chaux  et  contiendront  un  fourneau  à  vastes  marmites, 
un  fourneau  potager  pour  les  petits  régimes,  une  ou  plusieurs 
bouilloires,  l’une  exclusivement  réservée  à  la  désinfection  des  cou¬ 
verts  et  assiettes,  qui  seront  immergés  dans  l’eau  bouillante  pen-' 
dant  au  moins  un  quart  d’heure-  après  chaque  repasi  Cette  bouilloire 
doit  être  placée  dans  la  laverie. 

7°  Les  réfectoires  seront  aussi  voisins  que  possible  de  la  cuisine 
et  assez  vastes  pour  que  les  malades  puissent  y  prendre  leur  repas 
dans  de  bonnes  conditions.  L’alimentation  constituant  une  partie 
importante  du  traitement,  il  est  indispensable  que  le  malade  trouve 
au  réfectoire  un  confort  suffisant  pour  y  séjourner  avec  plaisir.  Les 
tables  seront  en  marbre  ou  eu  bois  recouvert  de  toile  cirée.,  c’est- 
à-dire  lavables  après  chaque'  repas.  Le  réfectoire  doit  pouvoir  être 
chauffé.  Le  sol,  cimenté  ou  parqueté^  sera  lavé  au  moins  une  fois 
par  jour. 

8»  Les  salles  de  réunion  et  de  jeux  contiendront  des  chaises  en 
nombre  au  moins  égal  à  celui  des-malades  ambulants  et  des  tables 
pour  la  lecture  et  la  correspondance. 

9»  Une  salle  réservée  au  nettoyaÿe  des  uétements  est  indispensable. 
En  aucun  cas,  ils  ne  seront  battus  ou  brossés  dans  une  autre  pièce. 

10°  Une  salle  de  pansements  à  chaque  étage,  pouvant  servir  à  la 
fois  aux  pansements  nécessaires  en  cas  d’accidents,  aux  examens 
oto-rhino-laryngologiques  et  aux  soins  dentaires-,  à  cet  effet,  cette 
salle  sera  pourvue  de  l’ameublement  technique  nécessaire. 

11°  Une  salle  de  radioscopie  est  nécessaire  dans  les  Hôpitaux  d’une 
certaine  importance.  Dans  les  Hôpitaux  sanitaires  de  faible  capa¬ 
cité,  les  examens  ;p,euvent  être  fplts  par  la  voiture  radiologique  de 
la  région. 

c)  Locaux  spéciaux  aux  Hôpitaux  samitaires. 

1°  Galerie  de  cure. 

Elle  est  indispensable.  On  en  construira  une  ou  plusieurs,  sui¬ 
vant  le  nombre  des  malades  et  la  qualité  des  emplacements  utili¬ 
sables  à  cet  effet. 

Elle  devra  être  orientée  au  Sud  et  au  Sud-Ouest  de  préférence.  Il 
y  aura  intérêt  à  l’appuyer,  si  possible,  à  un  mur.  Elle  peut  être  cou¬ 
verte  de  bâches,  tuiles,  fibro-ciment,  carton  bitumé,  etc...  Elle  doit 
avoir  une  forme  en  auvent,  le  toit  allant  d’avant  en  arrière  et  de 
bas  en  haut.  Elle  doit  pouvoir  contenir  un  nombre  de  chaises 
longues  égal  aux  deux  tiers  de  l’effectif  des  malades.  Le  sol  sera 
bitumé,  légèrement  surélevé,  si  la  chose  est  réalisable. 

Il  sera  préférable  de  ne  pas  mettre  plusieurs  rangées'  de  chaises 


256  INSTRUCTION  GÉNÉRALE 

longues.  Toutefois,  si  la  nécessité  s’en  imposait,  il  y  aurait  intérêt 
à  disposer  le*plancher  en  autant  de  gradins  qu’il  y  aurait  de  rangées 
de  chaises  longues. 

2"  Locaux  de  désinfection.  Ils  comprennent  : 

Une  salle  de  formolisation  ou  sulfuration.  On  choisira  à  cet  usage, 
de  préférence,  une  pièce  basse  mesurant  de  30  à  50  mètres  cubes, 
hermétiquement  close,  mais  pourvue  d’une  porte  à  battue  feutrée, 
boulonnée  et  percée  de  deux  fenêtres  sur  des  faces  différentes, 
doublées,  jointées  et  pouvant  s’ouvrir  de  l’extérieur.  Sur  deux 
parois  opposées,  c^tte  saile  sera  munie  de  crémaillères  horizontales 
destinées  à  supporter  les  barreé  d’élendage  oê  seront  disposés  les 
lainages,  couvertures  et  vêtements.' 

Une  pièce  pour  la  désinfection  des  crachoirs.  Cette  pièce  sera 
carrelée  de  préférence,  niunie  d’eau  et  de  gaz,  pourvue  d’un  écou¬ 
lement  pour  la  vidange  de  l'autoclave  à  désinfection  installée  dans 
cette  pièce  et  d’un  évier  avec  robinet  d’eau  pour  le  rinçage  après 
stérilisation  des  crachoirs. 

Un  local  pour  là  grande  étuve  à  literie. 

Un  local  pour  la  stérilisation  delà  vaisselle  et  des  couverts,  situé  à 
côté  de  la  cuisine. 


111.  —  Matériel. 

Bien  évidemment,  chaque  Hôpital  sanitaire  doit  être  pourvu  de 
tout  le  matériel  indispensable  à  un  hôpitaL  ordinaire  ;  mais,  plus 
encore  que  dans  les  autres  hôpitaux,  ce  matériel  doit  répondre  aux 
nécessités  hygiéniques  et  prophylactiques. 

а)  Matériel  oe  couchage. 

Les  lits  et  les  sommiers  seront  métalliques.  La  literie  comprendra 
un  ou  deux  matelas,  un  traversin,  un  oreiller  muni  d’une  taie 
lavable,  deux  couvertures  au  minimum.  Chaque  lit  s’accompagnera 
d’une  table  de  nuit  métallique  rigoureusement  individuelle.  Sur 
chaque  table  de  nuitserontdisposés,  àl’étage  supérieur,  un  crachoir, 
un  pot  à  lait,  un  pot  â  tisane  et  sur  l’étage  inférieur,  un  urinai,  de 
préférence  dissimulé  par  un  battant  métallique. 

б)  Matériel  de  réfectoire. 

Les  ustensiles  de  table  comprennent  :  fourchettes,  cuillers,  tim¬ 
bales,  assiettes.  Tous  ces  objets  seront  en  métal,  pouvant  être 
bouillis.  Chaque  malade  doit  avoir  sa  serviette  contenue  dans  une 
enveloppe  lavable,  cette  enveloppe  portant  le  numéro  du  lit  occupé 
par  le  malade. 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  257 

c)  Effets  d’habillements. 

Le  trousseau  à  fournir  à  chaque  malade  sera,  dans  les  Hôpitaux 
sanitaires,  plus  complet  que  dans  les  autres  hôpitaux. 

Chaque  malade  devra  posséder,  outre  les  vêtements  ordinaire¬ 
ment  fournis,  un  vêtement  d’intérieùr  chaud,  de  couleur  voyante 
■  pour  faciliter  la  surveillance;  une  paire  de  pantoufles  ou  d’espa¬ 
drilles,  un  chandail  et  des  couvertures  en  suffisance  pour  la  cure  en 
plein  air. 

d)  Matériel  de  la  galerie  de  cure.  ^  Se  compose  de  : 

10  Chaises  longues  en  bois  ou  en  osier,  à  dossièr  mobile  à  double 
courbure,  dite  de  sanatorium  ;  . 

2»  Matelas  de  chaise  longue  établi  à  la  dimension  de  cette  dernière, 
en  kapock  ou  en  crin  végétal,  garni  au  pied  d’une  doublure  en  toile 
grossière  ; 

•  3“  Coussins  de  tête  rempli^  de  la  même  matière  ; 

4»  Couvertures  de  laine  grise,  en  nombre  triple  de  celui  des  chaises 
longues  ; 

5"  Bouillottes.  Il  sera  bon  d’établir,  si  possible,  une  chaudière  spé¬ 
ciale  située  sous  les  préaux  de  cure’ et  munie  d’une  rampe  à  robi¬ 
nets,  permettant  le  remplissage  des  bouillottes  par  les  malades. 

e)  Matériel  médical  proprement  dit. 

1“  Crachoirs. 

Ils  seront  de  trois  modèles  :  collectifs  pour  les  couloirs  et  com¬ 
muns,  individuels  de  chambre,  individuels  de  poche. 

11  est  nécessaire  d’adopter  des  modèles  simples  et  robustes,  mé¬ 
talliques  ou  en  verre  avec  armature  métallique,  stérilisable  par  la 
chaleur  d’une  façon  absolument  efficace,  simple  et  rapide. 

Le  crachoir  de  poche  en  carton,  dit  incinérable,  a  été  reconnu 
défectueux  à  l’usage.  Dans  tous  les  cas,  le  crachoir  de  poche  en 
verre,  à  fermèture  métallique,  doit  lui  être  préféré. 

Le  nombre  des  crachoirs  collectifs  variera  av,ec  l’étendue  des  cou¬ 
loirs  et  des  communes. 

Chaque  malade  pouvant  se  lever  sera  muni  d’un  crachoir  indivi- 
viduel  de  poche. 

Tous  les  mdades  auront  un  crachoir  individuel  de  poche. 

Tous  les  malades  auront  un  crachoir  individuel  de  chambre,  soit 
métallique,  soit  en  faïence,  muni  d’un  couvercle  herinétique. 

Il  est  nécessaire  d’avoir  un  doubler  jeu  de  crachoirs  de  poche  et  de 
crachoirs  de  chambre,  le  crachoir  emporté  à  la  stérilisation  devant 
être  remplacé  par  un  crachoir  propre  contenant  une  certaine 
quantité  d’eau  phéniquée. 

REV.  d’HYG.  XL  —  17 


238  INSTRUCTION  GÉNÉRALE 

Des  paniers  en  fil  galvanisé  sont  indispensables  pour  recueillir  et 
transporter  les  crachoirs.  Ces  paniers  sont  plongés  directement  avec 
les  crachoirs  dans  le  bain  de  stérilisation. 

2“  Thermomètres.  - 

Ils  sont  de  deux  sortes  :  thermomètres  ordinaires  à  placer  dans 
les  salles;  chaque  salle  doit  être  pourvue  d’un  thermomètre  ordi¬ 
naire;  thermomètres  médicaux  dans  leur  étui.  L’hôpital  doit  pos¬ 
séder  des  thermomètres  médicaux  en  nombre  égal  au  nombre  des 
malades. 

3“  Outillage  de  Laboratoire. 

Comprend  :  un  microscope,  des  colorants  et  les  accessoires  indis¬ 
pensables  pour  la  recherche, des  bacilles  dans  l’expectoration;  une 
centrifugeuse  à  main,  une  étuve,  un  autoclave  à  stérilisation;  des 
verres  et  réactifs  pour  l’examen  des  urines  et  des  liquides  orga¬ 
niques,  etc.,  quelques  cobayes  pour  les  inoculations. 

4“  Outillage  du  Dentiste  :  , 

Fauteuil,  tour  à  fraiser,  instruments  et  produits  spéciaux  de  toute 
nature. 

S“  Outillage  oto-rhino- laryngologique  :  miroir  frontal,  miroir  laryn- 
goscopique,  etc. 

6®  Outillage  radioscopique  :  ' 

Simple  mais  suffisant  pçur  permettre,  par  des  radioscopies,  de 
préciser  les  diagnostics  de  la  tuberculose  au  début.  On  peut  encore 
instituer  dés  services  radioscopiques  réguliers  et  périodiques,  grâce 
aux  voilures  radiologiques. 

7®  Objets  divers  : 

Tout  le  matériel  nécessaire  pour  soins  et  pansements  d'urgence  en 
cas  d’accident  ; 

Des  seringues,  des  ballons,  des  obus  à  oxygène  et  tout  le  matériel 
pharmaceutique  habituel; 

Une  bascule  de  pesage; 

Un  autoclave  pour  la  stérilisation  des  crachoirs  ; 

Va  pulvérisateur  povLT  liquides  antiseptiques  (formol,  crésyl,  etc.) 
pour  la  désinfection  des  salles  ; 

Des  sacs  pour  linge  sale,  en  toile,  fermés  par  une  coulisse,  seront 
établis  sur  place,  au  nombre  de  un  par  vingt  malades  dans  les 
grandes  pièces  et  de  un  par  chambre  dans  les  pièces  contenant 
moins  de  vingt  malades.  Ces  sacs  doivent  être  tels  quels  soumis  à 
l’ébullition  dans  une  lessiveuse  spéciale,  après  quoi  ils  sont  joints 
au  reste  du  linge  et  envoyés  au^’blanchissage. 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX 


CHAPITRE  II 
Personnel  Officier. 

Le  personnel  officiel’  se  compose  : 

а)  Des  Médecins  dans  la  proportion  de  1  pour  100  malades.  Au- 
dessus  de  ce  chiffre,  la  surveillance  médicale  effective  est  très  dif¬ 
ficile.  Il  est  donc  nécessaire  de  créer  des  divisions  correspondant  à 
100  malades  et  constituant  autant  de  services  médicaux. 

Un  médecin  sera  chargé  plus  spécialement  des  examens  radiosco¬ 
piques,  un  autre  des  examens  laryngés.  Les  soins  de  la  bouche 
seront  données  soit  par  un  dentiste  civil  ou  un  infirmier  dentiste 
résidant  sur  place,  soit  par  dentiste  militaire  venant  àjour  fixe  à  la 
formation. 

б)  Un  ou  des  Pharmaciens  seront  chargés  de  la  préparation  de 
toutes  les  prescriptions  pharmaceutiques  et,  au  besoin,  de  tout  le 
service  de  bactériologie  et  d’hygiène.  Ils  assurent  régulièrement  les 
désinfections  des  crachoirs,  des  couverts,  des  lainages  et  vêtements, 
des  mouchoirs  et  linges  contaminés,  de  la  literie,  selon  la  technique 
que  nous  verrons  plus  loin.  Ils  surveillent  le  service  alimentaire  et 
le  service  de  la  cuisine.  Ils  contrôlent  l’exécution  des  prescriptions 
relatives  au  nettoyage  et  à  l’entretien  des  locaux.  Ils  vérifient  la 
tenue  des  W.-C.  et,  le  cas  échéant,  la  marche  des  appareils  d’épu¬ 
ration,  de  désodorisation  et  les  incinérations,  etc... 

c)  L’Officier  d’administration  a  un  rôle  qui  ne  diffère  pas  du  rôle 
joué  par  cet  Officier  dans  toute  autre  formation. 

Personnel  Infirmier. 

Par  suite  des  nécessités  du  moment,'  le  nombre  des  Infirmiers 
militaires  a  été  considérablement  réduit.  De  plus,  il  a  été  soumis  à 
des  mutations  incessantes,  très  préjudiciables  à  la  bonne  marche 
d’nn  hôpital.  Dans  les  Hôpitaux  sanitaires  plus  que  dans  toute  autre 
formation  sanitaire,  il  serait  nécessaire  d’avoir  un  personnel  stable 
et  pour  ainsi  dire  spécialisé.  C’est  là  un  idéal  que  l’on  sera  loin  de 
pouvoir  réaliser  dans  la  pratique  actuelle,  mais  on  s’efforcera  d’y 
atteindre  au  maximum  et  pour  cela,  il  sera  bon  de  choisir  des 
infirmiers  âgés,  des  R.  A.  T.  des  classes  les  plus  anciennes.  Malheu¬ 
reusement,  la  plupart  des  hommes  de  cette  catégorie  sont  ignorants 
des  soins  les  plus  élémentaires  à  donner  aux  malades.  On  les 
spécialisera  donc  de  préférence  dans  les  travaux  de  force  ou  de 
nettoyage,  auxquels  ils  sont  généralement  plus  adaptés,  réser- 


260  INSTRUCTION  GÉNÉRALE 

vant  à  un  personnel  féminin  les  soins  proprement  dits  des 
malades. 

Le  Sous-Secrétariat  d’État  du  Service  de  Santé  a  créé  un^corps 
d’infirmières  temporaires  appelé  à  rendre  les  plus  grands  services. 
Comme  on  trouvera  rarement  des  concours  féminins  bénévoles  pour 
cette  catégorie  d’hôpitaux,  il  faudra  la  plupart  du  temps  faire  appel 
à  ces  infirmières  temporaires.  Les  demandes  en  seront  faites  au 
Sous-Secrétariat  d’État  du  Service  de  Santé,  avec  l’approbation  du 
Directeur  de  la  Région.  De  toute  façon,  il  faut  prévoir  an  minimum 
d’un  Infirmier  ou  d’une  Infirmière  par  vingt  malades. 

Le  personnel  féminin  peut  aussi  fournir  de  bons  éléments  pour  les 
travaux  de  nettoyage,  de  blanchissage,  de  lingerie  et  de  raccom¬ 
modage.  Ce  personnel  spécial  sera  recruté  sur  place. 

Dans  certains  hôpitaux,  il  a  été  créé  un  cadre  de  sous-officiers  qui 
rend  les  plus  grands  services.  Chaque  chef  de  service  est  doublé 
d’un  bon  infirmier-major  et  d’un  sous-officier  surveillant.  Les 
rapports  journaliers  des  sous-officiers  surveillants  S'ont  centralisés 
par  un  adjudant,  qui  contrôle  l’ensemble  du  service  de  surveillance 
et  rédige  le  rapport  général  de  la  formation. 

On  préposera  un  gradé  à  la  surveillance  de  chacun  des  principaux 
exercices  (cure  de  galerie,  promenade,  cure  de  travail,  repos)  afin 
d’en  contrôler,  sous  l’autorité  du  médecin,  la  bonne  application 
et  d’assurer  partout  l’ordre  et  la  bonne  tenue.  Un  planton  gradé 
sera  chargé  de  la  surveillance  des  portes  de  sortie  de  l’hôpital. 

Un  certain  nombre  de  prescriptions  sont  imposées  aux  infirmiers. 

Règlement  pour  les  infirmiers. 

Article  premier.  —  Le  personnel  infirmier  doit  veiller  à  l’exécu¬ 
tion  du  règlement  et,  au  besoin,  signaler  aux  chefs  de  service  les 
infractions  qui  pourront  y  être  commises,  il  sera  tenu  pour  respon¬ 
sable  de  celles  qu’il  n’aurait  pas  signalées. 

Art.  2.  —  Les  Infirmiers  se  doivent  des  égards  entre  eux,  de  la 
prévenance  aux  malades;  ils  sont  tenus  d'être  pohs  et  obligeants, 
ils  doivent  être  respectueux  vis-à-vis  de  leurs  chefs  et  apporter  à 
l’accomplissement  de  leurs  fonctions  :  zèle,  conscience,  exactitude, 
bonne  volonté. 

Art.  3.  —  Il  leur  est  interdit  de  fumer  et  de  cracher  dans  le 
service,  de,  s’interpeller  à  haute  voix,  de  siffler  ou  de  chanter,  de  se 
servir  d’expressions  grossières,  de  faire  du  bruit. 

Art.  4.  --  Tout  Infirmier  surpris  en  état  d’ivresse  sera  sévère¬ 
ment  puni. 

Art.  5.  —  Les  Infirmiers  sont  obligés  à  la  plus  grande  propreté. 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  261 


Leur  tenue  sera  toujours  convenable.  Ils  éviteront  de  salir  ou  de 
tacher  les  locaux  et  les  objets  mobiliers  qui  leur  sont  confiés.  Dans 
les  pièces  affectées  à  leur  habitation  ou  à  leur  service,  et  qu’ils  sont 
chargés  d’entretenir,  l’ordre  et  la  propreté  doivent  être  irrépro¬ 
chables. 

Art.  6.  —  Dans  l’hôpital,  les  Infirmiers  de  salle  doivent  porter 
des  pantoufles  ou  des  espadrilles. 

Art.  7.  —  En  dehors  de  leur  service,  il  est  interdit  aux  Infirmiers 
de  stationner  dans  les  galeries  et  couloirs  et  de  pénétrer  dans  les 
locaux  où  ne  les  appellent  pas  leurs  fonctions. 

Art.  8.  —  Les  Infirmiers  ne  devront  pas  demander  de  permission 
Sans  l’assentiment  préalable  du  chef  de  service. 

CHAPITRE  III 

.  Mesures  d’organisation  intérieure  propre  a  assurer  le  bon 

fonctionnement  et  la  tenue  générale  des  HOPITAUX  sanitaires. 

Plus  encore  que  tout  autre  hôpital,  un  Hôpital  sanitaire  doit  être 
tenu  dans  un  état  de  rigoureuse  et  constante  propreté.  On  arrive  à 
ce  résultat  par  une  série  de  mesures  imposées  tant  aux  malades 
qu’aux  infirmiers.  A  ceux-ci  reviennent  les  soins  de  nettoyage  et 
de  propreté;  à  ceux-là,  l’observance  de  .certaines  prescriptions 
d’hygiène  et  de  prophylaxie. 

Les  Infirmiers  ont  la  charge  du  nettoyage  et  de  la  désinfection, 
tant  des  locaux  que  du  matériel.  Un  certain  nombre  d’instructions, 
que  nous  donnons  ci-dessous,  fixent  le  détail  de  ces  travaux. 

A.  —  SOINS  DE  PROPRETÉ  ET  DE  DÉSINFECTION 
CONFIÉS  AUX  INFIRMIERS 

Les  Infirmiers  doivent  assurer  le  nettoyage  des  appartements, 
désinfecter  les  assiettes  et  les  couverts,  les  crachoirs,  le  linge' 
infecté. 


a)  Nettoyage  des  Appartements. 

Instruction  pour  le  nettoyage  des  appartements. 

Article  premier.  —  Toutes  les  poussières,  papiers,  objets  souil¬ 
lés,  etc.,  recueillis  dans  les  chambres  des  malades,  doivent  être 
versés  dans  des  seaux  affectés  à  ce  service  et  brûlés  chaque  jour 
aux  machines.  Les  seaux  doivent  constamment  être  munis  de  leurs 


INSTRUCTION  GÉNÉRALE 


couvercles.  Le  nettoyage  de  chaque  pièce,  l’essuyage  du  sol,  des 
meubles,  etc.,  doit  se  faire  portes  et  fenêtres  fermées  et  le  seau  trans¬ 
porté  au  fur  et  à  mesure,  de  chambre  en  chambre. 

Il  est  rigoureusement  interdit  de  rassembler  les  poussières  en 
petits  tas  au  dehors  des  portes  des  chambres  et  dans  les  couloirs. 
Chaque  pièce  ou  couloir  doit  être  nettoyé  séparément  et  les  ordures 
ou  poussières  n’en  doivent  sortir  que  dans  les  seaux.' 

Art.  2.  —  Il  est  interdit  de  jeter  ni  eaux,  ni  coquilles,  ni  papiers 
par  les  fenêtres. 

Art.  3.  —  Les  meubles,  lits,  dessus  de  placards,  plinthes,  portes, 
parois,  doivent  être  essuyés  à  la  serpillière  humide. 

Art.  4.  —  Le  sol  des  chambres  des  malades  sera  essuyé  à  la  ser¬ 
pillière  humide,  puis  brossé  à  la  brosse  à  cirer  dans  les  pièces  par¬ 
quetées.  Les  pièces  dont  le  sol  est  bétonné  ou  cimenté  seront  lavées 
à  la  sciure  mouillée  tous  les  trois  jours. 

Art.  5.  —  Il  est  interdit  de  jeter  dans  les  -vidoirs  et  dans  les  W.-G. 
autre  chose  que  de  l’eau;  tous  les  objets  solides  doivent  être  ras¬ 
semblés  dans  les  seaux  à  ordures. 

Art.  6.  —  La  désinfection  des  locaux  de  faible  capacité,  insuffi¬ 
samment  visités  par  le  soleil,  doit  se  faire  périodiquement.  Elle  est 
réalisée  à  l’aide  de  dégagement  de  vapeur  de  formol  après  oblité¬ 
ration  des  fentes  dans  le  local  à  désinfecter. 

b)  Nettoyage  des.  Ustensiles  de  table. 

Les  ustensiles  de  table  (assiettes,  fourchettes,  cuillers,,  timbales) 
feront  l’objet  d’un  nettoyage  spécial.  Réunis  à  la  fin  de  chaque 
repas  dans  des  paniers  spéciaux  en  fil  de  fer,  ils  sont  ensuite 
immergés  dans  un  récipient  ad  hoc  et  soumis  à  l’ébullition,  selon 
les  prescriptions  du  règlement  qui  suit. 

Instruction  pour  la  désinfection  des  assiettes  et  des  couverts. 

i"  Après  chaque  repas,  les  cuillers,  fourchettes  et  timbales  re¬ 
cueillies  sur  les  tables  sont  placées  directement  dans  les  paniers 
métalliques  destinés  à  les  recevoir. 

2“  Aussitôt  garnis,  les  paniers  sont  plongés  dans  les  bassines 
contenant  de  l’eau  bouillante,  chaque  fois  renouvelée  et  additionnée 
d’une  poignée  de  carbonate  de  potasse  pour  chaque  récipient. 

3®  Les  paniers  sont  retirés  du  bain  de  désinfection  après  une 
ébullition  continue  de  quinze  minutes  pour  être  portés  au  rinçage. 

4®  Le  chef  cuisinier  est  responsable  de  la  bonne  exécution  de  ces 
prescriptions  sous  l’autorité  de  l’infirmier-major  de  garde. 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  263 


c)  Désinfection  des  Crachoirs. 

La  désinfection  des  crachoirs  doit  se  faire  par  la  chaleur,  seul 
procédé  à  la  fois  efficace,  simple  et  rapide.  On  stérilisera  tous  les 
modèles  de  crachoirs,  dans  le  même  autoclave  sans  manipulations 
spéciales  et  sans  danger  pour  l’infirmier  chargé  de  cette  besogne, 
qui  est  rendue  ainsi  aussi  peu  répugnante  que  possible.  Pour  les 
çrachoirs  individuels  et  de  poche,  il  sera  nécessaire  d’en  avoir  deux 
jeux,  tout  crachoir  emporté  à  la  stérilisation  devant  être  remplacé 
par  up  crachoir  propre. 

On  procédera  pour  la  désinfection  des  crachoirs  de  la  façon  sui¬ 
vante  :  ^ 

Instruction  pour  le  nettoyage  des  crachoirs. 

1°  Les  crachoirs,  préalablement  ouverts  et  logés  dans  les  cases 
respectives  de  leurs  paniers,  sont  plongés  dans  l’autoclave  qui  con¬ 
tient  trois  paniers  à  la  fois. 

2“  L’autocl'aue  est  refermée  et  la  température  est  portée  et  main¬ 
tenue  à  120°. 

3o  Le  manomètre  ‘étant  resté  pendant  20  minutes  à  la  tempéra¬ 
ture  de  120»,  le  contenu  de  l’appareil  est  évacué  et,  après  rinç/kge  à 
l’eau  froide,  les  paniers  retirés. 

4“  Chaque  crachoir  est  enfin  individuellement  rincé,  vérifié  et 
essuyé. 

S»  Avant  d’être  remis  en  service,  les  crachoirs  de  chambre  et  les 
crachoirs  collectifs  doivent  être  garnis  d’une  certaine  quantité,  plus 
forte  pour  les  crachoirs  collectifs,  d’eau  phéniquée  à  25  pour  1.000. 

6“  Les  crachoirs  de  poche,  de  chambi;^,  doivent  être  désinfectés 
tous  les  deux  jours,  les  crachoirs  collectifs  tous  les  deux  jours,  en 
deux  séries. 

Ce  sont  les  paniers  en  fil  de  fer  galvanisé  qui  sont  employés 
pour  recueillir  et  transporter  les  crachoirs  qui  servent  à  les  immerger 
dans  le  bain  de  stérilisation. 

d)  Désinfection  du  Linge  et  des  Effets  d' Habillement. 

Instruction  pour  le  nettoyage  et  la  désinfection  du  linge  infecté. 

1“  La  literie  et  le  grand  linge  seront  ou  bien  traités  à  l’étuve  ou 
mieux  exposés  en  surface  dans  les  chambres  à  formolisation,  au 
moyen  d’un  système  suffisant  de  fil  de  fer  galvanisé  ou  de  tréteaux. 
La  durée  de  l’opération  doit  être  d’au  moins  une  dizaine  d’heures. 


264 


INSTRUCTION  GÉNÉRALE 


2“  Le  petit  linge,  les  mouchoirs,  les  taies  d'oreillers,  etc...,  seront 
recueillis  dans  les  chambres.  Les  malades  les  remettront  eux- 
mêmes  dans  des  sacs  spéciaux  fermés  par  une  coulisse.  Ces  sacs 
seront  tels  quels  soumis  à  l’ébullition  d’une  lessiveuse  spéciale.  Us 
peuvent  encore  être  mis  à  tremper  dans  des  baquets  remplis  du 
produit  suivant  : 

Lessive  de  «  Kuss  »  : 


Savon  noir.  .  . . 10  grammes. 

Lessive  de  potasse . 15  cent,  cubes. 

Formol  commerce  à  35  p.  100 .  40  cent,  cubes.  „ 


Eau  pour  1  litre. 

Faire  dissoudre  à  chaud  le  savon  dans  une  petite  quantité  d’eau, 
compléter  le  volume  à  900,  ajouter  la  lessive,  puis,  au  moment  de 
l’emploi,  le  formol. 

En  20  heures,  la  désinfection  est  suffisante.  Ce  procédé  a  le  seul 
-inconvénient  de  durcir  le  linge. 

30  Les  lainages,  les  couvertures,-  les  vêtements  et  le  matelas  seront 
désinfectés  par  les  vapeurs  de  formol  dans  les  chambres  à  formoli- 
sation.  Cette  manière  de  faire  offre  l’avantage  de  ne  caus^er  aucune 
détérioration  aux  lainages. 

Tous  les  vêtements  de  chaque  entrant  et  de  chaque  sortant  (y 
compris  leurs  couvertures  de  lit  et  de  galerie  de  cure)  seront  sou¬ 
mis  à  cette  opération. 

B.  —  PRESCRIPTIONS  D’HYGIÉNE  ET  DE  PROPHYLAXIE 
IMPOSÉES  AUX  MALADES 

Dans  l’intérêt  bien  compris  des  malades,  il  est  nécessaire  de  les 
soumettre  à  un  certain  nombre  de  prescriptions,  auxquelles  ils 
doivent  se  conformer  rigoureusement  sous  peine  de  sanctions  dis¬ 
ciplinaires.  Ces  prescriptions  font  Tobjet  d’un  certain  nombre  de 
règlements  que  nous  donnons  ci-dessous. 

Règlement  intérieur  général.  ^ 

!■>  11  est  interdit  de  sortir  de  l’hôpital  en  dehors  des  conditions 
prévues  par  le  règlement  des  promenades  et  sorties  et  sans  autori¬ 
sation  signée  par  le  Médecin-chef. 

2°  La  même  autorisation  est  nécessaire  pour  les  visites  aux 
malades  ;  celles-ci  devront  avoir  lieu  au  parloir  ou  à  l’extérieur,  de 
11  heures  à  15  heures,  sauf  autorisation  spéciale.  L’accès  des  cham¬ 
bres  est  interdit,  sauf  dans  le  cas  où  le  malade  est  alité. 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  26o 

3°  Il  est  expressément  interdit  de  cracher  ailleurs  que  dans  les 
crachoirs  mis  à  la  disposition  des  malades,  individuellement  et 
collectivement.  Le  mouchoir  de  poche  doit  être  placé  devant  la 
bouche  au  moment  de  la  toux,  mais  ne  doit,  en  aucun  cas,  rece¬ 
voir  l’expectoration.  A  l’extérieur  de  la  maison,  il  est  interdit  de 
cracher  par  terre.  Les  malades  aussi  bien  que  le  personnel,  doivent 
veiller  à  l’exécution  stricte  du  présent  article  qui  a  pour  but  l’ex¬ 
tinction  du  germe  de  la  maladie. 

4“  Tous  les  malades  sont  astreints  à  l’annotation  journalière  de  la 
température,  sur  les  graphiques  pour  cet  usage,  selon  les  indica¬ 
tions  données  par  les  Médecins. 

5“  La  plus  grande  propreté  et  l’ordre  le  plus  parfait  sont  e:çigés 
dans  les  chambres  et  dans  les  vêtements,  ainsi  que  dans  la  tenue 
pereonnelle  des  malades.  Les  vêtements  ne  seront  jamais  brossés 
dans  les  chambres.  Les  malades  non  alités  doivent  faire  leur  lit. 

6“  Les  malades  doivent  se  conformer  aux  prescriptions  indivi¬ 
duelles  qui  leur  sont  faites  par  les  Médecins,  à  l’horaire  indiqué  par 
l’ordre  du  jour,  ainsi  qu’aux  divers  règlements  spéciaux  appliqués 
dans  la  formation.  Les  discussions  de  toute  nature,  les  jeux  vio¬ 
lents,  les  jeux  d’argent  sont  interdits,  ainsi  que  le  trafic  ou 
l'échange  des  aliments. 

7”  Il  est  défendu  de  fumer  dans  la  maison  et  dans  les  galeries. 

8“  Il  est  défendu  de  séjourner  pendant  le  jour  dans  les  chambres 
à  coucher  sans  prescriptions  spéciales  du  Médecin,  ainsi  que  d’y 
garder  de  la  lumière  sans  nécessité  après  l’extinction  des  feux. 

9“  Il  est  défendu  d’introduire  dans  la  maison  des  boissons  spiri- 
tueuses.  .  ^ 

10“  L’entrée  des  machines,  des  sous-sols,  de  la  cuisine  et  de  ses 
dépendances,  de  la  lingerie  et  des  différents  services  généraux, 
ainsi  que  des  casernements  de  la  formation,  est  interdite  aux 
malades. 

11“  Lorsque  leur  état  le  permettra,  les  malades  pourront  être 
employés  sur  l’ordre  du  Médecin-chef  à  certains  travaux,  notam¬ 
ment  aux  travaux  agricoles  ou  au  jardinage. 

12»  Les  malades  sont  responsables  des  objets  (crachoir,  thermo¬ 
mètre)  qui  leur  sont  confiés. 

13“  Les  chambres,  les  lits,  les  places  à  table  et  sur  la  galerie  sont 
attribués  ou  modifiés  selon  les  besoins  du  service,  sans  que  cette 
décision  puisse  donner  lieu  de  la  part  des  malades  à  aucune  contes¬ 
tation  ou  réclamation. 

14“  Les  malades  doivent  toujours  être  polis  avec  les  Infirmiers. 
S’ils  ont  à  se  plaindre  de  l’un  deux,  ils  le  feront  connaître  à  l’Infir- 
mier-major  de  la  division. 


INSTRUCTION  GÉNÉRALE 


15®  Il  est  interdit  de  siffler,  de  chanter,  de  faire  battre  les  portes, 
et,  d’une  façon  générale,  de  faire  du  bruit  dans  l’Hépital.  Cette  pres¬ 
cription  est  particulièrement  rigoureuse  avant  l’heure  du  lever  et 
après  celle  du  coucher. 

16®  Les  malades  seront  rasés  régulièrement  si  leur  état  le  permet; 
les  cheveux  seront  coupés  tous  les  quinze  jours. 

Règlement  du  Réfectoire. 

1®  Les  malades  doivent  arriver  ensemble  à  la  salle  à  manger  et  en 
sortir  de  même. 

2®  Pendant  les  repas,  les  conversations  ne  doivent  pas  s’éléver 
au-dessus  du  ton  de  la  discrétion  et  de  la  politesse.  Aucun  tapage 
ne  sera  toléré.  Les  gradés  sont  responsables  de  l’ordre.' 

3®  Les  malades  ne  doivent  pas  se  servir  eux-mêmes,  ni  changer 
de  place  sans  autorisation. 

4®  Les  réclamations  qui  pourraient  se  produire  concernant  le  ser¬ 
vice  ou  l’alimentation  doivent  être  adressées  au  gradé  de  service 
qui  les  transmettra. 

5®  Les  malades  doivent  veiller  à  la  propreté  des  tables  et  du  par¬ 
quet,  éviter  de  répandre  les  liquides,  de  projeter  des  débris  alimen 
taires  et  s’attacher  à  faciliter  la  tâche  du  personnel. 

6°  Après  les,  repas,  les  malades  doivent  remettre  dans  les  paniers 
à  cet  usage  les  ustensiles  de  table  àMésinfecter. 

7®  Aucun  aliment  ne  doit  être  emporté  hors  du  réfectoire,  le  gas¬ 
pillage  des  aliments  est  sévèrement  interdit,  ainsi  que  leur  échange 
ou  leur  trafic. 

Règlement  de  la  galerie  de  cure. 

Pendant  les  heures  de  cure  de  repos  obligatoire,  fixées  par  l’ho¬ 
raire  journalier  : 

1®  Les  malades  doivent  être  constamment  étendus  sur  leur  chaise 
longue  respective; 

2®  Les  chaussons  et  espadrilles  sont  de  rigueur  à  l’exclusion  de 
toute  autre  chaussure  ; 

.  3®  Les  jeux  sont  interdits  ; 

4®  Les  chants,  les  cris,  les  rires  bruyants,  qui  troublent  le  repos 
général,  sont  interdits  ;  les  conversations  même  doivent  être  très 
modérées,  la  parole  provoquant  la  toux  ;  après  les  repas  principaux , 
le  silence  est  de  rigueur  ; 

5®  Les  malades  ne  doivent  pas  changer  de  place  sans  autorisation  ; 

6®  Les  chaises  longues  ne  doivent  être  ni  traînées,  ni  déplacées, 
ni  renversées  et  ne  Rivent  servir  qu’à  la  cure  de  repos  ; 


SU6  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  267 


7»  L’usage  de  l’encre  est  prohibé  sur  les  galeries  ; 

8“  Il  est  interdit  de  fumer; 

9“  Les  malades  doivent  avoir  soin  du  matériel  qui  leur  est  confié 
et  dont  ils  sont  responsables  ;  ne  pas  détériorer  ni  jeter  -les  chaises, 
matelas  et  couvertures.  Les  couvertures  doivent  être  par  leurs  soins 
apportées  le  matin  et  remportées  le  soir,  dans  les  chambres.  Dans 
l’intervalle  des  séances  de  cure,  elles  doivent  être  pliées  et 
rangées. 

Les  infractions  au  présent  règlement  pourront  entraîner  la  sup¬ 
pression  des  sorties  et,  en  cas  de  récidive,  des  peines  disciplinaires. 

Réglement  des  Promenades  et  Sorties. 

Les  malades  qui  font  partie  des  deuxième  et  troisième  séries 
sont  autorisés  à  sortir  de  l’Hôpital  aux  heures  des  promenades 
réglementaires.  Ces  promenades  ont  pour  but  de  procurer  aux 
malades  qui  en  ont  besoin  une  certaine  dose,  toujours  modérée, 
d’exercice,  en  même  temps  qu’une  distraction  utile.  Elles  doivent 
avoir  lieu  au-grand  air,  en  dehors  des  villages.  Les  malades  doivent, 
de  préférence,  commencer  par  la  montée  et  laisser  la  descente 
pour  le  retour,  afin  d’éviter  les  surprises  de  la  distance  et  de  pou¬ 
voir  rentrer  sans  hâte  et  sans  essoufflement.  En  général,  et  sauf  les 
prescriptions  médicales  individuelles  auxquelles  les  malades  doivent 
se  conformer,  la  marche  sera  lente,  entrecoupée  de  fréquents  repos, 
exempte  de  course  et  d’exercices  violents. 

2°  En  cas  de  vent,  pluie,  neige  ou  brouillards,  les  promenades 
journalières  n’ont  pas  lieu. 

3“  Le  séjour  dans  les  cafés  ou  estaminets,  toujours  préjudiciable  à 
la  santé  des  malades,  est  formellement  interdit. 

4»  En  dehors  des  promenades  ordinaires,  les  malades  peuvent 
être  autorisés  à  sortir  de  l’Hôpital  à  l’occasion  de  la  visite  de  leurs 
parents  ou  amis.  Dans  ce  cas,  l’autorisation  devra  être  demandée 
par  les  Visiteurs  au  Médecin-chef.  Aucune  sortie  ne  peut  être  accor¬ 
dée  à  un  malade  sans  l’assentiment  préalable  du  Médecin  traitant. 
La  permission  accordée  pourra  toujours  être  retirée  si  le  temps  est 
mauvais  ou  si  l’état  du  malade  ne  permet  pas  la  sortie. 

5»  Les  sorties  auront  lieu  dans  l’intervalle  des  deux  repas.  En 
aucun  cas,  il  ne  sera  accordé  de  permission  pour  la  nuit. 

6^  Les  malades  ne  doivent  pas  oublier  que  les  sorties  ou  les 
absences  extra-réglementaires  sont  d’une  façon  constante  préjudi¬ 
ciables  à  leur  santé. 

Dans  l’intérêt  même  des  malades,  des  mesures  sévères  seront 
prises  contre  toute  infraction  à  ce  règlement.  A  la  première  infrac- 


INSTHUCTION  GÉNÉRALE 


tion,  le  délinquant  recevra  une  réprimande  du  Médecin-chef  et  il 
encourra  la  suspension  temporaire  ou  définitive  des  sorties. 

Toutes  les  prescriptions  que  nous  venons  de  passer  en  revue  de¬ 
vront  être  rigoureusement  observées  par  le  malade. 

Dans  les  cas,  d'ailleurs  assez  fréquents,  où  ni  l’instruction,  ni  la 
persuasion  ne  sont  efficaces,  il  ne  faut  pas  craindre  de  recourir  à  la 
contrainte.  Aussi,  la  surveillance  des  malades  joue-t-elle  un  grand, 
rôle  dans  un  établissement  de  ce  genre  et  surtout  dans. un  hôpital 
militaire,  où  l’on  ne  dispose  contre  les  indociles  et  les  indisci¬ 
plinés  que  de  faibles  sanctions,  où  le  renvoi  est  impossible  et  où  le 
meilleur  moyen  d’assurer  l’observation  du  règlement  est  la  présence 
du  gradé. 

Contre  les  indociles  et  les  malveillants,  des  sanctions  sont  néces-  ' 
saires.  La  plus  simple  et  là  meilleure  est  l’établissement  d’une 
chambre  de  consignés,  où  les  délinquants  demeurent  privés  de  vête- 
rnents,  de  tabac  et  de  cartes  et  soumis  au  repos  au  lit.  Cette  puni¬ 
tion,  qui  ne  peut  encourir  le  reproche  d’être  nuisible,  est  d’une 
réelle  efficacité  ;  elle  est  très  redoutée. 

Enfin,  il  est  avantageux  de  faire  connaître  aux  malades  qui  ne 
comprennent  pas,  ou  affectent  de  ne  pas  comprendre  l’utilité  des 
réglementations,,  prescriptions  et  interdictions  hygiéniques  aux¬ 
quelles  ils  sont  soumis  èt  qui  cherchent  à  les  éluder,  qu’aux  fermes 
de  l’article  34  de  l’Instruction  concernant  les  Services  des  «  Pen¬ 
sion^  militaires  v,  l’incurabilité  ne  doit  être  déclarée,-  en  ce  qui  con¬ 
cerne  les  affections  chroniques,  qu’après  que  toutes  les  ressources 
thérapeutiques  ont  été  épuisées  sans  résultat.  Il  en  résulte  que, 
dans  le  cas  où  le  traitement  ne  peut  pas  être  appliqué  du  fait  du 
malade,  ses  droits  éventuels  à  la  pension  sont  compromis.  L’appli¬ 
cation  de’  cette  réglementation  peut  être  d’un  exemple  salutaire.  Il 
en  est  de  même  des  restrictions  et  suppressions  toujours  possibles 
des  permissions. 

CHAPITRE  IV 

Fonctionnement  médical  d’on  Hôpital  sanitaire. 

Le  but  de  l’Hôpital  sanitaire  est  triple  :  thérapeutique,  il  doit  soi¬ 
gner  les  tuberculeux  aussi  bien  que  possible  ;  prophylactique,  il 
doit  les  instruire  sur  les  moyens  d’éviter  de  propager  leur  mala¬ 
die;  de  triage,  enfin,  il  permet  d’éliminer  les  malades  indûment 
adressés. 

L’envoi  des  tuberculeux  dans  les  Hôpitaux  sanitaires  est  fait 
sous  le  contrôle  technique  des  Médecins  de  Secteur.  Ce  sont  eux 
qui  ont  la  charge  de  rechercher  ces  malades  dans  les  différentes 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  269 


formations  dont  ils  ont  la  surveillance.  Suivant  les  instructions  de 
la  présente  circulaire,  seront  envoyés  dans  les  Hôpitaux  sanitaires 
«  à  l’exclusion  de  tous  autres  »  les  tuberculeux  pulmonaires  con¬ 
firmés,  ouverts  ou  fermés.  Les  douteux  ou  suspects,  les  malades 
dits  »  en  imminence  »,  les  malades  présentant  des  lésions  particu¬ 
lièrement  graves  ou  de  pronostic  fatal  ne  doivent  en  aucun  cas  y 
être  envoyés. 

Classement  des  Malades. 

Le  triage  des  entrants  à  l’Hôpital  sanitaire  s’exerce  donc  sur  des 
malades  déjà  sélectionnés.  Malgré  tout,  il  présente  une  utilité  et 
une  importance  incontestable  pour  .le  classement  des  tuberculeux 
et  leur  répartition  dans  telle  ou  telle  salle,  suivant  la  gravité  de  la 
maladie  constatée. 

A  cet  effet,  tous  les  malades  à  leur  entrée  dans  l’Hôpilal  sont 
dirigés  dans  un  service  spécial.  Là,  immobilisés,  ils  sont  soumis 
pendant  une  moyenne  d’une  huitaine-  de  jours  à  l’observation  jour¬ 
nalière  du  Médecin  (température,  analyse  des  crachats,  radioscopie, 
pesée,  etc.),  pour  être  à  l’issue  de  cette  période,  classés  dans  une 
des  séries  suivantes  : 

a)  Contagieux  (à  expectoration  bacillifère)  ; 

b)  Non  contagieux  (sans  expectoration  bacillifère)  ; 

c)  Indûment  adressés  ;  à  renvoyer  dans  une  formation  non  spécia¬ 
lisée  pour  qu’une  décision  soit  prise  à  leur  égard. 

Les  contagieux  sont  séparés  des  non-contagieux  dans  la  plus  large 
mesure  possible.  Ils  couchent  dans  des  dortoirs  spéciaux  sinon  dans 
des  bâtiments  distincts  ;  au  réfectoire,  comme  à  la  galerie  de  cure, 
leurs  places  sont  réservées,  séparées  de  celles  des  non-conta- 
gieUx. 

Dans  chacune  de  ces  deux,  grandes  divisions  *,  il  y  aura  lieu  de 
répartir  encore  les  malades  en  plusieurs  catégories  : 

1“  Malades  alités. 

2°  Malades  au  repos  complet  (légèrement  fébricitants  et  dont  le 
poids  diminue). 

L’ordre  du  jour  de  cette  catégorie  comprend  6  heures  de  chaise 
longue,  au  grand  air  ;  le  reste  du  temps  est  consacré  à  des  jeux  ou 
à  des  distractions  sédentaires,  sur  la  terrasse  ou  dans  les  salles  de 
récréation. 

1.  Tous  les  malades  d’une  même  catégorie  sont  désignés  par  un  insigne 
extérieur  apparent,  fixé  au  vêtement  d’hôpital,  ce  qui  les  rend  aisément 
reconnaissables  pour  les  gradés  chargés  de  la  surveillance  des  divers 
exercices  prescrits  par  l’ordre  du  jour. 


270  INSTRUCTION  GÉNÉRALE 

3°  Malades  au  repos  mitigé  avec  des  exercices  gradués. 

Cette  catégorie  à  4  heures  dé  chaise  longue,  réparties  dans  la 
journée  et  environ  2  heures  de  promenade  au  grand  air  graduée  eu 
deux  fois.  ■ 

4“  Malades  soumis  à  l'entrainement  progressif,  puis,  s’il’y  a  lieu,  au 
travail  méthodique  et  au  jardinage. 

Tous  les  malades  sont  soumis  à  un  traitement  à  la  fois  hygiénique 
et  médical.  Le  traitement  médical  variera  avec  chaque  cas  particu¬ 
lier  ;  c’est  affaire  d’appréciation  laissée  à  la  compétence  du  Méde¬ 
cin,  nous  n’avons  pas  à  en  faire  l’étude  ici.  La  partie  hygiénique  du 
traitement  doit  viser  l’aération  continue  d’une  part,  le  repos  et 
l’alimentation  individualisés  d’autre  part.  On  arrive  à  ce  résultat  par 
un  emploi  du  temps  réglé  par  l’ordre  du  jour  suivant  : 

Emploi  du  Temps. 

6  h.  45  :  Lever. 

7  h.  15  :  Aération  des  lits. 

7  h.  30  :  Premier  déjeuner. 

7  h.  45  :  Réfection  des  lits. 

8  h.  45  à  10  h.  15  : 

Première  série.  —  Chaise  longue. 

Deuxième  série.  —  8  h.  15  à  9  h.  30  :  promenade. 

9  h.  30  à  10  h.  15  :  chaise  longue. 

Troisième  série.  —  8  h.  15  à  9  h.  30  :  promenade. 

9  h.  30  à  10  h.  15  :  travail  (jardinage,  etc.). 

10  h.  15  ;  Dîner. 

11  B.  15  à  14  .h.  30  : 

Première  série.  —  11  h.  15  à  13  h.  45  :  chaise  longue. 

13  h.  45  à  14  h.  30  .:  séjour  sur  la  terrasse. 

Deuxième  série.  —  11  h.  15  à  12  h.  45  :  chaise  longue. 

12  h.  45  à  14  h.  30  :  séjour  sur  la  terrasse. 

Troisième  "série.  —  11  h.  15  à  12  h.  45  :  repos  sur  la  terrasse. 

12  h.  45  à  14  h.  30  :  travail. 

14  h.  30  :  Goûter. 

15  h.  à  17  heures  ; 

Première  et  deuxièmes  séries.  —  15  h.  à  16  h.  :  chaise  longue. 

16  h.  à  17  h.  :  séjour  sur  la  terrasse, 
troisième  série.  —  Travail. 

17  h.  :  Souper. 

17  h.  45  à  20  h.  30  : 

Première  série.  —  17  h.  45  à  19  heures  :  chaise  longue  (sauf 
dimanche). 

19  h.  20  à  20  h.  30  :  jeux. 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  271 


Deuxième  et  troisième  séries.  —  17  h.  45  à  19  h.  :  promenade. 
19  h.  à  20  h.  30  :  jeux. 

20  h.  30  :  Coucher. 

21  h.  :  Extinction  des  feux. 

Série  0.  —  Malades  alités  :  ils  prennent  leurs  repas  aux  mêmes 
heures,  mais  à  la  chambre. 

Série  1.  —  1°  Malades  légèrement  fébricitants  ou  dont  le  poids 
diminue. 

,2®  Malades  nouvellement  entrés  jusqu’à  indication  con¬ 
traire.  (Peuvent  se  lever,  mais  ne  doivent  pas  sortir.) 
Série  2.  —  Malades  pouvant  se  lever  et  sortir. 

Série  3.  —  Malades  devant  travailler.  —  Ces  malades  sont  utilisés 
dans  l’hôpital  à  des  menus  travaux  de  jardinage  pen¬ 
dant  une  durée  totale  de  2  h.  1/2  par  jour,  réparties 
en  deux  séances. 

L’alimentation  doit  faire  l’objet  de  mesures  et  de  surveillance 
spéciales. 

Le  menu  doit  être  aussi  varié  que  possible,  basé  avant  tout  sur  les 
denrées  et  qualités  réglementaires.  Les  oeufs  font  partie  des  supplé¬ 
ments  que  les  hôpitaux  sont  autorisés  à  donner.  La  viande  crtie  est 
délivrée  par  la  Pharmacie. 

Nous  formulerons,  à  titre  d’exemple,  dans  le  tableau  ci-contre,  le 
régime  du  malade. 

Régime  alimentaire  des  Malades. 

A.  —  Déjeuner  ;  Soupe  pour  tous  les  régimes  et  pain. 

B.  —  Goûter  :  Café  au  lait  ou  fromage  ou  chocolat  ou  confiture  (au 

choix  pour  tous  les  régimes). 

C.  —  Repas  principaux  : 

1“  Grand  régime.  Ordinaire  auquel  on  ajoute  :  1  œuf  ou  charcu¬ 
terie  ou  sardines  ou  thon  (en  supplément  au  choix). 

2®  Petit  régime  (Édentés.  Anorexiques.  Dyspeptiques)  par  repas  : 
Potage.  Purée. 

Viande  palpée  ou  hachée  suivant  la  saison. 

2  œufs  le  matin.  1  œuf  le  soir. 

Vin  ou  lait. 

3“  Régime  spécial  (Alités)  par  repas  : 

Potage.  Purée. 

Lait.  2  œufs  ou  viande  (sur  prescriptions). 


272 


INSTRUCTION  GÉNÉRALE 


CHAPITRE  V 

Moybns  d’éducation  hygiénique  ,  et  prophylactique. 

Cette  éducation  est  souvent  l’œuvre  personnelle  des  Médecins  qui 
doivent  s’attacher  à  demeurer  en  contact  individuel  et  permanent 
avec  leurs  malades  et  à  vivre  en  quelque  sorte  avec  eux.  L’autorité, 
le  raisonnement,  la  persuasion,  l’ambiance  organisée, entièrement 
dans  ce  sens,  la  vertu  de  l’exepiple,  la  suggestion  y  ont  leur  place. 

L’œuvre  de  persuasion  individuelle,  qui  est  prépondérante,  est 
très  utilement  complétée  et  secondée  par  l’instruction  des  malades. 

L’instruction  est  réalisée  : 

Par  l’aftichage  dans  les  locaux  des  indications  essentielles  relatives 
à  la  contagion  par  les  crachats.  Tel  est  le  but  de  Tafûche  suivante, 
répandue  à  profusion  : 

«  La  tuberculose  se  propage  surtout  par  les  crachats  desséchés  et 
réduits  en  poussière,  la  destruction  du  germe  infectant  peut  donc 
'  être  presque  entièrement  réalisée  par  l’usage  du  crachoir.  C’est  le 
seul  moyen  efficace  et  certain  de  préserver  de  la  contagion  les 
personnes  saines  et  les  malades  eux-mêmes,  qui  ont  tout  à  redouter 
des  infections  surajoutées. 

«  Il  est  rigoureusement  interdit  aux  malades  de  cracher  en  dehors 
des  crachoirs  collectifs  et  individuels  qui  sont  à  leur  disposition,  aussi 
bien  à  l'extérieur  que  dans  l'hôpital.  » 

On  peut  compléter  ces  indications  par  la  no'te  suivante,  faisant 
appel  au  souci  de  l’intérêtindividuel,  toujours  plus  efficace  que  toute 
considération  collective  et  qui  doit  être  affichée  dans  toules  les 
pièces  : 

«  Toutes  les  précautions  sont  prises  pour  que  les  malades  en  trai¬ 
tement  à  l’Hêpital  sanitaire  n’aient  rien  à  redouter  de  la  contagion 
.  mutuelle.  Toutefois,  ces  mQsures  ne  peuvent  être  efficaces  qu’autant 
que  les  malades  prêteront  leur  concours  à  leur  exécution,  particu¬ 
lièrement  en  ce  qui  concerne  la  destruction  des  crachats  et  qu’ils 
veilleront  eux-mêmes  à  ce  qu’elles  soient  respectées  par  leurs 
camarades. 

«  Un  camarade  qui  crache  par  terre  est  dangereux  pour  tous  les 
autres,  il  porte  à  ses  camarades  un  préjudice  direct,  à  vous  d’y  ' 
veiller.  La  surveillance  exercée  par  les  Médecins  et  les  gradés  sera 
sans  efficacité  suffisante  si  elle  n’est  pas  appuyée  par  le  concours 
unanime  et  la  bonne  volonté  de  tous  les'malades  exerçant  les  uns  et 
les  autres  le  contrôle  et  la  surveillance  mutuels  indispensables.  » 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MILITAÏRES  TUBERCULEUX  273 

Enfin,  la  distribution  d’instructions  imprimées  sous  le  titre  de 
«  Coriseils  aux  Malades  »  à  chaque  entrant,  lui  rappelant  ce  qu’il  doit 
faire  et  éviter  pendant  et  après  son  traitement  à  rHôpital,  contribue 
à  aider  et  à  faciliter  cette  influence  éducatrice. 

Justin  GODART. 


ANNEXE  N“  2. 

Stations  sanitaires.  —  Convention. 

L’an  mil  neuf  cent  quinze,  le  trente  et  un  décembre,  entre  le 
Département  de  l’Intérieur  et  celui  de  la  Guerre, 

Il  a  été  convenu  et  arrêté  ce  qui  suit  : 

Ahticle  premier.  —  Le  Département  de  l’Intérieur  s’engage  à' rece¬ 
voir  dans  les  Etablissements  spéciaux  organisés  à  cet  effet  les  mili¬ 
taires  çn  instance  de  réforme  pour  tuberculose  de  l’appareil 
respiratoire,  dirigés  sur  lesdits  Etablissements  pour  y  être  traités 
au  titre  militaire,  pendant  unp  période  de  trois  mois  au  plus  à  dater 
de  leur  admission.  La  réception  aura  lieu  sur  la  proposition  du 
Directeur  du  Service  de  Santé  régional  et  dans  la  limite  des 
places  disponibles. 

Art.  2.  —  Le  Ministre  de  l’Intérieur  fournira  au  Ministre  de  la 
Guerre,  au  fur  et  à  mesure  de  leur  ouverture,  l’indication  des  Eta¬ 
blissements  affectés  à  cette  hospitalisation  spéciale.  Ces  Etablisse¬ 
ments  prendront  le  nom  de  «  Stations  sanitaires  ». 

Art.  3.  —  Les  dépenses  afférentes  à  l’entretien  et  au  traitement 
des  militaires  admis  dans  les  Etablissements  ci-dessus  visés  seront 
supportées  par  le  Départementde  l’Intérieur  moyennant  la  contribu- 
bution  forfaitaire  uniforme  de  3  francs  par  journée  de  traitement, 
qui  lui  sera  fournie  par  le  Département  de  la  Guerre  dans  les  condi¬ 
tions  de  paiement  fixées  à  l’article  S. 

Art.  4.  —  La  fourniture  des  appareils  prothétiques  aux  militaires 
en  traitement  dans  lesdits  Etablissements  incombera,  en  tout  cas,  au 
Service  de  Santé  militaire. 

11  en  sera  de  même  des  frais  de  sépulture  des  militaires  décédés  et 
des  frais  d’inhumation.  11  sera  procédé  aux  inhumations,  dans  la 
REV.  d’hyg.  XL  —  18 


274  INSTRUCTION  GÉNÉRAXE 

mesure  du  possible,  en  conformité  du  règlement  applicable  aux 
inhumations  pailUaires.  Les  dépenses  résultant  de  ces  inhumations 
seront  comprises  dans  les  factures  industrielles  dont  il  est  question 
dans  l’article  5  précité. 

Art.  5.  ^  Le  montant  de  la  contribution  forfaitaire  du  Départe¬ 
ment  de  la  Guerre  sera  remboursé  directement,  en  fin  de  trimestre, 
à  chaque  Etablissement  intéressé,  par  les  soinsl  du  Directeur  du 
Service  de  Santé  de  la  région  de  Corps  d’armée,  sur  le  vu  des  pièces 
justificatives  suivantes  : 

1»  Un  compte  trimestriel  en  journées,  par  établissement,  en  double 
expédition  (modèle  8),  certifié  exact  par  le  Directeur  de  chaque  éta¬ 
blissement. 

2“  Une  facture  trimestrielle  décomptée,  récapitulative  (modèle  10), 
en  double  expédition  dont  une  sur  papier  timbré. 

Les  documents  qui  précèdent  devront  être  fournis  au  Directeur  du 
Service  de  Sauté  de  la  région  de  Corps  d’armée  dans  les  premiers 
jours  du  mois  qui  suit  la  fin  du  trimestre. 

Art.  6.  —  La  présente  convention  est  passée  pour  une  période 
d’un  an,  à  partir  du  l»*'  jafiVierlOlO.  A  défaut  de  dénonciation,  par 
l’une  des  parties  contractantes  trois  mois  avant  son  expiration,  la¬ 
dite  convention  continuera  à  Avoir  son  effet  par  tacite  reconduction 
■  pour  de  nouvelles  périodes  successives  de  trois  en  trois  mois,  sauf 
dénonciation  par  l’une  des  parties  dans  le  courant  du  premier  mois 
du  trimestre  précédent. 

P/O  Le  Ministre  de  l’Intérieur  : 

Le  Directeur  de  l'Assistance  et.de  l'Hygiène  publiques. 

Signé  :  BRISAC. 

Le  Sous-Secrétaire  d’État  du  Service  de  Santé  militaire, 


Signé  ;  Justin  GODART. 


SUR  L’HOSPITALISATION  DES  MlUTAIRES  TUBERCULEUX  275 


MINISTÈRE 
L'INTÉRIEUR 
MINISTÈRE 
LA  GUERRE  (1) 


ANNEXE  N»  3. 


(Modèle  1). 


Station  sanitaii'e  on  Hôpital  sanitaire  de  (1) 
Département  de 


Fiche  médicale  de  départ 

de  Si.  ,  âgé  de 

entré  le  ,  sorti  ^  le 

Renseignements  a  fournir  obligatoirement. 


Poids  du  malade  nu  :  à  l’entrée 
Recherche  des  bacilles  i 
dans  les  crachats  l 

Si  le  malade  n’a  pas  craché,  J 
noter  cette  absence  d’expec-  \ 
toration  pendamt  tout  le  sé-  r 
jour  à  la  station.  \ 

Le  malade  a-t-il  de  la  fièvre"! 
Quand,  comment,  pendant  com 
bien  de  temps? 

Le  malade 

a-t-il  eu  des  complications  ? 

I  Lesquelles  ?  A  quelles  dates  ? 

'(1)  Biffer  les  mots  inutiles. 


Résultat!  des  examens  : 


Renseignements  complémentaires  facultatifs  laissés  a  l’initiative 
DU  Médecin  traitant. 

Aptitude  au  travail.  | 

f  Le  siège  et  l’étendue  des  lésions  constatées  des 
État  lésionnel  •  ••  •  )  2®  et  3®  degrés  sont  indiqués  sur  des 

(  graphiques  annexés. 

Observations  diverses  : 


Signature  du  Médecin  traitant  : 


276 


INSTRUCTION  GÉNÉRA,LE 


ANNEXE  N»  3. 


Station  sanitaire  on  Hôpital  sanitaire  de  (1) 


Département  de 


Fiche  administrative  de  départ 
d’on  militaire  admis  dans  une  station  sanitaire 

00  ON  HOPITAL  SANITAIRE  (i). 


Noms  et  prénoms 
Age 

Sorti  le 

Résidence  choisie 
Situation  de  famille 


POSITION  MILITAIRE 


iEn  instance  de  réforme. 
Réforme  temporaire  n»  2. 
Réforme  définitive  n»  2. 

Proposé  pour  la  : 
Réforme  temporaire  n”  1  ) 
Réforme  définitive  n»  i  > 
Pension  de  retraite 


(1)  Biffer  les  mots  .ii 


SUR  L'HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX  217 


ANNEXE  N»  4. 

«INISTÈRE  DE  LA  GUERRE 


SOUS-SECRÉTARIAT  D'ÉTAT  DU  SERVICE  DE  SANTÉ  MILITAIRE 
CONSEILS  D’HYGIÉNE 

aux  Malades  atteints  d’affections  des  voies  respiratoires 
(Tnberculos.es,  Bronchite  chronique,  Pleurésie']. 

Les  conseils  d’hygiène  sont  plus  importants  pour  la  guérison  que 
es  médicaments. 

1°  Le  repos  et  l’hygiène  générale. 

Evitez  l’excès  de  fatigue,  restez  étendu  après  le  repas,  pendant 
une  heure,  si  possible. 

Veillez  soigneusement  à  la  propreté  générale  du  corps  et  lavez- 
vous  tous  les  matins.  Avant  chaque  repas,  ne  manquez  pas  /de 
savonner  vos  mains.  Chaque  matin  et  chaque  soir,  lavez  votre  bou¬ 
che  et  brossez  bien  vos  dents. 

Fuyez  les  deux  poisons  :  Valeool  et  le  tabac. 

L’alcool  et  les  boissons  alcooliques  favorisent  le  développement  de  la 
tuberculose. 

Le  tabac  irrite  la  bouche  ;  il  trouble  l’appétit  et  retarde  la  diges¬ 
tion.  Il  sollicite  la  toux,  or  la  toux  blesse  le  poumon. 

2“  L’aération  et  le  logement. 

L’aération  est  indispensable  jour  et  nuit.  Dans  les  pièces  où  vous 
habitez  et  où  vous  couchez,  faites  en  sorte  que  l’air  se  renouvelle 
facilement  sans  courant  d’air,  de  façon  à  ne  pas  exposer  votre  corps 
aux  refroidissements.  Evitez  l’humidité. 

Ne  dormez  jamais  dans  le  même  lit  avec  une  autre  personne,  ni,  si 
possible,  dans  la  même  chambre. 

Evitez  les  poussières.  Il  ne  faut  jamais  balayer  à  sec.  Supprimez  les 
tapis,  tentures,  rideaux  d’étoffes. 

3“  L’alimentation. 

Prenez  des  aliments  nourrissants  :  vos  repas  doivent  comprendre 
en  particulier  de  la  viande.  Mâchez  lentement.  Evitez  les  repas 
excessifs. 


278 


HOSPITALISATION  DES  MILITAIRES  TUBERCULEUX 


4“  La  contagion. 

Les  microbes  des  maladies  des  bronches’  et  des  poumons  sont 
contenus  dans  les  crachats.  Lorsque  les  crachats  se  dessèchent,  ces 
microbes  se  répandent  dans  l’air  et  se  mêlent  aux  poussières.  En 
respirant  ces  poussières  les  malades  entretiennent  leur  maladie  et  ris¬ 
quent  de  la  communiquer  à  leur  entourage. 

En  coi^équence,  NE  CRACHEZ  JAMAIS  PAH  TERRE. 

Chez  vous,  ne  crachez  que  dans  un  vase  contenant  un  peu  de 
liquide,  et  dehors,  dans  un  crachoir  de  poche.  Si,  par  exception, 
vous  avez  été  obligé  de  cracher  dans  votre  mouchoir,  îaites-le  bouillir 
le  même  jour  ou  tremper  dans  un  liquide  antiseptique  (crésyl  ou 
eau  de  Javel).  Be  toute  façon,  n'avalez  jamais  vos  crachats.  En  tous¬ 
sant  et  en  éternuant,  mettez  toujours  votre  mouchoir  devant  votre 
bouche  et  assez  près  de  vos  lèvres.  ;  . 

Adressez-vous  au  Comité  départemental  d’Assistance  aux  anciens 
militaires  tuberculeux,  à  la  Préfecture  de  votre  département. 

Il  vous  fera  donner  les  soins  indispensables  à  votre  guérison,  et 
vous  procurera  toute  l’aide  nécessaire  à  vous  et  à  votre  famille. 

Justin  GODART. 


I  '  Modèle  d’affiche. 

ANNEXE  N»  5. 

MlNISTÈnS  DE  LA  GUERRE 

SOUS-SECRÉTARIAT  D’ÉTAT  DU  SERVICE  DE  SANTÉ  MILITAIRE 

POUR  LES  MILITAIRES  RÉFORMÉS 
POUR  MALADIES  DES  VOIES  RESPIRATOIRES 
(Tuberculose  —  Bronchite  chronique  —  Pleurésie).,. 

Dans  chaque  département,  il  existe  un  Comité  départemental 
d’Assistance  aux  anciens  militaires  tuberculeux. 

Le  Comité  départemental  a  pour  objet  de  venir  en  aide  aux  réfor¬ 
més  pour  tuberculose  pulmonaire,  de  leur  procurer  les  soins  néces¬ 
saires  ou  du  travail,  de  secourir  leur  famille,  et  d’assurer  la  pré¬ 
servation  du  foyer  contre  la  contagion. 

N’hésitez  pas  à  vous  adresser  au  Comité  d’Assistance  aux  anciens 
militaires  tubercüleux,  qui  a  son  siège  à  ta  Préfecture  de  votre 
département. 


Justin  GODART. 


INSTRUCTIONS  POUR  LA  LUTTE  CONTRE  LES  MOUSTIQUES  279 


INSTRUCTIONS 

POUR  LA  LUTTE  CONTRE  LES  MOUSTIQUES 
LES  MOUSTIQUES  ET  LES  MALADIES  QU’ILS  TRANSMETTENT 
par  MM.  les  D«  GHANTEMESSE  et  JULES  RENAULT 

Les  moustiques  sont  des  insectes  toujours  désagréables, 
très  souvent  dangereux. 

Ils  troublent  le  sommeil  par  le  bruit  qu’ils  fout  et  beaucoup 
plus  encore  par  leurs  piqûres  qui  déterminent  une  vive  cuisson, 
avec  parfois  éruptions  urticariennes  :  ce  sont  de  petits  incon¬ 
vénients  à  côté  des  gravés  maladies  .que  certains  d’entre  eux 
peuvent  transmettre. 

1®  Les  cw/ea;  transmettent  la  filariose; 

2®  Les  anophèles,  le  paludisme; 

3“  Les  stégomyas,  la  fièvre  jaune. 

Ces  espèces  de  moustiques  intéressent  plus  particulièrement 
l’hygiéniste  :  vivent-elles  dans  nos  pays  et  y  trouvent-elles 
réunies  les  conditions  nécessaires  à  la  transmission  de  ces 
affections? 

Culex.  —  Les  culex  sont  des  moustiques  cosmopolites,  dont 
les  nombreuses  espèces  peuvent,  presque  toutes,  servir  d’hôtes 
intermédiaires  à  la  filaire  :  ce  sont  eux  qui  constituent  la  majo¬ 
rité  des  moustiques  de  nos  pays.  Le  Culex  fatigans  n’existe  pas 
en  France,  mais  on  trouve  dans  toute  l’Europe  le  Culex  pipiens 
capable  de  transmettre  la  filariose. 

Anophèles.  —  Les  anophèles  étaient  a.utrefois  très  abondants 
dans  certaines  régions  de*  France  :  Sologne,  Bombes,  Brenne, 
Camargue;  leur  nombre  a  beaucoup  diminué  à  la  suite  des 
travaux  d’assainissement,  mais  ils  y  existent  toujours.  On  en 
a  recueilli,  du  reste,  dans  toute  la  France.  Ils  vivent,  non  dans 
les  villes,  mais  dans  les  banlieues  et  à  la  campagne. 


D«  CHANTEMESSE  ET  J.  RENAULT 


Stégomyas.  —  Les  slégomyas  ne  se  rencontrent  pas  habi¬ 
tuellement  en  France;  très  sensibles  aux  variations  thermiques, 
ils  vivent  dans  les  contrées. humides  où  la  température  oscille 
entre  25  et  35“;  les  pays  dans  lesquels  ils  peuvent  s’acclimater 
sont  compris  dans  deux  parallèles,  le  43®  de  latitude  Nord  et 
le  43*  de  latitude  Sud,  soit,  pour  nos  régions,  sur  les  côtes  du 
Portugal,  de  l’Espagne,  dans  une  grande  partie  de  l’Italie,  en 
Sicile,  en  Grèce,  à  Malte,  en  Tunisie,  en  Algérie,  sur  presque 
tout  le  littoral  et  les  îles  de  la  l^éditerranée,  entre  autres  les 
îles  d’Hyères  sur  la  côte  française.  Ils  peuvent  être  importés 
l’été  et  vivre  pendant  quelque  temps  dans  des  régions  où  la 
température  minima  des  nuits  est  de  22*  pendant  quelques 
mois  ou  quelques  jours,  ce  qui  explique  les  cas  de  fièvre  jaune 
qui  se  sont  produits  à  Marseille,  à  Brest,  à  Saint-Nazaire,  en 
Angleterré,  après  l’arrivée  des  bâtiments  contaminés,  sur  des 
personnes  qui  avaient  travaillé  à  bord  de  ces  bateaux  ou  habi¬ 
taient  aù  voisinage  du  port. 

Cuîex  et  filariose.  —  Lp  culex  absorbe  l’embryon  de  la  filaire 
en  suçant  le  sang  d’un  malade  atteint  de  filariose  (adéno- 
lymphocèle,  lymphoscrotum,  chylurie,  ascite  ou  hydrocèle 
chyleuses).  C’est  ordinairement  la  nuit  que  le  culex  s’infecte, 
car  les  embryons  de  la  filaire  n’apparaissent  dans  le  sang  péri¬ 
phérique  du  malade  que  la  nuit,  ou  plus  exactement  pendant 
le  sommeil. 

Les  embryons  absorbés  par  le  moustique  percent  leur  gaine 
au  bout  de  quelques  heures;  le  deuxième  jour,  ils  ont  tous 
disparu  de  l’estomac,  dont  ils  ont  traversé  les  parois,  pour 
envahir  les  muscles  du  thorax,  où  ils  se_  transforment  en 
larves;  le  dix-septième  jour,  si  la  température  est  favorable, 
les  larves  émigrent  vers  la  tête  et  vont  se  loger  dans  le  labium 
GU  gaine  de  la  trompe. 

C’est  au  moment  où  le  moustique,  ainsi  infiltré  de  ces  para¬ 
sites,  pique  l’homme  ÇLu’il  lui  communique  la  filaire,  les  larves 
pénétrant  activement  à  travers  la  peau  et  gagnant  les  vaisseaux 
lymphatiques. 

La  filariose  est  très  répandue  dans  les  pays  tropicaux.  On 
l’a  signalée  en  Espagne  et  en  Italie  chez  des  malades  qui 
n’avaient  jamais  habité  la  zone  intertropicale.  Dans  nos  pays 


INSTRUCTIONS  POUR  LA  LUTTE  CONTRE  LES  MOUSTIQUES  281 

OÙ  la  filariose  n’existe  pas,  les  culex  ne  s’infectent  pas  et  ne 
sont  que  des  hôtes  gênants;  mais  il  est  vraisemblable  que,  si 
des  sujets  atteints  de  filariose  étaient  amenés  en  France,  cette 
maladie  pourrait  être  transmise  par  le  culex  comme  dans  les 
fégions  tropicales. 

Anophèle  et  paludisme.  —  L’anophèle  femelle  s’infecte  en 
piquant  un  paludéen. 

L’hématozoaire  du  paludisme  présente  deux  modes  dè  repro¬ 
duction  :  1“  un  cycle  asexué,  schizogonie,  qui  se  passe  tout 
entier  dans  le  sang  de  l’homme  ;  2“  un  cycle  sexué,  sporogonie, 
qui  commence  dans  le  sang,  mais  ne  peut  se  terminer  que 
dans  un  hôte  intermédiaire,  l’anophèle. 

Le  sang  du  paludéen  contient,  en  plus  ou  moins  grand 
nombre,  suivant  qu’on  l’examine  au  moment  d’iin  accès  ou 
entre  les  accès,  les  formes  de  l’hématozoaire  aux  différents 
stades  de  son  évolution  schizogonique  :  corps  annulaires, 
schizontes,  corps  en  rosaces,  mérozoïtes. 

11  renferme  aussi  des  formes  du  début  de  l’évolution  sporo- 
gonique,  les  gamètes,  déjà  différenciés  dans  le  sang  en  gamètes 
mâles  du  microgamétocytes  et  gamètes  femelles  ou  macroga¬ 
mètes. 

Lorsqu’une  anophèle  pique  un  paludéen,  elle  absorbe  avec 
le  sang  le  parasite  à  ses  différents  stades;  les  gamètes  seuls 
sont  capables  d’infecter  le  moustique. 

Au  cours  des  vingt-quatre  premières  heures,  les  gamètes 
femelles  sont  fécondés  par  les  gamètes  mâles;  puis  les  œufs, 
pendant  les  différents  états  de  leur  évolution  (cokinète,  cokyste, 
zygote),  ont  traversé  les  parois  de  l’estomac,  sont  arrivés  dans 
la  cavité  générale  (système  circulatoire)  où,  se  rompant,  ils 
mettent  les  sporozoïtes  en  liberté;  ceux-ci  vont  s’accumuler 
dans  les  cellules  des  glandes  salivaires  et  sont  déversés  dans 
le  canal  excréteur  en  même  temps  que  la  salive,  où  ils  restent 
viyants  pendant  des  semaines. 

Une  température  de  20“  environ  est  nécessaire  pour  que  la 
sporogonie  s’opère;. aussi  l’endémie  palustre  ne  dépasse-t-elle 
pas  le  60“  de  latitude  Nord  èt  le  40“  de  latitude  Sud. 

C’est,  en  général,  huit  à  dix  jours  après  l’infection  du  mous¬ 
tique  que  les  premiers  sporozoïtes  arrivent  dans  les  glandes 


282  D«  CffiA.NTEMESSE  ET  J.  RENAUIiT 

salivaires.  C’esl  à  ce  moment  que  le  moustique  commence  à 
devenir  dangereux  pour  l’homme  qu’il  pique. 

Il  enfonce  dans  la  peau  les  six  stylets  contenus  dans  la  gaine 
de  la  trompe;  les  sporozoïtes  sont  injectés  avec  la  salive  par 
un  canal  situé  dans  l’un  des  stylets,  l’hypopharynx.  Le  mous¬ 
tique  peut  contaminer  successivement  plusieurs  personnes. 

ün  malade  ne  peut  infecter  l’anophèle  que  si  son  sang  con¬ 
tient  des  gamètes.  Or  les  gamètes  n’apparaissent  guère  dans 
le  sang  qu’ap^ès  plusieurs  accès  fébriles.  Aussi,  l’anophèle  est 
rarement  infectée  par  un  malade  au  début  du  paludisme,  con¬ 
trairement  à  ce  qui  se  passe  pour  la  ûèvre  jaune,  dans  laquelle 
le  sang  n’est  infectant  pour  le  stégomya  que  durant  les  trois 
premiers  jours  de  la  maladie. 

Par  contre,  Ib  paludéen  reste  ensuite  indéfiniment  infestant  : 
les  gamètes  augmentent  de  nombre  tant  que  les  accès  se  multi¬ 
plient  ;  ils  persistent  après  le  dernier  accès,  lorsque  le  malade 
semble  guéri;  on  en  trouve  dans  le  sang  pendant  deux  mois 
environ,  puis  ils  disparaissent.  Le  parasite  reste  à  l’état  latent, 
prôbablement'dans  la  rate,  d’où  il  peut,  grâce  à  certaines  con¬ 
ditions  favorables,  passer  dans  la  circulation  générale,  s’y 
multiplier  et  occasionner  ainsi  des  récidives.  Ce  sont  les  por¬ 
teurs  de  virus  qui,  s’ils  ne  sont  pas  recherchés  systématique¬ 
ment  et  traités  par  la  quinine,  infectent  les  emophèles  d’uiie 
région  jusque-là  indemne. 

Les  fémelles  de  moustiques  ne  restant  pas  infectées  de 
l’automne  au  printemps  suivant  et  les  jeunes  moustiques 
n’étant  pas  infectés  héréditairement,  il  faut  bien  admettre 
que  ce  sont  les  porteurs  de  virus  qui  infectent  les  femelles  au 
printemps  et  qui,  par  leur  intermédiaire,  sont  la  cauâe  des 
nouveaux  cas  humains  de  première  infection. 

Stégamya  et  fièvre  jaune.  —  Le  Stégomya  fascîata  {onStego- 
mya  calopus)  est  le  moustique  propagateur  de  la  fièvre  jaune. 
En  piquant  un  malade,  il  absorbe,  avec  le  sang,  le  germe 
pathogène  encore  inconnu. 

Le  malade  n’est  infectant  pour  le  stégomya  que  pendant  les 
trois  premiers  jours  de  la  maladie  et  le  moustique  ne  devient 
à  son  tour  infectant  pour  l'homme  que  dix  à  dix-huit  jours  après 
avoir  été  infecté. 


INSTRUCTIONS  POUR  LA  LUTTE  CONTRE  LES  MOUSTIQUES  283 

Il  est  logique  de  penser  que  le  virus  amarillique,  comme  les 
gamètes  du  paludisme'ou  les  embryons  de  la  lîlaire,  doit  subir 
dans  l’organisme  du  moustique  une  certaine  évolution  avant 
d’être  inoculé  à  l’homme. 

La  durée  de  la  virulence  du  moustique  infecté  est  très  longue  ; 
on  a  constaté  qu’elle  persistait  encore  après  deux  mois  :  c’est 
ainsi  qu’en  1823  la  fièvre  jaune  fut  apportée  à  Passages 
(Espagne)  par  un  bateau  parti  de  La  Havane  soixante-dix  jours 
auparavant  et  n’ayant  pas  eu  de  fièvre  jaune  à  bord  pendant  là 
traversée  (navire  Donosteria)  \  ' 

Aspect  des  moustiques.  —  I^s  moustiques  sont  t^es  diptères. 
Ils  constituent  la  famille  des  Culicidés. 

Les  culex  sont  de  petits  lyoustiques  longs  dei  3  à  8  milli¬ 
mètres,  aux  teintes  neutres,  généralement  plus  sombres  que 
les  anophèles.  Les  ailes  sont  claires  et  incolores. 

Les  anophèles,  longs  de  7  à  10  millimètres,  ont  une  couleur 
claire;  leurs  ailes  sont  tachetées;  ces  taches  caractéristiques 
sont  dues  à  des  agglomérations  d’écailles.  L’aUe  deVAnopheks 
maculipennis,  en  particulier,  porte  quatre  taches  disposées 
enV. 

Les  stégomyas,  plus  petits  que  les  précédents,  mesurent  de 
3  à  S  millimètres  ;  ils  sont  de  couleur  brun  foncéi  presque  noirs, 
avec  des  anneaux  blancs  sur  le  corps  et  sur  les  pattes. 

L’attitude  des  culicidés  au  repos  est  caractéristique  pour 
chaque  genre. 

Le  Culex  pipiens,  posé,  a  une  attitude-  bossue;  sa  tête  est 
inclinée  sur  le  support,  tandis  que  son  corps,  lui,  reste  dans 
l’ensemble  parallèle  ou  s’infléchit  légèrement  vers  lui. 

L’anophèle,  au  contraire,  est  rectiligne  ;  l’axe  du  corps  forme 
avec  le  support  un  angle  de  45”  au  moins. 

Les  stégomyas  ont  une  attitude  semblable  à  celle  des  culex, 
dont  ils  ne  diffèrent,  à  première  vue,  que  par  leur  taille. 

Si  l’on  examine  avec  une  loupe  le  moustique  capturé,  on  voit 
que  le  corps  est  formé,  comme  chez  tous  les  insectes,  de  trois 

1.  Ce  fait  est  important  et  doit  attirer  l'attention  des  conférence^  inter¬ 
nationales  visant  la  prophylaxie  des  maladies  dites  pestilentielles  exo¬ 
tiques.  Voir  :  Chantbmesse  et  Borel.  —  Moustiques  et  fièvres  jaunes. 
J.-B.  Baillière,  édit.,  190S. 


284 


D«  CHANTEMESSE  ET  J.  RENAULT 


segments  :  tête,  thorax,  et  abdomen.  Le  corps  est  recouvert 
d’écailles. 

La  tête  porte  l’appareil  buccal  et  les  antennes.  L’appareil 
buccal  est  disposé  pour  sucer.  La  trompe  est  formée  chez  la 
femelle  d’une  gouttière  ou  labium  qui  renferme  un  faisceau 
de  six  stylets;  elle  est  longue  et  grêle  chez  le  mâle,  qui  est 
incapable  de  percer  la  peau,  ce  qui,  chose  importante,  le  rend 
à  peu  près  inoffensif. 

Les  palpes  maxillaires  ont  la  même  longueur  que  la  trompe, 
dans  les  deux  sexes,  chez  les  anophèles.  Ceux  des  culex  et  des 
stégomyas  sont  aussi  longs  que  la  trompe  chez  le  mâle,  plus 
courte  que  la  trompe  chez  la  femelle. 

Le  thorax  porte  trois  paires  de  pattes  longues  et  grêles, 
impropres  à  la  marche,  deux  ailes  el,  une  paire  de  balanciers. 

L’abdomen  est  grêle,  formé  de  neuf  anneaux. 

Biologie.  —  Dans  nos  pays,  les  moustiques  apparaissent  au 
printemps,  abondent  en  été,  et  en  automne  disparaissent  aux 
premiers  froids.  Dans  le  Nord  de  l’Afrique,  ils  sont  moins 
abondants  en  hiver,  mais  ne  disparaissent  pas  complètement. 
Dans  la  zone  intertropicale,  ils  sont  permanents. 

La  durée  de  leur  A’ie  est  difficile  à  déterminer.  Ils  peuvent 
vivre  plusieurs  semaines  ou  plusieurs  mois,  lorsque  les  condi¬ 
tions  sont  favorables;  mais  beaucoup  sont  détruits  par  les 
intempéries  et  par  de  nombreux  ennemis  (libellules,  arai¬ 
gnées,  chauve-souris,  crapauds,  hirondelles  et  autres  petits 
oiseaux). 

Les  femelles  vivent  plus  longtemps  que  les  mâles;  elles 
meurent  après  avoir  pondu  leurs  œufs.  Les  femelles  fécondées 
en  automne  ne  meurent  pas,  elles  passent  l’hiver  dans  les  gre¬ 
niers,  caves,  fentes  des  arbres  et  ne  pondent  qu’au  printemps. 
Pendant  toute  cette  période  elles  ne  se  nourrissent  pas  et 
restent  inactives.  Elles  sont  entassées  sur  les  poutres,  derrière 
lès  objets  accrochés  au  mur;  leur  corps  est  appliqué  contre  la 
paroi,  les  pattes  sont  allongées  et  la  direction  de  la  trompe 
permet  seule  de  distinguer  les  anophèles  des  culex  ;  elle  est 
inclinée  en  bas  chez  ces  derniers  et  forme  un  angle  avec  l’axe 
du  corps. 

Dans  les  pays  tropicaux,  c’est  pendant  la  saison  sèche  que 


INSTRUCTIONS  POUR  LA  LUTTE  CONTRE  LES  MOUSTIQUES  285 


les  moustiques  disparaissent  ;  les  femelles  survivent,  elles  se 
nourrissent  régulièrement  mais  ne  pondent  pas.  Cette  estivation 
est  analogue  à  l’hivernation  de  nos  régions. 

Les  moustiques  sont  des  insectes  nocturnes.  Ils  restent 
cachés  pendant  le  jour  dans  les  endroits  obscurs  ;  ils  sortent  au 
crépuscule  et  volèlent  toute  la  nuit.  C’est  surtout  pendant  la 
nuit  qu’ils  s’infectent  et  qu’ils  transmettent  à  l’homme  les 
affections  contagieuses. 

Ils  fuient  la  lumière  et  ne  voltigent  pas  autour  des  lampes. 

Le  mâle  ne  pique  jamais;  il  aspire  le  suc  des  fleurs  et  des 
fruits.  La  femelle  se  nourrit  de  sang  qu’elle  prend  sur  l’homme 
et  sur  les  animaux  ;  c’est  elle  qui  est  dangereuse.  Elle  prend 
son  premier  repas  peu  après  son  éclosion,  même  à  la  lumière 
solaire,  puis  s’envole  lentement  vers  un  endroit  obscur,  où  elle 
reste  plusieurs  jours  immobile;  elle  renouvelle  ses  repas 
chaque  semaine  environ  et  seulement  la  nuit,  à  moins  quelle 
ne  soit  affamée  ou  dérangée  dans  la  journée.  , 

La  femelle  fécondée  doit  avoir  sucé  du  sang  pour  que  les 
œufs  arrivent  à  maturité.  La  ponte  des  anophèles  est  de  100  à 
130  œufs;  celle  des  culex,  beaucoup  plus  importante,  est  de 
200  à  400  œufs. 

Œufs.  —  Les  œufs  sont  très  petits,  longs  de  moins  de 
1/2  millimètre;  ils  sont  blancs  lorsqu’ils  viennent  d’être 
pondus,  mais  brunissent  rapidement;  leur  forme  est  ovalaire 
et  leur  grosse  extrémité  répond  à  la  tête  de  l’embryon. 

Les  œufs  de  culex  sont  lisses  ;  ils  se  disposent  perpendicu¬ 
lairement  à  la  surface  d.e  l’eau,  sur  laquelle  ils  reposent  par 
lèur  grosse  extrémité.  A  mesure  qu’ils  ^ont  pondus,  iis  s’acco¬ 
lent  par  leurs  faces  latérales  pour  former  de  petites  nacelles 
larges,  de  forme  grossièrement  ovale,  longues  de  5  à  8  milli¬ 
mètres. 

Les  œufs  d’anophèles  restent  isolés  ;  ils  reposent  horizonta¬ 
lement  sur  l’eau  et  ont  tendance  à  s’agglutiner  pour  former  des 
figures  géométriques,  qui  varient  suivant  les  espèces.  Chaque 
œuf  est  pourvu  de  deux  chambres  à  air  qui  occupent  le  tiers 
moyen  des  faces  latérales  et  font  office  de  flotteur. 

Les  œufs  des  stégomyas  ressemblent  beaucoup  à  [ceux  des 
anophèles,  mais  ils  ne  possèdent  pas  de  chambre  à  air  ;  leur 


286  D«  CHANTEMES&E  ET  J.  RENAULT 

surface  ridée  forme  des  logettes,  qui  retiennent  de  nombreuses  ' 
bulles  d’air. 

Les  œufs  sont  difficiles  à  voir  à  la  surface  de  l’eau.  Qn  peut 
les  trouver  avec  une  loupe  au  bord  des  mares,  qui  contiennent 
de  nombreuses  larves. 

Les  œufs  semblent  peu  résistants  :  immefrgés  ils  ne  peuvent 
éclore  ;  conservés  à  sec  pendant  plus  de  quarante-huit  heures, 
ils  sont  incapables  de  se  développer'.  Le  temps  qui  sépare  le 
moment  de  la  ponte  de  celui  de  l’éclosion  dépend  beaucoup  de^ 
la  température  et  du  degré  d’humidité  ;  il  est  en  moyenne  de 
deux  on  trois  jours.' 

Larves.  —  Chaque  œuf  donne  naissance  à  une  larve  longue 
de  1  millimètre,  transparente.  Les  larves  sont  vermiformes, 
apodes  et  présentent  trois  segments  peu  distincts  ;  tête,  thorax 
et  abdomen.  Elles  sont  longues  de  8  à  10  millimètres  au  bout 
de  quinze  jours  ou  trois  semaines  ;  leur  couleur  est  brun 
foncé. 

Les  larves  des  culex  possèdent  un  long  siphon  respiratoire 
quatre  fois  plus  long  que  large,  au  sommet  duquel  s’ouvrent 
les  deux  stigmates  ou  orifices  des  trachées.  11  est  implanté  sur 
la  face  dorsale  de  l’avant-dernier  anneau.  Lorsqu’elle  vient  de 
respirer  à  la  surface,  la  larve  est  suspendue  par  son  siphon  et 
pend  plus  ou  oioins  obliquement  dans  l’eau. 

Les  larves  des  stégomyas  possèdent  également  un  siphon 
respiratoire  ;  mais  il  est  court,  trapu,  noir,  seulement  deux  fois 
plus  long  que  large  elles  pendent  verticalement  dans  l’eau. 

Les  larves  des  anophèles  n’ont  pas  de  siphon  :  les  trachées 
viennent  aboutir  à.  deux  stigmates  au  ras  du  corps,  à  la  face 
dorsale  du  huitième  anneau  abdominal;  les  parties  latérales 
des  anneaux  abdominaux,  du  troisième  au  septième,  portent 
des  bouquets,  de  soies,  en  palmes,  qui  contribuent  à  faire 
flotter  le  corps  à  la  surface  de  l’eau.  Les  larves  flottent  hori¬ 
zontalement,  presque  immobiles  et  peuvent  être  prises  pour  de 
petits  morceaux  de  bois;  elles  ne  se  déplacent  que  rarement, 
en  glissant  à  reculons.  Quand  on  les  dérange,  elles  plongent 
brusquement  mais  remontent  aussitôt  à  la  surface. 

Les  larves  des  culex,  au  contraire,  ne  viennent  à  la  surface 
que  pour  respirer;  elles  nagent  presque  constamment,  se  dépla- 


INSTRUCTIONS  POUR  LA  LUTTE  CONTRE  LES  MOUSTIQUES  28T 

çanl'  dans  toute  la  masse  de  l’eau,  eh  zigzaguant  par  saccades, 
à  la  façon  d’un  ressort  qu’on  détend. 

Les  larves  des  anophèles  sont  carnivores.  Elles  se  nourris¬ 
sent  de  larves  d’autres  insectes  et  d’insectes  morts.  Les  larves 
des  culex  sont  carnivores  et  herbivores. 

Les  larves  ne  peuvent  se  développeæ  que  dans' une  eau  calme  : 
l’eau  agitée  par  le  vent  les  noie,  lorsqu’elles  viennent  respirer 
et  au  moment  de  leurs  métamorphoses.  t 

Les  plantes  d’eau  (roseaux,  joncs,  nénuphars,  cressons, 
algues)  leur  sont  favorables  :  elles  ralentissent  le  courant  des 
rivières,  les  protègent  du  vent,  leur  fournissent- un  abri  contre 
les  poissons.  En  détruisant  cette  végétation  aquatique,  on  gêne 
considérablement  le  développement  des  larves. 

L’abondance  des  pluies  au  printemps,  dans  les  pays  tempé¬ 
rés,  favorise  la  pullulation  des  moustiques  :  elle  crée  des  gîtes. 
Par  contre,  les  pluies  d’automne,  précoces  et  abondantes, 
bouleversent  les  gîtes,  détruisent  les  larves  et  les  œufs.  Les 
inondations  en  détruisent  aussi  un  grand  nombre,  mais  les 
larves  qui  ont  échappé  à  la  submersion  trouvent  des  condi¬ 
tions  favorables  à  leur  développement  dans  les  petites  mares 
ou  les  flaques  d’eau  que  les  inondations  laissent  après  elles. 

Les  Larves  présentent  une  grande  résistance  au  froid.  Elles  se  , 
montrent  très  actives  dans  les  mares  en  partie  recouvertes  de 
glace.  On  en  trouve  beaucoup  qui  sont  vivantes  dans  les  étangs 
au  moment  du  dégel,  mais  leur  développèment  est  interrompu 
pendant  l’hiver  et  ne  reprend  qu’au  printemps.  Elles  résistent 
mal  à  la  chaleur  ;  expérimentalement,  elles  résistent  pendant 
deux  jours  à  20“,  pendant  un  jour,  à  33”,  pendant  deux  minutes 
à  40". 

Là  sécheresse  les  détrifit  rapidement,  mais  elles  peuvent 
vivre  hors  de  l’eau  un  certain  temps,  séjourner  dans  la  terre 
et  le  sable  humide,  pourvu  qu’elles  ne  soient  pas  desséchées  ; 
si  on  veut  débarrasser  un  récipient  des  larves  qu’ü  contient, 
il  ne  faut  pas  se  contenter  de  vider  l’eau  pour  la  remplacer 
aussitôt  par  de  l’eau  propre,  il  est  nécessaire  de  le  nettoyer 
soigneusement  après  l’avoir  vidé  et  d’y  verser  une  petite  quan¬ 
tité  de  pétrole. 

Les  corps  chimiques  en  dissolution  dans  l’eau  (ammoniaque, 
sublimé,  permanganate  de  potasse)  ne  tuent  que  difficilement 


CHANTEMESSE'  ET  J.  RENAULT 


les  larves.  Ils  ont  l’inconvénient  d’être  toxiques  pour  les  pois¬ 
sons  et  de  rendre  l’eau  inutilisable.  L’huile  et  le  pétrole 
répandus  à  la  surface  tuent  rapidement  les  larves,  qu’ils 
asphyxient  en  obturant  les  siphons  respiratoires. 

On  a  noté  que  les  étangs  couverts  de  lentilles  d’eau  (lemna) 
ne  contiennent  presque  jamais  de  larves  ;  les,  feuilles  forment 
sur  l’eau  une  couche  continue  qui  empêche  les  larves  de  venir 
respirer.  U  semblerait  logique  de  répandre  la  culture  des  len¬ 
tilles  d’eau  dans  les  mares  et  étangs;  malheureusement,  il  est 
très  difficile  de  s’en  débarrassér  ensuite  et  elles  rendent  l’eau 
croupissante. 

Enfin,  les  larves  rencontrent  dans  l’eau  des  ennemis  dange¬ 
reux,  tels  que  les  larves  de  libellules  et  de  divers  coléoptères, 
les  batraciens,  les  poissons,  notammenU  les  poissons  rouges, 
les  épinoches,  les  carpes,  les  perches. 

La  durée  du  stade  larvaire  dépend  de  la  température  exté¬ 
rieure.  Elle  est  de  seize  à  vingt-deux  jours  pour  VAnopheles 
maculipennis,  à  la  température  de  16°  à  22°,  de  sept  jours  pour 
les  stégomyas,  de  dix  à  quinze  jours  pour  les  culex. 

Les  larvqs  se  transforment  en  nymphes.  Les  nymphes  sont 
de  petits  êtres  globuleux  en  forme  de  point  d’interrogation, 
longs  de  2  millimètres,  formés  d’un  gros  corps  sphérique  qui 
comprend  la  tête  et  le  thorax  et  d’une  petite  queue,  plus  ou 
moins  recourbée,  qui  est  l’abdomen. 

Nymphes.  —  Les  nymphes  des  différents  moustiques,  con¬ 
trairement  anx  larves,  sont  difficiles  à  distinguer  les  unes  des 
autres.  Elles  sont  très  fragiles  et  particulièrement  sensibles  au 
froid  :  toute  larve  qui  se  transforme  en  nymphe  de  novembre 
à  janvier  meurt  avant  d’avoir  achevé  sa  métamorphose.  Ce 
stade  dure  quatre  à  cinq^jours,  dans  les  pays  tempérés. 

La  durée  du  cycle  complet  d’une  génération  d’anophèles, 
,  depuis  la  ponte  de  l’œuf  jusqu’au  moustique  adulte,  est  de  qua¬ 
rante  à  quarante-cinq  jours  dans  nos  pays.  Celle  d’une  généra¬ 
tion  de  culex  n’exige  pas  plus  de  trente  à  trente-deux  jours. 

Quatre  à  six  générations  se  succèdent  normalement  d’avril 
à  septembre,  et  le  nombre  des  moustiques  éclos,  pendant  ce 
temps,  est  prodigieux.  Théoriquement,  une  seule  femelle 
d’anophèle  pourrait  donner,  en  moins  de  trois  mois,  près  de 


INSTRUCTIONS  POUR  LA  LUTTE  CONTRE  LES  MOUSTIQUES  280 

5  milliards  de  moustiques  ;  une  femelle  de  culéx,  un  nombre 
bien  plus  grand  encore  ;  fort  heureusement,  nous  l’avons  vu, 
les  moustiques  rencontrent  au  cours  de  leur  évolution  de  très 
nombreuses  causes  de  destruction. 

Prophylaxie. 

Les  moustiques  vivent  dans  tous  les  pays  où  ils  trouvent 
l’eau  indispensable  à  leur  développement  ;  ils  n’ont  pas  besoin 
de  grands  marais  et  ils  utilisent  les  plus  petites  collections 
d’eau  pourvu,  qu’elles  soient  stagnantes. 

Lieux  de  séjour.  —  Tandis  que  les  anophèles  recherchent  les 
eaux  claires,  épurées  par  une  riche  végétation,  les  culex  vivent 
dans  toutes  les  eaux,  même  putréfiées.  Aussi,  les  anophèles 
sont  des  moustiques  des  campagnes.  On  trouve  leurs  larves 
dans  les  flaques  d’eàu  aux  abords  des  marais  et  des  rivières, 
dans  les  rigoles  de,  drainage  à  courant  nul,  garnies  de  joncs; 
d'ans  les  fossés  des  routes  mal  entretenues,  dans  les  prairies 
humides;  dans  les  mares  de  toutes  sortes  avec  ou  sans  algue.s, 
dans  les  canaux,  près  des  bords  des  étangs  et  des  rivières. 
L’eau  peut  être  profonde  pourvu  qu’une  abondante  végétation 
immergée  fournisse  un  refuge  aux  larves.  On  ne  les  trouve  pas 
dans  les  villes,  mais  les  anophèles  existent  dans  les  banlieues. 
On  en  a  même  rencontré  au  Bois  de  Boulogne. 

Les  culex  et  les  stégomyas,  par  contre,  vivent  autour  des 
maisons  et  dans  les  maisons,  dans  l’eau  de  pluie  qui  séjourne 
au  fond  des  vieux  ustensiles  jetés  autour  des  habitations,  dans 
les  seaux  et  baquets  que  l’on  a  oublié  de  vider,  dans  les  bassins 
remplis  de  détritus  et  de  feuilles  mortes,  dans  les  chéneaux 
qui  se  vident  mal,  dans  les  citernes  et  les  puits,  dans  les  égouts 
et  les  fosses  d’aisances; 

V  Les  larves  de  moustiques  se  développent  généralement  dans 
l’eau  douce,  mais  également,  quoique  moins  bien,  dans  de  l’eau 
salée  ou  saumâtre,  par  éxemple,  dans  les  marais  salants  aban¬ 
donnés  où  l’eau  de  mer  est  mélangée  à  une  forte  proportion 
d’eau  douce  ;  par  contre,  elles  ne  peuvent  vivre  ni  dans  l’eau 
de  mer,  ni  dans  l’eau  douce  mélangée  à  une  trop  grande  quan¬ 
tité  d’eau  de  mer  ;  aussi,  peut-on  débarrasser  des  larves  les 

REV.  d’hyG.  .  XL  —  19 


290  D«  CHANTEMESSE  ET  J.  RENAULT 

marais  voisins  de  la  mer,  quand  la  déclivité  du  sol  permet  de 
les  inonder  d’eau  de  mer. 

Les  moustiques  's’éloignent  peu  de  l'endroit  de  leur  nais¬ 
sance.  On  les  trouve  dans  les  villages,  à  400  ou  500  mètres  de 
leurs  gîtes  ;  lorsqu'un  quartier  d’une  ville  est  infesté,  il  faut 
rechercher  les  gîtes  dans  le  voisinage. 

La  faible  portée  du  vol  des  moustiques  en  hauteur  explique 
leur  rareté  dans  les  régions  montagneuses,  où, leur  développe¬ 
ment  serait,  d’autre  part,  fortement  gêné  par  les  variations 
brusques  de  température,  la  fréquence  du  vent  et  l’absence  des 
eaux  stagnantes.  Lorsque  la  fièvre  jaune  régqait  à  Rio-de- 
Janeiro,  elle  ne  frappait  pas  les  habitants  qui  ne  séjournaient 
dans  la  ville  que  le  jour  et  villégiaturaient  la  nuit  à  Petropolis, 
construite  à  800  mètres  au-dessus  de  la  baie. 

Mais  les  moustiques  peuvent  être  transportés  à  distance  par 
le  vent,  si  des  plantations  de  grands  arbres  ne  les  arrêtent  pas, 
aussi  par  les  cours  d’eau  et  les  canaux  qui  entraînent  à  la 
dérive  les  œufs  et  les  larves.  Les  chemins  de  fer  et  surtout  les 
navires  peuvent  les  apporter  dans  des  contrées  extrêmement 
éloignées  du  point  de  départ.  C’est  ainsi  que  des  régions  jusque- 
là  indemnes  de  moustiques  peuvent  en  être  infestées  ‘. 

Recherche  des  mousliques.  —  On  recherche  les  anophèles 
adultes  dans  les  arbustes,  les  broussailles,  les  tas  d’berbes,  les 
cabanes;  les  culex  dans  les  coins  obscurs  des  habitations  : 
pièces  inhabitées,  caves,  greniers,  écuries. 

Lorsqu’on  veut  rechercher  s’il  existe  des  moustiques  dans 
une  région  et  déterminer  les  espèces  auxquelles  ils  appar¬ 
tiennent,  on  le  fait  d’après  les  caractères  des  larves  et  des 
adultes. 

On  capture  les  larves  à  la  surface  des  eaux  calmes  avec  ün 
gobelet  ou  un  filet  très  Bn  ;  il  est  rare  qu’en  deux  plongées  du 
récipient  on  ne  ramène  pas  quelques  larves.  Si  l’on  n’en 
trouve  pas  à  la  surfacej  il  faut  agiter  vigoureusement-  la  vase 
avec  un  filet  troubleau  :  on  fait  ainsi  remonter  à  la  surface 

1.  Dans  4a  dernière  épidémie  de  fièvre  jaune  qui  s’est  manifestée  à 
Saint-Nazaire,  en  septembre  1908',  l’un  de  nous  a  découvert  la  présence 
de  Stegamyer  fasciater  fixés  aux  parois  des  cabines  où  la  fièvre  jaune 
avait  éclaté.  —  Ces  mousliques  s'étaient  évidemment  introduits  dans  le 
navire  au  moment  de  son  escale  à  Fort-de-France  où  régnait  la  maladie. 


INSTRUCTIONS  POUR  LA  LUTTE  CONTRE  LES  MOUSTIQUES  291 

les  iarves  qui  s’étaient  réfugiées  au  fond  en  entendant  du 
bruit.  ' 

Les  adultes  sont  capturés  sur  le  mur  ou  tout  autre  support 
au  moyen  d’un  tube  à  essai  ou  d’un  verre  contenant  un  peu 
d’ouate  imbibée  d’éther  qu’on  pose  lentement  sur  eux;  ils 
tombent  endormis  au  fond  du  récipient  où  on  les  recueille. 

On  dresse  un  plan  croquis  de  la  région,  sur  lequel  on  indique  : 
1°  les  points  où  l’on  trouve  les  gîtes  à  larves  et  les  moustiques 
adultes;  2“  les  espèces  rencontrées. 

Lutte  contre  les  moustiques.  —  La  lutte  contre  les  moustiques 
comprend  :  d’une  part,  leur  «destruction  ;  d’autre  part,  la  pro¬ 
tection  de  l’homme  contre  leurs  piqûres  dans  les  régions  où  ils 
ne  sont  pas  encore  détruits. 

La  destruction  des  moustiques  est  surtout  efficace  au  stade 
larvaire  :  en  effet,  les  larves  et  les  nymphes  sont  réunies  dans 
des  espaces  restreints  bien  déterminés,  tandis  que  les  mous¬ 
tiques  adultes  sont  épars. 

Lutte  antilarvaire  à  la  campagne.  —  Le  procédé  de  choix 
semble,  a  priori,  devoir  être  la  suppression  des  eaux  stagnantes, 
qui  détruit  les  gîtes  et  met  ainsi  les  moustiques  dans  l’impossi¬ 
bilité  de  se  reproduire.  Malheureusement,  il  exige  des  travaux 
longs,  souvent  coûteux,  qui  ne  sont  pas  toujours  applicables. 

Ce  sont  ; 

Comblement.  —  1°  Le  comblement  avec  de  la  terre  ou  du 
sable  des  flaques  d’eau,  des  mares  et  des  marais.  En  ltalie,*ôn 
comble  les  marais  par  le  colmatage,  c’est-à-dire  par  l’adduc¬ 
tion  d’eaux  chargées  d’alluvions  c’est  un  procédé  extrême¬ 
ment  lent,  qui  gagne  chaque  année  quelques  centimètres  de 
hauteur  seulement. 

Drainage.  —  2“  L’assèchement  des  terrains  marécageux  par 
le  drainage  est  excellent,  si  les  rigoles  sont  creusées  de  telle 
sorte  que  l’eau  n’y  stagne  pas  ;  sinon,  les  drains  deviennent 
des  gîtes  à  larves. 

Entretien  des  cours  d'eau-  —  3°  Les  rivières  et  lés  ruisseaux 
ne  sont  pas  dangereux  tant  que  leur  cours  est  rapide  ;  il  faut 
donc  supprimer  tout  ce  qui  pourrait  le  ralentir  :  les  barrages. 


D«  CHANTEMESSE  ET  J.  RENAULT 


les  plantes  aquatiques,  les  roseaux,  les  joncs,  qui  seront  enle¬ 
vés  par  le  désherbage  ou  le  faucardement.  Les  rives  sont  pro¬ 
tégées  par  des  digues  et  des  revêtements;  Une  bordure  d’arbres 
empêche  la  dégradation  des  berges. 

Culture.  —  4“  La  culture  des  terrains  asséchés  est  très  recom¬ 
mandée  et  en  particulier^la  plantation  d’eucalyptus  et  de  pins, 
qui  absorbent  l’humidité  du  sol. 

Avant  que  ces  travaux  soient  achevés,  comme  dans  les  cas  où 
ils  ne  pourront  être  effectués,  il  faudra  tuer  les  larves  sur  les 
eaux  que  l’on  sera  forcé  de  respecter. 

Pétrolage.  —  Le  pétrolage  est  le  procédé  le  plus  efficace  ;  une 
mince  couche  de  pétrole  répandue  à  la  surface  de  l’eau  suffît 
pour  tuer  toutes  les  larves  et  les  nymphes. 

Le  pétrole  a  l’avantage  d’être  diffusible,  d’agir  rapidement, 
de  se  trouver  partout,  d’être  peu  coûteux,  non  toxique  pour  les 
poissons  et  de  ne  pas  rendre  l’eau  inutilisable  pour  les  besoins 
domestiques,  l’arrosage,  l’abreuvement  des  bestiaux. 

On  peut  employer  soit  le  pétrole  ordinaire,  soit  le  pétrole 
épuré  ;  mais  les  mélanges  de  pétrole  d’éclairage  et  de  pétrole 
brut  ou-de  pétrole  et  de  goudron  à  parties  égales  sont  préfé¬ 
rables,  car  ils  sont  suffisamment  diffusibles  et  s’évaporent  moins 
rapidement.  L’addition  de  lanoline  ou  de  vaseline'  n’a  donné, 
par  contre,  que  des  résultats  méd  ocres. 

La  quantité  nécessaire  est  de  lOlà  15  centimètres  cubes  par 
mètre  carré,  sans  s’inquiéter  du  cube  d’eau.  Une  quantité 
beaucoup  moindre  (0  c.  c.  1  à  0  c.  c.  2  par  mètre  carré)  suffirait 
pour  tuer  les  larves,  mais  l’évaporation  d’une  si  faible  couche 
est  trop  rapide. 

Le  premier  pétrolage  se  fait  au  printemps  avant  l’éclosion 
des  moustiques  ;  il  est  renoüvelé  tous  les  huit  ou  quinze  joprs. 
Comme  il  faut  plus  de  quinze  jours  aux  larves  pour  se  déve¬ 
lopper  dans  nos  pays,  on  détruit  ainsi  successivement  toutes 
les  générations  de  larves. 

Tous  les  moyens  d’épandre  le  pétrole  sont  bons  pourvu  qu’ils 
permettent  de  bien  recouvrir  toute  la  surface  de  l’eau. 

Pour  les  flaques  peu  étendues,  on  peut  soit  verser  le  pétrole 
avec  un  arrosoir,  soit  promener  à  la  surface  de  l’eau  un  chiffon 
monté  sur  une  perche  et  imbibé  de  pétrole. 

Pour  les  grandes  étendues,  l’opération  sera  faite  avec  une 


INSTRUCTIONS,  POUR  LA  LUTTE  CONTRE  LES  MOUSTIQUES  293 

pompe  d’arrosage  (il  faut  éviter  l’emploi  de  tuyaux  en  caout¬ 
chouc  qui  sont  attaqués  par  le  pétrole). 

La  destruction  des  larves  est  complète  sur  les  eaux  traitées 
régulièrement  par  le  pétrolage,  malheureusement  il  est  inap¬ 
plicable  aux  grandes  étendues  d’eau. 

D’autres  moyens  ont  été  préconisés.  Leurs  résultats  sont 
toujours  moins  bons  que  ceux  du  pétrolage. 

Substances  chimiques.  —  L’addition  à  l’eau  de  substances 
chimiques  (permanganate  de  potasse,  ammoniaque,  chaux, 
sulfate  de  fer,  sulfate  de  cuivre)  tue  les  larves  plus  ou  moins 
rapidement.  Elle  présente  l’inconvénient  de  tuer  les  poissons 
et  de  rendre  l’eau  inutilisable. 

.  Le  larvicide.  —  Les  auteurs  italiens  se  déclarent  satisfaits 
d’une  couleur  d’aniline,  le  «  larvicide  »,  pas  coûteuse,  très 
diffusible  dans  l’eau  et  sans  toxicité  pour  les  poissons,  ni  pour 
les  plantes. 

Poudres  insecticides.  —  Les  poudres  insecticides  (poudre  de 
pyrèthre)  versées  dans  l’eau  tuent  rapidement  les  larves  sans 
incommoder  les  poissons  et,  lorsque  la  poudre  est  tombée  au 
fond,  l’eau  a  repris  sa  limpidité  et  peut  être. consommée  ;  elle 
garde  longtemps  son  pouvoir  larvicide. 

Les  substances  qui  se  mélangent  à  l’eau  seront,  en  tout  cas, 
employées  pour  les  lacs  et  les  étangs  dans  lesquels  le  pétrole, 
au  lieu  de  rester  uniformément  réparti,  est  entraîné  vers  une 
des  berges. 

Agitation  de  Veau.  —  On  a  proposé  en  Amérique  de  noyer 
les  larves  en  troublant  la  surface  des  étangs  et  des  lacs  au 
moyen  de  roues  actionnées  par  des  moulins  à  vent. 

Empoissonnement.  —  Enfin,  on  ne  négligera  pas  de  peupler 
les  cours  d’eau,  les  étangs,  de  batraciens,  de  poissons  rouges, 
épinoches,  perches,  carpes,  qui  détruisent  les  larves  des  mous¬ 
tiques.  On  recommandera  de  protéger  les  crapauds,  de  même 
que  les  chauves-souris,  destructeurs  des  moustiques  adultes. 

Lutte  antilarvaire  dans  les  habitations.  —  En  même  temps  que 
l’on  prend  ces  mesures  autour  des  villes  et  des  hameaux,  il 
faut  prendre  des  mesures  non  moins  importantes  contre  les 
larves  des  culex  qui  pullulent  autour  des  habitations  elles- 
mêmes  : 


294 


Dr»  GHANTEMESSE  ET  J.  RENAULT 


1“  Supprimer  tous  les  récipients  où  peut  s’accumuler  l’eau 
de  pluie  ; 

2°  Ne  pas  jeter  autour  des  habitations  les  débris  de  vaisselle, 
vieilles  boîtes  de  conserves,  récipients  hors  d’usage,  etc.; 

3“  Supprimer  les  tessons  de  bouteilles,  qui  protègent  les 
murs; 

4“  Supprimer  les  vases  ornementaux  ou  les  remplir  de  terre  ; 

S"  Vider  et  tenir  secs  les  seaux,  baquets,  dès  qu’on  ne  s’en 
sert  plus  ; 

6®  Visiter  tes  toitures,  chéneaux,  gouttières,  s’assurer  qu’ils 
ont  une  pente  suffisante  pour  l’écoulement  de  l’eau  et  qu’ils  ne 
sont  pas  obstrués  par  des  feuilles  mortes  ou  des  détritus; 
visiter  les-réservoirs  de  chasse'  des  water-closets  de  maisons 
momentanément  inhabitées  ; 

7“  Combler  les  bassins,  combler  ou  fermer  hermétiquement 
les  puits  inutilisés,  fermer  les  citernes  ; 

8®  Il  faut  réduire  au  minimum- le  nombre  des  récipients  qui 
contiennent  de  l’eau  dans  les  maisons.  Toutes  les  fois  que  ce 
sera  possible,  l’eau  sera  amenée  dans  chaque  maison  au  moyen 
de  conduites  donnant  un  débit  suffisant  pour  que  les  habitants 
prennent  l’eau  au  robinet  au  moment  de  l’utiliser  ;  on  supprime 
de  cette  façon  les  provisions  d’eau. 

Dans  les  villes  qui  ne  sont  pas  pourvues  d’eau  abondante  et 
livrée  au  robinet,  il  faut  réglementer  les  dépôts  d’eau.  L’eau 
sera  conservée  dans  des  récipients  hermétiquement  clos  et 
renouvelée  tous  les  huit  jours  au  minimum,  afin  de  ne  pas 
laisser  le  temps  d’évoluer  aux  larves  qu’elle  peut  contenir. 
Dans  les  pays  où  l’eau  est  rare,  elle  ne  sera  pas  jetée,  mais 
passée  sur  un  linge  qui  retient  les  larves.  L’eau  sera  couverte 
d’une  couche  de  pétrole,  et  de  préférence,  pour  l’eau  de 
boisson,  d’huile  alimentaire. 

Il  serait  préférable,  pour  faciliter  la  vérification,  que  toutes 
les  maisons  aient  un  réservoir  du  môme  modèle  ;  le  plus  pra¬ 
tique  est  un  tonneau  pourvu  à  son  extrémité  supérieure  d’un 
,  entonnoir  exactement  adapté  et  fermé  par  un  couvercle  en 
toile  métallique.  L’eau  est  distribuée  par  le  service  sanitaire  ; 
le  chef  d’équipe  conserve  la  clef  des  cadenas  qui  ferment  les 
couvercles.  Les  habitants  prennent  l’eau  au  moyen  d’un 
robinet. 


INâTKÜCTlONS  POUR  LA  LUTTE  CONTRE  LES  MOUSTIQUES  295 

9“  Il  faut  pétroler  régulièrement  (tous  les  quinze  jours)  les 
bassins,  citernes,  puits,  égouts,  fosses  d’aisances. 

Dans  les  fosses  d’aisances,  on  versera  deux  ou  trois  fois  par 
mois  un  verre  de  pétrole  par  mèlre  carré  de  surface,  en  ayant 
soin  auparavant  de  recouvrir  de  toile  métallique  les  cheminées 
d’évent  afin  que  les  moustiques,  chassés  par  l’odeur  du  pétrole, 
ne  puissent  s’échapper  et  infester  les  maisons  voisines. 

L’utilité  de  ces  mesures  sera  expliquée  à  la  population  au 
moyen  d’affiches  illustrées,  par  la  distribution  de  notices,  par 
des  conférences  et  tous  autres  procédés  de  vulgarisation.  Mais 
leur  application  ne  peut  être  confiée  sans  contrôle  aux  habi¬ 
tants.  Certains  en  comprendraient  la  nécessité;  les  autres,  par 
négligence  ou  par  mauvaise  volonté,  ne  se  conformeraient  pas 
aux  indications  données  et  ainsi  rendraient  inefficaces  les 
mesures  prises  par  leurs  voisins. 

Équipes  sanitaires.  —  Il  est  donc  indispensable  dé  créer  des 
équipes  chargées  d’appliquer  les  règlements.  Le  nombre  des 
équipes  dépendra  de  l’importance  de  la  ville.  Il  sera  tel  que 
chacune  d’elles  puisse  visiter  un  jour  par  semaine  les  maisons 
qui  lui  sont  confiées. 

Une  équipe  se  composera  de  quatre  hommes  :  trois  manœu¬ 
vres  qui  travailleront  sous  la  direction  d'un  chef  d’équipe.  Le 
chef  d’équipe  devra  connaître  les  moyens  de  rechercher  les 
moustiques  et  les  procédés  utilisés  pour  les  détruire. 

Les  équipes  auront  le  droit  de  pénétrer  dans  les  habitations; 
elles  devront  les  visiter  de  la  cave  à  la  toiture,  indiquer  et 
exécuter  au  besoin  les  réparations  nécessaires,  verser  du 
pétrole  dans  tous  les  récipients  qui  contiennent  de  l’eau. 

Dans  les  villes  pourvues  d’un  bureau  d’hygiène,  c’est  le 
directeur  de  ce  bureau  ou  le  chef  du  service  de  la  désinfection 
qui  sera  chargé  de  diviser  la  ville  en  secteurs,  d’organiser  les 
équipes,  de  leur  confier  les  secteurs  dans  lesquels  elles  auront 
à  opérer,  afin  d’assurer  le  bon  fonctionnement  du  service. 

Pour  le  reste  du  département  (campagnes  et  villes  non  pour¬ 
vues  d’un  bureau  d’hygiène),  l’inspecteur  départemental 
d’hygiène  ou  le  chef  du  service  de  la  désinfection  sera  chargé 
d’organiser  le  service  d’après  les  mêmes  principes  et  d’en  sur¬ 
veiller  le  fonctionnement. 


256  D--»  GHAiNTEMESSE  ET  J.  RENAULT 

Protection  contre  les  piqûres  des  moustiques.  —  La  lutte  anti¬ 
larvaire  est  d’une  importance  capitale;  elle  donne  des  résultats 
appréciables  dès  la  première  année  et  des  résultats  considé¬ 
rables  la  seconde  année  ;  elle  doit  être  poursuivie  sans  relâche 
tous  les  ans,  car  son  abandon  amènerait  rapidement  la  pullu¬ 
lation  des  moustiques  et  le  retour  à  l’état  antérieur. 

La  lutte  contre  les  moustiques  adultes  est  fort  difficile  et  à 
peu  près  inefficace;  cependant  quand  ils  sont  trop  nombreux 
dans  une  maison  on  cherchera  à  en  détruire  le  plus  possible 
par  des  fumigations  de  soufre  (8  grammes  par  mètre  cube),  de 
poudre  de  pyrèthre  (20  grammes  par  .mètre  cube),  de  tabac 
(20  grammes  par  mètre  cube). 

L’anhydride  sulfureux  tue  les  moustiques;  les  fumées  de 
tabac  et  de  poudre  de  pyrèthre  ne  font  que  les  engourdir,  aussi 
est-il  nécessaire  de  balayer  les  moustiques  tombés  et  de  les 
brûler,  si  l’on  ne  veut  pas  les  voir  se  réveiller.  Ce  procédé 
n’est  applicable  qu’aux  locaux  inhabités. 

En  général,  il  suffira  de  se  protéger  contre  les  piqûres  des 
.  moustiques.  / 

11  est  bon  :  1°  de  tenir  les  fenêtres  des  chambres  fermées 
dès  la  chute  du  jour  et  pendant  toute  la  nuit; 

2®  Soit  de  répandre  dans  les  chambres,  avant  de  se  coucher, 
des  vapeurs  d’acide  phénique,  de  menthol,  d’éther,  soit  de 
brûler,  selon  un  usage  répandu  dans  le  Midi  de  l’Europe,  des 
fidibus,  cônes  ou  pastilles  à  base  de  fleurs  de  pyrèthre,  ou, 
comme  en  Italie,  de  la  poudre  de  zanzolina,  mélange  de  bou¬ 
tons  de  chrysanthèmes  et  de  racines  de  valériane. 

Malheureusement,  l’action  de  ces  vapeurs  ou  fumées  n’est 
que  passagère  ;  après  quelques  heures  les  moustiques  sortent 
de  leur  engourdissement,  volettent  et  piquent  le  dormeur. 

3®  On  recommande  aussi  d’enduire  le  corps  de  pommades, 
qui  empêchent  les  moustiques  de  piquer,  ou  d’essences,  de 
décoction  de  quassia  amara,  qui  les  éloignent. 

Ces  précautions  rendent  les  moustiques  supportables;  elles 
sont  habituellement  suffisantes  dans  nos  pays  où  les  mous¬ 
tiques  ne  sont  guère  que  gênants.  Mais,  s’il  existe  dans  une 
région  des  paludéens,  des  sujets  atteints  de  filaire  ou  de  fièvre 
jaune,  il  est  nécessaire  d’avoir  recours  à  des  mesures  de  pro- 


INSTRUCTIONS  POUR  LA.  LUTTE  CONTRE  LES  3HOUSTIQUES  297 

tection  plus  efficaces.  Voici  celles  qui  rendent  de  grands  ser¬ 
vices  aux  colonies  : 

Précautions  pour  les  sorties.  —  i"  Il  est  recommandé  de  ne 
pas  sortir  le  soir.  Les  personnes  qui  sont  obligées  de  sortir 
portent  une  voilette  qui  s'adapte  sur  le  chapeau  et  recouvre  la 
tête  et  le  cou.  Les  mains  sont  protégées  par  des  gants  dé  peau, 
les  pieds  par  des  bottes,  dans  lesquelles  pénètre  le  bas  du 
pantalon. 

Moustiquaire.  —  2“  La  nuit,  le  dormeur  se  protège  par  une 
moustiquaire  ?  elle  est  formée  par  une  pièce  dé  tulle  ou  de 
mousseline  de  3  mètres  1/2  sur  6  mètres  au  moins,  en  fil  gros 
pour  résister  aux  fractions,  avec  des  mailles  de  1  millimètre  à 
1““5  de  diamètre;  on  la  jette  sur  deux  arceaux  semblables  fixés 
l’un  à  la  tète,  l’autre  au  pied  du  lit;  les  bords  sont  bordés 
sous  le  matelas  de  chaque  côté  pour  empêcher  les  moustiques 
de  pénétrer. 

La  moustiquaire  ne  convient  que  pour  les  heures  de  som¬ 
meil.  Il  existe  des  chambres  {)ortatives  en  toile  métallique  où 
l’on  peut  se  tenir  le  soir. 

Grillage  pour  les  maisons.  —  Enfin,  dans  certains  cas,  il  peut 
être  utile  de  protéger  une  maison  en  grillageant  toutes  les 
ouvertures.  On  emploie  une  toile  métallique  en  fer  galvanisé, 
dont  les  mailles  n’ont  pas  plus  de  1  millimètre  de  côté;  on  la 
tend  sur  des  cadres  de  bois  dont  les  montants  ont  au  moins 
7  centimètres  de  large  sur  3  centimètres  d’épaisseur. 

Fenêtres.  —  Les  cadres  grillagés  sont  scellés  avec  du  ciment 
dans  l’ouverture  des  fenêtres. 

Lorsque  les  volets  sont  extérieurs,  le  grillage  est  placé  entre 
la  fenêtre  e^le  volet  et  on  fait  au  grillage  un  petit  guichet  qui 
permette  d’ouvrir  le  volet.  Les  volets  intérieurs  sont  préfé¬ 
rables  parce  qu’on  n'est  pas  obligé  d’ouvrir  le  grillage  pour 
ouvrir  les  volets. 

Portes.  —  Les  portes  sont  doublées  d'un  cadre  mobile  fermé 
automatiquement  par  un  ressort.  Il  est  prudent  de  placer  sur 
le  bas  du  portant  des  cadres  porte-grillage  une  planchette 
garnie  d’un  bourrelet  d’étoffe  et  pouvant  se  déplacer  librement 
de  bas  en  haut  dans  une  glissière,  de  façon  à  obturer  constam¬ 
ment,  dans  toutes  les  positions  de  la  porte,  l’espace  libre  dû  à 


298  D'»  CHA.N'TEMESSE  ET  J.  RENAULT 

l’iaégalilé  du  seuil.  Le  cadre-porte  est  enlevé  l’hiver  et  replacé 
au  printemps. 

Un  tambour  grillagé  est  préférable.  Il  est  établi  de  telle 
sorte  que  les  deux  portes  ne  puissent  s’ouvrir  simultanément  : 
avant  d’ouvrir  celle  qui  donne  accès  dans  l’habitation,  on 
s’assure  qu’aucun  moustique  n’a  pénétré  dans  le  tambour. 

Toutes  les  ouvertures, -(lucarnes,  trappes  d’escalier,  soupi¬ 
raux,  tuyaux  d’aération  et  de  ventilation)  sont  grillagées  de 
manière  définitive. 

Cheminées.  —  Les  cheminées  dans  lesquelles  on  ne  fait  pas 
de  feu  en  été  sont  protégées  par  un  châssis  en  toile  métal¬ 
lique,  enlevé  l’hiver. 

Les  cheminées  des  cuisines  doivent  être  protégées  par  un 
grillage  métallique  placé,  non  à  leur  extrémité  supérieure  où 
il  empêcherait  le  tirage,  mais  à  l’extrémité  inférieure  des 
hottes. 

Il  est  préférable  de  reihplacer  les  cheminées  et  les  hottes  par 
les  fourneaux  dits  économiques  à  tuyaux  de  tôle.  S’il  n’est  pas 
possible  de  prendre  ces  mesures,  il  faut  isoler  la  J  cuisine  du 
reste  de  l’appartement  par  un  cadre  porte-grillage  intérieur. 

Les"  vérandas  et  terrasses  sont  couvertes  par  des  grillages 
métalliques. 

En  installant  les  cadres  grillagés,  il  est  important  de  veiller 
à  ce  qu’il  n’y  ait  pas  de  planches  fendues,  de  nœuds  dans  le 
bois,  de  seuil  déjeté,  de  même  qu’il  faut  éviter  d’employer  des 
serrures  à  clef,  la  moindre  fente  laisse  passer  les  moustiques, 
notamment  l’anophèle  à  jeun. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


299 


REVUE  DES  JOURNAUX 


La  mission  américaine  pour  la  lutte  contre  la  tuberculose  en  France, 
par  P.  Desfosses  {La  Presse  Médicale,  1917,  annexes,  p.  588). 

Si  le  programme  que  prépare  cette  mission  se  réalise,  pour  la 
première  fois,  daus  l’histoire  du  monde,  on  verra  une  nation  venir 
en  aide  à  une  autre,  au  point  de  vue  hygiénique,  sur  une  aussi  large 
échelle. 

Les  Américains  ont  observé  la  possibilité  d’une  diffusion  particu¬ 
lière  de  la  tuberculose,  grâce  aux  conditions  de  vie  créées  en  France 
par  la  guerre.  Tandis  que  les  armées  françaises  défendaient  victo¬ 
rieusement  le  pays,  la  nation  risquait  d’être  décimée  par  un  autre 
fléau  ;  aussi  essaient-ils  d’agir. 

On  saisit  bien  l’évolution  méthodique  de  la  pensée  américaine. 
L’hiver  dernier,  la  fondàtion  Rockefeller  envoya  en  France  une  pre¬ 
mière  mission  chargée  de  savoir  si,  du  fait  de  la  guerre,  un  danger 
particulier  pour  le  pays  provenait  de  la  tuberculose  ;  la  réponse  fut 
affirmative.  Une  deuxième  mission,  arrivée  depuis  deux  mois,  pré¬ 
pare  l’applicatiiyi  et  l’adaptation  à  la  France  des  méthodes  antitu¬ 
berculeuses  d’Amérique. 

11  est  essentiel  que  le  Corps  médical  français  sache  bien  dans  quel 
esprit  les  Américains  entendent  cette  collaboration.  Le  problème  de 
la  tuberculose,  tel  qu’il  se  présente  aujourd’hui  en  France,  offre  un 
champ  extraordinairement  étendu,  tout  prêt  à  recevoir  les  secours 
que  pourront  lui  apporter  d’autres  pays,  pour  l’aider  à  trouver  une 
solution.  Si  les  plans  en  préparation  sont  réalisés,  il  ne  faudra  pas 
plus  de  cinq  ans  à  la  France  pour  être  aussi  bien  outillée  dans  la 
lutte  contre  la  tuberculose  que  le  sont  les  États-Unis,  après  quinze 
années  de  travail  actif. 

En  outre,  les  Américains  sont  pénétrés  du  fait  que  leur  tâche  ne 
consiste  pas  à  donner  des  leçons,  mais  simplement  à  offrir  l’aide 
dont  la  France  a  besoin;  ils  savent  qu’il  y  a  des  dispensaires,  des 
sanatoriums  et  des  hôpitaux,  construits  et  installés  suivant  les  idées 
les  plus  modernes,  et  que  cela  a  été  accompli  en  temps  de  guerre. 

Il  serait  prématuré,  à  l’heure  actuelle,  de  donner  le  plan  de  cam¬ 
pagne  de  la  mission,  d’autant  plus  qué  ce  plan  est  susceptible  d’être 
modifié.  D’une  façon  générale,  les  Américains  envisagent,  dès 
maintenant,  trois  ordres  de  facteurs  ;  i°  organisation  en  certains 
points,  à  Paris  et  en  province,  d’un  ensemble  complet  antituber¬ 
culeux,  dispensaires,  infirmières  à  domicile,  etc.,  suivant  les  grandes 
lignes  des  organisations  similaires  des  Etats-Unis  et  de  France 
d’àprès  un  système  s’adaptant  aux  mœurs  françaises  ;  2°  secours  à 
apporter  en  cas  d’urgence,  sans  attendre  que  l’organisation  soit 


300  REVUE  DES  JOURNAUX 

complète  ;  3°  caippagne  d’éducation  populaire,  selon  les  méthodes 
qui  se  sont  montrées  efficaces  en  Amérique  :  exposition  ambulante, 
conférences,  démonstrations,  projections  photographiques,  cinéma¬ 
tographie,  etc. 

I  La  Commission  Rockefeller  ne  commence  pas  une  campagtfe 
antituberculeuse  en  France  ;  elle  trace  les  plans  de  cette  campagne, 
elle  étudie  le  terrain.  Si,  ultérieurement,  elle  est  convaincue  par  ses 
observations  que  la  cooporation  américaine  peut  rendre  service  à  la 
France,  et  que  cette  coopération  est  désirée  par  la  France,  c’est  à 
ce  moment  que  commencera  la  véritable  campagne  franco-améri¬ 
caine  contre  la  tuberculose. 

F.-H.  Renaut. 

Quelques  considérations  sur  le  travail  des.  femfies  dans  les  établisse¬ 
ments  de  la  marine,  par  M.  le  D'’  Doclot,  médecin  principal  de 
réserve,  inédecin-major  à  Indret  {Archives  de  médecine  navale, 
2»  semestre,  1917,  p.  b). 

A  l’usine  d’Indret,  où  bOO  ouvrières.^le  sixième,  du  personnel  total) 
ont  été  embauchées  en  1916,  l’effort  fourni  par  les  femmes  a  été  suf¬ 
fisant,  comparé  à  celui  des  hommes,  en  tenant  compte  de  la  vigueur 
et  de  l’habitude  moindres,  infériorités  qpi,  bien  souvent,  ont  été 
compensées  par  l’habileté,  l'énergie  et  la  volonté. 

Le  recrutement  des  ouvrières,  dans  son  immense  majorité,  a  été 
fait  parmi  les  travailleuses  de  la  terre,  les  professionnelles  des  ate¬ 
liers  de  couture,  les  servantes,  etc.  Tous  les  métiers  féminins  ont  fourni 
leur  contingent  de  rei^rues,  jusqu'aux  jeunes  filles  de  familles  aisées 
avant  la  guerre.  Donc,  peu  d’embauchées  usinières,  par  suite, 
apprentissage  à  faire,  accoutumance  à  acquérir  et  coefficient  de  ren¬ 
dement  diminué  pendant  un  assez  long  temps. 

La  répartition  des  divers  postes  dans  les  dilférenis  ateliers  a  été 
faite  au  mieux  de  l’àge,  de  là  force  et  de  l’aptitude;  les  demandes  de 
changement  ont  toujours  été  accueillies  avec  bienveillance. 

L’état  sanitaire,  dans  son  ensemble,  a  été  bon.  Toutefois,  la  mor¬ 
bidité  générale,  12  p.  100,  a  été  relativement  élevée,  comparative¬ 
ment  à  celle  des  ouvriers  mobilisés,  10  p.  100,  et  surtout  à  celle  des 
ouvriers  immatriculés,  b  p..  100.  Les  raisons  sont  le  surmenage,  la 
dépression  consécutive,  la  tension  générale,  la  réglementation  des 
heures  de  travail  et  le  changement  total  d’existence.  Il  faut  y  ajouter 
les  longues  courses  pour  venir  à  l’usine,  dans  les  conditions  climaté¬ 
riques  assez  dures  de  l’estuaire  de  la  Loire. 

Là  dextérité  naturelle  de  la  femme  motive  le  nombre  très  res¬ 
treint  des  accidents  de  travail,  inhérents  à  la  vie  usinière  et  constatés 
chez  les  ouvrières.  Les  hommes,  plus  forts  et  souvent  maladroits 
malgré  leur  habitude,  sont  inférieurs,  sous  ce  rapport,  à  leurs 
compagnes  d’atelier. 

La  loi  du  travail  est  formelle  :  si  l’employeur  veut  obtenir  un  bon 
rendement  de  son  employé,  il  faut  qu’il  aide  celui-ci  le  plus  efftca- 


REVUE  DES  JOURNAUX 


cementpossible  dans  tous  ses  besoins  de  la  vie  matérielle,  et,  en 
premier  lieu,  qu’il  veille  ti-ès  strictement  à  l’application  des  règles  de 
l’hygiène.  Ce  principe  devient  plus  formel  encore  vis-à-  vis  des 
ouvrières  d’usine,  de  tous  âges  et  de  toutes  conditions. 

Les  principaux  desiderata  sont:  facilité  des  moyens  de  locomotion, 
propreté,  aération,  ventilation,  chanITage  des  locaux  dans  la 
meilleure  mesure  possible,  latrines,  lavabos,  vestiaires,  réfectoires. 
Tous  ces  locaux  sont  uniquement  fréquentés  par  les  femmes,  dont 
on  supprimera,  autant  que  faire  se  peut,  par  ailleurs,  la  promiscuité 
avec  les  hommes,  l’usine  n’étant  point  une  école  moralisatrice.. 

A  l’établissement  de  la  marine  d’Indret,  tous  ces  locaux  ont  été 
rapidement  construits  et  aménagés,  les  règles  de  propreté  et  de 
désinfection  observées;  une  cantine  ouvrière  y  fopctionne  ;  un  ser¬ 
vice  régulier  à  vapeur,  gratuite!  confortable,  prend,  àNantes  et  aux 
environs,  les  nombreuses  ouvrières  habitant  la  ville  et  ses  environs. 

L’emploi  de  la  femme  en  étal  de  grossesse  est  compatible  avec  les 
exigences  du  travail  demandé  dans  les  fabriques  de  munitions.  A 
Indret,  toutes  les  mesures  médicales  et  bienveillantes  possibles  sont 
prises  pour  que  l’ouvrière  enceinte  mène  à  bien  sa  gestation  :  chan¬ 
gements  d’ateliers,  postes  peu  pénibles,  assis,  repos  répétés,  inter¬ 
diction  du  travail  de  uuit,  repos  payé  à  domicile  un  mois  avant  et  un 
mois  après  l’accouchement,  nouvelle  convalescence  s’il  y  a  lieu. 

Il  n’a  pas  été  possible  d’installer  des  salles  d’allaitement,  en  raison 
de  l'éloignement  général  du  domicile  qui  ne  permettrait  pasle  trans¬ 
port  des  enfants,  surtout  dans  la  mauvaise  saison,  mais  les  primes, 
les  soins  et  médicaments  gratuits  facilitent  le  plus  largement  l’ex¬ 
tension  de  l’allaitement  maternel  parmi  les  ouvrières  habitant  dans 
nie  ou  à  proximité. 

F.-H.  Rexaut. 

L'évolution  de  la  paralysie  générale  chez  les  officiers  combattants, 
par  le  D'  Roger  Mignot,  médecin  en  chef  de  Charenton  (La  Presse 
médicale,  1917,  p.  487). 

D’une  façon  habituelle,  la  paralysie  générale  met  de  3  à  o  ans  à 
effectuer  son  évolution.  Parfois,  elle  se  prolonge  pendant  7,  8  années 
et  même  davantage  ;  inversement,  elle  peut  se  terminer  en  quelques 
mois.  En  ce  qui  concerne  la  fréquence  relative  des  paralysies  géné¬ 
rales  à  marche  rapide,  d’après  l’observation  personnelle  de  l’auteur 
à  Charenton,  sur  100  cas,  il  n’y  en  a  que  8  qui  évoluent  en  moins 
d’un  an. 

Les  causes  de  cette  évolution  rapide  restent  imprécises.  Assez 
souvent,  on  note,  dans  les  antécédents,  l’association  à  la  syphilis 
d’infections  diverses,  d’intoxicatians  exogènes  et  endogè^s,  et 
même  alimentaires.  Actuellement,  pendant  la  guerre,  la  paralysie 
générale  apparaît  comme  entraînant  très  fréquemment  une  fin  plus 
brusque  chez  les  combattants. 

Depuis  le  août  1914,  il  est  entré  à  Charenton  14o  militaires 


302 


REVUE  DES  JOURNAUX 


atteints  de  paralysie  générale  et  SO  y  sont  décédés.  Mais,  tous 
n’entrent  pas  dans  la  statistique  en  question;  car  ies  soldats,  et  les 
sous-officiers  ne  restent  hospitalisés  que  le  temps  nécessaire  pour 
obtenir  la  réforme;  ils  reçoivent  ensuite  des  destinations  diverses. 
Les  officiers,  au  contraire,  restent,  sauf  rémission,  jusqu’à  leur 
mort.  Ils  entrent  seuls  en  ligne  de  compte,  d’autant  plus  que  cette 
sélection  permet  dé  fixer,  avec  plus  de  certitude,  le  début  de  l’affec¬ 
tion  ;  on  ne  peut  admettre  qu’exceptionnellement  qu’un  offlciër 
remplisse  au  front  ses  fbnctions  pendant  un  temps  prolongé,  quand 
la  f)aralysie  générale  est  en  cours.  Enfin,  en  temps  de  paix,  Cha- 
renton  reçoit  la  majorité  des  officiers  qui  deviennent  aliénés  dans 
la  région  de  Paris.  Il  est  donc  possible  d’observer  quelle  est,  dans 
le  même  groupe  social,  l’influence  de  la  guerre  sur  l’évolution 
d’une  maladie  déterminée. 

Chez  16  officiers  n’ayant  pas  pris  part  à  la  guerre,  la  durée 
moyenne  de  la  paralysie  générale  a  été  de  36  mois.  Dans  un  seul 
cas,  sur  les  16,  l’évolution  a  été  inférieure  à  un  an. 

Chez  11  officiers  ayant  pris  part  aux  opérations  de  guerre  ou 
ayant  vécu  dans  la  zone  de  l’avant,  sous  le  feu  de  l’ennemi,  pendant 
plusieurs  mois,  l’évolution  a  été  la  suivante  :  4  fois  la  durée  a  été 
inférieure  à  6  mois  ;  3  fois  à  12  mois  ;  4  fois  supérieure  à  un  an. 
Ainsi,  sur  11  cas  de  paralysie  générale  chez  des  combattants,  7  ont 
évolué  d’une  façon  anormalement  rapide.  Pour  ces  11  officiers,  la 
durée  de  la  maladie  a  été  en  moyenne  de  10  mois. 

On  objectera  que  cette  durée  moyenne  sera  différente,  quand  les 
officiers  paralytiques  encore  vivants  seront  morts.  Pour  que  l’écart 
devienne  sensible,  il  faudrait  que  ces  paralytiques  encore  en  vie 
soient  nombreux  et  évoluent  tous  selon  le  mode  normal.  Or,  6  offi¬ 
ciers  combattants  sont  actuellement  en  traitement  et  2  sont  malades 
depuis  moins  d’un  an.  On  pourra  plus  tard  établir,  de  façon  précise, 
la  durée  moyenne  dp  la  paralysie  générale  chez  les  combattants; 
mais,  dès  maintenant,  on  peut  affirmer  que  les  formes  galopantes 
s’observent  avec  une  fréquence  exceptionnelle,  7  fois  sur  17  cas. 

Puisque  les  fatigues,  les  émotions  et  les  traumatismes  de  la  guerre 
sont  susceptibles  de  modifier,  d’une  façon  sensible,  l’évolution  de 
la  paralysie  générale,  il  semble  que  l’on  ne  puisse  pas  leur  refuser 
de  jouer  un  rôle  dans  l’étiologie.  La  syphilis  est  le  facteur  essentiel, 
mais,  en  affirmant  qu’elle  est  le  facteur  nécessaire,  suffisant  et 
unique,  on  va  au  delà  de  ce  qui  est  scientifiquement  établi.  Une 
telle  allégation  pourrait  entraîner  des  conséquences  préjudiciables 
aux  paralytiques  généraux. 

F. -H.  Renaut. 

Sur  la  résorption  du  catgut,  par  A.  Goais  et  P.  Rolland  (Annales 
de  l’Institut  Pasteur,  1917,  p.  269). 

Au  cours  des  recherches  des  auteurs  sur  le  catgut,  l’importance 
de  la  résorption  de  cette  ligature  a  retenu  leur  attention.  A  l’insti- 


REVUE  DES  JOURNAUX 


galion  de  M.  A.  Goris,  son  ancien  interne  en  pharmaçie  à  la  Maison 
municipale  de  Santé,  M.  Rolland,  actuellement  chef  de  laboratoire 
du  D''  Cunéo,  a  poursuivi  cette  étude  et  a  imaginé  les  techniques  des 
expériences  se  rapprochant  le  plus  possible  des  conditions  de  la 
pratique  chirurgicale  ;  il  a  pu  suivre  attentivement  les  différentes 
phases  du  phénomène. 

Deux  séries  d’expériences  ont  été  faites  sur  des  cobayes  de 
500  grammes  environ  et  sur  un  chien  de  moyenne  grosseur,  dans  le 
but  d’étudier  la  résorption  de  catguts,  composés  du  même  nombre 
de  lanières  et  fabriqués  d’après  des  formules  différentes.  Ces  essais 
tendent  moins  à  déterminer  exactement  en  combien  de  jours  tel  ou 
tel  catgut  se  résorbe,  qu’à  saisir  le  mode  de  résorption  et  à  appré¬ 
cier  dans  quelle  mesure  peuvent  influer  sur  cette  résorption  les 
traitements  chimiques  que  l’on  fait  subir,  soit  aux  catguts  flnis, 
soit  aux  lanières  conjonctives  qui  les  constituent. 

Il  est  logique  de  penser  que  l’écartement  de  ces  lanières  doit 
faciliter  la  résorption,  en  favorisant  la  pénétration  phagocytaire. 
La  confection  du  nœud  pouvant  produire  mécaniquement  cet  écar¬ 
tement,  l’une  des  séries  d’expériences  porte  sur  la  résorption  d’un 
brin  rectiligne,  l’autre  sur  la  résorption  d’un  catgut  noué  dans  les 
conditions  chirurgicales  habituelles.  Chaque  corde  était  d’une  gros¬ 
seur  aussi  égale  que  possible  à  50  centièmes  de  millimètre,  grosseur 
correspondant  à  un  catgut  n“  i  ou  n“  5  de  la  classiflcation  décimale. 

L’examen  des  coupes  permet  de  constater  que  les  catguts  en 
expérience  sont  tous  modifiés  dans  leur  texture  et  plus  ou  moins 
envahis  par  les  phagocytes.  En  se  basant  sur  celte  plus  ou  moins 
intense  pénétration  des  cellules  migratrices,  on  peut  poser  les 
conclusions  suivantes  : 

i»  Par  ordre  de  résistance  décroissante,  les  différents  catguts  se 
rangent  ainsi  ;  eucalyptolé,  formolé,  oxygéné,  au  nitrate  d’argent, 
à  l’oxycyanure  de  mercure,  chromé,  protargolé,  collargolé,  iodé. 

2“  D’après  les  coupes,  on  peut  affirmer  que  les  traitements  chi¬ 
miques  que  l’on  fait  subir  aux  lanières  n’augmentent  pas  toujours 
la  durée  de  résorption,  qui  paraît  déjà  suffisamment  longue  pour 
le  catgut  oxygéné  ordinaire. 

3“  Certaines  de  ces  substances,  en  particulier  l’iode  et  le  col- 
largol,  paraissent  au  contraire  provoquer  une  modification  beau¬ 
coup  plus  rapide  du  catgut. 

4»  La  pénétration  des  macrophages  se  fait  d’abord  par  les 
fissures  de  torsion  ;  elle  ne  paraît  pas  plus  active  au  niveau  des 
extrémités  sectionnées,  contrairement  à  l’opinion  admise. 

5°  La  rapidité  de  résorption  des  catguts  dépend  de  la  qualité 
physique  de  la  corde,  et  secondairement  de  la  nature  des  substances 
chimiques  qui  l’imprègnent.  Une  corde,  dont  les  lanières  ne  sont  pas 
très  adhérentes,  est  plus  rapidement  l'ésorbable  qu’une  corde 
homogène,  qui  se  laisse  difficilement  pénétrer  par  les  macro¬ 
phages.  D’autre  part,  la  modification  du  catgut  est  plus  rapide 


REVUE  DES  JOURNAUX 


30  i 

encore,  si  ce  dernier  est  imprégné  d’une  substance  douée  d'un  chi- 
miotaxisme  positif  vis-à-vis  des  phagocytes. 

F.-H.  Renaut. 

Une  petite  épidémie  d’amibiase  sur  le  front,  par  MM.  A.  Fooiîs, 
médecin-major  de  2“  classe,  médecin-chef,  et  Henbi  Bouchet,  méde¬ 
cin  aide-major  de  l"  classe,  médecin  traitant  à  l'ambulance  X... 
[la  Presse  médicale,  1917,  p.  45o). 

Depuis  1915,  des  cas  de  dysenterie  amibienne,  avec  complications 
hépatiques,  ont  été  observées  parmi  les  troupes  en  campagne.  Plu¬ 
sieurs  médecins  militarisés  en  ont  publié  des  obsérvations,  et 
quelques-uns  insistent  sur  la  fréquence  des  formes  larvées  et  la  • 
difficulté  du  diag^iostic. 

Les  auteurs  ont  pu  étudier  un  certain  nombre  de  cas  d’amibiase, 
survenus  pendant  l’été  de  1916,  et  dont  les  symptômes  cliniques^ 
confirment  bien  la  description  antérieurement  donnée. 

Ces  cas  sont  particulièrement  intéressants  pàrce  qu’ils  ont  apparu 
sur  un  point  déterminé  du  front  et  qu’ils  ont  été  localisés  parmi  les 
hommes  d’une  section  d’infanterie  métropolitaine,  occupant  un 
point  d’appui  de  première  ligne;  ils  ne  paraissent  pas  s’être  pro¬ 
pagés  dans  le  reste  de  la  compagnie,  réunie  cependant  en  ce  point. 

11  s’est  développé  dans  cette  section  une  véritable  épidémie 
d’amibiase  ayant  produit  des.  cas  d’abcès  du  foie  et  des  cas  larvés 
dont  le  diagnostic  eût  été  particulièrement  difficile  si  l’attention 
n’avait  été  éveillée  sur  ce  point.  La  difficulté  du  diagnostic  a  été 
augmentée  par  l’absence  presque  totale  de  phénomènes  dysenté¬ 
riques. 

Quatre  fois,  les  lésions  hépatiques  ont  abouti  à  des  abcès  du  foie 
chez  des  malades,  fatigués  et  prostrés  depuis  une  dizaine  de  jours, 
qui  avaient  eu,  à  une  date  plus  ou  moins  lointaine,  une  émission  de 
selles  muco-sanguinolentes.  Trois  malades  ont  été  opérés,  le  qua¬ 
trième  eut  une  vomique  purulente,  dont  l’évolution  antérieure  avait 
fait  songer^à  une  pleurésie  diaphragmatique. 

Des  cas  analogues,  provenant  de  la  même  compagnie  d’infanterie, 
étaient  dirigés  sur  d’autres  formations.  Une  enquête  médicale  sur 
place  fut  faite  pour  découvrir  l’origine  de  ces  cas  d'alhibiase.  Un 
certain  nombre  d’hommes  fut  examiné  au  point  d’appui  même, 
occupé  par  la"section  contaminée.  Tous  étaient  bien  portants,  sauf 
cinq,  qui,  sans  se  déclarer  malades,  se  plaignaient  de  lassitnde 
générale  et  de  céphalée,  la  plupart  se  disaient  constipés. 

L’examen  de  ces  hommes  révéla  une  hyperesthésie  cUlanée  de 
l’abdomen,  particulièrement  au  niveau  du  foie  et 'une  légère  sub¬ 
matité  dans  la  région  splénique.  Parmi  eux  »e  trouvait  le  caporal 
d’ordinaire  de  la  compagnie  ayant  séjourné  pendant  de  longues 
années  à  Beyrouth,  où  il  avait  contracté  le  paludisme.  La  mise  en 
observation  à  l’ambulance  s’imposait. 

Les  selles  furent  examinées  à  plusieurs  reprises.  On  découvrit  des 


REVUE  DES  JOURNAUX 


305 


kystes  d’amibes  de  la  dysenterie  chez  deux  malades  seulement.  Un 
seul  présenta  des  kystes  pendant  trois  mois;  les  autres  purent 
rejoindre  rapidement  leur  corps. 

Il  semble  que  l’épidémie  d’amibiase  se  soit  arrêtée  dans- cette 
compagnie,  dès  le  moment  où  les  malades  furent  pris  en  observa¬ 
tion  à  l’ambulance.  Ce  fait  autorise  à  émettre  l’hypothèse  que  cette 
épidémie  était  due  à  un  porteur  de  germes,  sans  doute  le  caporal 
d’ordinaire  qui,  peut-être,  distribuait  le  pain  et  les.  aliments  avec 
des  mains  souillées,  bien  que  l’examen  de  ses  selles,  pratiqué  deux 
fois,  ait  été  négatif. 

La  conclusion  qui  se  dégage  de  ces  faits  c’est  que  les  formes 
larvée?  de  l’amibiase  sont  certainement  très  fréquentes  et  risquent 
d’être  méconnues,  en  raison  même  de  l’absence  de  dysenterie  et 
de  désordres  intestinaux. 

F,-H.  Ren.\dt. 

Études  épidémiologiques  et  prophylactiques  du  paludisme.  Treizième 
et  quatorzième  campagnes  en  Algérie  en  1914  et  191b,  par  Edmond 
Sergent  et  Etienne  Sergent  [Institut  Pasteur  d’Algérie]  {Annales  de 
rjnstitût  Pasteur,  i9i~,  p.  ' 

En  1914,  les  fièvres  ont  subi  une  recrudescence  sensible  en  de 
nombreuses  localités,  et  en  1915,  on  assista  à  une  épidémie  géné¬ 
rale,  parfois  très  violente,  rappelant  celle  de  1904.  Les  cas  mortels 
ont  été  nombreux. 

Les  années  1914  et  1915  ont  été  marquées  par  des  hivers  et  des 
printemps  pluvieux.  La  nappe  souterraine  est  remontée.  Des  excé¬ 
dents  d’eau  ont  été  amenés  dans  les  exploitations  agricoles  ;  l’eau 
abondante  de  plusieurs  puits  artésiens  stagne  dans  les  fossés,  faute 
d’écoulement.  Les  anophèles  y  pullulent  et  propagent  chez  les* 
habitants  de  la  ferme  le  virus  des'indigènés  voisins. 

Les  conditious  nouvelles,  créées  par  la  guerre,  ont  favorisé,  en 
beaucoup  d’endroits,  la  pullulation  des  moustiques.  La  mobilisation 
générale  a  enlevé  un  grand  nombre  de  travaillenr.-i  européens;  les 
travaux  d’assainissement  des  marécages  ont  été  suspendus  ;  dans 
beaucoup  de  propriétés  particulières,  l’entretien  des  canaux  d’irri¬ 
gation,  des  drains,  a  été  négligé.  Les  chantiers  antilarvaires  du  Ser¬ 
vice  antipaludique  ont  dû  arrêter  leur  fonctionnement  pendant 
plusieurs  mois. 

Les  index  épidémiques  (pourcentage  des  grosses  rates)  relevés  en 
1914  et  en  1915  ont  été  de  11,6  p.  100  et  de  18,9  p.  100  dans  les 
localités  les  plus  palustres  des  trois  départements  d’Algérie.  Les 
tableaux  des  résultats  des  examens<microscopiques  du  sang  de  sujets 
habitant  des  localités  paludéennes,  montrant  constamment  la  pré¬ 
dominance  des  parasites  par  l’hématozoaire  avec  infection  de  la 
tierce  bénigne,  quelques  cas  présentent  l’infection  simultanée  par 
tierce  bénigne  et  par  tierce  maligne.  La  moliilisation,  survenue  au 
moment  de  la  canicule,  a  favorisé  la  dissémination  et  l’exaltation 

XL  —  20 


7.  d’HYG. 


306 


REVUE  DES  JOURNAUX 


du  virus  paludéen.  Le  parasite  de  la  tierce  bénigne  a  causé,  à  lui 
seul,  la  mort  de  nombreux  Européens  et  indigènes.  La  flèvre  bilieuse 
hemoglobinurique  a  été  signalée  dans  la  Mitidja,  dans  la  région  de 
Bône.et  à  Batna. 

Le  Scfvice  antipaludique  a  continué  la  lutte  dans  les 'mêmes 
localités  que  les  années  précédentes.  La  quinisation  des  indigènes 
a  été  poursuivie  par  18  agents,  sous  la  direction  des  médecins 
locaux;  Je  nombre  des  personnes  quininisées  dépasse  3.000; 
1.000  enfants  des  écoles  ont  reçu  les  dragées  de  chlorhydrate  de 
quinine  de  0  gr.  20  par  l’intermédiaire  des  instituteurs  et  des  insti¬ 
tutrices.  230  kilogrammes  ont  été  utilisés  en  1914  et  21S  en  191b. 
Les  pastilles  de  chocolatine  au  tannate  de  quinine  rendent  de  grands 
services  pour  la  quinisation  des  tout  petits. 

Les  petites  mesures  antilarvaires  ont  été,  en  plusieurs  points, 
interrompues  quelque  temps.  La  conséquence  a  été  la  réapparition 
des  fièvres,  que  la  reprise  des  travaux  a  vite  réprimé.  La  défense 
mécanique  des  habitations  au  moyen  de  grillages  est  continuée  par 
les  Compagnies  de  chemins  dè  fer  et  par  certaines  administrations. 
La  meilleure  protection  des  ouvriers  agricoles  et  des  soldats  est 
l’emploi  de  la  moustiquaire  portative  et  personnelle.  Le  poids  de  la 
monture,  en  fil  de  laitoiî,  est  de  4b0  grammes,  elle  est  composée  de 
dix  morceaux  de  0'“26  de  long;  le  tulle  est  en  mousseline  de  soie, 
de  forme  rectangulaire,  ayant  4“50  sur  3™50;  il  ne  pèse,  avec  son 
sac,  que  260  grammes.  Cette  moustiquaire  a  l’avantage  de  pouvoir 
être  placée  sur  n’importe  quel  lit,  sur  un  matelas  étendu  par  terre, 
sur  une  natte,  une  toile  de  sac,  sans  qu’il  soit  nécessaire  de  l’accro¬ 
cher  ou  de  la  suspendre. 

L’observation  attentive  des’efforts  faits  penddnt  quatorze  ans,  pour 
appliquer  les  procédés  de  prophylaxie  antipaludique  dans  les  loca¬ 
lités  fiévreuses  de  l’Algérie,  a  montré,  en  résumé,  que  :  1°  partout 
est  possible  l’amendement  du  réservoir  de  virus  paludéen  par  la 
quininisation,  à  domicile,  des  indigènes  par  un  agent  européen; 
2“  en  certaines  localités,  les  mesures  antilarvaires  suffisent  à  main¬ 
tenir  en  échec  les  anophélines;  3“  la  défense  mécanique  ne  s’est 
étendue  que,  dans  certaines  administrations  et  chez  trop  peu  de 
particuliers  ;  elle  mérite  une  plus  grande  extension,  car  elle  met  à 
l’abri  non  seulement  des  moustiques,  mais  des  mouches,  cette  aulre 
plaie  des  pays  chauds. 


F.-H.  Renaut. 


VARIÉTÉS 


307 


VARIÉTÉS 


ÉCOLE  SPÉCIALE  D’ARCHITECTURE 
Concours  d’Architecte  salubriste  (1917-1918). 

I.  —  Salubrité  de  la  Métropole.  Une  ferme  de  grande  culture. 

Argument  préambnlaire  de  restitution. 

La  dévastation  par  l’ennemi  des  régions  envahies  entraîne  la 
conception  et  la  réalisation  d’aménagements  et  d’édiflces  corres¬ 
pondant  à  tout  ce  que  la  science  moderne  permet  d’entrevoir. 

Il  faut  qu’il  en  soit  ainsi  ;  en  dehors  de  quoi  notre  temps  s’expo¬ 
serait  aux  judicieuses  critiques  de  la  postérité  se  montrant  incom- 
préheusive,  comme  ce  serait  son  droit,  d’une  époque  où  l’humanité 
n’aurait  pas  été  à  même  d’aborder  le  problème  de  l’habitation,  en 
accord  avec  les  connaissances  déjà  répandues.  Et  les  droits  de  là 
propriété,  mis  sans  cesse  en  avant,  ne  sauraient  autoriser  des  initia¬ 
tives  de  nature  à  la  compromettre.  Son  intérêt  bien  compris 
apparaît  à  quiconque  sait  le  mettre  au  point,  comme  devant  kre 
subordonné  à  des  considérations  d’ensemble  s’étendant  à  l’avenir 
et  dont  nul  ne  doit  se  répartir,  sous  peine  d’exposer  la  valeur  de 
cette  propriété  à  une  dépréciation  notable,  et  cela  dans  un  délai 
assez  proche. 

‘  D’autre  part  convient-il  également  de  ne  rien  négliger  en  ce  qui 
est  de  nature  à  combler  les  desiderata  de  l’esprit  humain  eu  égard 
à  l’âme  de  la  nation  laquelle  se  résume  partiellement  dans  le  mot 
«  beauté  »  s’unifiant,  pour  ainsi  dire,  en  la  circonstance,  avec  les 
exigences  de  confort  et  de  salubrité. 

Objet  impérieux  de  réflexions  étendues  et  de  méditations  appro¬ 
fondies  pour  tout  esprit  animé  par  la  généreuse  mission  de  restituer 
au  territoire,  qui  fut  victime  de  l’invasion  barbare,  une  plénitude 
vivante  et  toutes  les  activités  que  peuvent  comporter  ces  régions 
éprouvées. 

A  ce  propos,  serait-il  impardonnable  de  ne  point  tenir  compte 
des  traditions  locales  ou  régionales,  qui  déjà  furent  înotif  à  des 
études  intéressantes,  souvent  brillantes,  qui  furent  faites  sur  place. 
Elles  ont  pour  trait  signalétique  de  rappeler  avec  talent  bien  des 
installations  pittoresques,  auxquelles  nous  ne  saurions  nous  montrer 
trop  sensibles. 

Mais  il  y  aurait  erreur  à  se  laisser  exclusivement  dominer  par  des 
solutions  déterminées  à  l'avance,  quelque  frappantes  qu’elles  soient 
par  leur  aspect  séduisant  :  car  les  gestes  passés  ne  peuvent  corres¬ 
pondre  à  la  profonde  réalité  des  exigences  contemporaines.  Gepen- 


VARIÉTÉS 


SOS 

dant  elles  en  demeurent,  quand  même  et  par  leur  exemple,  un 
modèle  ou  un  document  intéressant  ce  que  doivent  inspirer  les 
conceptions  contemporaines.  Pour  être  pittoresques,  c’est-à-dire  en 
vue  de  se  conformer  au  tableau  figuré  des  diréctions  auxquelles 
obéissent  les  cerveaux  et  les  cœurs  de  l’époque,  celles-là  sont 
appelées  à  tenir  compte  d’une  infinité  de  données,  contribuant 
toutes  à  établir,  dans  l’histoire,  des  documents  en  ce  qui  touche  à 
la  période  que  traverse  l’humanité  présente  et  dont  la  France, 
ainsi  que  la  Belgique,  la  Serbie  et  l’Italie  elle -même,  resteront  des 
champs  où  la  gloire  devra  se  mesurer  à  l’âpre  sévérité  des  épreuves 
territoriales. 

Désormais  il  n’y  a  plus,  pour  l’architecture,  de  réalisation,  qui 
échappe  aux  conditions  d’harmonie  générale.  Cette  dernière  com¬ 
prend  et  les  convenances  du  site  et  les  minutieuses  aspirations  au 
bien-être  de  même  qu’à  la  santé,  l’une  et  l’autre  de  nature  à 
ordonner  les  activités  destinées  à  combler  la  richesse  économique, 
dont  l’après-guerre  devra  répartir  les  bénéfices  à  tous  les  peuples 
de  l’entente. 

La  restitution  des  régions  envahies  est,  pour  l’art  contemporain, 
motif  à  installations  accusant  une  diversité  de  traits  que  les  connais¬ 
sances  du  moment  font  entrevoir  et  qui,  par  l’éventualité  présente, 
deirieureront  vraisemblablement  des  repères  légués  à  la  science  du 
lendemain.  En  outre,  il  est  urgent  d’en  tenir  compte  :  l’expérience 
locale  se  double  de  celle  que  le  voisinage  des  régions  territoriales 
mettrait  à  portée  des  intelligences  pour  ce  qui  touche  à  la  localité 
direclement  intéressée,  et  en  dehors  des  us  et  coutumes  y  prédo¬ 
minant.  11  n’y  a  pas  d’art,  en  effet,  qui  ne  tende  à  amorcer  et 
orienter  une  tradition  nouvelle.  Et  l’abondance  comme  la  variété 
des  moyens  de  communication  et  de  transport  s’affirment  dans  nos 
jours  en  vue  d’autoriser  un  idéal  abondant  en  solutions  encore 
imprévues  dans  lé  passé. 


Progr.amme. 

Le  territoire  de  culture  ne  couvre  pas  une  superficie  moindre  de 
200  hectares. 

Le  choix  de  son  emplacement  sera  déterminé  par  les  concurrents 
eux-mêmes.  Mais  chacun  d’eux  portera  son  attention  à  choisir  une 
région  différente  de  ses  camarades. 

Il  établira  son  installation  agricole;  soit  dans  le  Nord,  soit  dans 
VEst,  soit  en  Champagne  et  Ile-de-France. 

Une  grande  cour  d’une  superficie  répondant  à  l’importance  des 
cultures  est  caractéristique  de  la  ferme.  Elle  est  en  rapport  avec 
l’étendue  des  terres  à  cultiver,  ce  qui  entraîne  pour  ladite  cour, 
une  surface  approximative  de  2.000  mètres.  Les  divers  bâtiments 
agglomérés  à  la  périphérie  y  donneront  satisfaction  à  tous  les  ser¬ 
vices  que  suppose  pareille  importance  d’exploitation. 


VARIÉTÉS 


309 


Tout  d’abord  se  présente  à  l’esprit  l’habitation  du  fermier  et  de 
sa  famille  pouvant  être  assez  nombreuse.  Cette  habitation  est  à 
pourvoir  de  toute  l’aisance  désirable  à  notre  époque,  pour  des  tra¬ 
vailleurs  engaseant  des  capitaux  respectables  et  administrant  une 
propriété  terrienne  de  semblable  étendue.  Inutile  d’insister  sur  la 
salubrité  des  différentes  installations  que  comporte  l’habitation  du 
fermier  et  de  sa  famille  :  elle  ne  saurait  être  d’une  rigueur  assez 
stricte. 

En  outre,  la  ferme  comprendra  : 

Une  écurie,  pour  20  chevaux  ; 

Une  étable,  pour  40  bêtes  à  cornes; 

Une  bergerie,  pour  400  moutons  ;  , 

Une  porcherie,  pour  une  quinzaine  de  porcs  ; 

Un  poulailler,  pour  200  poules  ; 

Un  clapier,  pour  une  cinquantaine  de  lapins  ; 

Deux  granges  (Tune  de  800  mètres,  l’autre  de  500  mètres); 

Des  remises  pour  le  matériel  de  culture  et  différents  hangars, 
adaptables  au  garage  commode  des  voitures  et  des  charrettes. 

Une  plate-forme  à  fumiers,  d’une  superficie  équivalente  à 
200  mètres  avec  fosse  à  purin,  sera  placée  à  portée  de  l’étable  et  en 
dehors  de  la  cour. 

Il  n’est  pas  sans  intérêt  d’attirer  l’esprit  des  concurrents  sur  le 
caractère  et  l’importance  plastique  que  suggère  l’entrée  d’une 
ferme 'comme  celle-là.  Elle  doit,  en  effet,  s’accuser,  à  la  mesure 
caractéristique  de  la  cour  à  considérer  :  telle  une  sorte  de  symbole, 
par  rapport  à  l’étendue  superficielle  des  terres  en  culture. 

Eufiri,  messieurs  les  élèves  ont  entendu  les  leçons  d’hygiène 
s’appliquant  à  jeter  dans  leur  esprit  les  desiderata  qu’il  y  a  lieu 
de  réaliser,  quand  il  s'agit  de  loger  la  diversité  des  animaux  énu¬ 
mérés  plus  haut. 


Travaux  a  produire. 

L’étude,  soumise  à  l’élaboration  de  messieurs  les  élèves,  com¬ 
prendra  : 

1®  Un  plan  de  situation  à  l’échelle  de  :  0“001  par  mètre  ; 

2®  Une  perspective  d’ensemble  ; 

3®  Plans,  coupes,  élévations  des  différents  bâtiments  à  l’échelle 
de  :  0'"002  par  mètre  ; 

4®  Détails  des  installations  spéciales  à  l’échelle  de  :  0“00o  par 
mètre  ; 

5“  Mémoires  succincts,  et  de  nature  à  déterminer  ; 

a)  La  région  choisie  et  ses  traits  saillants  ; 

b)  L’esprit  général  du  parti  adopté  ; 

c)  Les  principes  qui  lui  ont  servi  de  guide  ; 

d)  Les  avantages  sanitaires  qu’il  apporterait  au  logement  des  ani¬ 
maux; 


VARIÉTÉS 


e)  Les  traits  caractéristiques  de  raménagement  agricole  eu  égai’d 
à  l’alimentation  en  eau  et  à  l’évacuation  des  liquides  résiduaires  et 
des  matières  usées  ; 

6»  Une  évaluation  des  dépenses  que  supposerait  l’installation  au 
mètre  superficiel. 

Nota.  —  Les  concurrents  sont  priés  de  réunir  leurs  différentes 
études  dans  des  cartons,  qu’ils  remettront  à  l’Administration  le 
samedi  29  juin  à  5  heures. 


Jugement. 


Dispositif  d’ensemble .  80  points. 

Aménagement  détaiilé  dé  l’installation  .  .  90  — 

Évaluation  des  dépenses .  30  — 


Total .  200  points. 


II.  —  Salubrité  coloniale.  (Latitudes  intertropicales.) 

Ferme-École  et  Laboratoire  d'essais  en  Afrique  Occidentale. 

Avant-propos. 

La  France  étend  son  influence  nationale  sur  un  empire  colonial  ' 
des  plus  grandioses  en  Afrique.  Et  les  contrées  cfu  Niger  en  sont 
effectivement  une  représentation,  au  voisinage  de  l’Atlantique. 

Dans  les  régions  que  le  cours  du  fleuve  traverse,  il  y  aurait,  eu 
égard  aux  nécessités  métropolitaines  de  l’entente,  à  y  développer 
une  production  encore  inconnue,  en  conséquence  du  manque  d’au¬ 
dace  capitaliste  trop  souvent  manifeste  en  Europe.  Et,  d’autre  part, 
il  conviendrait  d’amorcer' une  éducation  indigène  permettant  à  l’au¬ 
tochtone  main-d’œuvre  de  se  discipliner  en  vue  de  prendre  une 
valeur  inconnue,  du  fait  de  l’inaptitude  locale^  tout  effort  soutenu, 
d’accord  avec  la  prévoyance  de  l’avenir.  Grâce  à  un  travail  appro¬ 
prié  aux  différentes  saisons  (8  mois  de  sécheresse  et  pluies  de  la 
saison  hivernale),  serait-il  possible  de  s’assurer  une  production  à 
même  de  combler  et  au  delà  les  besoins  couramment  réclamés  jus¬ 
qu’ici  de  l’importation  étrangère. 

La  France-École,  que  ces  lignes  évoquent,  s’appliquerait  à  déve¬ 
lopper  une  éducation  pratique  des  usages  en  conformité  de  l’agri¬ 
culture  intertropicale.  Elle  s’ouvrirait  aux  Européens  inexpéri¬ 
mentés,  jusqu’ici,  des  points  de  vue  spéciaux  à  semblables  régions, 
bien  qu’ils  aient  été  pourvus  de  connaissances  générales  éprouvées 
par  la  métropole  et  préparant  à  la  compréhension  de  ce  que  peu¬ 
vent  réclamer  les  régions  équatoriales. 

Mais,  en  dehors  de  cette  clientèle  européenne,  n’est-on  en  droit 
de  négliger  a  fortiori  l’éducation  de  la  main-d’œuvre  indigène,  que 


VARIÉTÉS 


311 

les  missionnaires, -déjà  éclairés,  de  l’agriculture  nouvelle  n’auront 
garde  de  laisser  inactive,  en  circonstances  aussi  prédominantes 
d’intensité  productives. 

La  France-Ecole,  qu’il  s’agit  ici  d’envisager,  serait  à  établir  en  un 
point  quelconque  des  régions  où  le  Niger  est  assimilable  à  une  base 
de  transport  naturel.  Elle  comprendrait,  notamment  :  un  labora¬ 
toire,  un  jardin  et  territoire  d’essais,  une  exposition  des  divers  pro¬ 
duits  que  les-climats  similaires  feraient  entrevoir  comme  suscepti¬ 
bles  de  concourir  à  la  richesse  du  monde  contemporain. 

De  ce  qui  précède  il  résulte  naturellement  deux  clientèles  urgentes 
à  distinguer  :  d’une  part,  la  clientèle  européenne  destinée  à  une 
direction  devant  s’étendre  proportionnellement  aux  connaissances 
et  à  l’expérience  des  nouvelles  contrées;  d’autre  part,  une  popula¬ 
tion  indigène  appelée  elle-même  à  un  développement  que  l’on  ne 
saurait  encore  déterminer.  Deux  catégories  d’habitations  en  sont 
donc  la  conséquence  :  lesquelles  ont  trait  à  l’habitation  européenne 
et  au  logement  des  noirs  autochtones.  Elles  se  résumeront  en  dé¬ 
marcations  suffisamment  accusées  pour  entraîner  des  localités 
essentiellement  distinctes,  quant  à  l’emplacement  et  en  fait  de  dis¬ 
positif. 


Programme  d’aménagement  a  concevoir. 

L’infini  soudanien  fait  envisager  des  territoires  à  superficie  appa¬ 
remment  illimitée,  celui  qu’il  convient  de  délimiter  ici  ne  saurait 
être  inférieur, à  un  millier  d’hectares. 

La  clientèle  européenne  est  évoluable  à  une  centaine  d’individus, 
non  comprises  leurs  familles  à  supposer  présentes  dans  la  plupart 
des  cas.  Et  la  main-d’œuvre  indigène  supposerait  un  millier  de 

Le  territoire  d’essais  couvrirait  une  quinzaine  d’hectares. 

Le  laboratoire  serait  pourvu  d’appareils  adéquats  aux  progrès  réa¬ 
lisables  en  notre  temps  et  de  nature  à  contrôler  la  valeur  des  pro¬ 
duits  végétaux  ou  minéraux  et  analyser  la  richesse  plus  ou  moins 
productive  des  terres.  Un  personnel  de  haute  compétence  est  à 
prévoir  sur  place,  en  vue  d’y  accuser  une  direction  en  rapport  avec 
les  nécessités  de  l’œuvre  à  accomplir. 

Au  surplus,  serait-il  opportun  de  songer,  dans  une  installation 
i  agricole  d’une  telle  étendue,  à  une  représentation  du  service  éco¬ 
nomique  spécialement  désignée;  en  Afrique  occidentale,  qui  peut 
inspirer  l’activité  productive  et  commerciale  des  différentes  colonies 
pouvant  y  participer.  Activités  qui,  indépendamment  du  commerce 
ou  des  échanges,  s’appliquent  spécialement  à  l’élevage,  à  la  tenue 
des  forêts,  à  l’industrie,  aux  transports.  C’est  là  un  service  à  ne 
point  négliger  et  dont  l’importance,  appréciable  par  les  concurrents, 
reste  soumise  à  leur  détermination  ;  telle  une  sorte  de  ministère, 
comprenant  quantité  de  fonctionnaires  demeurant  toujours  à  fixer 


312  VARIÉTÉS 

daQS  toutes  les  colonies  groupées  de  l’Occident  africain,  faute  d’or¬ 
ganisation  encore  suffisante. 

Gomme  on  le  voit,  la  Ferme-École  serait  pour  devenir  uù  foyer 
d’exploitation  et  des  plus  efficaces  en  vue  de  répandre  l’agriculture, 
les  échanges  commerciaux,  l’élevage,  de  sauvegarder  les  restes  de 
la  végétation  forestière,  le  tout  en  vue  d’une  création  rationnelle  eu 
égard  à  l’industrie  tropicale. 

Le  programme  met  en  présence  des  solutions^  qui  correspondent 
aux  exigences  de  richesses  contemporaines  ;  et  elles  sont  de  nature 
à  affirmer  la  puissance  des  colonies  à  même  d’y  contribuer.  Voilà 
donc  un  problème  que  l’après-guerre  impose  d’aborder,  telle  une 
suite  réactive  de  la  période  où  la  civilisation  se  trouve  pour  le  mo¬ 
ment  condamnée. 

Un  mot  encore  sur  l’exécution  qu’il  importe  d’envisager.  Elle  doit 
être  confortable  et  salubre  mais  semi-provisoire,  faute  de  matériaux 
se  prêtant  aux  exécutions  durables  ou  résistantes. 

Travaux  a  phoduirb. 

1«  Plan  d’aménagement  général,  à  l’échelle  de  :  0“001  par  mètre; 

2“  Croquis  et  perspective  de  l’ensemble  ; 

3»  Plans,  coupes,  élévation  des  différents  bâtiments  à  l’échelle 
de  :  0“004  par  mètre. 

Enfin  un  mémoire  concis  montrera  : 

Xes  avantages  de  l’installation  projetée;  les  modes  organiques 
d’exécution  mis  au  service  de  la  solution  envisagée. 

Et  cela,  sans  négliger  aucunement  ;  ni  l’assainissement  du  terri¬ 
toire  choisi;  ni  l’alioientalion  en  eau;  ni  la  température  qu’il  con¬ 
viendrait  d’assurer  à  toutes  les  localités  habitées  et  en  rapport  avec 
leurs  différentes  destinations,  par  des  appareils  frigorifiques. 

Le  travail  demande  à  être  complété  par  une  supputation  des  dé¬ 
penses  à  prévoir. 

Les  concurrents  se  documenteront  utilement  au  ministère  des 
Colonies. 

Nota.  —  Les  différentes  études  en  concurrence  seront  réunies  dans 
des  cartons;  et  ceux-ci  déposés  à  l’Administration  le  samedi  29  juin 
à  5  heures. 


Dispositif  d’ensemble . .  80  points. 

Aménagement  détaillé  de  l'installation.  .  .  90  — 

Évaluation  des  dépenses .  30  — 


Total .  200  points. 


313 


t69] 

SOCIÉTÉ 

DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 

ET  DE  GÉNIE  SANITAIRE 

Reoonnne  d’utilité  publique  par  décret  du  8  mars  1900. 


SÉANCE  DU  27  FÉVRIER  1918. 


Présidence  de  M.  le  D''  Granjüx,  vice-président. 


Assemblée  générale. 

(i6  h.  45) 

Membres  présents  :  MM.  Arnaud,  Bezault,  Borne,  Gamescasse, 
Diénert,  Faivre,  Granjux,  Le  Couppey  de  la  Forest,  Marchoux, 
Marié-Davy,  Paquet,  Hichou,  Risler,  Vincey. 

M.  Richou,  en  l’absence  de  M.  Paul  Gonin,  trésorier,  communique 
le  compte  rendu  financier  de  l’exercice  1917. 


Compte  rendu  financier. 

M.  Paul  Gonin,  trésorier,  adresse  ses  remerciements  à  ceux 
de  ses  collègues  qui  ont  bien  voulu  payer  leur  cotisation  de 
19L7,  en  utilisant  le  mandat-lettre  à  son  nom  qu’il  avait 


314  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [70] 

aHressé  à  tous  les  membres  de  la  Société,  et  présente  les 
comptes  de' 1917  et  le  budget  de  1918. 


Le  budget  de  1917  prévoyait  : 

En  recettes  ; 

Cotisations .  5.000  fr.  » 

Intérêts .  1.500  fr.  »  6.500  fr.  » 

En  dépenses  ; 

Loyer  et  impôts 
Convocations .  . 

Revue  d' Hygiène 
Frais  divers  ..  . 

Agent . 

Imprévu  .... 

Disponible  .  .  . 

En  réalité  : 

Les  recettes  présentent  un  chiffre  de, .  6.855  fr.  30 

Les  dépenses  s’élèvent  à .  5.816  fr.  45 

Différence.  .  .  .  1.038  fr.  85 


....  950  fr.  » 

....  300  fr.  « 

....  3.000  fr.  » 

....  500  fr.  » 

....  1.200  fr.  » 

....  200  fr.  .. 

.  .  .  .  350  fr.  »  6.500  fr.  »' 


Recettes  de  1917. 

Dépenses  de  1917. 

Cotisations. 

5.122  fr.  » 

Loyer  et  impôts  . 

921  fr.  10 

Coupons 

et 

intérêts. 

1.733  fr.  30 

Convocations  .  .  . 
Revue  d' Hygiène  . 
Frais  divers.  .  .  . 

Agent . 

Imprévu.  .... 

233  fr.  50 

2.956  fr.  25 

295  fr.  60 

1.200  fr.  » 

210  fr.  » 

6.855  fr.  30 

5.816  fr.  45 

[71] 


COMPTES  ET  BUDGET 


315 


Détail  des  recettes  de  1917. 


Cotisations  (  2cotis.  à  30  fr. 
encaissées.  ^233  cotis.  à  20  fr. 

Coupons  et  intérêts  : 

41  obligations  Foncières.  .  .  . 

22  -  .  P.-L.-M . 

450  fr.  de  rente  3  p.  100  .  .  . 
110  fr.  de  rente  5  p.  100  .... 

Bons  du  Trésor  (*) . 

ïntérêis  et  Agios . 


60  fr. 
3.062  fr. 


fr. 


390  fr.  40 
315  fr.  13 
430  fr.  » 

110  fr.  » 

262  fr.  30 

5  fr.  25  1.733  fr.  30 


(*)  28  décembre  1916 
5  janvier  1917.  . 
l"  février  1917  . 
9  février  1917  .  . 
15  février  1917  .  . 
28  juillet  1917  .  . 
5  août  1917  .  .  . 
!<=■•  août  1917  .  . 
9  août  1917  .  .  . 


1.000  à  6  mois 
500  à  6  mois 
3.000  à  6  mois 
SOO  à '6  mois 
500  à  6  mois 
1.000  à  6  mois 
500  à  6  mois 
3.000  à  6  mois 
500  à  6  mois 


25  fr.  »  1 
12  fr.  50 
75  fr.  >>  I 
12  fr.  50  ( 
12  fr.  50  > 
25  fr.  »  l 
12  fr.  50  \ 
75  fr.  » 

12  fr.  50  / 


Détail  des  dépenses  de  1917. 

Loyer  : 

Principal .  900  fr.  80 

Impositions  .  20  fr.  30 

Convocations  : 

Frais  des  réunions . 

Frais  divers  : 

Frais  d’encaissement  des  cotisations. 

Étrennes  . 

Papeteries. 


Frais 
divers  :  ^ 


12  fr.  » 
20  fr.  » 
42  fr.  05 


Timbres-poste.  . 

(  du  secrétaire. 

.  incen 
■  (  Divers 

Agent  :  appointements. 

Revue  d' Hygiène  : 

Factures  Masson,  (Abonnements.) 
Dessins,  clichés div.,  fact.  Masson. 
Imprévu  : 

Couronne  pour  M.  Launay  .... 
Séances  sténo-daclvlo . 


104  fr.  03 
20  fr.  » 
33  fr.  » 
62  fr.  30 


2,740  fr.  » 
216  fr.  23 


170  fr.' 
40  fr. 


921  fr.  10 
233  fr.  30 


295  fr.  60 
1.200  fr.  » 


210  fr. 


5.816  fr.  45 


316  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [72] 

Le  solde  en  caisse  au  31  déc.  1916  s’élevait  à.  .  4  741  fr.  80 

Il  s’est  augmenté  des  recettes  de  1917 .  6.8S5  fr.  30 

Total .  11.597  fr.  10 

11  s’est  diminué  des  dépenses  de  1917 .  5.816  fr.  45 

Au  31  décembre  1917,  il  est  de .  5.780  fr.  65 


A  réserver  : 

Suivant  l’article  16  des  statuts  : 

Fonds  de  réserve 
au  31  décembre 


1916, .  44  fr.  60 

Suivant  l’art.  15 
des  statuts  il 
s’augmenterait 
de  10  p.  100  du  , 

revenu  net  .  .  .  103  fr.  90  148  fr.  50 

Prix  Desm  azurés 

1915  .  1.358  fr.  70 

Prix  Desmazures 

1916  .  1.547  fr.  45  2.906  fr.  15  3.054  fr.  65 


Laissant  une  somme  disponible  de .  2.726  fr.  * 


Nota.  —  U  n’y  a  plus  lieu  en  1917  d’appliquer  au  prix  Desmazures 
de  nouvelles  sommes,  ce  prix  ayant  été  reconstitué  par  les  prélève¬ 
ments  des  années  précédentes. 


[73]  COMPTES  ET  BUDGET  317 

CAPITAL 

Au  31  décembre  1916,  il  était  de .  50.S70  fr.  83 

Il  s’est  augmenté  au  cours  de  1917  de  la  dif¬ 
férence  des  espèces  en  caisse  : 

Au  31  décembre  1916  ;  4.741  fr.  80 
Au  31  décembre  1917  :  5.780  fr.  65 
Il  est  au  31  décembre  1917  de  .  .  . 


Représenté  par  : 

Prix  d’achat. 

41  obligations  Foncières  1883  .  19.147  fr.  » 

22  obligations  P. -L.-M.  (fusion  nouvelle).  .  .  10.538  fr,  » 

450  fr.  de  rente  3  p.  100 .  14.224  fr.  53 


Fonds  de  réserve  ; 

110  fr.  de  rente  5  p.  100 .  1.919  fr.  50  )  „ 

Espèces . 148  fr.  50  ) 

Prix  Desmazures  1915 .  1.358  fr.  '^0  1  g  c  .. 

Prix  Desmazures  1916 .  1.547  fr.  45)  -®^'^ 


Espèces  disponibles .  2.726  fr.  » 

Il  est  au  31  décembre  1917  de.  . . .  51.609  fr.  68 


1.038  fr.  85 
51.609  fr.  68 


318  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [74} 

Actif  de  la  Sooété  aü  31  décembre  1917. 

Titres  nominatifs  en  dépôt  au  Comptoir  d'Escompte. 


Prix  d’achat. 

41  obligations  Foncières  1883  .  19.147  fr.  )v 

22  obligations  P;-L.-M.  (fusion  nouvelle)  ...  10.538  fr.  » 
450  francs  de  rente  3  p.  100  .  14.224  fr.  53 


Fonds  de  réserve  : 

110  francs  de  rente  5  p.  100.  .  .  1.919  fr.  50  )  ^ 

Espèces  . . .  .  148  fr.  50  )  ” 

Prix  Desmazures  1915  .  1.358  fr.  70  l 

Prix  Desmazures  1916 .  1.547  fr.  45  ) 

Mobilier  de  la  bibliothèque  ; 

Estimé  en  1916  à . 885  fr.  75  ) 

Amorti  en  1917  de . 100  fr.  »  ) 


Espèces  disponibles  . .  2.726  fr.  » 

Total .  52.395  fr.^  43 


BUDGET  POUR  1918 


Recettes.  Dépenses.  „ 

Cotisations . b. 000  fr.  Convocations  ....  ('300  fr. 

Revenus .  1.500  fr.  Frais  divers.  ....  500  fr. 

Bulletin.  Revue  d'Hy- 
giène  .......  3,000  fr. 

'  Loyer  et  impôts  .  .  .  950  fr. 

Imprévu . 200  fr. 

Agent.  . .  1.200  fr. 

!  Disponible .  350  fr. 

6.500  fr.  6.500  fr.. 


RAPPORT  DES  CENSEURS 


31» 


[T5! 

M.  Richou  communique  le  rapport  de  MM.  Kern  et  Richou,  cen- 
seura  des  comptes. 

RAPPORT 

de  MM.  E.  Kern  et  G.  Richou,  censeurs  des  comptes. 

Messieurs, 

Chargés  de  la  vérification  des  comptes  de  l'exercice  1917, 
nous  nous  sommes  acquittés  de  cette  mission  en  pointant 
successivement  les  divers  articles  du  Grand-Livre,  à  l’appui 
desquels  les  pièces  comptables  correspondantes  nous  ont  été 
présentées. 

Nous  avons  constaté  pendant  cet  exercice  un 
excédent  de  recettes  sur  les  dépenses  de .  1.038  fr.  85 

Le  solde  en  caisse  exposé  plus  haut  par  M.  le  trésorier  et 
s’élevant  à  5.780  fr.  65  se  décompose  comme  suit  : 

1“  Bons  du  Trésor .  5.000  fr.  » 

2“  Solde  au  Comptoir  d’Esc .  .  312  fr.  30  ^ 

3”  Petite  caisse.  . .  468  fr.  35  5.780  fr.  65 

On  nous  a  communiqué  les  récépissés  des  titres  nomina¬ 
tifs  de  la  Société  déposés  au  nom  de  celle-ci  au  Comptoir 
d’Escompte,  l’énumération  de  ces  titres  a  été  faite  dans  le  rap¬ 
port  financier  qui  précède. 

Comme  conclusion,  nous  considérons  de  notre  devoir 
d’exprimer  nos  remerciements  à  M.  le  trésorier,  notre  distingué 
collègue  M.  Paul  Gonîn,  ainsi  qu’à  notre  dévoué  agent  pour  la 
bonne  méthode,  la  clarté  et  l’ordre  avec  lesquels  les  écritures 
sont  tenues.  . 

Paris,  le  29  janvier  1918. 

Les  Censeurs, 


E.  Kern. 


G.  Richou. 


320 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


M.  le  D'  Gbanjüx  remercie  MM.  Gonin,  Kern  et  Richou  de  la  pré¬ 
cision  avec  laquelle  ils  se  sont  occupés,  cette  année  encore,  des 
finances  de  la  Société. 


Quelqu’un  demande-t-il  la  parole? 

M.  Bkzault.  —  D’après  le  rapport  des  comptes,  la  Société  a  fait 
cette  année  un  bénéfice  très  appréciable.  Ainsi  que  je  l’ai  demandé 
l’année  dernière,  cette  somme  importante  ne  pourrait-elle  pas  être 
affectée  à  des  œuvres  de  guerre;  il  est  inadmissible  qu’une  Société 
comme  la  nôtre  fasse  des  économies. 

M.  LE  Président.  —  Nous  avons  fait  des  économies  cette  année; 
mais  je  tiens  à  vous  dire  que  nous  sommes  en  train  de  discuter,  au 
Conseil  d’administratiou,  une  question  très  importante  :  celle  de 
la  Revue. 

Comme  vous  avez  pu  vous  en  rendre  compte,  celle-ci  arrive  d’une 
façon  très  irrégulière  et  très  tardive,  aussi  avons-nous  mis  à  l’étude 
le  projet  de  fournir  mensuellement,  après  chaque  séance,  à  chacun 
de  nos  membres,  ainsi  que  cela  se  fait,  par  exemple,  à  la  Société  de 
Pathologie  comparée,  un  compte  reudu'succinct  de  la  séance  et  des 
discussions.  La  somme  économisée  pourrait  servir  à  cet  effet,  et,  tout 
en  restant  dans  le  texte  des  statuts,  nous  emploierions  ces  béné¬ 
fices  dans  l’intérêt  même  de  la  Société. 


M.  Richou.  —  La  réponse  de  M.  le  Président  me  paraît  clore  la 
question;  néanmoins,  il  convient  de  rappeler  que  les  placements 
des  fonds  sociaux  sont  portés  dans  nos  écritures  pour  leur  prix 
d'achat,  et  qu’ils  sont,  comme  toutes  les  valeurs  dites  autrefois  «  de 
tout  repos  »,  frappés  d’une  très  forte  dépréciation;  si  donc,  nous 
avons  réalisé  sur  nos  dépenses  une  légère  économie,  nous  ne  devons 
raisonnablement  pas  en  disposer  pour  des  affectations  qui,  tout 
intéressantes  soient-elles,  ne  répondent  pas  à  l’objet  statutaire; 
d’ailleurs,  nous  avons  déjà  attribué  à  une  œuvre  de  guerre,  celle 
des  «  Parrains  de  Reuilly  »,  le  prix  Desmazures. 


ÉLECTIONS 


321 


Élections. 

M.  LE  PnÉsiDENT  proclame  le  résultat  des  élections  : 

Votants  :  76.  —  Majorité  absolue  :  39. 

Vote  par  correspondance  .  .  68 
Vote  en  séance .  8 

Élection  du  Président, 

M.  le  D*'  Jules  Renault . 74-  Yoix. 

M‘.  le  D'  Granjux .  1  — 

M.  le  D''  Simonin  .  1  — 

M.  le  D'  Jules  Renault  est  élu  président. 

Élection  du  secrétaire  général  adjoint. 

M.  Kohn-Abrest . 73  voix. 

M.  Kohn-Abrest  est  élu  secrétaire  général  adjoint. 

Élection  du  secrétaire  des  séances. 

M.  Marié-Davy . ' . hî  voix. 

M.  Bruère .  1  — 

M.  Marié-Davy  est  élu  secrétaire  des  séances. 

L’ordre  du  jour  étant  épuisé,  la  séance  est  levée  à  dix-sept  heures. 


Séance  mensuelle. 

( n  heures) 

M.  LE  Président.  —  J’ai  le  plaisir  de  vous  annoncer  la  nomination 
de  notre  excellént  collègue,  M.  G.  Risler,  comme  vice-président  du 
Conseil  de  l’Alliance  d’hygiène  sociale,  en  remplacement  de  M.  le 
doyen  Landouzy;  je  me  permets  d’adresser  à  notre  collègue  toutes 
nos  félicitations. 

Une  autre  nomination  récente  nous  est  particulièrement  agréable, 
celle  de  M.  Vincey,  au  titre  de  membre  de  l’Académie  d’Agriculture 
REV.  d’hyg.  XL  —  21 


322  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [78J 

de  France,  nous  sommes  heureux  de  dire  à  M.  Vincey  combien  nous 
prenons  part  à  l’honneur  qui  lui  est  fait. 


Décès  de  R.  Blanchard. 

Vous  avez  appris  le  décès  de  la  compagne  de  notre  éminent  pré¬ 
sident,  M.  le  professeur  Blanchard.  J’ai  personnellement  adressé  à 
M.  Blanchard  l’expression  de  mes  condoléances,  et  je  me  permets 
de  lui  exprimer  toute  la  part  que  la  Société  de  Médecine  publique 
prend  à  sa  douleùr. 


Remise  de  médaille. 

A  la  demande  de  la  Société  de  Médecine  publique,  M.  le  D‘'  Borne 
est  allé  remettre  à  M”'  Launay,  en  mémoire  de  notre  très  regretté 
président,  une  médaille  de  la  Société  de  Médecine  publique.  M“9  Lau¬ 
nay,  très  touchée  de  cette  nouvelle  marque  de  sympathie,  a  prié 
M.  le  Borne  de  transmettre  tous  ses  remerciements  au  Conseil 
d’administration  et  à  tous  les  membres  de  la  Société  de  Médecine 
publique.  _ 


Distinction  honorifique. 

M.  le  D'  Borne  annonce  à  la  Société  la  nomination,  dans  l’ordre 
de  la  Légion  d’honneur,  au  grade  de  chevalier,  de  M.  le  D‘'  Lucien 
Graux. 

Ordre  n°  1  «  E  »  [Extrait). 

Au  G.  Q.  G.,  le  17  janvier  1918. 

M.  Graux  (Lucien-Désiré-Prosper),  médecin  aide-major  de  déclasse, 
territorial  du  93”  régiment  d’infanterie,  détaché  au  G.  Q.  G.,  a  été 
nommé,  dans  l’ordre  de  la  Légion  d’honneur,  au  grade  de  chevalier  ; 

«  Officier  du  Service  de  Santé,  remarquable  de  zèle,  qui  a  rempli 
ses  fonctions  avec  la  plus  grande  conscience  et  le  plus  absolu  dévoue¬ 
ment.  A  fait  preuve  au  feu,  particulièrement  en  octobre  1915,  comme 
médecin  dans  une  ambulance,  et  en  septembre  et  octobre  1917, 
comme  médecin  de  bataillon,  des  plus  belles  qualités  de  courage 
-et  de  fermeté,  se  dévouant  sans  compter  auprès  des  blessés.  A  rendu, 
dans  des  circonstances  spéciales,  des  services  exceptionnels  à  la 
Défense  nationale.  Une  citation.  » 


[79] 


CORRESPONDANCE  MANUSCRITE 


3-23 


Correspondance  manuscrite. 

II  communique,  d’autre  part,  les  deux  lettres  suivantes,  qu’il  a 
reçues  en  réponse  au  vœu  qui  fut  adressé  à  l’issue  de  la  dernière 
séance,  après  une  communication  de  M.  G.  Risler  : 

1»  Une  lettre  de  M.  Doizy,  président  de  la  Commission  d’Hygiène 
publique. 

«  Monsieur  et  très  honoré  Confrère, 

«  En  réponse  à  votre  lettre  du  18  février  1918,  j’ai  l’honneur  de 
vous  faire  savoir  que  c’est  M.  Siegfried,  député,  qui  est  chargé  du 
rapport  sur  cette  question. 

«  Il  serait  donc  préférable  que  vous  vous  mettiez  directement  en 
rapport  avec  lui. 

«  Veuillez  agréer,  etc...  » 

2“  Une  lettre  de  M.  le  Ministre  du  Travail  et  de  la  Prévoyanc 
sociale. 

«  Monsieur, 

«  Vous  avez  bien  voulu  m’informer  que,  dans  sa  séance  du 
23  janvier  1918,  la  Société  de  Médecine  publique  et  de  Génie  sani¬ 
taire  a  émis  le  vœu  : 

«  Que  le  Parlement  vote  d’urgence  des  lois  qui  accorderont  aux 
sociétés  d’habitations  à  bon  marché  des  indemnités  au  moins  égales 
à  celles  qui  sont  stipulées  par  la  loi  sur  les  loyers  en  faveur  des 
propriétaires  des  petits  logements  loués  aux  mêmes  prix  que  les 
habitations  à  bon  marché,  mais  bien  inférieurs  quant  aux  conditions 
d’hygiène,  de  moralité  et  de  confort,  et  que  les  modifications  néces¬ 
saires  soient  apportées  à  la  législation  sur  les  habitations  à  bon 
marché,  afin  d’encourager  et  de  faciliter  l’œuvre  de  l’habitation  à 
bon  marché,  dont  l’action  risque  d’être  annihilée,  alors  qu’il  est 
indispensable  qu’elle  soit  ardemment  développée  et  intensifiée. 

«  J’ai  l’honneur  de  vous  accuser  réception  de  cette  communica¬ 
tion  et  de  vous  informer  que  j’en  ai  fait  prendre  note  au  dossier 
législatif  sur  la  matière. 

M  J’ajoute  que  dans  le  projet  de  loi  adopté  par  la  Chambre  des 
députés,  adopté  avec  modification  par  le  Sénat,  relatif  aux  modifi¬ 
cations  apportées  aux  baux  à  loyer  par  l’état  de  guerre,  il  a  été 
spécifié  qu’il  serait  statué  par  une  loi  spéciale  sur  les  droits  et  obli- 


324  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [80] 

gâtions  des  locataires  des  sociétés  de  construction  d’habitations  à 
bon  marché. 

«  Dans  ces  conditions,  M.  le  Ministre  des  Finances  a  estimé  que 
la  combinaison  relative  aux  sociétés  d’habitations  à  bon  marché  se 
trouvait  nécessairement  subordonnée  aux  mesures  qui  seront  arrê¬ 
tées  à  l’égard  des  autres  propriétaires  et  qu’il  y  avait  lieu  de  sur¬ 
seoir  à  l’élaboration  du  projet  spécial  jusqu’à  ce  que  la  solution  de 
l’ensemble  du  problème  ait  été  précisée. 

«  Vous  pouvez  d’ailleurs  être  assuré  que  je  ne  perds  pas  de  vue  la 
préparation  de  ce  projet  spécial  et  que  j’emploierai  tous  mes  efforts 
pour  faire  aboutir,  dans  la  plus  large  mesure  possible,  les  desiderata 
des  sociétés  d’habitations  à  bon  marché. 

«  Recevez,  Monsieur,  etc...  » 


A  propos  de  la  correspondance. 

M.  Georgbs  Risler.  —  Je  vous  remercie  d’avoir  aussi  rapidement 
transmis  ma  communication  de  la  dernière  séance  à  ceux  qui  pou¬ 
vaient  le  mieux  donner  satisfaction  aux  Vœux  émis. 

Je  suis  extrêmement  heureux  de  pouvoir  vous  dire  que  notre  ini¬ 
tiative  a  été  couronnée  de  succès  plus  complètement  et  plus  promp¬ 
tement  qu’on  ne  pouvait  l’espérer. 

Immédiatement  après  notre  réunion,  j’ai  porté  à  l’un  de  vos 
anciens  et  éminents  Présidents,  M.  Jules  Siegfried,  député,  le  texte 
du  vœu  que  vous  aviez  .voté.  Il  est  immédiatement  entré  dans  nos 
vues  et  il  a  pu  obtenir  le  vote  d’un  amendement  qui  ’a  pris  place 
dans  la  loi  sur  les  loyers  en  discussion  à  ce  moment. 

Cet  amendement  accorde  aux  Sociétés  d’habitations  à  bon  mar¬ 
ché,  quel  que  soit  le  montant  des  loyers  qu’elles  touchent,  les 
mêmes  avantages  qu’aux  propriétaires  (ayant  moins  de  10.000  francs 
de  revenus)  de  petits  logements  d’un  loyer  moindre  de  600  francs, 
c’est-à-dire  une  indemnité  de  50  p.  100  des  loyers  qui  ne  leur  ont 
point  été  payés  pendant  la  durée  de  la  guerre. 

Sans  doute,  les  Sociétés  d’habitations  à  bon  marché  auront  mal¬ 
gré  cela  cruellement  à  souffrir  de  la  grande  tourmente  que  nous 
subissons  encore,  mais  le  patriotisme  éprouvé  de  leurs  administra¬ 
teurs  et  de  leurs  actionnaires  est  un  sûr  garant  que,  malgré  cela, 
ayant  reçu  une  preuve  certaine  de  la  sollicitude  des  pouvoirs 
publics,  elles  considéreront  comme  un  devoir  absolu  de  poursuivre 
leur  œuvre  plus  utile  que  jamais. 

Je  suis  convaincu  que  vous  serez  unanimes  à  vous  unir  à  moi 


[81]  DÉFENSE  DÉPARTEMENTALE  CONTRE  LA  TUBERCULOSE  325 


pour  adresser  à  notre  ancien  Président,  M.  Jules  Siegfried,  et  aux 
collègues  qui  se  sont  joints  à  lui,  l’expression  de  notre  reconnais¬ 
sance. 


Ordre  du  jour. 

M.  LE  PRésiDENT.  —  L’ordre  du  jour  appelle  la  discussion  de  la 
communication  de  M.leD'  Granjux,  La  défense  départementale  contre 
la  tuberculose. 


DISCUSSION  DE  LA  COMMUNICATION 

De  MM.  GRANJDX,  ËMERIC  et  LOIR  ] 

SUR  LA  DÉFENSE  DÉPARTEMENTALE 

CONTRE  LA  TUBERCULOSE 


M.  le  D''  Paquet.  —  Si  j’ai  demandé  à  présenter  quelques  obser¬ 
vations  qui  m’ont  été  suggérées  par  la  lecture  des  intéressantes 
communications  de  MM.  Granjux,  Emeric  et  Loir,  sur  la  défense 
départementale  contre  la  tuberculose,  je  tiens  à  déclarer,  tout 
d’abord,  que  j’approuve  entièrement,  sur  tous  les  points,  les  idées 
qu’ils  ont  exprimées  devant  la  Société  de  Médecine  publique  et  de 
Génie  sanitaite.  Leur  exposé  magistral  ne  laisse  place  à  aucune  cri¬ 
tique,  et  aura  certainement  pour  résultat  de  stimuler  encore,  s’il  en 
était  besoin,  le  zèle  de  tous  ceux  qui  collaborent  à  la  lutte  entreprise 
dans  toute  la  France  contre  le  lléau  tuberculeux. 

Les  quelques  idées  que  je  me  permets  de  vous  soumettre  me  sont 
inspirées  par  le  désir  de  faire  connaître  seulement  quelques  diffi¬ 
cultés  d’application  pratique  des  principes  excellents  adoptés,  en 
particulier,  par  la  Commission  permanente  et  par  le  Comité  national, 
qui,  voyant  de  Paris  même  la  solution  des  questions  qui  intéressent 
le  territoire  tout  entier,  semblent  parfois  hypnotisés  par  la  vision 
des  faits  tels  qu’ils  les  observent  de  la  capitale,  et  dont  l’interpré¬ 
tation  n’est  pas  toujours  aussi  aisée  dans  les  régions  rurales. 

Les  stations  sanitaires  ont  une  importance  capitale.  Je  rends  hom¬ 
mage  à  leur  action  si  féconde.  Je  suis  convaincu  que  l’éducation 


326  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [82  I 

prophylactique  des  malades  y  est  vparfaitement  faite,  et  qu’aucun 
reproche  ne  peut  leur  être  adressé  à  ce  sujet. 

Le  rôle  des  Comités  départemenlaux  a  été  parfaitement  défini  par 
les  différents  orateurs.  A  ce  point  de  vue,  je  ne  parlerai  que  du  recru 
tement  des  malades. 

Si  les  Comités  se  contentent  d’attendre  les  avis  dé  sôrtie  des  stations 
sanitaires,  ils  auront  quelques  clients.  Si,  conformément  aux  conseils 
donnés  par  le  Comité  national  et  par  le  ministère,  ils  s’adressent  aux 
maires  et  aux  médecins,  la  plupart  de  ceux-ci  ne  répondront  pas 
aux  demandes  de  renseignements  qui  leur  sont  adressées.  C’est 
pourquoi,  depuis  le  mois  de  mai  dernier,  le  Comité  départemental 
de  l’Oise  a  demandé  directement  aux  Bureaux  de  recrutement  de 
Beauvais  et  de  Compiègne  de  lui  fournir  les  noms  et  adresses  des 
réformés  pour’ tuberculose  ou  maladies  similaires  résidant  sur  le 
territoire  de  leur  subdivision. 

Àu  1“'  janvier  lOll,  11  malades  lui  avaient  été  signalés.  Après 
l’appel  aux  maires  et  aux  médecins  du  département,  il  en  comptait 
85  au  mois  d’avril.  Ce  nombre  s’est  élevé  à  295,  au  20  septembre, 
et,  au  1"  janvier  1918,  à  503,  dont  90  sortant  des  stations  sanitaires. 
Si  je  compare  ces  chiffres  avec  ceux  fournis  par  M.  le  D''  Loir  (85  ma-  ' 
lades  réformés  parla  ville  du  Havre,  qui  compte  près  de  200.000  habi¬ 
tants,  le  département  de  l’Oise  en  ayant  410.000),  je  puis  constater 
que,  grâce  à  notre  mode  spécial  de  recrutement  des  malades,  le 
nombre  de  ceux-ci  est,  toutes  proportions  gardées,  de  plus  du 
triple.  Je  n’ai  ici  en  vue  aucune  critique  de  ce  qui  se  passe  dans  la 
Seine-Inférieure,  et  au  Havre  en  particulier.  Mais  j’ai  voulu  seule¬ 
ment  établir  un  point  de  comparaison  entre  les  chiffres  qui  vous 
étaient  soumis,  et  cheixher  à  établir  l’origine  de  leur  différence. 

M.  le  Ministre  de  la  Guerre  a  compris  l'importance  de  ce  mode 
de  recrutement  des  réformés  tuberculeux,  et,  dans  une  circulaire 
récente,  il  recommande  aux  généraux  commandant  les  Régions  de 
fournir  aux  préfets  les  renseignements  que  ceux-ci  leur  deman¬ 
deraient  au  sujet  de  cès  malades.  Notre  Comité  a  devancé  de  8  mois 
les  instructions  ministérielles,  et  les  résultats  qu’il  a  obtenus  sont 
frappants. 

En  général,  les  malades  acceptent  avec  déférence  les  conseils 
qui  leur  sont  donnés  et  les  visites  de  contrôle  qui  leur  sont  faites. 
C’est  ainsi  que,  pour  les  503  réformés  visités  au  1'''  janvier  dernier, 
dans  le  département  de  l’Oise,  2  seulement  avaient  présenté  des 
observations  peu  courtoises  à  nos  visiteurs  ou  visiteuses. 

Ces  derniers  ont  été,  dans  nos  régions  rurales  très  mal  desser¬ 
vies  au  point  de  vue  communications,  et  avec  l’approbation  entière 
de  M.  Daniel  Vincent,  alors  ministre  de  l’Instruction  publique. 


[831  DÉFENSE  DÉPARTEMENTALE  CONTRE  LA  TUBERCULOSE  327 


souvent  recrutés  parmi  les  instituteurs  et  les  institutrices.  Nous 
y  avons  vu  divers  avantages,  dont  le  plus  important  est  que  nous 
faisons,  en  même  temps  que  le  contrôle  de  l’application  des 
mesures  de  prophylaxie  enseignées  au  dispensaire,  l'éducation 
antituberculeuse  de  ceux  qui  ont  la  mission  sacrée  d’instruire  la 
jeunesse  de  nos  campagnes  et  de  nos  petites  villes.  Nous  n’ayons 
eu,  du  reste,  qu’à  nous  louer  entièrement  du  précieux  concours 
que  le  personnel  enseignant  nous  a  accordé,  avec  ie  dévouement 
dont  il  est  coutumier. 

En  outre,  tous  les  malades  contagieux  reçoivent  la  visite  régulière 
de  l’agent  du  service  départemental  de  désinfection,  qui  effectue 
des  visites  de  contrôle  semblables  à  celles  qui  sont  faites  pour  les 
autres  maladies  transmissibles. 

L’absence  de  station  sanitaire  dans  le  département  (leur  création 
étant  rendue  très  difficile  dans  la  zone  des  armées),  nous  force 
à  demander  à  M.  le' Ministre  de  l’Intérieur  l’indication  de  l’éta¬ 
blissement  de  cure  sur  lequel  nous  devons  diriger  nos  malades 
sanatoriables. 

Mais  les  difficultés  sont  considérables  en  ce  qui  concerne  l’hospi¬ 
talisation  de  ceux  qui  sont  trop  atteints  pour  bénéficier  utilement 
de  cette  mesure.  L’autorité  mililaire  a,  en  effet,  réquisitionné  tous 
les  lits  disponibles  dans  les  hôpitaux  civils,  et,  quoique  le  plus 
grand  nombre  d’entre  eux  reste  continuellement  inoccupés,  elle 
refuse  de  rendre,  pour  le  service  de  là  population,  le  nombre  de 
places  qui  serait  indispensable. 

Il  en  résulte  que  l’armée  éloigne  de  ses  hôpitaux,  pour  la  réforme, 
les  malades  qui  ne  peuvent  être  améliorés,,  et  que  ceux-ci  sont  dans 
l’impossibilité  de  recevoir,  de  l’autorité  civile,  les  soins  hospitaliers 
qui  leur  seraient  nécessaires.  Il  est  à  craSndre  que  cette  situation 
anormale  ne  cesse  pas  rapidement. 

Je  n’insisterai  pas  sur  les  dispensaires  de  l’Oise.  Dans  ce  dépar¬ 
tement,  qui  ne  compte  aucune  ville  de  20.000  habitants,  ils  ont  tous 
été  créés  sous  la  forme  des  dispensaires  de  moyenne  importance 
ou  des  dispensaires  ruraux,  dont  le  D'  Emeric  vous  a  longuement 
entretenus.  Ils  sont  actuellement  au  nombre  de  7,  et  2  nouyeaux 
vont  être  ouverts  incessamment.  Il  n’y  est  pas  fait.de  blanchissage  y 
du  linge  des  malades.  La  désinfection  du  linge  souillé  est  pratiquée 
dans  des  conditions  analogues  à  celle  utilisée  pour  les  autres 
maladies  contagieuses,  fièvre  typhoïde,  diphtérie,  etc. 

Enfin,  nos  confrères  ont  insisté  sur  l’utilité  de  la  collaboration 
de  tous  les  médecins  à  la  lutte  antituberculeuse.  Je  serais  entiè¬ 
rement  de  leur  avis,  s’il  ne  se  présentait  pas  parfois,  trop  souvent 
même,  des  circonstances  qui  empêchent  de  profiter  utilement  de 


328  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE'  [84] 

ce  concours  si  désirable.  C'est  ainsi  que,  dans  l'Oise,  plusieurs 
confrères  ont  systématiquement  refusé  leur  collaboration  à  une 
œuvre  dont  ils  ne  consentaient  même  pas  à  discuter  l’utilité.  Dans 
tel  département,  un  médecin,  conseiller  général,  et,  comme  teU 
désigné  par  ses  collègues  comme  membre  du  Conseil  départemental 
d’hygiène,  s’est  élevé  très  vivement  contre  la  création  des  dispen" 
saires,  disant  que  «  pour  ordonner  un  Jitie  d’huile  de  foie  de 
morue,  il  n’était  pas  besoin  d’imposer  un  déplacement  aux 
malades  ».  Il  niait  l’action  prophylactique  des  dispensaires  antitu¬ 
berculeux  et  déconseillait  à  ses  clients  de  les  fréquenter.  Faut-il 
ajouter  que  ce  médecin  ne  fait  Jamais  une  seule  déclaration  de 
maladie  contagieuse,  quelle  qu’elle  soit?  L’éducation  de  certains 
médecins  est  donc  encore  à  faire,  tout  autant  et  peut-être  plus 
que  celle  des  malades.  Les  conséquences  de  leur  manque  de 
confiance  dans  les  organismes  de  prophylaxie  sociale  sont  d’au¬ 
tant  plus  néfastes  qu’ils  sont  les  conseillers  habituels  des  popu¬ 
lations  rurales  et  qu'ils  peuvent  ainsi  annihiler  en  partie  nos  efforts 
dans  certaines  régions. 

Ces  quelques  observations  n'ont  pas  pour  but  de  critiquer  le  pro¬ 
gramme  de  la  lutte  antituberculeuse,  tel  qu’il  a  été  établi,  mais 
de  montrer  seulement  quelques-unes  des  difficultés  d’application 
que  l’on  peut  rencontrer. 

La  mission  qui  incombe  à  ceux  qui  s’y  sont  adonnés  est  considé¬ 
rable.  Grâce  aux  conseils  qui  leur  sont  prodigués,  tant  par  la  Com¬ 
mission  permanente  que  par  le  Comité  national,  grâce  au  concours 
qu’ils  trouvent  dans  toutes  les  classes  de  la  société,  ils  conti¬ 
nueront  à  s’efforcer  de  mener  à  bien  la  lutte  qu’ils  ont  entreprise 
contre  le' fléau  tuberculeux. 


M.  LE  D'  Faivre  dépose  sur  le  bureau  de  la  Société  de  Médecine 
publique  une  brochure  qui  lui  a  été  adressée  par  M.  le  D''  Violette, 
directeur  du  Bureau  municipal  d’hygiène  de  Saint-Brieuc  ;  cette 
brochure,  très  intéressante,  relate  l’organisation  et  surtout  les  résul¬ 
tats  qui  ont  été  obtenus  au  Dispensaire  d’hygiène  sociale  de  Saint- 
Brieuc;  du  reste,  M.  le  D''  Violette  a  demandé,  en  son  nom,  une 
i  ntervention  sur  la  question  ;  il  nous  prie  de  bien  vouloire  lire  le 
résumé  suivant  qu’il  nous  adresse. 


■4 


[85]  UN  SEUL  ET  MÊME  DISPENSAIRE  329 

COMMUNICATIONS 


UN  SEUL  ET  MÊME  DISPENSAIRE 

COMME  MOYEN  DE  LUTTE 
A  LA  FOIS  CONTRE  LA  TUBERCULOSE 
ET  LES  MALADIES  VÉNÉRIENNES 
par  M.  le  D'  VIOLETTE, 

Diiecteur  du  Bureau  municipal  d’Hygiène  de  Saint-Brieuc. 

Les  communications  récentes  des  D''®  Faivre,  Granjux, 
Emeric,  Loir  et  Legangneux  ont  mis  à  l’ordre  des  discussions 
de  notre  Société  les  combats  à  mener  contre  les  maladies 
vénériennes  et  la  tuberculose. 

Je  yeux  à  mon  tour  vous  offrir  ma  contribution  à  la  recherche 
des  solutions^ favorables,  en  vous  faisant  connaître  un  modèle 
nouveau  de  dispensaire  que  je  vous  apporte  de  Saint-Brieuc  : 
organisme  mixte  qui  prétend  lutter  à  la  fois  contre  les  deux 
fléaux  et  qui  mérite  bien  de  retenir  votre  attention  en  raison 
des  possibilités  qu'il  ouvre  aux  villes  de  moindre  importance. 

Je  dépose  d’ailleurs  pour  les  archives  de  notre  Société 
l’exemplaire  d’une  brochure  (que  mon  vénéré  maître,  le 
D''  Brocq,  m’a  fait  le  grand  honneur  de  longuement  préfacer) 
où  l’on  trouverait  à  compléter  les  renseignements  trop  som¬ 
maires  que  Je  vais  fournir  ici,  et  dans  laquelle  j’expose  ce  qu’est 
ce  dispensaire  et  encore  ses  prétentions  d’avenir. 

Donc  la  ville  de  Saint-Brieuc  vient  d’ouvrir  dans  les  dépen¬ 
dances  de  son  hospice  mixte  un  dispensaire  d’hygiène  sociale 
construit  en  annexe  au  laboratoire  d’hygiène,  et  dont  je  vais 
sommairement  vous  résumer  les  particularités  principales. 

Comme  de  règle,  il  est  situé  en  quartier  ouvrier  et  a  entrée 
spéciale,  discrète,  indépendante. 

Il  a  succédé  à  une  consultation  externe  que  j’ai  créée  au 
laboratoire  et  que  je  dirigeais  depuis  deux  ans,  déjà  spécia- 


330  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [86] 

lisée  puisqu’on  y  traitait,  à  peu  près  exclusivement  la  tubercu¬ 
lose  et  les  maladies  vénériennes  et  de  la  peau;  aussi  la  muni¬ 
cipalité  m’a  désigné  officiellement  pour  continuer  ma  direction. 

Ce  dispensaire  comporte  deux  sections  : 

1®  Une  section  antituberculeuse,  ouverte  les  lundi  et  ven¬ 
dredi  de  chaque  semaine,  de  16  heures  à  19  h.  1/4,  pour  la 
consultation;  ouverte  tous  les  jours  aux  mêmes  heures  pour 
les  petits  soins,  telles  les  injections  hypodermiques,  pratiquées 
ou  non  par  séries,  les  applications,  de  pointes  de  feu,  etc. 

Je  n’insiste  pas  autrement  sur  le  fonctionnement  de  cette 
section,  si  ce  n’est  pour  marquer  brièvement  que,  en  outre  des 
conseils,  précautions,  prescriptions  qu’elle  indique,  des  médi¬ 
caments,  crachoirs,  etc.,  qu’elle  fournit,  elle  assiste  à  domicile  ' 
par  l’intervention  de  visiteuses-monitrices,  choisies  parmi  les 
religieuses  du  Bureau  de  Bienfaisance,  et  qui  comptent  au 
nombre  de  leurs  attributions  surtout  la  charge  d’informer  le 
dispensaire  et  .  celle  non  moins  importante  de  distribuer  les 
secours  (en  nature  :  aliments,  vêtements,  literie;  et  en  argent  : 
allocations  dites  de  loyer,'  allocations  dites  de  soutien  de 
famille)  et  de  veiller  au  bon  emploi,  etc.,  etc. 

Et  je  vous  fais  grâce  du  programme  d’avenir. que  j'ai  tracé, 
d’une  ampleur  qui  m’eflraie  moi-même,  car  j’ai  osé  écrire  pour 
me  résumer  :  «  Et  que  l’on  ne  s’étonne  pas  que'le  dispensaire 
ait  de  telles  ambitions!  la  lutte  contre  le  fléau  tuberculeux  se 
réclame  autant  de  la  sociologie  que  de  l’hygiène.  Elle  s’en  prend 
au  paupérisme  aussi  bien  qu’à  l’alcoolisme,  demande,  en  même 
temps  qqe  des  mesures  d’assainissement  et  d’hygiène  géné¬ 
rale,  l’amélioration  du  sort  de  la  classe  ouvrière;  même  les 
réformes  politique  et  administrative  ne  sont  pas  indifférentes, 
puisqu’il  est  telles  résolutions  impossibles  avec  les  organisa¬ 
tions  actuelles.  » 

2“  Une  section  contre  maladies  spéciales  et  de  la  peau,  ouverte 
les  mardis,  mercredis,  jeudis  et  samedis,  de  16  heures  à  19  h.  15, 
pour  la  consultation  et  les  injections  intraveineuses  de  914 
et  de  cyanure  de  mercure  ;  ouverte  tons  les  jours,  même  dès  le 
matin,  pour  les  petits  soins  à  donner  par  l’infirmière  laïque. 

Je  ne  veux  pas  vous  répéter  plus  longuement  les  moyens 
d’action  de  l’une  et  de  l’autre  section;  je  vous  redirais  trop. ce 


[87]  UN  SEUL  ET  MÊME  DISPENSAIRE  331 

que  vous  connaissez  si  bien  dépuis  longtemps.  Je  m’abstien¬ 
drai  aussi  d’entrer  dans  les  détails  budgétaires. 

En  revanche,  j’insisterai  sur  le  caractère  mixte  qui  est  la 
particularité  importante  et  j’ose  dire  intéressante  de  ce  dispen¬ 
saire  :  tuberculeux,  syphilitiques,  blennorragiques,  malades 
de  la  peau  s’y  coudoient  à  chaque  instant,  venus  aux  soins 
souvent  de  chaque  jour. 

Y  a-t-il  des  inconvénients  graves  à  cette  organisation?  et 
quels  sont  ses  avantages? 

Précisément  on  a  pu  croire  que  le_  mélange  des  maladies 
gênait  les  malades,  les  recrutait  plus  difficilement,  diminuait 
la  fréquentation.  Or  notre  dispensaire,  ayant  au  préalable 
opéré  officieusement  pendant  deux  ans,  aujourd’hui  fonctionne 
à  plein;  la  pratique  peut  donc  se  charger  de  répondre  à  l’ob¬ 
jection. 

La  gêne  pour  les  malades  paraît  inexistante;  ils  viennent 
avec  régularité  :  les  tuberculeux,  indifférents  au  nom  que  porte 
le  mal  du  voisin  et  ne  montrant  pas  qu’ils  se  jugent  différents; 
les  vénériens,  satisfaits  de  pouvoir  plus  facilement  encore 
échapper  au  discrédit  et  à  la  honte. 

Et  le  recrutement  confirme,  établissant  que  le  nombre  des 
habitués  de  la  consultation  a  constamment  grossi  depuis  les 
débuts;  et  la  fréquentation  n’en  souffre  point,  étant  au  con¬ 
traire  remarquablement  régulière  de  la  part  des  divers  malades,, 
souvent  attentionnés,  plus  qu’aux  maux  des  autres,  à  ce  que 
ne  leur  soit  pas  volé  leur  tour  d’approcher  le  médecin. 

Je  dois  d’ailleurs  avouer  qu’au  dispensaire  parfois  j’ai  pra¬ 
tiqué  et  je  pratique  encore  à  quelques  tuberculeux,  à  titre  de 
reconstituant  (avec  résultat  des  plus  favorables),  des  injections 
intraveineuses  de  doses  très  faibles  de  -914  (0  gr.  10  à  0  gr.  15); 
et  Je  procédé  n’a  pas  manqué  de  confondre  les  tendances  mal¬ 
veillantes. 

Aussi,  en  deux  ans,  une  seule  cliente  m’a  fait  un  jour  la 
remarque  qu’elle  risquait  d’être  accusée  d’avoir  pris  un  vilain 
mal;  ce  qui  ne  l’empêcha  pas  de  venir  quotidiennement  pen¬ 
dant  des  mois,  avec  périodes  de  repos  obligés,  pour  recevoir 
les  injections  de  cacodylate  que  je  lui  avais  prescrites. 

Je  n’apprends  à  personne  que  nos  consultations  gratuites 
sont  à  l’ordinaire  fréquentées  par  des  malades  venus  de  tous 


332  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [88] 

les  milieux,  malgré  le  soin  qu’en  temps  normal  nous  prenions 
à  les  évincer;  or,  depuis  le  dél)ut  de  la  guerre,  cette  fréquen¬ 
tation  abusive  s’est  exagérée  et  nous  avons  dû  la  subir  ;  la 
pénurie  de  médecins  civils  et,  pour  les  vénériens,  l’obligation 
où  l’on  se  trouve  de  leur  faciliter  le  traitement  au  point  de  ne 
pas  réclamer  leur  état  civil  s’ils  veulent  le  taire,  m’ont  empêché 
de  fermer  l’entrée  du  dispensaire  de  Saint-Brieuc  à  certains 
clients  aisés.  Il  en  est  résulté  un  coüdoiement  ayant  souvent 
supprimé  les  distances  sociales  et  provoqué  parfois  des  apitoie¬ 
ments  qui  n’ont  été  qu.e  rarement  indiscrets.  Je  ne  crois  pas 
encore  que  ce  résultat  puisse  être  regretté. 

J’en  appelle  enfin  au  témoignage  du  D’’  Faivre,  inspecteur 
général  des  Services  administratifs,  qui  a  pu  constater  par 
lui-même  combien  facilement  et  sans  heurts  mes  tuberculeux 
et  mes  vénériens  se  mélangent  dans  l’attente  et  se  succèdent  à 
mes  soins. 

Et  que  d’avantages  d’autre  part! 

Ce  dispensaire,  que  je  crois  être,  au  moins  en  France,  le 
premier  qui  se  soit  adressé  à  la  fois  à  la  tuberculose  et  à  la  syphi¬ 
lis,  ne  vous  apparaît-il  pas  comme  la  solution  heureuse  et 
plus  économique,  à  la  portée  des  villes  de  moindre  importance, 
fort  «  empêchées  pour  raisons  financières  à  dresser  des  ser¬ 
vices  autonomes  en  face  de  chacun  de  ces  grands  fléaux  »,  ai-je 
.écrit  ailleurs? 

Et  ne  contribuera-t-il  pas  à  faire  tomber  les  préventions 
contrôles  maladies  vénériennes?  et  celles-ci,  à  fréquenter  des 
affections  mieux  famées,  ne  cesseront-elles  pas  d’être  hon¬ 
teuses?  Pour  moi,  je  pense  que  la  syphilis  y  gagnera  meilleure 
réputation,  sans  que  l’on  puisse  craindre  déconsidération  pour 
la  tuberculose. 

Puis  le  secret  médical  s’en  trouvera  mieux  garanti,  car  les 
divers  malades,  entre  eux  comme  à  tous  autres  yeux,  seront 
moins  facilement  étiquetés. 

J’ai  tenu  à  insister  sur  ces  particularités  du  dispensaire 
d’hygiène  sociale  de  Saint-Brieuc;  d’autant  plus  qu’il  me 
semble  apporter  aux  luttes  antituberculeuse  et  antisyphili- 

que  une  adaptation  neuve  dont,  à  l’user,  j’ai  apprécié  les 
avantages,  et  qu’il  pourra,  ralliant  encore  de  nouvelles  forces. 


[89]  UN  SEUL  ET  MÊME  DISPENSAIRE  •  333 

organiser  d’autres  moyens  et  entreprendre  d’autres  combats 
(contre  l’alcoolisme,  par  exemple). 

Dans  un  autre  ordre  d’idées,  j’ai  maintenant  quelques  obser¬ 
vations  à  vous  présenter. 

Lors  de  l’échange  de  vues  qui,  après  les  communications  de 
MM.  Granjux,  Émeric,  Loir  et  Legangneux,  s’est  engagé  dans 
votre  séance  du  28  novembre  1917,  notre  savant  confrère  le 
D'  Léon  Bernard  s’est  écrié  que  nous  devions,  en  menant 
notre  lutte  antituberculeuse,  cesser  de  donner  des  chiffres,  car 
nos  ennemis  pourraient  les  exploiter  contre  nous;  et  il  rappela 
l’ardente  campagne  de  la  presse  antifrahçaise  des  États-Unis. 

11  me  permettra  de  n’être  pas  de  son  avis  et  de  ne  pas  sous¬ 
crire  à  son  opinion,  au  mutisme  mathématique  qu’il  Recom¬ 
mande;  et  voici  mes  motifs  : 

D’abord  on  ne  doit  pas  s’exagérer  outre  mesure  l’influence 
et  la. puissance  de  la  presse  en  question.  Certes,  il  faut  la 
démasquer,  il  faut  la  combattre;  il  ne  faut  pas  la  craindre  au 
point  qu’elle  nous  ait  fait  dévier,  sans  autre  raison,  d’une 
ligne  de  conduite  précédemment  jugée  meilleure. 

En  définitive,  ce  journalisme  reptilien  a-t-il  empêché  que 
les  États-Unis  soient  venus  dans  la  guerre,  se  ranger  à  nos 
côtés?  Pourtant  il  usa  contre  nous  de  toutes  les  armes  les  plus 
déloyales  et  les  plus  sournoises,  parfois  même  sous  le  couvert 
d’une  chaleureuse  francophilie. 

Argument  autre,  de  mince  valeur  il  est  vrai  ; 

N’est-ce  pas  élégarfce  pour  notre  pays  d’avoir  toujours  celte 
coquetterie  à  rebours,  souvent  à  son  détriment,  d’étaler  ses 
lares  et  de  cacher  ses  vertus?  Jadis  on  put  exploiter  contre 
nous  ce  travers  ;  mais  aujourd’hui  nous  sommes  assez  honora¬ 
blement  connus  de  par  le  monde  pour  que  celte  vieille  habi¬ 
tude  ne  puisse  plus  nous  nuire;  si  ce  n’est  dans  l’esprit  de 
ceux  qui,  quoique  nous  fassions,  nous  donneront  toujours 
tort.  .. 

Puis  notre  silence  empêcherait-il  les  Américains  d’être  ren,- 
seignés  sur  notre  état  sanitaire?  Ne  trouveront-ils  pas  facile¬ 
ment  dans  toutes  les  publications  des  années  dernières  les 
renseignements  les  plus  précis?  Et  tout  ce  que  nous  pourrions 
ajouter  à  présent  leur  apprendrait-il  grand’chose  de  nouveau? 


334  ■  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [90 

Leur  conviction  est  faite;  et  la  campagne  antituberculeuse, 
què  la  mission  Rockefeller  va  débuter  avec  énergie  dès  demain 
dans  nos  départenients  de  l’Ouest  et  continuer  dans  toute  la 
France,  nous  affirmé  qu’ils  ne  se  font  guère  d'illusions  à  la  fois 
sur  l’étendue  du  mal  et  sur  notre  force  à  réagir  seuls. 

Et  n’est-ce  pas  une  question  de  loyauté  de  leur  dire  exac- 
teuient  ce  qu’il  en  est,  à  eux  qui  sont  venus  à  notre  secours  et 
ont  mis  à  notre  disposition  toutes  leurs  ressources  et  toutes 
leurs  méthodes,  d’abord  contre  l’ÂUemand,  puis  contre  les 
fléaux  qui  nous  frappent.  Pour  les  en  remercier,  nous  oserions 
jouer  avec  eux  le  vilain  jeu  de  cachotteries  qui  risqueraient  de 
leur  porter  préjudice  ;  car  ils  ne  peuvent  bien  se  défendre  chez 
nous  contre  les  maladies  contagieuses  que  s’ils  en  connaissent 
l’extension  et  les  foyers  ! 

Demeureront-ils  donc  tant  que  cela  tentés  de  nous  jeter  la 
pierre  dès  qu’ils  seront  mieux  renseignés?  ün  de  nos  con¬ 
frères,  bien  placé  pour  être ,  informé,  mais  à  qui  je  n’ar  pas 
demandé  permission  de  le  nommer,  me  racontait  que  le  com¬ 
mandement  américain  s’était  plaint  parce  que  ses  soldats, 
arrivant  à  Saint-Nazaire,  contractaientrapidement  des  maladies 
vénériennes.  Nos  autorités  demandèrent  si  les  hommes  étaient 
examinés  avant  d’être  débarqués  et  s’il  était  bien  sûr  que  les 
contaminations  aient  eu  lieu  chez  nous.  Ce  commandement  fit 
donc  les  visites  de  santé  préalables  et  dut  avouer,  un  peu 
confus,  que  les  siens  souvent  étaient  déjà  atteints  avant  d’avoir 
pris  contact  avec  notre  pays;  car,  après  tout,  si,  par  notre 
négligence  ou  du  fait  delà  guerre,  certains  fléaux  nous  ont 
frappé  davantage,  les  autres  peuples,  même  s’ils  sont  du  Nou¬ 
veau  Monde,  ne  peuvent  se  vanter  d’être  indemnes. 

Et  dans'  toute  cette  affaire,  nous  aussi  les  Français,  nous 
comptons  bie»  un  peu  et  avons  grand  besoin  d’être  éclairés. 
Est-ce  que  l’absence  de  précisions  ne  nous  permettra  pas  . 
toutes  les  suppositions  (et' à  nos  hôtes  aussi  bien)  souvent 
dépassant  fort  la  vérité?  Le  D'  Léon  Bernard  ne  dit-il  pas  lui- 
même  que  les  statistiques  qui  ont  été  recueillies  au  ministère 
de  la  Guerre  «  donnent  des  chiffres  bien  moins  élevés  que  ceux 
qui  ont  été  parfois  avancés  sans  garanties  d’authenticité  ».  Par 
conséquent  n’eût-il  pas  mieux  valu  les  faire  connaître  puis¬ 
qu’ils  laisseraient  apparaître  une  vérité  plus  consolante? 


[91]  UN  SEUL  ET  MÊME  DISPENSAIRE  333 

Autrement,  n’est-ce  pas  la  méthode  des  yeux  bandés?  et 
celle-là  tout  le  monde  sait  qu’elle  n’a  jamais  rien  réalisé. 

Notre  opinion  publique  n’a  cependant  pas  mérité  cet  excès 
de  défiance.  Rappelez-vous  comment,  au  début  de  la  guerre, 
on  lui  voulait  taire  les  vérités  désagréables  de  peur  de 
l’affoler;  et  remarquez  combien  elle  a  su  montrer  depuis 
qu’elle  pouvait  les  entendre  avec  calme.  On  lui  supposera  bien 
la  même  sagesse  si  on  lui  parle  virilement  de  la  santé  publique 
mauvaise. 

Sans  doute,  j’admets  bien,  avec  le  D"'  Léon  Bernard,  que  le 
mouvement  d’opinion  est  déclanché!  mais  ne  faut-il  pas 
l’entretenir  (surtout  si  l’on  songe  que  tout  ce  qui  a  été  fait 
jusqu’à  ce  jour  est  tellement  peu  auprès  de  ce  qui  reste  à 
faire),  en  rappelant  constamment  l’importance  des  maux  dont 
nous  souffrons  ?  Cette  opinion  était  avant  la  guerre  si  rebelle 
aux  mesures  d’hygiène  qu’elle  retrouverait  vite  cet  état 
d’esprit  si  vous  la  laissiez  s’endormir  dans  la  croyance  d’une 
parfaite  santé  retrouvée. 

Non  seulement  il  faut  qu’elle  accepte,  parfois  qu’elle  subisse, 
mais  quelquefois  qu’elle  exige  des  dirigeants  les  mesures 
nécessaires.  Comment  veut-on  que  tout  cela  soit,  si  elle  n’est 
pas  éclairée  ? 

Et,  en  l’espèce,  la  plus  grande  éloquence,  comprise  de  fous, 
est  celle  du  chiffre  :  la  statistique  est  notre  meilleur  agent. 
Que  l’on  réclame,  si  l’on  croit,  pour  qü’elle  offre  toujours  des 
gages  de  sincérité!  qu’on  ne  la  supprime  pas! 

Comment  voudrait-on  que  nous  puissions  mener  le  combat, 
nous  les  provinciaux  aux  prises  avec  les  assemblées  locales 
ardentes  à  défendre  leurs  budgets  contre  nos  entreprises,  si 
l’on  nous  supprimait  la  statistique.  Ceux-là  savent  bien,  direc¬ 
teurs  municipaux  ou  inspecteurs  départementaux  d’hygiène, 
qui  partagent  nos  difficultés  souvent  à  obtenir  les  plus  petits 
efforts  et,  j’ajoute,  parfois  nos  étonnements  à  la  réalisation 
facile  des  plus  grands  efforts. 

Comme  me  l’écrit  notre  maître  Brocq,  les  simples  objurga¬ 
tions  ne  servent  à  rien  :  on  reste  sourd.  C’est  que  ni  les  senti¬ 
ments,  ni  les  raisonnements  non  étayés  n'ont  prise  sur  des 
assemblées  de  profanes;  seul  le  chiffre  qui  les  effraie  est  sus¬ 
ceptible  de  les  entraîner;  et  à  condition  que  la  décision  soit 


336  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [92] 

prompte,  car  l’impression  est  bien  fugace  au  milieu  de  toutes 
les  passions  qui  les  agitent. 

Et  ce  n’est  pas  éncore  le  D''  Brocq  qui  s’effarouche  des 
vérités  à  dire  lorsque,  à  propos  de  la  syphilis,  il  s’écrie, 
s’adressant  aux  pouvoirs  publics  au  début  de  1916  : 

«  Vous  devez  prendre  les  mesures  les  plus  sévères  pour 
réprimer  la  prostitution  clandestine,  car  la  syphilis  devient 
tellement  fréquente  que  si  vous  n’arrivez  pas  à  endiguer  le  flot 
montant  des  maladies  vénériennes,  vous  devez  faire  votre 
deuil  des  classes  1936-37-38-39  et  40;  elles  n’existeront  pas!  » 

Après  ces  chiflres,  tous  commentaires  ne  sont-ils  pas  inu¬ 
tiles? 

Il  faut  bien  que  j’ose  le  proclamer  ; 

De  Paris,  du  pouvoir  central,  ne  peuvent  nous  arriver  que 
les  directives  des  buts  à  poursuivre;  au  delà,  nous  sommes 
un  peu  livrés  à  nous-mêmes,  chargés  de  nous  débrouiller  avec 
nos  maîtres  locaux,  quand  encore  des  instructions  contradic¬ 
toires  ne  viennent  pas  aggraver  nos  difficultés. 

Je  ne  récrimine  pas,  car  je  sais  la  gravité  des  décisions;  au 
contraire  je  me  félicite  que  l’on  ait  confiance  en  notre  esprit 
d’initiative. 

Mais  comment  voudrait-on  que  nous  obtenions  les  réalisa¬ 
tions  nécessaires  si,  par  exemple,  nous  ne  répétions  constam¬ 
ment,  avec  le  regretté  Courmont,  que  la  tuberculose  tue 
chaque  année  en  France  la  population  d’une  grande  ville  et 
que,  pendant  tout  le  xix®  siècle,  silencieusement,  elle  a  fait, 
pour  la  France,  quatre  fois  plus  de  victimes  que  la  guerre  et 
le  choléra  réunis,  elc. 

Donc  nos  statistiques  atteindront  notre  opinion  publique  et 
nos  assemblées;  elles  n’effraieront  pas  nos  amis,  si  l’on 
néglige  les  mouvements  d’opinion  superficiels  parce  que  pro¬ 
voqués  artificiellement,  pas  plus  qu’elles  ne  convertiraient  nos 
ennemis  si  elles  devenaient  favorables. 

J’en  ai  terminé  avec  les  remarques  que  je  voulais  vous  dire; 
et  j’ose  espérer  que  vous  considérerez  avec  grande  indulgence 
ma  trop  modeste  contribution  à  la  lutte  que,  sous  la  direction 
de  l’éminent  chef  de  l’Assistance  et  de  l’Hygiène  publiques, 
M.  Jules  Brisac,  nous  poursuivons  tous,  et  que  nous  voudrions 


[93]  LOIS  DE  L’ACCROISSEMENT  EN  POIDS  DES  ENFANTS  337 

sans  merci,  contre  les  grands  fléaux  sociaux,  J’alcoolisme,  la 
tuberculose,  la  syphilis. 

Après  une  longue  discussion  à  laquelle  prennent  part  MM.  Paquet, 
Marchoux,  Risler  et  Faivre,  tous  les  orateurs  se  mettent  d’accord 
pour  insister  sur  l’organisation  départementale  contre  la  tuber¬ 
culose. 


LOIS  DE  L’ACCROISSEMENT  EN  POIDS 

DES  ENFANTS 

EFFET  DES  RESTRICTIONS  ALIMENTAIRES  ACTUELLES 
par  M.  le  D'  CAMÈSCASSE. 

Avant-propos. 

Messieurs, 

J’ai  l’honneur  d’être  médecin  de  l’hôpital  de  Forges-les-Bains, 
dans  lequel  l’Assistance  publique  de  la  Ville  de  Paris  envoie 
des  petits  Parisiens  (107  garçons  et  108  filles)  faire  une  cure 
de  grand  air  de  quatre  ou  cinq  mois. 

Tandis  que  les  traditions  respectables  établies  dans  cette 
maison  avaient  donné  desTésultats  très  remarquables,  les  res¬ 
trictions,  actuellement  imposées  à  tous  les  Français^,  sont  venues 
troubler  gravement  ces  traditions  non  sans  risque  de  compro¬ 
mettre  les  résultats  d’antan. 

Or,  il  se  trouve  que  de  1904  à  1914,  des  documents  avaient 
été  réunis,  tant  par  mes  prédécesseurs  que  par  toute  la  maison, 
qui  permettent  de  mesurer,  de  chiffrer  ces  résultats. 

Le  point  de  départ  des  comparaisons  indispensables  se 
trouve  dans  les  deux  grands  graphiques  affichés  ici  :  c’est  la 
connaissance  du  poids  des  garçons  (2.500  cas)  et  du  poids  des 
filles  (2.500  cas)  pesés  tels  qu’ils  sont  lors  de  leur  arrivée  à 
Forges*.  Les  documents  réunis  à  Forges  ne  portent  que  sur  des 
enfants  âgés  de  quatre  ans  au  moins  et  de  quinze  ans  au  plus. 
Mais  les  courbes  dessinées  par  les  poids  qui  se  succèdent  d'âge 

1.  Voit  Archives  des  Maladies  des  Enfants,  mars  1918. 

REV.  d’hvg.  XL  —  22 


338  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [94] 

en  âge  se  raccordent  facilement  aux  chiffres  publiés  un  peu 
partout  (fig.  3  et  4). 

J’ai  peut-être  abusé  de  cette  facilité  en  commençant  mes 
tracés  à  rovule  pour  les  poursuivre  jusqu’à  vingt-cinq  ans. 

Mais  comme  je  publie  mes  documents,  j’espère  n’avoir  pas 
outrepassé  mon  droit . le  contrôle  est  accessible  à  chacun. 

Comme  je  ne  veux  pas  abuser  de  votre  attention  —  et  de 
l’hospitalité  de  vos  procès-verbaux  — :  je  réduis  ma  communi¬ 
cation  préseute  à  l’actualité  :  ^ 

Quelles  perturbations  sont  mensurabies  dans  l’évolution  du 
poids  des  enfants  hospitalisés  à  Forges,  du  fait  des  restrictions 
alimentaires  actuelles?  '  '  . 

Autrement  dit,  je  vais  comparer  ce  que  j’observe  —  et  ce  que 
j’ai  pesé  dès  ce  mois-ci  —  avec  ce  qui  était  autrefois. 

Le  résultat  le  plus  curieux  sera  celui-ci  —  qui  fait  tort  au 
principe -trop  commode  de  l’égalité  des  sexes  : 

Les  filles  supportent  bien  les  restrictions,  les  garçons  en  pâtis¬ 
sent . à  égalité  dans  ces  restrictions. 

Le,  Passé. 

Notre  cas  est  intéressant,  je  précise,  parce  que,  dès  avant  la 
guerre  et  par  d’autres\mains  (^e  ksmiennés,  une  somme  im- 
portante|de  renseignements  chiffrés  ont  été  réunis  à  Forges  : 
5.000'[(jches  individuelles  comme  celle  que  je  vous  présente’.. 

J*ai,  à  votre  intention,  dèssiné  cette  figure  de  deux  façons 
différentès  ;  à  droite,  telle  qu’on  vous  la  présenterait  à  For¬ 
ges,  c’est-à-dire  sans  le  souci  de  mesurer  les  temps  à  l’échelle 
du  dessin;  — [à  gauche,  j’ai,  au  contraire,  mesuré  ces  temps  par 
semaine  et  j’ai  élargi  les  espaces  horizontaux  en  conséquence 
(fig.  1  et  2). 

Voici  tout  de  suite  la  signification  de  ces  deux  schémas:  une 
fillette  de  neuf  ans,  entrée  à  Forges  le  26  septembre  dernier 
(1917),  pesait  le  lendemain  20  kilogrammes  (ce  qui  est  un  beau 
poids  à  cet  âge.;.,  pour,  une  petite  Parisienne)  ;  le  15  octobre 
elle  pesait  21  kil.  500  ;  le  19  novembre  22  kil.  400  ;  22  kil.  700 
le  10  décembre  —  et  encore  22  kil.  700  le  21  janvier  1918*. 

I.  Voir  Archives  des  Maladies  des  Enfants,  mars  1918. 

1.  Le  ...février,  sonjpdids  est-.. 


[9j] .  LOIS  DE  L'ACCROISSEMENT  EN'  POIDS  DES  ENFANTS  '339 

Au-dessus  de  la  courbe  en  trait  plein,  vous  voyez  une  droite 
dessinée  en  trait  rompu  ;  et,  à  droite  du  dessin,  un  X. 

Cet  X  a  été  placé  au  niveau  du  poids  qu’aurait  probablement 
atteint'cette  fillette  à  un  an  de  dale,  soit  en  septembre  1918  — 
si  elle  était  restée  à  Paris. 

La  figure  ne  portant  que  sip-  six  mois,  j’ai  représenté  par  le 
trait  rompu  {représenté ‘l  grossièrement!)  comment  aurait  évo¬ 
lué  de  semaine  en  semaine  le  poids  de  cette  fillette....  dans  les 
mêmes  conditions,  c’est-à-dire  à  .Paris. 

Trait  rompu  du  semestre,  —  et  X  qui  devrait  être  écarté  à 
droite  de  toute  la  largeur  d’un  autre  semestre  —  ne  résultent 
pas  d’une  vue  dé  l’esprit.  ^ 

J’ai  recherché  la  place  de  celui-ci  et  la  direction  de  celui-là' 
sur  les  deux  images  que  voici  et  que  je  vous  présente  à  grande 
échelle  (fig.  3  et  4). 

Je  demande  expressément  l’hospitalité  de  vos  procès-ver¬ 
baux  pour  les  réductions  de  ces  images  ;  fig.  3  et  4.  Ces  deux 
images,  empruntées  aux  Archives  des  Maladies  des  Enfants, 
définissent  là  forme  générale  des  courbes  suivant  lesquelles 
s'accroît  le  poids  des  enfants.  Les  nombres,  les  moyennes  qui 
ont  guidé  le  dessinateur  résultent  du  dépouillement  de  2.500  fi¬ 
ches  pour  les  filles  et  d’autant  pour  les  garçons  *. 

Je  reviens  à  mafigurel  (ou  à^ma  figure  2).  J’ai,  évidemment, 
choisi  à  votre  intention  une  fiche  favorable.  Mais  entendons- 
nous  bien  ;  je  n’ai  pas  choisi  la  plus  belle,  ni  même  pris  une  ' 

des  plus  belles.  J’ai  voulu  un  cas  simple,  ime  figure  claire . ; 

j’ai  aussi  limité  mes  recherches  dans  le  petit  tas  des  98  fiches  de' 
filles  que  j’avais  à  contrôler  réglementairement  le  21  janvier 
dernier  —  petit  tas  dont  l’inventaire  occupe  les  tableaux 
ci-après. 

Je  peux  donc  vous  présenter  le  résultat  du  séjour,  pendant 
quatre  mois,  à  Forges,  d’un  enfant  parisien  comme  ceci  :-cet 
enfant  prend  plus  de  poids  dans  cet  intervalle  de  temps  qu’il 
n’en  prendrait  à  Paris  en  toute  une  année.  —  La  figure  1  est  un 
cas  particulier  :  l’histoire  d’un  individu.  L’histoire  d’un  petit 
groupe  d’individus  —  100  garçons  d’une  part,  98  filles  d’autre 
part —  occupera  tous  les  tableaux  chiffrés  ici  intercalés. 

1.  Fiches  établies  à  Forges,  de  1904  à  1914.  Voir  loco  citato. 


340  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECUNE  PUBLIQUE  [96] 

Je  dois  ajouter  que,  sur  les  figures  3  et  4,  une  rangée,  de  X 
vous  montre  comment  se  classent,  à  leur  sortie  de  Forges,  les 
poids  moyens  des  mêmes  enfants  dont  les  poids  moyens —  à 
l'entrée  —  se  rangeaient  sur  la  ligne  des  T  et  des  O. 

Tout  de  suite,  je  dois  vous  dire  comment  nous  obtenons  de 
tels  résultats  et,  il  mé  parait  du  moins,  de  si  intéressants. 

Profitant  de  la  suractivité  de  l’appétit  —  et  du  processus 
général  d’assimilation  —  causé  par  le  grand  air,  parla  lumière, 


4- 


P...  (Jeanne),  née  le  30  octobre  1909,  entrée  à  Forges,  le  26  sep¬ 
tembre  1917. 

Poids,  20  kilogrammes;  taille,  119  centimètres;  périmètre  thora¬ 
cique,  58  centimètres.’ 

par  le  repos,  par  le  calme...  aussi  par  le  bain  hebdomadaire  — 
l’Assistance  publique  nourrit  très  bien  ses  215  petits  pension¬ 
naires  :  c’est  tout  le  sortilège. 

Or,' à  l’heure  actuelle,  sous  la  pression  des  circonstances  il 
nous  faut  modifier  cette  alimentation  :  ramener  de  450,  600  et 
720  grammes  par  jour,  à  300  grammes  seulement  la  portion  de 
pain  de  chacun. 

J’ai  pu  croire  que  cette  heure  était  opportune  pour  vous  faire 


[91]  LOIS  DE  L’ACCROISSEMENT  EN  POIDS  DES  ENFANTS  3*1 


connaître  nos  résolutions  ;  pour  vous  faire  connaître  aussi 
notre  point  de  départ  —  qui  avait  été  mesuré  et  chiffré  dans 
un  tout  autre  but. 

J’ai  l’intention  de  vous  demander,  plus  tard,  la  parole  une 


Fig.  2.  —  Foime  réelle  des  fiches  utilisées  à  Forges-les-Bains. 

P...  (Jeanne),  née  le  30  octobre  1909,  entrée  à  Forges,  le  26  sep- 
embre  1917. 

Poids,  20  kilogrammes;  taille,  119  centimètres;  périmètre  thora¬ 
cique,  58  centimètres. 

seconde  fois  pour  vous  faire  connaître,  de  combien  et  dans  quel 
sens  auront  été  modiOés  ces  résultats*. 

1.  Sous  le  nom  de  coefficient  de  robuslicité  oa  utilise  les  chiffres  donnés 
par  la  somme  algébrique  (d’une  algèbre  barbare)  ainsi  formulée  :  Taille 
—  ipoids+  périmètre  thoracique)  =  X. 

Le  coefficient,  presque  toujours  positif,  est  considéré  comme  d’autant 
meilleur  qu’il  s’approche  davantage  de  zéro. 

A  Forges,  la  taille  et  le  périmètre  varient  peu;  le  poids  augmente  beau¬ 
coup.  Donc  ce  dit  coefficient  tend  toujours  vers  zéro  pendant  le  séjour. 
Ceci  peut  être  regardé  comme  un  triomphe. 


SOCIÉTEÏDE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [98] 


L’évolution  du  poids  des  gahçons,  Parisiens, 
se  fait  selon  des  courbes  analogues  aux  trois 
courbes  dessinées;  le  plus  souvent  entre  les 
deux  courbes  qui  limitent  la  surface  qua¬ 
drillée;  rarement  au-dessous,  moins  rarement 
au-dessus. 

Remarquer  les  grandes  différences,  très  ordi¬ 
naires,  du  poids  au  même  dge  entre  le  plus 
léger  et  le  plus  lourd  (du  simple  au  double). 


[99]  LOIS  DE  L’ACCROISSEMENT  EN  POIDS  DES  ENFANTS 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[lûO] 

Les  tableaux  cuiffrés. 

Chaque  mois  je  fais  l’inventaire  des  résultats  obtenus  h  For¬ 
ges.  Les  enfants,  pesés  de  la  veille,  me  sont  présentés  un  à  un. 
J’ai  la  courbe  de  chaque  enfant  sous  les  yeux  et  je  décide  :  en 
bonne  voie,  peut  être  rendu,  sirop  iodotannique,  etc. 

Je  fais  aussi  des  répartitions  :  tel  groupe  est  6on  dans  son 
ensemble;  tel  autre  l’est  moins. 

Malheureusement,  j’accorde  aussi  des  faveurs  ;  orphelin  de 
mère,  père  mobilisé,  famille  de  six  enfants,  mère  malade. 

Je  me  défends  tant  que  je  peux,  mais . !  Mais  la  fillette  de 

ma  fiche  de  tout  à  l’heure  restera  bien  inutilement  à  Forges  un 
mois  de  plus. 

Bon  gré,  mal  gré,  ces  inventaires  mensuels  existent  et  sont 
comparables,  non  seulement  entre  eux,  mais  encore  à  d’autres 
groupements. 

Je  vous  apporte  ici  les  détails  de  l’inventaire  des  110  garçons 
présents  le  21  janvier  dernier.  Pour  les  97  filles,  je  ne  vous 
donne  que  le  résumé  (afin  de  ne  pas  occuper  trop  de  place). 

Le  tableau  I  (garçons)  comprend  tous  les  cas  irréguliers  : 
malades  actuels  (la  coqueluche  a  atteint  une  dizaine  d’enfants 
en  novembre  et  décembre  derniers,  etc.),  malades  récents, 
sujets  présents  depuis  longtemps,  etc.,  etc.  —  Aucun  total  n’est 
possible  dans  ces  conditions  que  celui-ci;  21  gamins  sont  pla¬ 
cés  dans  ce  cadre  «/ion  compte  ». 

Le  tableau  II  n’est  pas  une  anomalie.  Il  doit  être  cependant 
considéré  à  part  :  les  enfants  présents,  y  compris  les  sortants  du 
mois,  avaient  été  pesés  le  10  décembre  (à  cause  des  fêtes)  soit 
une  semaine  trop  tôt.  Les  entrants  du  19  décembre  ont  été  pesés 
le  20  décembre,  puis  le  21  janvier.  Ensemble  ces  15  gamins 
pesaient  3.956  hectogrammes  à  la  première  date  ;  ensemble,  en 
un  mois,  ils  ont  pris  69  hectogrammes. 

Soit  seulement  1,6  p.  100  du  poids  initial,  avec  des  variations 
considérables  d’un  individu  à  l’autre:  4p.  100  dans  le  meilleur 
cas;  1/2  p.  100  dans  le  moins  bon  (un  enfant  malade  a  perdu 
du  poids). 

Ces  inégalités  s’observent  constamment,  d’une  part. 


[101]  LOIS  DE  L’ACCROISSEMENT  EN  POIDS  DES  ENFANTS  345 


Tableau  I.  —  FORGES  :  Gabçons. 

Premier  groupe  :  Cas  anormaux  :  maladie  actuelle  ou  récente  ayant 
empêché  les  pesées  opportunes-,  longs  séjours  à  cause  des  mala¬ 
dies,  etc. 


'ANNÉE 

de  la 

de 

en'he 

VABIATIONS 

i 

H 

10 

déc. 

il. 

+ 

• 

- 

26  sept. 

199 

1910 

26  ^pt. 

226 

.... 

Coqueluche. 

29  août. 

187 

190 

s'.’ 

1 909 

225 

s 

_ 

250 

230 

0 

s. 

— 

— 

212 

218 

■’ê' 

Hémophile. 

276 

271 

220 

25  juin. 

306 

3i>g 

2 

's.  ' 

26  noy.' 

292 

Anpine. 

336 

331 

Pour  compléter  Tef- 

- 

- 

296 

300 

"i 

s. 

fectif  réel  :  21  sujets. 

1  1.  Cet  onfanl,  25 

avril,; 

1  eu  SI 

icoess 

ivemc 

,nl  ui 

le  angine,  la  rougeole  et  la  | 

|coquel«ch 

Mais,  d’autre  part,  le  résultat  du  groupe  est  conforme  à  toutes 
nos  observations. 

Si  quelqu’un  hésitait  à  trouver  ce  résultat  bon,  je  rappellerais 
qu’un  enfant,  en  un  an,  n’augmente  guère  que  de  9  p.  100  de 
son  poids  initial.  Or,  la  cumulation  de  telles  augmentations 
de  1,6  p.  100  donnerait  ce  9  p.  100  en  moins  de  six  mois. 
(Exactement  9,5  p.  100.) 

Nous  allons  voir  que  ce  premier  mois  de  séjour  n’est  pas  le 
meilleur. 


346  '  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBÉIQUE  [402] 


Tableau  II.  —  FORGES  :  Garçons. 
Deuxième  groupe  :  Enfants  entrés  le  19  décembre. 


PO 

VARIATIONS 

AXNÉE 

en  hectogrammes 

en 

heciogr. 

NAISSANCE 

20 

décembre 

21 

janvier  ^ 

+ 

« 

- 

HfjjH 

1912 

1911 

166  ■ 

169 

3 

7  enfants  de  moins  ■ 

■ 

de  10  ans  : 

1910 

205 

210 

5 

1,6  p.  100 

188 

190 

2 

1909 

215 

220 

5 

en  32  jours. 

1908 

230 

235 

ÿ 

Totaux  : 

1.408 

1.430 

27 

5 

1907 

235 

242 

7 

293 

299 

6 

1906 

315 

276 

320 

280 

5 

4 

1905 

388 

390 

268 

278 

10 

1903 

415 

358 

419 

362 

4 

Totaux  : 

2.548 

2.590 

42 

Sur 

l’ensemble 

3.956 

4.020 

69 

5 

Le  tableau  III  se  réfère  à  un  cas  spécial' :  une  promotion 
supplémentaire  de  15  garçons  arrivés  le  5  décembre,  pesés  le  6, 
puis,  pour  le  bon  ordre,  repesés  le  10  décembre;  et,  enfin, 
jugés  comme  les  autres  le  21  janvier  après  42  jours. 

Pour  3.724  hectogrammes,  au  10  décembre,  ils  ont  pris 
ensemble  122  hectogrammes,  soitenmoyenne  3,2  p.  100,  c’est- 
à-dire  deux  fois  plus  que  leurs  succédants  ne  prendront  en  32 
jours  *, 

1.  Nous  avons  cette  année  1917  fait  volontairement  le  complet  au  com¬ 
mencement  de  décembre' en  comblant  les  vides  causés,  hors  tour,  dès 
septembre  et  octobre  par  le  désir  de  rentrer  à  Cécole. 

2.  Sur  la  division  dans  chaque  tableau  des  enfants  en  deux  groupes, 
voir  plus  loin  le’  cas  des  filles. 


[103]  LOIS  DE  L’ACCROISSEMENT  EN  POIDS  DES  ENFANTS  341 

A  ce  train,  il  faudrait  un  peu  plus  que  trois  mois  pour  dépas¬ 
ser  les  9  p.  100  d’une  année  normale  (je  veux  dire  de  vie  à 
Paris). 

Tableau  III.  —  FORGES  :  Garçons. 

Troisième  groupe  :  Enfants  entrés  le  5  décembre. 


ANNÉE 

de  la 

VARIATIONS 

^  en  iiecto^^r. 

OBSERVATIONS 

décembre 

31 

janvier 

4- 

» 

- 

19H 

1910 

1909 

1908 

172 

194 

196 

134 

164 

228 

284 

182 

199 

200 

162 

170 

226 

286 

10 

5, 

4 

6 

2 

7  enfants  de  moins 
de  10  ans  : 

2,4  p.  100 

en  42  jours. 

2 

Totaux  : 

1.392 

1.425 

35 

1907 

1906 

1904 

226 

246 

238 

260 

300 

404 

326 

312 

228 

232 

270 

280 

314 

406 

346 

323 

2 

6 

12 

20 

2 

20 

11 

87 

8  enfants  de  10  ans 
et  plus  : 

3,8  p.  100 

en  42  jours. 

Totaux  : 

2.332 

2.419 

Sur 

l’ensemble 

3.724 

3.8-U 

122 

2  j 

3,2  p.  100 

Le  tableau  IV  traite  de  21  garçons  (un  malade  mis  à  part)  qui 
nous  étaient  arrivés  le  21  novembre.  Ils  pesaient,  ayant  déjà 
pris  du  poids,  4.202  hectogrammes  le  10  décembre.  En42  jours, 
le  groupe  III,  Us  font  du  3,1  p.  100. 

Dans  la  pratique  de  Forges,  c'est  le  mois  le  plus  favorable 
que  le  2®  mois  de  séjour. 

Donc,  avec  le  tableau  V  qui  s’occupe  des  23  garçons  entrés 
le  24  octobre  —  garçons  don  lies  différences  ont  été  excellentes 


348  SOCIÉTÉ  DE  [MÉDECINE  PUBLIQUE  1104] 

dans  l’intervalle  22  novembre-! 0  décembre  —  nous  voyons 
descendre  le  pourcentage  de  nos  bénéfices  à  1,1  p.  100. 

Quelques  aifections,  saisonnières  ou  autres,  ont  causé  des 
pertes  individuelles. 

Tableau  IV.  —  FORGES  :  Garçons. 


Quatrième  groupe  :  Enfants  entrés  le  28  novembre  1917. 


Le  tableau  VI  décrit  le  sort  de  15  gamins  entrés  le  26  sep- 
embre.  Ceux-ci  ont  fait  florès  d’octobre  à  novembre.  C’est  la 
promotion  qui  devrait,  tout  entière,  sortir  en  janvier. 

Il  est  remarquable,  en  effet,  que  trois  sujets  seulement  ont 
pris  du  poids  sérieusement:  les  autres  ne  font  plus  rien....  leur 
sort  pendant  42  jours  a  été  celui  qu’indique  le  plateau  terminal 
de  la  courbe  de  la  figure  1. 


[105]  LOIS  DE  L’ACCROISSEMENT  EN  POIDS  DES  ENFANTS  349 


Tableau  V.  —  FORGES  :  Garçons. 
Cinquième  gronpe  ;  Enfants  entrés  le  24  octobre  1917. 


Les  autres  enfants  avaient,  en  général,  fait  leur  plein...., 
et  ce  plein  était  annoncé  par  le  fléchissement  du  mois  pré¬ 
cédent. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[106] 


J’espère  bien  arriver  à  distinguer,  ainsi,  un  mois  plus  tôt 
que  je  ne  fais  actuellement  ces  cas  ordinaires  des  trois  cas 
anormaux  précités,  pour  mieux  utiliser  Forges. 


Tableau  VI.  —  FORGES  :  Garçons. 

Sixième  groupe  :  Enfants  etÿrés  le  26  septembre  1917. 


ANNÉE 

NAISSANCE 

en  hectogrammes 

VARIATIONS 

en  hectogr. 

i 

OBSERVATIONS 

décembre 

21 

janvier 

- 

1913 

*911 

1910 

1909 

1908 

174 

214 

229 

192 

236 

238 

256 

270 

278 

236 

172 

214 

230 

194 

238 

248 

258 

270 

279 

236 

2 

s. 

s. 

s. 

’s.‘ 

s. 

s. 

s. 

10  enfants  de  moins 
.de  10  ans  : 

0,7  p.-  100. 

A  été  malade  à  F... 

"l 

10 

2 

’l' 

0 

0 

0 

■T 

Totaux  : 

2.323 

2.339 

18 

1907 

1906 

1905 

m 

243 

360 

346 

204 

274 

246 

370 

353 

2 

4 

5  enfants  de  10  ans 
et  plus  : 

1,1  p.  100. 

10 

Totaux  : 

1.431 

1.447 

20 

Totaux 

Coefficient  moyen 

généraux  : 

3.734 

3.786 

38- 

-6  = 

32 

sur  l’ensemble  : 

0,8  p.  100. 

Dans  le  tableau  Vlll,  je  présente  la  récapitulation  des  données 
qui  précèdent.  Ce  tableau  sera  comparé  tout  à  l’heure  au  cas  des 
filles,  mais  j’ai  placé  avant  lui  le  tableau  Vil,  qui  fournit  des 
points  de  repère  importants. 

Il  s’agit  des  15  enfants  du  tableau  VI.  Ici,  je  donne,  non  pas 
le  poids  du  10^  décembre,  mais  le  véritable  poids  initial  :  la 
pesée  du  poids  du  27  septembre  1917. 


[107J  LOIS  DE  L’ACCROISSEMENT  EN,  POIDS  DES  ENFANTS  331  ' 


Tableaü  vil  —  FORGES  ;  Garçons  entrés  le  20  septembre. 
Comparaison  :  Accroissement  de  poids  en  quatre  mois. 


Le  poids  total  était  de  3.434  hectogrammes.  Le  gain  total,  en 
quatre  mois,  est  de  352  hectogrammes. 

C’est  du  10  p.  100.  Très  exactement,  un  peu  plus  que  le 
gain  d’une  année. 

(Dans  les  mêmes  conditions  les  filles  donnent  11,2  p.  100;  à 
savoir  :  9,4  p.  100  pour  les  petites  et  13,5  p.  .100  pour  les 
grandes.) 

Ceci  est  déjà  intéressant.  Ce  qui  l’est  plus  encore,  c’est  que 
tous  les  enfants  ont  accusé  un  accroissement  très  net  :  même 
les  plus  petits,  même  ceux  qui  ont  été  malades. 

Mais,  quand  on  compare  les  pourcentages  globaux  (quelle 
que  soit  la  façon  dont  on  cumule  les  pourcentages  dans  le 


352 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[108] 


tableau  VIII),  une  constatation  s'impose  :  ou  bien  les  avan¬ 
tages  de  la  promotion  de  septembre  sont  trop  beaux,  ou  bien 
l’ensemble  des  résultats  obtenus  du  10  décembre  au  21  janvier 
sont  insuffisants. 


Tableau  VIII.  —  FORGES  :  Garçons. 
Récapitulation  :  110  garçons  pesés  le  21  janvier  1918. 


En  faisant  une  cumulation  correcte,  la  plus  favorable  d’ail¬ 
leurs,  on  n’obtient  que  7,7  p.  100  et  8,7  p.  100  au  lieu  de 
10,3  p.  100  et  10,1  p.  100. 

Ce  phénomène  exige  quelques  explications;  en  voici  deux 
qui  se  cumulent  : 


[lü<J]  LOIS  DE  L'ACCROISSEMENT  EN  POIDS  DES  ENFANTS  3.;! 
Tableau  IX.  —  FORGES  :  Filles. 

Récapitulation  :  97  filles  pesées  le  21  janvier  1918. 


1®  Du  15  décembre  au  15  janvier,  nous  avons  vécu  dans  la 
neige  —  et  les  enfants  ont  très  peu  joui  du  plein  air.  Je  dis  du 
plein  air. 

2°  Parce  que,  si  bien  installé  que  soit  Forges,  une  chose  nous 
manque,  à  savoir,  des  vastes  préaux  en  équerre  ouverts  au 
Sud-Est. 

Ainsi  la  promenade  en  hiver  est  une  souft'rance  (et  tout  va  de 
travers  :  on  sort  le  moins  possible,  on  abrège  le  bain,  etc.). 

UEV.  d’HYG.  XL  —  23 


3Ü4  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [110] 

Tout  de  même  il  demeure  que  si  j’ignorais  le  taux  de  10  p.  100, 
bénéfice  ordinaire,  je  trouverais  très  satisfaisant  le  taux  de 
7,7  p.  100,  bénéfice  d’un  mois  d’hiver.  Mais  il  y  a  une  autre 
explication  plus  proche  :  nous  avons  dû  réduire  de  un  septième 
le  poids  du  pain  alloué  à  chaque  enfant. 

Je  ne  donne  qu’un  tableau  pour  les  filles.  Elles  sont  dans 
l’ensemble  supérieures  aux  garçons,  mais,  dans  le  détail,  il 
faut  faire  deux  parts  : 

—  Au-dessous  de  dix  ans  (au  21  janvier  1918,  enfants  nées 
en  1908  et  depuis),  les  fillettes  poussent  moins  que  les  garçons 
du  même  âge.  Leur  aspect  à  l’arrivée  est  généralement  meilleur, 
bien  que  le  poids  moyen  soit  plus  petifl 

—  Au-dessus  de  dix  ans,  au  contraire,  les  fillettes,  qui 
s’apprêtent  déjà  à  devenir  des  femmes,  prennent  à  Forges  un 
poids  fantastique. 

Cet  accroissement  est  extraordinaire  quant  à  son  taux,  mois 
par  mois;  mais  il  est  de  plus  de  très  longue  durée.  Le  crochet 
terminal  de  la  courbe  1  n’en  finit  pas  de  se  dessiner,‘et  l’arrêt, 
le  plateau,  ne  vient  jamais  :  c’est  Forges  qui  renonce  à  garder 
l’enfant  et  non  l’enfant  qui  cesse  de  prospérer. 

11  y  a  là  une  indication  précieuse.  Pour  trouver  la  même  cir¬ 
constance  favorable  chez  les  garçons,  il  faut  attendre  l’âge  de 
quatorze  ans  environ. 

Ensemble,  ces  filles  ne  paraissent  pas  pâtir  de  la  diminution 
de  la  ration  de  pain 


J’espère,  Messieurs,  vous  avoir  donné  l’impression  que  noire 
cure  de  grand  air  —  prolongée  pendant  quatre  mois  —  et 
appuyée  d’une  alimentation  abondante,  constituait  un  tout  infi¬ 
niment  respectable. 

Et  vous  comprenez  bien,  maintenant,  qu’ayant  eu  mission 
de  procéder  à  des  modifications,  je  n’ai  pas  pu  procéder  sans 
quelques  hésitations. 

Je  vais  vous  dire  maintenant  comment  nous  avons  remplacé 
le  pain  qui  nous  manque  :  où  nous  avons  erré  et  en  quoi. 


[111]  LOIS  DK  L’ACCROISSEMENT  EN  POIDS  DES  ENFANTS  355 
Poids  des  filles  et  des  garçons,  de  12  à  15  ans. 


Remplacements  alimentaires. 

11  est  beaucoup  trop  facile,  en  effet,  de  dire  :  «  Remplacez  le 
pain  par  des  pommes  de  terre,  par  du  riz,  etc.  » 

Dans  la  vie  d’un  ménage,  les  pommes  de  terre  tiennent 


336  SOCIÉTÉ,  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [H2] 

beaucoup  'de  place;  tout  autant  dans  les  menus  d’une  collec¬ 
tivité  comme  Forges.  Donc  on  ne  peut  pas  pratiquement  en 
ajouter  une  quantité  telle  que  cette  addition  supplée  au  pain 
défaillant;  on  ne  peut  pas  les  employer  couramment  à  la  place 
du  pain. 

Cet  usage  ne  peut  être  que  tout  à  fait  accidentel  :  quand  un 
repas  ne  comporte  ni  pommes  de  terre  en  ragoût,  ni  pomme§ 
de  terre  en  sauce,  ni  soupe  aux  pommes  de  terre,  on  peut,  à  la 
rigueur,  faire  servir  des  pommes  de  terre,  cuites  à  l’eau,  en 
guise  de  pain.  Encore  faut-il  se  méfier. 

C’est  pourquoi,  outre  l’usage  très  spécial  de  la  pomnie  de 
terre  fraîchement  pulpée  dont  nous  parlerons  tout  à  l’heure, 
nous  nous  coittenterons  de  prescrire  l'augmentation  en  poids 
des  formes  ordinaires. 

La  portion  de  pommes  de  terre  du  ragoût,  celle  des  gros 
légumes  (pommes  de  terre  au  lard,  par  exemple)  sera  plus 
copieuse  et  nos  enfants  devront  oublier  le  reproche  maternel 
qui  fut  traditionnel,  pour  nous  tous.  Messieurs,  de  ne  pas  manger 
son  pain. 

Après  la  pomme  de  terre  le  suppléant  indiqué  était  le  riz. 

Ici  l’inconvénient  était  tout  autre  :  sauf  au  lait  et  sucré,  ou 
en  gâteau  aux  œufs  et  sucré,  le  riz  n’est  point  aimé  en  France. 
Et  le  fait  est  que,  ayant  quelque  peu  visité  les  cuisines  collec¬ 
tives  y  compris,  pendant  un  trop  court  temps,  les  cuisines  du 
front,  j’avais  du  reconnaître  que  le  riz  des  collectivités  est  par¬ 
faitement  dégoûtant. 

Or  je  n’ai  ni  lait,  ni  œufs,  ni  sucre  et  il  faut  que  mes  gosses 
mangent  du  riz.  J’ai  dû,  ainsi,  me  tracer  un  programme  très 
net,  limité  étroitement. 

Une  fois  par  jour,  on  aura  du  riz  à  la  place  d’une  partie  du 
pain.  Ce  riz  sera  l’objet  de  soins  spéciaux  —  et  comme  il  est 
juste,  —  une  personne  spéciale,  fournissant  le  travail  épargné 
au  mitron,  assurera  ces  soins. 

Pratiquement,  nous  sommes  arrivés  à,  faire  accepter  ce  riz. 
Pour  lui  ménager  un  bon  accueil  dans  mon  petit  monde,  j’ai 
annoncé  une  fête,  une  cérémonie  mémorable. 

Un  certain  lundi  je  suis  allé  m’asseoir  à  la  table  des  fillettes 
et  j’ai,  avec  une  part  de  leur  ragoût,  mangé  un  peu  de  leur  riz' 
peu  cuit. 


[113]  LOIS  DE  L’ACCROISSEMENT  EN  POIDS  DES  ENFANTS  351 

21  janvier .  —  Ce  fut  une  fête,  en  effet!  Sauf  que  cette  fête  a 
eu  lieu  le  mercredi  au  lieu  du  lundi,  le  récit  qui  précède  est 
exact  et  je  le  maintiens. 

A  la  table  des  garçons,  le  samedi  ensuivant,  les  choses  furent 
plus  simples,  comme  il  convient  pour  des  garçons  :  ma  colla¬ 
boration  fut  seulement  de  servir  moi-même  les  parts  de  riz! 

Le  pain  manquant,  aucun  ne  pignocha.  Pour  une  des  cin¬ 
quante  filles  mon  exemple  avait  été,  sinon  indispensable,  du 
moins  utile.  Ici  rien  de  semblable  :  j’ai  du  distribuer  le  reste 
du  riz  présent,  puis  en  envoyer  chercher  d’autre  et,  enfin,  aller 
chercher  moi-même  le  reste  de  la  dose  convenue;  40  grammes 
de  riz  sec  par  tête,  pour  remplacer  80  grammes  de  pain.  De  la 
cuisine  on  est  venu  voir  si  c'était  vrai. 

Ce  samedi  de  janvier  1918,  j’ai  donc  rédigé,  séance  tenante, 
le  rapport  que  voici  qui  fut  confié  à  M.  Brun,  directeur  de 
l’hôpital  de  Forges,  à  l’adresse  de  M.  le  Directeur  de  l’Assistance 
publique. 

La  Société  de  médecine  publique  excusera  les  parties  de  ce 
rapport  qui  font  redites,  soit  entre  elles,  soit  avec  ce  qui  pré¬ 
cède.  Dans  le  même  esprit  mes  collègues  ne  blâmeront  point 
l’abus  des  détails,  ni  mon  insistance?  C’est  que,  en  effet,  je 
sais  que  je  suis  ici  dans  un  milieu  oh  les  innovations  sont  bien 
acceptées...  à  la  condition  que  ces  innovations  soient  pra¬ 
ticables. 

La  Société  de  médecine  publique  est  soucieuse  des  réalités! 
Elle  sait  donc  quelle  distance  il  y  a  entre  prescrire  et  exécuter. 

Elle  veut  aussi  pouvoir  contrôler,  et  les  pages  qui  précèdent 
n’ont  d’autre  raison  d’être  que  de  lui  permettre  d’exercer  ce 
contrôle  en  temps  opportun. 

Monsieur  le  Directeur  de  l'Assistance  publique. 

Comme  suite  aux  expériences  faites  mercredi  dans  le  service  Divi¬ 
sion  filles  —  et  ce  jour  dans  le  service  Division  garçons  de  l’hôpital 
de  Forgps-les-Bains,  —  j’ai  l’honneur  de  vous  proposer  d’utiliser 
désormais  le  riz  ainsi  que  suit  pour  obtenir  une  économie  de  pain. 

Je  rappelle  : 

1“  Que  notre  hôpital  se  subdivise  naturellement  en  deux  parties  : 

Divisions  filles  et  garçons  :  100  lits; 

Pavillons  filles  et  garçons  :  100  lits. 


33S  SOaÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [H4] 

2“  Que'  le  repas  de  midi  (il  heures),  le  plus  important  de  la 
journée,  comporte  : 

a)  Une  soupe  au  pain  ; 

b)  Un  plat  de  viande,  qui  est  rôtie,  ou  en  sauce,  accompagnée  ou 
non  d’un  petit  légume  ; 

c)  Un  plat  de  légumes  ou  pâtes  *  dit  gros  légume  ; 

d)  Pain  ;  160  grammes  environ  par  enfant  pour  ce  seul  repas*. 

Voici  maintenant  ma  proposition,  —  que  je  détaille  pour  clarté.  — 

Il  ne  s'agit  que  de  ce  repas  de  midi,  donc  d’une  économie  partielle. 

a)  Soupe  au  pain  maintenue  ; 

h)  Plat  de  viande  :  le  type  bœuf  au  vin  ne  sera  modifié  que  par 
délayage  de  la  sauce;  le  type  viande  rôtie,  verra  le  jus  délayé  par  ad¬ 
dition  d’un  fondu  (bouillon  à  l’eau  d’oignons,  de  carottes,  de  navets 
de  rutabaga)  ;  le  type  ragoût  (viande  avec  •petit  légume)  comportera 
les  mêmes  additions  que  ci-dessus,  oignons,  carottes,  navets,  ruta¬ 
baga  en  nature,  à  l’exclusion  de  la  pomme  de  terre  (qui  peut  au  con¬ 
traire  figurer  dans  la  soupe,  d’abord,  ensuite  en  c)  ci-api'ès). 

c)  Légumes  variés  ou  pâtes,  dits  gros  légume. 

d)  La  moitié  du  pain  est  supprimée,  au  moins  la  moitié,  et  la  partie 
maintenue  ne  sera  distribuée  aux  enfants  qu’avec  le  légume  du  pa¬ 
ragraphe  c). 

J’insiste  :  la  coutume  actuelle  est  que  chaque  enfant  en  se  met¬ 
tant  à  table  trouve  un  morceau  de  pain  à  côté  de  son  assiette.  — 
C’est  précisément  ce  morceau  de  pain  qui  doit  être  remplacé  par  du 
riz  comme  ci-après.  —  C’esf  ce  morceau  de  pain  qui  doit  être  éco¬ 
nomisé. 

On  le  remplace  par  du  riz  comme  suit  : 

40  grammes  de  riz  sec  par  enfant  lavé  à  froid  trois  fois  —  puis 
cuit  dans  de  l’eau  péu  salée  —  pendant  20  minutes  seulement. 

Aussitôt  la  soupe  mangée  —  je  rappelle  qu’il  n’y  a  pas  de  pain 
sur  la  table  —  je  sers  une  cuillerée  (louche)  de  riz  —  et  aussitôt  la 
viande  avec  sa  sauce  (et  son  petit  légume,  selon  le  cas). 

L’enfant  coupe  sa  viande*,  de  sa  fourchette  il  prend  une  bouchée 
de  viande  —  et  de  sa  cuillère  une  bouchée  de  riz  qui  a  saucé  la 
sauce.  Jusqu’à  épuisement  de  cette  viande  et  de  ce  riz,  il  continue. 


1.  Le  repas  du  soir  comporte  ;  soupe,  viande  avec  petit  légume  et 
dessert. 

2.  Depuis  que  la  quantité  journalière  de  pain  a  été  abaissée  de  500  à 
400  grammes. 

3.  Soit  :  4  kilogrammes  par  jour,  et  seulement  4  kilogrammes  pour 
iOO  enfants. 

4.  11  faut,  sur  la  table,  un  couteau  pour  deux  convives.  Ceci  manque 
actuellement. 


[1151  LOIS  DE  L’ACCaOISSEMENT  EN  POIDS  DES.  ENFANTS  359 


Avec  le  légume,  mais  seulement  avec  ce  légume,  il  reçoit  ce  qui 
était  naguère  un  second  morceau  de  pain.  La  première  moitié,  soit 
80  grammes  par  enfant,  est  nettement  économisée,  soit  8  kilogram¬ 
mes. de  pain  par  jour  au  moins,  en  échange  de  4  kilogrammes 
de  riz. 

J’ai  écrit  au  moins  :  je  pense  que,  à  l’usage,  il  apparaîtra  que  l’en¬ 
fant  n’a  besoin,  avec  son  vrai  légume,  que  d’une  partie  de  ce  second 
morceau  de  pain.  Mais  il  faut,  ici,  l’usage  pour  savoir. 

Je  vous  signale  :  1“  que  faute  d’espace  et  d’un  outillage  plus  com¬ 
plet,  la  cuisine  de  Forges  ne  peut  pas,  pratiquement,  cuire  conve¬ 
nablement  plus  que  4  kilogrammes  de  riz  (pris  sec)  en  même  temps 
qu’elle  prépare  un  repas  normal  ; 

2“  Que  le  repas  du  soir  ne  se  prête  pas  à  cette  discipline  du  riz  à 
cause  de  la  prédominance  de  la  pomme  de  terre  comme  petit  légume 
des  viandes  ; 

3°  Qu’il  y  a  donc  lieu  de  prévoir  que  la  moitié  seulement  des 
enfants  de  Forges  sera  alimentée  de  la  sorte  à  ta  fois  —  c’est-à-dire 
un  jour  les  Divisions  (Allés  et  garçons)  et  un  jour  les  Pavillons 
(Ailes  et  garçons)  —  et  seulement  au  repas  de  midi. 


2  janvier  1918. 


J. 


G. 


2  fém'ier.  —  Les  événements  vont  vite  en  cette  année  1918. 
Entre  le  jour  où  j’ai  écrit  ce  qui  précède  et  ce  2  février,  la 
carte  de  pain  —  300  grammes  par  tête  —  a  été  imposée  dans 
la  Seine  et  annoncée  pour  Forges. 

A  Paris,  il  a  fallu  la  prodigieuse  imbécillité  malfaisante  des 
Boches  —  les  incursions  des  gothas  —  pour  mettre  d’accord 
les  boulangers  et  leurs  clients. 

Nous  ne  pouvons  pas  nier  qu’ils  aient  le  bombardement 
opportun,  les  sales  bêtes  1  car  nous  grognions  tous  ;  les  bou¬ 
langers  incapables  de  couper  un  pain  de  4  livres  en  morceaux 
de  300  grammes,  encore  moins  un  pain  —  de  fantaisie  —  qui 
pèse  340  grammes  et  compte  pour  500 grammes,  —  grognaient! 
Et  nous,  les  consommateurs,  nous  étions  disposés  à  grogner 
bien  plus  fort. 

L’Assistance  publique,  sous  la  forme  de  deux  de  ses  chefs 
de  service,  a  donc  bien  voulu  donner  suite  à  ma  proposition  ; 
M””  Bougean  elle-même  a  proposé  de  préparer  8  kilogrammes 
de  riz  pour  11  heures,  chaque  jour,  sans  faire  dommage  à  l’en- 


360  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [116] 

semble  des  erremeats  établis;  ce  qui  représente  un  surcroît  de 
travail  important. 

Plus  encore,  en  délayant  30  grammes  (on  peut  aller  jusqu’à 
70  grammes)  de  pulpe  de  pomme  de  terre  fraîchement  râpée, 

10  minutes  avant  de  servir,  dans  la  soupe  qui  bout,  on  espère 
pouvoir  économiser  le  pain  de  cette  soupe  —  non  pas  à 

11  heures,  mais  à  S  heures,  au  dîner,  et,  peut-être,  au  dé¬ 
jeuner  du  matin.  Et  nous  aurons,  ainsi,  ramené  à  300  gram¬ 
mes,  la  ration  moyenne  de  pain  consommée  à  Forges  —  en 
employant  les  succédanés  riz  et  pommes  de  terre. 

Avant  janvier  1918  les  enfants  mangeaient,  à  Forges,  de 
500  à  720  grammes  de  pain  par  jour. 

Ces  enfants  mangeaient  réellement  ces  quantités,  mais  ils 
ne  mangeaient  pas  que  cela  ;  260  grammes  de  viande  ;  50  gram¬ 
mes  de  haricots;  200  grammes  de  pommes  de  terre;  .... 
30  grammes  de  fromage,  ou  bien  40  grammes  de  confitures  ; 

ou  bien'  100  grammes  de  fruits  frais  ;  ou  bien .  au  dessert 

du  soir. 

Toutes  choses  qui  sont  maintenues.  Il  est  tôutefois  bien 
évident  que  le  riz,  qui  était  donné  autrefois  comme  gros 
légume  —  souvent  sous  forme  d’un  plat  sucré  —  devra  être 
évité  désormais. 

Il  est  suffisant,  en  effet,  d’en  manger,  en  guise  de  pain,  une 
fois  par  jour  tous  les  jours. 

Quant  aux  pomnjes  de  terre  pulpées  c’est  tout  autre  chose. 
Elles  transforment  le  potage  en  une  masse  épaisse,  très  com¬ 
parable  à  ce  qui  donne  un  tapioca,  mais  qui  ne  rappelle  pas 
du  tout  nos  classiques  soupes  aux  pommes  de  terre.  Même 
cette  pulpe  s’accommode  très  bien  dans  ces  soupes  classiques 
aux  pommes  de  terre  très  cuites. 

Au  contraire  de  ce  qu’on  pourrait  croire,  je  ne  redoutais 
guère  du  fait  de  cette  singulière  suppléante  —  je  veux  dire  la 
pulpe  remplaçant  le  pain  de  soupe  —  une  défaillance.  Théori¬ 
quement  la  valeur  nutritive  n’est  pas  très  grande,  mais  la  pra¬ 
tique  ne  paraissait  pas  être  d’accord  avec  cette  théorie. 

On  dit  d’un  animal,  en  nos  villages,  qu’il  est  bon,  faisant 
ventre  de  tout.  J’avais  cette  impression  que  nos  petits  Pari¬ 
siens  dépaysés  dans  le  bon  sens  —  tenaient  de  cet  animal  — 


[in]  LOIS  DE  L'ACCROISSEMENT  EN  POIDS  DES  ENFANTS  361 


et  j’espérais  que  nos  prochains  mois  ne  seraient  pas  défi¬ 
citaires. 

J’avais  mal  prévu  : 

La  pesée  générale  de  février  est  désastreuse  quant  aux  gar¬ 
çons  —  ils  n’ont  pas  eu  à  manger  suffisamment  avec  notre 
nouveau  régime  —  au  contraire  des  filles  qui  ont  largement 
tiré  profit  de  leur  séjour  à  Forges. 

Si  ce  n’est  pas  abuser,  je  vous  demanderai  la  parole  une 
autre  fois  pour  vous  dire  les  mesures  prises  et  les  résultats 
obtenus  tant  en  février,  menus  précaires,  qu’en  mars,  menus 
amendés. 

M.  LE  Président  remercie  vivement  M.  le  D'  Camescasse  de  sa 
très  intéressante  et  instructive  communication  ;  d’office,  il  inscrit  à 
nouveau  M.  le  D'  Camescasse  à  l’ordre  du  jour  de  la  prochaine 
séance  et  le  prie  de  bien  vouloir  apporter  son  complément  d’études 
et  ses  conclusions  définitives. 


La  séance  est  levée  à  dix-neuf  heures. 


Le  Secrétaire  général  adjoint, 
D’’  Borne. 


Le  Vice-Président, 
D'^  Granjux. 


362 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


SÉANCE  DU  27  MARS  1918. 


Présidence  de  M.  Granjux,  vice-président, 
puis  de  M.  Renault,  président. 


La  séance  est  ouverte  à  17  h.  10. 


Installation  du  Président. 

M.  le  D''  Gra.njux  invite  M.  le  D'’  Jules  Renault,  élu  président  par 
rassemblée  générale,  à  prendre  place  au  fauteuil,  et  le  prie  de  voir 
dans  Tunanimité  des  suflrages  de  ses  collègues  un  témoignage  de 
leurs  sentiments  à  son  égard. 

M.  le  D''  Jules  Renault,  en  prenant  la  présidence,  prononce  les 
paroles  suivantes  : 

«  Mes  chers  collègues, 

«  Permettez-moi  de  remercier  le  Conseil  de  notre  Société  d’avoir 
bien  voulu  proposer,  pour  la  Présidence,  mon  nom  à  vos  suffrages 
et  de  vous  remercier  de  me  les  avoir  accordés  avec  tant  de  libéra¬ 
lité  :  c’est  pour  moi  un  très  grand  honneur,  j’en  suis  profondément 
touché  et  vais'  m’efforcer  de  m’en  rendre  digne.  Je  remercie  per¬ 
sonnellement  notre  vice-président,  M.  le  D'  Granjux,  des  paroles  si 
aimables  avec  lesquelles  il  vient  de  m’inviter  à  prendre  possession 
de  mes  nouvelles  fonctions. 

«  J’ouvre  donc  la  séance,  mes  chers  collègues,  et  je  donne  la 
parole  à  M.  le  D’'’  Faivre.  » 


[119]  PROPHYLAXIE  DES  ^ULADIES  VÉNÉRIENNES  363 


RAPPORT 


RÉSOLUTIONS  RELATIVES 
A  LA  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES 
par  M.  le  D'-  PAUL  FAIVRE. 

A  la  suite  de  ma  communication  sur  la  prophylaxie  des 
maladies  vénériennes  notre  Société,  estimant  qu’une  ques¬ 
tion  aussi  importante  était  de  nature  à  retenir  toute  son  atten¬ 
tion,  et  qu’elle  devait  marquer  par  une  délibération  approfondie 
l’intérêt  qu’elle  prend  à  un  sujet  qui  concerne  à  un  si  haut 
point  la  santé  et  l’avenir  du  pays,  a,  sur  la  proposition  de 
M.  le  D"^  Granjux,  confié  à  quelques-uns  de  ses  membres  le 
soin  de  lui  présenter,  sous  une  forme  succincte,  l’exposé  des 
mesures  les  plus  propres  à  combattre  le  danger. 

Cette  Commission,  composée  de  MM.  Granjux,  président. 
Bordas,  Chassevant,  Colin,  Jules  Renault,  Georges  Risler, 
Siredey  et  Paul  Faivre,  rapporteur,  lui  a  soumis  les  proposi¬ 
tions  suivantes  : 

1.  —  La  prophylaxie  des  maladies  vénériennes  embrasse 
l’ensemble  des  questions  susceptibles  d’avoir  une  répercussion 
sur  la  propagation  de  ces  maladies  et  sur  l’extension  des 
dangers  qu’elles  font  courir  à  l’individu,  à  la  famille,  à  la 
société. 

Cette  prophylaxie  ne  saurait  donc  être  envisagée  à  un  point 
de  vue  étroit;  elle  doit  comprendre  tous  les  moyens  propres  à 
prévenir  ou  à  combattre  le  mal,  de  quelque  nature  qu’ils  soient, 
et  alors  même  qu’ils  sembleraient  présenter  entre  eux  des 
divergences.  En  réalité,  ces  moyens  ne  s’excluent  pas;  ils  dif¬ 
fèrent  parce  qu’ils  s’adressent  à  des  individus  différents,  mais 


1.  Séance  du  24  octobre  1917. 


364  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [120] 

toujours  ils  tendent  à  un  but  essentiel  :  la  protection  de  la 
santé  publique  et  la  réalisation  des  avantages  d’ordre  moral, 
physique  et  économique  que  le  maintien  de  celle-ci  implique. 

II.  —  Les  moyens  moraux  doivent  être  rappelés  en  premier 
lieu,  comme  les  plus  dignes  de  considération.  L’homme  qui, 
parle  fait  de  sa  volonté,  arrive  au  mariage  sans  avoir,  d’aucune 
manière,  exposé?  sa  santé,  a  droit  au  respect.  Qu’ils  aient  ou 
non  leur  source  dans  le  sentiment  religieux,  les  moyens 
moraux  sont  hautement  louàbles. 

III.  —  Dans  le  même  ordre  d’idées,  il  convient  de  proscrire  les. 
manifestations  pornographiques,  ou  simplement  licencieuses, 
par  le  livre,  l’image,  la  carte  postale,  le  théâtre,  le  cinéma, 
manifestations  dont  les  ravages  sont  d’autant  plus  grands 
qu’elles  s’adressent  à  des  gens  plus  jeunes  et  d’une  moindre 
culture.  Les  pouvoirs  publics  sont  inconséquents  lorsque,  com¬ 
battant  les  maladies  vénériennes,  ils  tolèrent  l’étalage  de 
l’obscénité. 

IV.  —  L’abus  des  boissons  alcooliques  contribue  à  la  propa¬ 
gation  des  affections  vénériennes,  en  provoquant  l’excitation 
des  sens  et  la  perte  momentanée  de  la  raison.  Lorsque  les 
maladies  sont  acquises,  l'alcoolisme  les  aggrave  ou  fait 
obstacle  à  la  guérison.  Toutesles  mesures  destinées  à  combattre 
l’alcoolisme  tendent  donc  aussi  à  la  prophylaxie  des  maladies 
vénériennes. 

V.  —  A  côté  des  exhortations  d’ordre  moral,  il  faut  faire  une 
large  part  à  l’enseignement  anti vénérien,  et  rompre  résolument 
à  cet  égard  avec  les  fausses  pudeurs  d’anlan.  On  ne  combat  pas 
un  danger  en  le  méconnaissant  ou  en  le  cachant,  mais  en  le 
regardant  en  face. 

Il  faut  donc  dire  :  au  jeune  homme,  qu’une  rencontre  impru¬ 
dente  peut  empoisonner  sa  vie  entière;  à  l’homme  marié,  qu'il 
expose  les  siens  aux  plus  lamentables  contagions  ;  à  la  femme, 
qu’une  maladie  vénérienne,  passée  souvent  inaperçue,  risque 
de  l’atteindre  dans  lés  sources  de  la  maternité  ou  de  frapper  les 
enfants  qui  naîtront  d’elle.  . 

Cet  enseignement,  qui  insistera  sur  la  considération  domi¬ 
nante  du  danger,  devra  être  approprié  à  ceuxà  qui  il  s’adresse. 
Il  sera  donné,  à  l’occasion  d’un  cours  d’hygiène  dans  les  hautes 
classes  des  collèges  de  garçons;  il  fera  pour  les  étudiants,  les 


[121]  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  365 

militaires,  les  ouvriers  et  ouvrières  des  deux  sexes,  l’objet  de 
conférences  où  l’emploi  de  projections  permettra  des  démon¬ 
strations  utiles.  La  personne  laplus  qualifiée  pour  le  donner  est 
le  médecin. 

Autant  les  indications  et  conseils  ainsi  présentés  sont  profi¬ 
tables,  autant  est  pernicieux  le  prétendu  enseignement  par  les 
«  musées  anatomiques  »,  dont  les  méprisables  imprésarios  ne 
cherchent  qu’à  éveiller  des  curiosités  malsaines.  De  tels  éta¬ 
blissements  devraient  être  interdits. 

VI.  —  S’il  importe  de  montrer  le  danger,  il  n’est  pas  moins 
nécessaire  de  prémunir  ceux  qu’il  menace,  en  leur  offrant, 
pendant  les  heures  de  repos,  des  distractions  honnêtes.  Les 
«  foyers  du  soldat  »  rendent  à  cet  égard  les  plus  grands  ser¬ 
vices,  et  ne  sauraient  être  trop  multipliés. 

Ces  œuvres  répondent  d’autant  mieux  à  leur  objet,  qu’elles 
sont  dégagées  de  tout  caractère  confessionnel  ou  politique. 

VII.  —  La  transmission  prouvée  d’une  maladie  vénérienne 
devrait  entraîner,  pour  ses  auteurs,  la  juste  responsabilité  des 
maux  qu’ils  provoquent.  11  convient  de  demander  au  Parlement 
le  vote  de  dispositions  législatives,  qui  constitueraient,  en 
même  temps  qu’un  acte  de  réparation  vis-à-vis  des  victimes, 
un  moyen  efficace  de  prophylaxie,  par  la  crainte  des  pénalités 
encourues. 

VIII.  —  L’intérêt  général  exige  que  les  personnes  atteintes 
d’affections  vénériennes  reçoivent  des  soins  appropriés,  afin 
que  soit  préservée  la  collectivité. 

Cette  indication  domine  le  problème  et  relègue  au  second 
plan  toutes  objections  qui  pourraient  être  présentées,  si  inté¬ 
ressantes  qu’elles  soient. 

IX.  — Ce  n’est  pas  seulement  vis-à-vis  de  la  syphilis  que  doit 
s’exercer  cette  action  curative  ;  il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  que  la 
blennorragie  provoque  chez  tant  de  femmes,  victimes  inno¬ 
centes  d’une  contamination  qui  suit  le  mariage  ou  la  liaison, 
des  maladies,  souvent  graves,  des  organes  de  la  génération  ou 
la  stérilité,  et  qu’elle  entraîne  aussi,  pour  les  hommes,  de 
fâcheuses  complications. 

X.  —  Le  traitement  des  affections  vénériennes  nécessite  des 
organisations  spéciales,  d’autant  plus  nécessaires  qu’il  s’agit 
de  villes  plus  importantes,  où  les  besoins  sont  plus  grands,  et 


366  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [122] 

oîi  les  malades  ont,  à.  un  moindre  degré,  la  crainte  d’être 
remarqués  en  venant  réclamer  des  soins. 

A  ce  dernier  point  de  vue,  comme  aux  autres,  les  hôpitaux 
doiveiit  être  choisis  de  préférence  pour  l’installation  de  ces 
services. 

Les  organisations  prévues  par  le  ministère  de  l’Intérieur, 
sous  la  dénomination  de  «  services  hospitaliers  annexes  »,  con¬ 
stituées  dans  des  conditions  analogues  à  celles  qui  fonctionnent 
déjà  dans  quelques  grandes  villes,  sont  à  approuver  en  tous 
points. 

XI.  —  Les  services  hospitaliers  annexes  comportent  une  con¬ 
sultation,  qui  en  est  la  partie  essentielle,  et  l’hospitalisation, 
en  cas  de  nécessité. 

La  consultation  permet  de  traiter  la  très  grande  majorité  des 
malades.  Elle  doit  être  aisément  accessible,  gratuitement  et 
largement  ouverte,  assurée  par  un  médecin  d’une  compétence 
éprouvée,  et  organiséé  de  telle  sorte  que  le  traitement  puisse 
être,  dans  la  plus  large  mesure,  immédiatement  appliqué. 

Il  est  préférable,  surtout  dans  les  villes  de  moindre  impor¬ 
tance,  que  la  consultation,  bien  que  spécialisée,  s’adresse  aux 
personnes  atteintes  de  maladies  de  la  peau,  en  même  temps 
qu’aux  vénériens,  a6n  que  ceux-ci  ne  soient  pas  désignés  à 
l’attention. 

L’hospitalisation  est  réservée  aux  malades  présentant  un 
état  grave,  à  ceux  qui  ne  peuvent  se  soigner  chez  eux,  et  à  cer¬ 
tains  qui  se  voient  ainsi  empêchés  de  propager  l’affection  dont 
iis  sont  atteints. 

XII.  —  Les  services  hospitaliers  annexes  doivent  être  en 
mesure  d’assurer,  soit  directement,  soit  par  rattachement  à 
des  laboratoires,  le  contrôle  bactériologique  et  sérologique,  si 
souvent  nécessaire  au  traitement  des  malades.  Pour  chacun 
de  ceux-ci,  une  fiche  d’observation  doit  être  tenue  à  jour  et 
conservée  à  l’abri  des  indiscrétions.  Des  indications  relatives 
aux  précautions  qu’ils  ont  à  prendre  vis-à-vis  d’eux-mêmes  et 
des  autres,  leur  seront  données  sous  forme  de  tracts  ou  de 
livrets. 

XIII.  —  L’État  doit  contribuer  hnancièrement  à  l’instal¬ 
lation  et  au  fonctionnement  des  services  hospitaliers  annexes, 
en  raison  de  leur  caractère  d’intérêt  général.  Cette  contribution 


[123]  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  367 

sera  proportionnée  à  l’activité  des  services  et  aux  ressources 
des  établissements  hospitaliers,  qui  ne  sauraient  eux-mêmes 
perdre  de  vue  les  obligations  leur  incombant  vis-à-vis  des 
vénériens,  comme  de  tous  autres  malades. 

XIV.  —  La  surveillance  des  prostituées  constitue  également 
une  mesure  prophylactique  des  pliis  efficaces,  à  condition 
d’être  nettement  orientée  du  côté  sanitaire. 

C’est  le  principe  de  la  protection  de  la  collectivité  contre 
l’individu  atteint  d’une  affection  transmissible,  principe  inscrit 
dans  les  lois  des  3  mars  1822  et  lo  février  1902,  qui  justifie,  à 
l’égard  des  prostituées,  cette  contrainte,  très  relative  d’ailleurs, 
et  qu’il  serait  à  souhaiter  de  voir  étendre  aux  hommes,  en  ce 
qui  concerne  le  traitement,  toutes  les  fois  que  les  circon¬ 
stances  le  permettraient,  par  exemple  aux  détenus  et  aux 
hommes  vivant  en  collectivité,  les  seuls  qu’il  soit  possible 
d’atteindre. 

XV.  —  Jusqu’ici,  les  questions  concernant  la  prostitution 
ont  été  considérées  comme  relevant  de  la  police  municipale. 

Étant,  avant  tout,  d’ordre  sanitaire,  elles  devront,  pour  la 
partie  relative  à  la  surveillance  et  au  traitement,  être  désor¬ 
mais  rattachées  aux  Bureaux  d’hygiène  qui,  sous  l’autorité  des 
maires,  en  assureront  le  fonctionnement,  avec  l’aide  de  la 
police. 

Si,  comme  il  arrive  parfois,  des  maires  se  désintéressent 
de  ces  mesures  prophylactiques,  c’est  aux  préfets  qu’il  appar¬ 
tient  de  les  faire  appliquer,  en  vertu  de  l’article  99  de  la  loi  du 
S  avril  1884.  Les  inspecteurs  départementaux  d’hygiène  (dont 
il  faut  souhaiter  de  voir  une  disposition  législative  nouvelle 
étendre  la  création  à  tous  les  départements)  auront  à  inter-, 
venir  aussi,  dans  les  mêmes  conditions  que  pour  les  autres 
questions  intéressant  l’hygiène. 

XVI.  —  L’inscription  en  vue  de  la  surveillance  sanitaire  ne 
doit  pas  porter  seulement  sur  quelques  femmes,  rebut  de  la 
basse  galanterie,  mais  sur  toutes  celles  qui  se  prostituent, 
c’est-à-dire  se  donnent  sans  choix  et  pour  de  l’argent. 

Elle  doit,  par  conséquent,  atteindre  désormais  beaucoup  de 
femmes  qui  y  échappent  aujourd’hui,  même  parmi  celles  dont 
les  ressources  ne  proviennent  pas  exclusivement  de  la  prosti¬ 
tution. 


36S  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  1124] 

L’inscription  doit  être  entourée  des  garanties  désirables, 
et  ne  pas  s’accompagner  de  mesures  inutilement  vexatoires. 

XVII.  —  Les  visites  doivent  avoir  lieu  deux  fois  par 
semaine. 

Elles  doivent  être  gratuites,  mais  les  femmes  qui  voudraient 
s’y  présenter  à  un  jour  différent  de  celui  où  y  viennent  les 
prostituées  bénéficiant  de  la  gratuité,  devraient  pouvoir  le 
faire,  moyennant  le  paiement  d’un  prix  déterminé,  dont  le 
produit  serait  employé  au  fonctionnement  du  service. 

Les  médecins-visiteurs  seront  de  préférence  les  spécialistes 
chargés  du  service  hospitalier  annexe.  Ils  seront  nommés, 
autant  que  possible,  au  concours. 

Pour  la  visite,  ils  seront  assistés  d’une  infirmière. 

Les  locaux  de  visite  seront  à  tous  égards  convenables  (con¬ 
trairement  à  ce  qui  existe  très  généralement  aujourd’hui).  Ils 
recevront  un  aménagement  en  rapport  avec  leur  destination 
médicale,  et  seront  pourvus  du  matériel  nécessaire. 

Les  femmes  en  maison  pourront,  suivant  les  cas,  être  visitées 
soit  dans  ces  locaux,  soit  dans  les  maisons  mêmes. 

XVIII.  —  Les  femmes  reconnues  malades  doivent  être  soi¬ 
gnées  dans  des  conditions  très  différentes  des  conditions 
actuelles,  et  rappelant  en  tous  points  celles  des  services  hospi¬ 
taliers  ordinaires,  réserve  faite  quant  à  la  nécessité  de  les  y 
maintenir  par  contrainte. 

Elles  recevront  des  soins  médicaux  compétents  et  réguliers. 

Des  services  ainsi,  organisés  ne  pouvant  être  créés  partout, 
les  hôpitaux  où  ils  existent  recevront,  moyennant  un  prix 
de  journée,  les  malades  des  localités  qui  en  sont  dépour¬ 
vues. 

XIX.  —  En  vue  de  faciliter  la  réalisation  des  améliorations 
ou  transformations  qui  s’imposent  dans  l’aménagement  des 
locaux  de  visite  et  des  services  hospitaliers,  le  concours  pécu¬ 
niaire  de  l’État  doit  être  accordé  aux  villes  et  aux  hôpitaux, 
dans  des  conditions  analogues  à  celles  où  sont  allouées  des 
subventions  pour  le  fonctionnement  des  services  annexes. 

11  est  également  désirable  que  l’État  prenne  à  sa  charge  le 
traitement  des  prostituées  ne  résidant  pas  dans  la  localité  où 
elles  sont  reconnues  malades.  On  leur  assurera  ainsi  des  soins, 
au  lieu  de  les  diriger,  comme  on  le  fait  aujourd’hui,  sur  une 


[125]  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  369 

autre  région,  pour  ne  pas  avoir  à  supporter  les  frais  de  leur 
hospitalisation. 

XX.  —  Il  est  désirable  qu’en  dehors  des  cas  où  l'internement 
hospitalier  s’impose,  les  femmes  soumises  à  la  surveillance 
sanitaire  soient,  de  la  part  des  médecins  chargés  des  visites, 
l’objet  d’un  traitement  prolongé  en  cas  de  syphilis,  ou  des 
soins  dont  elles  peuvent  avoir  besoin  pour  des  affections  des 
organes  génitaux.  ' 

Cette  manière  de  procéder,  qui  permet  à  ces  praticiens  de 
remplir  avec  plus  d’ampleur  leur  rôle  médical,  les  àiet  à'  même 
de  témoigner  aux  femmes  un  intérêt  agissant,  auquel  celles-ci 
sont  plus  sensibles  qu’on  ne  le’  croit  généralement,  et  qui  se 
traduit  par  de  bons  résultats,  tant  pour  elles  que  pour  la  santé 
publique. 

Cette  extension  de  l’action  des  médecins  est  de  nature  à  jus¬ 
tifier,  quand  il  y  a  lieu,  une  augmentation  de  traitement. 

XXL  —  Aucune  taxe  ne  saurait  être  prélevée  au  profit  des 
municipalités,  sur  les  bénéfices  de  la  prostitution  ;  mais  il  n’est 
que  juste  de  demander  à  celle-ci  une  participation  aux  dépenses 
qu’elle  provoque.  Il  convient  donc  d’exiger  le  remboursement 
de  la  visite  des  femmes  de  maison  et  des  isolées  désireuses  de 
s’y  présentée  à  un  jour  spécial,  et  d’en  verser  le  montant  à  la 
caisse  municipale. 

Par  contre,  les  frais  d’hospitalisation  ne  doivent  pas  être 
laissés  à  là  charge  des  tenancières  des  maisons  de  tolérance, 
afin  que  celles-ci  ne  se  trouvent  plus  incitées  à  soustraire  au 
traitement  leurs  pensionnaires  malades. 

XXII.  —  La  répression  des  infractions  aux  arrêtés  muni¬ 
cipaux  relatifs  à  la  prostitution  se  produit  dans  des  conditions 
si  insuffisantes  et  nécessite  de  si  longs  délais,  que,  sauf  dans 
les  villes  où  on  lui  substitue,  sous  des  formes  diverses,  l’inter¬ 
vention  administrative,  ces  infractiqns  demeurent,  dans  la 
majorité  des  cas,  dépourvues  de  sanctions. 

Cet  état  de  choses  appelle  une  réforme,  évidemment  difficile 
à  réaliser,  mais  que  les  pouvoirs  publics  ne  sauraient  se  dis¬ 
penser  de  poursuivre  sans  avouer  leur  indifférence  ou  leur 
impuissance. 


REV.  d’hyg. 


XL  —  24 


310 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[126], 


Voeu  présenté  par  la  Société  de  prophylaxie 

SANITAIRE  ET  MORALE. 

Dans  la  séance  du  5  février  1918,  la  Société  de  Prophylaxie 
sanitaire  et  morale  a  émis  les  vœux  suivants  ; 

«  1®  Que  dans  la  zone  des  armées  il  y  ait  entente  entre  le 
commandementi  militaire  et  l’autorité  civile,  afin  que  des 
mesures  efficaces  soient  prises  à  l’égard  des  femmes  qui-  y 
pénètrent,  pour  en  assurer  la  police  hygiénique,  et  y  créer,  à 
défaut  de  «  Foyer  du  Soldat  »,  des  «  Maisons  du  Soldat  »; 

«  2°  Que  sur  le  territoire,  la  [police  des  'gares  soit  continue 
et  effective  ; 

«  3°  Qu’un  «  Foyer  du  Soldat  »,  au  minimum,  soit  organisé 
dans  chaque  garnison  ; 

«  4°  Qu’une  entente  soit  réalisée,  en  vue  de  la  campagne 
prophylactique  à  mener,  tant  dans  la  presse  qu’auprès  des 
pouvoirs  publics,  avec  les  Sociétés  qui,  sous  des  noms  diffé¬ 
rents,  poursuivent  le  même  but  hygiénique  et  moral  que 
nous.  » 

Le  D''  Granjux  a  été'  chargé  de  communiquer  ces  vœux  à  la 
Société  de  Médecine  publique  et  de  Génie  sanitaire.  - 


Discussion. 

M.  le  D''  Camescasse.  —  La  Société  va-t-elle  voter  immédiatement 
les  conclusions  de  sa  Commission?  Ne  vaudrait-il  pas  mieux,  en 
considération  même  de  l’importance  du  travail  de  cette  Commis¬ 
sion,  que  nous  ayons  le  temps  de  lire? 

Pour  donner  un  exemple  précis  des  hésitations  permises,  je 
citerai  ce  qui  est  dit  des  frais  d’hospitalisation  :  une  loi,  que  je  n’ose 
pas  définir  de  mémoire,  prévoit  que  les  indigents  qui  n’ont  pas 
domicile  de  secours  acquis  dans  telle  ou  telle  commune  seront 
hospitalisés  aux  frais  de  l’État. 

Cette  disposition  vaut  même  quand  c’est  le  maire  de  ma  corn- 


[1271  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  371 

mune  qui  requiert  l’hospitalisation  à  l’hospice  cantonal  de  l’indi¬ 
gent  passager  tombé  malade  sur  le  territoire  de  ma  dite  commune. 

Puisque  nous  nous  occupons  ici  d’une  (Euvre  d’intérêt  national, 
il  semble  qu’il  y  ait  lieu,  par  analogie,  de  procéder  de  même. 

M.  le  D"'  Pa-UL  Faivhe.  —  L’observation  de  M.  le  D'^  Gamescasse 
porte  sur  l’application  des  lois  de  1851  et  1893  qui  règlent  les 
questions  d’hospitalisation.  Ni  l’une  ni  l’autre  de  ces  lois  ne  répond 
suffisamment  aux  besoins  envisagés  dans  le  travail  de  la  Commis¬ 
sion.  C’est  pourquoi,  en  ce  qui  concerne  les  malades  volontaires,  le 
ministre  de  l’Intérieur  a  décidé  de  mettre  à  la  charge  de  l’État  le 
surplus  des  dépenses  moyennes  des  cinq  dernières  années,  pour 
chaque  établissement  ayant  hospitalisé  des  vénériens,  afin  que 
ceux-ci  ne  soient  pas  signalés  à  l’attention  dans  la  commune  où  ils 
ont  leur  domicile  de  secours.  Pour  ce  qui  est  des  prostituées  non 
inscrites  dans  la  ville  où  elles  sont  trouvées  malades,  nous  deman¬ 
dons  qu’elles  soient  également  soignées  aux  frais  de  l’État  et  non 
de  ladite  ville,  atin  que  l’autorité  locale  n’ait  plus,  comme  aujour¬ 
d’hui,  intérêt  à  les  éloigner,  au  lieu  de  les  traiter. 

M.  René  Dage.  —  Tous  les  médecins  civils,  chargés  de  services 
antivénériens,  sont-ils  bien  au  courant  des  nouvelles  méthodes  de 
laboratoire  qui  permettent,  on  le  sait,  un  diagnostic  certain? 

Cette  réllexjon  m’est  suggérée  par  la  constatation  que  j’ai  faite, 
assistant  à  de  récents  cours  pratiques  du  D''  Gastou,  à  Saint-Louis, 
qu’un  grand  nombre  de  médecins  militaires  ne  savent  que  mal,  et 
même  pas  du  tout,  se  servir  du  microscope  et.  de  l'ultra-microscope 
Ne  serait-il  pas  utile,  dans  ce  cas,  en  vue  d’une  lutte  efficace  contre 
la  syphilis,  que  les  médecins,  chargés  spécialement  de  prévenir  et 
de  guérir  cette  maladie,  soient  au  moins  mis  au  courant  de  la 
technique  de  laboratoire  si  nécessaire,  parfois,  au  diagnostic  ? 

M.  le  D’’  Gamescasse.  —  Il  ne  faut  pas  demander  aux  médecins 
chargés  des  services  antivénériens  d’être  des  bactériologistes.  Les 
services  doivent  être  bien  organisés  et  par  conséquent  pourvus  d’un 
personnel  technique. 

M.  le  Rf  Granjiix.  —  La  question  est  envisagée  dans  la  présente 
discussion  au  point  de  vue  seul  des  grandes  villes,  siège  d’un  ser¬ 
vice  de  maladies  vénériennes,  où  le  médecin  de  cet  hôpital  sera  un 
spécialiste,  habitué  au  diagnostic  bactériologique  de  ces  affections. 
.  Mais  nombreuses  sont  les  petites  villes  possédant  des  maisons  de 
tolérance  où  la  visite  des  prostituées  sera  faite  par  des  praticiens, 
auxquels  on  ne  peut  demander  que  le  diagnostic  clinique. 


372  SOCtÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  fl28] 

M.  le  D''  Camescasse.  —  J’insiste  sur  ce  fait  que,  en  raison  de  la 
situation  délicate  faite  à  ces  médecins  du  fait  de  leur  spécialisation, 
il  y  a  lieu  de  prévoir  des  honoraires  très  importants.  Il  y  a  lieu 
d’assurer  ainsi  et  l’indépendance  du  praticien  vis-à-vis  de  ces  justi¬ 
ciables  d’un  ordre  si  spécial  et  la  facilité  du  recrutement  de  tels 
praticiens. 

M.  LE  Président.  —  Le  rapport  de  M.  le  D’’  Paul  Faivre  est  telle¬ 
ment  important  et  soulève, des  questions  si  complexes  qu’il  doit  être 
discuté  en  toute  connaissance  de  cause  et  qu’il  est  nécessaire  que 
les  membres  de  la  Société  en  aient  le  texte  entre  les  mains. 

11  semble  donc  préférable  de  remettre  la  discussion  à  la  pro¬ 
chaine  séance. 

M.  Kohn-Abrest.  —  Je  suis  tout  à  fait  de  cet  avis.  Le  rapport  sou¬ 
lève  des  problèmes  administratifs  et  certainement  les  représentants 
des  administrations  intéressées  qui  font  partie  de  la  Société  vou¬ 
dront  prendre  part  à  la  discussion. 


COMMUNICATION 


EFFET  DES  RESTRICTIONS  ALIMENTAIRES 

SUR 

L’ÉVOLUTION  DU  POIDS  DES  ENFANTS  A  FORGES 
par  M.  le  D''  CAMESCASSE. 

Messieurs,  au  cours  de  notre  séance  du  27  février,  vous  avez 
bien  voulu  me  permettre  de  vous  faire  connaître,  dans  son 
ensemble,  le  bien  que  fait  l’hôpital  de  Forges-les-Bains  aux 
enfants  parisiens  que  l’Assistance  publique  y  envoie. 

Je  vous  ai  dit  aussi  nos  tentatives  pour  obvier  à  la  principale 
des  restrictions  alimentaires  que  nous  imposent  les  événements 
actuels  —  Je  devrais  dire  à  l’unique  privation  qu’ont  à  suppor¬ 
ter  ces  enfants  —  celle  qui  porte  sur  le  pain. 

Je  dois  commencer  par  vous  donner  des  précisions  qui  sont. 


[129]  EFFET  DES  RESTRICTIONS  ALIMENTAIRES  373 

au  vrai,  des  rectifications.  La  consigne  comnoune  a  changé  à 
plusieurs  reprises,  du  moins,  quant  à  la  quantité  de  pain 
allouée  à  chaque  individu.  Ces  changements  ont  eu  lieu  à  des 
dates  qui  ne  correspondent  pas  du  tout  avec  les  dates  de  nos 
pesées  mensuelles.  Vous  ne  serez  donc  pas  surpris  de  me  voir 
tout  heureux  du  renvoi  de  ma  première  communication  de 
janvier  à  février,  ce  qui  a  repoussé  ma  communication  actuelle 
jusqu’à  ce  jour  (27  mars  1918).  D’une  part. 

D’autre  part,  à  l’usage,  les  choses  n’ont  pas  toujours  été  con¬ 
formes  aux  prévisions;  ainsi  : 

1“  La  ration  commune  de  pain  évaluée  par  tête  à  300 
grammes  au  commencement  de  l’année,  a  été  relevée  en  fait 
pour  nos  enfants,  et  en  droit  pour  notre  personnel. 

On  peut  dire  que  la  classification  T  de  ce  personnel',  ce  qui 
lui  vaut  400  grammes’  par  tête  et  par  jour,  a  rendu  une  cer¬ 
taine  aisance  aux  enfants. 

Mais  aussi  ces  enfants,  de  la  classe  J  à  200  grammes,  étant 
des  malades  —  des  malingres  tout  au  moins,  —  se  trouvent 
avoir  droit  au  supplément  simple  :  S  =  100  grammes. 

Par  ainsi  nous  sommes  moins  malheureux  qu’on  ne  devait 
craindre. 

2®  Le  riz  est  distribué  tous  les  jours,  à  la  place  de  100 
grammes  de  pain,  avec  le  premier  plat  en  sauce  du  repas  de 
midi.  La  ration  moyenne  est  40  grammes  de  riz  sec;  trois  fois 
lavé  et  cuit...  une  demi-heure  à  peine. 

J’avais  dit  vingt  minutes.  Pour  ma  table,  c’était  même  quinze , 
minutes. 

Mais  huit  kilogrammes,  cela  représente  une  masse  qu’on  ne 
manipule  pas  comme  fait  ma  cuisinière  du  quart  de  livre  dont 
je  m’alimente,  au  lever,  deux  jours’. 

1.  Le  médecin  —  de  campagne  —  est  classé,  lui  aussi,  T.  Les  uns  disent 
comme  marchand  ambulant,  les  autres  disent  à  cause  du  travail  de  nuit  ! 

2.  C’est  un  minimum.  Les  ouvriers  du  dehors  ayant  un  véritable  droit 
à  T  -P  tOO  grammes  (soit  500  grammes),  de  même  que  les  veilleurs,  le 
personnel  de  la  cuisine,  etc. 

3.  Pour  économiser  le  pain  on  utilise  ainsi  mes  rations  matinales  ;  mon 
droit  est  de  un  morceau  de  sucre  par  jour  ;  un  quart  de  litre  de  lait 
ou  bien  un  Hemi-œuf;  et  65  grammes  de  riz  (pesé  eru).  On  me  fait  donc, 
un  soir  sur  deux,  soit  uu  gâteau  de  riz  (œuf),  soit  du  riz  au  lait  (lait)  en 
bloquant  les  ressources  de  deux  journées.  J'en  mange  la  moitié  effective¬ 
ment,  sans  boire,  chaque  matin. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE , PUBLIQUE  '  fl30J 

Il  faut  une  demi-heure  d’éhullition  en  prenant  garde  de  ne 
pas  noyer  le  riz. 

3“  Grâce  au  supplément  de  pain  (J.  pour  200  grammes  et  S. 
pour  100  grammes)  nous  avons  pu  n’utiliser  la  pulpe  de  pomme 
de  terre,  cuite  peu  de  temps,  qu’au  repas  du  soir.  La  soupe, 
régulièrement  servie  ainsi  pendant  tout’ le  mois  de  mars,  est 
bien  accueillie. 

Mais  l’expérience  nous  a  infligé  ici  une  autre  leçon. 

C’est  très  bon  pour  la  soupière  familiale  de  prévoir  que  cette 
pomme  de  terre  fraîchement  pulpée  (de  30  grammes  à  oO 
grammes  par  tête)  sera  suffisamment  cuite  en  lu  minutes  ou  15 
minutes,  juste  avant  de  servir. 

Quand  il  s’agii  de  faire  bouillir  13  kilogrammes  de  cette 
matière  dans  le  bouillon  destiné  aux  250  assiettes  effectives', 
c’est  tout  autre  chose.  On  ne  peut  pas  mettre  en  plein  feu. 
L’introduction  de  cette  masse  arrête  net  l’ébullition,  tant  et 
si  bien  qu’il  faut  compter,  au  minimum,  90  minutes  et,  prati¬ 
quement,  tout  près  de  deux  heures. 

Ce  n’est  pas  tout  :  l’hôpital  a  acquis  une  râpe  (râpe  à 
gruyère  des  épiciers)  de  grand  module  ;  il  faut  cependant 
compter  deux  heures  pour  éplucher  les  pommes  de  terre  et  les 
râper. 

Enfin,  si  les  pommes  de  terre  peuvent  être  épluchées  la 
veille  et  conservées  sous  l’eau,  il  n’en  est  pas  de  même  de  la 
pulpe  qui  prend  très  vite  un  aspect  peu  engageant. 

Tous  ces  empêchements  font  que  la  soupe  à  la  pulpe  n’aurait 
pas  pu  être  utilisée  au  repas  du  matin;  n’aurait  pas  pu  être 
prête  pour  le  repas  du  matin. 

Nous  sommes  donc  heureux  de  pouvoir  servir  une  soupe  au 
pain,  à  ce  répas  du  matin. 

A°  Mais  nous  disposons  d’une  autre  ressource,  qui  vaudra 
POUR  LA  NATION  quand,  AYANT  SUPPRIMÉ  l’aLCOOL  DIÎ  BOUCRE, 
M.  le  Ministre  du  Ravitaillement  nous  assurera  à  bon  marché  le 
nz,  dont  n’auront  plus  besoin  les  fabriques  d’alcool  pour 
munitions.  Cette  ressource,  c’est  le  riz  écrasé  en  semoule  dans 
le  familial  moulin  à  café  et  utilisé  comme  semoule. 

Mes  précisions  données,  j’en  viens  aux  résultats  observés. 


LEatants  et  personnel  nourri  au  réfectoire. 


[131[  EFFET  DES  KESTRICTIONS  ALIMENTAIRES  315 

Les  tableaux  X  et  XI  ci-après  font  suite  au  tableau  VIII  de 
ma  première  communication.  De  môme  les  tableaux  XII  et 
XIII  au  tableau  IX.  J’ai  donc  numéroté  en  suivant  et  je  peux 
renvoyer  le  lecteur  aux  pages  352  et  353  du  présent  numéro 
pour  comparaison. 

Cette  comparaison  est  désastreuse.  J’ai  certainement  mal 
veillé  sur  l’hygiène  alimentaire  de  mes  gosses.  Dans  la  colonne 
des  gains  collectifs  ont  voit  apparaître,  en  février,  le  signe 
algébrique  de  la  négation  :  —  :  des  enfants  ont  perdu  du  poids 
à  Forges  six  semaines  durant! 

L’inventaire  détaillé  du  21  janvier  était  médiocre  pour  les 
garçons,  un  peu  meilleur  pour  les  filles. 

L’inventaire  détaillé  du  19  février  est  mauvais  dans  son 
ensemble  :  par  ordre  les  grandes  filles  résistent  assez  bien, 
les  petites  filles  aussi  (tableau  XII),  mais  si  les  grands 
garçons  ne  maigrissent  point,  —  encore  fauLil  les  peser  au 
tas,  —  les  petits  garçons,  eux,  perdent  nettement  du  poids 
(tableau  X). 

Il  est  très  curieux  de  constater  que  cet  ordre  décroissant  est 
conforme  à  la  règle  :  conforme  aux  lois  de  l’accroissement  des 
poids  à  cet  âge,  sauf  ce  détail  que  la  première  place  apparte¬ 
nant  toujours  aux  grandes  filles  (lisez  :  10  ans  et  au-dessusl  et 
la  dernière  aux  plus  jeunes  garçons  (moins  de  10  ans),  les  deux 
autres  parties  prenantes  sont  souvent  ex-æquo. 

Avertis  par  cette  pesée  mensuelle  de  février  nous  avons 
d’abord  contrôlé  les  pesées.  J’ai  pris  les  promotions  du  19  dé¬ 
cembre,  telles  qu’elles  avaient  été  pesées  le  21  janvier',  et  j’ai 
pesé  le  23  janvier  :  l’erreur  totale  fut,  pour  les  garçons,  de  cinq 
hectogrammes  et,  pour  les  filles,  de  quatre  ;  ces  erreurs  sont 
de  l’ordre  de  grandeur  des  changements  ordinaires  en  cinq 
jours,  la  veille  nous  avions  modifié  les  choses  et  corsé  les 
menus. 

Puisqu’il  faut  tant  de  ce  pain  dont  nous  n’avons  que  peu, 
nous  avons  avisé  à  mieux  l’employer. 


i.  Le  nombre  des  individus  varie  d’un  mois  à  l’autre  pour  la  même  pro¬ 
motion  :  1»  à  cause  du  scrupule  des  surveillantes  qui  marquent  dix  ans 
le  jour  où  on  a  dix  ans  ;  2“  à  cause  des  départs  à  l’isolement  et  du  retour 
de  l’isolement  ;  3“  à  cause  d’une  maladie  actuelle,  etc. 


STC  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 

Tableaux  X  et  XI.  —  FORGES  :  Garçons. 
Récapitulation  :  98  garçons'  pesés  le  19  février  1918. 


1133]  EFFET  DES  RESTRICTIONS  ALIMENTAIRES  317 

Tableaux  XII  et  XIII.  —  FORGES  Filles. 
[Récapitulation  ;  107  filles  pesées  le  19  février. 


378  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [13*1 

Le  riz  de  midi  avait  libéré  iOO  grammes  de  pain  (en  pratique, 
80  grammes  seulement).  La  pulpe  du  soir  en  a  libéré  30  gram¬ 
mes  environ. 

Comme  ça  n’était  pas  tout  à  fait  asseï,  les  rations  de  gros 
légumes  ont  été  augmentées  dé  1/10®. 

De  telle  sorte,  que  nous  avons  pu  arriver  à  l’inventaire  de 
mars  (tableaux  XI  et  XIII),  sans  trop  d’appréhension. 

Par  rapport  au  19  février,  le  19  mars  est  un  triomphe*.  On 
trouve  encore  le  signe  —  devant  tel  ou  tel  petit  groupe,  mais  il 
a  disparu  des  ensembles. 

Le  détail  n’est  pas  indifférent.  Il  me  paraît  de  nature  —  illu¬ 
sion  peut-être  de  statisticien  —  à  pous  mettre  à  même  de 
juger  l’œuvre  de  Forges  dans  son  aspect  de  générale  bienfai¬ 
sance. 

Il  est  curieux  de  constater  que  les  promotions  anciennes,  qui 
n’ont  pas  eu  tout  leur  soûl  (c’est-à-dire  un  peu  trop!)  de  nourri¬ 
ture  en  décembre,  janvier,  ne  sont  plus  aptes  à  se  refaire  à 
Forges,  au  contraire  des  dernières  venues,  30  Janvier  et  27  fé¬ 
vrier,  qui  partent,  selon  la  règle,  très  fort.  Sous  l’action 
puissante  du  changement  de  vie,  ces  enfants  sont  capables 
d’assimiler  beaucoup;  mais  il  faut  qu’il  y  ait  concordance 
entre  ce  changement  et  l’augmentation^  de  la  ration  quoti¬ 
dienne. 

C’est  précisément  parce  que  nous  avons  mal  assuré  celte 
concordance,  que  le  groupe  de  nos  plus  anciens  pensionnaires 
persiste  à  nous  donner  des  mécomptes...,  nos  soins  sont  venus 
trop  tard  pour  eux  :  tel  le  groupe  des  sortants. 

Ce  phénomène  est,  en  effet,  très  impressionnant  quand  on 
compare  ces  enfants  groupés  dans  un  tout  autre  ordre  que 
précédemment.  ,  \ 

Dans  les  tableaux  XIV  et  XV  ci-après,  j’ai  pu  rassembler  une 
succession  d’inventaires  réguliers*,  qui  concernent  les  sor¬ 
tants  :  décompte  de  ces  sortants  par  garçons,  grands  ou  petits, 
et  par  filles,  petites  ou  grandes  ;  le  décompte  des  mois  de  pré¬ 
sence  a  été  fait  aussi  et  permet  de  connaitreda  durée  réelle  du 

1.  Les  plus  jeunes  fillettes  se  classent  dernières  :  oreillons,  petites 
maladies  fébriles,  états  gastriques  è  la  mode  d’antan,  etc. 

2.  Pour  ne  pas  encombrer  nos  proces-verbaux,  je  ne  livre  à  l’imprimerie 
que  l’année  1917  et  les  3  (ou  4)  premiers  mois  de  1918. 


[1351  EFFET  DES  RESTRICTIONS  ALIMENTAIRES  319 

séjour  moyen*  ;  le  poids  initial  est  celui  constaté  lors  de  l’entrée 
à  Forges,  et  le  gain  s’établit  par  différence  avec  le  poids  constaté 
avant  la  sortie. 

Les  0/0  (pour  cent)  sont  très  variables;  on  remarquera  cer¬ 
tainement  l’infériorité  de  la  sortie  d’avril  1917,  pour  les  plus 
grands  garçons.  Je  dois  dire  que  ce  o  p.  100  ne  signifie  rien  : 
ces  garçons  étaient  un,  et  ce  un  était  un  atrophique  (20  kilo¬ 
grammes). 

Le  plus  mauvais  chiffre  est  ensuite  un»  6  p.  100,  pour  les 
petites  filles  sorties  en  mars  1917.  Cette  oscillation  s’explique 
par  l’analyse  des  cas  individuels  :  des  rrialades  encore  au 
nombre  de  3  sur  8.  Je  n’insiste  pas. 

En  général,  au  contraire,  la  régularité  est  remarquable  dans 
chaque  groupe.  L’arithmétique  statistique  n’admettrait  pas 
qu’ôn  fît  mieux  avec  d’aussi  petits  nombres. 

Mais  une  chose  est  claire  :  sauf  les  grandes  filles,  14,4  p.  100, 
la  promotion  de  mars  1918  est  pitoyable...,  à  côté  des  autres..., 
la  promotion  sortante,  veux-je  dire,  car  les  autres  groupes 
prennent  meilleure  posture. 

[Pendant  qu’on  imprimera  ceci,  je  recueillerai  les  chiffres 
au  17  avril  1918.  Notre  secrétaire  voudra  bien  permettre  cette 
addition  un  peu  irrégulière  à  ma  présente  note]. 

Mais  avant  de  dore,  je  dois  une  explication  : 

Dans  la  première  partie  de  mon  étude,  j’ai  donné,  en  un 
tableau  Vil,  des  détails  sur  un  petit  groupe  d’enfants  entrés  le. 
17  septembre  1917,  etyMyésle21  janvier.  On  pourrait  s’attendre 
à  retrouver  tout.ce  groupe,  soit  lors  de  lasortie  de  janvier,  soit 
lors  de  la  sortie  de  février;  il  n’en  est  rien  ! 

Tous  ces  enfants  (ou  presque)  ont  quitté  Forges,  à  l’heure 
actuelle  :  très  peu  fin  janvier,  la  plupart  fin  février,  quelques- 
uns  en  mars. 

Le  tableau  VII  n’est  donc  pas  un  des  éléments  du  tableau  XIV, 
comme  on  aurait  pu  croire. 

Avec  l’expérience,  j’espère  d’ailleurs  arriver  à  motiver  mes 
décisions  de  sortie,  au  bout  du  3'-'  mois  de  séjour  :  ceux  qui  ont 

1.  En  1917,  un  peu  plus  que  cinq  mois,  ce  qui  est  trop  de  tout  un  mois  : 
je  suis  responsable  de  ce  retard,. mais,  que  voulez-vous,  il  faut  que  je  les 
renvoie  à  Paris,  où  le  .moindre  danger  vient,  pour  eux,  des  obus  et  des 
torpilles. 


[136], 


J-DESSOUS 


e  enkg  %  rentrée  en  kg 


18  *  33  illles  uiaa- 

‘  tuent  à  ce  tableau 

I  séjour  trop 

14.8  court,  pesées  irré- 
gulières,  etc. 


10,8  3  9t  ■  n  18  **  3  filles 

10,5  9  231  2T  10,7  quent. 

8,5  3  117  ■  17  14,4  -***  2  filles 

6,9  U  430  62  14,4  quent. 


382  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [138] 

fait  leur  plein,  ceux  qui  sont  encore  en  train...,  et  les  autres, 
ceux  qui  ne  font  rien,  car  il  y  en  a  tout  de  même. 

Pour  me  consoler,  j’ai  les  grandes...,  qui  n’en  finissent 
jamais  de  bien  faire  :  14,6  p.  100  en  moyenne,  et  jusqu’à 
19,3  p.  100  du  poids  initial,  en  5  mois. 

De  un  sixième  à  un  quart!  Ça  vaut  lape^ne  qu’on  s’en  occupe, 
n’est-il  pas  vrai  ? 


VŒUX 


Messieurs,  je  désire  soumettre  un  vœu  à  la  Société. 

Quand  nous  avons  été  rationnés  pour  le  sucre,  ma  vieille 
amitié  notoire  pour  mes  aînés,  dans  le  village,  m’a  permis 
de  m’enquérir  de  ceux[qui  pâtissaient  le  plus  de  cette  privation 
partielle. 

Or,  je  me  suis  fait  servir  cette  réponse  par  un  grand  sucrier  : 

«  Depuis  que  vous  m’avez  défendu  la  goutte  le  matin,  je 
déjeune  avec  une  soupière  de  pain  trempé  dans  du  café  noir 
avec  six  morceaux  de  sucre.  »  «  Six  !  » 

«  Va-t-il  falloir,  maintenant,  que  je  retourne  à  l’eau-de-vie?  » 

Il  se  trouve  que  cet  homme  a  franchi  la  soixantaine,  l’année 
dernière.  Que  va-t-il  me  dire  quand  il  ne  touchera  plus  que 
200  grammes  de  pain?  Et  que  lui  dirais-je,  moi  qui  sais  sa 
vie? 

Il  se  lève  au  jour;  il  déjeune  solidemént;  il  part  au  travail 
où  il  emporte  sa  nourriture  de  midi...  pour  ménager  ses 
jambes,  car  son  chantier  est  loin.  L’hiver,  il  va  au  bois  ;  l’été, 
il  va  à  la  moisson;  entre  temps,  il  va  ici  ou  là.  Il  lie  le  four¬ 
rage,  il  étale  du  fumier;  il  engrange  et  met  de  l’ordre  autour 
de  la  batteuse;  ces  jours  là,  il  rentre  déjeuner  chez  lui  à  midi. 

Il  fait  son  jardin  et  celui  du  patron  I  Un  autre,  de  son  âge, 
fait  le  mien  et  celui  des  femmes  seules  et  le  sien,  tous  nos 
gros  ouvrages  entre  le  fauchage  des  foins,  l’enrayage  pour  la 
moissonneuse,  l’épandage  des  engrais!  La  récolte  des  pommes 


[139] 


EFFET  DES  RESTRICTIONS  ALIMENTAIRES 


de  terre  et  l’arrachage  des  betteraves  :  c’est  un  de  leurs  aînés 
qui  mène  à  charrue  ou  livre  les  céréales  au  moulin.  Celui  qui 
vanne  les  haricots  aura  tantôt  soixante-dix  ans. 

Et,  si  j’avais  écrit  ceci  en  1917,  j’aurais  dû  ajouter  que 
l’homme  qui  tire  la  pierre  de  nos  chemins  a  quatre-vingt-deux 
ans;  mais  celui-ci  est  à  bout;  en  1918,  son  jardin  n’aurait  pas 
été  labouré  sans  le  secours  du  numéro  2. 

Or,  tous  'ces  vieux  [ça;  sera  bientôt  mon  tour  d’être  mis  à. 
200  grammes,  quoiqu’ils  aient  dit  à  M.  le  Maire  que  je  mérite 
encore  actuellement  les  400  grammes  du  travailleur  de  force- 
médecin  de  campagne,  messieurs)!  or  tous  ces  vieux,  qui  font 
de  leur  mieux  poür  suppléer  les  jeunes  qui  sont  là-bas,  ne 
peuvent  se  nourrir  que  de  pain  :  c’est  tout  ce  que  leur  estomac 
peut  faire  pour  fournir  à  la  machine  les  calories  de  travail. 

J’ai  dressé  la  liste  de  ceux  de  mon  village,  à  l’intention  de 
M.  le  Ministre  du  Ravitaillement;  je  veux  dire  la  liste,  avec 
noms  et  adres.ses. 

Ici,  je  ne  vous  donnerai  que  les  chiffres,  me  tenant  au  des¬ 
sous  de  la  vérité*. 

J’ai  décompté  60  hommes  de  soixante  ans  et  au-dessus  : 
21  ne  font  plus  rien  (dont  njon  tireur  de  pierre),  s’occupant 
tout  au  plus  de  leur  propre  jardin. 

1,  dirige  la  culture  de  son  fils  mobilisé;  1,  la  boucherie  de 
son  fils  ;  2,  leur  propre  épicerie. 

1,  patron  charpentier  ;  1  patron  charron  maréchal;  1  serru¬ 
rier  patron,  travaillent  eux-mêmes  de  leur  métier;.,  pour  la 
culture  le  plus  souvent;  jl,  maçon,  répare  de  même  et  nous 
n’avons  que  chacun  d’eux  de  so^n  métier, 

9  de  ces  hommes  font  les  jardins;  2,  le  leur,  pour  vendre  les 
légumies  et  les  7  autres,  en  plus  celui  du  prochain.  5  de  ces  7 
feront  la  moisson  ;  depuis  les  foins  jusqu’aux  betteraves  ils 
contribueront. 

2  PETITS  propriétaires"  EXPLOITENT  LEURS  TERRES  EUX-MÉMES. 
1  autre,  sexagénaire,  est  charretier  livreur  de  produits  secon¬ 
daires  de  la  culture  et  19  sont  des  JOURNALIERS  AGRICOLES. 

1.  .l’en  ai  certainement  oublié,  ayant  fait  ce  travail  de  mémoire  ;  mes 
erreurs  sont  certainement  minimes. 

2.  Il  y  a  d'autres  hommes  dans  cette  situation,  mais  ils  n’ont  pas 
soixante  ans. 


384  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [140] 

A.U  total,  sur  60  qu’ils  sont,  ces  sexagénaires,  il  n’y  en  a  que 
21  qui  ne  peinent  plus,  tandis  que,  sans  compter  les  9  jardi¬ 
niers,  ils  sont  21  à  faire  du  blé.  Ceux-ci,  néanmoins,  ont  droit 
au  pain. 

Il  m’a  paru,  messieurs,  que  ces  choses  valaient  la  peine 
d’être  dites,  et  j’ai  rédigé  à  ce  sujet  le  projet  de  vœu  suivant 
que  je  vous  soumets  : 

«  La  Société  de  Médecine  publique  et  de  Génie  sanitaire  a 
l’honneur  d’attirer  l’qttention  de  M.  le  Ministre  du  Ravitail¬ 
lement  sur  ce  fait  que,  actuellement  et  dans  tous  nos  villages, 
les  hommes  (et  des  femmes)  âgés  de  soixante  ans  et  plus  con¬ 
stituent  la  partie  la  plus  stable,  la  plus  régulière,  delà  main- 
d’œuvre  agricole  ; 

«  Que  ces  hommes  qui  toute  leur  vie  se  sont  nourris  de  pain, 
sont  moins  aptes  que  les  jeunes  à  prendre  des  habitudes 
alimentaires  nouvelles  ; 

«  Qu’ils  pâtissent  visiblement  de  Pexcès  actuel  du  travail 
par  eux  fourni  comme  en  témoignent  l’amaigrissement  exa¬ 
géré,  la  fréquence  des  accidents  herniaires,  les  accidents 
d’insuffisance  cardiaque,  et,  il  faut  bien  le  dire,  la  non-résis¬ 
tance  aux  maladies  saisonnières. 

«  La  Société,  en  conséquence,  demande  que  ceux  des 
hommes  de  cet  âge  qui  se  livrent  réellement  à  un  travail  de 
fatigue  (improprement  appelé  travail  de  force)  soient  classés 
dans  la  distributioq  du  pain  comme  les  autres  travailleurs.  » 

M.  LE  Président.  —  Avant  de  soumettre  le  vœu  de  M.  Camescasse 
au  vote  de  l’Assemblée,  je  désire  lui  demander  s’il  ne  serait  pas 
préférable  d’attendre  la  réponse  que  fera  le  ministre  à  la  réclama¬ 
tion  du  maire  de  Saint-Arnoult.  11  ne  faudrait  pas  avoir  l’air  d’en¬ 
foncer  une  porte  ouverte  en  émettant  un  vœu  qui  serait  ainsi  sans 
objet.  , 

M.  Kohn-Abrest.  —  Je  partage  absolument  l’avis  de  M.  le  Prési¬ 
dent.  Il  est  nécessaire  d’agir  avec  prudence.  D’ici  la  prochaine 
séance  la  réponse  du  ministre  sera  parvenue  à  Saint-Arnoult;  si 
elle  est  négative,  la  Société  pourra  alors  émettre  utilement  un  vœu. 
Si  le  maire  a  reçu  satisfaction,  le  vœu  serait  sans  objet. 

M.  le  D'^  Camescasse.  —  Je  ne  me  fais  pas  d’illusions  sur  la 


[141]  EFFET  DES  RESTRICTIONS  ALIMENTAIRES  385 

réponse  du  ministre,  cependant  je  me  rallie  à  la  proposition  de 
M.  le  Président. 

—  L’ajournement  est  mis  aux  voix  et  adopté. 

M.  le  D'"  Gamescasse.  —  Le  remplacement  du  pain  par  le  riz  se 
heurte  à  une  grosse  difficulté  qui  provient  du  prix  très  élevé  atteint 
en  ce  moment  par  cette  denrée.  Ce  prix,  qui  est  seulement  une 
gêne  pourJ’Administrâtion,  devient  absolument  prohibitif  pour  les 
ménages  modestes.  Je  soumets,  en  conséquence,  à  la  Société  un 
deuxième  voéu  dont  voici  le  texte  : 

«  La  Société  de  Médecine  publique  et  de  Génie  sanitaire  demande 
que  les  grandes  collectivités  et  au  besoin  les  organismes  munici¬ 
paux  soient  largement  approvisionnés  en  riz  dans  des  conditions 
telles  que  le  prix  marchand  de  cet  aliment  soit  abaissé  considéra¬ 
blement  par  rapport  aux  cours  actuels  qui  tendent  à  devenir  prohi¬ 
bitifs.  » 

M.  Kohn-Abbest.  —  Je  crains  que  le  terme  <<  cours  prohibitifs  » 
soit  un  peu  fort  et  je  serais  partisan  d’une  atténuation  de  celte 
deuxième  partie  du  vœu. 

M.  LE  Président.  —  Le  riz  est  employé  actuellement  à  la  fabrica¬ 
tion  de  l’alcool  nécessaire  à  la  défense  nationale.  Il  est  donc  néces¬ 
saire  de  bien  peser  les  termes  du  vœu  proposé  par  M.  Gamescasse. 

M.  le  D''  Faivre.  —  Il  y  a  d’autres  sources  où  le  Gouvernement 
pourrait  s’alimenter  en  alcool. 

M.  Marié-Davy.  —  Les  remarques  de  M.  le  Président  et  de  M.  le 
Dr  Faivre  me  semblent  éclairer  la  situation. 

D’une  part,  on  n’a  pas  osé  prendre  l’alcool  où  il  se  trouvait  en 
abondance;  l’alcool  de  boisson,  qui  cause  des  ravages  dans  la  popu¬ 
lation.  On  a  reculé  devant  une  mesure  qui  eût  supprimé  un  fléau 
national. 

D’autre  part,  on  raréfie  un  précieux  produit  de  remplacement  du 
pain  et  on  occasionne  une  hausse  qui  entraîne  réellement  des  prix 
prohibitifs. 

Dans  ces  conditions,  j’estime  que  le  vœu  de  M.  Gamescasse  est 
parfaitement  motivé  et  doit  être  adopté  dans  toute  son  énergie. 

J’aurais  même  voulu  que  ce  vœu  mette  bien  en  valeur  l’illogisme 


386  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [142] 

de  mesures  qui  suppriment  un  aliment  utile  pour  conserver  à.  la 
consommation  un  poison. 

—  A  la  suite  de  ces  observations,  le  vœu,  mis  aux  voix,  est 
adopté  sans  modification. 


LE  TABAC  ET  L’ENFANT 

par  M.  le  D--  GRANJÜX. 

Pour  le  médecin  il  est  hors  de  doute  que  le  tabac  est  un 
poison,  mais  comme  son  action  sur  l’organisme  n’est  ni  dra¬ 
matique,  ni  spécifique  comme  celle  de  l’alcool,  elle  est  volon¬ 
tiers  niée  par  les  fumeurs,  qui  trouvent  toujours  une  autre 
caüse  aux  symptômes  dont  ils  se  plaignent,  et  déclarent  géné¬ 
ralement  impossible  pour  eux  la  privation  du  tabac.  On 
compte  les  nicotinisés  assez  énergiques  pour  renoncer  à  leur 
passion. 

Et  cependant  les  méfaits  du  tabac  sont  bien  connus  :  trou¬ 
bles  digestifs,  dénutrition,  irritation  des.  voies  respiratoires, 
accidents  cardiaques.  C’est  un  médecin  de  nos  amis  qui,  me¬ 
nacé  de  ces  accidents,  a  imaginé  de  sectionner  son  porte-ciga¬ 
rettes,  et  de  munir  chaque  suture  d’une  demi-sphère  creuse,  se 
vissant  l’une  sur  l’autre,  et  pouvant  contenir  une  boulette  de 
coton  imbibée  d’une  substancè  chimique  neutralisant  la  nico¬ 
tine  aspirée  avec  la  fumée.  Mais  c’est  surtout  le  système  ner¬ 
veux  qui  est  atteint  par  le  tabac.  On  connaît  son  action,  gur  la 
mémoire,  et  le  vertige  est  un  accident  relativement  fréquent. 
Nous  avons  vu  aux  Quinze-Vingls,  dans  le  service  de  notre  ami 
le  D''  Valude,des  atrophies  optiques  de  nature  nicotino-alcoo- 
lique.  En  tout  cas  il  hors  est  de  conteste  que  l’action  nocive  du 
tabac  est  d’autant  plus  prononcée  que  l’organisme  est  plus 
Jeune. 

Or,  en  ce  moment,  si  les  enfants  travaillent  comme  des 
hommes,  par  contre  ils  boivent  et  fument  comme  des  hommes. 
Le  premier  de  ces  actes  est  sonvent  conditionné  par  le  second, 
la  délivrance  du  tabac  étant  fréquemment  réservée  aux  clients 


[113]  LE  TABAC  ET  L’ENFANT  38T 

du  comptoir.  Il  y  aurait  donc  intérêt  pour  l’hygiène  de  l’en- 
l'ance,  à  ce  que,  par  analogie  avec  la  mesure  prise  pour  l’alcool, 
il  fût  défendu  de  vendre  du  tabac  à  des  enfants  âgés  de  moins 
de  dix-huit  ans. 

Comme  d’autre  part  le  tabac  est  devenu  rare,  et  que  le  Gou¬ 
vernement  a  de  la  peine  à  avoir  les  quantités  nécessaires  pour 
assurer  le  ravitaillement  des  poilus,  celui-ci  serait  facilité  par 
la  restriction  proposée  qui,  du  reste,  a  l’approbation  de  notre 
conseil  d’administration.  Je  propose  donc  à  la  Société  d’adopter 
le  vœu  suivant  : 

«  La  Société  de  Médecine  publique,  considérant  que  le  tabac 
est  un  poison  dangereux  surtout  pour  les  organismes  incom¬ 
plètement  développés,  demande,  par  analogie  avec  la  mesure 
prise  au  sujet  de  la  vente  de  l’alcool,  qu’il  soit  défendu  de 
livrer  du  tabac  à  des  enfants  âgés  de  moins  de  seize  ans.  >> 

Si  ce  vœu  était  adopté  il  pourrait  être  adressé  à  la  Commis¬ 
sion  d’hygiène  de  la  Chambre,  en  lui  demandant  de  le  trans¬ 
mettre  —  en  l’appuyant  —  aux  pouvoirs  publics. 

Discussion. 

M.  Kohn-Abrest.  —  La  communication  de  M.  le  D''  Granjux  sou¬ 
lève  des  problèmes  à  la  fois  chimiques  et  médicaux. 

Au  point  de  vue  chimique,  beaucoup  de  faits  sont  allégués  en 
faveur  de  la  toxicité,  mais  ils  ne  sont  pas  suffisamment  dégagés. 

Il  y  aurait  une  étude  à  faire  à  ce  sujet  et  une  discussion  pourrait 
être  utilement  ouverte  sur  cette  question,  afin  de  le  mettre  au 
point. 

M.  LE  Président.  —  Il  me  semble,  en  effet,  qu’il  y  aurait  intérêt  à 
éloigner  la  question  dans  le  sens  indiqué  par  M.  Kohn-Abrest.  Je 
propose  donc  de  remettre  la  discussion  à  une  séance  ultérieure. 

—  Cette  proposition  est  adoptée. 


La  séance  est  levée  à  18  h.  40. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[144] 


SÉANCE  Dü  24  avril  1918. 


Présidence  de  M.  Jules  Renault,  président. 


La  séance  est  ouverte  à  17  heures. 


Membre  nommé.  ' 

A  litre  de  membre  titulaire  : 

M.  le  D'  P.^uL  Bertrand,  de  Saint-Parres-les-Vaudes,  présenté  à 
la  précédente  séance,  par  MM.  le  Granjux  et  Fuster. 


Ordre  du  jour. 

M.  LE  Président.  —  La  parole  est  à  M.  Marié-Dayy. 


COMMUNICATION 

L’HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS 

CONTRE  LES  BOMBARDEMENTS 

par  M.  MARIÉ-DAVY. 

Depuis  les  premières,  incursions  des  Taubes,  au  début  de  la 
guerre,  les  dangers  des  bombardements  aériens  se  sont  accrus 
et  se  sont  précisés. 


[145]  HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS  ET  BOMBARDEMENTS  389 

La  nécessité  de  chercher  des  ahris  moins  précaires  que  les 
étages  des  maisons,  l’imprudence  de  rester  sur  la  voie  pu¬ 
blique  pendant  les  raids  ont  apparu.  Un  bombardement 
récent  a  montré  que  le  danger  existe,  même  aux  étages  infé- 
ripurs  des  maisons  modernes  où  l’on  croyait  pouvoir  compter 
sur  une  presque  sécurité. 

Les  mesures  de  prudence,  envisagées  au  début  par  les  seuls 
pusillanimes,  ont  fini  par  être  admises  par  les  moins  acces¬ 
sibles  à  la  peur. 

A  l’heure  actuelle,  chacun  doit  comprendre  que  les  vaines 
bravades  sont  intempestives  ;  que  par  témérité  ou  insouciance 
on  n’expose  pas  seulement  — sans  utilité  — sa  propre  existence, 
mais  aussi  les  existences  de  ceux  que  la  contagion  de  la  bra¬ 
voure  ou  le  respect  humain  entraînent  à  la  même  témérité, 
mais  encore  la  vie  des  sauveteurs  qui  doivent  intervenir  lors¬ 
qu’un  imprudent  est  victime  de  son  imprévoyance. 

On  peut  donc  considérer  actuellement  que  la  majeure  partie 
de  la'population  restée  à  Paris  utilise,  au  cours  des  bom¬ 
bardements  par  avions  les  abris  dont  elle  peut  disposer  :  caves 
particulières,  abris  de  maison,  sous-sols  de  monuments  publics, 
tranchées  abris,  etc. 

De  peu  de  durée  la  plupart  du  temps  jusqu’ici,  les  séjours 
dans  ces  locaux  non  destinés  à  l’habitation  et  placés  dans  des 
conditions  d’hygiène  défectueuses,  ont  cependant,  parfois, 
dépassé  deux  heures. 

11  est  possible  que  ce  temps  reste  un  maximum,  mais  il  est 
sage  d’envisager  la  possibilité  de  plus  longs  bombardements 
par  escadres  successives. 

11  a  paru  dans  ces  conditions  au  Conseil  de  notre  Société 
qu’il  était  intéressant  de  mettre  à  l’ordre  du  jour  cette  ques¬ 
tion  d’actualité,  afin  d’étudier  les  moyens  d’assurer  aux  occu¬ 
pants  des  abris  le  maximum  d’hygiène  compatible  avec  les 
lieux  et  les  circonstances. 

Le  Conseil  m’ayant  fait  l’honneur  de  me  demander  de  traiter 
ce  sujet,  je  viens  simplement  vous  exposer  la  situation  telle 
que  je  la  conçois  et  ses  conséquences  soit  dans  l’ensemble  des 
faits,  soit  dans  les  cas  spéciaux. 


390  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [146] 

Je  ne  vise.aucunement  à  déconseiller  l’emploi  des  abris. 

Je  ne  tenterai  pas  d’établir  la  balance  entre  les  risques  que 
l’on  court  en  restant  chez  soi,  du  fait  des  bombes,  et  ceux  que 
peut  réserver,  du  fait  de  la  maladie,  la  descente  dans  les 
caves. 

Lespremiers  sont  réels  et  palpables  ;  si  j'expose  les  seconds, 
ce  n’est  pas  dans  le  but  d’en  faire  un  épouvantail,  mais  afin 
que  vos  avis  qualifiés  dégagent  de  leur  ensemble  ceux  dont  il 
convient  de  se  préoccuper;  surtout  pour  que,  de  la  discussion 
qui  va  suivre,  surgissent  les  mesures  qu’il  convient  de  préco¬ 
niser  et  les  conseils  qui  doivent  être  donnés  à  la  population 
afin  de  rendre  le  séjour  dans  les  abris  le  moins  nuisible  qu’il 
sera  possible. 

Même  réduit  à  un  temps  assez  court,  le  séjour  dans  une 
cave  n’est  pas  sans  avoir  une  répercussion  plus  ou  moins 
accentuée  sur  l’organisme.  Si  le  séjour  se  prolonge.  Faction 
devient  naturellement  de  plus  en  plus  marquée.  Les  condi¬ 
tions  de  construction,  de  profondeur,  de  sous-sol  environnant, 
apportent  également  leur  influence  qui  peut  devenir  absolument 
(prépondérante. 

Plusieurs  ordres  de  faits  doivent  être  envisagés  pour  leur 
répercussion  sur  l’équilibre  de  nos  prganismes. 

1°  La  qualité  respiratoire  immédiate  ou  prolongée  de  l’air  ; 

2°  La  température  et  l’humidité  du  milieu  -, 

3“  Les  contagions  immédiates.  Les  contagions  à  longue 
échéance.  La  contamination  des  locaux. 

1“  Qualité  respiratoire  de  l'air. 

'  Les  caves  sont  des  espaces  clos  dans  lesquels  l’air,  presque 
stagnant,  ne  peut  se  renouveler  que  par  les  soupiraux  ou  par 
la  porte  d’entrée  commune. 

Ces  orifices  d’aération,  de  capacité  restreinte,  sont  situés  à 
la  partie  supérieure. 

Les  gaz  lourds,  comme  l’acide  carbonique,  sont  donc  très 
difficilement  évacués  et  ont  tendance  à  séjourner  en  nappe  à  la 
partie  inférieure. 


[147]  HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS  ET  BOMBARDEMENTS  391 

Des  ces  faits  seuls  découlent  comme  conséquences  : 

,  1®  La  Ticiation  rapide  de  l’air  .par  .ÜacLde  carbonique  et  les 

toxines  respiratoires;  ■ 

2°  L’accumulation  de  l’acide  carbonique  dans  les  parties 
inférieures  et,  par  conséquent,  son  inÜuence.nociYe  plus  accusée 
sur  les  enfants  en  raison  de  leur  tanlle,  et  sur  les  personnes 
couchées. 

Ces  inconvénients,  minimes  au  début,  s’accroissent  avec  la 
durée  du  séjour  d’autant  plus  rapidement  que  le  nombre  d’occu¬ 
pants  est  plus  grand  par  rapport  au  cube  d’air  et  que  le, renou¬ 
vellement  de  celui-ci'est  plus  difficile. 

Négligeable  dans  les  caves  d’immeubles  à  population  très 
peu  dense,  il  s’aggrave  à  mesure  que  cette  densité  augmente  et 
peut  devenir  dans  les  milieux  populaires  ou  les  abris  désignés 
un  réel  danger. 

Dans  certains  locaux  industriels  où  se  produisent  dès  fermen¬ 
tations,  de  même  que  dans  les  caves  ou  existent  des  calorifères, 
le  danger  peut  devenir  immédiat,  d’autant  plus  qu’il  peut  s’y 
trouyer,  par  suite  de  ventilation  insuffisante,  des  traces  d’oxyde 
de  carbone. 

Dans  les  cas  les  plus  favorables,  les  caves  d’un  immeuble 
doivent  abriter,  dans  un  local  correspondant  à  la  surface  d’un 
étage,  tous  les  occupants  des  étages  sus-jacents.  ' 

Pour  les  immeubles  luxueux  où  chaque  étage  abrite,  dans  de 
vastes  locaux,  2  à  3  personnes,  l'habitat  de  six  de  ces  locaux 
dans  un  seul  laisse  à  chaque  occupant  un  cube  d’air  très  suf¬ 
fisant;  mais,  à  mesure  que  le  nombre  des  habitants  s’élève  et 
que  les  dimensions  et  le  nombre  des  pièces  correspondantes 
diminuent,  la  situation  devient  moins  favorable  dans  des  pro¬ 
portions  dont  le  calcul  seul  peut  donner  une  idée.  Dans  les 
immeubles  abritant  des  familles  ouvrières  nombreuses,  cette 
situation  devient  tout  à  fait  sérieuse. 

Des  exemples  feront  mieux  sentir  toute  l’importance  de  la 
question. 

Je  prendrai  i  immeubles  types  qui  ne  représentent  ni  dans 
un  sens,  ni  dans  l’autre,  des  extrêmes,  mais  plutôt  des 
moyennes. 


392  '  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [148] 

A.  —  Immeuble  moderne  de  sepl  étages,  occupant  une  surface  de 
300  mètres  carrés.  Un  appartement  par  étage  ;  domestiques  au  7‘. 
—  Total  :  36  habitants.  Cube  des  caves  :  800  mètres  cubes. 

B.  —  Immeuble  plus  modeste,  occupant  une  surface  de  240  mètres 
carrés.  2  appartements  par  étage;  domestiques  au  7*.  —  Total  : 
48  habitants.  —  Cube  des  caves  :  524  mètres  cubes. 

C.  —  Immeuble  à  petits  loyers,  occupant  la  même  surface.  — 
4  logements  par  étage.  —  Total  :  96  habitants.  —  Cube  des 
caves  :  524  mètres  cubes. 

D.  —  Même  immeuble  occupé  par  des  familles  de  4  personnes  par 
logement.  —  Total  :  144  habitants.  —  Cube  d’air  :  524  mètres  cubes. 


Dans  ces  4  immeubles  chaque  individu  réfugié  dans  les  caves 
aura  respectivement  à  sa  disposition  le  cube  d’air  suivant. 


A.  , —  22  mètres  cubes  par  personne. 

B.  —  11  —  — 

G.  —  5,5  -  - 

D.  —  3,7  —  -  ^ 

Ces  chiffres  représentent  le  cube  normal  réservé  aux  seuls 
habitants  de  l’immeuble. 

Si  celui-ci  a  été  désigné  comme  refuge,  la  situation  change. 

Si  l’immeuble  A  doit  abriter  50  personnes,  les  immeubles  B 
et  C,  chacun  30  personnes  ;  si,  sans  être  désigné  comme  abri, 
l’immeuble.  D  ouvre  sa  porte  aux  habitants  de  maisons  voisines 
mal  protégées,  au  nombre  de  20  seulement,  les  cubages  par 
personne  tombent  aux  chiffres  suivants. 

A' 

B' 

G' 

D' 


.  —  9.3  mètres  cubes  par  personne. 


.  —  3,2 


Ceci  posé,  étant  donné  :  d’une  part  qu’un  adulte  émet  en 
moyenne  par  heure  16  litres  d’acide  carbonique,  d’autre  part 
que  lorsque  l’air  contient  4  p.  1.000^  d’acide  carbonique  son 
action  devient  nuisible,  il  sera  facile  de  calculer  au  moyen  de 
la  formule  suivante  : 


60 


X4 


ou 


60XCX4 


16 


[149]  HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS  ÉT  BOMBARDEMENTS  393 


au  bout  de  combien  de  temps  les  occupants  des  caves  pour¬ 
ront  être  incommodés  par  l’air  vicié.  , 

En  appliquant  cette  formule  on  trouve  les  chiffres  suivants  ; 

TEMPS  AU  BOUT  DUQUEL 
‘  l'aih  contiendra 

4  pour  1.000  de  GO“ 

Cav^s  occupées  par  les  i  B 

'  locataires  seuls . JC 

(  D 

Caveç  accueillant  des  réfu-  I  B 
giés  dé  l'extérieur.  .  .  .  1  C 
(  D 

L’air  sera  donc  devenu  nocif  dans  les  caves  prises  comme 
exemple  dans  des  espaces  de  temps  variant  de  quarante-huit 
minutes  à  cinq  heures  et  demie. 

Je  m’en  tiendrai  à  ces  seules  constatations  mathématiques 
en  ajoutant  seulement  que,  dans  les  locaux  ouvriers  il  n’est 
pas  rare  de  trouver  plus  de  4  personnes  par  logement,  que, 
dans  les  quartier  populeux  les  personnes  n’ayant  pas  à  leur 
disposition  des  caves  solides  sont  très  nombreuses  et  que 
les  immeubles  mieux  partagés  sous  ce  rapport,  sont  obligés 
d’accueillir  beaucoup  plus  de  20  réfugiés;  qu’enfin  dans  les 
endroits  où  il  y  a  beaucoup  de  passage,  les  réfugiés  s’entas¬ 
sent  en  nombre  beaucoup  plus  considérable  que  le  maximum 
prévu. 

Dans  un  très  grand  nombre  de  cas  les  chiffres  indiqués  au 
tableau  ci-dessus  sont  très  au-dessous  de  la  réalité. 

D’un  autre  côté,  si  jusqu’ici  le  séjour  le  plus  long  imposé  à 
la  population  dans  les  abris  n’a  pas  dépassé  deux  heures,  il 
n'est  pas  impossible  que,  dans  l’avenir,  des  alertes  de  plus 
longue  durée  sé  produisent. 

Enfin,  si  les  alertes  se  multiplient,  le  renouvellement  de  l’air 
d’une  alerte  à  l’autre  sera  incomplet  et  les  effets  s’accumule¬ 
ront.  Les  réfugiés,  pénétrant  dans  un  air  déjà  vicié,  le  rendront 
d’autant  plus  vite  irrespirable. 


s  h.  30 
2  h.  40 

1  b.  20 
0  b.  S6 

2  h.  20 
1  h.  45 
1  b.  23 
0  b.  48 


394  -.SGGIÉTJÈ  I>E  M^ÉDECINE  Œ>iUBLIQilE  [450 1 

Quel  pourrait  en  être  le  retemtissemeiït  immédiat  ou  à 
échéance  plus  ou  moins  éloignée  sut  la  sauté  ides  indovidus, 
des  enfants  surtout,  quels  incouTénienits,  quels  malaises, 
quelles  aggravations  de  leur  état  pourraient  en  résulter  pour 
les  malades  :  —  emphysémateux,  asthmatiques,  tuberculeux 
pulmonaires,  etc. 

Je  sortirais  de  mon  réle  si  je  m’aventurais  à  en  parler  — 
mais,  je  l’espère,  nos  collègues  médecins  nous  le  .diront  au 
cours  delà  discussion. 

Il  në  me  semble  pas,  cependant,  en  présence  des  chiffres 
suggestifs  fournis  par  le  calcul,  que  ce  soient  des  éventualités 
négligeables. 

11  est  nécessaire  et  urgent  que  des  mesures  soient  prises 
pour  assurer  aux  personnes  réfugiées  dans  les  abris  souter¬ 
rains,  quels  qu’ils  soient,  le  minimum  nécessaire  d’air  respi- 
rable.  Il  est  nécessaire  que  ces  abris  puissent  être  ventilés 
largement  après  leur  départ. 

L’occlusion  des  soupiraux  va  directement  à  l’-encontre  de 
ces  deux  nécessités  puisque  son  effet  est  précisément  de 
rendre  l’air  des  caves  absolument  stagnant  pendant  le  séjour 
des  réfugiés  et  de  rendre  ensuite  leur  ventilation  presque 
impossible. 

Il  est  donc  de  première  nécessité  de  revenir  sur  cette  ordon¬ 
nance. 


2“  Tem'péi'ature  et  humidité. 

Sauf  lorsque  le  voisinage  d’un  calorifère  “^élève  artificielle¬ 
ment  la  température  des  CB'ves,  celle-ci  ne  dépasse  pas  10“ 
et  descend  souvent  au-dessous.  L’humidité  de  l’air  ambiant, 
variable  suivant  la  nature  du  sous-sol  et  le  voisinage  'de  nappes 
ou  cours  d’eau  souterrains,  rendue  froid  rela  tif  plus  pénétrant. 

■Réveillés  au  milieu  de  la  nuit,  quittant  la  'tiédeur  du  lit, 
vêtus  à  la  hâte,  les  réfugiés  des  caves  se  trouvent  dans  des 
conditions  particulièrement  favorables  à  l’éclosion  ou  à  l’aggra¬ 
vation  des  affections  de  l’appareil  respiratoire,  des  troubles 
intestinaux  et  des  douleurs  rhumatismales. 

Le  passage  dans  les  escaliers  glacés,  la  traversée  des  rues. 


[151J  HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS  ET  BOMBATIDEMENTS  395 

le  trajet  parfois  assez  long  à  l’aller  et  au  retour  accroissent  le 
danger  pendant  la  saison  froide. 

Lorsque  la  température  extérieure  deviendra  plus  clémente, 
la  transition  avec  le  froid  des  caves  accentuera  ses  effets. 

L’élé  le  danger  deviendra  grave,  lorsque,,  en  pleine  trans¬ 
piration  et  mal  couvert,  on  pénétrera  dans  les  caves  dont  la 
température  aura  peu  varié  et  par  opposition  paraîtra  très 
froide. 

Par  contre,  dans  les  caves  où  le  nombrfe  des  réfugiés  sera 
■grand,  la  température,  froide  au  début,  s’élèvera  rapidement, 
.pourra  devenir  incommodante  et  provoquer  la  transpiration. 

Ce  sêra  dès  lors  A  la  sortie  que  la  transition  sera  redoutable. 

L’exemple  montre  déjà  que  ces  dangers  ne  sont  nullement 
négligeables.  Plusieurs  de  nos  collègues  ont  observé,  dans 
leurs  clientèles  ou  leurs  services  hospitaliers,  des  cas  de 
broncho-pneumonie  manifestement  contractés  au  cours  des 
alertes. 

L’inQuence  de  ces  causes  occasionnelles  semble  également 
agir  quelque  peu  déjà  sur  la  mortalité  parisienne. 

Le  tableau  ci-joint  où  j’ai  mis  en  regard  les  chiffres  hebdo¬ 
madaires  de  1918  et  ceux  de  1914-^  (antérieurs  à  la  guerre)  — 
indique  en  effet  dans  les  d-ernières  semaines  —  fin  mars  et 
avril  —  un  accroissement  de  ta  mortalité  par  les  maladies 
inflammatoires  des  organes  de  la  respiration  et  la  broncho¬ 
pneumonie. 

Cette  augmentation  est  peu  considérable,  mais  elle  corres¬ 
pond  A  une  population  fortement  diminuée  par  l’exode.  Con¬ 
firmée  par  les  observations  médicales  relatives  à  la  morbidité, 
elle  semble  une  indication  suffisante  pour  qu’il  y  ait  lieu  de 
se  préoccuper  de  rechercher  les  moyens  d’en  supprimer  ou 
d’en  atténuer  les  causes. 

3°  Entretien  des  abris.  Poussières. 

Étant  donné  qu’il  s’agit  d’un  milieu  où  les  poussières  séjour¬ 
nent,  où  l’apport  de  charbon  les  augmente  sans  cesse,  où  le 
sol  en  terre  battue  recouvert  de  sable  rend  le  nettoyage  d’au¬ 
tant  plus  illusoire  que  la  ventilation  fait  défaut, \il  ne  semble 
pas  oiseux  de  soulever  cette  question. 


TABLEAU  COMPARATIF  DES  MORTALITÉS  HEBDOMADAIRES  EN  1918  ET  1914 
Maladies  des  organes  de  la  respiration. 


MÉDECINE  PUBLIQUE  [152] 


[1S3]  HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS  ET  BOMBARDEMENTS  397 

Dans  un  abri  où  Von  avait  réuni  pour  une  alerte  de  jour  un 
grand  nombre  d’enfants  et  leurs  maîtres,  les  caves  n’avaient 
pas  été  nettoyées  depuis  de  longues  années.  Les  enfants, 
enfermés  pendant  plusieurs  heures,  ont  soulevé  dans  leurs 
ébats  une  telle  poussière  qu’à  la  sortie  les  vêtements  étaient 
uniformément  gris. 

11  est  à  présumer  que  l’appareil  respiratoire  de  chacun  avait 
eu  sa  bonne  part  de  ces  poussières  et  que,  pour  certains  tout  au 
moins,  l’irritation  consécutive  des  tissus  avait  pu  provoquer, 
favoriser  ou  aggraver  des  lésions. 

4°  Contaminations. 

Ce  point  est  le  plus  délicat  à  aborder  pour  moi  qui  ne  suis 
pas  médecin.  11  est  d’ailleurs,  peut-être,  le  plus  difficile  à  solu¬ 
tionner. 

Que  fait- on  des  malades  contagieux  au  cours  des  alertes  ? 

Ceux  qui  ne  sont  pas  transportables  restent  dans  leur  local, 
mais  les  autres  descendent  par  leurs  propres  moyens  ou  sont 
transportés  dans  les  caves. 

Ceux  qui  descendent  dans  leur  cave  peuvent  y  être  isolés 
relativement,  mais  il  n’en  est  pas  de  même  de  ceux,  qui  se 
rendent  dans  les  abris.  Ils  y  séjournent  dans  une  promiscuité 
d’autant  plus  absolue  avec  les  autres  occupants  qu’ils  se 
gardent  bien  de  révéler  leur  état  s’il  n’est  pas  apparent. 

J’ai  personnellement  des  exemples  de  faits  semblables, 
notamment  pour  un  scarlatineux,  descendu  dans  un  abri  oü  il 
y  avait  des  enfants.  ; 

Qu’un  malade  atteint  de  typhus  bénin,  des  personnes  de  son 
entourage  ayant  des  parasites,  soient  ainsi  introduits  dans-un 
abri,  il  pourra  en  résulter  un  véritable  foyer  de  contamination 
et,  s’il  s’agit  d’un  abri  de  passage,  la  contagion  sera  ainsi 
disséminée  dans  la  ville. 

C’est  là  un  danger  immédiat  qu’il  semble  bien  difficile  de 
conjurer  complètement. 

Il  en  existe  un  autre  à  plus  longue  échéance. 

Le  malade  introduit  dans  une  cave,  peut,  même  s’il  est 


398  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [134] 

relativement  isolé,  disséminer  dans,  celle-ci  et  ses  abords  les 
germes  de  sa  maladie. 

Les  tuberculeux  pulmonaires,  par  leurs  craciiats,  par  leur 
respiration,  contamineront  intensément  un  milieu  où  ni  l’air  ni 
la  lumière  n’ apporteront  d’atténuation  à  la  virulence  micro¬ 
bienne. 

Le  séjour  des  contagieux  dans  les  caves  a  donc  un  double  effet  : 

Gontamination  des  coréfugiés; 

Contamination  du  milieu. 

Ce  sont  là,  dans  certains  cas,  deux  éventualités  redoutables 
à  envisager;  tout  particulièremènt  dans  les  caves  des  écoles 
dont  une  décision  récente  autorise  l’ouverture  à  la  population 
du  voisinage.  Cette  mesure,  si  elle  était  maintenue,  rendrait 
nécessaire  une  prophylaxie  spéciale  et  intensive. 

Conclusions.  < 

Je  me  suis  efforcé  d’exposer  aussi*  succinctement  que  pos¬ 
sible  la  question  que  ^e  Conseil  a  voulu  soumettre  à  vos 
délibérations. 

Les  spécialistes,  médecins,  ingénieurs,  architectes,  nous 
diront,  au  cours  de  la  discussion,  quelle  importance  doit  être 
attribuée  aux  dangers  signalés  et  nous  indiqueront  les  remèdes 
ou  les  atténuations. 

Sans  empiéter  sur  leurs  compétences,  je  vous  demanderai 
de  clore  cet  exposé  par  quelques  remarques. 

1"  D’une  manière  générale,  tous  les  inconvénients  ou 
presque  que  j’ai  signalés  seraient  singulièrement  diminués  si 
les  intéressés- mêmes  prenaient  ou  exigeaient  les  précautions 
d’hygiène  en  rapport  avec  les  circonstances. 

Ces  précautions  que  certains  connaissent,  que  d’autres  pres¬ 
sentent  plus  ou  moins  vaguement,  que  le  plus  grand  nombre 
ignore  absolument,  il  est  nécessaire  de  les  rappeler  ou  de  les 
apprendre  à  la  population. 

A  mon  avis  la  Société  ferait  œuvre  utile  en  établissant  d’ur¬ 
gence  une  plaquette  succincte,  laconique,  sous  forme  de  tableau  : 


[135]  HYGIÈNE  DES  ABKIS  PARISIENS  ET  BOMBARDEMENTS  399 

ce  qu’il  faut  faire  —  ce  qui  ilue  faut  pas  faire  —  où  des  conseils 
seraient  donnés  à  tous. 

2“  En  ce  qui  concerne  la  qualité  respiratoire  de  l’air  il  me 
semble  que  les  mesures  suivantes  peuvent  être  suggérées. 

A.  —  Réouverture  aussi  grande  que  possible  de  tous  les 
soupiraux,  en  établissant  aux  abords  uu  dispositif'  susceptible 
d’arrêter  les  éclats,  mais  laissant  libre  passage  à  l’air.  Tout  au 
moins  ouverture  dans  les  obturations  actuelles  de  larges- 
orifices  d’aération. 

B.  —  Yentilation  artificielle  par  ventilateurs  électriques  ou 
autres  des  caves  surpeuplées  et,  en  partiçulier,  des  abris  offi¬ 
ciels.  Orifices  d’évacuation  de  L’air  placés  à  la  partie  inférieure, 
de  manière:  à.  assurer  la  sortie  des  gaz  lourds  (acide  carbo¬ 
nique). 

Cette  mesure  sera  sans  doute  impossible  à  prendre  pour 
les  abris  privés. 

Elle  pourrait  cependant  être  utilisée  pour  les  grands  abris 
officiels. 

Dans:  tous  les  cas  il  ne  .s’agit  point  de  ventilateurs  placés  à 
l'intérieur,  mais  d’appareils  extérieurs  aspirant  par  la  partie 
inférieure  des  caves  l’air  qui  rentrera  librement  par  les  sou¬ 
piraux. 

C.  —  Limitation  du  nombre  de  personnes  de  l’extérieur  à 
recevoir,  d’après-  le  cube  d’air  disponible  et  non  d’après  la 
surface  où  ils  peuvent  être  entassés. 

D.  —  Éventuellement,  lorsqu’il  sera^  impossible  d’assurer 
pendant  l'alerte  une  aération  suffisante,  emploi  de  réactifs 
chimiques  pour  absorber  l’excès  d’acide  carbonique. 

3°  En  ce  qui  concerne  la  température,  les  conseils  à  la 
population  auront  l’effet  le  plus  efficace. 

Cependant  on  peut  émettre  le  désir  que  les  alertes  soient 
données:  aussi  rapidement  que  possible,  afin  que  l’exode  dans 
les  caves  ne  soit  pas  transformé  en  une  course  précipitée  où 
l’on  ne  prend  pas  même  le  temps  de  se  vêtir. 


400  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINÉ  PUBLIQUE  [1S6| 

En  outre  on  peut  envisager  la  possibilité  de  diminuer  l’humi¬ 
dité  de  l’air  par  des  agents  chimiques. 

4°  En  ce  qui  concerne  les  poussières,  c’est  aussi  par  les 
conseils  d’hygiène  que  le  mal  peut  être  conjuré. 

Il  semble  bien,  toutefois,  que  l’on  puisse  demander  aux 
pouvoirs  publics  et  aux  administrations  compétentes  de  faire 
procéder  au  nettoyage  préalable  des  abris  officiels  (monu¬ 
ments  publics,  ^tâtions  du  métropolitain,  etc.)  mis  à  la  dispo¬ 
sition  du  public  et  notamment  des  enfants. 

5“  En  ce  qui  concerne  les  contaminations  immédiates  par 
contact  avec  des  contagieux,  il  est  difficile  de  concevoir  une 
mesure  d’ordre  général  qui  puisse  les  empêcher. 

C’est  affaire  à  chacun  de  se  protéger  et  à  l’entourage  des 
malades  de  faire  en  sorte  de  ne  pas  disséminer  la  contagion 
autour  d’eux. 

Les  conseils  à  la  population  pourront,  spécialement  sur  ce 
point,  rendre  de  grands  services. 

6°  En  ce  qui  concerne  enfin  la  contamination  du  milieu,  la 
désinfection  des  locaux  s’impose. 

Quand  doit  se  faire  cette  désinfection  ? 

C’est  là  une  question  à  laquelle  la  théorie  et  la  pratique  don¬ 
nent  des  réponses  contradictoires. 

En  principe,  la  désinfection  des  caves  particulières  devrait 
avoir  lieu  chaque  fois  qu’un  contagieux  y  a  séjourné.  Celle  des 
abris  publics,  après  chaque  alerte. 

Dans  la  pratique  c’est  chose  à  peu  près  irréalisable. 

Il  faut  donc  envisager  une  périodicité  beaucoup  plus  espacée, 
peut-être  même,  en  général,  une  désinfection  finale.  Sauf, 
toutefois,  dans  les  caves  des  écoles  qui  auront  été  ouvertes  au 
public. 

De  toutes  manière  les  Services  publics  de  désinfection  ne 
sauraient  faire  face  à  ce  surcroît  de  besogne,  et  les  particuliers, 
comme  les  administrations  intéressées,  devront  opérer  par 
eux-mêmes. 


[157]  HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS  ET  BOMBARDEMENTS  401 

Quels  procédés  devra-t-on  employer? 

Sols  en  terre  battue,  murs  à  surfaces  rugueuses  et  poreuses, 
accumulation  d’objets  et  de  denrées,  assèchement  et  évacuation 
des  gaz  difficiles,  tout  se  réunit  pour  compliquer  le  problème. 

Le  sublimé  exige  un  mouillage  copieux.  Inactif  vis-à-vis  des 
crachats,  matières  fécales,  etc., il  pourrait  présenter  des  incon¬ 
vénients  ultérieurs,  en  raison  de  sa  toxicité,  et  les  caves,  ainsi 
mouillées,  seraient  ensuite  fort  longues  à  assécher. 

Le  crésyl,  l’eau  de  Javel,  outre  qu’ils  mouilleraient  également 
beaucoup,  répandraient  dans  toute  la  maison  des  odeurs  per¬ 
sistantes  désagréables  et  même  incommodantes. 

Le  soufre,  le  formol  ne  pourraient  être  limités  à  une  seule 
cave,  en  raison  de  la  presque  impossibilité  d’isolement.  L’éva¬ 
cuation  de  ces  gaz  serait  de  plus  irès  difficile  à  obtenir.  Enfin, 
ces  gaz  incommodants  serépandraient  dans  tout  l'immeuble. 

Seul,  le  lait,  de  chaux  me  paraît  présenter  le  minimum 
d’inconvénients  et  te  maxinaum  d'avantages. 

Il  est  dépourvu  d’odeur. 

Employé  avec  discernement,  il  néce.ssite  un  mouillage 
moindre  que  les  autres  désinfectants  liquides. 

Il  peut  sans  inconvénients  être  employé  pour  les  tas  de  char¬ 
bon,  les  piles  de  bois,  les  fûts,  les  bouteilles.  Il  est  parfait 
pour  les  murs,  les  plafonds  et  les  sols. 

Son  action  microbicide  est  parfaite. 

Enfin  son  emploi  est  à  la  portée  de  tous. 

Telles  sont  les  conclusions  que  je  crois  pouvoir  formuler  en 
ce  qui  me  concerne. 

J’espérais  pouvoir  vous  apporter  une  documentation  prove¬ 
nant  des  villes  d’Angleterre,  soumises  depuis  longtemps  à  des 
bombardements  intenses  par  avions.  J’avais  môme  poussé 
l’ambiiion  jusqu’à  tenter  d’en  obtenir  indirectement  sur  ce  qui 
se  passe  au  pays  des  Huns. 

Je  n’ai  jusqu’ici  reçu  aucun  des  renseignements  demandés. 

REV.  d’hYG.  XL  —  26 


402  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  1138] 

S’ils  me  parviennent  un  jour  je  serai  heureux  de  vous  en  faire 
part. 

Par- contre,  le  vénérable  maire  de  Reims,  faisant  trêve  à  ses 
graves  et  douloureuses  préoccupations,  m’a  fait  l’honneur  de 
me  recevoir.  Je  l’en  dois  tout-spécialement  remercier  ici. 

Ses  avis  m’ônt  été  précieux,  notamment  en  ce  qui  concerne 
l’aération. et  la  nécessité  de  laisser  les  soupiraux  ouverts,  ainsi 
que  sur  11  in  fluence,  du  séjour  dans  les  caves  sur  les  organes  de 
la  respiration  —  influence  qui  s’est  fait  particulièrement  sentir 
sur  les  vieillards  d’un  hospice,  beaucoup  plus  éprouvés  par  les 
maladies  contractées  ou  aggravées  que  par  les  obus. 

•  Malheureusement  il  ne  semble  pas  qu’aucune  mesure  spéciale 
ait  été  prise  par  les  habitants  de  la  cité  dévastée.,  en  vue 
d’améliorer  les  conditions  hygiéniques  de  leurs  caves.  Nous  ne 
pourrons  donc  sur  ce  point  profiter  de  l’expérience  acquise. 

11  en.estde  même  pour  Nancy  où  aucune  mesure  d’hygiène 
n’a  été  prise  ou  prescrite  par  l’Administration  vis-à-vis  des 
caves-abris. 

Toutefois  M.  Mirman,  qui  a  bien  voulu  me  documenter,  ajoute 
à.ses  explications  .que  les  soupiraux  sont  réstés^ouverts. 

Et  maintenant  il  me  reste  à  m’excuser  d’avoir  si  longuement 
retenu  votre  attention. 

^  Je  me  suis  borné  à  exposer  les  faits,  à  vous,  mes  chers  col¬ 
lègues,  de  dire  ce  qu’il  convient  d’en  retenir  et  ce  qu’il  est 
ar  équat  d’en  faire. 


Discussion. 

M.  Kern.  —  La  limitation  du  nombre  de  personnes  à  admettre 
dans  les  abris  ne  me  semble  pas  possible. 

En  cas  d’alerte,  il  est  bien  difficile  de  s’opposer  à  l’entrée  des 
personnes  qui  se  présentent,  même  quand  le  nombre  prévu  est 
atteint. 

Dans  ma  maison,  située  dans  un  quartier  populeux  où  les  jmmeu- 
bles  peu  résistants  sont  en  beaucoup  plus  grand  nombre  que  les 
autres,  l’affluence  est  toujours  très  grande  et  dépasse  considérable¬ 
ment  le, chiffre  prévu  par  l’Administration. 


11S9]  HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS  ET  BOMBARDEMENTS  403 

Il  faut  donc  surtout  multiplier  le  nombre,  des  abris  et  en  créer 
aux  points  où  ceux  qui  existent  sont  insuffisants. 

La  désinfection  des  abris  me  semble  également  présenter  des  : 
difficultés.  En  présence  de  la  situation  faite  aux  propriétaires  il 
faudrait  tout  au  moins  livrer  le  désinfectant  gratuitement  aux  con¬ 
cierges  avec  une  instruction  sur  le  mpde  d’eniploi.’ 

J’estime  qu’il  est  nécessaire  d’assurer  la  police  des  abris  et  qu’un 
des  moyens  les  plus  efficaces  est  de  les  éclairer  si  possible  par , 
l’électricité.  11  faut  entre  autres  choses  interdite  de  fumer  et  mettre 
les  cabinets  d’aisances  de  la  cour  à  la  disposition  des  réfugiés. 

M.  LE  D'  Camescasse.  —  Je  ne  saurais  trop  féliciter  M.  Marié-Davy 
des  précisions  que  nous  apporte  son  rapport.  Avant  de  l’avoir 
entendu,  j’avais  confié  au  papier  les  notes  qui  vont  suivre,  et  cela 
sans  avoir  à  accomplir  le  moindre  tour  de  force  :  tout  simplement, 
jlai  vu  arriver  en  mon  village,  des  femmes  et  des  enfants  qui 
fuyaient...  quoi  ?  les  obus  et  les  bombes? 

Non,  Messieurs,  qui  fuyaient  vos  abris  et  qui  sont  én  cela  tout  à 
fait  sages. 

Mais  je  vois  tout  de  suite, que  je  vais  devenir  subversif  —  et  je  sol¬ 
licite  votre  contrôle,  jusqu'à  la^censure,  jusqu’aua;  blancs  caractéris¬ 
tiques  des  imprimés  au  temps  de  la  Grande  . Guerre. 

Mon  opinion  est,  en  effet,  que  génératrice  des  maladies  les  plus 
dive^rses,  la  coutume  quasi  obligatoire  de  descendre  à  la  cave... 
est...  mettons  fâclieuse. 

Elle  est  fâclieuse  en  elle-même  ;  elle  me  paraît  être  plus  fâcheuse 
encore  indirectement  par  l’état  de  perpétuelle  insomnie  où  elle  met 
les  chefs  du  groupe  familial  qui  s’obligent  à  guetter  le  signal. 

'  J’essaierai  tout  à  l’heure  de  vous  dire  ou  cela  mène...  l’insomniè 
anxieuse  ;  l’insomnie  par  devoir. 

Qu’il  . me  soit  donc  permis.  Messieurs,  de  vous  demander  de  ne 
point  blâmer  l’homme  ou  la  femme  —  ou  la  Cornélie  du  jour¬ 
naliste.  —  qui  dorment  dans  leur  lit  aux  heures  de  l’Alerte  ;  de  ne 
point  qualifier  bravade  une  telle  attitude. 

4e  ne  suis  peut-être  pas  d’accord  avec  la  généralité  des  Parisiens 
quand  je  parle  ainsi  ;  je  n’insisterai  donc  pas  sur  le  côté  moral  d’une- 
si  singulière  attitude,  mais  j’ai  le  droit  d’insister  sur  ses  avantages 
physiques,  matériels,  sur  le  côté  santé. 

Et  tout  de  suite  je  demande  à  M.  Marié-Davy  —  qui  est  si  natu¬ 
rellement  qualifié  pour  répondre  à  une  telle  demande  —  d’étendre 
la  preuve  par  des  chiffres  à  l’ensemble  de  la  mortalité  parisienne. 

-  C’était,  en  effet,  une  idée  toute  naturelle  que  celle  de  s’occuper 
des  seules  affections  de  l’appareil  respiratoire  ;  descendre  à  la  cave. 


404  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [160] 

et  s’y  refroidir,  c’est  la  bronchite,  c’est  la  pleurésie.  On  respire  là 
de  l’air  confiné,  c’est  encore  la  pleurésie  et  la  bronchite. 

Mais,  comme  je  vous  le  dirai  tout  à  l’heure,  il  n’y  a  pas  que  cette 
pestilence- là  avec  laquelle  il  faille  compter  ;  il  y  a  toutes  les  mala¬ 
dies  infectieuses,  y  compris  celles  intestinales  ;  il  y  a  aussi  toutes 
les  dépressions  physiques  et  morales. 

Avant  d’aller  plus  loin,  je  dois  souligner  une  des  propositions  du 
rapport.  Je  fais  allusion  à  l’usage  de  l’eau  de  chaux  comme  désin¬ 
fectant  de  prédilection  des  lieux  habités,  en  particulier  des  lieux 
qui  ne  sont  habités  que  provisoirement. 

A  Saint-Arnoult,  où  j’ai  le  bonheur  d’avoir  pour  maire  leD’’  Poupi- 
nel,  une  seule  maladie  contagieuse  nous  inquiète  (ce  nous  repré¬ 
sente  une  bonne  camaraderie  aussi  ancienne  que  persistante), 
c’est  la  tuberculose.  Nous  nous  occupons  du  malade  tant  qu’il  est 
là,  mais  ce  n’est  pas  l’heure  d’en  parler.  Après  lui  nous  nous 
occupons  des  choses  qu’il  a  souillées,  et  pour  cela  nous  payons 
(la  commune  paie)  un  homme  de  la  famille  qui  passera  tout  au  lait 
de  chaux*. 

Dans  votre  cas  particulier  où  l’acide  carbonique  =  joue  un  rôle  si 
important,  est  si  nuisible  aux  individus  de  petite  taille  —  donc  aux 
enfants,  —  le  lait  de  chaux  a,  en  sus  de  sa  valeur  comme 
désinfectant,  un  avantage  qui  n’est  point  négligeable  :  il  absorbe 
précisément  cet  acide  carbonique  pendant  tout  le  temps,  fort 
long,  que  met  la  chaux  basique  à  se  transformer  en  carbonate 
de  chaux ^ 

Encore  avant  d’en  venir  aux  choses  que  j’ai  vues  je  voudrais 
m’arrêter  sur  un  des  côtés  de  la  question  :  Descendre  dans  la  cave, 
à  côté  d’autres  enfants,  un  enfant  atteint  de  scarlatine  c’est  com¬ 
mettre  une  mauvaise  action,  vraisemblablement  justiciable  de  la 
loi  (sinon  de  la  loi  pénale,  au  moius  d’une  action  en  dommages),  mais 
ça  n’est  pas  dans  ces  conditions  que  se  donnent  ordinairement  les 
maladies  transmissibles. 

Un  enfant  qui  aura  la  coqueluche  —  reconnaissable  aux  quintes  — 

1.  Quant  au  logis,  nous  fournissons  même  un  vert  à  la  chaux  qui  donne 
une  feinte  agréable  aux  murs  et  un  brun  à  la  chaux  qui  dessine  un  sou¬ 
bassement  harmonieux.  Le  plafond  est  en  chaux  blanche. 

2.  Les  provisions  de  charbon,  toujours  un  peu  humides  en  cave,  déga¬ 
gent  ù  froid  de  l’acide  carbonique  et  différents  gaz  parmi  lesquels  V oxyde 
de  carbone  qui  empoisonne,  sans  tuer  à  cette  dose,  pour  des  mois  et  des 
années. 

3.  A  ce  propos  on  peut  se  deminder  dans  quelle  mesure  il  serait  pos¬ 
sible  d'utiliser  des  réservoirs  d’oxygène  —  ou  des  oxylilhes  —  pour  four¬ 
nir  de  l’oxygène  aux  reclus. 


[161]  HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS  ET  BOMBARDEMENTS  4pS 

tousse  en  attendant  comme  un  enfant  enrhumé',  mais  donne  la 
coqueluche  déjà. 

,  Dès  le  premier  éternuement  un  futur  rougeoleux  contamine  les 
voisins;  un  scarlatineux,  dès  qu’il  est,  peu  ou  prou,  gêné  pour 
avaler.  Quant  à  la  variceUe,  la  contagion  commence  avant  tout 
symptôme  perceptible.  - 

Et  ce  n’est  rien  encore  :  il  y  a  les  porteurs  sains  de  germes  patho¬ 
gènes  (méningite  cérébro-spinale,  diphtérie)  qui,  sans  jamais  pou¬ 
voir  s’en  douter,  distribuent,  dans  l’agglomération,  leurs  germes 
pathogènes  —  mais  non  leur  résistance  personnelle  —  précisément 
à  l’heure  ,où  le  fait  agglomération  assure  pour  nombre  d’individus 
un  éiat  de  réceptivité  exceptionnel. 

J’en  viens  maintenant  âmes  observations,  dont  vous  ferez,  comme 
du  reste,  tel-usage  que  vous  jugerez  prudent  *. 

C'est  que,  en  effet,  si  je  ne  peux  pas  faire  le  décompte  des  gens 
qui  auraient  été  tués  s’ils  étaient  restés  tranquillement  le  .jour  à 
leurs  affaires  et  la  nuit  dans  leur  lit;  j’ai  la  connaissance  partielle 
des  maux  causés  par  l’insomnie,  d’une  part,  et,  d’autre  part,  du 
fait  des  claustrations  diurnes  de  bandes  d’enfants,  sinon 
d’adultes. 

Vos  statistiques  mortuaires  —  quand  vous  en  aurez  multiplié  les 
chiffres  par  quatre  tiers  pour  comparaison,  puisque  la  population  de 
Paris  a  diminué  de  un  quart  —  vous  donnent  dès  maintenant,  vous 
donneront  certainement  dans  un  avenir  prochain,  la  mesure  de  cette 
nuisance. 

Prenant  des  notes  dans  mon  village,  je  peux  vous  dire  quels 
échantillons  sont  venus  de  ces  Parisiens  démontés  et  contaminés  : 
mal  moral  et  mal  physique. 

Une  femme  de  ce  village,  arrivée  à  Paris  le  samedi  des  premiers 
obus,  a  bel  et  bien  été  séquestrée  de  9  heures  à  15  heures  dans  un 
souterrain...  par  les  soins  du  personnel  de  la  gare  d’arrivée. 

Gomme  je  suis  de  ceux  qui  sè  sont  trouvés  réunis  dans  cette  salle 
le  27  mars  dernier  —  c’est-à-dire  de  ceux  qui  ont  continué  à  vivre 
en  grand  mépris,  en  haine  du  Boche  et  de  ses  œuvres,  —  cette 


1.  Il  est  vrai  qu'on  peut  dire  que  tous  les  rhumes  sont  des  maladies 
transmissibles,  —  et  toutes  les  alTections  des  voies  pulmonaires  (au  sens 
pù  l'entend  le  langage  commun). 

2.  Plus  loin  ou  trouvera  un  affreux  jeu  de  mots  :  décavés,  ai-je  écrit  en 
parlant  de  nos  hôtes  de  fortune.  Qu’oa  veuille  ne  point  voir  là  une  injure  : 
c’est  tout  ce  que  j’ai  su  trouver  pour  faire  rire  un  pauvre  petit  bout  de 
femme  —  via;;t-oiaq  ans —  qui  m’amenait  cinq  enfants  (deux  à  elle,  trois 
aux  voisines)  et  qui,  chef  responsable,  était  la  seule  vraie  malade  du 
groupe  ;  malade  du  fait  des  insomnies  parisiennes. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[16a] 


femme  m’a  demandé  ce  que  je  pensais  d’une  telle  mesure,  bien  plus 
qu’elle  ne  m’a  demandé  mes  soins  à  son  retour,  soins  dont  elle  avait 
besoin  cependant. 

J’ai  eu  aussi  à  donner  des  conseils  préventifs  et  j’ai  parlé  tout  à 
l’encontre  des  journaux  et  de  l’autdrité  :  «  Si  vous  n’avez  rien  à 
faire  à  Paris,  allez-vous-en  !  Mais  si  vous  y  êtes  retenu  par  un  devoir 
—  fût-ce  celui  de  gagner  le  pain  quotidien  —  ne  descendez  pas  à  la 
cave.  —  Restez  dans  votre  lit  et.  dormez  ». 

Hélas!  j’ai  dû  reconnaître  que  mon  conseil  —  le  lit  —  brochant  sur 
le  devoir  offlcielleraent  proclamé  —  la  cave  —  conduisait  à  un 
résultat  tout  aussi  mauvais  que  la  cave  toute  seule,  —  qui  a  cepeny 
dant  de  bien  méchants  effets. 

Ici  un  père  veille  son  fils  en  état  de  coqueluche,  mais  il,  envoie  sa 
femme  et  sa  fille  à  la  cave  ;  il  les  y  envoie,  mais  elles  «’y  vont  pas, 
à  moins  qu’elles  n’y  aillent.  Ça  dépend  de  l’heure  de  l’alerte  ;  «  Ma¬ 
demoiselle  dort,  nous  restons  en  haut  »  ;  «  Mademoiselle  n’est  pas 
encore  couchée,  ces  dames  descendent  ». 

Et  ce  père,  et  .cette  mère,  s’interdisant  le  sommeil,  rongés  par  le 
remords  du  mal  possible,  oubliant  (ne  sachant  pas  pour  mademoi¬ 
selle)  qu’ils  ont  évité  le  mal  certain,  finissent  par  se  séparer...  A  la 
campagne,  madame  ne  retrouve  pas  le  sommeil,  bien  que  le  coquelu- 
cheux  —  déménagé  juste  au  15“  jour  des  quintes  —  soit  guéri  du 
coup  :  madame  songe  à  monsieur  qui  travaille  le  jour  et  dort  la 
nuit...  dans  son  lit,  sous  les  bombes. 

Une  autre  mère  fait  coucher  ses  grands  enfants,  que  la  sirène  ne 
réveille  point;  mais  cette  mère,  elle,  s’interdit  aussi  tout  sommeil 
pour  être  prête  à  les  réveiller  à  temps.  Au  bout  de  dix  jours  elle  est 
malade  — je  n’ai  pas  besoin  de  vous  dire  de  quoi  —  et  les  grands 
enfants,  lâchant  qui  les'études,  qui  le  travail  rémunéré,  l'emmènent 
à  la  campagne,  ! 

Il  y  a  des  cas  plus  complexes  ;  il  y  en  a  de  plus  simples. 

Mais  il  y  a  surtout  contre  la  cave  beci  que,  moi,  médecin,  je  con¬ 
damne  ;  c’est  qu’elle  suppose  la  privation  de  sommei^,  c’est-à-dire, 
pour  la. généralité  des  individus,  la  meilleure  préparation  possible 
à  contracter  la  première  maladie  qui  passera  ;  sinon  à  créer  de 
toutes  pièces  des  maladies. 

Je,  néglige  l’infériorisation  du  travail,  mais  jhnsisterai,  au  con¬ 
traire,  si  toutefois  je  ne  vous  importune  point  trop,  sur  ces  maladies 
prochaines. 

En  mon  village,  devenu  lieu  de  refuge,  j’ai  vu  arriver,  je  vois 
arriver  chaque  jour,  nos  décavés  malades. 

Pour  les  adultes,  c’est  la  dépression  nerveuse  et  l’insomnie 
rebelle  ;  pour  les  enfants,  c’est,  avec  la  bronchite,  la  rougeole,  la 


[163]  HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS  ET  BOMBARDEMENTS  407 


coqueluche,  les  oreillons,  etc.  Les  pneumonies  sont  restées  à  Paris 
ou  ailleurs,  — moins  loin. 

Pour  tous  c’est  un  embarras  gastrique  fébrile  qui  complique  singu¬ 
lièrement  chacune  des  manifestations  sus^énumérées,  mais  qui  évo¬ 
lue  parfaitement  tout  seul  en  manière  de  toute  petite  fièvre  continue 
à  durée  limitée  :  4  à  8  jours. 

La  fréquence  avec  laquelle  j’observe  cet  élat  gastrique,  seul  ou  en 
complication,  m’a  remis  en  mémoire  la  doctrine  lyonnaise  qui  veut 
que  les  fautes  d’hygiène  générale  —  la  privation  de  sommeil  est 
une  telle  faute,  si  on  ne  doit  pas  dire  la  plus  grosse  faute  pos¬ 
sible  —  amènent  l’être  humain  à  pousser  vers  l’état  virulent,  patho¬ 
gène,  les  hôtes  bacillaires  de  notre  tube  digestif,  ordinairement 
saprophytes  inoffensifs  :  l’homme,  par  son  imprudence,  transforme' 
le  vulgaire  colibacille  en  Eberth,  avec  stades  intermédiaires. 

Je  ne  vous  ferai  pas  de  décompte  statistique;  mon  domaine  est 
trop  petit.  Mais  il  est  probable  que  d’autres  que  moi  ont  fait  la  même 
observation  et  ont  été  surpris  de  revoir,  après  une  éclipse  dé  vingt 
années,  l’embarras  gastrique  fébrile, —  qui  est  contagieux  et  qui  ne 
diffère  d’une  vraie  fièvre  typhoïde  qu’en  un  point  :  il  guérit  au 
bout  de  4,  5  ou  8  jours. 

Mais  je  ne  vois  pas  que  cela  :  dans  ce  même  lot  d’exilés  apparaît 
U  ne  maladie  plus  grave, —  due  peut-être  d’ailleurs  au  même  microbe; 
c’est  une  néphrite  aiguë,  avec  albuminurie,  hématurie,  quasi- 
anurie  au  début  —  40°  et  au-dessus,  —  accidents  d’ùrémie  brutale 
(cérébrale  ou  pulmonaire),  aboutissant  à  la  mort  en  quelques 
heures  à  moins  d’intervention  heureuse  (saignée).  Quand  elle  ne 
tue  pas  d’emblée,  cette  néphrite  laisse  le  patient  en  grand  danger. 

Cette  néphrite  est  d’ailleurs  accompagnée  du  même  embarras  gas¬ 
trique  que  ci-dessus,  ce  qui  peut  rendre  le  diagnostic  difficile. 

Ainsi,  Messieurs,  si  j’ignorais  le  détail  des  aménagements  de  vos 
abris,  il  ,se  trouve  que  je  connais  les  effets  secondaires  de  leur 
usage.  Et  si,  de  ces  effets,  il  en  est  un  qui  intéresse  l’hygiène  publi- 
(jue,  c’est  bien  la  création  d’une  infection  polymorphe  nouvelle, 
parente  de  l’infection  éberthienne. 

M.  Kohn-Abrest.  —  Je  ne  crois  pas  qu’il  s’agisse  ici  de  discuter 
s’il  est  utile  ou  non  de  chercher  un  abri  dans  des  caves —  cette  uti¬ 
lité  me  paraît  d’ailleurs  démontrée,  —  mais  bien  de  donner  notre 
avis  sur  la  meilleure  organisation  hygiénique  à  apporter  aux  abris 
privés  ou  publics. 

Précisément,  M.  Marié-Davy  a  exposé  d’une  manière  parfaite  ce 
point  de  vue  de  l’hygièue  et  apporté  les  indications  pratiques.  Il  est 
indéniable  qu’il  faut  entretenir  l’aération  des  locaux  où,  suivant  les 


408 


[164J 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 

circonstances,  un  fort  groupe  de  personnes  est  appelé  à  stationner 
peut-être  deux  ou  trois  heures,  et  très  exceptionnellement,  espé- 
rons-le,  davantage. 

L’obturation  complète  des  soupiraux  n’aurait  peut-être  pas  trop 
d’inconvénients  au  point  de  vue  de  l’aération,  à  condition  que  les 
caves,  tout  au  moins  celles  d’un  même  groupe  d’immeubles,  com¬ 
muniquent  entre  elles,  ce  qui  assurerait  leur  aération  par  le  jeu  des 
portes  d’accès  situées  dans  des  plans  différents  et  permettant  ainsi 
la  circulation  et  le  renouvellement  de  l’air. 

Je  sais  qu’il  y  a  de  fortes  objections  qui  s’opposent  à  celte  inter- 
communication,  même  partielle,  si  séduisante  à  première  vue.  Les 
unes  sont  d’ordre  technique,  les  autres  dérivent  de  considérations 
du  droit  de  propriété  et  des  risques  de  cambriolage. 

Le  point  de  vue  technique  est  de  la  compétence  de  nos  collègues 
architectes  qui  examineront  mieux  que  nous  la  question.  Quant  aux 
autres,  leur  importance  est  subordonnée  à  l’intensité  et  à  la  fré¬ 
quence  du  bombardement.  Dans  des  villes  qui  ont  été  très  exposées, 
les  questions  de  mitoyenneté  et  les  risques  éventuels  de  cambrio¬ 
lage  sont  évidemment  secondaires  en  face  des  dangers  directs  dus 
au  bombardement.  Il  n’en  est  point,  heureusement,  ainsi  à  Paris. 
Mais,  quoi  qu’il  en  soit,  la  question  de  l’intercommunication  partielle 
des  caves  mérite  bien  d’être  examinée  par  les  architectes  com¬ 
pétents. 

Revenant  à  l’hygiène  des  abris,  j’ajouterai  qu’à  Paris  les  mesures 
pour  le  nettoiement  des  caves  peuvent  être  prises  en  tenant  compte 
de  la  large  documentation  et  de  l’expérience  acquise  par  les  Com¬ 
pagnies  du  Métropolitain  et  du  Nord-Sud,  dont  l’organisation  poul¬ 
ie  nettoiement  et  l’assainissement  des  souterrains  est  le  meilleur 
exemple. 

M.  le  D''  Bianchetière.  —  Il  m’a  été  donné  de  faire  un  certain 
nombre  de  constatations  qui  expliquent  jusqu’à  un  certain  point  les 
observations  cliniques  du  précédent  orateur. 

Récemment,  lorsque  j’ai  été  afft-cté  à  la  place  de  Paris,  j’ai 
éprouvé  la  plus-  grande  difficulté  à  me  loger;  toutefois,  les  premiers 
temps,  rien  n’est  venu  attirer  mon  attention  sur  l’immeuble  où  j’ai 
trouvé  un  gîte. 

Survinrent  les  bombardements  :  un  beau  matin  une  note  fut  pla¬ 
cardée  annonçant  aux  locataires  que  les  caves  présentent  toutes  les 
garanties  requises  des  meilleurs  abris.  A  ce  moment  on  obtura 
complètement  les  soupiraux  des  caves  et  simultanément  on  perçut 
une  odeur  dont  l’origine  ne  pouvait  être  douteuse.  Je  m’assurai 
Sans  la  moindre  peine  que  la  tinetiemobile  était  l’auteurdetout  le  mal. 


[165]  HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS  ET  BOMBARDEMENTS  409 

J’eus  alors  la  curiosité  d’étendre  mon  enquête  et,  lorsque  l’occa¬ 
sion  s’en  présenta,  je  suivis  les  voitures  de  la  compagnie  chargée 
de  l'enlèvement  de  ces  appareils.  Je  me  suis  ainsi  rendu  compte  ; 
1“  que,  dans  certains  quartiers  de  Paris,  un  nombre  relativement 
important  d’abris  ont  été  créés  dans  des  maisons  non  munies  du 
tout-à-l’égout;  2“  qu’au  cours  des  manipulations,  les  tinettes  sont 
loin  de  conserver  la  totalité  de  leur  contenu.  Ne  peut-on  rapporter 
aux  matières  fécales  ainsi  répandues  sur  le  sol  des  caves  et  des 
escaliers  les  troubles  gastro-intestinaux  signalés  tout  à  l’heure  par 
notre  honorable  collègue? 

Sans  vouloir  préjuger  de  la  valeur  des  travaux  publiés  récem¬ 
ment,  spécialement  en  Allemagne  et  en  Autriche,  sur  l’origine  du 
typhus,  je  ne  puis  m’empêcher  de  signaler  que  les  cas  reconnus  à 
Paris  il  y  a  quelques  semaines  se  sont  produits  dans  un  des 
quartiers  où  sévit  avec  le  plus  d’intensité  la  tinette  mobile. 

Enfin,  M.  Marié-Davy  a  attiré  l’attention,  avec  juste  raison,  sur 
les  dangers  que  fait  courir  à  la  population  le  transport  dans  les 
caves  des  sujets  atteints  de  maladies  transmissibles. 

L’Administration  ne  me  paraît  pas  dépourvue  de  moyens  d’inter¬ 
vention  dans  ce  cas.  Le  dernier  alinéa  de  l’article  5  du  décret  du 
14  ahût  1914  peut  sans  aucun  doute  être  utilement  appliqué  par  les 
services  d’hygiène.  Ce  texte  prévoit  que  le  délégué  sanitaire  a  le 
devoir  d’enquêter  chez  les  malades  en  question,  de  prescrire  les 
mesures  d'isolement  nécessaires  et,  au  besoin,  en  faisant  un  rapport 
au  préfet,  de  provoquer  d’office  l’isolement  du  contagieux  lorsque 
celui-ci  ne  peut  être  elficacement  réalisé  à  domicile.  Nul  doute  que 
ces  prescriptions  générales  s’appliquent  au  cas  présent.  Je  dois 
ajouter  que  personnellement  je  n’ai  jamais  pu  faire  passer  l’Admi¬ 
nistration  de  la  théorie  à  la  pratique. 

M.  le  D’’  Camescasse.  —  Les  constatations  faites  par  notre  col¬ 
lègue  me  montrent  que  je  n’avais  pas  besoin  d’aller  chercher 
jusqu’à  Lyon  l’explication  des  maladies  gastro-intestinales  que  je 
vous  signalais  tout  à  l’heure. 

M.  le  D''  Henry  Thierry.  —  Lors  des  bombardements  par  avions, 
des  accidents  extrêmement  graves  se  sont  produits  par  suite  de 
l’explosion,  de  l’inllammation  des  conduites  de  gaz  et  de  l’in¬ 
cendie. 

En  cas  de  simple  rupture  de  celles-ci,  le  gaz  peut  se  répandre 
dans  les  caves  et  causer  l’asphyxie  des  personnes  qui  s’y  sont 
réfugiées. 

Le  moyen  le  plus  efficace  pour  éviter  ces  dangers  qui  peuvent  se 


•UO  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [166] 

transformer  en  vérita})les  catastrophes  serait  d’interrompre  pendant 
les  alertes  l’arrivée  du  gaz  dans  les  immeubles. 

On  pourrait,  semble-t-il,  obtenir  ce  résultat  en  férmant  les 
robinets  qui,  je  crois,  se  trouvent  sur  la  conduite  principale  au  bas 
de  la  façade  des  immeubles. 

Je  désirerais  avoir  à  ce  sujet  l’opinion  des  spécialistes.  Il  me 
semble  qu’il  y  a  là  une  mesure  importante  à  réclamer. 

M.  le.D’’  Faivre.  —  Au^  causes  d’insalubrité  des  caves,  si  bien 
exposées  par  M.  Marié-Davy,  il  faut  ajouter  deux  causes  d’insécurité 
résultant  de  la  rupture  éventuelle  des  conduites  d’eau  et- de  gaz.  Ne 
serait-il  pas  désirable  qu’au  moment  des  alertes,  les  communica¬ 
tions  existant  entre  les  immeubles  et  les  canalisations  générales 
soient  interrompues,  et  cela  ne  peut-il  être  réalisé  parla  fermeture 
de  robinets  que  les  concierges  seraient  chargés  d’effectuer?  On  ne 
saurait  objecter  la  gêne  devant  en  résulter  pour  les  occupants, 
puisque  le  bombardement  par  avions  n’a  lieu  que  la  nuit.  Par 
contré,  on  fait  valoir  avec  raison  que  l’interruption  brusque  de 
l’arrivée  du  gaz  risque  d’être  suivie,  après  le  rétablissement  de 
la  circulation,  de  fuites  dans  les  appartements,  les  habitants  ayant 
omis  de  fermer  les  robinets.  L’objection  a  une  grande  valeur.  En 
tout  cas  la  question  de  l’eau  pourrait  être  envisagée  indépendam¬ 
ment  de  celle'  du  gaz. 

La  question  de  l’intercommunication  des  caves  soulève  de  graves 
problèmes,  mais  il  ne  semble  pas  qu'il' y  ait  lieu  de  les  envisager 
autrement  que  pour  quelques  cas  particuliers. 

Il  y  a.  en  somme  deux  sortes  d’abris  : 

a)  Les  abris  privés,  c’est-à-dire  les  caves  destinées  à  recevoir  les 
seuls  habitants  d’un  immeuble.  Il  suffit  de  s’assurer  de  leur  solidité 
et  de  prévenir  les  dangers  pouvant  résulter  des  ruptures  de  con¬ 
duites  de  gaz  et  d’eau. 

b)  Les  abris  collectifs,  appelés  à  recevoir  les  passants  et  les  occu¬ 
pants  des  immeubles  n’offrant  pas  la  sécurité  voulue.  L’organisa¬ 
tion  de  ces  abris  incombe  à  l’autorité  publique  qui  ne  saurait  trop 
les  multiplier  et  y  apporter  trop  de  soin. 

Or,  il  semble  qu’elle  n’ait  pas  envisagé  suffisamment  l’importance 
du  problème.  Une  Commission  consultative  a  été  nommée.  Il  fau- 
drait^surtout  une  Commission  agissante,  composée  d’hommes  compé¬ 
tents,  architectes  et  ingénieurs,  auxquels  on  donnerait  une  rému¬ 
nération  suffisaïUe  pour  qu’ils  puissent,  avec  l’aide  des  collaborateurs 
nécessaires,  consacrer  tout  leur  temps  à  la  solution  pratique  du  pro¬ 
blème.  On  pourra  ainsi' multiplier  les  abris  sûrs  et  hygiéniquement 
constitués,  dût-on  procéder  à  des  travaux  d’aménagement,  onéreux 


[161]  HYGIÈNE  DES 'ABRIS  PARISIENS  ET  BOMBARDEMENTS  411 

sans  douté,  mais  qui  se  traduiront  par  une  économie  de  vies 
humaines  et  de  forces  productrices.  Que  l’on  utilise  largement  les 
sous-sols  des  bâtiments  publics,  et  que  l’on  réquisitionne,  s’il  le 
faut,  en  inde  mnisant  convenablement  les  propriétaires,  les  caves 
des  immeubles  privés  qui  seraient  nécessaires.  Il  faut  s’organiser 
pour  longtelnps,  tout  en  souhaitant  que  ces  précautions  soient 
inutiles. 

M.  Kers.  —  II  existe  en  effet,  à  l’endroit  de  la  pénétration  de  la 
oonduile  principale  du  gaz  dans  un  immeuble  un  robinet  qui  per¬ 
met  d’interrompre  entièrement  l’arrivée  du  gaz. 

J’estime  qu’il  y  a  Heu  de  vérifier  et  de  tenir  la  main  à  la  protec¬ 
tion  des  conduites  d’eau,  de  gaz  et  d’électricité  dans  les  caves  et  les 
couloirs  de  celles-ci,  conduites  pouvant  être  aisément  détériorées, 
volontairement  ou  non,  par  les  personnes  réfugiées. 

Quant  aux  canalisations  d’eau  usées  et  de  matières  de  vidanges, 
dont  là  rupture  pourrait  avoir  également  des  conséquences  graves, 
il  faut  empêcher  les  réfugiés  de  monter  sur  ces  canalisations. 

Concernant  l’établissement  de  communications  entre  les  caves  des 
immeubles  contigus,  il, ne  faut  pas  se  dissimuler  que  cela  présente 
de  sérieuses  difficultés. 

Il  s'agit  en  effet  de  propriétés  privées  et  les  propriétaires  pas  plus 
que  les  locataires  à  bail,  qui  occupent  souvent  une  assez  grande 
partie  des  caves  n’accepteront  une  mesure  de  ce  genre.  Ils  pourront 
objecter  que  ces  ouvertures  peuvent  compromettre  la  solidité  de 
l’immeuble,  qu’elles  enlèveraient  toute  sécurité  aux  locataires  rela¬ 
tivement  aux  cambriolages,  à  un  moment  où  justement  les  caves 
servent  de  dépôts  aux  objets  que  l’on  désire  soustraire  aux  dangers 
du  bombardement.  Enfin,  généralement  les  couloirs  des  caves  ne 
voi^t  pas  jusqu’au  mur  mitoyen  et  il  faudrait  commencer  par  expro¬ 
prier  les  locataires  des  caves  mitoyennes. 

Il  me  semble  bien  difficile  qu’une  telle  solution  puisse  être 
réclamée. 

M.  Marié-Davy.  —  Cette  intercommunication  des  caves  présen¬ 
terait  sans  doute  des  difficultés.  Cependant  je  crois  devoir  faire 
observer  qu’elle  a  été  réalisée  à  Nancy,  ainsi  qu’il  ressort  des  ren¬ 
seignements  qu’a  bien  voulu  m’envoyer  M.  Mirman,  préfet  de 
Meurthe-et-Moselle. 

Il  est  vrai  que  l’intensité  des  bombardements  incitait  les  pro¬ 
priétaires  de  la  malheureuse  ville  à  accepter  des  mesures  qui 
n’apparaîtraient  pas  si  urgentes  aux  propriétaires  parisiens. 


412  '  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [168] 

M.  le  D'  Camesgasse.  —  Je  crois  savoir  que  les  gens  du  métier 
considèrent  que  la  fermeture  des  branchements  de  maison  est  une 
manœuvre  extrêmement  dangereuse  à  cause  des  négligences  inévi¬ 
tables. 

Juste  à  mi-chemin  entre  Saint-Gervais  et  Saint-Paul  j’ai  vu,  il  y  a 
ti-ente...  et  quelques  années,  \ai  catastrophe  de  la  rue  François-Miron 
due  à  une  telle  coïncidence,  si  j’ai  bonne  mémoire. 

Dans  mon  village,  lors  de  la  réouverture  après  fermeture  de 
l’usine  faute  de  charbon,  le  gazier  a  trouvé  17  robinets  ouverts  sur 
les  14b  installations  qu’il  a  contrôlées  —  très  soigneusement 
d’ailleurs  —  avant  de  donner  le  gaz. 

M.  Kohn-Abrest.  —  Il  n’y  a  peut-être  pas  de  réelles  difficultés 
pour  habituer  le  public  à  mettre  en  position  de  fermeture  les  robi¬ 
nets  des  becs,  fourneaux,  radiateurs  à  gaz,  lorsque  l’alerte'  sera 
donnée.  Certains  faits  de  féviier  1917,  où  le  débit  du  gaz  était  par 
trop  irrégulier  dans  certains  quartiers  de  Paris  et  pouvaient  faire 
craindre  les  accidents  les  plus  graves,  me  permettent  cette  opinion. 
Nous  avions  à  cette  époque  formulé  avec  M.  Dumont  certaines 
prescriptions  à  l’usage  du  public.  Je  suis  d’ailleurs  convaincu  que 
les  ingénieurs  de  la  Compagnie  du  gaz  ont  déjà  dû  prévoir  celte 
question,  en  cas  d’alerte.  i 

M.  le  D‘'  Henry  Thierry.  —  Je  suis  persuadé  que  l’on  arriverait 
parfaitement  à  éviter  les  dangers  que  signale  M.  le  D''  Camescasse. 
Il  suffirait  d’exiger  que  les  concierges  préviennent  les  locataires  à 
la  fin  de  chaque  alerte,  d'avoir  à  vérifier  leurs  robinets.  Ils  ne 
rouvriraient  le  robinet  principal  qu’après  avoir  pris  cette  précau¬ 
tion. 

Je  persiste  à  penser,  et  quoi  qu’on  en  dise,  qu’il  y  a  là  une  mesure 
de  première  urgence  à  demander. 

M.  LE  Président.  —  Les  remarques  qui  viennent  d’être  échangées 
à  propos  de  la  communication  de  M.  Marié-Davy  montrent  l’impor¬ 
tance  de  la  question  soulevée. 

M.  Marié-Davy  a  formulé  un  certain  nombre  de  conclu.-ions  sur 
lesquelles  il  n’est  pas  possible  de  voter  immédiatement.  Je  propose 
de  désigner  une  Commission  qui  sera  chargée  d’établir  de  concert 
avec  M.  Marié-Davy  un  ensemble  de  résolutions. 

Ces  résolutions  seront  soumises,  vu  l’urgence,  au  Conseil  de  la 
Société  et  envoyées  aux  autorités  compétentes. 

Cette  proposition  est  adoptée  et  MM.  Faivre,  Kern,  Kohn-Abrest, 


[169]  HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS  ET  BOMBARDEMENTS  413 

Risler,  Henry  Thierry,  Trélat  et  Marié-))avy  sont  désignés  pour  faire 
partie  de  la  Commission. 


Conclusions  adoptées  par  la  Commission 
ET  transmises  AUX  ADMINISTRATIONS  COMPÉTENTES. 

La  Société  de  Médecine  publique  et  de  Génie  sanitaire,  après 
examen  des  répercussions  que  peuvent  avoir  sur  la  santé 
publique  les  stations  que  la  population  parisienne  serait  appelée 
à  faire  dans  les  caves  et  autres  abris  souterrains,  a  émis  les 
conclusions  suivantes,  au  sujet  des  mesures  d’hygiène  et  de 
sécurité  qui  seraient  susceptibles  de  réduire  au  minimum  ces 
inconvénients. 


I.  —  Hygiène. 

A.  —  Considérant  en  premier  lieu  que  le  séjour  de  nom¬ 
breuses  personnes  dans  des  locaux  non  aménagés  pour 
l’habitation  entraîne  rapidement  la  viciation  de  l’air,  par 
l’accumulation  de  l’acide  carbonique  et  des  toxines  respi¬ 
ratoires  ; 

Considérant  que  bien  que  la  fermeture  totale  des  soupiraux 
puisse  présenter  certains  avantages,  surtout  si  les  caves  com¬ 
muniquaient  entre  elles  en  vue  d  assurer  une  aération  suffisante, 
l’expérience  faite  dans  d’autres  villes  bombardées  comme 
Reims  et  Nancy  a  moniré  que  l’ouverture  des  soupiraux  n’avait 
jusqu’ici  présenté  aucun  inconvénient  spécial; 

S’appuyant  sur  ces  faits,  la  Société  de  Médecine  publique  et 
de  Génie  sanitaire  estime  : 

1“  Qu’il  y  a  lieu  de  prescrire  le  percement,  dans  les  maçon¬ 
neries  récemment  établies,  d’ouvertures  suffisantes  pour  per¬ 
mettre  l’arrivée  de  l’air; 

2"  D'assurer' dans  les  grands  abris  publics  une  aération 
efficace; 


414  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  ^PUBLIQUE  -  [170] 

3°  De  tenir  coDorpte,  pour  L’évaluation  du  nombre' de 'per¬ 
sonnes  à  a4mettre,  non  seulement  de  la  surface  qu’elles  sont 
susceptibles  d’occuper,  mais'du  cube  d’air  qui  leur  est  néces¬ 
saire,  soit  en  tenant  compte  des  conditions  spéciales  :  4  mètres 
cubes  au  minimum;  ' 

4°  De  prescrire  k  ventilation  aussi  intense  que  possible  des 
abris  apr^s  chaque  alerte,  par  l’ouverture,  en  grand,  des  portes 
d’accès. 


B.  —  Considérant  qu’il  convient  de  ne’  pas  ouvrir  au  public 

des  caves  qui  peuvent  être  contaminées  par  des  matières 
fécales;  v 

Considérant  que  le  voisinage  des  fosses  id’aisanoe  peut  pré¬ 
senter  des  dangers,  que  lors  de  l’enlèvement  des  tinettes 
filtrantes,  des  matières  sont  le  plus  souvent  répandues  sur  le  sol 
et  peuvent  donner  lieu  à  des  contaminations  ; 

La  Société  estime  : 

Qu’il  y  a  lieu  de  supprimer,  autant  que  possible,  les  abris 
danç  les  immeubles  ayant  encore  des  fosses  ou  des  tinettes 
mobiles.  ,  / 

C.  —  Considérant  que  dans  toutes  les  agglomérations  de 
personnes  de  toutes  provenances  qui  se  réunissent  dans  les 
abris,  des  contaminations  directes  peuvent  Se  produire,  du  fait 
des  malades  atteints  de  maladies  transmissibles,  ou  de>porteurs 
sains  de  germes  pathogènes  ; 

Que  la  contamination  des  locaux,  à  longue  échéance,  peut  en 
résulter; 

La  Société  émet  l’avis  : 

1"  Qu’il  est  nécessaire  d’assurer  un  nettoyage  efficace  et  une 
désinfection  périodique  des  locaux  dépendant  des  adminis¬ 
trations,  par  les  soins  de  celles-ci  ; 

2®  D’aviser  aux  moyens  d’assurer  les  mêmes  mesures  pro¬ 
phylactiques  dans  les  locaux  particuliers  désignés  comme 
abris  ; 

3°  Que  le  lait  de  chaux  paraît  le  procédé  le  plus  facilement 
réalisable  pour  obtenir  celte  désinfection  et  assainir  l’atmo¬ 
sphère  ; 


|171]  HYGIÈNE  DES  ABRIS  PARISIENS  ET  BOMBARDEMENTS  4It> 

4°  Que  les  malades  atteints  de  maladies  contagieuses  devront 
être  isolés,  autant  que  possible,  des  autres  personnes  qui  sont 
.réfugiées  dans  les  abris. 

D.  —  Considérant  l’augmentation  de  mortalité  et  de  mor¬ 
bidité  par  les  maladies  des  organes  de  la  respiration  et 
l'influence  nocive  des  descentes  delà  population  dans  des  caves 
froides  ; 

La  Société  estime  qu’il  y  a  lieu  : 

De  donner  l’alerte  aussi  rapidement  que  possible,  afin  que 
chacun  ait  le  temps  de  se  vêtir  complètement,  sans  précipi¬ 
tation,  et  de  se  prémunir  contre  les  changements  de  tempé¬ 
rature  et  le  froid  humide  des  caves. 


'  II.  —  Sécurité. 

Considérant  la  gravité  des  conséquences  que  peut  avoir 
l’inflammation  des  conduites  de  gaz  des  immeubles,  ou  l’inva¬ 
sion  du  gaz  dans  les  caves  en  cas  de  rupture  de  ces  conduites  ; 

Considérant  que  le  seul  moyen  d’empêcher  ces  accidents 
graves  serait  de  fermer  les  branchements  des  maisons  ; 

Que  les  dangers  résultant  des  robinets  laissés  ouverts  dans 
les  appartements  pourront  être  évités  ; 

La  Société  de  Médecine  publique  et  de  Génie  sanitaire  attire 
l’attention  des  pouvoirs  publics  sur  les  moyens  les  plus 
efficaces  de  parer  aux  inconvénients  et  accidents  qui  peuvent 
en  résulter. 


416 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[172] 


Ea  raison  de  l’heure  twdive  la  communication  de  MM.  les 
D'‘  Bdssière  et  Voizard  est  renvoyée  à  la  prochaine  séance. 


La  séance  est  levée  à  dix-neuf  heures. 


REVUE 


D’HYGIÈNE 

ET  DE 

POLICE  SANITAIRE 


SUR  L’ÉPITHÉLIOMATOSE  MULTIPLE  DISSÉMINÉE 


DES  OUVRIERS  MANIPULANT  LE  GOUDRON  * 

par  M.  le  D'-  G.  THIBIERGE, 

Médecin  de  l’hôpital  Saint-Louis, 

Membre  de  l’Académie  de  Médecine. 

Au  moment  oïi  les  communications  de  MM.  Jeanbrau  et 
Bérard  mettent  à  l’ordre  du  jour  de  l’Académie  les  rapports  du 
traumatisme  et  du  cancer  et  oü  une  discussion  paraît  devoir 
s’ouvrir  sur  l’inQuence  des  causes  externes  dans  le  dévelop¬ 
pement  de  celte  maladie,  il  me  paraît  intéressant  de  rapporter 
deux  cas  d’épi théliomatose  multiple  que  je  viens  d'observer 
chez  des  ouvriers  manipulant  le  goudron  depuis  de  longues 
années. 

Cette  curieuse  dermatose,  dont  les  beaux  moulages  dus  au 
talent  de  M.  Niclet,  mouleur  de  l’hôpital  Saint-Louis,  que  je 
mets  sous  vos  yeux  donnent  l’idée  la  plus  précise,  est  bien 
connue  dans  certains  milieux  industriels,  surtout  en  Angle- 

1.  Communication  à  l’Académie  de  Médecine,  20  août  1918. 

REV.  d’hyg.  XL  —  27 


418 


D--  G.  THIBIERGE 


terre’  et  en  Allemagne.  Elle  est  beauconp  moins  connue  en 
France  et  dans  les  milieux  dermatologiques,  et  j’ai  constaté 
avec  quelque  surprise  que  plusieurs  des  plus  récents  et  des  plus 
estimés  de  nos  traités  de  dermatologie  en  font  à  peine  men¬ 
tion 

Elle  est  cependant  si  caractéristique  que,  au  premier  examen 
de  mes  deux  malades,  dont  la  profession  nous  était  à  ce 
moment  inconnue,  nous  n’avons  pas  hésité,  mon  assistant, 
M.  le  Pellier,  et  moi,  à  porter  d’emblée  le  diagnostic  formel 
d’épi théliomatose  des  goudronniers,  diagnostic  qui  a  été  immé¬ 
diatement  confirmé  par  l’interrogatoire  de  nos  malades. 

Le  premier  de  ces  malades  travaille  depuis  douze  ans  dans 
une  usine  de  produits  céramiques  réfractaires.  11  y  a  toujours 
été  occupé  au  moulage  de  tuyaux  d’une  forme  spéciale,  mou¬ 
lage  qui  se  fait  au  moyen  d’une  presse.  Pour  éviter  l’adhérence 
de  la  matière  plastique,  les  parois  du  moule  sont  enduites 
d’  «  huile  de  goudron  substance  de  consistance  huileuse 
provenant  de  la  purification  du  goudron  de  houille;  étendue  au 
moyen  d’un  pinceau,  cette  substance  rejaillit  sur  les  bras  de 
l’ouvrier  qui  en  sont  constamment  imprégnés.  Peu  soigneux  de 
sa  personne,  notre  malade  ne  se  lave  pour  ainsi  dire  jamais  les 
mains,  malgré  les  recommandations  qui  lui  sont  faites.  Il  est  le 
seul  dans  la  fabrique  qui  présente  de  semblables  lésions 
cutanées  ;  il  est  d’ailleurs  le  seul  à  y  avoir  fait  le  même  travail 
d’une  façon  suivie. 

Obs.  I.  -r  C...,  âgé'  de  quarante-huit  ans,  entre  à  l’iiépital  Saint- 
Louis,  le  13  mai  1898,  d’une  bonne  santé,  habituelle,  sauf  des  accès 
fébriles  d’origine  paludéenne;  il  serait  atteint  depuis  trois  ans 
environ  de  l’affection  pour  laquelle  il  entre  à  l’hôpital  et  sur  l’évo¬ 
lution  de  laquelle  il  fournit  peu  de  précisions. 

Les  AVANT-BRAS,  qui  sont  le  siège  principal  de  cette  affection,  ont 
une  coloration  générale  brunâtre;  ils  donnent  au  toucher  une  sensa- 


1.  Ses  caractères  sont,  en  particulier,  très  bien  résumés  dans  un 
rapport  présenté  au  Parlement  anglais  le  15  mai  1907  au  sujet  de  l’exten¬ 
sion  de  la  loi  du  22  décembre  1906  sur  les  indemnités  aux  ouvriers. 

2.  Je  citerai  cependant  le  paragraphe  très  topique  que  lui  consacre  mon 
collègue  et  ami  Menetrier  dans  sa  remarquable  monographie  du  cancer 
inséré  dans  le  Nouveau  Irailé  de  médecine  et  de  thérapeutique,  Paris,  1900, 
fasc.  XII,  p.  517 


L’EPITHÉLIOMATOSE  MULTIPLE  DISSÉMINÉE  DES  OUVRIERS  419 

lion  de  ràpei  .On  y  constate,  principalement  sur  leur  face  antéro- 
externe,  des  lésions  d'aspect  assez  varié  ; 

I»  Les  unes,  qui  attirent  spécialement  l’attenlion,  sont  au  nombre 
d’une  quinzaine  sur  chaque  membre  et  sont  constituées  par  de 
véritables  petites  cornes,  atteignant  environ  1  centimètre  de  lon¬ 
gueur;  leur  largeur  est  de  i  à  2  millimètres;  les  unes  sont  droites, 
d’autres  incurvées  à  la  manière  des  cornes  de  bélier;  toutes  ont  un 
diamètre  sensiblement  égal  dans  toute  leur  longueur;  elles  sont 
striées  longitudinalement  et  d’aspect  basallique  ;  leur  coloration  est 
grisâtre  ou  jaunâtre,  comme  celle  de  la  corne.  Elles  reposent  sur 
uhe  base  légèrement  saillante,  de  coloration  rosée,  recouverte  de 
squames  adhérentes,  delà  dimension  d’une  tête  d’épingle  à  celle 
d’une  lentille.  Lorsqu’on  les  arrache,  ce  qui  nécessite  un  certain 
effort,  011  trouve  à  leur  base  d’implantation  un  léger  amincissement 
de  l’épiderme  et  une  coloration  rosée  plus  accusée  que  sur  le  reste 
de  la  saillie. 

2®  Des  saillies,  en  nombre  plus  considérable  que  celui  des  petites 
cornes,  mesurant  dé  2  millimètres  à  1  centimètre  de  diamètre, 
arrondies,  régulières,  aplaties,  sont  récouvertes  de  squames  grisâtres, 
épaisses  et  assez  adhérentes;  quelques-unes  sont  ulcérées  à  leur 
partie  centrale;  l’ulcération  est  à  peine  suintante,  cratériforme,  à 
fond  végétant,  papillomateux;  sur  d’autres,  les  squames  très  adhé¬ 
rentes  sont  comparables  aux  productions  cornées  des  papillomes. 
Ces  éléments  rappellent  les  diverses  formes  de  productions  épithé¬ 
liales  bénignes  du  xeroderma  pigmentosum. 

3°  Des  taches  érythémateuses,  sans  infiltration  manifeste,  irréguliè¬ 
rement  arrondies,  dont  certaines  sont  recouvertes  de  squames  pro¬ 
noncées,  adhérentes,  de  coloration  grisâtre;  ces  squames  sont  un 
peu  soulevées  sur  les  bords  et  s’arrachent  assez  facilement  avec 
l’ongle.  An  niveau  de  certaines  de  ces  taches,  la  peau  est  légèrement 
amincie  et  déprimée.  Il  s’agit  là  de  reliquats  cicatriciels  d’éléments 
épithéliomateux  du  type  précédemment  décrit. 

4“  Un  certain  nombre  de  taches  brunâtres  ou  gris  foncé,  irrégu- 
'  lières,de  2  à  3  millimètres  de  diamètre,  rappelant  quelque  peu  l’aspect 
de  celles  du  xerodtrma  pigmentosum.  La  coloration  peu  accusée 
de  ces  taches  est,  sur  la  plupart,  uniquement  épidei-mique  ;,  sur 
quelques-unes  elle  paraît  occuper  le  derme. 

Toutes  ces  lésions  s’arrêtent  en  bas  au  niveau  des  poignets,  en 
haut  au  niveau  du  coude,  et  sont  limitées  aux  régions  qui  restent 
découvertes  pendant  le  travail. 

Sur  les  MAINS,  cependant,  il  n’y  a  ni  hyperkératose  palmaire,  n; 
altérations  unguéales.  On  constate  seulement,  au  niveau'des  glandes 


420 


Dr  G.  THIBIERGE 


annexées  aux  poils  de  la  face  dorsale  des  phalanges,  un  petit 
nombre  de  petits  points  noirs  avec  légère  liyperkératose  pêri-infun- 
dibulalre. 

Sur  le  scROTDJr,  surtout  à  gauche,  existent  :  'l“  une  dizaine  de 
petites  cornes  semblables  à  celles  des  avant-bras,  mais  ne  dépassant 
pas  5  à  6  millimètres  de  longueur  ;  2“  quelques  tuméfactions  verruci- 
formes  analogues  à  celle  des  aventuras,  mais  avec  squames  moins 
développées;  aucune  d’elles  n’est  ulcérée;  3“  une  cicatrice  de  2  centi¬ 
mètres  de  long  sur  3/4  de  centimètre  de  large,  résultant  d’une  lésion 
verruciform'e  qui  s’est  ulcérée  et  éliminée. 

La  peau  du  gland  présente  un  aspect  un  peu  chagriné,  avec 
quelques  productions  épidermiques  grisâtres,  lamellaires  et  adbér 
rentes. 

Sur  toute  la  surface  du  corps,  la  peau  présente  les  caractères  de 
l’ichthyose  cornée,  d’intensité  moyenne.  Elle  n’offre,  en  dehors  des 
avant-bras  et  des  organes  génitaux,  que  de  tiès  minimes  altérations 
pouvant  être  rapportées  à  l’action  du  goudron  :  ce  sont  des  comédons 
cornés,  sous  forme  de  points  noirs  de  1  millimètre  et  plus  de  dia¬ 
mètre,  s’énucléant  très  facilement  par  pression  ou  par  grattage, 
sans  aucune  réaction  ii^flammatoire  périphérique.  Ces  comédons 
sont  assez  nombreux  sur  la  région  sous-ombilicale,  très  disséminés 
-sur  le  cou,  sur  le  visage  et  sur  les  oreilles  au  niveau  de  l’ourlel. 

Par  des  soins  de  propreté,  des  applications  d’emplâtre  et  de  pom¬ 
madé  salicylée  et  la  cautérisation  au  galvanocautère  des  plaques 
les  plus  -volumineuses,  les  lésions  ont  disparu  à  peu  près  complè¬ 
tement  dans  l’espace  de  quelques  semaines. 

.  Examen  histologique  (dû  à  l’obligeance  de  M.  le  D''  Pelueb).  — 
L’examen  a  porté  sur  deux  fragments  cutanés  : 

1°  Plaque  légèrement  hyperkéralosique  et  érythémateuse  de  l'avanl- 
bras.  —  Le  corps  de  Malpighi  est  tantôt  normal,  tantôt  légèrement 
atrophique  et  réduit  à  un,  très  petit  nombre  de  rangées  cellulaires  ; 
dans  les  points  hyperkératosiques,  il  présente  une  tendance  à 
l’acanthose. 

Aux  points  d’hyperkératose  correspond,  dans  l’étage  supérieur  du 
derme,  un  infiltrât,  par  places  extrêmement  dense,  de  cellules  mo- 
nonucléées. 

Le  corps  papillaire  présente  des  capillaires  dilatés  et  on  ren¬ 
contre  par  places  à  sa  limite  supérieure  un  œdème  très  marqué 
aboutissant  à  la  formation  de  véritables  lacunes. 

L’hyperkératose  est  constituée  par  des  strates  cornées,  générale¬ 
ment  nucléées,  sans  qu’on  puisse  toutefois  parler  de  parakéralose. 


L’ÉPITHÉLIOMATOSE  MULTIPLE  DISSÉMINÉE  DES  OUVRIERS  421 

Au  niveau  des  points,  non  hyperkéralosiques,  les  cellules  cornées 
ne  présentent  pas  de  noyaux. 

Le  pigment  épidermique,  assez  régulièrement  l'éparli,  est  absent 
au  niveau  des  points  d'hyperkératose. 

La  couche .  supérieure  du  derme  renferme  quelques  masses 
pigmentaires. 

Le  reste  du  tissu  dermique  ne  présente  que  des  altérations 
banales  :  petits  intiltrats  périvasculaires  et  périglaudulaires. 

2“  Petite  corne  cutanée.  —  Les  lésions  sont  celles  d’un  véritable 
épilbélioma  spino-cellulaire. 

On  trouve  à  son  niveau  la  même  réaction  du  tissu  dermique, 
mais  étendue  en  profondeur. 

Le  deuxième  malade  que  j’ai  observé  travaille  depuis  dix- 
huit  ans  dans  une  usine  de  papier  goudronné.  Il  y  occupe 
depuis  treize  ans  sans  interruption  le  poste  de  «  chef  de  chau¬ 
dière  '). 

Son  travail  consiste  principalement  à  surveiller  la  fusion  de 
brai,  qu’il  empêche  de  déborder  hors  d’un  large  fourneau  plat, 
en  le  remuant  avec  une  sorte  de  seau  emmanché  d’un  long 
manche  en  bois  et  à  verser  le  brai  fondu  avec  ce  même  seau 
dans  un  bassin  où  il  est  mélangé  à  du  goudron  et  à  de  l’huile 
lourde.  Dans  ce  travail,  il  est  parfois  éclaboussé  par  la  masse 
en  fusion,  qui  occasionne  des  brûlures.  De  plus,  il  doit  vider 
dans  d’autres  chaudières  des  fûts  de  goudron  et  d’huile  lourde, 
travail  qui  l’expose  encore  plus  à  des  projections  abondantes 
et  à  des  éclaboussures  de  ces  substances.  El  comme  il  doit,  en 
outre,  se  rendre  aux  foyers  des  chaudières  pour  les  remplir  de 
charbon  et  surveiller  les  feux,  il  .se  trouve,  alors  qu’il  est 
couvert  d’éclaboussures  de  goudron,  exposé  à  une  haute  tempé¬ 
rature,  qui  fait  fondre  le  goudron  et  le  met  en  contact  plus 
intime  avec  la  peau.  Et,  pour  enlever  ces  éclaboussures  de 
go.udron,  il  est  obligé  de  se  servir  d’huile  lourde,  qui  ajoute 
sans  doute  son  action  irritante  à  celle  du  goudron. 

M...  est,  dans  sa  fabrique,  te  seul  ouvrier  qui'ait  fait  pendant 
plusieurs  années  ce  travail,  ses  camarades  ne  manipulant  le 
goudron  qu’une  fois  incorporé  au  carton,  alors  qu’il  est  à  l’état 
sec  et  refroidi.  Il  estle  seul  qui  ait  jamais  présenté  des  accidents 
cutanés  de- ce  genre. 


422  D--  G.  THIBIER6E 

Obs.  il  —  M...,  âgé  de  quarante-trois  ans,  entré  dans  mon  service 
le  10  juin'  1918,  d’une  bbnne  santé  habituelle,  a  commencé  il  y  a 
quatre  ou  cinq  ans  à  présenter  les  symptômes  de  sa  maladie  actuelle; 
ils  ont  débuté  par  les  mains  et  les  avant-bras  et,  un  an  plus  tard,  sur 
,  le  visage,  alors  que  M...  était  sur  le  front.  11  fut  évacué  pour  de 
petites  tumeurs  des  régions  frontale  gauche  et  temporale  droite, 
tumeurs  que  M.  Morestin  diagnostiqua  cancroïde  et  opéra  au  mois 
d’avril  1915.  Au  mois  de  juin  suivant,  il  fut  mobilisé  à  son  usine  et  y 
reprit  son  travail  habituel. 

Vers  le  mois  de  mai  1917,,  apparut  au  niveau  de  l’angle  interne  des 
paupières  de  l’oeil  droit  un  petit  «  bouton  »,  pour  lequel  il  fut  hospL 
talisé  aux  Quinze- Vingts,  et  opéré  par  M.  Kalt. 

Il  y  a  quatre  mois  environ,  il  s’aperçut  de  l’existence,  sur  le 
scrotum,  d’une^croûte  ;  à  cette  croûte  succéda  rapidement  une  ulcéra¬ 
tion,  qui  a'  atteint  depuis  un  mois  ses  dimensions  actuelles. 

On  constate  sur  le  dos  des  mains,  le  poignet  et  la  partie  inférieure 
de  la  face  antérieure  (environ  les  deux  tiers  à  gauche  et  la  moitié  à 
droite)  des  avant-bras  les  lésions  suivantes  : 

1°  Des  saillies  de  coloration  rose  violacé  de  forme  irrégulièrement 
arrondie,  de  3  à  8  ou  10  millimètres  de  large,  surmontées,  soit  de 
petites  squames  adhérentes  et  brillantes,  soit  de  croûtes'' assez 
épaisses  qui  prennent  sur  certains  éléments,  mais  moins  nettement 
que  chez  le  malade  précédent,  l’aspect  de  véritables  petites  cornes  ; 
ces  cornes  ont  pour  la  plupart  5  à  6  millimètres  de  haut,  quelques- 
unes  atteignent  1  centimètre.  Une  traction  assez  forte  détermine 
l’arrachement  de  ces  productions.  Quelques  cornes  semblent  direc¬ 
tement  implantées  sur  la  jieau,  sans  qu’il  exisite  de  saillie  papuleuse 
à  leur  base. 

Sur  le  bord  radial  de  l’avant-bras  droit,  un  des  éléments  saillants, 
un  peu  ulcéré  à’  sa  partie'  centrale,  mesure  les  dimensions  d’une 
pièce  de  1  franc  et  fait  une  saillie  de2  à  3  millimètres. 

2“  Au  niveau  de  l’extrémité  inférieure  du  cubitus  droit,  une  cica¬ 
trice  arrondie,  large  comme  une  pièce  de  2  francs,  résultant  de 
l’extirpation  d’une  tuméfaction  du  volume. d’une  noisette,  pratiquée 
en  août  1914. 

3“  Des  taches  brunes,  peu  apparentes,  de  forme  un  peu  irrégu¬ 
lière,  de  3-4  millimètres  de  large. 

4“  Un  assez  grand  nombre  de  taches  rouges,  de  dimensions 
variées,  allant  jusqu’à  6  et  7  millimètres  de  large,  présentant  pour  la 
plupart  un  aspect  cicatriciel,  quelques-unes  avec  des  squames  peu 
épaisses  et  assez  adhérentes.  ' 

5“  Un  certain  nombre  de  points, 'noirs  de  1  millimètre  de  diamètre 


L’ÉPITHÉLIOMATOSE  MULTIPLE  DISSÉMINÉE  DES  OUVRIERS  423 

environ,  qui  s’énucléent  facilement  parla  pression  sous  la  forme  de 
comédons  durs,  hordéiformes.  Autour  des  poils  de  la  face  dorsale 
des  doigts,  il  existe  des  points  noirs  plus  petits,  absolument  iden¬ 
tiques  à  ce  que  j’ai  décrit  sous  le  nom  d’encrage  des  follicules  chez 
les  tourneurs  d’obus. 

Sur  le  VISAGE,  on  constate,  outre  les  cicatrices  résultant  de  deux 
opérations  chirurgicales  à  la  région  temporale  droite  et  à  la  région 
frontale  gauche,  cicatrices  qui  ne  présentent  pas  de  traces  de 
récidive,  quelques  plaques  sèches,  d'aspect  corné,  mesurant  4  à 
5  millimètres  de  diamètre,  occupant  la  région  frontale;  en  outre, 
surtout  sur  le  nez  et  les  joues,  de  nombreuses  croûtes  un  peu 
grosses,  de  coloration  grisâtre,  moyennement  adhérentes,  rapr 
pellent  très  exactement  les  croûtes  sébacées  des  vieillards.  De  plus, 
des  cicatrices  multiples,  arrondies,  peu  déprimées,  ayant  en 
moyenne  les  dimensions  d’une  grosse  lentille,  occupent  les  diverses 
parties  du  visage  et  ont  sans  doute  succédé  à  des  productions  cor¬ 
nées  ayant  évolué  spontanément  vers  l’ulcération. 

Sur  le  nez  et  les  joues,  les  orifices  des  glandes  sébacées  sont  lar¬ 
gement  dilaté?  sans  comédons  noirs. 

Sur  la  partie  supérieure  de  l’ourlet  de  I’oreille  gauche,  on  voit 
deux  cornes,  mesurant  respectivement  1/2  et  1  centimètre  de 
long,  sur  2  millimètres  de  large,  légèrement  incurvées  à  leur  extré¬ 
mité. 

Sur  la  partie  antérieure  droite  du  scrotum,  existe  une  ulcération 
de  forme  irrégulièrement  arrondie,  mesurant  environ  10  centi¬ 
mètres  de  long  sur '6  à  8  de  large;  ses  bords  sont  saillants,  très 
accusés,  éyersés  par  places  ;  son  fond  est  irrégulier,  fortement  bour¬ 
geonnant  par  places,  de  coloration  rouge  foncé  ;  elle  saigne  facile¬ 
ment  au  moindre  frottement;  à  la  palpation,  les  bords  ont  une 
consistance  ferme.  Cette  ulcération  n’est  pas  douloureuse  spontané¬ 
ment.  Les  téguments  du  scrotum  sont  mobiles  sur  le  testicule  qui 
parait  normal. 

Les  ganglions  inguinaux  ne  sont  pas'tuméfiés. 

L’état  général  dû  malade  est  bon. 

Sous  l’influence  des  soins  de  propreté,  les  lésions  cutanées  du 
visage  et  des  membres  supérieurs  se  sont  notablement  amé¬ 
liorées. 

La  lésion  du  scrotum  a  été  extirpée  par  M.  Morestin. 


Les  deux  observations  que  je  viens  de  rapporter  donnent 
une  idée  très  complète  de  ce  qu’est,  au  point  de  vue  clinique, 
l’épithéliomatose  des  goudronniers  :  _  succédant  à  l’oblité- 


424  D>  G.  THIBIERGE 

ration  des  orifices  glandulaires*  de  la  peau,  suivie  ou  non  de 
lésions  irritatives  folliculaires  et  ostiofolliculaires  du  type  de 
l’acné,  elle  se  traduit  par  des  tumeurs  multiples,  où  la  réaction 
épithéliale  al)outit  à  des  productions  cornées  aplaties  ou  exu¬ 
bérantes,  qui  revêtent  parfois  le  type  de  la  corne  cutanéé.  Ces 
tumeurs  ont  pour  la  plupart  une  évolution  bénigne,  restent 
toujours  de  petit  volume,  peuvent  s’ulcérer,  mais  en  général  se  ' 
cicatrisent  spontanément.  Certaines  s’ulcèrent  largement, 
s’étendent,  nécessitent  une  intervention  chirurgicale;  elles 
peuvent  même  être  suivies  de  généralisation  et  de  mort. 

.  Les  lésions  occupent  les  régions  découvertes,  particulière¬ 
ment  les  avant-bras  et  le  visage;  el^es  peuvent  se  dévélopper 
sur  les  parties  couvertes,  exposées  au  contact  accidentel  des 
produits  nocifs,  apportés  parles  mains  de  l’ouvrier,  ou  impré¬ 
gnant  les  vêtements,  fixés  peut-être  par  la  transpiration.  C’est 
ainsi  qu’on  peut  s’expliquer  la  localisation  fréquente  au  scro¬ 
tum,  région  qui  est  si  souvent  le  siège  de  lésions  importantes 
dans  toutes  les  dermatoses  de  cause  externe. 

Cette  curieuse  dermatose  s’observe  chez  les  ouvriers  qui 
manipulent  le  brai  et  sont  exposés  au  contact  de  ses  pous¬ 
sières;  particulièrement  chez  ceux  qui  fabriquent  des  agglo¬ 
mérés  de  charbon';  elle  se  rencontre  également  dans  d’autres 
industries  :  chez  les  ouvriers  qui  détachent  le  brai  des  cor¬ 
nues'  et  le  fragmentent  pour  le  livrer  à  la  consommation;  chez 
ceux  qui  goudronnent  les  traverses  de  chemin  de  fer';  chez 

1.  Le  goudron  et  les  huiles  minérales,  mis  au  contact  de  la  peau,  ont 
grande  tendance  à  oblitérer  les  orifices  des  glandes  cutanées  :  c’est  ainsi 
que  débutent,  entre  autres,  l’acné  cadique  et  le  «  bouton  d’huile  »  des  tour¬ 
neurs  d’obus. 

2.  Makouvrcez.  —  Maladies  et  hygiène  des  ouvriers  travaillant  à  la  fabri¬ 
cation  des  agglomérés  de  houille  et  de  brai.  Annales  d'hygiène  publique 
et  de  médecine  fe'gale,  janvièr  1876,  p.  45:7,^ 

Zweig.  —  Ueber  dîé  Berufs-Karzinomc  [Schorn-,  Steinfeger-,  Teer-, 
Paraffinkrebs]  mit  drei  Féllen  von  sogen.  Teerkrebs.  Dermatologische 
Zeitschrift,  février  1909,  p.  8S. 

3.  Pbllikb.  —  L’épithélioma  des  ouvriers  du  goudron.  Province  médi¬ 
cale,  1909. 

4  Huggins.  —  Sur  les  altérations  de  la  peau  causées  par  la  fabrication 
du  goudron  de  houille.  Thèse  de  Toulouse,  novembre  1909. 

Huggins.  —  Loeo  eilato 


L’ÉPITHÉLIOMATOSE  MULTIPJÆ  DISSÉMINÉE  DES  OUVRIERS  425 

ceux  qui  fabriquent  la  paraffine  par  distillation  du  goudron*  ; 
chez  ceux  qui  préparent  l’asphalte^. 

Elle  peut,  comme  le  montre  l’observation  de  mon  premier 
malade,  se  rencontrer  dans  des  industries  où  on  ne  serait  pas 
tenté  d’incriminer  tout  d’abord  l’action  du  goudron. 

Le  goudron  peut  d’ailleurs  la  détérminer,  quelle  que  soit  sa 
consistance  et  sa  pureté,  qu’il  s’agisse  de brai,  d’huileslourdes, 
d’huile  raffinée  même  très  pure. 

Elle  s’apparente  au  cancer  des  ramoneurs,  affection  décrite 
en  1775  par  Percival  Pbtt  et  caractérisée  par  son  siège  habituel 
au  scrotum,  mais  dans  laquelle  les  lésions  disséminées  des 
autres  régions  du  tégument,  semblent  manquer  ou  être  peu 
marquées,  et  qui  peut  être  attribuée  à  l’action  dé  la  suie,  par¬ 
ticulièrement  de  la  suie  de  charbon,  d’où  sa  fréquence  plus 
grande  en  Angleterre. 

Individualisée  comme  elle  l’est,  cette  delmatose  constitue  un 
véritable  stigmate  professionnel  et  dénote  tout  à  la  fois  la 
manipulation  du  goudron  sous  une  forme  variable,  Ja  longue 
durée  de  cette  manipulation  —  tous  les  ouvriers  qui  en  sont 
atteints  travaillent  depiîis  de  longues  années  —  et  l’insuffi¬ 
sance  des  soins  de  propreté. 

Au. point, de  vue  de  l’hygiène  industrielle,  elle  apparaît,  en 
effet,  comme  une  maladie  évitable,  à  condition  de  prendre  cure 
suffisante  des  téguments. 

Au  point  de  vue  de  la  pathologie' générale  et  de  l’étiologie 
générale  du  cancer,  elle  offre  le  curieux  exemple  d’une  affec¬ 
tion  où  l’irritation  prolongée  par  une  substance  chimique  pro¬ 
voque  ou  met  en  jeu  la  réaction  épidermique  et  la  production 
d’une  lésion  épithéliomateuse  indiscutable. 

1.  Eckabut.  —  Vier  neue  Fâlle  von  Parafûn-Krebs.  Thèse  de  Halle,  1886. 
Libbe.  —  Ueber  den  Teer-  oder  Paraffln-Krebs.  SckmidI's  Jahrbücher, 
1882,  p.  65. 

2.  Oliver.  —  Tar  and  asphalt  workers  epithelioma  and  ehitnney-sweeps 
cancer.  lirUish  medical  Journal,  22  août  1908,  p.  493. 


426 


Dr  WURTZ 


NOTE 

SUR 

LA  VACCINATION  PRÉCOCE  DES  NOUVEAU-NÉS  * 

par  M.  le  Dr  WDRTZ, 

Directeur  du  Service  de  la  vaccine  à  l’Académie  de  médecine. 

On  admettait  généralement  que  tous  les  nouveau-nés 
sont' peu  réceptifs  à  la  vaccine.  Cette  Opinion  a  probablement 
fait  que  dans  le  règlement  administratif  de  la  loi  du  15  février 
1902,  il  est  indirectement  recommandé  d’attendre  3  mois  après 
la  naissance  avant  de  vacciner  les  enfants  à  la  ipamelle. 

En  effet,  la  circulaire  ministérielle  du  7  août  1903,  adressée 
aux  préfets,  sur  l’obligation  de  la  vaccination  et  de  la  revacci¬ 
nation  (art.  6  de  la  loi  du  15  février  1902),  dit  expressément  à 
l’article  6  (Établissement  des  listes)  ;  . 

«  Pour  la  première  vaccination,  la  liste  comprend  :  1“  tous 
les  enfants  ayant  plus  de  trois  mois  ou  moins  d’un  an,  le  jour 
de  la  séance  de  vaccination.  »  Le  règlement  administratif 
indique  donc  qu’il  ne  faut  pas  vacciner  les  nouveau-nés  avant 
l’âge  de  trois  mois.  La  loi  elle-même  stipulait  seulement  (art.  6) 
que  la  vaccination  est  obligatoire  au  cours  de  la  première  année 
de  vie,  sans  limitation  restrictive. 

Les  accoucheurs  des  hôpitaux  n’ont  pas  tenu  compte  de  ce 
paragraphe  de  la  circulaire  ministérielle,  qui  leur  enlevait  toute 
possibilité  de  vacciner  les  nouveau-nés  dans  les  maternités. 
M.  Pinard,  en  particulier,  s’est,  il  y  a  longtemps,  déclaré  par¬ 
tisan  de  la  vaccination  immédiate,  qu’elle  soit  ou  non  suivie 
de  succès.  11  juge  avec  raison  qu’il  vaut  mieux  risquer  un 
insuccès  que  de  ne  pas  vacciner  quand  on  le  peut  et  dès  qu’on 
le  peut. 

On  a  soutenu  l’opinion  contraire,  en  alléguant  l’inutilité  de 
cette  vaccination,  que  l’on  devrait  recommencer  le  plus  souvent 
-quelques  semaines  ou  quelques  mois  plus  tard.  De  même,  cer¬ 
tains  médecins,  ayant  observé  quelques  accidents  (réactions 

1.  Communication  à  i’Académie  de  médecine,  21  mai  1918. 


LA  VACCINATION  PRÉCOCE  DES  NOUVEAU-NÉS  427 

locales  violentes,  vaccine  généralisée)  à  la  suite  des  vaccina¬ 
tions  précoces,  les  ajournent. 

Entre  ces  deux  systèmes,  il  m’a  paru  intéressant  de  recher¬ 
cher  par  la  statistique  des  succès  et  des  insuccès,  chez  les  nou¬ 
veau-nés,  s’il  y  a  intérêt  ou  non  à  attendre  avant  de  .vacciner 
un  enfant  à  la  mamelle. 

Sur  quels  faits  s’appuyaient  les  partisans  de  la  vaccination 
retardée?  Je  n’ai  trouvé  à  ce  sujet  qu’un  seul  document.  C’est 
une  note  du  D^Tissier,  accoucheur  des  hôpitaux,  publiée  en  1904, 
dans  les  Annales  de  la  Société  obstétricale  de  Paris^  et,  par  con¬ 
séquent,  postérieure  de  deux  ans  à  la  promulgation  de  la  loi. 

,  M.  Tissier  a  observé  942  enfants  'à  l’asile  Ledru-Rollin,  sur 
lesquels  137  n’avaient  pas  été  vaccinés.  En  outre,  152,  c’est-à- 
dire  presque  19  p.  100,  avaient  été  vaccinés  sans  succès. 

Ces  289  enfants  ont  été"  vaccinés  par  M.  Tissier  avec  le  pour¬ 
centage  suivant  :  90  p.  100  de  succès  sur  les  137  enfants  non 
précédemment  vaccinés,  et  87  p.  100  sur  les  152  enfants  anté¬ 
rieurement  vaccinés  sans  succès. 

L’auteur  en  concluait  que  les  échecs  de  la  vaccination  sont 
moindres  quand  on  s’éloigne  du  moment  de  la  naissance,  et  les 
enfants  plus  aptes  à  subir  la  vaccine  à  quinze  jours  ou  à  trois 
semaines  qu’au  lendemain  ou  surlendemain  de  leur  venue  au 
monde.  L’immunité  qu’ils  tiennent  de  leurs  ascendants,  indé  ¬ 
pendamment  d’inoculations  récentes  de  la  mère,  s’atténuerait 
vite  après  2  ou  3  semaines. 

Mais,  actuellement,  M.  Tissier,  comme  les  autres  accoucheurs 
des  hôpitaux  de  Paris,  vaccine  précocement  les  nouveau-nés,  les 
résultats  qu’il  obtient  montre  que  cette  pratique  est  la  bonne. 

L’avis  des  accoucheurs  des  hôpitaux  de  Paris,  que  j’ai 
presque  tous  consultés,  est  d'ailleurs  unanime;  la  vaccination 
précoce  est  pour  eux  la  règle,  sauf  dans  un  certain  nombre  de 
circonstances,  qui  sont  dictées  par  le  bon  sens  (débilité  congé¬ 
nitale,,  maladies  des  premiers  jours,  dermites,  etc.,  etc...). 

M.  Bonnaire,  qui  constate  tous  les  ans  quelques  cas  d’hémo¬ 
philie  chez  les  nouveau-nés,  attend,  pour  vacciner,  le  8®  ou  le 
10“  jour,  les  hémorragies  apparaissant  d’ordinaire  au  cours  de 
la  l"  semaine.  11  a  adopté  cette  pratique  depuis  qu’ijja  observé, 
à  la  suite  d’une  vaccination,  un  cas  de  mort  par  hémorragie 
incoercible  chez  un  nouveau-né. 


Dr  BOÜRDINIÈRE 


Il  résulte  donc  de  ces  observalions,  fondées  sur  une  vaste 
pratique,  que  le  laps  de  trois  mois  fixé  par  le  règlement  admi¬ 
nistratif,  et  avant  lequel  la  vaccination  ù’est  pas  obligatoire, 
pourrait  être  réduit  de  beaucoup. 

«  De  huit  jours  à  trois  mois,  il  y  a  de  la  marge  »,  ainsi  que 
l’écrivait  M.  Bonnaire.  Je  pense  donc  que  sans  aucune  espèce 
d’inconvénient  le  paragraphe  6  du  règlement  administratif 
pourrait  être  modifié  de  la  façon  suivante  :  - 

1“  Tous  les  enfants  ayant  plus  de  dix  jours  et  moins-de  trois 
mois  *. 

LES  LEÇONS  DE  LÀ  GUERRE 

ET  LES  INSTALLATIONS  D’EAUX  POTABLES. 

LA  JAVELLISATION 

ET  LA  CHLORATION  DEVIENDRONT  -  ELLES  DES  MÉTHODES  DE  CHOIX  ? 
par  le  médecin-major  de  2°  classe  BOÜRDINIÈRE, 

Professeur  suppléant  à  l’École  de  Médecine  de  Rennes, 
Inspecteur  départemental  d’Hygiène. 

«  La  guerre  amis  en  évidence  l’importance  des  services 
d’eaux  potables  non  seulement  dans  tes  villes  mais  dans  les 
plus  petites  localités.  Elle  a  largement  démontré  les  conditions 
défectueuses  de  nombreuses  installations,  le  manque  absolu 
de  tout  service  dans  un  grand  nombre  de  cas,  même  l’absence 
de  précautions  élémentaires  dans  d’autres.  Elle  a  posé  le 
redoutable  problème  de  l’alimentation  en  eau  potable  des  trou¬ 
pes  en  ligne  ou  cantonnées  dans  le  voisinage.  Il  serait  ridicule 
cependant  de  nier  les  efforts  faits  avant  la  guerre,  car  un  nom¬ 
bre  important  de  villes  et  même  de  petites  localités  étaient 
munies  d’un  service  d’eau  potable  ne  laissant  rien  à  désirer. 
Captations  de  sources  faites  quelquefois  à  des  distances  consi¬ 
dérables,  puits  profonds  creusés  le  long  ,  des  rivières,  filtra¬ 
tions  sur  sable  ou  autrement,  stérilisations  par  l’ozone  ou  les 
rayons  ultra-violets,  les  systèmes  les  plus  divers  ont  été  uti¬ 
lisés.  Incontestablement,  l’effort,  bien  que  considérable,  car  le 

1..  Cette  proposition  est  adoptés* à  l’unanimité  par  l'Académie  de  méde- 


LEÇONS  DE  L\  GU EURE 


429 

problème  de  l’eau  de  boisson  était  devenu  l’une  des  plus  fortes 
dépenses  des  grandes  agglomérations,  a  été  minime  en  compa¬ 
raison  de  ce' qui  devrait  exister.  Le  second  problème,  celui-là 
complètement  imprévu,  a  été  résolu  de  diverses  manières  :  le 
plus  souvent  transport  d’eau  potable  jusqu’aux  premières 
lignes  par  divers  moyens,  puits  aménagés  ou  creusés  surplace, 
exceptionnellement  distribution  d’eau  potable  par  conduite. 

«  Quel  que  soit  le  procédé  utilisé,  le  Service  de  Santé  n’a 
cessé  de  préconiser  la  javellisation  pour  assainir  l’eau  potable 
à  l’avant  comme  à  l’arrière  et  récemment  le  Service  de  Santé 
américain  conseillait  la  chlorâtion  qui  offre  peut-être  certains 
avantages,  mais  dont  le  principe  est  le  même  puisque  le  pro¬ 
cédé  de  stérilisation, chimique  s’exerce  par  le  chlore.  Des  pro¬ 
cédés  automatiques  de  javellisatioa.et  de  chloration  existent, 
assurant  une  stérilisation  parfaite  comme  le  démontrent  les 
fréquentes  analyses  d’eau.  En  sorte  que  certains,  dans  leur 
enthousiasme,  affirment  que  toutes  les  eaux  consommées  aux 
armées  doivent  être  javellisées  et  souhaitent  que  «  la  pratique 
de  la  javellisation  et  de  la  chlorâtion  se  répande  après  la 
guerre  dans  l’installation  d’eau  des  villes,  surtout  dans  les 
petites  cités  qui  ne  peuvent  se  payer  de  coûteux  captages  de 
sources  protégées  ou  d’importantes  usines  de  filtration,  ce  pro¬ 
cédé  étant  le  plus  simple,  le  moins  coûteux  et  le  plus  facile  à 
installer*  ». 

L’on  peut  se  demander  dans  ces  conditions  si  certaines 
dépenses  considérables  engagées  pour  des  captations,  des  fil¬ 
trations  ou  des  stérilisations  ont  eu  leur  raison  d’être  et  si 
avec  quelques  précautions  et  des  dépenses  infiniment  moin¬ 
dres  on  n’aurait  pas  obtenu  par  javellisation  ou  chloration  des 
résultats  analogues,  peut-être  meilleurs.  La  javellisation  n’avait 
pas  «  droit  de  cité  »  avant  la  guerre,  la  Ville  de  Paris  seule  y 
avait  recours  dans  des  occasions  exceptionnelles  et  il  est  assez 
curieux  de  voir  préconiser  ce  procédé  qu’on  a  considéré 
comme  un  procédé  nuisible,  en  tout  cas  comme  frauduleux. 
Va-t^il  détrôner  la  plupart  des  autres  procédés  d’épuration  et 
de  stérilisation  des  eaux  potables?  Sera-t-il  suffisant  par  lui- 

t.  Dbsfossbs.  —  La  Presse  Médicale,  24  juin  1918. 


430 


Dr  BOUHDINIÈRE 


même  dans  tous  les  cas  et  dans  quelles  limites  les  hygiénistes 
devront-ils  y  avoir  recoims  dans  les  futures  installations  d’eau 
potable? 

A  priori,  les  moyens  perfectionnés  dont  on  dispose  pour  la 
javellisation  ou  la  chloration  de  l’eau  et  son  contrôle,  les  con¬ 
séquences  nulles  de  l’absorption  de  cette  eau  pour  la  santé  des 
hommes  ne  permettent' pas  de  présumer  de  l’avenir  et  d’affir¬ 
mer  quel  sera  l’essor  de  ce  mode  de  stérilisation.  Certains  affir¬ 
ment  déjà  que  c’est  la  méthode  de  l’avenir.  C’est  pourquoi 
nous  ne  voulons  envisager  la  question  qu’à  la  lumière  des  faits 
actuels.  Qu’avons  nous  vu?  Une  période  de  javellisation  .à 
outrance  qui  a  duré  un  certain  temps.  C’est  la  période  de  plein 
épanouissement  des  tonneaux  d’eau  javellisée  à'  l’avant  et  à 
l’arrière,  des  temps  où  .de  nombreux  chimistes  étaient  fort 
occupés  à  doser  et  à  expédier  les  produits  nécessaires  à  la 
javellisation.  Puis  les  feux  se  sont  éteints  ou  presque.  L’avant 
et  l’arrière  demandent  de  moins  en  moins  les  produits  néces¬ 
saires  et  les  circulaires  qui  recommandent  la  méthode  tombent 
le  plus  souvent  danssle  vide.  C’est  que  dans  l’intervalle  un  fait 
s’est  produit.  On  a  développé  les  services  d’eaux  potables,  un 
a  amélioré  les  puits  existants;  on  en  a  creusé  de  nouveaux,  on 
a  fait  des  captations  et  établi  des  distributions  d’eàu  potable. 
Le  succès  a  répondu  à  ces  efforts  et  spontanément  les  forma¬ 
tions  ont  eu  recours  à  ces  installations. 

Il  est  bien  démontré  que  l’on  trouve  souvent  sur  place  l’eau 
potable  naturelle  suffisamment  jpure  sans  avoir  besoin  de 
recourir  à  aucun  moyen  de  stérilisation  et  il  est  certain  qu’à 
partir  du  moment  où  dans  nos  campagnes  les  puits  seront  bien 
choisis,  bien  aménagés,  suffisamment  protégés  et  munis  de 
pompes,  un  grand  progrès  aura  été  r'éalisé  pour  la  santé  publi¬ 
que.  Mais  le  problème  n’est  pas  aussi  simple  car  ne  sont  véri¬ 
tablement  utilisables  et  «  ne  méritent  le  norn  de  sources,  dit 
Martel,  que  les  émergences  filtrées  et  saines  des  vraies  nappes 
d’interstices  ».  Or  un  nombre  considérable  de  régions  utilisent 
comme  sources  des  émergences  de  terrains  fissurés  qui  sont 
suspectes  et  qui  sont  parfois  de  véritables  résurgences. 

Les  régions  à  terrains  fissurés  sont  connues  et  le  plus  sou¬ 
vent  il  suffit  d’observer  et  d’analyser  les  sources  un  certain 
nombre  de  fois  et  à  des  époques  différentes  pour  les  recon- 


LEÇONS  DE  LA  GUERRE 


431 


naître.  C’est  la  distribution  d’eau  potable  qui  s’impose  dans 
ces  régions,  car  elle  permet  un  choix  judicieux  des  meil¬ 
leures  sources  et  la  suppression  des  sources  dangereuses. 
Incontestablement  l’installation  de  javellisateurs  ou  de  chlo- 
rateurs  automatiques  à  l’origine  des  tuyaux  de  distribution  ou 
le  long  du  trajet  de  la  conduite  constitue  un  moyen  de  parer 
au4auger  qui  peut  se  produire  à  certaines  époques  de  l’année 
ou  au.  cours  d’un  mauvais.état  sanitaire  Iqcal.  Nul  doute  que 
l’on  ne  dispose  là  d’un  moyen  simple,  efficace  et  peu  coûteux. 
Le  génie  sanitaire  de  l’Armée  semble  en  avoir  compris  l’im- 
portapce.  Il  se  ménage  dans  certains  cas  la  possibilité  de 
placer  des  javellisateurs  automatiques  sur, le  trajet  de  la  con¬ 
duite  lorsqu’il  procède  à  une  nouvelle  installation  d’eau  pota¬ 
ble.  C’est  là  évidemment  une  pratique  très  rationnelle.  Faut-il 
généraliser  cette  méthode  et  ne  doit-on  plus  faire  de  captation  . 
ni  de  distribution  d’eau  potable  sans  se  réserver  la  possibilité 
de  la  javellisation  ou  de.  la  chloration  ?  Il  semble  bien  qu’il 
devrait  en  être  ainsi  dans  la  plupart  des  régions,  au  moins 
dans  les  régions  à  terrains  fissurés  et"  à  sources  émergentes 
douteuses.  Des  cités  importantes,  dotées  de  services  d’eaux 
considérables  mais  dont  les  eaux  à  l’analyse  sont  d’une  pureté 
relative,  gagneraient  à  avoir  la  javellisation  ou  la  chloration. 
Est^ce  à  dire  que  les  autres  procédés  de  stérilisalion,  l’ozoni¬ 
sation  en  particulier,  deviendront  inutiles?  Il  faut  se  garder 
de  conclure,  mais  il  semble  indiscutable  que  certains  de  ces 
procédés,  parfaits  comme  stérilisation,  ne  trouveront  plus  des 
indications  aussi  larges.  Déjà  on  peut  affirmer  que  la  filtration 
sur  sable  sera  insuffisante  par  elle-même  et  que  la  javellisation 
ou  la  chloration  devront  constituer  un  adjuvant  nécessaire. 

En  résumé,  la  guerre  a  montré  que  très  souvent  on  trouve 
sur  place  de  l’eau  potable  naturelle  suffisamment  pure  pour 
n’avoir  besoin  de  recourir  à  aucun  moyen  d’épuration  ou  de 
stérilisation.  Il  suffit  souvent  de  choisir  de  bons  puits,  bien 
aménagés,  bien  protégés  et  de  les  munir  de  pompes  ou  de  pro¬ 
céder  à  des  captations  de  sources  minutieusement  choisies. 
Mais  le  problème  est  vraiment  difficile  dans' les  régions  à  ter¬ 
rains  fissurés  et  à  sources  émergentes  suspectes,  souvent  très 
nombreuses  et  mal  protégées.  La  meilleure  solution  consiste  la 


D'  FAOGÈRE 


plupart  du  temps  dans  la  captation  des  sources  reconnues  les 
plus  pures  et  les  mieux  protégées.  Dans  ces  cas,  l’emploi  de  la 
javellisation  ou  de  la  chloration,  par  l’intermédiaire  d’appareils 
automatiques  installés  à  l’origine  ou  sur  le  trajet  de  la  conduite 
de  distribution,  trouve  une  véritable  indication  à  cause  de  leur 
efficacité  et  de  la  facilité  de  leur  installation  peu  coûteuse. 
Certaines  villes,  douées  d’un  service  d’eau  potable,  devraient 
y  avoir  recours  obligatoirement  pour  remédier  à  l’insuffisance 
de  la  pureté  de  leurs  eaux.  La  javellisation  ou  la  chloration 
doivent  constituer  un  complément  nécessaire  à  la  filtration  sur 
sablé.  Mais  elles  ne  peuvent  rivaliser  avec  des  méthodes  de 
stérilisation  comme  l’ozone.  Elles  constituent  surtout  des  mé¬ 
thodes  de  secours. 


ÉTUDE  DES  EAUX 

SERVANT  A  L’ALIMENTATION  DE  LA  ÛARNISON 
DE  BERGERAC 

(ho,pitaüx,  casernes,  cantonnements  divers,  etc.) 

.  ^  par  M.  le  D'-  FAÜGÈRE, 

,  Médecin  aide-major  de  classe. 

La  mobilisation  du  mois  d’août  1914  détermina  dans  la  ville 
de  Bergerac  une  affluence  d’hommes  de  troupes  extrêmement 
élevée,  et  dont  le  nombre  dépassa  de  beaucoup  le  clîifTre 
normal  de  la  garnison.  Au  lieu  de  3.000  hommes  que  comptait, 
en  temps  ordinaire,  celle-ci,  l’effectif  dont  les  éléments  furent 
fournis  par  le  ...“,  le  ...®et  le ..."  territorial,  et,  en  outre,  un  peu 
plus  tard,  par  le  ...®,  le  ...®  et  le  ...®  territorial  évacués  de  la 
région  du  Nord  (Saint-Omer)  atteignit  parfois  jusqu’à 
12.000  hommes. 

Afin  de  pouvoir  donner  un  logement  à  ces  excédents  impré¬ 
vus  il  fallut,  par  suite  de  l’insuffisance  et  même  du  manque 
absolu  de  locaux  spéciaux,  répartir  ces  hommes  en  grande 
partie  dans  les  divers  quartiers  de  la  ville  dans  des  cantonne¬ 
ments  parfois  rudimentaires. 


EAUX  D'ALIMENTATION  DE  LA  GARNISON  DE  BERGERAC  433 

Appelé,  en  qualité  de  médecin-chef  de  l’hôpital  militaire  de 
Bergerac,  à  apprécierl’état  sanitaire  de  la  garnison,  mon  atten¬ 
tion  se  trouva  attirée  sur  ce  nouvel  état  de  choses, Xsur  ces 
nouvelles  conditions  hygiéniques,  et,  en  '  particulier,  sur 
l’importance  primordiale  que  présentait  désormais,  pour  la 
santé  du  soldat,  le  degré  de  potab'ilité  des  eaux  d’origines  si 
diverses  qui  allaient,  cà  et  là,  et  sans  aucune  garantie  anté¬ 
rieure,  concourir  dorénavant  à  son  alimentation.  C’est  ainsi 
que  je  fus  conduit,  à  titre  personnel  et  purement  documentaire, 
à  faire  l’étude  des  eaux  des  casernes,  hôpitaux,  cantonnements 
des  troupes,  fontaines  publiques  de  Bergerac. 

Ces  opérations  furent  faites  dans  le  courant  de  l’hiver  1914- 
1915,  durant  le  temps  où  j’eus  l’honneur  de  diriger  l’hôpital 
militaire.  11  apparaît  comme  évident  que,  dans  ces  conditions, 
celte  étude  ne  pouvait  être  que  très  limitée  et  très  succincte  : 
d’une  -part,  le  temps  et  le  matériel  dont  je  disposais  étaient 
très  restreintes;  d’autre  part,  l’intérêt  de  la  question  se  con¬ 
centrait,  pour  un  médecin  militaire,  uniquement  et  è.xclusi- 
vement  sur  la  qualité  des  eaux  qui  étaient  puisées  aux  lieux 
mêmes  des  cantonnements  des  troupes  et  qui  servaient  à  leur 
alimentation. 

Si  de  toute  évidence,  le  petit  nombre  de  résultats  d’analyses 
contenus  dans  les  tableaux  ci-joints  ne  permet  pas  de  se  livrer 
à  une  discussion  complète  de  ce  sujet  si  gros  de  conséquences, 
du  moins  autorise-t-il,  grâce  à  une  vue  d’ensemble,  à  émettre 
certaines  réflexions,  à  constater  certaines  lacunes,  à  laisser 
deviner  certains  desiderata  dont  l’intérêt  s’avère  de  premier 
ordre,  incontestablement,  et  pour  l’autorité  civile  et  pour 
l’autorité  militaire. 


I  . 

ANALYSE  CHIMIQUE  DES  E.AUX  DE  BERGERAC 
Eau  normale. 

Pour  permettre  d’établir  d’une  façon  générale  la  qualité 
d’une  eau,  il  me  paraît  utile  de  donner,  en  premier  lieu,  un 
tableau  de  la  [quantité  des  éléments  qu’elle  doit  noma/emenf 
contenir  : 

REV.  d’HYG.  XL  —  28 


Quantité,  des  éléments  que  doivent  contenir  les  eaux, 


pour  étal)lir  leur  qualité 


PORB 


POTABLE 


Chlore'^  (Cl) . 

Acide  sulfurique  (So*H*)  .... 
Ammoniaque  totale  (AzH’) ... 
Acide  phosphorique  (P*0“)  .  .  . 

Nitrates  (AzO'H) . 

Sulfures  (H*S) . 

Matières  organiques  en  oxygène, i 
pris  au  caméléon . ' 

Degré  hydrotimétrique  total  .  . 
Degré  hydrotimétr.  permanent. 


(par  litre) 

Moins  de  0  gr.  015 
0  gr,  002  à  0  gr.  005 
Tràces. 
-Nétmt. 
Néant, 
j  Néant, 
j  Moins  de  0  gr.  OOl 
5»  à  15» 

2°  à  5“ 


(par  litre) 

Moins  de  0  gr.  040 
0  gr.  006  à  0  gr.  030 
0  gr.  0007 
Néant. 

Néant. 

Néant. 

Moins  de'O  gr.  002 
15“  à  30» 

5»  à  12° 


SUSPECTE 


(par  litre) 

De  0  gr.  050  à  0  gr.  100 
Plus  de  O  gr.  030 
Au-dessus  de  0  gr.  0007 
Présence. 
Présence. 
Présence. 

De  0  gr.  0003  à  0  gr.  0004 
Au-dessus  de  30» 
12»  à  18» 


MAUVAISE 


(par  litre) 

Plus  de  0  gr..  100 
Plus  de  0  gr.  50 
Au-dessus  de  0  gr.  0007 
Quantité  appréciable. 
Présence. 
Présence. 

Plus  de  0  gr.  04 
Au-dessus  de  100» 
Au-dessus  de  20» 


EAUX  D’ALlMENtATlON  DE  LA  GARNISON  DE  BERGERAC  435 

Quelques  explications  sommaires  sont  nécessaires; 

Au  point  de  vue  de  sa  composition  chimique,  l’eau  est  formée^ 
d’oxygène  et  d’hydrogène  ;  elle  contient  en  outre  des  sels  en 
dissolution,  tels  que  des  sels  de  chaux,  du  sel  marin,  de  la 
silice,  etc...;  ces, sels  apportent  un  certain  appui,  une  certaine 
contribution  à  1^  nutrition  des  tissus. 

Les  bicarbonates  de  chaux  et  de  magnésie,  lorsqu’ils  sont 
en  trop  grande  proportion  dans  l’eau,  la  rendent  dure.  Cela 
signifie  que  cette  eau  ne  cuit  pas  bien  les  légumes  et-  qu’elle 
ne  fait  pas  mousser  le  savon.  Le  dosage  de  ces  sels  se  fait  par 
une  méthode  qu’on  nomme  hijdrotimétrie,  et  \e  degré  hydroti- 
métrique  d’une  eau  exprime  sa  teneur  en  sels  calcaires. 

La  présence  de  chlorures,  lorsque  ceux-ci  ne  proviennent  ni 
de  la  dissolution  par  l’eau  des  sels  des  terrains  traversés,,  ni  du 
voisinage  de  la  mer  et  des  marais  salants,  indique,  si  ces  corps 
sont'dans  une  . forte  proportion,  une  contamination  par  l’urine, 
le  purin  ou  les  eaux  ménagères. 

La  prés,ence  de  l’ammoniaque  dans  une  eau  dénonce  la  con¬ 
tamination  par  les  matières  fécales  ou  par  les  eaux-vannes 
industrielles.  Cètte  ammoniaque  s’oxyde  au  bout  d’un  temps 
variable  et'  se  transforme  en  nitrites  ou  en  nitrates.  La  présence 
des  nitrites,  avec  ou  sans  ammoniaque,  est  un  signe  de  conta¬ 
mination-  récente  ;  les  nitrates  ont  une  signification  moins 
mauvaise.  ’ 

>  Enfin  toutes  les  eaux  contiennent  des  matières  organiques 
d’origine  soit  végétale  soit  animale  ;  dafas  ce  dernier  cas  l’eau 
doit  être  tenue  pour  beaucoup  plus  suspecte  que  dans  le 
premier. 

Le  Comité  consultatif  d’Hygiène  de  France  qui  est,  comme 
on  le  sait,  chargé  de  toutes  les  questions  relatives  à  l’alimenta¬ 
tion  des  communes  et  des  villes  en  eau  potable,  prescrit  les 
méthodes  d’analyse  suivantes  : 

1°  Évaporer  un  litre  d’eau  au  bain-marie,  chauffer  quatre 
heures  environ  après  dessiccation,  peser,  et,  sur  le  résidu, 
chercher  les  nitrates. 

.2”  Évaporer  la  même  quantité  d’eau,  chauffer  le  résidu  au 


436  D>-  FAUGÈRE 

rouge  sombre  et  peser;  la  différence  avec  le  premier  nombre 
est  comptée  comme  matière  organique  et  produits  volatiles. 

3“  Déterminer  les  4  degrés  hydrotimétriques  qui  sont  : 

a)  le  degré  de  l’eau  elle-même; 

h)  le  degré  après  séparation  des  sels  de  chaux  ; 

c)  le  degré  sur  l’eau  elle-même  après  ébullition  ; 

d)  le  degré  sur  l’eau  bouillie  après  séparation  complète  des 
sels  de  chaux. 

4“  Concentrer  un  litre  d’eau  à  50  cent,  cubes,  doser  le  chlore 
et  calculer  en  NaCl. 

5“  Faire  bouillir,  dans  des  conditions  déterminées,  et  avec 
des  solutions  chimiques  indiquées,  pour  arriver,  à  la  suite 
d’essais  successifs,  à  déterminer  le  calcul  en  oxygène  con¬ 
sommé  par  litre. 

6°  Faire,  quand  cela  est  possible,  l’analyse  bactériologique. 


Eaux  de  Bergerac. 

Ces  renseignements  étant  connus  pour  servir  de  base  d’ap¬ 
préciation,  voici  les  résultats  de  l’analyse  des  divers  échantil¬ 
lons  d’eaux  pris  aux  sources  mêmes  où  s’approvisionnent  les, 
hommes  mêmes  de  la  Place. 

J’ai  pensé  qu’il  serait  conforme  à  la  logique  de  les  grouper 
d’emblée  par^qualité  : 

A.  —  Eaux  potables, 

B.  —  Eaux  suspectes, 

C.  —  Eaux  mauvaises. 


lor  groupe.  —  Eaux  potables. 

Ce  groupe  comprend  les  eaux  de 

Pécharmant  [les  côtes),  Pécharmant  (proprement  dit),  Péchar- 
mant  (près  de  Conord)  ; 

Hôpital  mixte  ; 


EA.uk  D'ALIMENTATION  DE  LA  GARNISON  DE  BERGERAC  437 

Caserne  Davout; 

Hôpital  auxiliaire  n»  7  ; 

Hôpital  temporaire  n“  25  {‘cd/é  chapelle); 

Hôpital  n"  25  (côte  pynuiase); 

Fontaine  de  la  rue  Candillac,  cantonnements  divers; 

Fontaine  du  Faubourg  bas  (Madeleine),  cantonnements  divers;  ■ 
Eaux  de  la  rivière  Dordogne. 

Voici  l’analyse  détaillée  pour  chaque  source  (tableau  n°  1).  ' 


I  2“  groupe.  —  Eaux  suspectes. 

Ce  groupe  comprend  les  eaux  de  : 

Caserne  Chanzy  ; 

Rue  Thiers  (Hôpital  n“  44); 

Ru‘e  du  14-Juillet  (Hôpital  44)  ; 

Cercle  militaire; 

Rue  Malbec,  cantonnements  divers; 

Place  Clairat,  cantonnements  divers; 

Hôpital  temporaire  n®  17  ; 

Rue  Fonbalquine.  ^ 

Voici  l’analyse  détaillée  pour  chacune  de  ces  sources 
(tableau  n®  2). 


3*  groupe.  —  Eaux  mauvaises. 

Ce  groupe  comprend  les  eaux  de  : 

Place  Bellegarde,  cantonnements; 

Hôpital  temporaire  n®  18  ; 

Ancien  séminaire,  cantonnements; 

Usine  Popp,  indésirables; 

Fontaine  Barbacane  (Madeleine),  cantonnements. 

Voici  l’analyse  détaillée  pour  chacune  de  ces  sources 
(tableau  n®  3). 


D-'  FAUGÈKK 


EAUX  D’ALIMENTATION  DE  LA  GARNISON  DE  BERGERAC 


TABLEAU  N»  I.  potables. 

Secteurs  nord'^gf  nord-est. 


ÉLÉMENTS  DOSÉS 

PÉCIIARMAN 

T 

HOPIT.\L 

CASERNE 

HOPITAL 

(Croix-Rouge) 

HOPITAL  25 

RUE 

CANDILLAC 

(haut) 

FAUBOURG 

(bas) 

DORDOGNE 

les 

proprement 

prè.s  do 

cnlpELL..: 

o^'Lr. 

“Matières  organiques 

n  /  alcalin. 

0*000.625 

0*001.000 

06000.730 

0*000.000 

0*000.125 

Néant. 

05000.125 

0*000.125 

0*000.250 

0*000.500 

os  00 1.250 

en  oxygène 

pris  au  caméléon. 

(  acide. 

0*000.000 

0*000.500 

0*000.7,50 

0*000.230 

0*000.125 

0*000.125 

Néant. 

Néant. 

0*000.125 

0*000.625 

OsOOl.500 

Chlore  . . . 

0,017 

0,031 

0,031 

0,011.375 

0,0248 

0,018'3 

0,03195 

0,0215 

0,0420 

0,039 

0,011 

Chlore  calculé  en  NaCl . 

0,077 

0,051 

0,051 

0,073.123 

0,041 

0,0351 

0,05265 

0,0351 

0,0702 

0,064 

0,017 

Acide  sulfurique  SO*H* . 

0,021 

0,021 

0,017 

0.016 

0,005 

0,031 

0,01613 

0,005 

0,02017 

0,024 

Traces  non 

Sulfate  de  chaux . 

0,029 

Ô,029 

0,023 

0,0224 

0,007 

0,0434 

0,021 

0,007 

0,Ü2S 

» 

/  nitrique  .  . 

Très  faibles 

Très  faibles 

Très  faibles 

Très^ 

Néant. 

Néant. 

Traces. 

Traces. 

Traces. 

Traces. 

Néant. 

\  nitreux.  . 

Néant; 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Azote  j 

[  salin  .  .  , 

I<éant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Tracer. 

Traces. 

Traces. 

Traces. 

Néant. 

1  r  ammoniacal  < 

(  album.  .  . 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

jappréciablf's. 

npprécUddes. 

Traces. 

Traces. 

Néant. 

Acide  carbonique  libre . 

0  1.  005 

0  1.  1  05 

0  1.  005 

Néant. 

0  1.  0225 

0  1.  0135 

0  1.  00875 

0  1.  00,88 

0  1.  003 

Néant. 

0  1.  0045 

Carbonate  de  chaux . 

0,315 

0,1‘85 

0,225 

0,206 

0,0597 

0,27398 

0,25900 

0,23175 

0,2678 

0,210 

0,070 

Magnésie  (calculée 

en  carbonate). 

0,067 

0,0068 

0,013 

0,0704 

0,0396 

0,00378 

0,0088 

0,0088 

0,0264 

0,079 

0,016 

36054 

2001 

29'>70 

3303 

40 

•^9*14 

•i->o 

340 

S» 

hydrolimé trique  \  permanent .  . 

7087 

‘io. 

505 

1*5 

- 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant 

Néant 

Néant 

Néant 

Néant. 

Néant 

J -L 

'445 


D‘'  FAUGÈRE 


EAUX  D’ALIMENTATION  DE  LA  GARNISON  DE  BERGERAC  441, 


TABLEAU  N"  2.  -  Eaux  suspectes. 


Secteurs  cenlril 


ÉIjÉMENTS  dosés 

CASERNE 

CHA^^ZY 

RUE 

THIEBS 

Hôpital  j 
temporaire  [ 
n»  44  ! 

i 

/ Matières'' organiques  (  \  alcalin.  ....... 

Néant. 

0*001.250  1 

0*000.500 

0,06745 

0,056 

,0,1111 

0,092 

0,08105 

0,126 

Sulfate  de  chaux . . . 

0,1125 

0,175 

1  nitrique  . . . 

'  Traces. 

Traces 

]  mtreu3c  . . 

Néant. 

appréciables. 

Néant. 

Azote  i  .  ' 

j  f  salin  . ,  i. . ; . 

Traces. 

Traces. 

[  ammoniacal  ] 

\  (  albuin . 

Traces. 

Traces. 

Acide  carbonique  libre . . 

.  0  1.  0516 

0  l.  020 

Carbonate  de  chaux  .  . . ' . 

0,064 

.  0,235 

Magnésie  fen  earhnnate)  .  .  . 

0,077 

0,061 

(  total.  .  .  .  ..  . 

33'>12 

45"24  f. 

Degré  hydrotimé trique'  < 

'  (  permanent  ......... 

19»78  '• 

■If. 

_  17*88  , 

Sulfures . . l . . 

Néant. 

Néant.  |' 

RUE 

14-juillet 

Hôpital 
temporaire 
n*  44 

CERCLE 

MILITAIRE  ^ 

RUE 

Cantonnements 

divers 

PLAGE 

CLAIBAT 

Cantonnements 

HOPITAL 

TEMPORAIRE 

n"  17 

RUE 

FONBALQUISB 

0*000.750 

08000.750 

0*000.125 

0*000.125 

0*000.375 

'  Néant. 

0*000.500 

08000.625 

08000.375 

0*000.250 

0*000.250 

0*000.125 

0,0568  ^ 

0,068 

0,071 

0,050 

0,0497  ■ 

0,12425 

0,0936 

0,112 

0,117 

0,082 

0,0819 

0,20475 

0,09986 

0,109 

0,067  • 

0,063 

.0,075 

0,117 

0,1386 

0,151 

0,019  ' 

0,0616 

0,1029 

0,160 

Néant.  , 

Traces. 

Néant. 

Traces 

notables. 

Néant. 

Traces 

notables. 
Néant.  ' 

Traces 

appréciables. 

Id. 

Traces. 

'  Néant. 

Traces. 
Traces  ‘  : 
appréciables. 

Traces. 

Traces. 

Traces. 

Néant. 

Traces. 

Traces. 

Id. 

Id. 

Traces. 

Traces 

appréciables. 

0  l.  0185 

0  1.006 

0  1.  0088 

0  1.  037 

0  ,1.  0045 

0  l..,009 

0,18231 

0,240 

0,21077 

0,2235 

,  0,306425 

0,290 

0,08888 

0,061 

0,091872 

Néant. 

0,01980 

0,0554 

4104 

4005 

34O80 

SS-S 

40»25 

.i7»70 

230 

10P3 

11”80 

.404 

O^OO 

17O70 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

ÉI.ÉMENTS  DOSÉS 

PLAGE 

HOPITAL 

N"  18 

SÉMINAIRE 

r: 

Matières  organiques  g  1  acide  .  . 

en  oxygène  S  5  { 

pris  au  caméléon.  ^(alcalin  . 

05000.623 

Os  000. 675 

05000.625 

05000.500 

05000.125 

Os  000. 250 

05000.230 

05000.875 

Chlore . 

0,097625. 

0,142000 

0,08165 

0,04083 

0,160875 

0,234 

0,13450 

0,67175 

0,075 

0,0765 

0,08069 

0,074 

0,1022 

0,10612 

0,112 

0,103 

i'  nitrique . 

Traces  appréc. 
Néant. 

Traces  appréc. 
Ici. 

Traces  appréc. 
Néant. 

Traces  appréc. 

Traces. 

Néant. 

Traces. 

Traces  appréc. 

Traces  notables. 
Néant. 

Traces  appréc. 

\  nitreux . 

Azote  <  IV 

(  ammoniaque  )  l^^um  !  ! 

Acide  carbonique  libre . 

0  1.  0075 

0  1.  0736 

0  1.  0123 

0  1.  013 

Carbonate  de  chaux . 

0,.S4608 

0,16366 

0,243 

0,33166 

MagDésle  (en  carbonate) . 

0,07040 

0,085 

0,0613 

0,05544 

Degré  t  total . 

50»4 

1503 

47‘'85 

17»24 

41"10 

18» 

46O80 

13065 

hyclrotimé trique  }  permanent  .  .  . 

Sulfures . . ,  . 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

Néant. 

j  EAUX  il’ALIMENTATION  DE  LA  GAENISON  DE  BERGERAC  443 


Discussion. 

Les  tableaux  ci-dessus  donnent  les  résultats  généraux  et 
permettent  de  .faire,  d’un  coup  d’^cjeü,  la  comparaison  des  , 
diverses  sources  entre  elles. 

D’un  premier  examen,  il  ressort  que  des  différences  notables 
existent  dans  la  composition  des  diverses  eaux  examinées, , 
même  pour  des  régions  voisines  entre  elles. 

Les  éléments  à  teneur  variole  peuvent  se  classer  en  deux 
groupes  ; 

1“  Les  éléments  minéraux,  dont  la 'présence  est  normale  dans 
l'eau. 

Celle-ci  s’est  saturée  à  des  degrés  divers  suivant  la  nature  et 
l’épaisseur  des  couches  traversées  dans  son  cheminement  sou¬ 
der  fain. 

2°  Les  éléments  provenant  plus  particulièrement  des  déchets  de 
la  vie  :  chlorure^,  matières  organiques,  nitrates,  etc. 

I.  —  Une  eau*  trop  chargée  en  éléments  minéraux,  même  si 
ces  éléments  sont'  inoffensifs  par  eux-mémes,  est  considérée 
comme  impropre  à  l’alimentation. 

Or,  presque  tous  les  échantillons  examinés  accusent  un 
degré  hydrométrique  total  plutôt  trop  fort;  c’est  là  un  premier 
défaut  inhéreqt  à  la  nature  même  des  eaux  telles  qu’elles 
sorteut  des  sources  naturelles. 

II.  —  Les  variations  des  éléments  du  second  groupe  laissent 
supposer  que  des  infiltrations  d’eaux-vannes  ou  ménagères  se 
produisent,  et  viennent  contaminer  la  nappe  souterraine  où 
s’alimentent  puits  et  fontaines;  peut-être  même  —  et  ceci 
semble  pouvoir  être  donné  comme  probable  —  des  fosses 
d’aisances  non  étanches  contribuent  à  souiller  cette  nappe. 
Presque  toutes  les  analyses  révèlent  la  présence  de  nitrates  et 
l’une  d’elles  indique  même  des  traces  d’ammoniaque.  On  peut 
même  incriminer  dans  de  certaines  limites  l’infiltration  des 


D‘-  FAUGÈRE 


m 

sels  employés  en  agriculture  (nitrates;  sulfates  de  fer, ,  de 
cuivre,  d’ammoniaque,  chlorures,  etc...). 

Pour  éclaircir  la  question  sur  ce  dernier  point,  les  eaux  du 
coteau  de  Pécharmant  ont  été  examinées.  Ce  coteau,  en  raison 
de  la  pen(e  générale  de  la  région,  contribue  pour  une  large 
part  à  la  formation  de  la  nappe  aquifère.  L’examen  a  porté  sur 
trois  points-différents;  il  a  été  trouvé  des  chlorures  et  des  sul¬ 
fates  en  proportion  beaucoup  plus  faible,  pas  d’ammoniaque  et 
de  très  légères  traces  de  nitrates  seulement.  A  mesure  qu’on 
descend  vers  là  ville  la  proportion  de  ces  éléments  va  augmen¬ 
tant  pour  devenir  très  forte  dans  l’enceinte  même,  où,  fait 
particulièrement  significatif,  apparaît  l’azote  sous  forme  albu¬ 
minoïde,  pendant  que  les  nitrates  et  chlorures  suivent  une 
progression  parallèle  pour  atteindre  un  chiffre  exagérément 
élevé. 

Les  nitrates  n’ont  pas  été  dosés.  Mais  en  observant  la  marche 
de  l’analyse,  on  a  pu  constater  qu’ils  étaient  en  proportion 
variable. 

Les  chlorures  surtout  accusent  des  différences  qui  provien¬ 
nent  vraisemblablement  de  l’infiltration  des  produits  de  déjec¬ 
tion. 

Quant  aux  matières  organiques,  s,i  elles  ne  sont  pas  très  con¬ 
stantes,  du  moins  leurs  proportions  restenUelles  dans  des 
limites  acceptables. 

D’ailleurs  toutes  ces  eaux  ont  été  conservées  dans  des  bou¬ 
teilles  bouchées  plus  de  deux  mois  sans  fermenter  ni  dégager 
d’odeur  et  sans  que  la  saveur  n’en  ait  paru  altérée.  Des  dosages 
des  matières  organiques  et  des  recherches  dq  l’ammoniaque 
ont  été  pratiqués  sur  ces  eaux  conservées;  il  n’a  pas  été  obtenu 
de  résultats  qui  puissent  entraîner  leur  déclassement.  S’il  y  a 
des  infiltrations  de  fosses  d’aisances,  les  terres  retiennent  les 
matières  albuminoïdes  non  encore  solubilisées.  Dans  ces  con¬ 
ditions  les  produits  ammoniacaux  formés  ont  le  plus  souvent 
le  temps  de  poursuivre  leur  oxydation  jusqu’au  point  où, 
seuls,  les  nitrates,  terme  fina(,  apparaissent.  En  effet,  il  n’a  été 
trouvé  aucune  trace  de  nitrates. 

Néanmoins,  il  serait  imprudent  d’escompter,  pour  chaque 
cas,  une  évolution  aussi  heureuse,  qui  risque  fort  de  ne  pas 
toujours  être  observée.  Il  suffît,  en  effet,  de  quelques  exceptions 


EAUX  D’ALIMENTATION  DE  LA  GARNISON  DE  BERGERAC  445 

pour  qu’éclatent  des  épidémies  ;  la  moindre  contamination 
rend  dangereuses  des  eaux  très  chargées  en  éléments  miné¬ 
raux. 

Certes  les  causes  de  pollution  ne  manquent  pas.  Le  système 
d'égouts  souterrains  que  possède  la  ville  est  fort  incomplet  et 
sert  surtout  à  recueillir  les  eaux  ménagères  résiduelles  et  les 
eaux  pluviales.  La  plupart  dqs  maisons  sont  munies  de  fosses 
fixes.  Or,  la  nappe  souterraine  d’alimentation  se  trouve,  en 
général,  à  une  très  faible  profondeur  et,  par  suite,  les  liquides 
répandus  journellement  à  la  surface  du  sol  et  ceux  provenant 
des  fissures  toujours  possibles  sinon  probables  des  égouts- et 
des  ruisseaux  atteignent  trop  vite  cette  nappe  sans  avoir  eu  le 
temps  de  s^épurer  au  contact  des  terrains  d’épaisseurs  variables 
qu’elles  traversent. 

Pendant  l’infiltration,  en  effet,  les  matières  en  suspension 
sont  tout  d’abord  retenues, par  les  terres;  puis  les  éléments 
organisées  sont  détruits  à  une  certaine  profondeur  où  ils  ne 
rencontrent  plus  les  substances  leur  permettant  de  se  déve¬ 
lopper.  Mais,  ici,  les  quelques  mètres  seulement  qui  recouvrent 
la  nappe  d’alimentation  de  la  ville  peuvent  difficilement  effec¬ 
tuer  une  telle  épuration  automatique  et  l’analyse  a  montré  que 
cette  nappe  était  souillée  par  des  infiltrations  diverses.  En  cer¬ 
tains  endroits  le  radier  des  fosses  d’aisances  (qui  ne  sont  pro¬ 
bablement  pas  toutes  étanches)  et  les  ruisseaux  souterrains 
(assimilables  à  des  égouts  à  fond  perdu  parce  qu’ils  servent  de 
collecteurs  d’eaux- vannes  et  ménagères  à  leurs  riverains)  ne 
sont  peut-être  pas  à  un  mètre  de  la  nappe. 

Remarquons  d’autre  part  que  ces  infiltrations  si  dangereuses 
peuvent  se  produire  à  certains  moments  et  non  à  d’autres;  que 
leur  action  peut  être  passagère  et  interrompue  ;,  que,  par  con¬ 
séquent,  les  sources  qui  les  subissent  en  acquerront  une 
grande  variabilité  de  composition  et  pourront  devenir  alterna¬ 
tivement  et  périodiquement  potables  et  mauvaises  et  vice 
versa. 

Dans  de  telles  conditions  d’insécurité  la  nappe  souterraine 
peut  être  considérée  tout  entière  comme  suspecte. 

Il  est  possible  cependant  d’établir  un  classement  de  ces  eaux 
par  secteurs  : 


D--  FAUGÈRE 


Secteur  nord  et  nord-ést, 

Secteur  centre  et  sud, 
et  Secteur  ouest 

et  de  dresser  le  tableau  suivant  où  chaque  qualité  correspond 
à  un  secteur  déternainé  de  région  : 

1”  Eaux  potables.  —  Secteurs  nord  et  nord-est. 

Pécharmaiit,  les  côtfis  .... 

Pécharmant,  près  de  Conôrd  . 

Pécliarmaat,  proprement  dit  . 

Caserne  Davout.  - 
Hôpital  mixte. 

Hôpital  auxiliaire  n»  7,  Croix-Rouge. 

Rue  Candillac  (haut). 

Hôpital  temporaire  n“  23,  côté  chapelle  . 

Hôpital  temporaire  n°  23,  côté /gymnase  . 

Faubourg  (bas). 

Rivière  Dordogne  {Pour  mémoire). 

2»  Eaux  suspectes.  —  Secteurs  centre  et  sud. 


Hôpital  temporaire  n”  44. 


3°  Eaux  mauvaises.  —  Secteur  ouest. 

Ancien  séminaire. 

Hôpiial  temporaire  n”  12. 

Place  Bellegarde. 

Usine  Popp. 

Fontaine  Barbacasse  {Madeleine). 


Caserne  Chanzy. 

Rue  Thiers . .  . 

Rue  du  14-JuiIlet  .... 
Cercle  militaire, 

Rue  Màlbec  (bas). 

Place  Clairat. 

Hôpital  temporaire  n"  17. 
Rue  Fonbalquine. 


Collège  de  garçons. 


I  Origine  de  la  nappe  aquifère 


EAUX  D'ALIMENTATIOX  DE  LA  GARNISON  DE  BERGERAC  447 


Conclusion. 

La  conclusion  paraît  être  très  simple. 

En  l’état  actuel  des  choses,  les  régions  nord  et  nord-est  de 
Bergerac,  c’est-à-dire  les  régions  les  plus  voisines  du  coteau 
de  Pécharmant,  sont  les  mieux  fournies  en  eau  de  qualité 
acceptable.  Par  contre,  les  régions  du  centre  et  surtout  du  sud- 
ouest  sont  beaucoup  moins  bien  dotées;  la  cause  en  réside  sans 
doute  en  ceci  :  que,  dans  ces  régions,  se  produisent  toutes  les 
infiltrations  et  convergent  toutes  les  causes  de  pollution  des 
régions  supérieures. 

Quelles  Solutions,  pour  y  remédier,  serait-il  expédient 
d’adopter? 

Conviendrait-il  de  rechercher  une  happe  plus  profonde  et 
d’en  amener  l’eau  par  puits  artésien?  Ne  risquerait-on  pas, 
dans  ce  cas,  de  rencontrer  une  eau  offrant  la  même  potabilité 
en  quantité  insuffisante  et  de  composition  irrégulière? 

Ou  bien  vaudrait-il  mieux  utiliser  les  eaux  de  la  Dordogne 
même,  les  épurer  par  des  procédés  à  étudier  et  les  canaliser  à 
l’aide  d’une  station  élévatoire?  Là,  on  est  bien  sûr,  la  quantité 
sera  toujours  suffisante  et  la  qualité  en  est  très  bonne  et 
constante,  l’analyse  ci-dessus  le  démontre. 

Le  problème  mérite  que  ceux  à  qui  incombe  le  souci  de  la 
santé  publique  le  regardent  en  face,  l’étudient  et  en  cherchent 
la  solution,  la  santé  de  la  population  civile  et  militaire  de 
Bergerac  en  est  le  prix.  C’est  le  but  de  la  deuxième  partie  de  ce 
travail. 


{À  suivre.) 


448 


REVUE  DES  JOURNAUX 


REVUE  DES  JOURNAUX 


.4  propos  de  la  vacpination  mixte  antityphoïdique  et  antiparaty¬ 
phoïdique  A  et  B  par  une  seule  injection,  par  MM.  F.  Wid.4l  et 
A.  T.  Saliubeki  {La  Presse  Médicale,  1911,  p.  ilS).  '' 

En  janvier  dernier,  les  auteurs  ont  montré  que,  pour  immuniser 
simultanément  contre  la  typhoïde  et  les  paratyphoïdes,  on  pouvait, 
par  l’emploi  d’un  vaccin  chauffé  renforcé,  composé  des  trois  germes 
par  parties  égales  et  désigné  sous  la  formule  de  TA  B  chauffé  n“  2, 
introduire,  en  deux  doses  successives  del  et  2  cent,  cubes,  dans  l’or¬ 
ganisme  autant  de  bacilles  qu’on  l’avait  fait  jusque-là  en  quatre  fois. 

A  l’heure  actuelle,  l’immunisation  en  deux  fois  est  devenue  la 
règle  dans  presque  toutes  les  collectivités  soumises  en  France  à  la 
vaccination  antityphoïdique.  Il  est  permis  de  se  demander  si,  par 
une  seule  injection,  la  vaccination  serait  sufflsante.  ■' 

MM.  'Widal  et  Salimbeni  ont  jusqu’alors  injecté  plus  de  douze  mille 
sujets  en  une  fois  seulement  avec  une  dose  unique  de  1  cent,  cube 
et  demi  de  TAB  chauffé  n“  2,  et  ils  ont  constaté  que  cette  dose 
unique  renforcée  peut  être  employée  sans  inconvénient. 

Le  temps  seul  pourra  donner  la  valeur  et  la  durée  de  l’immuni¬ 
sation  conférée  par  une  seule  injection,  car  le  nombre  des  sujets 
injectés  depuis  une  année  n’est  pas  encore  assez  important  pour 
que  l’on  puisse  tirer  une  conclusion  déQnitive. 

En  attendant,  c’est  la  vaccination  en  deux  fois  que  l’on  doit  con¬ 
tinuer  à  employer;  c’est  elle  qui  reste,  pour  le  moment,  encore  la 
vaccination  de  sécurité.  Cependant,  tout  porte  à  croire  qu’une  seule 
injection  de  1  cent,  cube  et  demi  est  suffisante,  car  elle  contient 
6  milliards  de  germes,  alors  que  les  deux  doses  de  vaccin  triple, 
employé  actuellement  dans  certaines  armées  étrangères,  ne  ren¬ 
ferment  pas,  au  total,  5  milliards  de  germes. 

La  vaccination  unique  peut  "donc,  dès  maintenant,  trouver  son 
emploi  dans  tous  les  cas  où  le  sujet  à  immuniser  n’a  pas  le  temp? 
de  recevoir  une  deuxième  injection.  Elle  doit  égalebaent  être  pro¬ 
posée  à  la  population  civile  menacée  par  la  contagion  typhique.  Les 
civils,  pour  qui  cette  intervention  n’est  pas  obligatoire,  ne  se  prêtent 
pas  facilement  à  son  application.  Or,  c’est  surtout  au  cours  des  épi¬ 
démies  de  ville,  parfois  si  désastreuses,  que  la  vaccination  en  une 
fois  paraît  devoir  s’imposer  à  des  personnes  qui,  réfractaires  à  l’obli¬ 
gation  d’injections  multiples,  ne  se  déroberaient  sans  doute  pas  à 
une  seule  opération.  On  aurait  chance  ainsi  de  conférer  une  protec¬ 
tion  appréciable  à  maints  sujets  qui  en  seraient  restés  dépourvus. 

F.-H.  Rénaux. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


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3’ubercoloü  considerata  specialmente  in  rapporta-  aile  medicina  mili- 
tare,  per  il  prof.  Edoardo  Mabagliano,  senatore  del  Hegno,  consu- 
leiite  del  corpo  d’armata  tei’ritoriale  di  Genova  [GiornaU  di  medicina 
militare,  1917,  p.  539). 

•  Le  diagnostic  exactement  précoce  de  la  tuberculose  est  d!une 
imporlance  capitale  pour  le  médecin  militaire,  en  vue  de  l’élimina¬ 
tion  immédiate  des  sujets  atteints.  L’expérience  de  deux  années  de 
guerre  a  démontré  que,  dans  le  corps  de  santé  de  l’armée  italienne, 
subsiste  une  certaine  hésitation  sur  les  directives  à  prendre,  pour 
assurer  la  solution  de  ce  problème  particulièrement  difficile. 

Le  bacille  de  la  tuberculose,  inclus  dans  un  tissu  quelconque,  peut 
rester  ignoré  et  inerte,  tant  que  l’activité  biologique  du  tissu  s’oppose 
à  toute  manifestation  du  bacille  et  de  ses  toxines;  on  a  la  preuve  de 
cet, équilibre  par  la  présence  dans  le  sang  des  anO'corps  tuberculeux, 
prodùits  de  la  défense  de  l’organisme,  et  par  l’absence  des  anti¬ 
gènes,  produits  de  l’agression  du  microbe.  Le  manque  de  résistance 
du  tissu  favorise  la  multiplication  du  bacille  et  la  production  de  ses 
toxines,  ce  qui  amène  des  lésions  plus  ou  moins  circonscrites  ou 
généralisées. 

La  tuberculose  pulmonaire  peut  s’accompagner  de  signes  et  de 
symptômes  physiques,  qui  permettent  d’apprécier  rapidement  la 
situation,  Mais  ceux-ci  peuvent  être  complètement  ou  partiellement 
absents  et  il  faut  y  suppléer  par  des  recherches  de  laboratoire  ; 
examen  microscopique  des  crachats,  examen  histologique  pour  la 
bacillémie,'  pour  la  constatation  des  antigènes,  pour  la  formule 
leucocytaire,  examen  radiologique  du  thorax,  réaction  de  la 
tuberculine. 

Il  y  a  lieu  de  tenir  compté  des  indications  d’ordre  clinique,  telles 
que  des  oscillations  thermiques  et  des  Iluotuations  de  la  nutrition, 
sensibles  au  thermomètre  et  à  la  balance.  L’évolution  tuberculeuse 
procède  par  périodes  d’activité  et  d’accalmie,  qui  doivent  être 
surveillées  de  très  près  pour  éviter  tout  naécompte  de  pronostic 
dans  un  sens  ou  dans  l’autre;  l’affection  revêt  des  formes  très 
diverses,  suivant  qu’elle  est  latente,  circonscrite,  généralisée, 
torpide  ou  aiguë. 

Le  diagnostic  de  la  tuberculose  doit  s’appuyer  sur  la  recherche 
des  antécédents  et  des  tai'es  héréditaires,  sur  la  constatation  des 
manifestations  chirurgicales  ou  cutapées,  sur  les  séquelles  des 
pleurites,  des  otites  chroniques,  et  aussi  sur  les  traces  d’adéno¬ 
pathie. 

C’est  en  faisant  un  faisceau  de  toutes  ces  données  que  le  médecin 
militaire  pourradépister  les  tuberculeux  latents  ou  tlorides,  dont  les 
infections  larvées  peuvent  prendre  une  allure  imprévue  à  la  moindre 
fatigue,  au  moindre  choc;  car  tout  tuberculeux,  quelle  que  soit  la 
forme  de  l’affection,  manque  de  la  résistance  nécessaire  pour 
affronter  les  causes  déprimantes  de  la  vie  militaire,  aussi  bien  dans 
la  zone  des  armées  que  sur  le  front  lui-même.  11  convient  d’éliminer 


—  29 


400 


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de  tels  sujets  de  l’armée,  dont  le  fonctionnement  général  est 
entravé  par  ces  non-valeurs.  F. -H.  Renaut. 

le  paludisme  d' Orient  vu  à  Marseille,  par  M.  P.4UL  Ravaüt,  médecin- 
chef  du  2®  secteur  médical  de  la  XV®  région  et  MM.  Re.mUc  de 
Kerdrel  et  Krolunitsky,  médecins  attachés  au  service  du  secteur 
{La  Presse  Médicale,  1917,  p.  473). 

Dans  la  XV®  région  sont  hospitalisé-;  les  très  nombreux  paludéens 
évacués  d’Orient.  Dans  le  2®  secteur  médical  (Bouches-du-Rhône  et' 
Yar),  plus  des  trois  quarts  des  lits  réservés  à  la  médecipe  sont 
occupés  par  eux. 

Depuis  longtemps,  beaucoup  de  médecins  avaient  été  frappés  de 
ta  gravité  et  de  l’irrégularité  du  paludisme  d’Orient,  qui  paraissait 
résister  à  la  prophylaxie  et  à  la  thérapeutique  quiniques.  Les  auteurs, 
à  leur  tour,  avaient  constaté  la  persistance  de  la  maladie,  malgré 
des  doses  parfois  énormes  de  quinine,  marquées  sur  les  feuilles  de 
températures  et  les  cahiers  de  visite. 

Des  examens  bactériologiques  du  sang,  portant  sur.  plusieurs 
centaines  de  malades,  montraient  que  les  parasites  avaient  tous  les 
caractères  classiques.  Les  températures  furent  vérifiées  à  l’impro- 
viste  dans  plusieurs  hôpitaux  ;  les  accès  étaient  authentiques  ;  la 
bonne  qualité  de  la  quinine  ne  pouvait  être  mise  en  doute. 
Finalement,  il  était  permis  de  se  demander  si  les  malades  absor¬ 
baient  bien  réellement  leur  médicament.  Certains  indices 
autorisaient  cette  hypothèse  qui  fut  confirmée  par  une  enquête 
rigoureusement  conduite. 

Dans  une  formation  bénévole  de  la  Place  de  Marseille,  l’analyse 
des  veines  ne  décèle  point  la  moindre  trace  de  quinine  chez 
quatre  malades  graves  qui  auraient  dû  prendre  2  grammes  de 
médicament  dans  la  journée  ;  ces  malades,  changés  de  service, 
furent  soumis  à  un-  traitement  régulier  et  les  accès  disparurent 
aussitôt. 

Cette  enquête,  poussée  dans  d’autres  hôpitaux  du  secteur,  donna 
des  résultats  aussi  navrants,  surtout  à  Marseille.  D’une  statistique 
portant  sur  des  centaines  de  paludéens,  examinés  à  l’improviste,  il 
appert  que  50  p.  100  au  moins  ne  prennent  aucune  des  doses  de 
quinine  prescrites;  les  autres  en  absorbent  des  quantités  minimes, 
mais  présentent  des  réactions  urinaires  beaucoup  trop  faibles  pour 
les  doses  qu’ils  auraient  dû  prendre.  Partout,  ce  sont  les  mêmes 
constatations  :  avec  la  plus  grande  bonne  foi  le  plus  souvent,  le 
personnel  médical  affirme  d’avance  que  les  malades  absorbent 
régulièrement  leur  quinine,  devant  les  infirmières  généralement. 
L’inspection  du  paquetage  permet  d’y  découvrir  des  provisions  par¬ 
fois  inimaginables  de  quinine.  L’excès  de  confiance  jusqu’alors 
accordée,  entraîne  rapidement  une  réaction  salutaire  dans  la 
surveillance  plus  stricte  de  l’exécution  réelle  des  prescriptions,  pour 
un  temps  du  moins. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


451 


Malgré  toutes  les  précautions  prises  à  l’armée  d’Orienl  même,  de 
nombreux  malades  sont  parvenus  encore  à  tromper  le  médecin  ; 
aussi  la  surveillance  de  la  prise  de  la  quinine  est-elle  un  des  buts 
importants  de  la  mission  spéciale  envoyée  en  Macédoine. 

Partout,  les  troupiers  ont  la  même  mentalité  :  quelques-uns 
prolongent  une  maladie  qu’ils  considèrent  sans  inconvénients; 
d’autres  ignorent  l’utilité  de  la  quinine.  D’autres  enfin,  et  ce  sont  les 
plus  nombreux,  ont,  contre  le  traitement,  une  prévention 
injustifiée,  prétendant  ne  pas  pouvoir  le  supporter.  Cependant,  il  est 
facile,  par  quelques  bonnes  explications,  de  faire  comprendre  aux 
malades  tout  l’intérêt  cfu’ils  ont  à  se  laisser  soigner.  Certains  pour¬ 
tant  ne  se  laissent  pas  convaincre  et  trompent  un  personnel 
médical  non  prévenu,  par  des  supercheries  d’une  ingéniosité 
étonnante,  pour  simuler  la  déglutition  des  cachets  et  des  com¬ 
primés. 

11  n’y  a  plus  lieu  de  s’étonner  maintenant  de  la  persistance  du 
paludisme,  de  sa  gravité,  de  sa  résistance  à  la  quinine  ;  l’hémato¬ 
zoaire  avait  beau  jeu  ;  chaque  fois  que  ces  malades,  en  apparence 
résistants  à  la  quinine,  ont  été  isolés,  traités  à  doses  suffisantes,  les 
succès  thérapeutiques  ont  été  constants. 

Le  problème  du  paludisme  ne  peut  être  résolu  que  si  l’on  adopte 
un  traitement  bien  réglé,  et  si  l’on  s’assure,  par  l’examen  presque 
quotidien  des  urines,  qu’il  est  bien  suivi.  De  bons  résultats  ne 
seront  obtenus  que  si  l’on  groupe  les  paludéens  dans  de  grands 
hôpitaux,  et  mieux  encore  dans  des  casernes,  sous  la  direction  de 
médecins  militarisés,  responsables  de  la  discipline  et  du  traitement. 

Dans  la  XV'  région,  les  faits  signalés  par  les  auteurs  ont  été 
immédiatement  sanctionnés  par  le  directeur  du  Service  de  santé 
régional.  Des  prescriptions,  destinées  à  empêcher  et  à  réprimer  les 
abus,  ont  déjà  donné  de  très  heureux  résultats. 

F.-H.  Renaut. 

'  Colorazione  polichroma  del  sangue  e  dci  suoi  parasbiti.  Coloration 
polychrome  du  sang  et  de  ses  parasites),  par  R.  Cùuhi  et  V.  Ignac- 
coLo  {Giornale  di  medicina  militare,  1917,  p.  399). 

Les  méthodes  de  coloration  polychrome  du  sang  et  de  ses  para¬ 
sites  s’appuient  sur  deux  principes  fondamentaux  :  d’abord,  obtenir 
par  un  seul  colorant,  généralement  le  bleu,  une  coloration  poly¬ 
chrome  par  l’addition  d’une  base  ou  d’un  sel  (méthode  de  Lôffler, 
Koch,  Ruge,  Manson)  ;  ensuite,  obtenir  les  mêmes  effets  en  associant 
deux  ou  plusieurs  colorants,  avec  ou  sans  l’addition  d’une  substance 
agissant  comme  mordant  (méthode  d’Ërlich,  Romanojvsky,  et  ses 
dérivés). 

Certes,  les  procédés  de  Giemsa,  de  Marino,  etc.,  donnent  des 
résultats  très  importants,  spécialement  au  point  de  vue  des  recher¬ 
ches  parasitologiques;  mais,  outre  leur  délicatesse  et  le  long  temps 
de  leur  préparation,  ils  exigent  essentiellement  des  colorants  qui 
peuvent  ne  pas  être  toujours  à  la  disposition  de  chacun. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


Maintenant,  on  admet  que,  par  la  combinaison  des  déni  colorants 
principaux  donuant  les  colorations  succédanées  de  la  méthode 
primitive  dp  Romanowsky,  on  aboutit  à  une  intensité  de  coloration 
spéciale  à  l’aide  d’une  troisième  substance/ comme  l’ont  démontré 
Nocht  pour  le  rouge  de  bleu  de  méthylène,  et  Michaelis  et  Giemsa 
pour  le  bleu  de  méthylène.  Dans  cet  ordre  d’idées,  les.  auteurs, 
directeur  et  assistant  de  la  station  sanitaire  maritime' de  Cotrone, 
ont  fait  des  expériences  sur  les  effets  de  l’acide  phénique  dans  cette 
réaction. 

Après  de  multiples  essais,  ils  ont  pu  obtenir,  par  le  mélange  bien 
dosé  de  bleu  et  d’éosine,  après  deux  minutes  au  maximum,  une 
coloration  polychrome  parfaite  et  constante,  résultat  fort  appréciable 
à  l’époque  actuelle  où  il  est  particulièrement  difficile  de  trouver 
certains  colorants. 

La  composition  de  mélange  est  la  suivante  :  pour  le  liquide  A,  bleu 
de  méthylène  1,50,  alcool  14,  acide  phénique  cristallisé  4,50,  eau 
distillée  80;  pour  le  liquide  B,  éosine  1,  alcool  14,  eau  distillée  85. 

Après  avoir  fixé  la  préparation  dans  l’alcool  et  l’éther,  on  verse 
dans  une  éprouvette  1  cent,  cube  du  liquide  A  et  1/2  du  liquide  B; 
on  agite  pour  opérer  le  mélange  que  l’on  met  en  contact  pendant 
deux  minutes  avec  la  préparation;  on  lave  à  l’eau  courante,  on  sèche 
et  on  monte. 

Les  globules  rouges  apparaissent  colorés  vert  émeraude;  la  colo¬ 
ration  du  fond  est  violette;  parmi  les  globules  blancs,  les  mononu¬ 
cléaires  ont  le  noyau  bleu  violet  et  le  protoplasma  est  nettement 
bleu  clair;  les  polynucléaires  et  les  formes-  de  passage  ont  le  noyau 
d’un  bleu  intense  et  le  protoplasma  légèrement  violet. 

Les  parasites  de  la  malaria  ont  la  coloration  suivante  :  proto¬ 
plasma  bleu  clair,  chromatine  bleu  violet,  pigmentbrun  noir.  Dans 
ce  procédé  l’acide  phénique  paraît  agir  comme  dissolvant  du  bleu  de 
méthylène.  F.-H.  Renaüt. 

Pelades  et  tératologie  dentaire,  par  R.  Saboüraud  {La  Presse  Médi¬ 
cale,  1917,  p.  484). 

Le  problème  des  pelades  apparaît  plus  complexe,  ù  mesure  qu’on 
l’étudie  davantage  ;  par  certains  côtés  pourtant,  il  commence  à 
s’éclairer  quelque  peu.  Les  grandes  pelades  n’épargnent  ni  les  sour¬ 
cils,  ni  les  cils,  ni  le  poil  du  corps;  celles  qui  s’accompagnent 
même  d’altérations  des  ongles  sont  les  premièrés  dont  la  cause 
sera  précisée,  car,  si  elles  ont  même  cause  que  les  plus  bénignes, 
cette  cause  doit  être  plus  apparente. 

La  théorie  dentaire  dé  la  pelade  réflexe,  émise  par  Lucien  Jacquet, 
a  toujours  été  Combattue  par  l’auteur,  faute  d’en  trouver  la  vérifi¬ 
cation  dans  les  faits  cliniques;  or,  ce  sont  ces  faits  qui  le  conduisent 
à  des  conclusions  tout  à  fait  étrangères  à  cette  théorie.  Celle-ci, 
pourtant,  en  faisant  examiner  systématiquement  la  dentition  de  tous 
les  péladiques,  a  été  à  l’origine  des  constatations  faites. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


453 


Les  poils,  les  dents,  les  ongles  ont,  dans  toute  la  série  animale, 
des  affinités  d’origine.  Or,  il  n’est  pas  rare  de  rencontrer  des  altéra¬ 
tions  unguéales  au  cours  des  grandes  pelades  ;  il  serait  donc  assez 
rationnel  qu’on  pût  y  rencontrer  aussi  des  altérations  dentaires.  Si 
l’on  étudie  la  dentition  des  péladiques,.il  est  presque  de  règle  de  la 
trouver  anormale  ;  c’est  sur  ces  çaalformations  dentaires  que 
Sabouraud  retient  l’attention. 

La  dent  étant  faite  et  fixée  dans  sa  forme  avant  la  naissance,  on 
peut  se  demander  comment  admettre  une  relation  entre  des  diffor¬ 
mités  dentaires  qui  ont  préexisté  à  la  naissance  et  des  pelades 
graves  débutant  sur  un  sujet  de  15  à  18  ans  d’âge  ou  même  plus, 
pouvant,  il  est  vrai,  être  précédées  par  des  atteintes  de  pelade 
bénigne  à  4,  6  et  12  ans.  Le  fait  est  indéniable;  il  existe,  chez  un 
très  grand  nombre  de  péladiques,  des  altérations  morphologiques, 
tératologiques  des  dents. 

Chez  les  grands  péladiques,  on  peut  trouver  tous  les  cas  possibles 
de  difformités  dentaires  ;  mais  on  en  rencontre  surtout  quatre  types 
génériques,  particulièrement  fréquents  :  le  premier,  caractérisé  par 
l’éminence  mamillaire  de  la  face'  interne  des  grosses  molaires  supé¬ 
rieures  (tubercule  de  Carabelli)  ;  le  second,  par  des  érosions  en 
cannelures  ou  en  cupules,'  à  la  face  externe  du  bord  libre  des 
incisives  :  le  troisième,  par  la  forme  des  incisives  en  tournevis,  et 
par  les  molaires  à  cuspides  mamelonnaires  et  rocheuses  ;  le  qua¬ 
trième,  par  le  microdontisme  et  l’amorphisme  dentaire,  en  même 
temps  que  par  l’insuffisante  émergence  des  dents  molaires. 

Ces  faits  démontrent  :  1°  que,  dans  un  grand  nombre  de  cas, 
les  pelades  sont  en  réalité  des  maladies  de  toutes  les  phanères  : 
cheveux,  poils,  ongles  et  dents;  2“  qu’il  s’agit  dans  ces  cas,  d’un 
trouble  tératologique  initial  qui  se  manifeste  à  la  chevelure  par  des 
alternatives  de  chute  et  de  repousse  de  cheveu,  mais  en  somme  par 
un  manque  d’équilibre  permanent  de  la  chevelure,  comme  les  réci¬ 
dives  le  prouvent,  et  cet  état  dystrophique  originel  est  souligné  par 
une  difformité  initiale,  restée  permanente,  du  système  dentaire. 

Sabouraud  a  dit  précédemment  que  ces  altérations  de  la  morpho¬ 
logie  dentaire  devaient  être  toutes  ou  presque  toutes,  rattachées  à 
la  syphilis  héréditaire.  Les  unes  appartiennent  déjà,  les  autres 
doivent  appartenir  désormais,  au  cortège  'symptomatique  de 
l’hérédo-syphilis. 

Le  très  intéressant  article  se  termine  par  la  discussion  de  la  ques¬ 
tion  de  savoir  si  les  dents  qui  n’ont  pas  évolué  suivant  leur  ordre, 
leur- nombre  et  leur  forme  normale,  permettent,  toutes  et  toujours, 
d’affirmer  l’hérédité  spécifique.  Il  n’est  pas  encore  permis  de 
conclure  formellement  à  l’hérédité  syphilitique  de  tous  les  grands 
péladiques;  mais  cette  hérédité  est  très  souvent  accusée  par  la 
dentition  et  vérifiée  par  la  séro-réaction. 

Il  faut  reconnaître  que  le  moment  n’est  pas  encore  venu  de  con¬ 
sidérer  toute  pelade  comme  syphilitique.  11  y  a  des  séries  de  pelade 


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héréditaire  et  familiale  portant  sur  trois  ou  quatre  générations» 
auxquelles  la  syphilis  ne  paraît  avoir  aucune  part.  Il  y  a  bien, 
semMe-t-il,  des  cas  de  pelades  liés  à  des  traumatismes  locaux  ou 
voisins.  Il  y  a  des  cas  de  pelade  accompagnant  divers  troubles  de  la 
ménopause  chez  la  femme.  Enfin,  il  y  a  des  cas  de  pelade  liés  au 
goitre  exophtalmique,  à  l’hypothyroidisme,  etc.,  et  peut-être  ces 
cas,  eux  aussi,  sont-ils  sans  rapports  directs  ou  indirects  avec  la 
syphilis.  F. -H.  Renaut. 

Deuxième  campagne  d'expérimentation  de  la  méthode  d'Hérelle  au 
Maroc  contre  Schistocerca  peregrina  (Olivier)  mars- juillet  I  915,  par 
H.  Velu,  vétérinaire  aide-major  de  1'“  classe,  chef  du  Laboratoire 
de  recherches  du  Service  de  l’élevage  à  Casablanca  {Annales  de 
l'Institut  Pasteur,  1917,  p.  277). 

La  campagne  d’expérimentation  du  procédé  d’Hérelle  contre 
Schistocerca  peregrina,  au  Maroc,  en  1915,  avait  démontré  que  les 
conditions  de  réussite  tiennent  surtout  à  l’époque  à  laquelle  ont 
lieu  les  contaminations.  Le  moment  le  plus  favorable  est  celui  où  les 
criquets  vivent  en  masses  compactes,  se  déplacent  lentement,  et  où 
l'acridiophagie,  principal  facteur  de  contaminalion,  est  portée  à  son 
degré  maximum. 

La  deuxième  campagne  a  permis  de  faire  umcertain  nombre  d’obser¬ 
vations  intéressantes.  En  ce  qui  concerne  la  marche  de  l’invasion,  les 
premiers  vols  de  sauterelles  ont  été  signalés  en  novembre  et  en 
décembre  1915  dans  la  région  du  Sous  et  aux  environs  d’Agadir.  En 
janvier  et  en  février  1916,  l’invasion  ste  fait  plus  lentement  vers  le 
Nord,  contrariée  qu’elle  est  par  les  mauvaises  conditions  climaté¬ 
riques,  et  finit  par  envahir  la  Chaouia.  Les  premières  éclosions 
n’ont  lieu  qu’au  début  d’avril  au  nord-ouest  de  Sali.  Les  premières 
pontes  opt  été  complètement  détruites  par  les  pluies.  Au  mois  de 
mai  les  sauterelles  arrivent  à  Meknès.  Dans  le  courant  de  juillet 
tout  est  fini,  les  vols  de  2'  génération  sont  partis  vers  le  Sud. 

De  décembre  à  janvier  on  observe,  sur  de  nombreux  points  du 
Maroc,  une  mortalité  notable  sur  les  premiers  vols,  avec  diarrhée 
noire.  Les  cadavres  sont  assez  nombreux  à  Casablanca.  Ils  sont  pro¬ 
fondément  infectés  .puisqu’on  trouve  un  coccobacille  en  culture 
presque  pure  dans  la  sérosité  musculaire  des  pattes  de  19  p.  100  des 
insectes. 

Inoculé  à  20  sauterelles  d’apparence  saine,  ce  coccobacille  très 
fin,  allongé  en  bâtonnet,  provoque  l’apparition  de  la  diarrhée  en 
7  heures  et  la  mort  en  14  heures.  Sous  l’influence  de  la  cavité  et  de 
l’accumulation,  la  maladie  devient  excessivement  grave  et  meur¬ 
trière.  Successivement,  tous  les  vols  sont  contaminés  et  l’infection 
semble  évoluer  surtout  à  la  faveur  des  conditions  climatériques 
défavorables.  La  mortalité  est  si  accusée  que  le  fait  frappe  les  indi¬ 
gènes. 

Cette  infestation  des  vols  se  traduit  par  deux  conséquences  impor- 


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45a 


tantes  ;  1“  il  est  absolument  impossible  d'exalter  la  virulence  des 
coccobacilles  d’Hérelle,  conservée  in  vitro  depuis  le  mois  de  juillet 
1915,  en  se  servant  de  sauterelles,  car  toutes  les  tentatives  abou¬ 
tissent  à  des  échecs  complets  •,2“  les  criquets  qui  naissent  au  mpment 
du  passage  des  (vols  [contaminés  sont  contaminés  eux-mémes,  et  la 
mortalité  est  surtout  accusée  pendant  les  périodes  de  mauvais 
temps. 

Jusqu’au  mois  de  mai  on  n’a  pas  pu  obtenir'le  matériel  virulent 
nécessaire,  par  suite  de  l’existence  de  la  maladie  autochtone 
ddns  les  vols  de  sauterelles  et  les  bandes  de  criquets.  A  partir  de 
celte  époque,  l'exaltation  de  la  virulence  s'est  faite  d’une  façon 
normale.  Les  pulvérisations  ont  été  pratiquées  dans  la  région  de 
Sali  et  en  Chaouia.  La  quantité  de  bacilles  pulvérisée  a  été  de’ 
1.600  litres.  On  s’est  toujours  servi  de  bacilles  jeunes,  de  24  à 
36  heures,  tuant  en  6  heures  par  inoculation  au  laboratoire. 

Les  différentes  observations  relevées  et  les  résultats  obtenus 
répondent  à  trois  stades  de  développement  des  acridiens  :  1“  conta¬ 
mination  de  criquets  jeunes  au  3®  stade  (12  jours  environ);  2“  con¬ 
tamination  de  criquets  au' 4“  stade  (12  à  20  jours)  ;  contamination 
de  criquets  aux  5'  et  6'  stades  (plus  de  20  jours). 

Des  faits  observés  pendant  la  campagne  de  1916,  on  peut  tirer 
quelques  conclusions.  Il  existe,  sur  les  vols  d’invasion,  des  épizoo¬ 
ties  d’entérite  contagieuse  provoquée  par  un  coccobacille  du  même 
groupe  que  le  bacille  d’Hérelle.  La  gravité  de  ces  épizooties  est 
variable.  Elles  empêchent  l’exaltation  de  la  virulence  du  coccoba¬ 
cille  d’Hérelle  in  vitro.  Les  criquets  qui  naissent  au  moment  des 
vols  contaminés  sont  infectés  par  les  cadavres. 

Le  Sehistocerca  peregrina  Olivier  est  nettement  sensible  au  bacille 
d’Hérelle,  à  tous  les  stades  de  son  évolution  ;  mais,  comme  la  con¬ 
tamination  résulte  presque  uniquement  de  l’acridiopbagie,  les  épi¬ 
zooties  provoquées  donnent  des  résultats  d’autant  plus  nets  que  les 
malades  sont  plus  aisément  dévorés  par  leurs  voisins. 

-  Le  moment  le  plus  favorable  pour  les  pulvérisations  est  la  fin  du 
troisième  stade.  Dès  le  quatrième  stade',  la  propagation  de  l’infec¬ 
tion  est  beaucoup  moins  certaine. 

Les  conditions  d’application  du  procédé  d’Hérelle  réclament  une 
précision  si  difficile  à  obtenir  qu’on  ne  peut,  jusqu’à  nouvel  ordre, 
le  considérer  coipme  pouvant  suffire,  à  lui  seul,  à  la  solution  inté¬ 
grale  du  difficile  problème  de  la  lutte  antiacridienne.  Mais,  par 
contre,  on  ne  peut  contester  que  son  efficacité,  lorsqu’elle  est 
obtenue,  ne  le  rende  pas  nettement  supérieur  à  toutes  les  méthodes 
en  raison  même  de  son  économie  plus  grande.  Sans  songer  à  renon¬ 
cer  à  aucun  des  moyens  de  défense  employés  jusqu’ici,  il  convient 
de  chercher  à  tirer  de  la  méthode  biologique  le  plus  grand  et’ 
le  plus  sûr  parti.  Enfin,  comme  il  a  été  observé  que  les  vols  d’inva¬ 
sion  offraient  une  mortalité  notable  et  contaminaient  les  taches  de 


456.  REVEE  DES  JOURNAL'X 

criquets,  il  convient  d’infester  les  vols  lors  de  leur  arrivée  dans  le 
Sud,  à  Agadir,  et  plus  loin  même  si  la  chose  est  possible. 

F.-H.  IVenaut. 

Sur  une  épidémie  de  dysenterie  bacillaire  observée  dons  la  région  de 
la  Somme,  par  G.  LoYnuB  et  J.  Haguenau,  médecins  d’un  laboratoire 
de  bactériologie  aux  armées  {La,  Presse  Médicale,  1917,  p.  421). 

Les  auteurs  ont  pu  observer  une  épidémie  assez  importante  de 
dysenterie  bacillaire  au  nord  de  la  Somme,  du  10  août  au  10  no¬ 
vembre  1916;  malgré  les  évacuations  bûtives,  imposées  par  les  opé¬ 
rations  militaires  du  moment,  ils  ont  porté  leurs  recherches,  dans 
les  formations  d’étapes  d’une, armée,  sur  449  malades. 

Cette  épidémie  s’est  présentée  avec  la  physionomie  générale 
'  d’une  épidémie  de  dysenterie  bacillkire  pure,  comme  il  résulte  de 
la  courbe  de  morbidité  rapide  à  la  fois  dans  son  extension  et  d'ans 
sa.  décroissance,  des  caractères  cliniques,  des  cas  de  contagion  hos- 
pi{alière,  des  résultats  favorables  de  la  sérothérapie,  enfin  des  con¬ 
statations  nécropsiques  qui  ont  pu  être  faites  dans  6  cas  sur  8  décès. 

Au  cours  de  cette  explosion  épidémique,  il  e.'t  arrivé  de  rencon¬ 
trer  l’amibe  dysentérique  dans  9  cas;  3  fois  il  s’agissait  de  dysen¬ 
terie  amibienne  autochtone,  dans  6  autres  cas  de  récidive  dysenté¬ 
rique  cbèz  d’anciens  coloniaux;  une  fois  seulement,  l’existence 
d’association  amibo-bacillaire  fut  notée.  ' 

Les  examens  ont  presque  constamment  concerné  des  cas  aigus  et 
des  caractères  dysentériques;  les  cas  chroniques  ont  été  excep¬ 
tionnels.  Presque  toujours,  il  s’agissait  d’une  première  atteinte.  La 
plupart  des  malades  provenaient  de  deux  foyers  limités  au  nord  du 
secteur,  où  la  densité  des  troupes  avait  été  particulièrement  accrue  ; 
la  région  sud,  occupée  par  les  troupes  coloniales  dans  un  secteur 
calme,  ne  fournissait  que  des  cas  exceptionnels  et  ne  participait  pas 
à  l’épidémie. 

L’identification  des  germes  effectuée,  après  isolement  sur  gélose 
lactosée  et  tournesolée  :  1“  par  les  caractères  de  cultures;  2°  par 
l’agglutination  avec  des  sérums  expérimentaux  provenant  de  l’In¬ 
stitut  Pasteur;  3°  par  l’étude  de  l’action  pathogène  sur  le  cobaye  et 
le  lapin,  a  donné  les  résultats  suivants  ;  isolement  du  bacille  de 
Shiga  dans  36  cas,  de  Flexner  dans  5  cas,  de  Hiss  dans  20  cas;  dans 
tous  les  cas,  il  s’agissait  de  germes  absolument  typiques,  donnant 
correctement  tous  les  caractères. 

Le  séro-diagnostic  a  été  i-echerché  chez  325  malades  et  aussi  sou¬ 
vent  que  possible,  à  diverges  reprises,  chez  chacun  d’eux,  en  utili¬ 
sant  toujours  le  procédé  macroscopique.  Les  émulsions  micro¬ 
biennes  étaient  ides  émulsions  de  culture  en  gélose  de  18  heures 
dans  l’eau  physiologique,  diluées  de  façon  à  produire  l’opalescence 
du  vaccin  antitypho'idique  chauffé.  La  lecture,  extrêmement  facile 
et  ne  prêtant  dans  aucun  cas  à  la  discussion,  était  faite  après  un 
séjour  de  6  heures  à  l’étuve  à  37°.  Le  taux  limite  a  toujours  été 
recherché,  en  ne  faisant  état  que  des  agglutinations  atteignant  ou 


BEVUE  DES  JOURNAUX 


457 


dépassant  i/30  pour  le  bacille  de  Shiga,  1/200  pour  le  bacille  de 
Flexner.  Sur  les  325  malades,  soumis  au  séro-diagnostic,  175  ont 
donné  une  réaction'  positive  au  bacille  de  Shiga,  de  1/30  à  1/500; 
15  seuleménl  au  bacille  de  Flexner  de  1/200  à  1/400. 

La  comparaison  des  résultats  fournis  à  la  fois  par  l'identification 
directe  et  par  le  séro-diagnostic,  dans  les  cas  où  ces  deux  recherches 
ont  été  faites  simultanément,  montre  la  fréquence  des  agglutina¬ 
tions  positives'au  bacille  de  Shiga. 

Un  point  intéressant  à  noter  est  la  relation  entre  la  gravité  cli¬ 
nique  et  le  résultat  de  l’exàmen  bactériologique.  La  fréquence  des 
cas  graves  et  la  mortalité  ont  été,  en  effet,  en  rapport  direct  surtout 
avec  la  prédominance  du  bacille  de  Shiga,  avec  l’existence,  dans 
quelques  cas,  d’association  du  bacille  dysentérique  et  d’un  bacille 
paralyphique.  L’eiistence  d’association  typho-dysentérique  dans 
7  cas  s’explique  par  la  recrudescence,  pendant  cette  période  d’août- 
novembre,  des  infections  du  groupe  typhoïde  qui  ont  présenté 
d’ailleurs  les  mêmes  foyers  d’expansion. 

En  résumé,  les  faits  observ,és  au  cours  de  cette,  épidémie  semblent 
de  nature  à  restituer  au  bacille  de  Shiga  l’importance  que  tendrait 
à  lui  faire  perdre  la  description  indéfinie  de  nouveaux  bacilles  para- 
dysentériques,  bacilles  qui  se  comportent  généralement,  à  part 
quelques  caractères  secondaires,  comme  les  bacilles  du  groupe 
Flexner-Hiss.  F. -H.  Renact. 

RicercTie  intorno  allacurva  del  lavoro  mentale,  D‘'  T.  Scelda-Sandesky 
(Annali  d'igiene,  1917,  p.  417). 

Une  bonne  définition  du  travail  mental  semble  difficile  à  donner. 
Les  définitions  que  citp  l’auteur  (Délia  Valle,  Henri  et  Binet,  Santé 
de  Sanctis),  essor  de  l’activité  psychique,  travail  de,  l’écolier  pendant 
l’enseignement  du  maître  et  durant  l’étude  personnelle,  application 
disciplinée  des  opérations  mentales,  ne  donnent  pas  satisfaction 
pour  concevoir  l’explication  sommaire  de  la  mise  en  œuvre  des 
facultés  intellectuelles. 

Il  y  a  lieu  aussi  de  distinguer  le  travail  de  la  fatigue  dans  le 
domaine  mental;  le  travail  ne  doit  pas  être  un  effort  pénible,  c’est 
un  phénomène  normal;  la  fatigué,  au  contraire,  est  une  manifesta¬ 
tion  pathologique,  causée  par  un  processus  d’usure.  Le  travail  est 
une  fonction  dynamique,  positive;  la  fatigue  est  engendrée  par  la 
continuité  exagérée  de  cette  fonction,  aboutissant  à  un  résultat 
négatif  et  douloureux. 

Les  recherches  scientifiques  sur  le  travail  mental  ont  été  nom¬ 
breuses  au  laboratoire  de  psychologie  expérimentale  de  l’Université 
de  Rome,  dirigé  par  le  professeur  Santé  de  Sanctis;  des  procédés, 
analogues  à  ceux  employés  pour  l’étude  du  travail  musculaire, 
permirent  d’établir  des  courbes  par  la  notation  des  indications 
fournies  par  la  force  njanuelle  au  dynamomètre,  l’écart  de  la  sensi¬ 
bilité  tactile,  le  pouls,  la  respiration,  avant  et  pendant  le  travail 


43» 


REVUE  DES  JOURNAUX 


mental,  exécuté  par  des  enfants  d’une  dizaine  d’années,  provenant 
des  écoles  communales. 

Le  travail  mental  consistait  en  lecture  à  haute  voix  au  tableau  et 
en  opérations  d’arithmétique  très  élémentaire.  Les  mots  figurés  sur 
des  cartons  étaient  rangés  par  série  de  25,  à  trois  syllabes,  dont  la 
dernière  était  remplacée  par  un  trait;  les  mots  avaient  environ 
2  cent.  1/2  de  longueur  et  les  caractères  5  millimètres  de  hauteur; 
c’étaient  alternativement  des  substantifs,  des  verbes,  des  adjectifs. 

Les  conditions  de  ce  travail  mental  exigeaient  des  séances  prépa¬ 
ratoires  aün  d’adapter  convenablement  les  enfants  au  résultat 
cherché  dans  le  calme,  le  silence  et  la  plus  parfaite  tranquillité 
d’esprit,  sans  émotion  ni  distraction  pendant  différents  laps  de  temps 
atteignant  la  durée  d’une  heure;  les  d'ivlsions  de  la  courbe  étant 
faites  par  cinq  minutes. 

Les  courbes  obtenues  par  la  lecture  de  mots  à  compléter  montrent 
le  type  ascendant;  au  contraire,  celles  de  l’addition  de  iO  nombres 
à  3  chiffres,  sans  employer  les  chiffres  bas  1,  2,  3,  ont  le  type  descen¬ 
dant;  les  premières  indiquent  par  conséquent  une  attention  sou¬ 
tenue,  tandis  que  les  secondes  décèlent  la  progression  de  la  lassi¬ 
tude.  .  F.-H.  Ren.\dt. 

Les  cardiaques  du  front  en  1917,  par  Ch.  Aubertlv,  médecin  des 
hôpitaux  de  Paris,  chef  du  service  de  cardiologie  d’une  armée  [La 
Presse  JUédicafe,  1917,  p.  451).  '  ■ 

Depuis  le  début  des  hostilités,  on  évacue  journellement  du  front 
un  grand  nombre  d’hommes  présentant  des  troubles  cardiaques.  Il 
semblerait  que  les  cardiaques  organiques  aient  dû  être  peu  à  peu 
éliminés  de  l’armée  combattante.  Il  en  reste  pourtant  au  front  un 
nombre  assez  appréciable. 

Dans  le  service  de  cardiologie  dont  l’auteur  est  le  chef,  le  mouve¬ 
ment  des  entrées  est,  en  moyenne,  de  1  malade  par  jour.  On  peut 
assez  exactement  se  rendre  compte  des  troubles  cardiaques  présentés 
par  les  combattants  et  qui  sont,  les  uns  antérieurs  à  la  guerre,  les 
autres  produits  par  la  guerre  sur  un  terrain  prédisposé,  au  moyen 
de  la  statistique  suivante. 

Parmi  les  100  derniers  malades  du  service  armé,  on  note  12  lésions 
mitrales,  35  lésions  aortiques,  28  tachycardies  sans  lésions,  5  aryth¬ 
mies  et  20  troubles  cardiaques  divers  fonctionnels  constatés.  En 
outre,  12  non-cardiaques  et  9  faux  cardiaques  avaient  été  mis  en 
observation. 

Les  faux  cardiaques  sont  des  sujets  sains  et  robustes,  qui  se  plai¬ 
gnent  du  cœur  pour  se  faire  évacuer,  et  chez  lesquels  on  ne  trouve 
absolument  aucun  symptôme^  pas  même  la  petite  tachycardie  émo¬ 
tive  si  fréquente  chez  les  soldals.examinés. 

Les  non-cardiaques  sont  indemnes  de  cardiopathie.  Le  plus  sou¬ 
vent,  ce  sont  des  soldats  des  jeunes  classes,  fatigués,  pâles  et  réel¬ 
lement  anémiques,  présentant  des  palpijafions,  parfois  un  léger 


REVUE  DES  JOURNAUX 


souffle.  D’aulres,  plus  âgés,  sont  des  hommes  surmenés,  amaigris, 
considérés,  de  par  leur  aspect,  comme  atteints  de  cardiopathies  arté¬ 
rielles,  mais  ne. présentant  pas  de  symptômes  cironlatoires.  D’antres 
sont  des  alcooliques  avec  tachycardie  et  tremblement,  ou  encore 
des  tuberculeux  au  début  avec  éréthisme  ^cardiaque  et  pâleur. 

L’insuffisance  mitrale,  d’un  diagnostic  aisé,  produisant  des  symp¬ 
tômes  fonctionnels  marqués,  est  actuellement  assez  rare  parmi  les 
combattants,  parce  qu’elle  est  souvent  mal  compensée.  Le  rétrécis¬ 
sement  mitral  pur  est  également  très  peu  fréqpent  chez  les  soldats 
du  froilt,  car  la  dyspnée,  et  surtout  la  tachycardie,  ont  depuis  long¬ 
temps  attiré  l’attention  sur  le  cœur.  Pourtant  quatre  fantassins, 
porteurs  de  cette  lésion,  avaient  pu  faire  jusqu’alors  toute  la  cam¬ 
pagne. 

Lors  de  la  guerre  de  mouvement,  après  Ip  bataille  de  la  Marne, 
l'altentiou  avait  été  attirée  sur  l’aptitude  militaire  de  certains  car¬ 
diaques,  atteints  d’insuffisance  aortique,  qui  avaient  combattu  sans 
inconvénients.  Depuis  lors,  on  a  cité  de  nombreux  exemples  de  résis¬ 
tance  à  la  fatigue  chez  ces  malades;  mais  on  a  continué,  avec  juste 
raison  d’ailleurs,  de  les  éliminer  de  l’armée  combattante. 

La  plupart  des  cardiaques  organiques  qui  sont  encore,  actuel¬ 
lement  aux  armées  sont  porteurs  de  souffles  systoliques  aortiques. 
Pour  un  petit  nombre,  5  sur  30  cas  de  la  série  envisagée,  il  s’agit 
d’un  souffle  très  intense  et  très  étendu,  d’un  diagnostic  évident. 
Pour  d’autres,  25  sur  30,  la  difficulté  du  diagnostic  et  de  la  décision 
à  prendre  est  plus  grande  à  cause  d’un  petit  souffle  qui  peut  faci¬ 
lement  être  méconnu.  11  s’agit  probablement  alors,  soit  d’aortite 
pariétale,  soit  plutôt'de  valvulite  légère  de  l’orifice.  La  plupart  du 
temps,  cette  lésion  aortique  semble  bien  tolérée  :  sui*  25  malades, 
16  appartenaient  à  l’infanterie,  et  la  plupart,  au  front  depuis  le 
début,  n’avaient  jamais  été  évacués.  Ces  hommes  sont  à  proposer 
pour  le  service  auxiliaire  ou  pour  des  enlplois  peu  pénibles  du  ser- 
vice'armé. 

A  côté_des  troubles  organiques,  aggravés  par  la  guerre,  se  placent 
les  troubles  fonctionnels  dont  on  peut  dire  qu’ils  sont,  en  majeure 
partie,  produits  par  la  guerre;  ils  sont  nombreux  et  atteignent  la 
moitié  des  malades  observés;  les  plus  fréquents  sont  la  tachycardie 
et  l’arythmie  extra-systolique. 

En  somme,  il  existe  encore  actuellement  au  front  un  certain 
nombre  de  cardiaques  organiques;  mais  presque  tous  sont  des 
sujets  porteurs  d’un  petit  souffle  systolique  aortique,  qui  généra¬ 
lement  a  passé  inaperçu,  mais  qui  se  traduit  parfois,  à  l’occasion  des 
grandes  fatigues,  par  des  crises  de  tachycardie.  Les  autres  cardiaques 
valvulaires  sont  très  peu  nombreux. 

Quant  aux  faux  cardiaques,  ils  semblent  aussi  rares  parmi  les' 
combattants  qu’ils  sont  fréquents  parmi  les  mobilisés  sédentaires 
de  l’intérieur,  et  c'est  là  une  constatation  qui  est  tout  à  l’honneur  des 
premiers.  F. -H.  Renaot. 


BEVUE  DES  JOURNAUX 


Contribution  à  fessai  toxicologique  des  eaux  de  boisson  en  cam¬ 
pagne,  par  M.  Marcel  Benoist,  pharmacien -aide-majorjde  1”  classe, 
licencié  ès  sciences,  ex-interne  lauréat  des  hôpitaux  3e  Paris  [Jour¬ 
nal  de  Pharmacie  et  de  Chimie,  1917,  p.  149). 

La  guerre,  à  l’heure  actuelle,  s’accompagne,  chez  l’adversaire,  de 
pratiques  que  la  civilisation  moderne  ne  laissait  pas  prévoir.  C’est 
ainsi  qu’il  faut  s’attendre  aujourd’hui  à  trouver  des  poisons  miné¬ 
raux  ou  organiques  dans  les  puits  et  les  sources,  où  les  soldats  sont 
appelés,  au  fur  et  à  mesure  de  l’avance,  à  venir  puiser  l’eau  des¬ 
tinée  à  leur  alimentation.  ' 

Diverses  méthodes  ont  été  indiquées  pour  dépister  ces  sub¬ 
stances  toxiques  dans  les  eaux  de  boisson;  malgré  leur  précision, 
elles  ont  l'inconvénient  d’exiger  ùn  laboratoire  de  tout  l’epos,  bien 
installé  à  l’arrière,  d’être  ùn  peu  longues  et  de  rechercher  des 
substances,  qui  ne  se  trouvent  jamais  dans  les  eaux  du  front.  ^ 

Les  conditions  particulières  dans  lesquelles  l’auteur  s’est  trouvé 
l’ont  amené  à  rechercher  un  dispositif  spécial,  qu'en  raison  de  la 
pauvreté  des  ressources  locales  il  n’a  pu  constituer  qu’avec  des 
moyens  , de  fortune  assez  rudimentaires.  Il  faut  d'abord  procéder 
à  une  sélection  des  points  d’eau  susceptibles  d’être  empoisonnés 
et  aussi  des  poisons  qui  pourraient  être  employés. 

L’empoisonuenient  d’une  rivière,  mê'me  à  cours  ralenti,  est  prati¬ 
quement  irréalisable.  Les  recherches  devront  surtout  porter  sur  les 
puits  et  citernes  des  villages  récemment  occupés  par  les  troupes. 
Mais  encore  il  convient  de  restreindre  les  analyses  à  effectuer,  car 
il  a  été  permis  de  constater  que,  d’une  part,  les  pompes  en  bon 
état,  forées  sur  une  nappe  plus  ou  moins  profonde,  offraient  peu 
de  chance  d’être  contaminées  et,  d'autre  part,  que  la  liste  des 
toxiques,  susceptibles  d’être  employés  par  l’ennemi,  n’est  pas 
longue. 

Parmi  les  toxiques  minéraux,  on  peut  placer  au  premier  rang 
l’anhydride  arsénieux,  dont  0  gr.  20  est  suffisamment  soluble  dans 
l’eau;  puis  viennent  le  sublimé  et  le  cyanure  mercurique,  égale¬ 
ment  solubles  dans  l’eau  commune  et  toxiques  à  la  dose  de  O  gr.  05 
à  0  gr.  25,  suivant  les  individus  ;  à  citer  encore  le  cyanure  de 
potassium. 

Les  toxiques  organiques  seront  dus,  dans  les  cas  les  plus  fré¬ 
quents,  aux  cadavres.  Il  y  aura  lieu  de  rechercher  les  alcaloïdes, 
quelque  improbable  que  paaraisse  ce  mode  d’empoisonnement. 

Il  fallait  réunir  sous  un  faible  volume,  dans  un  emballage  aisé¬ 
ment  transportable,  les  ré’actifs  nécessaires  pour  déceler  sur  place 
et  très  rapidement  tout  empoisonnement  d’une  eau  livrée  à  la 
consommation.  Ce  dispositif  fut  facilement  constitué  à  l’aide  d’une 
vieille  cave  à  liqueur  trouvée  dans  une  maison  abandonnée  et 
transformée  en  boîte  d’analyse,  dont  les  réactifs  et  le  matériel  sont 
minutieusement  décrits  et  où  figure  le  tableau  des  analyses  à 
effectuer. 


REVUE. DES  JOURNAUX 


461 


Cette  méthode  a  permis,  dans  des  conditions  très  défectueuses, 
sans  table  nijgoint  d’appui,  de  faire  l’essai  toxicologique  d’une  eau, 
sur  place,  en 'une  heure  au  maximum,  dans  une  localité,  quatre 
jours  après  l’occupation,  où  aucune  des  pompes  existantes  n’avait 
été  empoisonnée  chimiquement  par  les  Allemands.  Mêmes  résultats 
dans  un  autre  village,  dont  une  partie  était  encore  entre  les  mains 
de  l’ennemi. 

Les  analyses  effectuées  avec  ce  matériel  restreint  et  dans  de  mau¬ 
vaises  conditions  de  tranquillité  concordent  assez  exactement  avec 
celles  faites  dans  le  confort  relatif  du  laboratoire  de  toxicologie, 
installé  à  quatre  kilomètres  en  arrière.  D’autre,  part,  la  rapidité 
avec  laquelle  les  résultats  ont  été  connus  a  facilité  la  communica¬ 
tion  par  téléphone  au  Commandement  et  au  Service  de  Santé. 

11  est  certain  que  le  poids  du  dispositif  pourrait  être  facilement 
réduit  et  que  la  caisse  pourrait  être  remplacée  par  une  boîte  d’alu¬ 
minium.  Cerlaines  méthodes  analytiques  pourraient  être  simpli¬ 
fiées;  mais  l’auteur  a  eu  l’ingéniosité,  pour  parer  au  plus  pressé, 
d’utiliser  avantageusement  les  faibles  ressources  qu’il  avait  à  sa 
disposition.  F. -H.  Rbnaut. 

L'alcool  solidifié  et  ses  usages  en  chirurgie  de  guerre,  par  le 
D''  Th.  Nogier,  professeur  agrégé  de  phys'ique  médicale  à  la  Faculté 
de  Lyon  (La  Presse  Médicale,  1917,  p.  426). 

L’alcool  solidifié  est  eu  réalité  une  sorte  de  savon  un  peu  spécial, 
à  base  d’alcool.  Liquide  à  la  température  de  50®,  il  devient  solide  à 
1^  température  ordinaire  et  forme  une  substance  de  consistance 
pâteuse.  Il  est  très  employé  l’hiver  dans  les  tranchées;  il  suffit,  en 
effet,  de  mettre  une  allumette  au  contact  de  cette  substance  pour  la 
voii’x s’enflammer  et  brûler  avec  la  flamme  d’alcool,  très  chaude 
quoique  peu  éclairante. 

Mais  ce  produit,  très  estimé  par  les  soldats  pour  les  services  qu’il 
leur  rend,  n’a  pas  reçu  en  chirurgie  de  l’avant  et  même  de  l’arrière 
les  applications  qu’il  mérite.  L’alcool  solidifié  jouit  des  doubles 
propriétés  de  l’alcool  et  du  savon,  renforcées  par  leur  union  en  pro¬ 
portions  convenables,  et  il  peutêtre  éminemment  utile  au  chirurgien 
sous  plusieurs  rapports,  outre  l’obtention  rapide  de  l’eau  bouillie, 
ou  simplement  chaude. 

Il  dissout  très  facilement  les  substances  grasses  et  décape  la  peau 
sans  l’altérer,  en  constituant  un  procédé  de  nettoyage  rapide,  simple 
et  incomparablement  efficace,  même  pour  des  souillures  de  graisse 
et  de  cambouis. 

Pour  les  instruments,  il  suffit,  pour  les  nettoyer  après  une  inter¬ 
vention,  de  les  mettre  dans  le  fond  d’un  plat,  d’ajouter  quèlques 
fragments  d’alcool  solidifié  et  ùne  petite  quantité  d’eau.  En  les  bras¬ 
sant  â  la  main  ou  en  les  frottant' avec  un  gros  pinceau,  on  les  a  vite 
débarrassés  du  sang  ou  du  pus.  Il  n’y  a  plus  qu’à  les  rincer  et  à  les 
faire  bouillir. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


Pour  le  champ  opératoire  enfla,  l’alcool  solidiflé  est  supérieur  à 
tout  autre  procédé.  Très  rapidement,  par  simple  friction  de  la  main, 
il  rend  aseptiques  les  téguments  les  plus  souillés;  il  jouit  du  très 
grand  avantage  de  n’être  pas  irritant,  ni  caustique  comme  la  tein¬ 
ture  dHode.  En  résumé,  à  ces  différents  titres,  il  mérite  d’être 
utilisé  dans  tous  les  services,  chirurgicaux  del’armée. 

Pour  devenir  pratique,  ce  procédé  ne  doit  pas  être  coûteux.  La 
formule  de  préparation  suivante  peut  permettre  à  tout  le  monde 
d’obtenir  un  excellent  produit.  On  prend  500  cent,  cubes  d’alcool  à 
brûler,  que  l’on  place  dans  un  ballon  de  verre  de  1  litre.  On  y  ajoute 
150  grammes  de  savon  de  Marseille,  sec  et  râpé,  puis  12  grammes 
de  gomme  laque  en  paillettes,  et  on  agite.  On  fait  chauffer  au  bain- 
marie,  eu  communiquant  fréquemment  au  ballon  des  mouvements 
de  rotation;  la  solution  rapide  du  savon  et  de  la  gomme  laque  donne 
un  liquide  brun  foucé;  on  le  coule  dans  des  bottes  en  fer  blanc,  et, 
par  refroidissement,  on  obtient  une  substance  ayant  la  consistance 
du  beurre  :  c’est  l’alcool  solidifié,  que  l’on  peut  aromatiser,  en  lais¬ 
sant  tomber  préalablement  dans  le  ballon  4  à  5  gouttes  d’essence 
de  lavande,  de  cannelle  ou  de  géranium;  ce  qui  renforce  encore 
l’action  antiseptique  du  produit.  F.-H.  Renaut. 

L’air  du  cuirassé  moderne  au  point  de  vue  bactériologique,  par  le 
D''  Candiotti,  médecin  de  f”  classe  de  la  marine  {Archives  de  méde¬ 
cine  navale,  1917,  p.  282  et  357). 

L’étude  de  l’air  à  bord  des  navires,  étude  qui  semblait  s’imposer 
depuis  que  le  «  marais  nautique  »  avait  disparu  des  cales  des  bâti¬ 
ments,  n’a  guère  attiré  l’attention  des  chercheurs.  Une  raison  suffit 
à  expliquer  la  rareté  des  observations  sur  un  sujet  dont  la  biblio¬ 
graphie  peut  se  résumer  en  quelques  lignes  :  la  difficulté  d’avoir,  à 
bord  d’un  navire,  le  matériel  nécessaire  pour  effectuer  de  pareils 
travaux. 

Placé  dans  des  conditions  tout  à  fait  exceptionnelles,  possesseur 
de  nombreux  appareils  de  laboratoire,  l’auteur  a  voulu  apporter  sa 
contribution  à  ce  chapitre  d’hygiène  navale  en  voie  d’édification. 
Embarqué  sur  un  cuirassé  moderne,  il  amis  à  profit  les  longs  loisirs 
du  bord  pour  prélever  des  échantillons  d’air',  et  en  faire  une  analyse 
quantitative  et  qualitative  au  point  de  vue  bactériologique. 

Après  avoir^  résumé  les  travaux  parus  jusqu’à  ce  jour,  il  expose 
longuement  la  série  des  manipulations  qu’il  fut  conduit  à  effectuer. 
Les  prélèvements  d’air  ont  été  faits  par  la  méthode  de  Laveran,  le 
tube  étant  mis  en  communication  avec  un  aspirateur  à  eau.  Les 
ensemencements  ont  eu  lieu  sur  plaques  de  gélatine  et  de  gélose,  eu 
boites  de  Pétri,  et  les  numérations  ont  été  poussées  aussi  loin  que 
possible. 

Les  échantillons  ont  été  prélevés,  d’abord  au-dessus  du  pont 
cuirassé,  dans  les  entreponts,  puis  dans  le  caisson  cuirassé,  poste 
des  blessés,  atelier  des  machines,  poste  de  la  télégraphie  sans  fil. 


REVÜE  DES  JOURNAUX 


463 


enfin,  sous  le  caisson  cuirassé,  machine  centrale,  plate-forme  des 
bouilleurs,  cambuse  principale,  chambre  des  dynamos,  rue  de 
chauffe.  La  moyenne,  par  mètre  cube,  a  été  de  4.987  germes  aérobies 
et  de  425  moisissures  pour  les  entreponts;  de  i  .700  et  de  ,433  pour  le 
caisson  cuirassé  ;  de  1.930  et  de  1.957  pourl’étage  des  grands  organes 
moteurs. 

Les  diverses  variétés  de  staphylocoques  régnent  en  prédominance 
dans  tous  les  compartiments  du  navire  ;  aucune  spécialité  du  bord 
n’est  à  l’abri  des  furoncles.  Les  coccus  pyogènes  sont  abondants,  ce 
qui  explique  la  fréquence  de  la  suppuration  des  plaies  par  écra¬ 
sement.  Le  colibacille  a  été  rencontré  dans  la  cambuse,  mais  il  doit 
être  dû  à  une  cause  passagère,  car  l’examen  des  caisses  à  ea\i,  her¬ 
métiquement  closes  et  à  l’abri  de  toute  souillure,  a  donné  lieu,  à 
plusieurs  reprises,  à  des  résultats  négatifs.  Le  bacille  d’Eberth  n’a 
pas  été  trouvé.  Les  inoculations  faites  aux  cobayes  n’ont  jamais 
décelé  la  présence  du  bacille  de  Koch. 

La  quantité  des  germes  aérobies  va  en  décroissant  des  étages  supé¬ 
rieurs  vers  les  étages  inférieurs'^ du  navire,  des  étages  qui  sont 
constamment  peuplés  vers  ceux  qui  le  sont  moins.  L’air  du  navire 
est  plus  pur  que  celui  d’une  chambre  neuve  à  Paris.  L’air  de  la  mer 
ne  renferme  que  de  5  à  43  germes  par  mètre  cube,  suivant  que  le 
vent  souffle  de  terre  ou  du  large.  Cet  zfir  si  pur  balaie  les  batteries 
par  des  sabords  largement  ouverts,  pénètre  dans  tes  manches  à  air, 
est  aspiré  par  de  larges  ventilateurs  jusque  dans  les  fonds  du 
bâtiment. 

L’emploi  du  chauffage  central  permet  d’entretenir,  durant  l’hiver 
et  dans  les  pays  brumeux,  une  sécheresse  relative  dans  l’intérieur 
du  navire.  Par  de  multiples  ouvertures,  hublots,  sabords,  coupées, 
la  lumière  pénètre  dans  les  étages  supérieurs.  Le  soin  méticuleux 
que  l’on  apporte  au  nettoyage  du  bord,  les  badigeonnages  à  la 
chaux,  les  lavages  quotidièns,  contribuent  également  au  maintien 
de  la  pureté  de  l’air. 

Les  trois  facteurs  importants  de  cette  pureté,  sécheresse,  lumière, 
ventilation,  se  trouvent  réunis  sur  les  cuirassés  modernes,  et  suffi¬ 
sent  à  expliquer  le  réconfortant  résultat  des  dénombrements,  dont 
la. moyenne  a  été  indiquée.  F. -H.  Re.xaut.  ■ 

Fontaines  en  ciment  armé  pour  Veau  potable  javellisée,  par  M.  le 
D'  Bonnette,  médecin  militaire  [La  Presse  Médicale,  1917,  p.  327). 

Depuis  quelques  années,  l'industrie  confectionne  des  cuves  en 
ciment  armé,  rendant,  particulièrement  en  Algérie,  les  plus  grands 
services  pour  la  fabrication  des  vjns. 

"Frappé  des  multiples  inconvénients  présentés,  dans  les  cantonne¬ 
ments,  par  les  tonneaux  destinés  à  l’eau  javellisée,  le  médecin 
principal  de  Casaubon  a  eu  l’idée  de  faire  exécuter,  par  la  main- 
d’œuvre  militaire,  une  série  de  fontaines  en  ciment  armé,  qui 


REVUE  DES  JOURNAUX 


164 

maintiennent  l’eau  très  fraîche,  grâce  aux  mottes  de  terre  qu’il  faut 
placer  sur  leurs  faces  accessibles. 

Des  divers  modèles  essayés,  le  plus  pratique  paraît  être,  celui  qui 
contient  100  litres  pour  les  cantonnements  et  50  litres  pour  les 
tranchées.  Ce  volume  réduit  force  les  hommes  à  renouveler  l’eau 
tous  les  jours,  ce  qui  évite  sa  stagnation  dans  ces  récipients  et  la 
fermentation  des  matières  organiques,  qui  se  déposent  au  fond. 

Ces  fontaines  sont  carrées,  hautes  de  60  centimètres  et  larges 
de  5b.  L’épaisseur  des  parois  est  de  5  centimètres.  A  l’intérieur,  les 
angles  sont  arrondis  et  le  fond  est  incliné  dans  les  deux  sens  avec 
rigole  d’écoulement  se  terminant  par  un  trou  de  vidange.  La  partie 
supérieure  est  perforée  d’un  large  orifice  pour  le  nettoyage  et  le 
remplissage,  avec  couvercle  de  bois.  Le  robinet  de  prise  est  disposé 
à  3  centimètres  au-dessus  du  plan  inférieur.  Ces  récipients  sont 
placés  sur  tubes,  à  75  centimètres  du  sol,  pour  permettre  aux 
hommes  de  remplir  leur  bidon  au  robinet. 

Sous  la  direction  de  quelques  spécialistes,  la  fabrication  en  série 
de  cesiontaines  est  facile  avec  des  moules  en  bois,  qui  servent  de 
matrices  pour  couler  le  béton  en  ciment.  L’armature,  en  forme  de 
panier  métallique  en  (ils  de  fer  de  diamètres  différents,  est  placée 
dans  le  moule,  puis  noyée  dans  le  ciment,  qui  exige  une  quinzaine 
de  jours  pour  sa  prise.  Le  prix  est  bien  inférieur  à  celui  des  ton¬ 
neaux. 

Ces  fontaines  en  ciment  armé,  récemment  rendues  réglementaires, 
présentent  des  avantages  qui  en  font  hautement  recommander  l’em¬ 
ploi  :  maintien  de  la  limpidité  et  de  la  fraîcheur  de  l’eau,  rinçage 
des  cuves  plus  faciles,  prix  de  revient  peu  élevé.  Elles  mettront  fin 
à  la  mauyaise  utilisation  des  tonneaux  qui,  généralement,  gâtent 
l’eau,  même  javellisée. 


F. -H.  Re.^aut.  ■ 


VARIÉTÉS 


•465 


VARIÉTÉS 


LE  LOGEMENT  DES  FAMILLES  NOMBREUSES 

La  guerre  actuelle  aura  plus  que  jamais  rendu  nécessaire  en 
notre  pays  le  relèvement  de  ta  natalité. 

Mais,  pour  que  celui-ci  puisse  s’effectuer  normalement,  il 
importé  essentiellement  d’écarter  tous  les  obstacles  pouvant  s’op¬ 
poser  à  la  constitution  des  familles  nombreuses. 

Or,  dans  les  conditions  habituelles  de  la  vie  en  notre  pays, 
—  habitation  en  appartements,  au  moins  dans  les  villes  de  quelque 
importance,  —  il  est  un  inconvénient  grave  dont  ont  à  souffrir  trop 
fréquemment  les  familles  nombreuses. 

Elles  ne  trouvent  point  à  se  loger,  non  seulement  parce  que  la 
nécessité  de  disposer  de  grands  locaux  en  raison  du  nombre  de 
leurs  membres  entraîne  souvent  pour  elles  des  dépenses  excessives 
et  nullement  en  rapport  avec  un  budget  trop  souvent  insuffisant, 
mais  encore  et  surtout  parce  que,  ce  premier  point  écarté,  beau¬ 
coup  de  propriétaires  d’immeubles  ne  se  soucient  point  de  leur 
louer.  Les  enfants  nombreux  sont  réputés  gênants  et  indésirables 
dans  un  immeuble,  parce  qu’ils  sont  bruyants  et  font  fuir  les  autres 
locataires  et  aussi  parce  qu’ils  causent  fréquemment  des  dépré¬ 
dations. 

En  vue  de  remédier  à  cette  situation  fâcheuse  et,  qui,  hélas!  ne 
date  pas  d’hier,  certains  efforts  ont  été  tentés,  notamment  par  des 
associations  privées  de  bienfaisance  comme  la  Grande  famille,  des 
Sociétés  d’habitations  à  bon  marché,  des  .Municipalités,  des  Caisses 
d’épargne,  des  établissements  d’Assistance  publique.  De  plus,  une 
loi  promulguée  en  1912,  en  créant  les  Offices  publics  d’habitations  à 
bon  marché,  est  venue  donner  aux  élus  du  département  et  des 
communes  des  moyens  d’intervention  efficaces  en  ce  sens,  moyens 
dont  la  guerre  a  malheureusement  entravé  l’essor. 

Les  nécessités,  cependant,  sont  aujourd’hui  plus  pressantes  que 
jamais. 

Aussi,  pour  y  parer  dans  la  mesure  du  possible,  un  groupe 
important  de  députés  a  pensé  qu’il  y  avait  lieu  de  rechercher  les 
moyens  «  d’encourager  la  formation  d’associations  privées  qui 
assureraient,  avec  le  concours  des  communes,  des  départements  et 
de  l’Etat,  la  charge  de  procurer  aux  iamilles  comptant  au  moins 
quatre  enfants,  un  logement  d’abord,  et  autant  que  possible  ensuite, 
un  logement  sain  et  â  bon  marché  ». 

A  leur  estime,  un  progrès  important  serait  accompli  si  notre 
législation  des  habitations  à  bon  marché  —  qui  repose  sur  la 
REV.  d’hYG.  XL  —  30 


466 


VARIÉTÉS 


constitution  de  sociétés  soumises  au  régime  de  l’approbation  et  du 
contrôle  par  l’Etat,  et  construisant  des  immeubles  destinés  à  la 
location  ou  la  vente  à  des  personnes  peu  fortunées — se  trouvait 
modifiée  de  façon  à  «  faciliter  la  constitution  d’associations  simple¬ 
ment  déclarées  poursuivant,  le  même  but,  mais  n’ayant  pas  comme 
les  sociétés  à  réunir  au  préalable  un  capital  important  n. 

De  telles  associations, ''dont  les  membres  paieraient  une  cotisation 
annuelle  et  assumeraient  la  charge  de  la  gestion  des  immeubles, 
n’entreprendraient  point  de  construire;  elles  loueraient  elles- 
mêmes  en  totalité  et  pour  de  longs  baux  dés  immeubles  déjà 
édifiés,  iiimeübles  qu’elles  aménageraient  et  assainiraient  en  vue  • 
du  logement  exclusif  des  familles  nombreuses. 

Les  locaux  ainsi  obtenus  par  les  sociétés  seraient  mis  à  la-  dispo¬ 
sition  des  seules  familles  nombreuses  et  au  prix  de  revient,  les 
sociétés  ne  devant  en  aucun  cas  réaliser  de  bénéfices,  ni  subir  de 
pertes. 

En  vue  de  permettre  la  réalisation  de  semblables  sociétés,  le 
groupe  de  députés  dont  nous  parlions  tout  à  l’heure  et  qui  com¬ 
porte  des  représentants  de  tous  les  partis,  a  déposé  récemment  sur 
le  bureau  de  la  Chambre,  le -projet  de  loi  suivant  qui  a  été  renvoyé 
à  la  Commission  d’assurance  et  de  prévoyance  sociales  ; 

Article  premier.  —  Les  associations  déclarées  ayant  pour  objet 
d’assurer  un  logement  salubre  et  à  bon  marché  aux  familles  de  plus 
de  trois  enfants  de  moins  de  seize  ans  sont  habilitées  à  louer  par 
baux  d’une  durée  ne  pouvant  dépasser  trente  années,  à  aménager, 
assainir  et  à  gérer  tous  immeubles  existants  destinés  exclusivement 
au  logement  de  ces  familles,  pourvu  que  les  valeurs  locatives 
desdits  logements  ne  dépassent  pas  les  taux  maxima  déterminés 
par  l’article  5  de  la  loi  du  12  avril  1906. 

Art.  2.  —  Ces  associations  pourront  recevoir  des  communes  des 
avances  sans  intérêt  remboursjables  par  annuités  réparties  sur  une 
durée  égale  à  la  durée  des  locations  d’immeubles  qu’elles  auront 
effectuées.  Ces  avances  ne  pourront  excéder  le  montant  de  la 
valeur  locative  de  l’immeuble,  telle  qu’elle  est  déterminée  pour  la 
perception  de  l’impôt  foncier. 

Art.  3.  —  Ces  associations  recevront  de  l’Etat  une  subvention 
annuelle  de  10  francs  par  enfant  de  moins- de  seize  ans  logé  dans 
leurs  immeubles.  Les  départements  et ,  les  communes  devront 
allouer  auxdites  associations  une  subvention  égale  à  la  moitié  de 
celle  attribuée  par  l’Etat.  Le  montant  de  ces  subventions  devra  être 
imputé  en  totalité  en  dégrèvement  sur  les  loyers  des  familles 
auxquelles  appartiennent  ces  enfants. 

Art.  4.  —  Ces  associations  ne  devront  réaliser  aucun  bénéfice, 
et  ne  pourront  constituer  de  fonds  de  réserve  qu’à  l’aide  des  seules 
cotisations  de  leurs  membres. 

Quand  un  exercice  clos  aura  révélé  l’existence  d’un  actif  supé- 


■  VARIÉTÉS 


467 

rieur  à  5  p.  100  du  moulant  des  valeurs  locatives  des  immeubles 
qu’elles  auront  loués,  elles  devront  imputer  ce  bénéfice  en  dégrè¬ 
vement  sur  les  loyers  de  l’année  suivante  au  prorata  du  nombre 
des  enfants  de  leurs  locataires. 

Art-  5.  —  Les  opérations  de  ces  associations  seront  soumises  au 
contrôle  du  ministre  du  Travail  et  de  la  Prévoyance  sociale. 

Celui-ci  déterminera  par  un  arrêté  les  formes  dans  lesquelles 
s’exercera  ce  contrôle. 

Encore  que  ce  projet  de  loi  ne  réponde  pas  complètement,  à 
beaucoup  près,  à  toutes  les  données  du  problème  à  solutionner,  il 
n’est  pas  douteux,  cependant,  qu’il  apportera  dans  une  mesure 
appréciable  une  amélioration  à  la  situation  actuelle.  Aussi  con¬ 
vient-il  de  souhaiter,  qu’il  revienne  bientôt  devant  le  Parlement  et  y 
soit  accueilli  avec  faveur. 

Dr  G.  V. 


CRÉATION  DE  CHAIRES  DE  CLINIQUE  DE  LA  TUBERCULOSE 

DANS  LES  F.iCULTÉS  DE  MÉDECINE 

Il  y  a  peu  de  temps,  là  Chambre  renvoyait  à  la  Commission  de 
l’Enseignement  et  des  beaux-arts  la  proposition  de  loi  suivante 
(iéposée  sur  son  bureau  par  un  grand  nombre  de  députés  : 

Article  premier.  —  Une  chaire  de  «  clinique  de  la  tuberculose  et 
de  prophylaxie  sociale  »  est  créée  dans  les  Facultés  de  médecine. 

Art.  2.  —  L’enseignement  de  cette  chaire  aura  comme  but  essen¬ 
tiel  d’initier  les  étudiants  à  la  clinique  de  la  tuberculose,  au  fonc¬ 
tionnement  des  lois  et  des  institutions  de  prophylaxie  sociale  (sana¬ 
toriums,  dispensaires,  etc.),  et  de  former  des  médecins  spécialistes 
aptes  à  assurer  ce  fonctionnement. 

Art.  3.  ^  Chaque  année,  en  dehors  de  l’enseignement  régulier 
destiné  aux  étudiants,  des  leçons  spéciales  (avec  démonstrations 
pratiques,  travaux  de  laboratoire)  seront  réservées  aux  médecins 
praticiens  qui  désireraient  se  perfectionner  dans  l’étude  de  la  tuber¬ 
culose. 

Art.  4.  —  Un  certificat  de  scolarité  sanctionnera  l’assiduité  au 
cours  de  perfectionnement  et  aux  leçons  réservées  aux  praticiens. 

Nul  projet  de  loi  ne  pouvait  arriver  davantage  à  son  heure. 

C’est  que  la  tuberculose,  qui  avant  la  guerre  constituait  déjà  pour 
notre  pays  un  péril  des  plus  redoutables,  a  pris  depuis,  et  justement 
de  son  fait  même,  une  extension  considérable. 

Et  c'est  du  reste  ce  que  constatent  excellemment  dans  leur 
«  exposé  des  motifs  »  les  auteurs  du  projet  de  loi. 


VARIÉTÉS 


«  Quatre  années  de  guerre,  écrivent-ils,  ont  gravement  modifié 
le  milieu  social,  où  les  causes  de  tuberculose  ont  augmenté  dans 
d’énormes  proportions;  surmenage,  travail  excessif  des  hommes  et 
des  femmes,  alimentation  médiocre  ou  insuffisante,  encombrement 
de  certaines  villes,  logis  infects,  ce  sont  les  causes  essentielles  aux¬ 
quelles  viennent  s!en  ajouter  d’autres  complémentaires. 

«  On  connaît  le  régime  désastreux  auquel  sont  soumis  nos 
malheureuses  populations  des  départements  envahis  et  les  prison¬ 
niers  français  en  Allemagne.  L’ennemi  a  pris  à  tâche  de  diminuer 
la  vitalité  française  ;  tout  lui  est  pi'étexte  pour  aboutir,  à  commen¬ 
cer  par  le  rationnement  alimenlaire  qui  s’applique  d’abord  à  nos 
compatriotes;  là  plupart  d’entre  eux  manqueraient  totalemept  de 
nourriture  sans  les  envois  de  France,  et  de  ces  provisions  l’Alle¬ 
magne  prend  souvent  la  plus  large  part.  C’est  l’affirmation  de  la 
doctrine  kaiseriste  et  pangermaniste  soutenue  ouvertement  :  sup¬ 
primer  le  plus  de  Français  possible  et  par  tous  les  moyens. 

«  11  revient  d’Allemagne  un  nombre  considérable  de  tuberculeux 
militaires  et  civils.  En  outre,  depuis  le,  début  de  la  guerre,  le 
nombre  des  réformés  pour  tuberculose  est  considérable;  la  popu¬ 
lation  de  l’intérieur,  négligée,  sans  soins  efficaces,  est  physique¬ 
ment  très  éprouvée.  » 

Donc,  la  nécessité  de  combattre  activement  la  tuberculose  s’im¬ 
pose  impérieusement. 

Mais  comment  entreprendre  cette  lutte?  Jusqu’ici  nous  étions 
dans  l’impossibilité  de  le  faire  de  façon  sérieuse,  constatent  encore 
les  auteurs  du  projet  de  loi  qui  écrivent  :  «  Notre  armement  anti¬ 
tuberculeux,  à  la  veille  de  la  guerre,  était  à  peine  esquissé;  nous  ne 
possédions  pas  le  personnel  et  les  moyens  matériels  indispensables, 
le  cadre  légal  était  insuffisant.  La  loi  de  1902  n’oblige  pas  à  la  décla¬ 
ration,  et  partant  toutes  les  mesures  efficaces  disparaissent  :  l’assai¬ 
nissement  des  logis,  leur,  désinfection,  stérilisation  de  linges  souil¬ 
lés,  meilleure  alimentalion.  » 

Devant  la  nécessité  pressante,  le  législateur  se  vit  ainsi  conduit  à 
prendre  certaines  mesures. 

Tout  d’abord,  dès  le  2  avril  191S,  la  Chambre  adoptait  une  pro¬ 
position  de  résolution  ainsi  conçue,  présentée  par  le  D''  iLorimy  au 
nom  de  la  Commission  de  l’armée  : 

«  La  Chambre  invite  le  Gouvernement  à  prendre  les  mesures 
nécessaires  pour  qu’avant  leur  renvoi  dans  leurs  foyers,  les  mili¬ 
taires  susceptibles  d’être  réformés  en  tant  que  semeurs  de  germes, 
c’est-à-dire  atteints  de  localisations  tuberculeuses  ouvertes  (princir 
paiement  de  localisations  tuberculeuses  de  l’appareil  respiratoire), 
reçoivent  des  soins  suffisants,  d’abord  pour  parer  aux  accidents 
immédiats  de  leur  maladie  et  ensuite  pour  leur  donnerîune  éduca¬ 
tion  antituberculeuse  assurant  la  sécurité  de  leur  famille. 

Quelques  mois  plus  tard,  le  18  octobre,  sur  la  proposition  de 
M.  André  Honnorat,  le  Parlement  complétait  cette  première  mesure 


VARIÉTÉS 


en  votant  l’amendenient  suivant  au  cahier  de  crédits  relatifs  ai^x  six 
derniers  douzièmes  de  l’exercice  1913  :  «  Il  est  ouvert  au  ministère 
de  l’Intérieur > un  crédit  provisoire  de  3  millions  de  francs  pour 
subvenir  aux  dépenses  relatives  aux  soins  à  donner  aux  soldats  en 
instance  de  réforme  ou  réformés. 

«  Ce  crédit  se  confondra  avec  celui  qui  sera  accordé  pour  l’année 
entière  par  la  loi  de  finances  de  1915.  » 

Puis  ce  fut  la  loi  du  15  avril  1916  instituant  des  dispensaires 
d’hygiène  sociale  et  de  préservation  antituberculeuse,  loi  qui  doit 
se  compléter  prochainement  par  un  nouveau  texte  légal  prévoyant 
,  l’adjonction  au  dispensaire  d’un  complément  nécessaire,  le  sanato¬ 
rium  ;  et  ce  fut  encore  la  création  du  Comité  national  d’assistance 
aux  anciens  militaires  tuberculeux,  Comité  dont  l’activité  s’est 
manifestée  dans  la  France  entièrè\par  l’entremise  des  comités  dépar¬ 
tementaux,  etc. 

Cependant,  toutes  ces  organisations,  pour  judicieuses  qu’elles 
soient,  ne  sauraient  donner  tout  le  profit  qu’on  est  en  droit  d’at¬ 
tendre  d’elles  qu’autant  qu’elles  seront  dirigées  par  des  médecins 
instruits  et  convaincus  du  rôle  éminent  qu’ils  sont  appelés  à  rem¬ 
plir.  Aussi  est-ce  très  justement  que  les  auteurs  de  la  proposition 
de  Iqi  précisent  ce  que  doit  être  le  médecin  mis  à  la  tète  de  ces 
organismes  de  la  lutte  antituberculeuse  : 

^  <t  II  ne  suffit  pas  que  les  médecins  possèdent  la  technique  de  la 
tuberculose  pulmonaire,  connaissent  les  formes  de  son  évolution, 
sachent  conduire  le  traitement  des  malades  :  un  dispensaire  qui 
serait  réduit  à  une  consultation  médicale,  même  savamment  et 
cpnsciencieusement  faite,  ne  serait  pas  un  dispensaire;  un  sanato¬ 
rium  où  l’on  soignerait  les  malades  comme  dans  une  maison  de 
santé  commune  ne  serait  pas  un  sanatorium.  Le  médecin  direc¬ 
teur  de  tels-établissements  ne  doit  pas  ignorer  l’aspect  social  de  la 
maladie  tuberculeuse,  non  plus  que  les  «  propriétés  thérapeutiques 
sociales  »  de  ces  agents  que  l’on  nomme  le  dispensaire  et  le  sana¬ 
torium. 

«  La  diversité  et  la  particularité  des  problèmes  que  posent  l’étude 
et  la  pratique  de  la  tuberculose  comme  de  la  lutte  antitubercu¬ 
leuse  font  de  celles-ci  une  vérilable  spécialité  de  la  science  comme 
de  la  profession  médicale  et,  pour  aucune  autre  spécialité,  la  réu¬ 
nion  des  connaissances  de  prophylaxie  sociale  et  des  connaissances 
de  médecine  individuelle  n’est  aussi  indispensable  au  praticien.  >> 

Mais  ces  qualités  et  ces  connaissances  si  nécessaires,  qualités  et 
connaissances  qui  devraient  appartenir  à  tout  médecin,  dans  l’état 
actuel  de  notre  enseignement  de  la  médecine,  fort  peu  d’étudiants 
sont  à  même  de  les  acquérir  convenablement. 

Les  maîtres  les  plus  éminents  le  constatent  en  termes  formels, 
tel  M.  le  professeur  Joseph  Teissier  (de  Lyon),  qui  disait  dans  sa 
leçon  de  rentrée  du  trimestre  d’hiver  1912-1913  :  «  Beaucoup  d’élèves 
entrent  dans  la  vie  pratique  avec  de  regrettables  lacunes.  Combien 


470 


VARIÉTÉS 


terminent  leur  scolarité  sans  avoir  jamais  préparé  et,  avouons-le, 
sans  même  avoir  vu  des  bacilles  de  Koch  !  >> 

Aussi  est-ce  très  à  bon  droit  qu’après  avoir  enregistré  cè  témoi¬ 
gnage  autorisé,  les  auteurs  du  projet  de  loi  ajoutent  :  «  Dans  les 
cours  théoriques  de  pathologie,  la  tuberculose  n’est  traitée  que 
comme  un  chapitre  des  maladies  du  poumon  et  de  quelques  autres 
organes.  Peu  importent  d’ailleurs  les  causes,  le  fait  ne  géra  sérieu¬ 
sement  contesté  par  personne  :  l’étudiant,  à  l’hôpital,  s’arrête  peu 
devant  Ife  lit  des  tuberculeux  ;  aux  cours  des  Facultés,  la  tuberculose 
occupe  une  place  aussi  modeste  qu’est  débordante  celle  qu’elle  se 
taille  dans  la  société  humaine  d’aujourd’hui.  Et,  pour  ne  prendre 
qu’un  exemple  particulier,  mais  typique,  l’enseignement  méthodique 
de  l’auscultation  n’est  pas  organisé;  celui  de  la  radiologie  n’est 
même  pas  prévu  :  les  techniques  de  laboratoire  ne  sont  pas  reliées 
aux  techniques(cliniques. 

«  Quant  aux  conséquences  sociales  de  la  maladie  tuberculeuse, 
si  des  leçons  éloquentes  en  ont  montré  tout  l’intérêt,  aucun  ensei¬ 
gnement  officiel  n’a  jusqu’ici  préparé  les  médecins  à  en  envisager 
méthodiquement  le  développement,  ni  à  étudier  le  maniement  des 
armes  destinées  à  les  combattre;  si  des  fragments  de  ces  notions 
spéciales  peuvent  être  puisés  dans  des  cours  d’hygiène,  aucune  vue 
d’ensemble  n’est  enseignée  sur  les  conditions  générales  de  la  pro¬ 
phylaxie  antituberculeuse.  Les  rares  médecins  de  dispensaire  et  de 
sanatOiTium  que  nous  possédons  en  France  ont  dû  faire  eux-mêmes 
leur  instruction.  Cette  situation  ne  peut  être  maintenue  devant 
l’éclosion  d’établissements  qui  va  surgir;  ceux-ci  réclament  la  for¬ 
mation  immédiate  d’un  personnel  instruit  de  toutes  les  données 
utiles  à  l’accomplissement  de  sa  mission,  sous  peine  de  voir  s’ef¬ 
fondrer  l’œuvre  entreprise  pour  le  salut  du  pays.  » 

On  ne  saurait  mieux  dire' 

Oui,  il  y  a  nécessité,  et  sans  attendre,  d’organiser  u-n  enseigne¬ 
ment  de  la  tuberculose,  et  non  seulement  un  enseignement  s’adres¬ 
sant  à  tous  les  étudiants  en  médecine  indistinctement  —  car  il  est 
indispensable  que  tous  les  étudiants,  futurs  médecins,  aient  élé 
entraînés  aux  méthodes  de  diagnostic  et  astreints  à  l’étude  des 
formes  multiples  de  la  tuberculose,  pour  que  dans  leur  pratique  les 
médecins  soient  des  auxiliaires  compétents  de  notre  organisation 
antituberculeuse,  en  même  temps  qu’ils  sachent  soigner  et  conseil¬ 
ler  leurs  malades  au  point  de  vue  prophylactique,  —  mais  encore 
aux  médecins  désireux  de  se  spécialiser  dans  la  lutte  antitubercu¬ 
leuse,  et  aussi  à  tous  leurs  auxiliaires  directs,  moniteurs  d’hygiène 
et  infirmières-visiteuses. 

En  quelque  sorte,  il  conviendrait  de  faire  pour  l’enseignement  de 
la  tuberculose  ce  qui  a  été  réalisé  pour  celui  de  l’accouchement  et, 
de  même  que  dans  les  chaires  de  clinique  obstétricale,  en  même 
temps  qu’on  forme  des  accoucheurs,  l’on  apprend  l’obstétrique  aux 
futurs  praticiens  et  l’on  instruit  des  sages-femmes,  de  même  dans 


VARIÉTÉS 


411 


les  chaires  de  clinique  de  phtisiologie,  tout  en  instruisant  plus  parti¬ 
culièrement  des  spécialistes,  l’on  enseignerait  à  tous  les  médecins 
ce  qu’il  est  indispensable  qu’ils  sachent  concernant  la  tuberculose 
et  l’on.préparerait  par  surcroît  des  infirmières  spécialisées. 

Tel  est,  en  ses  grands  traits,  le  projet  extrêmement  séduisant 
prévu  par  les  promoteurs  de  la  proposition  de  loi.  Sa  réalisation, 
,qu’il  faut  souhaiter  prochaine,  constituera  sans  aucun  doute  un 
progrès  considérable,  car,  comme  le  disent  encore  fort  justement 
en  manière  de  conclusion  les  auteurs  de  ladite  proposition,  «  la 
création  des  chaires  de  «  clinique  de  la  tuberculose  et  de  prophylaxie 
sociale  »,  couronnement  de  l’œuvre  antituberculeuse  du  Parlement, 
est  la  garantie  indispensable  de  son  rendement  et  de  sa  vitalité  ». 

,  D’’  Georges  Vitoüx. 


HYGIÈ.NE  ALIMENTAIRE 


VENTE  DES  SPÉCIALITÉS  PHABMACEOTIQUES 
DE  LA  eACCEARINE,  DES  PRODUITS  EN  POUDRE  ET  DE  LA  CONFISERIE 

M.  Boret,  ministre  de  l’Agriculture  et  du  Ravitaillement,  a  adressé 
à  ce  sujet  la  circulaire  suivante,  le  15  juin  1918,  aux  inspecteurs  et 
inspecteurs  adjoints  des  pharmacies  et  aux  inspecteurs  et  agents 
de  la  répression  des  fraudes  : 

Bien  que  la  surveillance  des  pharmacies  reste  exclusivement 
confiée'  aux  inspecteurs  de  ces  o'fflcines,  je  çrois  devoir  adresser 
les  instructions  ci-après  en  commun  à  ces  inspecteurs  et  aux  ins¬ 
pecteurs  ou  agents  de  la  répression  des  fraudes,  parce  que  ces  der¬ 
niers  peuvent  être  appelés,  sans  visiter  les  pharmacies,  d’abord  à 
relever  des  infractions  aux  décrets  sur  la  saccharine  commises  en 
dehors  de  ces  établissements,  ensuite  à  faire  parvenir  aux  inspec¬ 
teurs  des  pharmacies  des  renseignements  recueillis  par  eux  au 
cours  de  leurs  tournées,  concernant  les  produits  exposés  en  vente 
ou  annoncés  à  la  vitrine  des  pharmacies. 

Spéeialüés  pharmaceutiques.  —  La  perception  de  l’impôt  sur  les 
spécialités  pharmaceutiques  établi  par  l’article  16  de  la  loi  du  30  dé¬ 
cembre  1916,  et  qui  est  entré  en  vigueur  depuis  le  juin  1917,  a 
donné  lieu  en  pratique  à  des  difficultés  sur  lesquelles  M.  le  direc¬ 
teur  général  des  contributions  indirectes  a  appelé  l’attention  de 
mon  administration. 

D’après  les  termes  mêmes  de  l’article  16  de  la  loi  précitée,  l'on 


412  V  VARIÉTÉS 

doit  considérer  comme  spécialités  «  les  produits  auxquels  le  fabri¬ 
cant  ou  le  vendeur  attache  une  dénomination  particulière  ou  dont 
il  réclame  soit  la  priorité  d’invention,  soit  la  propriété  exclusive, 
ou  enfin  dont  il  préconise,  la  supériorité  par  voie  d’annonces,  de 
prospectus  ou  d’étiquettes  et  desquels  il  ne  publie  pas  la  formule  ». 

Il  résulte  de  cette  distinction  que  ne  sont  pas  imposables  chez  les 
pharmaciens,  comme  ailleurs,  les  farines  lactées,  les  eaux  de  Colo¬ 
gne  ou  de  lavande,  les  alcoolats  de  mélisse  ou  de  menthe,  etc.,  et 
que  doivent,  au  contraire,  porter  la  vignette  constatant  le  paiement 
de  l’impôt  les  lotions  capillaires  présentées  comme  arrêtant  la 
chute  des  cheveux  ou  en  favorisant  la  repousse,  les  coricides,  les 
pseudo-thés  purgatifs  ou  laxatifs,  etc. 

L’immunité  fiscale  prévue  en  faveur  des  spécialités  dont  on  publie 
la  formule  est  subordonnée  à  l’indication  sur  les  boîtes,  flacons  ou 
paquets  contenant  le  produit,  de  la  formule  intégrale,  c’est-à-dire 
de  la  composition  complète  et  détaillée  du  produit.  Elle  n’est  donc 
pas  acquise  aux  spécialités  portant  simplement  la  mention,  même 
quantitative,  des  principales  substances  entrant  dans  leur  compo¬ 
sition. 

De  toute  manière,  le  défaut  de  concordance  entre  la  formule  et  la 
composition  réelle  du  produit  constituerait  une  infraction  à  la  loi 
du  1'”’  août  1905  sur  les  fraudes. 

En  conséquence,  dans  le  cas  où  il  vous  paraîtrait  que  la  composi¬ 
tion  n’est  pas  conforme  à  la  formule  donnée,  vous  devrez  opérer  un 
prélèvement  de  manière  à  permettre  au  laboratoire  d’effectuer  la 
vérification  utile.  Dans  ce  cas,  l’étiquette  de  l’échantillon  destiné 
au  laboratoire  devra  porter  la  mention  «  Composition  qui  parait 
inexacte  ou  incomplète  et  semblant  n’avoir  été  donnée  que  pour 
échapper  à  l’impôt  sur  les  spécialités  ». 

Je  ne  manquerai  pas,  d’ailleurs,  de  vous  faire  signaler  les  spécia¬ 
lités  qui  pourraient  être  fabriquées  dans  votre  circonscription  et 
dont  la  formule  ne  paraîtrait  pas  conforme  à  la  composition  du 
produit. 

Saccharine,  édulcorants  artificiels. —  D’autre  part,  j’ai  l’honneur  de 
vous  adresser  ci-joint  le  texte  du  décret  en  date  du  16  avi’il  1918, 
sur  la  vente  de  la  saccharine*. 

Vous  trouverez  dans  l’exposé  des  motifs  précédant  ce  décret  les 
indications  relatives  à  l’opportunité  du  nouveau  texte. 

J’appelle  tout  spécialement  votre  attention  sur  les  dispositions  de 
son  article  2.  Celui-ci  réserve  les  droits  légitimes  du  pharmacien  et 
les  concilie  avec  les  nouvelles  règles  qui  doivent  être  les  mêmes 
pour  tous. 

Seules  peuvent  être  vendues  par  les  pharmaciens,  à  un  prix  librc- 

1.  Voir  pour  les  décrets  antérieurs  la  circulaire  n»  39  aux  agents  de  la 
répression  des  fraudes. 


VARIÉTÉS 


473 


ment  fixé  par  eux,  les  spécialités  pharmaceutiques,  c’est-à-dire  des 
préparations  ayant  un  caractère  nettement  médicamenteux. 

Partant  de  cette  idée  que  le  Gouvernement  a  voulu  interdire  la 
spéculation  sur  la  saccharine,  aussi  bien  par  les  pharmaciens  que 
par  tous  autres  commerçants,  on  ne  saurait  admettre  que  les  phar¬ 
maciens  vendent  à  n’importe  quel  prix, pour  l’usage  alimentaire  un 
édulcorant  artificiel  dans  lequel  l’adjonction  de  substances  médica¬ 
menteuses  ne  serait  eSectuée  que  pour  lui  donner  l'apparence  d’un 
médicament  et  le  faire  échapper  ainsi  à  l’obligation  du  prix  régle¬ 
mentaire. 

Sous  le  régime  de  la  loi  de  1902,  la  vente  de  la  saccharine  n’était 
autorisée  que  comme  substance  médicamenteuse,  susceptible  de 
fournir  à  certains  malades  un  sucre  de  remplacement;  mais  la  sac¬ 
charine,  appelée  pour  ce  motif  le  «  sucre  des  diabétiques  »,  étant, 
depuis  la  loi  du  7  avril,  1917,  devenue  le  sucre  de  tout  le  monde,  a 
cessé  d’être  par  elle-même  un  médicament  et  il  n’est  pas  possible 
de  se  prévaloir  du  fait  qus  des  comprimés  sont  destinés,  par  exem¬ 
ple,  à  des  diabétiques  pour  les  vendre  au-dessus  de  la  taxe  instituée 
par  le  décret  du  15  avril  1918. 

Les  comprimés  de  saccharine  livrés  par  les  fabricants  à  la  con¬ 
sommation  contiennent  généralement  du  bicarbonate  de  soude  ;  son 
adjonction  à  la  saccharine  a  pour  objet  de  rendre  celle-ci  plus 
soluble  et  non  de  produire  un  effet  thérapeutique  ;  elle  ne  saurait 
donc  faire  rentrer  ces  comprimés  dans  la  catégorie  des  prépara- 
lions  pharmaceutiques  prévues  au  décret. 

L’incorporation  dans  les  comprimés  de  saccharine  d’une  légère 
quantité  de  substance  médicamenteuse,  de  carbonate  de  lithine  par 
exemple,  ne  suffirait  pas  non  plus  pour  les  faire  échapper  à  la  taxe. 
Le  décret  veut  qu’il  s’agisse  d’une  préparation  plus  complexe  et, 
pour  qu’elle  puisse  être  considérée  comme  un  véritable  médica¬ 
ment,  il  faut  qu’il  y  ait,  associées  à  la  saccharine  et  à  l’excipient 
(dissolvant  compris),  plusieurs  substances  médicamenteuses,  sus¬ 
ceptibles  soit  de  corriger  les  effets  de  la  saccharine,  soit  de  pro¬ 
duire  un  effet  thérapeutique.  En  ce  qui  concerne  le  nombre  et  la 
nature  de  ces  substances,  on  ne  peut  donner  par  avance  aucune  pré¬ 
cision  ;  il  s’agira  de  trancher  des  cas  d’espèce. 

Vous  voudrez  bien,  en  conséquence,  vous  assurer  que  les  com¬ 
primés  de  saccharine,  les  solutions  et  toutes  préparations  quelcon¬ 
ques  à  base  de  saccharine,  rais  en  vente  par  les  pharmaciens  à  un 
prix  supérieur  à  la  taxe,  constituent  de  véritables  spécialités  phar¬ 
maceutiques  et  ont,  par  suite,  satisfait  aux  obligations  de  l’article  16 
de  la  loi  du  30  décembre  1916,  c’est-à-dire  portent  l’indication  de 
leur  formule  intégrale,  ou  sont  revêtus  de  la  vignette  servant  à  fac- 
quit  de  l’impôt. 

Lorsque  le  pharmacien  fait  apparaître  la  formule  sur  l’emballage 
du  produit,  vous  aurez  à  examiner  si  ladite  formule  permet  bien  de 
considérer  le  produit  comme  une  spécialité  pharmaceutique  et  si  le 


VARIÉTÉS 


ili 

produit  par^t  présenter  la  composition  qu’elle  indique;  dans  la 
négative,  vous  procéderez  à  des  prélèvements  d’échantillons  eu  vue 
de  l’application  de  la  loi  du  1"  août  1905  sur  les  fraudes. 

Vous  en  userez  de  même  vis-à^vis  ^des  produits  recouverts  de  la 
vignette,  lorsque  le  pharmacien  qui  les  débite  ne  vous  en  aura  pas 
démontré  le  caractère  nettement  médicamenteux  ou  que  vous  soup¬ 
çonnerez  ses  explications  d’inexactitude. 

La  nécessité  d’assurer  plus  énergiquement  que  jamais  pendant  la 
guerre  le  respect  des  lois  et  décrets  en  vigueur  vous  impose  vis-à- 
vis  du  pharmacien  cette  ligne  de  conduite. 

Poudres  et  farines  alimentaires  de  régime.  —  Les  instructions  qui 
précèdent,  applicables  aux  pharmaciens  qui  refuseraient  de  se  sou¬ 
mettre  aux  obligations  relatives  à  la  vente  de  la  saccharine,  ont  une 
portée  générale  et  doivent  être  suivies  dès  qu’il  y  a  lieu  de  mettre 
fin  à  des  spéculations  ou  à  des  abus,  quel  que  soit  le  produit  en  cause. 

C’est  ainsi  que  j’attire  votre  attention  sur  les  dispositions  de  l’ar¬ 
ticle  9  du  décret  du  12  février  1918,  et  de  l’article  7  du  décret  du 
2  avril  1918.  ' 

Aux  termes  de  ces  décrets,  les  produits  alimentaires  en  poudre.», 
plus  spécialement  destinés  à  l’alimentation  des  enfants  et  des  ma¬ 
lades,  doivent  être  vendus  sous  enveloppe  portant  l’indication  quan¬ 
titative  des  différents  éléments  entrant  dans  la  composition  de  ces 
poudres. 

Les  pharmaciens  sont  soumis  pour  la  vente  des  poudres  alimqn- 
'  taires  aux  mêmes  obligations  que  les  commerçants. 

Or,  pour  se  soustraire  à  cette  obligation,  il  ne  suffît  pas  que  des 
pharmaciens  donnent  à  de  telles  poudres  l’apparence  de  prépara¬ 
tions  pharmaceutiques  en  y  introduisant,  uniquementj  pour  les 
besoins  de  la  causV,  une  très  légère  quantité  d’une  substance  médi¬ 
camenteuse  et  en  les  revêtant,  dans  le  mêqje  but,  de  la  vigneUe  por¬ 
tant  acquit  de  l’impôt  sur  les  spécialités  pharmaceutiques  dont  la 
formule  n’est  pas  divulguée.  En  pareil  cas,  des  prélèvements  d’échan¬ 
tillons  pour  application  de  la  loi  du  1®’^'  août  1905  devront  être 
opérés. 

Tous  les  produits  en  poudre  destinés  à  l’alimentation  des  en¬ 
fants,  des  vieillards  et  des  malades,  qui  ne  sont  pas  en  raison  de 
leur  composition  de  véritables  spécialités  médicamenteuses,  doi¬ 
vent  répondre  aux  dispositions  des  décrets  du  12  février  et  dLu 
2  avril  1918. 

Au  cas  où  des  produits  en  poudre  seraient  vendus  par  les  phar¬ 
maciens  sans  indication  des  composants  et  sans  apposition  de  la 
vignette  d’impôt  sur  les  spécialités  pharmaceutiques,  vous  devrez 
signaler  que,  suivant  les  résultats  de  l’enquête  ultérieure,  il  y  aura 
lieu  de  relever  à  la  charge  de  l’intéressé  soit  l’inobservation  des 
décrets  précités,  soit  l’infraclion  à  l’article  16  de  la  loi  du  30  décem¬ 
bre  1916. 


VARIÉTÉS 


475 


La  vente  de  quelques  produits  peut  encore  donner  lieu  à  certains 
abus  que  je  crois  devoir  signaler  ci-après  : 

Boissons  hygiéniques,  sirops  divers.  —  De  nombreux  pharmaciens 
mettent  en  vente  des  poudres,  mélanges  ou  solutions  destinés  à 
la  fabrication  de  boissons  hygiéniques  ;  Vous  voudrez  bien  leur  faire 
connaître  que,  comme  tous  autres  commerçants,  ils  sont  tenus, . 
conformément  à  l’article  3  de  la  loi  du  28  juillet  1912,  de  faire 
apparaître  sur' les  étiquettes  la  nature  des  substances  composant  ces 
poudres,  mélanges  ou  solutions,  qui  ne  doivent  contenir  aucun 
édulcorant  artificiel,  ni  aucun  colorant  prohibé  et  ne  peuvent  être 
débités  sous  une  appellation  de  fantaisie,  telle  que  vinoline, 
cidrette,  rappelant  les  boissons  naturelles,  vin,  cidre,  poiré, 
bière,  etc.  ;  lorsque  la  mauvaise  foi  du  pharmacien  vendeur  de  sem¬ 
blables  produits  vous  apparaîtra  certaine,  vou^  dresserez  procès- 
verbal. 

En  ce' qui  concerne  l’édulcorant,  il  faut  rappeler  que,  seules,  les 
boissons  énumérées  à  l’article  du  décret  du  8  mai  1917  peuvent 
être  édulcorées  artificiellement.  La  fabrication  et  la  vente  des 
pseudo-sirops  saccharinés,  des  liqueurs  sans  alcool  qui  sont  unique¬ 
ment  des  dissolutions  étendues  de  saccharine  dans  de  l’eau,  aroma¬ 
tisées  au  citron,  à  la  fraise,  etc.,  sont  rigoureusement  interdites. 

Sirop  de  sucre.  —  La  vente  de  ce  sirop  doit  être  assimilée  à  celle 
du  sucre.  Les  pharmaciens  ne  peuvent  donc  pas  être  admis  à  le 
vendre  librement,  car  ce  serait  leur  permettre  de  vendre  ainsi,  du 
sucre  sans  ticket.  D  convient  de  les  aviser  qu’en  passant  outre  à 
celte  interdictibn  ils  s’exposent -à  des  poursuites  correctionnelles. 

Produits  de  confiserie  :  pastilles  de  réglisse,  de  gomme,  etc.  —  Enfin, 
il  est  un  autre  point  sur  lequel  je  crois  devoir  attirer  votre  atten¬ 
tion.  Le  décret  du  12  février  1918,  complété  par  celui  de2  avril  1918, 
interdit  la  fabrication  et  la  vente  des  produits  de  confiserie  pré¬ 
parés  avec  les  diverses  variétés  de  sucre. 

Ces  textes  n’interdisent  pas  la  fabrication  et  la  vente  parles  phar¬ 
maciens  -des  préparations  sucrées  conformes  au  Codex,  telles  que 
la  pâte  de  réglisse  officinale.  D’une  manière  générale,  les  prépara¬ 
tions  dont  la  formule  est  au  Codex  et  qui  sont  douées  de  propriétés 
curatives  peuvent  toujours  être  fabriquées  et  vendues  par  les 
pharmaciens,  mais  par  eux  seuls,  et  c’est  à  tort  que,  dans  la  circu¬ 
laire  n“  40  aux  agents  de  la  répression  des  fraudes,  les  herboristes 
diplômés  avalent  été  assimilés  aux  pharmaciens  en  ce  qui  concerne 
la  vente  des  pâtes  pectorales. 

Mais  certains  produits  qui  sont  définis  au  Codex  (c’est  le  cas  du 
sucre  lui-même)  ne  peuvent  pas  être  considérés  comme  des  médi¬ 
caments;  leur  vente  n’était  pas  réservée  exclusivement  aux  phar¬ 
maciens  ;  c’étaient  en  réalité  des  sucreries-confiseries  dont  la  fabri- 


VARIÉTÉS 


cation  et  la  vente  sont  maintenant  interdites  au*  pharmaciens 
comme  aux  confiseurs  ou  épiciers  (pâtes  de  guimauve,  de  jujube, 
pastilles  de  menthe,  tablettes  de  menthe,  notamment). 

Quant  aux  bonbons  et  pastilles  de  réglisse,  de  gomme  ou  de  toute 
autre  matière,  contenant  une  variété  de  sücre  prohibée  et  ne 
répondant  pas  à  une  formule  du  Codex,  les  uns  sont  de  véritables 
médicaments  (bonbons  au  goudroù  et  tolu,  par  exemple,  ou  au 
menthol-eucalyptus)  et  peuvent  toujours  être  vendus  par  les  phar¬ 
maciens  (et  par  eux  seuls)  ;  les  autres  ne  peuvent  pas  être  consi¬ 
dérés  comme  médicamenteux  :  ce  sont  des  produits  de  confiserie 
(bonbons  à  l’eucalyptus  seul,  bonbons  de  réglisse  ou  de  gomme,  etc.) 
dont  la  fabrication  et  la  vente  sont  interdites  aussi  bien  dans  les 
pharmacies  que  dans  les  épiceries  et  les  magasins  d’alimentation. 
Par  contre,  les  pastilles  et  bonbons  de  toutes  sortes,  notamment 
des  boules  de  gommes  confectionnées  avec  de  la  gélatine  et  ne 
contenant  aucune  substance  sucrée  interdite  par  les  décrets  du 
12  février  et  du  2  avril  1918,  les  pâtes  et  pastilles  de  réglisse  (genre 
agents  de  change,  boutons  de  guêtre)  préparées  également  sans 
sucre,  les  pastilles  de  cachou  pour  fumeurs  ne  contenant  aucune 
matière  sucrante  autre  que  la  glycyrrhizine,  peuvent  être  fabriqués 
et  vendus  librement,  aussi  bien  par  les  pharmaciens  et  les  herbo¬ 
ristes  que  par  les  commerçants  ordinaires. 

Le  suc  de  réglisse  proprement  dit,  ne  contenant  pas  de  sucr.e  aux 
termes  de  la  définition  donnée  de  ce  produit  tant  par  le  Codex  que 
par  le  décret  du  19  décembre  1910  sur  la  confiserie,  peut  toujours 
kre  vendu  librement. 

Le  but  de  la  présente  circulaire  est  uniquement  d’indiquer  que  le 
régime  des  restrictions  visant  toutes  les  catégories  de  sucre  et  tous 
les  produits  de  la  confiserie  doit  être  respecté  d’une  manière  iden¬ 
tique,  sans  qu’il  y  ait  lieu  de  tenir  compte  de  la  qualité  du  ven¬ 
deur. 

En  cette  matière,  comme  pour  l’application  du  décret  du  16  avril 
1918  sur  la  saccharine,  je  vous  invite  à  vous,  inspirer,  dans  chaque 
cas,  du  même  principe  :  il  ne  faut  pas  toléter  qu’on  cherche  à 
profiter  de  la  liberté  dont  doivent  jouir  la  médecine  et  la  phar¬ 
macie  dans  l’exercice  de  l’art  thérapeutique  pour  éluder  les  lois  et 
règlements  qui  concernent  les  produits  alimentaires  en  général, 
quel  que  soit  celui  qui  les  vend. 


SOCIÉTÉ 

DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 

ET  DE  GENIE  SANITAIRE 

Reconnue  d’utilité  publique  par  décret  du  8  mars  1900. 


SÉ.'VNCE  DU  22  MAI  1918. 


Présidence  de  M.  Jules  Rbnault,  président. 


La  séance  est  ouverte  à  dix-sept  heures  dix  minutes. 


'  Membre  excusé. 

M.  LE  PnÉsiDEXT.  —  Je  vous  présente  les  excuses  de  M.  Kern  qui, 
absent  de  Paris,  regrette  de  ne  pas  pouvoir  assister  à  la  séance 
d’aujourd’hui. 


Nominations  à  l'Académie  de  Médecine. 

J’ai  le  plaisir  de  vous  annoncer  la  nomination  de  deuxjde  nos 
membres  à  l’Académie  de  Médecine  ;  M.  le  D''  Siredev,  médècin  en 
chef  de  l’hôpital  Saint-Antoine,  et  M.  Martel,  chef  des  Services  vété¬ 
rinaires  sanitaires  à  |a  Préfecture  de  Police. 

J’adresse  à  nos  collègues,  au  nom  de  la  Société  de  Médecine 
publique,  nos  plus  vives  félicitations. 


478 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[174] 


Décès  de  M.  Sanchez  Toledo. 

J’ai  le  regi-et  de  vous  faire  part  du  décès  d^iin  dé  nos  anciens  mem¬ 
bres,  M.  le  D’’ Sanchez  Toledo.  J’adresse  à  sa  famille  nos  plus  sincères 
condoléances. 


Hommage  an  D'^  Mosny. 

M.  LE  Président.  —  Messieurs, 

Depuis  notre  dernière  séance,  nous  avons  eu  le  malheur  de 
perdre  un  de  nos  collègues  les  plus  chers,  le  D‘’  Ernest  Mosny. 

Il  n’était  pas  un  nouveau  venu  à  l’Hygiène  et  nous  l’avons 
vu,  dès  son  internat,  sous  l’inQuence,  sans  doute,  de' son 
compatriote  et  maître  affectionné,  le  professeur  Brouardel, 
orienter  son  esprit  et  ses  recherches  vers  cette  branche  de  la 
science  dont  les  problèmes,  à  solution  souvent  lointaine,  n’at¬ 
tirent  pas  en  général  les  jeunes  gens.  En  1887,  à  vingt-six  ans, 
il  était  membre  de  la  Société  d’Hygiène  publique  et  de  Génie 
sanitaire,  dont  il  devait  être  le  Secrétaire  général  de  1909  à 
1911,  l’un  des  vice-présidents  de  1912  jusqu’à  sa  mort,  et  dont 
il  a  été  l’âme  pendant  ces  dix  dernières  années. 

Toutes  les  questions  concernant  l’hygiène  privée  ou  publi¬ 
que  l’intéressaient,  et  nous  l’avons  entendu  prendre  part  à 
toutes  nos  discussions  avec  une  maîtrise  qui  résultait  de  ses 
observations  précises,  de  ses  expériences  méthodiquement 
conduites,  de  ses  réflexions  longuement  mûries,  de  l’élévation 
de  son  esprit  et  de  la  sûreté  de  son  jugement. 

Certains  sujets  l’ont  toutefois  plus  spécialement  passionné 
et  nous  l’avons  vu  les  reprendre  à  plusieurs  reprises  au  cours 
dé  sa  carrière,  ou  plus  exactement  les  travailler  sans  cesse  et 
les  faire  progresser  dé  temps  en  temps  d’une  étape  impor¬ 
tante. 

C’est  ainsi  que  son  nom  restera  attaché  à  l’intoxication 
saturnine  professionnelle,  contre  laquelle,  à  une  période  diffi¬ 
cile,  il  a  combattu  le  bon  combat  et  qu’il  a  contribué  â  faire 
disparaître  ;  c’est  ainsi  qu’on  ne  peut  parler  de  la  nocivité  des 


HOMMAGE  AU  MOSMY 


'[nsi 

huîtres,  de  l’origine  ostréaire  de  la  fièvre  typhoïde,  sans 
penser  à  Mosny,  dont  l’inlassable  insistance  contribua  tant  à 
déterminer  la  lutte  contre  l’insalubrité  des  établissements 
ostréicoles.  Nous  l’avons  vu  de  même  s’attaquer  aux  autres 
causes  de  la  fièvre  typhoïde,  à  l’alcoolisme,  à  la  tuberculose,  à 
toutes  les  maladies  transmissibles,  notamment  à  la  diphtérie, 
qui  l’intéressait  particulièrement  parce  qu’elle  touchait  à  l’un 
de  ses  sujets  de  prédilection,  l’hygiène  scolaire.  Jusqu’à  Ma¬ 
thieu  et.  Mosny  qui  s’étaient  rencontrés  et  unis,  l’I^ygiène  sco¬ 
laire,  il  faut  bien  l’avouer,  était  fort  délaissée  :  la  confection 
des  programmes  absorbait  toute  l’attention  et,  partant  sans 
doute  de  cette  croyance,  encore  trop  répandue,  que  l’enfant 
s’élève  tout  seul,  on  s’efforçait  de  cultiver  son  esprit  sans  s’in¬ 
quiéter  de  son  corps,  de  son  développement  physique,  de  sa 
santé,  et  les  déboires  dus  à  un  tel  système  n’apparaissaient  que 
trop  tard  aux  parents  frappés  par  un  malheur.  Mathieu  et 
Mosny  ne  hont  plus  :  leur  propagande  a  porté  ses  fruits  et  tous 
aujourd-hui,  parents,  universitaires,  architectes,  ingénieurs, 
médecins,  ont  compris  l’importance  de  l’hygièue  à  l’école  et  se 
préoccupent  d’en  poursuivre  la  réalisation. 

Mosny  rendit  un  autre  grand  service  à  l’hygiène  publique,  il 
fut  le  promoteur  et  l’organisateur  des  «  Réunions  sanitaires 
provinciales  »  que  M.  le  b''  Roux  consacra  de  sa  haute  autorité 
en  leur  donnant  l’hospitalité  à  l’Institut  Pasteur.  Les  Inspec¬ 
teurs  départementaux  d’hygiène  et  les  Directeurs  des  bureaux 
municipaux  d’hygiène  jouent  un  rôle  si  important  que,  sans 
eux,  la  loi  de  1901  sur  la  Protection  de  la  santé  publique  res¬ 
terait  lettre  morte  ;  mais,  épars  dans  toute  la  France,  sans  lien 
'  qui  les  unit,  sans  Ijeu  de  réunion  où  ils  pussent  échanger 
leurs  observations,  les  résultats  de  leur  expérience,  leurs  desi¬ 
derata,  ils  risquaient  de  s’éloigner  les  uns  des  autres  comme 
les  rameaux  séparés  d’une  même  famille  et  de  laisser  créer 
des  coutumes  locales  d’hygiène,  dérivées  toutes,  bien  entendu, 
de  la  loi  de  1902,  mais  plus  ou  moins  inspirées  des  progrès  de 
notre  science  qui  est  en  évolution  constante.  L’i.nstitution  des 
«  Réunions  .sanitaires  provinciales  »  para  le  danger  ;  dès  la 
^première  réunion,  en  1909,  on  vit  quel  en  serait  le  succès;  ce 
furent  de  véritables  congrès  nationaux  d’hygiène  où  les  prati- 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[116] 


ciens  de  l’hygiène  vinrent  de  tous  les  coins  de  la  France  et  où, 
pour  le  plus  grand  bien  du  pays,  on  discula  moins  des  ques¬ 
tions  de  doctrines  que  de  l’application  des  doctrines.  La 
Société  de  Médecine  publique  et  de  Génie  sanitaire  ne  man¬ 
quera  pas  de  les  reprendre  après  la  guerre. 

L’esprit  réalisateur  de  notre  regretté  collègue  ne  l’éloignait 
pas  de  la  didactique,  dans  laquelle  il  excellait.  Il  le  montra 
par  la  rédaction  de  maints  articles  parus  dans  les  grands  ou¬ 
vrages  en  cours;  il  l’affirma  par  la  publication,  en  collabo¬ 
ration  avec  le  professeur  Brouardel,  puis,  avec  le  professeur 
Ghantemesse,  d’un  Traité  d' Hygiène,  vaste  encyclopédie  pour 
laquelle  un  des  soucis  des  directeurs  fut  de  confier  à, chacun 
de  leurs  collaborateurs  le  sujet  qui  lui  était  le  plus  familier, 
sûrs  ainsi  de  donner  à  leur  Traité  une  allure  plus  vivante. 

II  faut  avoir  une  foi  ardente  et  l'amour  de  l’apostolat  pour 
entreprendre  des  campagnes  comme  celles  auxquelles  Mosny  a 
consacré  sa  vie.  Personne,  avant  de  le  bien  connaître,  n’eiU 
prêté  un  tel  tempérament  à  cet  homme  calme,  pondéré,  affa¬ 
ble,  dont  le  sourire  sceptique  semblait  devoir  arrêter,  dès  le 
début, ,1a  discussion  ;  mais,  à  peine  la  controverse  engagée,  on 
voyait  sa  figure  devenir  attentive,  ses  yeux  pétiller  derrière 
son  binocle  d’écaille  brune,  et  quand  son  interlocuteur  avait 
terminé  son  exposé  la  réponse  arrivait  claire,  précise,  en  un 
style  châtié,  plein  d’humour,  souvent  d’unè  piquante  ironie, 
toujours  empreint  d’une  parfaite  courtoisie.  Au  Conseil  supé¬ 
rieur  d’Hygiène,  à  l’Académie  de  Médecine,  comme  ici,  les 
communications  elles  argumentations  de  notre  collègue  Mosny 
étaient  un  délice  qui  ne  s’effacera  jamais  de  notre  souvenir. 

Au  nom  de  nos  collègues  de  la  Société  de  Médecine  publique 
et  de  Génie  sanitaire,  je  lui  adresse  un  affectueux  adieu. 


Médaille  de  la  Société. 

M.  LE  Prk.'Side.vt.  —  A  notre  dernière  séance  du  Conseil  d’admi¬ 
nistration,  nous  avons  décidé  qu’en  mémoire  de  notre  très  regretté 


[mi  BIVOUACS  PERMANENTS  ET  SANATORIA  .  481 

collègue  et  ami,  le  D’’  Mosny,  et  en  recoimai.-sance  de  ce  qu’il  a  fait 
pour  la  Société  de  Médecine  publique,  nous  offririons  à  M“'  Mosxy 
la  médaille  de  la  Société. 

Nous  prions  notre  Secrétaire  général  de  bien  vouloir  reniettre  à 
Mosny  ce  faible  témoignage  de  notre  gratitude. 


Ordre  du  jour. 

L’ordre  du  jour  appelle  la  communication  de  MM.  les  D'*  Bussière 
et  VOIZARD. 


COMMUNICATIONS 

BIVOUACS  PERMANENTS  ET  SANATORIA 

POUR  PALUDÉENS 

CO.NTRIBÜfl’ION  A  L’AMÉLIORATION  DE  L’HYGIÈNE  GÉNÉRALE 
DES  TROUPES  DE  l’ArMÉE  d’OrIENT, 


f  par  M.  F.  BUSSIÈRE, 

Directeur  du  Bureau  d’Hygiène  de  Montluçon, 
Médecin-major,  chef  de  secteur  de  la  Mission  antipaludique  à  l’A.  F.  O. 
et  M.  VPIZARD, 

Mémcin-major,  médecin-chef  de  l’Ambulance  alpine,  n»  18, 
à  l’A.  F.O. 

Au  cours  de  l’année  écoulée,  comme  chef  de  secteur  de  la 
Mission  antipaludique  à  l’Armée  d’Orient  et  médecin-chef 
d’une  Ambulance  alpine  principalement  affectée  au  traitement 
des  paludéens,  il  nous  a  été  donné  d’assister  à  de  nombreux 
mouvements  de  troupes,  de  voir  sur  place  la  dispersion  et 
l  ipsuftisance  des  efforts  faits  en  vue  d’améliorer  l’hygiène 
générale,  de  recevoir  les  doléances  d’un  certain  nombre  d’offi¬ 
ciers  se  rendant  compte  qu’il  serait  possible  de  faire  mieux, 
REV.  d’hyg.  XL  31 


482  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [HS] 

sans  plus  de  frais,  mais  avec  plus  de  méthode,  déplorant  le 
manque  de  liaison,  s'irritant  d’avoir  à  chaque  étape,  partout 
et  toujours,  à  se  heurter  aux  mêmes  difficultés  et  à  subir  les 
mêmes  causes  d’insalubrité. 

Les  moyens  de  transport  que  nous  avions  nous  ont  permis 
de  nous  déplacer  facilement  sur  un  territoire  de  plus  de 
10.000  kilomètres  carrés,  de  mieux  connaître  le  pays,  d’en 
apprécier  plus  exactement  les  facteurs  d’hygiène.  La  mission 
dont  nous  étions  chargés  nous  a  imposé  de  visiter  tous  les 
villages,  de  dresser  les  indices  endémiques  de  paludisme  de 
plus  de  cent  d’entre  eux,  de  les  classer  par  ordre  de  sécurité, 
bref,  de  nous  former,  sur  l’ensemble,, des  idées  générales  qu’il 
nous  eût  été  impossible  d’avoir  si  nous  avions  été  attaché^  à 
une  fonction  sédentaire,  à  objectif  restreint,  imposant,  pour 
ainsi  dire,  une  courte  vue  à  notre  observation. 

Ces  divers  motifs  nous  ont  fait  préjuger  qu’il  pouvait  être 
de  quelque  intérêt,  pour  l’amélioration  de  l’hygiène  générale 
de  nos  troupes  d’Orient,  de  présenter  ici  quelques  observa¬ 
tions  critiques  et  notre  manière  de  comprendre  certains 
moyens  de  prophylaxie  pouvant  être  très  facilement  mis  en 
œuvre  et  susceptibles  d’avoir  les  plus  heureuses  conséquences 
sur  la  situation  sanitaire  de  nos  effectifs. 


Ce  qui  nous  h  particulièrement  choqué,  c’est  l’absence  totale 
d’organisation  générale  dans  la  défense  sanitaire  des  étapes, 
la  dangereuse  fantaisie  qui  préside  le  plus  souvenj.  au  choix 
des  cantonnements  et  l’oubli  de  règles  générales  d’hygiène, 
d’importance  considérable,  dans  la  détermination  des  empla¬ 
cements  de  la  plupart  des  formations  hospitalières. 

Hygiène  des  étapes.  —  11  n’y  a  aucun  service  d’hygiène  des 
étapes,  nous  entendons  un  service  effectif,  car  la  tenue  géné¬ 
rale  des  étapes,  qui,  entre  autres  obligations,  incombe  au 
commandement,  comprend  probablement  certaines  précau¬ 
tions  élémentaires  d’hygiène,  mais  comme  ce  dernier  ne  dis¬ 
pose  d’aucun  personnel  compétent,  cette  partie  si  importante 
de  sa  tâche  s’en  trouve  fort  négligée. 


[119]  .  BIVOUACS  PERMANENTS  ET  SANATORIA  483 

C’est  pourquoi,  après  un  ou  deux  ans  d’occupation,  on  peut 
constater  que  rien  n’est  changé  dans  l’état  sanitaire  des  can¬ 
tonnements.  Les  unités  s’y  sont  succédé  en  se  laissant  l’une 
à  l’autre  un  état  des  lieux  constamment  défectueux  et  souvent 
malpropre;  comme  on  ne  fait  que  passer,  pourquoi  se  préoccu¬ 
per  de  faire  des  améliorations  durables  qui  pourraient  être 
utiles  à  celles  qui  demain  prendront  la  place?  Aussi,  nulle 
protection  efficace  des  sources,  nulle  désinfection  des  locaux 
qui  restent  avec  leur  vermine  et  sont  ainsi  transmis  aux  nou¬ 
veaux  hôtes.  Nous  avons  rencontré  des  commandants  d’étapes 
désolés  de  ce  laisser-aller  et  avouant  être  dans  l’impossibilité 
d’y  porter  remède  sans  un  personnel  approprié. 

Jusqu’alors,  et  souvent  malgré  les  conseils  de  la  Mission 
antipaludique  (son  action  devrait  être  étendue  à  la  prophy¬ 
laxie  générale  dont  la  lutte  contre  le  paludisme  n’est  que  le 
plus  important  chapitre),  les  troupes  en  marche  ont,  la  plu¬ 
part  du  temps,  campé  dans  les  lieux  les  plus  arbitrairement 
choisis.  Nous  en  avons  vu  s’installer  sur  les  hords  de  ruis¬ 
seaux,  quelques-unes  préférer  les  rives  d’un  lac,  d'autres, 
rechercher  en  été  les  points  bas  et  marécageux.  Le  chef 
d’unité  reste  entièrement  libre  de  choisir  son  bivouac.  S’il 
consulte  le  niédecin,  celui-ci  étant  mal  renseigné  sur  des  lieux 
où  il  passe  pour  la  première  fois  ne  peut  disposer  des  éléments 
d’appréciation  indispensables  pour  donner  un  avis  autorisé. 
11  se  laisse  trop  souvent  guider  par  de  simples  impressions  ; 
le  voisinage  d’un  village,  la  présence  d’un  chemin,  d’un  bou¬ 
quet  d’arbres,  d’un  cours  d’eau  sont,  la  plupart  du  temps,  les 
éléments  de  ce  choix.  Ils  sont  insuffisants,  et,  cependant,  s’il 
est  une  région  où  l’état  sanitaire  des  troupes  dépende  au  plus 
haut  point  du  bivouac,  c’est  bien  la  Macédoine!  En  une  seule 
nuit,  on  peut  y  contracter  le  paludisme  :  dans  les  marelles 
forcées  que  nos  troupes  ont  dû  faire  à  l’aller  et  au  retour  de 
l’affaire  de  Larissa,  les  médecins  des  unités  engagées  ont  con¬ 
staté  une  soudaine  éclosion  d’accès  paludéens  à  la  suite  d’une 
nuit  dans  certaines  étapes  où  les  anophèles  avaient  particu¬ 
lièrement  harcelé  les  hommes  exténués  de  fatigue. 

Après  un  dur  et  long  séjour  aux  tranchées,  on  reçoit  enfin 
l’ordre  d’aller  au  repos  dans  la  zone  des  étapes  ;  où  campera- 
t-on?  Le  G.  Q.  G.  assigne  une  région  déterminée  par  des  rai- 


484  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [180] 

sons  où  l’hygiène  ne  tient  qu’une  place  très  secondaire  et  cette 
situation  se  trouve. encore  aggravée  du  fait  qu’un  chef  d^unité 
en  déplacement  reste  libre  de,  faire  bivouaquer  ses  troupes  à 
sa  fantaisie,  dans  les  limites  fixées  par  l’état-major.  Si  le 
commandement  ale  plus  grand  souci  de  l’état  sanitaire  de  ses 
hommes,  il  s’informe,  il  demande  un  avis;  avant  de  mettre 
ses  troupes  en  route,  il  délègue  un  de  ses  officiers  pour 
prendre  sur  lieux  des  renseignements  et  l’éclairer.  En  huit 
mois,  une  cinquantaine  d’ùnités  sont  passées  dans  le  secteur 
d’Eksissu;  une  seule  a  cru  devoir  se  documenter  sur  la  valeur 
sanitaire  des  cantonnements!  Mais  le  général  de  division,  le 
plus  soucieux  de  la  santé  de  ses  soldats,  qui  nous  a  fait  l’hon¬ 
neur  de  nous  demander  un  avis,  n’a  pu  obtenir,  malgré  les 
instances  de  la  Mission  antipaludique,  l’autorisation  de  can¬ 
tonner  à  Nevescka;  cette  localité  étant  hors  des  routes  habi¬ 
tuellement  fréquentées,  personne  ne  s’était  soucié  d’aller  voir 
s’il  ne  serait  pas  intéressant  de  camper  là.  Or,  Nevescka  est 
une  agglomération  importante  de  3.000  habitants,  située  à 
1200  mètres  d’altitude,  ayant  des  cantonnements  excellents, 
de  l’eau  de  source  en  abondance,  des  bois,  une  différence  de 
température  de  5  à  8“  avec  les  villages  de  la  plaine,  un  indice 
endémique  de  paludisme  =.0,  pas  de  moustiques,  une  végétation 
et  comme  un  air  de  France.  En  quelques  jours  les  troupes 
pourraient  s’y  refaire.  On  les  envoie  cependant  se  contaminer 
dans  la  plaine  :  Nevescka  n’ayant  pas  été  compris  dans  la 
liste  des  villages  où  nos  soldats  peuvent  Ciintonner. 

Cet  exemple  n’est  pas  isolé  :  aucune  idée  d’hygiène  générale 
ne  préside  au  choix  des  cantonnements. 

Nous  croyons  en  voir  la  cause  dans  le  manque  d’un  organe 
spécial.  Il  nous  paraît  indispensable  d’affecter  à  la  besogne 
d’hygiène  générale  des  cantonnements  un  personnel  médical 
spécialisé,  opérant  d’une  manière  analogue  à  cellè  de  la  Mis¬ 
sion  antipaludique  qui,  malgré  un  personnel  restreint  et  un 
matériel  incomplet,  a  pu  rendre  de  très  grands  services.  Des 
équipes  sanitaires  chargées  de  l’hygiène,  de  l’entretien  et  de  la 
désinfection  des  cantonnements  seraient  non  seulement  très 
appréciées  des  commandants  d’étapes  débordés  et  des  chefs 
d’unités,  mais  rendraient  les  plus  sûrs  services  à  la  prophy¬ 
laxie  générale. 


[181] 


BIVOUACS  PERMANENTS  ET  SANATORIA 


Bivouacs  permanents.  —  Le  point,  qui.  nous  semble  capital  • 
pour  l’amélioration  de  l'Hygiène  des  troupes  de  l’Armée 
d’Orient  serait,  d’après  nous,  dans  le  choix  éclairé  de  camps 
de  repos  ou  bivouacs  permanents. 

Sue  place,  aucun  plan  d’ensemble,  sur  ce  point,  ne  se  mani¬ 
feste.  On  se  laiss.e  uniquement  guider  par  des  considérations 
de  détails  qui  devraient  passer  au  second  plan  des  préoccu¬ 
pations. 

Nous  croyons  que,  pour  un  repos  de  quelque  durée  des 
troupes,  on  devrait  interdire  les  zones  basses,  toujours  insa¬ 
lubres,  et  choisir  des  bivouacs  d’altitude,  non  pas  relative, 
mais  réelle.  Expliquons-nous.  Sur  plusieurs  centaines  de  kilo¬ 
mètres  de  front  nos  troupes  sont  à  une  altitude  relative,  dans 
leurs  cantonnements  de  repos,  de  ^00  à  800  mètres.  Mais  au 
point  de  vue  de  l’hygiène,  les  avantages  qu’elles  tirent  de  ce 
séjour  sont  peu  considérables,  parce  que  ces  lieux  sont  sans 
altitude  réelle  par  rapport  aux  autres  points  de  la  môme 
région.  Or,  l’expérience  que  nous  avons  acquise  des  conditions 
d’hygiène  générale  en  Macédoine  nous  a  appris  que  seuls  sont 
salubres  dans  ces  régions  à  malaria  les  lieux  qui  dominent  la 
plaine  de  300  mètres  au  moins,  c'est-à-dire  présentent  une  alli' 
tude  réelle,  la  seule  intéressante  au  point  de  vue  qui  nous 
occupe. 

Que.  les  troupes  affectées  aux  services  des  étapes  y  restent 
en  permanence,  nous  n’avons  qu’à  le  constater  et  à  le  regret¬ 
ter,  c’est  affaire  de  commandement.  Mais  nous  pensons  qu’il 
est  sans  utilité  d’infliger  aux  trOupes  qu’on  prétend  envoyer 
au  repos,  les  mêmes  conditions  défavorables  d’hygiène  et  qu’il 
y  aurait  un  avantage  sanitaire  certain  à  choisir,  à  proximité 
des  centres  d’étapes,  des  régions  dominant  les  parties  basses, 
pour  y  installer  des  bivouacs  permanents  qu’une  <{  équipe  sani¬ 
taire  »  serait  chargée  d’entretenir  en  bon  état. 

Il  n’y  aurait  en  cela  que  bénéfice  pour  le  commandement. 

De  juin  à  octobre,  le  séjour  est  extrêmement  pénible  dans 
les  régions  basses,  seraient-elles  à  une  altitude  de  300  à 
800  mètres  :  le  soleil  y  est  brûlant,  la  température  accablante. 


486  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [182] 

l’atmosphère  calme,  les  nuits  pénibles,  ^a  malpropreté  des 
indigènes  y  fait  pulluler  les  insectes  vecteurs  (mouches,  poux, 
punaises,  puces). 

Aussi,  y  voit-on  éclore,  dès  le  mois  de  juin,  leS  diarrhées, 
dysenteries,  troubles  digestifs  et  accès  paludéens.  Contraste 
remarquable,  à  proximité  de  ces  mauvais  gîtes  où  il  ne  peut  y 
avoir  de  vrai  repos,  on  peut  trouver  partout  en  Macédoine  des 
régions  sans  paludisme,  présentant  une  moyenne  de  tempéra¬ 
ture  estivale  diurne  inférieure  de  plusieurs  degrés  à  celle  de 
la  plaine,  des  sources  abondantes,  sûres,  faciles  à  protéger, 
une  végétation  forestière  semblable  à  celle  du  Massif  Central, 
généralement  un  panorama  splendide,  un  air  vivifiant. 

Nous  pensons  qu’il  serait  précieux,  pour  le  maintien  d’un 
bon  état  sanitaire  de  nos  effectifs,  de  tirer  parti  de  ces  facteurs 
locaux  de  salubrité  en  y  installant,  en  des  lieux  judicieuse¬ 
ment  choisis,  des  «  bivouacs  permanents  »;  les  troupes  au 
repos  s’y  trouveraient  dans  des  conditions  qui  leur  permet¬ 
traient  de  se  remettre  rapidèment  et  aussi  complètement  que 
possible  des  profondes  fatigues  qu’occasionne  le  climat  macé¬ 
donien,  sans  aucun  risque  de  contamination. 


Sanatoria  d'altitude  pour  paludéens.  —  Cette  idée  des 
«  bivouacs  permanents  »  d’altitude  nous  amène  à  envisager  la 
question  d’hospitalisation  des  paludéens,  car,  selon  nous,  elle 
doit  procéder  des  mêmes  principes. 

Il  faut  rendre  justice  aux  efforts  accomplis  par  le  Service  de 
Santé  de  l’Armée  d,’Ori,ent  :  ils  ont  abouti  à  des  résultats  dont 
on  peut  être  fier;  presque  tous  les  hôpitaux  ont  réalisé  une 
hygiène  intérieure  excellente  et  beaucoup  d’entre  eux  sont  des 
modèles  et  une  leçon  de  choses. 

Cependant,  nous  avons  été  frappé  par  une  constatation 
d’ordre  très  général,  à  laquelle  nous  n’avons  trouvé  qu’une 
heureuse  exception.  Si  rien  n’a  été  négligé  dans  l’aménage¬ 
ment  de  la  plupart  dé  nos  formations  sanitaires,  on  a,  par 
contre,  perdu  de  vue  l'importance  primordiale,  à  notre  sens, 
du  choix  de  l'emplacement  de  ces  installations.  Il  nous  a  paru 
qu’en  accumulant  les  hôpitaux  dans  les  parties  basses  des 


[183]  biVOUACS  PERMANENTS  ET  SANATORIA  487 

régions,  on  a  commis  une  faute  lourde  contre  l’hygiène  géné¬ 
rale  hospitalière  en  se  privant  d’un  facteur  important  de  gué¬ 
rison  :  climat  d'altitude.  Cette  erreur  corrompt  une  partie  de 
l’œuvre  sanitaire  et  nul  doute  qu’on  aurait  obtenu  des  résultats 
bien  supérieurs  dans  la  récupération  des  hommes  si  on  avait 
renoncé  à  installer  ambulances  et  hôpitaux  dans  Ifes  points  bas 
toujours  insalubres,  pour  les  camper  à  quelques  centaines  de 
mètres  au-dessus  des  bas-fonds-meurtriers. 

On  aurait  ainsi  fait  des  hôpitaux  plus  appropriés  au  traite¬ 
ment  ules  paludéens,  sortes  de  «  Sanatoria  jiour  paludéens  », 
si  indispensables  en  Orient  où  la  morbidité  par  paludisme 
représente  les  4/.ô  de  la  morbidité  générale. 

Nous  pensons  que  cette  création  s’impose  et  qu’elle  est  pos^ 
sible  dans  toutes  les  régions  de  Macédoine. 

Nous  avons  la  certitude  qu’elle  aurait  une  très  grande  réper- 
cussiop  sur  l’état  sanitaire  par  la  preuve  expérimentale  sui¬ 
vante  : 

M.  le  médecin-major  ’Vialle  eut  l’idée,  à  la  demande  de  plu¬ 
sieurs  médecins  ayant' fait  partie  de  l’Armée  d’Orient  dès  les 
débuts,  d’installer  dans  la  montagne  un  Sanatorium  pour 
convalescents  de  paludisme.  11  obtint  de  la  Direction  du  Ser¬ 
vice  de  Santé  des  armées  alliées  que  cette  œuvre  ffjt  entre¬ 
prise  par  une  ambulance  alpine  (Âmb.  alpine  18),  celte  forma¬ 
tion  ayant  un  effectif  et  une  composition  particulièrement 
favorables  (40  infirmiers,  SO  hommes  du  train,  50  mulets  de 
bât) 

L’emplacement  choisi  se  trouve  à  plus  de  900  mètres  d’alti¬ 
tude,  à  flanc  de  crêtes  de  montagne,  bordant  le  col  d’Oréhovo. 
H  est  distant  de  3  kilomètres  environ  du  village  d’Eksissu,  de 
4  kilomètres  de  la  gare  de  même  nom;  son  altitude  est  supé¬ 
rieure  de  300  mètres  environ  à  celle  du  bassin  fermé  occupé  par 
les  lacs  d'Ostrovo,  Pétrsko  et  Rudnick,  à  proximité  duquel  se 
trouvent  préciséunent  le  village  et  la  gare  d’Eksissu. 

La  formation  a  été  installée  de  préférence  face  au  midi, 
adossée  à  une  double  crête,  dans  un  cirque  montagneux  qui 
constitue  un  véritable  abri  naturel  contre  les  intempéries. 

La  température  moyenne,  pendant  les  mois  de  juillet,  août 
et  septembre,  n’a  pas  dépassé  22°,  le  maximum  constaté  ayant 
été  28°,  le  minimum  18“  ;  ces  chiffres  sont  en  moyenne  de  5“ 


488  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  11841 

inférieurs  à  ceux  qui  furent  enregistrés  à  Eksissu,  de  10°  infé¬ 
rieurs  à  ceux  de  Saloniqlie. 

Les  vents  dominants  viennent  du  nord  et  du  nord-ouest  et 
présentent  parfois  une  assez  grande  violence;  tout  en  étant 
abritée  contre  eux,  grâce  à  sa  situation  topographique,  la  for¬ 
mation  en  tire  bénéfice  par  l’adoucissement  de  la  température 
qu'ils  provoquent,  et  l’absence  de  moustiques  à  laquelle  ils 
contribuent.  l 

L’eau  est  fournie  au  Sanatorium  par  une  source  constante 
(15  m'ètres  cubes  en  tk  heures).  Ce  débit  suffirait  à  l’entretien 
d’un  établissement  de  1.200  lits.  Des  analyses  fréquentes  ont 
constamment  montré  la  qualité  excellente  de  cette  eau. 

Les  moustiques  sont  pour  ainsi  dire  inexistants  à  c%tte  alti¬ 
tude.  Leur  présence  n’a  jamais  été  constatée  que  lorsque  souffle 
e  vent  du  midi'  qui  balaie  le  lac  et  les  dangereux  marais  du 
Rudnick.  Ce  fait  s’est  produit  à  trois  ou  quatre  reprises,  pen¬ 
dant  quelques  heures,  en  trois  mois.  Les  moustiques  capturés 
furent  très  rares.  Malgré  les  plus  minutieuses  recherches 
entreprises,  il  n’a  jamais  été  pris  d’anophèles.  Leur  colonisa¬ 
tion  et  leur  pullulation  est  d’ailleurs  impossible  à  cause  de 
l’altitude,  la  violence  des  vents,  le  grand  éloignement  des 
habitations  des  indigènes  dont  les  plus  rapprochées  sont, à 
3  kilomètres  (Eksissu)  et  l’absence  d’eaux  calmes  pour  la 
ponte. 

Malgré  l’altitude,  le  ravitaillement  s’est  opéré  parfaitement 
par  tous  les  temps,  à  dos  de  mulets,  quoique  les  chemins  d’ac¬ 
cès  soient  en  mauvais  état.  Rien  d’ailleurs  n'’a  été  négligé  pour 
maintenir  les  animaux  en  bofine  forme. 

L’Ambulance  alpine  n°  18,  qui  est  devenue  le'«  Sanatorium 
du  col  d’Orélioyo  à  Eksissu  »,  est  entrée  en  fonctionnement  le 
12  juillet  1917;  le  nombre  de  lits  qui  était  au  début  de  40  est 
actuellement  de  1.000.  Elle  est  arrivée  à  ce  chiffre  progressive¬ 
ment,  d’abord  en  utilisant  les  tentes  fournies-par  le  Service  de 
Santé,  puis  en  construisant  des  locaux  en  pierres  par  ses  seuls 
moyens.  Ces  locaux,  plus  confortables  que  des  Tortoises,  sont 
destinés  aux  malades  les  plus  gravement  atteints  et  fonc¬ 
tionnent  actuellement  à  800  lits. 

Dans  les  trois  premiers  mois  de  son  fonctionnement,  la  for¬ 
mation  a  hospitalisé  800  malades,  dont  425  ont  été  évacues 


[185]  BIVOUACS  PERMANENTS  ET  SANATORIA  489 

sur  leur  corps,  en  état  de  reprendre  immédiatement  leur  ser¬ 
vice.  Une  dizaine  de  malades  seulement  ont  été  dirigés  sur 
Salonique,  à  cause  de  leur  long.séjour  en  Orient,  des  séquelles 
graves  qu’ils  avaient  gardé  de  leur  affection  et  des  droits  qu’ils 
avaient  acquis  au  rapatriement.  50  malades  environ  nous  sont 
arrivés  dans  un  état  très  grave.  Aucun  décès  n’est  survenu. 

Le  séjour  des  malades  au  Sanatorium  ne  dépasse  pas  30  jours 
en  moyenne.  Dans  cet  espace  de  temps,  des  paludéens  arrivés 
dans  un  état  général  mauvais,  leur  affection  se  compliquant  le 
plus  souvent 'd’anémie  et  de  troubles  digestifs  accentués,  ont 
vu  leurs  accès  diminuer  rapidement  de  fréquence  et  disparaître 
souvent  après  la  premère  quinzaine,  leur  état  général  s’amé¬ 
liorant  parallèlement. 

Le  traitement  médicamenteux  a  été  basé  sur  les  méthodes 
classiques,  particulièrement  celle  de  Laveran.  Il  était  appliqué 
systématiquement  et  sans  recherche  de  détails,  le  personnel 
médical  étant  réduit  (trois  médecins  dont  un  seul  docteur  en 
médecine).  11  a  surtout  été  apporté  un  soin  particulier,  dès  le 
début,  au  régime  alimentaire  et  aux  pratiques  d’hygiène.  Un 
jardin  potager  a  été  créé  et  a  permis  d’introduire  dans  les 
menus  les  légumes  verts  si  rares  dans  l’alimentation  des  sol¬ 
dats  et  si  appréciés  d’eux. 

Aucun  des  hommes  rendus  à  leur  corps  n’eSt  encore  revenu 
à  la  formation. 

Telle  est  l’expérience  faite  par  le  Sanatorium  du  col  d’Oréhovo 
àEksissu.  Ses  bons  résultats  thérapeutiques  et  militaires  [récu¬ 
pération)  sont  dus  à  sa  situation  topographique,  au  climat  pri¬ 
vilégié  qui  en  résulte  et  aux  soins  d’hygiène  particulièrement 
poussés.  Des  «  Sanatoria  pour  paludéens  «  du  genre  de  celui- 
ci  nous  semblent  indispensables  en  Orient  où  de  nombreux 
emplacements  favorables  permettront  de  les  multiplier. 

Pour  conclure  cette  étude  d’hygiène  générale  intéressant  nos 
effectifs  de  l’armée  d’Orient,  nous  formulerons  les  propositions 
suivantes  qu’il  y  aurait  profit  à  appliquer  : 

I.  —  Aucun  service  d'hijgiéne  spécialisé  n’existant  actuelle¬ 
ment  pour  assurer  la  salubnté  générale  des  cantonnements,  il  y 


490  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [186] 

a  nécessité  de  créer  à  l’armée  d’Orient  des  «  Équipes  sanitaires  » 
d'assainissement  et  de  désinfection. 

II.  —  L'installation  de  »  Bivouacs  permanents  »  d'altitude 
pour  les  troupes  qui  se  rendent  au  repos  améliorerait  certaine¬ 
ment  l'état  sanitaire  des  effectifs. 

III.  —  La  muliiplicalion  des  «  Sanatoria  pour  paludéens  » 
da7is  les  conditions  indiquées  ci-dessus  est  la  forme  d'(iospilali- 
sation  la  mieux  adaptée  à  la  Macédoine  et  la  plus  efficace. 


PALUDISME  ET  DRAINAGE  ‘ 

TRAVAUX  EXÉCUTÉS  DANS  LA  RÉGION  D’EKSISSU 
(Mackdoixe  occidentale), 

par  le  médecin-major  de  2°  cl.  des  troupes  coloniales,  F.  BUSSIËRE, 
de  la  Mission  antipaludique  de  l'Armée  d'Orient. 

La  campagne  antipaludique  dont  nous  avons  été  chargé  dans 
la  région  d’Eksissu,  en  Macédoine  occidentale,  a  comporté  un 
certain  nombre  de  mesures  telles  que  : 

Établissement  des  index  endémiques  pour  l’élaboration  de  la 
carte  du  paludisme  ;  recherche  et  destruction  des  gîtes  de 
moustiques;  travaux  de  comblement,  d& faucardement,  d’inci¬ 
nération,  de  pélrolage,  de  petit  drainage;  quininisation 
préventive  et  son  contrôle;  quininisation  des  indigènes;  pro¬ 
tection  mécanique,  etc.,  sur  lesquelles  il  n’y  a  pas  grand’chose 
à  ajouter  aux  connaissances  classiques  que  nous  en  avons. 
Seule,  la  manière  dont  ont  pu  être  utilisées  les  ressources 
locales  pourrait  être  une  excuse  à  en  dire  quelques  mots. 

Par  contre,  certaines  circonstances  de  lieux  et  autres  nous 
ont  permis  de  faire  quelques  observations  et  poussé  à  mettre 
en  œuvre  des  moyens  d’assainissement  qui,  de  prime  abord, 


1.  Les  figures  accompagnant  cet  article  nous  ont  été  obUgeamment 
prêtées  par  le  Bulletin  de  la  Société  de  Pathologie  exotique,  qui  les  a 
publiées  dans  sou  numéro  6,  séance  du  12  juin- 1918. 


[187], 


PALUDISME  ET  DRAINAGE 


491 


semblent  dépasser  les  buts  prophylactiques  que  nous  avions  à 
atteindre,  et  dont  les  «  petites  mesures  antilarvaires  »  étaient 
pour  ainsi  dire  tout  le  programme.  En  fait,  ils  les  englobent 
dans  une  solution  plus  générale  du  problème.  Ils  présentent,  à 
ce  titre,  quelque  intérêt,  en  montrant  qu’en  pratique  le  médecin 
n’est  pas  impropre  à  concevoir,  diriger,  exécuter  de  gros  tra¬ 
vaux  de  drainage  qui  restent  de  son  domaine  tant  qu’ils  visent 
à  l’hygiène. 

Nous  indiquerons  dans  cette  note  : 

I.  —  Les  caractéristiques  du  secteur  d’Eksissu,  au  double 
point  de  vue  géographique  et  paludique. 

II.  —  Les  résultats  de  notre  action  :  amélioration  simultanée 
de  l’état  sanitaire  des  villages  fréquentés  par  nos  troupes;  et, 
cette  première  besogne  urgente  achevée,  l’essai  tenté  par  nous 
d’assainissement  global  de  la  région  par  un  travail  plus  vaste  : 
l’assèchement  des  marais  du  Rudnick,  couvrant  une  surface  de 
plus  de  40  kilomètres  carrés,  par  rabaissement  du  seuil  de  leur 
déversoir  et  la  canalisation  dit  ruisseau  effluent. 

I.  —  Caractéristiques  du  secteur  d’Eksissu. 

La  région  attribuée  au  secteur  d’Eksissu  s’étend  sur  120  kilo¬ 
mètres  nord-sud  du  front  serbe  de  Grunichta,  au  nord  du 
Kaïmakalan,  à  la  Vistrica,  au  sud  de  Kastoria  et  70  kilomètres 
nord-ouest-sud-est  de  la  gare  de  Banica,  au  voisinage  de  Kozani. 
Les  altitudes  les  plus  faibles  sont  comprises  de  chaque  côté  de 
la  route  de  Monastir  à  Kozani  par  Banica;  elles  varient  de 
720  mètres  à  600  mètres.  C’est  une  région  de  lacs  et  de  mon¬ 
tagnes.  Nul  cours  d’eau  important,  mais  des  ruisseaux  à  faible 
débit  ou  de  petits  torrents  saisonniers.  Pas  de  forêt;  une  végé¬ 
tation  fort  pauvre.  Pluie  et  neige  abondantes  d’octobre  à  avril, 
ravinant  profondément  le  sol.  Températures  élevées  de  mai  à 
octobre. 

Au  sud-ouest,  le  lac  en  croissant  de  Kastoria,  circonscrit  de 
montagnes,  forme  une  mare  immense  et  dangereuse,  ainsi  que 
l’a  démontré  la  carte  du  paludisme  des  villages  de  son  pourtour 
dont  l’indice  est  élevé  et  présente  certaines  particularités  inté- 


[189] 


PALUDISME  ET  DRAINAGE 


ressanles.  A  ce  sujel,  nous  avons  relevé  une  curieuse  influence 
des  lacs  sur  la  densité  du  paludisme  dans  leur  région,  et  qui, 
pensons-nous,  n’avait  pas  été  très  clairement  établie  antérieu¬ 
rement. 

Il  est'  vrai  qu’on  pouvait  la  déduire  a  priori  des  données 
que  nous  avons  sur  l’étiologie  du  paludisme,  mais  comme  nous 
ne  l’avons  trouvée  nulle  part  nettement  dégagée,  nous  nous 
croyons  autorisé  à  le  signaler  ici. 

cinq  lacs  du  secteur  d’Eksissu,  deux  sont  sans  influence 
sur  'la  carte  du  paludisme  des  villages  avoisinants,  ce  sont 
les  lacs  de  Petrsko  et  d’Ostrovo,  aux  bords  nets  et  sans 
marécages.  Trois  autres,  le  lac  de  Kastoria,  dont  les  ÿives  sont 
herbeuses  et  le  fond  encombré  d’une  côuche  de  vase'atfeignant 
en  certains  points  plusieurs  mètres,  le  lac  de  Sari-Gol  et  le  lac 
de  Rudnik,  dont  les  marais  triplent  la  surface,  ont  une  action 
manifeste  sur  le  pourcentage  d’endémie  palustre  dans  les  vil¬ 
lages  qui  les  circonscrivent  et  dont  la  répartition  nous  a  paru 
assez  intéressante  pour  mériter  d’être  spécialement  notée. 

Situé  à  l’altitude  de  687  mètres,  le  lac  de  Kastoria  étale  sa 
jolie  nappe  en  croissant  au  centrq  d’un  cirque  de  montagnes  de 
1.200  à  1.300  mètres  à  l’est,  au  nord  et  à  l’ouest,  et  de  800  à 
900  mètres  au  sud.  Il  n’a  pas  de  déversoir.  Dans  sa  partie  occi¬ 
dentale  s’engage  une  presqu’île  dont  l’isthme  est  occupé  par  la 
ville  de  Kastoria  (15.000  habitants).  C’est  une  mare  de  3.000  hec¬ 
tares,  aux  eaux  verdâtres,  limoneuses  et  polluées  par  le  déver¬ 
sement  millénaire  de  tous  les  détritus  et  immondices  urbains. 
Sa  situation  le  met  à  l’abri  des  vents  violents.  Une  dizaine  de 
villages  échelonnés  sur  son  pourtour  ont  un  indice  endémique 
assez  élevé  : 


Fotinista.  ....  28  p.  100 
Licista.  .....  26  — 

Klandorop  ....  06,8  —  ' 

Tiholista . 21,8  — 

Ces  localités  sont  situées  à  quelques  centaines  de  mètres  des 
bords  du  lac  et  sensiblement  à  son  niveau. 

Si  Ton  s’éloigne  de  500  à  1.000  mètres  du  lac,  à  vol  d’oiseau. 


Kastoria . 21  p.  lOC 

Dubjack  .....  32,1  — 

Krpetii . 30,3  — 

Mavrovo . 29,8  — 


494 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[190] 


sans  que  l’altitude  s’élève  de  plus  de  30  à  80  mètres,  on  ren¬ 
contre  d’autres  villages  où  l'indiee  tombe  considérablement  : 


Kroupistaz .  .  .  .  5,8  p.  100  Bombacki  ....  7,2  p.  100 

Sdrelka .  6  —  Olista  .  .  .  .  ^  .  5,3  — 

Slimnika.  ....  4  —  Bobista .  4,2  — 


Dans  une  troisième  zone,  toujours  située  dans  le  même 


Fw.  1.  —  Carte  de  la  répartition  du  paludisme  de  la  région  de  Kastoria. 

Influence  du  lac  de  Kastoria  sur  l’endémie  palustre.  I 

cirque  de  montagnes  et  distante  de  1.000  à  3.000  mètres  de  la 
circonférence  du  lac  de  Kastoria,  l’index  fléchit  encore  et  tombe 
souvent  à  zéro.  11  est  de  : 

2  p.  100  .  .  à  Zagoricani  1,8  p.  100  .  .  à  (iorenzi 
2  —  .  .  à  Grn  0,9  —  .  .  à  Kostaraza 

3,7  —  .  .  à  Koumanicevo  0  —  .  .  à  Skrapari 

0,2  —  .  .  à  CeriloTO  0  —  .  .  à  Manjack 

11  semble  donc  que  le  voisinage  du  lac  exerce  une  action 
manifeste  sur  l’endémicité  palustre  et  que  cette  influence 


[191] 


PALUDISME  ET  DRAINAGE 


diminue  rapidement  au  fur  et  à  . mesure  qu’on  s’éloigne  de  cetle 
nappe  d’eau. 

Nous  répétons  qu’on  pouvait  la  supposer  a  priori^  car  elle 
s’harmonise  avec  nos  connaissances  actuelles  sur  l’étiologie  du 
paludisme,  mais  l’exemple  du  lac  .de  Kasloria  ne  nous  en  a 
paru  que  plus  curieux  à  signaler,  quelle  que  soit  l’interpréta¬ 
tion  qu’on  lui  donne. 


En  ce  qui  concerne  le  lac  et  les  marais  de  Rudnick,  nous 
avons  fait  la  même  observation  :  le  pourcentage  de  l’indice 
endémique  fléchit,  quand  on  s’éloigne  de  cette  grahde  cause  de 
paludisme  régional;  mais  dans  cet  exemple,  il  semble  qu’un 
autre  facteur  intervienne  et  y  apporte  quelque  trouble.  Voici 
les  indices  que  nous  avons  relevés  : 

Si  l’on  classe  en  trois  zones  les  villages  qui  circonscrivent  le 
lac  et  le  marais  du  Rudnik,  en  s’éloignant  progressivement  de 
leur  centre,  on  trouve  les  indices  suivants  : 


496  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PÜBLIUUE  ,  1192] 

1“  Dans  la  première  zone,  distante  de  moins  de  l.bOO  mètres  ; 

Elevi's . 23  p.  100  Aythos . 22  '  p.  100 

Sotir . 30  —  Nevolani . 33  — 

Spànca . 31  —  Vrapchin . 42  — 

Djulunc  .....  25,3  — '  Rudnick . 64  — 

Lioubetiiie .  ...  21,8  —  Novoselo . 68  — 

2°  Dans  une  deuxième  zone,  comprise  entre  1.500  et 
3.000  mètres  : 

Eksissu .  9,7  p.  100  |  Mogrena . 33  '  p.  100 

Zelenick .  7  —  Rakita . 64  — 

Vlahoklissura.  .  .  10  —  j  Tchor . 42  — 

3°  Enfin,  une  troisième  zone  distante  de  3.000  à  5!000  mètres 
du  lac  et  du  marais  Rudnick  : 

Orehovo .  0,8  p.  100  Konop . 39  p.  100 

Negovani .  0,2  —  Dibré . 20  — 

Neveska  .  .  ...  0  —  Kajalar . 27  — 

Lehovo .  0  —  Nalbankoy ....  28  — 

Si  l’on  veut  bien  jeter  un  coup  d’œil  sur  la  carte  de  la  région 
du  Rudnick,  on  remarquera  que  les  villages  de  Mogrena, 
Rakita,  Tchor,  Konop,  Dibre,  Kajalar  et  Nalbankoy  sont  tous 
situés  au  sud-est  de  l’axe  du  lac  Rudnick  et  de  l’immense  marais 
qui  lui  fait  suite  au  nord-est.  N’aÿant  noté  dans  l’état  sanitaire 
de  ces  villages  aucune  cause  pouvant  expliquer,  sur  lieux,  ces 
pourcentages  élevés,  nous  croyons  qu’il  faut'  rapprocher  ces 
constatations  d’une  observation  météorologique  locale  suscep¬ 
tible  d’en  donner  l’explication. 

Dans  la  région  d’Eksissu,  le  vent  dominant  vient  du  nord- 
ouest  ;  il  soufQe  au  printemps,  en  hiver  et  en  automne  avec 
une  très  grande  violence,  pendant  plusieurs  jours  de  suite, 
comparable  au  mistral;  sa  fréquence  dans  la  région  n’est  peut- 
être  pas  étrangère  à  la  répartition  du  paludisme  dans  cette 
contrée.  En  tout  cas,  il  nous  a  paru  assez  remarquable  de  con¬ 
stater  que  tous  les  villages  situés  sous  le  vent,  par  rapport  au 
lac  et  à  son  marais,  présentent  des  indices  paludiques  beau- 


[193]  PALUDISME  ET  DRAINAGE  497 

coup  plus  élevés  que  ceux  qui  sont  dans  le  vent,  exemples  : 
Rudnick,  Novoselo,  dans  la  première  zone,  ont  un  indice  endé¬ 
mique  respectif  de  64et68p.  100,  alors  que  Spanca  et  Nevolani 
n’ont  que  31  et  35  p.  100.  Dans  la  deuxième  zone,  Mogrena, 
Rakita,  Tchor  donnent  33,  64,  42  p.  100,  tandis  que  Eksissu  et 
Zélénick  ont  un  indice  de  9,7  et  7  p.  100.  Enfin,  en  troisième 
zone,  Konop,  Dibré,  Kajalar,  Nalbankoy  s’inscrivent  pour. un 
pourcentage  de  39,  20,  27,  28  p.  100  et  Oréhovo,  Négovani, 
Neveska,  Lehovo  pour- 0,8,  0,2,  0,0. 


Fio.  3.  —  Carte  de  l’inlluence  des  vents  douuinauls,  des  marais 
et  du  lac  de  Rudnick  sur  la  répartition  du  paludisme  dans  la  région. 
Note.  —  La  direction  des  flèches  a  été  mal  orientée  dans  le  manuscrit. 


Telles  sont  les  observations  que  nous  avons  faites  dans  notre 
secteur  d’Eksissu  sur  l’influence  des  lacs  et  des  vents  dans  la 
distribution  du  paludisme.  Si  elles  sont  confirmées  ultérieu¬ 
rement,  elles  pourront  être  utilisées  en  hygiène  coloniale  et 
militaire,  en  permettant  à  l’avenir  d’éviter  comme  canton¬ 
nements  les  villages  avoisinant  les  lacs  et  tout  particulièrement 
ceux  qui  sont  situés  dans  un  rayon  de  moins  de  1.000  mètres, 
ou  sous  le  vent,  quelle  que  soit  la  distance  qui  sépare  ces 
villages  du  foyer  local  d’impaludisme,  car  il  nous  a  paru  que  sa 
malfaisance  s’étend  bien  au  delà  de  la  portée  du  vol  des  ano- 
phélines. 


REV. 


408 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[194] 


Au' centre  du  secteur,  entre  Vlahoklissoura  et  Ostrovo,  un 
cirque  de  montagnes  forme  une  vaste  cuvette  où  s'étalent 
4  lacs  se  déversant  les  uns  dans  les  autres,  soit  en  surface  (Sari- 
GOl  et  Rudnick),  soit  par  des  gouffres  souterrains  (Petrsko  et 
Ostrovo).  Seul  le  lac  de  Rudnick  est  intéressant  au  point  de  vue 
paludique.  En  régression  constante  par  les  apports  en  limons  et 
roches  des  torrents  qui  y  aboutissent  et  la  flore  envahissante  de 
ses  bords,  il  s’est  formé  dans  la  direction  nord-est,  direction  de 
son  écoulement  naturel  vers  le  lac  de  Petrsko,  un  immense  marais 
de  10  kilomètres  sur  4  kilomètres,  en  moyenne,  soit  40  kilo¬ 
mètres  carrés,  se  terminant  à  la  route  de  Monastir  où  il  se 
heurte  à  un  seuil  par  où  s’écoule  son-  trop-plein. 

Les  villages  qui  circonscrivent  ses  bords  sur  un  rayon  de 
10  A  20  kilomètres  nous  ont  donné  un  indice  endémique , 
élevé  : 


Rudnick . 64  p.  100 

Rakita . 64  — 

Kor . .42  - 

Vrapchin . 42  — 

Névolani .  33  — 


Spanca . 31  p.  100 

Gortsko . 29  — 

Konop . 39  — 

Elevis  .  . . 21  — 

Sorovitch . 40  — 


Les  limites  du  marais  forment  une  ligne  très  sinueuse  et  se 
rétrécissent  en  été,  en  découvrant  une  surface  d’une  dizaine  de 
kilomètres  carrés,  inondée  Phiver  et  exploitée  en  août  pour  le 
fourrage  et  les  roseaux.  Aucun  cours  d’eau  axial,  aucun  chenal 
à'travers  le  marais  dont  toute  la  surface  est  envahie  par  une 
flore  aquatique  abondante,  feutrage  de  nénuphars,  joncs  cl 
fougères  d’eaux,  roseaux  hauts  de  4  à  5  mètres  exploités  pour 
le  tissage  des  nattes. 

A  quelques  mètres  en  amont  dupont  de  la  route  de  Monastir, 
ou  pont  de'Sotir,  la  profondeur  d’eau  est  de  1  m.  30  et  aug¬ 
mente  jusqu’à  2  m.  50  à  300  mètres  au-dessus.  Cette  profondeur 
maxima,  on  ne  la  retrouve  qu’en  quatre'points  couvrant  à  peine 
quelques  hectares  de  la  surface  totale  du  marais,  très  faciles  à 
repérer  des  hauteurs  voisines  d’où  ils  apparaissent  comme  les 


[195]  PALUDISME  ET  DRAINAGE  499 

seules  solutions  de  continuité  de  cet  immense  champ  de 
roseaux. 

En  aval  du  pont,  le  petit  ruisseau  Rudnick  charrie  au  lac  de 
Petrsko,  à  o  kilomètres,  le  trop-plein  du  marais  en  un  cours 
marécageux  sur  ses  bords  et  extrêmement  sinueux,  doublant 
au  moins  ce  trajet.  Sa  pente  de  0,003  par  mètre  se  trouve  ainsi 
épuisée  en  méandres  et  son  écoulement  ralenti  encore  par  la 
densité  des  herbes  de  son  lit  et  la  présence  de  deux  moulins 


avec  leur  bief.  Ce  ruisseau  effluent  se  trouve  ainsi  constituer 
une  mare  en  longueur,  de  plusieurs  hectares,  d’autant  plus  dan¬ 
gereuse  qu’elle  est  précisément  située  au  carrefour  des  voies  les 
plus  fréquentées  (chemin  de  fer  de  MonastiràSalonique,  routes 
de  Monastir  à  Kozani,  de  Sotir  à  Soi’ovitch,  de  Sorovitch  à 
Eksissu,  de  Sorovitch  à  Petrsko),  entre  les  centres  d’étapes  de 
Sorovitch  et  d’Eksissu,  très  recherchés  par  nos  troupes  qui  y 
viennent  aussi  au  repos. 

Nous  n’avons  pas  eu  de  peine  à  faire  partager  notre  opinion 
que  la  cause  majeure  du  paludisme  de  la  région  Eksissu- 
Sorovitch  est  dans  la  présence  de  cet  immense  et  redoutable 


500  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [196] 

marais  du  Rudnick  et  de  son' déversoir  insuffisant  dans  le  lac 
de  Petrsko.  Mais  il  restait  à  rechercher  les  moyens  de  la  faire 
disparaître. 

II.  —  Travaux  et  résultats. 

Amélioration  de  l'étal  sanitaire  des  villages  d'étapes. 

Avant  d’entreprendre  une  tâche  si  disproportionnée  avec 
nos  moyens  de  travail,  il  était  nécessaire  de  parer  au  plus 
pressé  en  améliorant  l’état  sanitaire  des  villages  recherchés  des 
troupes  et  leurs  abords  immédiats. 

Trente-cinq  militaires,  de  professions  fort  diverses,  formant 
le  contingent  infirmier  du  secteur,  furent  répartis  en  8  «  équipes 
sanitaires  »  chargées  d’effectuer  simultanément  les  petits 
travaux  d’âssainissement  dans  les  villages  de  Cerovo,  Petrsko, 
Eksissu,  Sorovitch,  Kajalar,  échelonnés  sur  la  route  de  Monastir 
à  Kozani,  et  le  faucardement  du  ruisseau  Rudnick. 

Chacune  de  ces  équipes  était  tellement  restreinte,  et  si  peu 
entraînée  à  des  travaux  de  terrassement,  qu’il  eût  été  fort  diffi¬ 
cile  de  réaliser  avec  rapidité  le  but  proposé,  si  nous  n’avions 
eu  l’idée  de  tirer  du  pays  lui-même  l’aide  dont  nous  avions 
besoin. 

Les  autorités  civiles  grecques,  sur  nos  instances  et  inté¬ 
ressées  à  nos  travaux,  imposèrent  à  tous  les  villages  des 
«  prestations  »  ou  «  corvées  sanitaires  »  de  6  à  20  indigènes 
travaillant  gratuitement,  que  nos  infirmiers  n’eurent  plus  qu’à 
diriger. 

Les  divers  services  militaires  des  étapes  nous  firent  bon 
accueil,  nous  prêtèrent  quelques  hommes  et  nous  aidèrent  de 
leur  autorité,  et  bientôt  la  direction  du  Service  de  Santé,  à  la 
demande  de  notre  chef  de  mission,  M.  le  médecin  principal 
Visbecq,  accordait  aux  travailleurs  de  notre  secteur  la  ration 
quotidienne  de  pain  qui  devait  assurer  le  recrutement  et  la 
constance  du  personnel. 

Le  1“  juillet,  quarante  jours  après  le  début  des  travaux,  on 
avait  pu  faire  ; 

A  Cerovo  :  5  kilomètres  de  drain,  du  faucardement,  l’enfouis¬ 
sement  de  nombreux  tas  de  fumiers; 


1197]  PALUDISME  ET  DRAINAGE  SOI 

A  Petrsko  :  plusieurs  centaines  de  mètres  de  drains  et  de 
caniveaux,  sous  la  direction  de  M.  G.  Collard,  aide-major  de 
classe  ; 

A  Eksissu  ;  le  comblement  de  2  mares,  le  nettoyage  de  près 
de  2  kilomètres  de  caniveaux  ou  aqueduc  ; 

A  Sorovitch  :  300  mètres- de  caniveaux,  l’enfouissement  de 
63  las  de  fumiers  et  l’installation  de  99  «  puisards  absorbants  » 
de  3  mètres  carrés  sur  1  m.  20  de  profondeur; 

A  Kajalar-Nalbankoy-Caldzilar  :  comblement  de  11  mares, 
creusement  de  300  mètres  de  drains  et  enfouissement  de 
fumiers  ; 

A  Sotir  ;  faücardement  du  ruisseau  du  Rudnik  sur  5  kilo¬ 
mètres.  Pewrfanf  cette  période,  il  a  été  fait  3.80 i  journées  de 
travail  dont  2.768  gratuites,  grâce  aux  «  corvées  sanitaires  » 
par  les  indigènes. 

Certains  de  ces  travaux  ont  donné  peu  de  résultat  comme  le 
faücardement.  Ce  moyen  de  lutte  antipaludique  jouit'  d’une 
réputation  qu’il  ne  nous  a  pas  paru  mériter.  C’est  un  procédé 
illusoire  :  les  joncs,  les  roseaux,  les  herbes  aquatiques  poussent 
avec  une  telle  rapidité  que  cette  opération  doit  être  renouvelée 
tous  les  mois  si  l’on  veut  arriver  à  un  résultat  positif,  ce  qui 
constitue  un  vrai  gaspillage  de  forces. 

Il  en  est  de  même  du  nettoyage  d’un  cours  d’eau,  de  l’avive¬ 
ment  de  ses  rives  :  tout  repousse  avec  une  rapidité  désespé¬ 
rante  qui  stérilise  tout  travail.  J’en  ai  fait  longuement  la  preuve 
sur.  place. 

Par  contre,  d’autres  moyens,  peu  employés  croyons-nous, 
peuvent,  dans  toute  région  marécageuse,  rendre  de  bons 
services,  être  définitifs,  en  nécessitant  moins  de  main-d’œuvre 
et  un  travail  moins  pénible  :  c’est  le  drainage  «  en  corde  » 
des  boucles  de  petits  cours  d’eaux  marécageux  et  l’aménage¬ 
ment  de  «  puisards  absorbants  ». 

Drainage  «  en  corde  ».  —  On  se  trouve  souvent  en  présence 
d’un  marais  ayant  un  ruisseau  insuffisant  du  fait  du  manque 
de  pente.  11  est  constant  que  ce  défaut  de  pente  est  accentué 
par  de  nombreux  méandres.  Supprimer  ces  méandres  équivaut 
à  diminuer  la  longueur  et  par  suite  à  augmenter  la  pente. 


S02 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[198] 


donc  l’écoulement.  Il  y  a  deux  moyens  d’y  parvenir  :  couper 
les  boucles  des  méandres  suivant  leur  corde,  ou  mieux,  si  les 
sinuosités  sont  très  nombreuses,  faire  sur  le  côté  un  drain  recti¬ 
ligne  qui  sera  le  nouveau  lit,  en  comblant  l'ancien  lit  par 
l'abrasement  de  ses  bords  et  ,  l'utilisation  des  déblais  du  drai¬ 
nage  (fjg.  3).  Exemples  :  Un  «  drain  en  corde  »  de  6  mètres  de 


Fig.  5.  —  Drainage  «  en  corde  »  de  boucles  d’un  petit  cours  d'eau 
marécageux  (travaux  du  Rudnick).  Comblement  de  l’ancien  lit. 


long  a  permis  de  réduire  de  94  mètres  le  cours  du  ruisseau  et 
d’obtenir  un  écoulement  rapide;  le  ruisseau  du  Rudnick,  large 
de  2  à  4  mètres,  traité  de  celle  manière  en  amont  du  moulin  de 
Sorovitch  sur  2.200  mètres,  a  été  remplacé  par  un  canal  en 
droite  ligne  de  l.SOO  mètres  de  longueur,  2  mètres  de  largeur 
et  1  m.  20  de  profondeur,  et  l’ancien  lit  très  marécageux  a  été 
comblé.  L’eau  qui  s’écoulait  insensiblement  ruisselle  désormais 
dans  ce  nouveau  lit. 


S04  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  -  [200] 

Puisards  absorbants.  ' —  Certaines  eaux  slagnantes  ne 
peuvent  être  drainées,  soit  par  défaut  de  pente,  soit  parce 
que  leur  petite  quantitô  ne  saurait  justifier  l’installation  d’un 
drain  trop  long;  d’autre  part,  leur  renouvellement  fréquent  ne 
permet  pas  le  comblement.  Dans  ce  cas,  un  puisard  bien  installé 
résout  la  difficulté.  Certes  !  le  puisard  est  à  condamner  dans 
la  plupart  des  cas  chez  nous,  mais  en  Macédoine  où  la  souillure 
est  partout,  ilpeut  rendre  des  services;  il  est  comme  une  étape 
de  l’hygiène.  Ce  moyen  nous  a  été  précieux  à  Sorovitch,  où 
chaque  maison  a  un  trou  d’eau,  puits  rudimentaire  servant 
aux  besoins  ménagers  çauf  à  l’alimentation,  et  autour  duquel 
on  trouve  constamment  de  petites  mares  très  propices  à  la 
pullulation  des  larves.  On  ne  pouvait  songer  ni  à  le  supprimer, 
ni  à  l’améliorer,  ni  à  en  réglementer  l’usage.  A  au  moins 
10  mètres  de  chacun  de  ces  puits  nous  avons  fait  installer  un 
«  puisard  absorbant  »  qui  leur  a  été  relié  par  un  caniveau.en 
pierres  sèches  :  il  constitue  un  drain  en  profondeur,  faisant 
éponge,  de  3  mètres  carrés  de  surface  et  1  m.  20  de  hauteur  rempli 
de  pierres,  de  briques  et  de  matériaux  absorbants.  Du  13  mai 
au  13  juillet, -99  «  puisards  absorbants  »  ont  été  installés  dans 
cette  localité  et  ont  complètement  asséché  le  voisinage  des 
puits. 

Il  nous  semble  que  les  «  drains  en  corde  »  et  les  k  puisards 
absorbants  »  qui  sont  des  drains  en  profondeur,  peuvent  trouver 
leur  place  dans  la  lutte  antipaludique. 

,  Essai  d’assainissement  global  de  la  région  d'Eksissu. 

Le  marais  du  Rndnick  ayant  démontré  sa  malfaisance  par 
les  chiffres  élevés  des  indices  paludiques  des  villages  qui  le 
circonscrivent  à  une  grande  distance,  par  quel  moyen  pou¬ 
vions-nous  essayer  d’attèindre  cette  redoutable  cause  de 
malaria  ?  ’ 

On  avait  espéré  tout  d’abord  trouver  la  solution  de  l’assèche¬ 
ment  dans  l’installation  d’un  canal  en  amont  du  pont  de  Sotir. 
Le  nivellement  fit  connaître  l’inexistence  d’une  pente  pratique¬ 
ment  utilisable  sur  les  bords  du  marais  :  il  n’y  avait  donc  rien 
à  faire  dans  cette  direction.  . 


[201]  PALDOISME  ET  DRAINAGE  505 

On  renversa  le  problème  :  le  marais  présentant  au  voisinage 
du  pont  une  nappe  profonde  de  2  m.  50,  formant  cuvette,  cette 
particularité  de  sa  surface  fil  songer  à  la  possibilité  de  le  vider 
par  un  canal  faisant  drain,  situé  en  aval  du  pont,  l’étude  qui 
en  avait  été  faite  ayant  démontré  que  c’était  là  une  profondeur 
maxima. 

Celte  idée  fut  confirmée  par  le  nivellement  qui  rendit  compte 


IFig.  8.  —  Travaux  de  fa'ucardement  dans  le  petit  marais  du  Solir, 
précédant. le  creusement  du  canal. 

d’une  différence  de  niveau  de  5  mètres  sur  2  kilomètres.  C’était 
la  seule  voie  possible  pour  l’assèchement. 

On  émit  l’hypothèso  suivante  :  en  abaissant  le  seuil  de  son 
déversoir,  il  est  possible  d'assécher  les  marais  du  ftudnicic. 

Abaisser  le  seuil,  cela  signifiait  :  créer  une  voie  nouvelle 
d’écoulement  telle  que  le  fond  de  ce  nouveau  lit  fût  si  tué  à  2  m.  50 
au-dessous  du  lit  du  ruisseau  à  son  départ  du  marais.  11  fallait 
donc  pour  atteindre  ce  but  :  rectifier  le  cours  du  ruisseau  et 
l’abaisser  de  telle  manière  que,  tout  en  lui  ménageant  un  excel¬ 
lent  écoulement,  on  réalisàljune  économie  de  pentede  2m.  50 à 
reporter  au  niveau  du  pont  pour  déniveler  d’autant  le  seuil  du 


506  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  |202] 

déversoir,  abaissement  correspondant  à  la  profondeur  maxima 
du  marais. 

Étant  donnée  la  pente  de  S  mètres  sur  2  kilomètres,  la  néces¬ 
sité  pour  un  bon  écoulement  d’une  pente  au  mètre  de 
et  le  but  poursuivi,  abaisser  le  seuil  de  2  m.'SO,  un  calcul  très 
simple  faisait  connaître  que  le  canal  à  creuser  devait  avoir 
au  moins  1.700  mètres  de  long. 


Fig.  9.  —  Queue  dii  .marais  de  Rudnick.  Le  vieux  port  turc.  Abaissement 
du  seuil  des  marais  Rudnick  au  pont  de,  Sotir. 


Il  devait  présenter  d’autre  part  une  largeur  minima  de 
2  mètres  (celle  du  ruisseau)  dans  son  fohd.  ' 


Difficultés  et  importance  du  travail.  —  Ce  travail  présentait 
un  certain  nombre  de  difficultés  inhérentes  aux  lieux  :  présence 
au  seuil  d’un  vieux  pont  turc  en  maçonnerie,  à  démolir  ;  assè¬ 
chement  et  traversée  d’un  petit  marais  de  4  hectares  consti¬ 
tuant  la  retenue  d’eau  d’un  moulin  dont  il  fallait  aussi  respecter 
les  droits  ;  conditions  de  travail  précaires  dans  un  thalweg  où 
la  nappe  d’eau  est  superficielle. 


Sp8  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  1204] 

Il  s’agissait  enfin  d’un  gros  œuvre  représentant  au  moins 
20.000  mètres  cubes  de  terrassement  en  regard  duquel  nous  ne 
disposions  que  de  3a  infirmiers.  On  nous  avait  averti  qu’il  ne 
fallait  compter  ni  sur  de  la  main-d’œuvre  militaire,  ni  sur  des 
prisonniers,  ni  sur  lés  musulmans  mobilisés. 

Ce  travail  intéressant  la  région  et  étant  susceptible  de  rendre 
à  ragricèllnre  des  terres  riches  et  considérables,  nous  eûmes 
l'idée)  d’en  soumettre  le  projet  à  M.  Illiakis,  gouverneur  de 


Fio.  12.  —  Abaissement  du  seuil  des  marais  de  Rudnick  et  canal  au 
pont  de  Sotir. 

Macédoine  occidentale,  qui  Tapprouva  entièrement  et  nous 
promit  la  main-d'œuvre  nécessaire  à  son  exécution. 

M.  le  médecin  principal  Visbecq,  chef  de  la  mission  antipa¬ 
ludique,  que  la  question  intéressait  particulièrement,  assura  la 
réussite  de  cette  entreprise  en  obtenant  de  la  direction  du 
Service  de  Santé  300  rations  quotidiennes  de  pain  pour  les  tra¬ 
vailleurs  indigènes.  Nous  ne  saurions  oublier  non  plus  que  les 
divers  services  desEtapes  nous  furent  très  souvent  serviables, 
en  particulier  la  chefferie  du  génie  d’Eksissu. 

Les  travaux,  commencés  dans  la  deuxième  quinzaine  dejuil- 
let,,  furent  terminés  en  fin  octobre. 


[205J 


PALUDISME  ET  DRAINAGE 


309 


Ils  ont  consisté  : 

1“  A  faucarder  le  ruisseau  du  Rudnick  sur  2  kilomètres: 

2°  A  abaisser  le  fond  du  bief  du  moulin  de  Sotir  de  Om.  60 
pour  permettre  une  prise  directe  dans  le  ruisseau  et  ainsi 
rendre  inutile  sa  retenue  d’eau,  tout  en  conservant  au  pays  cet 
établissement'; 

3°  A  supprimer  par  assèchement,  faucardement  et  drainage 


Fig.  13.  —  Canal  d’assèchement  de  Rudnick. 

un  petit  marais  de  -4  hectares  créé  par  la  retenue  d’eau  du 
moulin  ; 

4®  A  démolir  le  vieux  pont  turc  ; 

O®  A  creuser  un  canal  de  i .700  mètres  de  long,  2  mètres  de 
large  au  fond,  3  à  4  en  surface,  et  de  1  m.  50  à  4  mètres  de 
profondeur-,  ^ 

6®  A  combler  avec  les  déblais  de  ces  travaux  les  méandres 
marécageux  de  l’ancien  lit. 

L’ensemble  de  ce  travail  représente  20.000  journées  en  deux 
mois,  soit  la  présence  quotidienne  de  plus  de  300  indigènes» 


310  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [206] 

Les  résultats  immédiats  de  ces  eftdrts  d’assainissement 
régional  sont*  : 

A.  —  Le  maintien  du  grand  marais  Rvdnick  à  son  niveau 
d'éliage,  c'est-à-dire  ttti  gain  immédiat  sur  le  marais  de 
i .000  hectares. 

B.  —  La  suppression  d’un  petit  marais  d'une  étendue  de 


Fig.  14.  —  La  traversée  du  petit  marais  de  Sotir 
par  le  canal  d’assèchement. 

4  hectares  avec  projet  d'utilisation  de'ces  terres  pour  l’aména¬ 
gement  de  jardins  potagers  par  le  service  des  étapes. 

G.  —  Le  comblement  d'un  ruisseau  marécageux  de  5  kilo¬ 
mètres  de  long. 

D-  —  Son  remplacement  par  un  canal  au  cours  rapide  sup¬ 
primant  une  cause  importante  de  paludisme  comprise  entre  les 
voies  de  communication  les  plus  fréquentées  par  nos  troupes  et 
deux  centres  d'étapes. 


La  création  d’un  chenal  dans  le  grand  marais  sera  l’œuvre 
de  cette  année.  11  permettra  d’en  compléter  l’asséchemenl, 


[207]  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  -ill 

d’assainir  en  bloc  toute  une  région  peuplée  de  plus  de 
100.000  habitants,  et  de  donner  à  l’agriculture  des  territoires 
considérables  et  d’une  grande  fertilité,  car  ils  sont  formés  d’une 
couche  d’humus  de  plusieurs  mètres. 


PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  YÉNÉRIENNES 

AUX  ARMÉES 

ORGANISATION  ET  FONCTIONNEMENT  DE  CONFÉRENCES 
AVEC  PROJECTIONS  LUMINEUSES, 

par  HENRI  RAJAT, 

Docteur  ès  sciences. 

Directeur  du  Bureau  d’Hygiène  de  Vichy, 

Médecin  aide-major  de  classe, 

-Médecin  traitant  du  Centre  de  dermato-vénéréologie  de  la  Armée. 

La  guerre  a  amené  une  recrudescence  des  maladies  véné¬ 
riennes,  et,  plus  est  longue  sa  durée,  davantage  l’étendue  des 
ravages  de  ces  affections  se  fait  sentir. 

«  De  son  étendue,  comme  l’écrivait  M.  le  D''  Faivre,  nous  ne 
saurions  rien  dire  de  précis,  mais  ce  que  nous  constatons,  c’est 
que  les  militaires  hospitalisés  aux  armées  pour  syphilis  sont 
pour  la  plupart  des  agriculteurs,  des  ouvriers  contractant, 
rarement  il  est  vrai,  leur  affection  dans  la  zone  des  armées, 
mais  dans  la  majorité  des  cas  la  rapportant  de  leurs  per¬ 
missions...  » 

Habituellement,  dans  nos  divers  services,  tant  dans  le  civil 
que  comme  médecin  militaire,  nous  avons  constaté  que  ces 
malades  atteints  de  syphilis  ignorent  tout  ou  presque  tout  de 
cette  maladie,  la  maladie  en  elle-même  et  surtout  ses  consé¬ 
quences.  Nous  sommes,  pour  ainsi  dire,  forcés  de  faire  leur 
éducation. 

Nous  avons  pensé,  et  en  cela  nous  avons  eu  de  précieux 
conseillers  en  MM.  les  D"  Doisy,  député,  et  Faivre,  que,  pour 


312  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [208] 

remédier  à  ce  péril,  péril  grave,  non  seulement  pour  l’armée  où 
il  Immobilise  pour  un,  certain  nombre  de  jours  des  hommes, 
mais  pour  la  famille  et  la  race,  il  serait  utile  de  faire  l’édu¬ 
cation  du  soldat  par  l’organisation  de  conférences  illustrées  de, 
projections  lumineuses. 

Il  nous  a  été  donné  d’organiser  de  ces  conférences  dans  un 
certain  nombre  de  cantonnements  de  la  ...”  armée,  après  auto- 
•  risation  de  M.  le  médecin  inspecteur  chef  supérieur  du  Service 
de  Santé  et  entente  avec  les  chefs  des  unités  intéressées.  De 
semblables  conférences  appuyées  de  projections  cinémato¬ 
graphiques  sont  faites  à  l’intérieur  par  les  médecinsrchefs  des 
centres  vénéréologiques,  en  particulier  par  le  D”  Pautrier,  à 
Bourges;  mais  aux  armées  il  fallait  trouver  un  appareillage 
simple,  pratique,  transportable  partout  et  demandant  le  moins  ■ 
de  temps  possible  pour  le  montage  et  le  démontage  et  pouvant 
être  fait  n’importe  où  (baraque  Adrian,  remise,  grange). 

Nous  utilisons  pour  cela  :  la  lanterne  magique  d’une  école 
communale  et  des  vues  du  Musée  pédagogique  qu’a  bien  voulu 
nous  confier  le  docteur  Galtier-Boissièpe  ;  un  drap  de  lithous 
sert  d’écran.  Avec  cet  appareillage  nous  avons  pu  opérer  dans 
n’importe  quel  immeuble;  nous  avons  même  fait  des  confé¬ 
rences  dans  des  granges  à  fourrages  comme  à  D... 

Mes  conférences,  illustrées  de  vues,  portent  sur  trois  points  : 
l’alcoolisme,  la  tuberculose  et  les  maladies  vénériennes. 

Nous  débutons  par  l’alcool,  montrant  les  méfaits  de  l’alcoo¬ 
lisme  sur  les  divers  organes  du  corps  humain,  sur  l’individu 
lui-même,  sur  la  famille,  sur  la  descendance. 

Du  cabaret  naît  la  tuberculose  (esquisse  rapide  de  cette  affec¬ 
tion),  puis  de  l'alcool  comme  conséquence. 

Les  maladies  vénériennes,  que  nous  divisons  en  trois  caté¬ 
gories  : 

1°  La  blennorragie  :  La  maladie  ;  , 

les  complications  pour  soi-même  ;  cystite,  néphrite,  pros¬ 
tate,  conjonctivite,  rhumatisme,  urétrites,  etc. 

Les  conséquences  pour  la  famille  : 

a)  sur  la  femme  :  métrite,  salpingite,  stérilité; 

b)  les  enfants  :  conjonc  tivite. 

2“  Le  chancre  mou  :  Le  chancre  lui-même,  le  bubon. 


[209]  PRUPUYLVXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  313 

3“  La  syphilis  : 

a)  la  maladie  :  périodes  primaire,  secondaire,  tertiaire  ; 

b)  les  conséquences  : 

a)  pour  soi-même  :  gommes,  tabes,  paralysie  géné¬ 
rale,  folie,  mort  subite; 

(5)  pour  la  famille  :  la  femme,  fausses  couches  ;  les 
enfants,  hérédo-s}'pbilitiquès,  mort-nés. 

y)  pour, la  société  :  diminution  des  naissances,  appau¬ 
vrissement  de  la  race. 

Enfin,  nous  terminons  nos  conférences  en  appelant  l’attention 
des  hommes  sur  la  continence  qui  est  une  preuve  de  volonté  et 
qui  est  à  tous  les  égards  hautement  louable. 

Nous  donnons  ensuite  des  conseils  pratiques  et  des  moyens 
palliatifs  à  ceux  qui  s’exposent  à  la  conlagion. 

En  dernier  lieu,  nous  faisons  comprendre  aux  hommes  qu’ils 
doivent  faire  voir  à  leur  médecin  le  moindre  accident  suspect, 
de  manière  à  être  soigné  immédiatement. 

Âu  cours  des  conférences  que  nous  avons  faites  aux  diverses 
unités  cantonnées  à  D...,  V...,  G...,  B  ..,  etc.,  nous  avons 
constaté  que  les  hommes  nous  écoutaient,  que  le  sujet  les  inté¬ 
ressait  et  que  généralement  nombreux  étaient  ceux  qui 
venaient,  la  conférence  terminée,  nous  demander  des  conseils. 

Nous  estimons  que  ces  conférences,  en  inslruisant  les 
hommes,  contribueront  efficacement  à  la  prophylaxie  des 
maladies  vénériennes. 


La  séance  est  levée  à  dix-huit  heures  quarante  minutes'. 


REV.  d’uyg. 


XL  —  33 


514 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[2101 


SÉANCE  DU  26  JUIN  1918. 


Présidence  de  M.  Jules  Renault,  président. 


La  séance  est  ouverte  à  17  h.  15. 


M.  LE  Président.  —  En  dehors  des  questions  inscrites  à  l’ordre  du 
jour,  M.  le  Léon  Azoülay  nous  communiquera  un  travail  qui  a 
trait  à  la  prophylaxie  des  maladies  vénériennes  ;  nous  avons  pensé 
qu’il  serait  intéressant,  à  la  suite  du  rapport  de  notre  collègue, 
-M.  le’D''  Faivre,  d’en  donner  lecture  à  la  Société;  en  effet,  étant 
données  les  circonstances,  nous  avons  décidé  de  ne  pas  faire  de 
séance  en  juillet  :  h  plupart  d’entre  nous  seront  absents. 


M.  LE  Secrétaire  général.  —  M.  Fof.d,  chef  du  service  de  la 
Propagande  de  reconstitution  des  régions  libérées,  à  la  Croix-rouge 
américaine,  vient  d’avoir  avec  nous  une  entrevue.  Il  demande  à  la 
Société  de  médecine  publique  son  appui  pour  cette  œuvre  de  propa¬ 
gande. 

D’accord  avec  le  Conseil  d’administration,  nous  avons  décidé 
d’offrir  à  la  Croix-rouge  américaine  toute  notre  collaboration.  Nous 
préciserons  au  plus  tôt,  par  un  rapport  résumé,  les  points  parti¬ 
culiers  sur  lesquels  nous  pourrons  faire  élude  et  œuvre  communes. 


M.  LE  Président  prie  le  Secrétaire  général  de  donner  lecture  de  la 
communication  dç^  M.  Marié-Davï  qui,  absent  de  Paris,  s’est  excusé 
de  ne  pouvoir  assister  à  la  séance. 


[211]  LA  VIDANGE  RÉGULIÈBE  DES  FOSSES  D'AISANCES 


515 


COMMUNICATION 

DE  LA  NÉCESSITÉ  D’ASSURER 

LA  - 

VIDANGE  RÉGULIÈRE  DES  FOSSES  D’AISANCES 

par  M.  MARIÉ-DAVY. 

De  longues  années  ont  passé  depuis  les  discussions  passion¬ 
nées  qui  se  sont  déroulées  dans  cette  salle  au  temps  de 
Brouardel,  de  Napias,  de  Durand-Claye  et  de  Marié-Davy  à 
propos  du'^çc  tout-à-l’égout  ». 

La  [conception  du  tout-à-l’égout  éloignant  rapidement  du 
domicile^jet  de  la  ville  même  toutes  les  matières  usées,  tous 
les  déchets  de  la  vie,  est  sortie  victorieuse  de  ces  luttes  paci- 
fiqties’auxquelles  prirent  part  toutes  lessommitésde  l’hygiène. 
On  put  un  moment,  espérer,  que,  rapidement,  arriverait  la 
suppression  de  ces  foyers  d’infection,  de  ces  cloaques  malodo¬ 
rants  que  sont  les  fosses  d’aisances. 

On  avait  compté  sans  la  routine,  sans  les  préventions,  sans 
la  mauvaise  volonté  des  propriétaires  qui  se  sont  considérés 
comme  lésés  parla  réforme,  se  sont  dressés  contré  elle,  ont 
profité  des  fissures  que  présentait  le  texte  de  la  loi  pour  entraver 
son  application. 

Combattue  sur  tous  les  terrains  juridiques,  la  réforme  n’a  pu 
avoir  son  plein  etfet,  loin  de  là,  et  à  l’époque  actuelle  encore  il 
existe  à  Paris  un  nombre  considérable  de  fosses  d’aisances. 

En  temps  de  paix,  lorsque  les  compagnies  de  vidanges 
remplissent  régulièrement  leur  office,  les  inconvénients  des 
fosses,  trop  réels  encore,  peuvent  passer  inaperçus,  réduits  au 
minimum.  ' 

En  temps  de  guerre  il  n’en  va  plus  de  même,  et  l’infection, 
souvent  après  avoir  envahi  la  maison,  gagne  la  rue. 


516  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [212] 

Actuellement  la  situation  va  en  s'aggravant,  et  si  l’on  n’y 
prenait  garde,  de  véritab^es  foyers  d’infection  pourraient  à  un 
moment  donné  prendre  naissance  ^dans  Paris  ou  la  banlieue. 

Les  causes  sont  les  mêmes  qui  sont  venues  entraver  tous  les' 
services  publics. 

La  cavalerie  des  compagnies  de  vidange,  réduite  par  lés 
réquisitions,  diminuée  encore  par  l’usure  normale  de  quatre 
années,  ne  peut  être  reconstituée.  La  nourriture  insuffisante 
en  quantité,  mauvaise  comme  qualité,  ne  peut  suffire  à  main¬ 
tenir  les  forces  des  chevaux  restant,  dont  le  nombre  restreint 
engendre  un  surmenage  intensif. 

Le  personnel  de  son  côté,  en  partie  mobilisé,  se  recrute 
avec  peine  et  n’a  pas  l’appoint  de  la  main-d’œuvre  féminine. 

Dans  ces  conditions,  même  en  admettant  leur  bonne  volonté 
absolue,  les  compagnies  sont  dans  l’impossibilité  d’assurer  un 
service  normal  et  de  répondre  à  toutes  les  demandes. 

11  en  résulte  des  retards  souvent  très  longs  dans  la  vidange 
des  fosses  qui  débordent  et  épandentleur  trop-plein  au  dehors. 
J’ai  pu  voir  personnellement,  au  cours  d’une  enquête  comme 
membre  de  la  Commission  d’hygiène,  un  immeuble  de  mon 
arrondissement  oü,  après  un  mois,  la  vidange  d'une  fosse 
était  encore  attendue.  Le  sol  des  cabinets  du  rez-de-chaussée 
était  recouvert  d’une  couche  de  matières  qui  cachaient  com¬ 
plètement  le  siège  à  la  turque  et  par  la  porte  un  large  ruisselle¬ 
ment  de  liquide  malodorant  gagnait  la  cour,  puis  le  couloir  de 
l’imineuble,  enfin  le  trottoir  et  le  ruisseau  de  la  rue.  Naturelle¬ 
ment  dans  tout  cela  les  larves  des  mouches  grouillaient  et  les 
bestioles  ailées  allaient  au  loin  porte^  la  pestilence  et  peut-être 
la  contagion. 

11  a  d’ailleurs  été  affirmé  à  la  Commission  d’hygiène  que  ce 
fait  était  loin  d'être  isolé. 

D’autre  part,  certains  propriétaires,  non  payés  de  leurs  loca¬ 
taires  refusent  systématiquement  de  réclamer  les  services  des 
compagnies  des' vidanges,,  préférant  laisser  déborder  leurs 
fosses  avec  le  secret  espoir  que  leurs  locataires  incommodés 
fuiront  la  maison  ainsi  empoisonnée. 

Enfin,  les  employés  chargés  des  vidanges,  insuffisants 
comme  nombre  et  ne  pouvant  le  plus  souvent  obtenir  de  leurs 
chevaux  le  travail  réclamé,  s’ingénient  à  alléger  leur  tâche  en 


[213]  LA  VIDANGE  RÉGULIÈRE  DES  FOSSES  D'AISANCES  517 

répandant  clandestinement  en  chemin  le  contenu  de  leurs  ton¬ 
neaux  au  lieu  de  le  transporter  jusqu’à  la  voirie. 

Ces  déversements  se  font  dans  les  égouts  par  les  bouches  des 
ruisseaux,  en  Sejne,  ou,  tout  simplement,  en  banlieue,  dans  les 
terrains  vagues. 

Il  n’est  pas  nécessaire  d’insister  sur  les  dangers  de  pareils 
, retards  dans  les  vidanges  ou  de  pratiques  aussi  répréhensibles. 
11  est  seulement  étonnant  que  des  foyers  épidémiques  ne  se 
soient  pas  produits,  mais  il  peut  certainement  à  chaque  ins¬ 
tant  s’en  produire. 

L’administration  municipale  fait  les  plus  louables  efforts 
pour  remédier  à  la  situation,  mais  elle  ëst  désarmée  en  pré¬ 
sence  de  concessionnaires  qui  font  valoir  l’imoossibilité  maté¬ 
rielle  née  des  circonstances. 

Elle  ne  peut  d’ailleurs  agir  que  quand  elle  est  saisie  d’une 
plainte,  soit  du  propriétaire,  soit  du  locataire.  Dans  le  premier 
cas  elle  envoie  une  injonction  à  la  compagnie  et  la  fosse 
signalée  obtient  un  rang  de  faveur,  naturellement  aux  dépens 
d’une  autre  fosse  dont  la  vidange  sera  retardée  d’autant.  Dans 
le  second  cas  des  formalités  sont  nécessaires  vis-à-vis  du  pro¬ 
priétaire  et  retardent  encore  l’intervention. 

En  ce  qui  touche  les  déversements  clandestins,  la  police  sévit 
quand  elle  les  découvre,  mais  actuellement  l’obscurité  des 
rues  favorise  singulièrement  les  délinquants  et,  en  banlieue  ils 
ont  toute  latitude  pour  opérer  en  paix. 

Il  y  a  là,  en  somme,  une  situation  exceptionaelle  à  laquelle 
il  est  nécessaire  d’appliquer  des  mesures  exceptionnelles. 

A  un  danger  causé  par  la  guerre  il  convient  d’opposer  des 
mesures  de  guerre. 

La  santé  de  la  population  qui  ne  peut  manquer  de  réagir 
sur  la  santé  de  l’armée  du  camp  retranché  doit  être  défendue, 
et  puisque  l’état  de  guerre  rend  impossible  à  l’Administration' 
civile  de  faire  le  nécessaire,  il  semble  indiqué  que  l’Adminis¬ 
tration  militaire  lui  vienne  en  aide. 

Cela  a  été  fait  pour  les  ordures  ménagères.  Cela  doit  l’être  à 
tout  aussi  juste  titre  pour  les  vidanges. 

Des  mesures  auraient  déjà  été  prises  certainement  si  l’opi¬ 
nion  publique,  surtout  si  la  presse  s’en  était  émue  et  si  les 
choses 'avaient  été  mises  en  lumière;  mais  tandis  que  la  sta- 


518  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [214] 

gnation  des  ordures  ménagères  sur  la  voie  publique  était  un 
fait  palpable,  visible  de  tous,  gênant  tout  le  monde,  la  non- 
vidange  des  fosses  ne  lèse  en  apparence  que  les  habitants  de 
l’immeuble  et  reste  inaperçue  du  passant. 

C’est  pourquoi  j’ai  pensé  qu’il  serait  utile  d’en  parler  à  la 
Société,  afin  que  les  échos  en  parviennent  aux  oreilles  de  ceux 
qui  peuvent  porter  préventivement  remède  à  un  danger  qui 
n’est  pas  illusoire. 

M.  LF.  Secrétaire  général'  communique  une  lettre  de  M.  le 
Df  Vivien,  directeur  du  Bureau  d’Hygiène  de  Vienne  (Isère)  ;  le 
rapport  de  M.  MariÉtDavy  est  d’autant  plus  intéressant  en  ce 
moment  que  dans  beaucoup  de  villes  de  province,  dont  la  population 
a  parfois  doublé  depuis  la  guerre,  la  vidange  n’est  plus  assurée 
d’une  façon  régulière. 

Il  y  a  là,  ainsi  que  le  confirme  M.  le  D''  Vivien,  une  situation 
pleine  de  danger,  surtout  dans  les  centres  ouvriers  :  c’est  le  cas 
précisément  de  la  ville  de  Vienne.  \ 


L’ordre  du  jour  appelle  la  communication  de  M.  le  D’’  Renault. 


UTILITÉ  ^ 

D’UNE  BONNE  VENTILATION  PERMANENTE 
[DANS  UN  SERVICE  DE  CONTAGIEUX 
par  M.  JULES  RENAULT. 

Depuis  fort  longtemps  les  hygiénistes  se  préoccupent  d’as¬ 
surer  aux  malades  la  quantité  d’air  pur,  qui  leur  est  nécessaire. 
Le  «  cube  d’air  »  utile  à  chaque  malade  est  prévu,  lors  de  la 
construction  d’un  hôpital,  par  l’établissement  d’un  nombre  de 
lits  en  rapport  avec  les  dimensions  de  la  salle  ;  malheureuse¬ 
ment  l’installation  obligatoire  des  brancards  ou  lits  supplé¬ 
mentaires  ne  tarde  pas  à  fausser  toutes  les  prévisions.  Cette 


[215]  UTILITÉ  D’UNE  BONNE  VENTILATION  PERMANENTE  519 


dérogation,  presque  constànte,  à  la  règle  du  cube  d’air  mini¬ 
mum,  n’en  i^end  que  plus  nécessaire  le  renouvellement  de  l’air, 
toujours  indispensable,  si  l’on  veut  éviter  aux  malades  les 
inconvénients  d’une  atmosphère  confinée. 


C,  coffre  de  prise  d’air  dans  la  cour;  p,  .conduit;  D,  boite  de  réparti¬ 
tion  avec  filtre  F;  R,  radiateur;  A,  arrivée  d’air  derrière  le  radiateur 
avec  Persienne  7\ 


Lorsque  je  pris  possession  du  service  d’enfants  à  Saint-Louis, 
ayant  trouvé  mauvaise  l’aération  d’un  pavillon  de  contagieux, 
divisé  en  chambres  de  dimensions  différentes,  j’ai,  sans  succès, 
essayé  de  la  modifier  par  l’installation  de  vitres  perforées,  puis 


520  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [216] 

(le  Persiennes  en  verre.  Convaincu,  à  l’usage,  de  l’insuffisance 
de  ces  procédés  et  redoutant  les  inconvénients  pour  les  enfants 
d’une  ventilation  intermittente  par  l’ouverture  des  fenêtres, 
qui  produit  des  changements  brusques  de  température,  j’ai 
cherché  à  procurer  à  mes  malades  une  «  ventilation  perma¬ 
nente  ».  Grâce  à  la  bienveillance  de  M.  Mesureur,  directeur 
de  l’Assistance  publique,  l’ingénieur  de  l’Administration, 
M.  Desbrochers  des  Loges,  à  qui  j’exposai  mes  desiderata,  put 
installer  un  système  très  simple  de  «  ventilation  permanente 
sans  propulsion  »,  qui  me  donna  toute  satisfaction. 

A  A  A 


M,  M,  conduit  d’air  en  tôle  galvanisée;  A,  arrivée  d’air  derrière  les 
radiateurs  N,  N,  montée  d’air  . en  tôle  galvanisée. 

L’air  pur  est  amené  dans  les  chambres  par  deux  appareils 
établis  l’un  à  droite,  l’autre  à  gauche  du  pavillon.  Pris  dans  la 
cour  un  peu  au-dessus  du  sol,  au  moyen  d’un  coffre  en  maçon¬ 
nerie  C,  l’air  est  amené  au  sous-sol  par  un  conduit  jo  dans  un 
volumineux  cai.sson.D  où,  en  arrivant,  il  traverse  un  filtre  F, 
constitué  par  un  cadre  amovible  contenant  un  lit  d’ouate, 
épais,  mais  non  tassé,  emprisonné  entre  deux  grillages  (le 
changement  du  colon  se  fait  aisément  pn  soulevant  verticale¬ 
ment  le  filtre  F);  on  le  renouvelle  au  commencement  et  au 
milieu  del’hiver.  Du  caisson  D  partent  latéralement  deux  gros 
tuyaux  M.M.  en  tôle  galvanisée,  sur  la  partie  supérieure 
desquels  sont  branchés  les  tuyaux  d’échappement  N.  N.  qui 
viennent  déboucher  dans  les  chambres  par  des  bouches  d’aéra- 


[217]  UTILITÉ  D’UNE  BONNE  VENTILATION  PERMANENTE  521 

tion  A.  A.  situées  derrière  les  radiateurs  R,  à  raison  d’une  par 
radiateur,  et  munies  d’une  persienne  p  à  glissière,  que  l’on 
peut  ouvrir  plus  ou  moins. 

,  L’air  vicié  est  évacué  au  dehors  au  moyen  de  persiennes  en 
verre,  à  lames  horizontales,  installées  en  haut  des  fenêtres  à  la 
place  des  impostes. 

Les  dimensions  des  différentes  parties  de  ces  ventilateurs 
ont  été  calculées  de  telle  façon  que  l’air  soit  constamment 
renouvelé  dans  les  chambres  à  raison  d'une  fois  et  demie  par 
heure  ;  un  renouvellement  moindre  n’aurait  pas  été  suffisant, 
un  renouvellement  plus  rapide  aurait  exposé  les  petits  malades 
à  re.ssentir,  à'  certains  moments,  l’impression  désagréable  de 
courants  d’air.  .  " 

Les  résultats  ont  pleinement  justifié  les  prévisions.  Quand, 
arrivant  du  dehors,  on  pénètre  dans  les  chambres,  on  n’a  pas 
cette  sensation  d’air  chaud  et  lourd,  que  l’on  éprouve  si  sou¬ 
vent  dans  les  salles  d’hôpital  ;  on  a  l’impression  de  respirer  un 
air  pur,  qui  donne  aux  poumons  la  sensation  de  la  fraîcheur, 
à  tel  point  que  les  visiteurs  sont  surpris  de  cette  sensation 
inaccoutumée  dans  les  chambres  de  malades  et  constatent 
avec  étonnement,  en  hiver,  que  le  thermomètre  de  la  salle 
marque  20°. 

Mais  le  bien-être  est  le  moindre  avantage  apporté  par  la 
ventilation  permanente.  La  santé  des  infirmières  est  grande¬ 
ment  améliorée  ;  l’une  d’elles,  qui  vivait  constamment  dans 
une  chambre  occupée  par  dix  rougeoleux,  souffrait  de  maux 
de  tête  persistants,  qui  disparurent  quelques  semaines  après 
l’installation  de  la  ventilation  ;  ils  étaient  dus  à  l’intoxication 
produite  par  l’air  vicié,  chargé  d’acide  carbonique  et  des  toxines 
de  la  respiration. 

Si  les  sujets  sains  sont  si  sensibles  à  l’intoxication  produite 
par  l’air  vicié,  il  est  logique  de  penser  que  les  malades  doivent 
l’être  encore  davantage  ;  que  beaucoup  de  leurs  malaises  et  de 
leurs  troubles  peuvent  être  mis  sur  le  compte  de  cette  intoxica¬ 
tion  ;  que  de  ce  fait  leur  résistance  à  la  maladie  doit  être  dimi¬ 
nuée  et  leur  sensibilité  aux  complications  augmentée. 

Cette  hypothèse  est  confirmée  par  la  comparaison  des  statis¬ 
tiques  de  mortalité  pour  les  trois  années  qui  ont  précédé  Tins- 


522  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [218] 

lallation  de  la  ventilation  permanente  et  pour  les  trois  années 
suivantes  : 


UALADIBS 

ANNÉES 

ENTRÉES 

mortalité 

1“  Scarlatine. 

Avant  la  ventilation  . . . 

1911 

53 

4 

7,5  p.  100 

1912 

66 

7,5  p.  100 

— 

1913 

64 

5 

7,8  p.  100 

Depuis  la  ventilation... 

1914 

40 

1 

2,5  p.  100 

1915 

68 

0 

0  p.  100 

■“ 

1916 

68 

2* 

2,8  p-  100 

2“  Rougeole. 

Avant  la  ventilation  . . . 

1911 

149 

22 

14,7  p.  100 

— 

1912 

164 

19 

11  p.  100 

— 

1913 

175 

19 

10,8  p.  100 

Après  la  ventilation  . . . 

1914 

122 

6 

4,9  p.  100 

— 

1915 

176 

14 

8  p.  100 

1916 

105 

5,7  p,  100 

Pour  les  deux  maladies,  lamortalité  est  descendue  de  moitié. 

L’établissement  des  box  à  la  fin  de  1911  avait  diminué  la 
mortalité  par  rougeole,  mais  à  partir  de  cette  date  les  condi¬ 
tions  d’isolement,  d’antisepsie  médicale,  de  traitement  sont 
restées  les  mêmes  ;  l’établissement  de  la  ventilation  constante 
a  été  la  seule  modification  importante  et  le  nombre  des  malades 
ayant  été  sensiblement  le  même  d’une  année  à  l’autre,  je  crois 
être  en  droit  d’attribuer  à  la  ventilation  l’amélioration  consi¬ 
dérable  de  lastatistiqué  des  trois  dernières  années. 

Parmi  les  conditions  hygiéniques  susceptibles  de  concourir 
au  bien-être  et  à  la  guérison  des  malades  de  nos  hôpitaux,  sur¬ 
tout  dans  les  salles  de  contagieux,  je  crois  donc  qu’il  faut 
placer  au  premier  rang  une  «  ventilation  permanente  »  suffi¬ 
sante  pour  maintenir  l’air,  constamment  frais  et  pur. 


[2l'9]  LA  PUOPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES 


LA  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES 
MOYENS  PRATIQUES 
par  H.  le  Dr  LÉON  AZOÜLAT. 


Grâce  aux  mémorables  expériences  de  MetchnikofiF  et  Roux, 
nous  possédons  depuis  1906  le  moyen  de  prévenir  l’éclosion 
de  la  syphilis  ;  en  y  joignant  un  traitement  préventif  et  facile 
de  la  blennorragie,  la  prophylaxie  vraie,  prémorbide,  des  trois 
maladies  vénériennes  se  trouve  assurée. 

Le  mode  d’application  de  cette  prophylaxie  doit  varier  bien 
évidemment  suivant  qu’il  s’agit  de  la  population  militaire, 
obéissante,  et  de  la  population  civile,  libre. 

Dans  la  population  militaire  cette  application  est  des  plus 
simples.  Il  suffit  d’obliger  le  soldat,  sous  peine  de  punition,  à 
se  faire  désinfecter  verge  et  urètre  par  un  major  ou  sous  sa 
surveillance,  au  plus  tôt  après  les  rapports  sexuels.  C’est  ce 
qu’ont  fait  les  Américains  avec  plein  succès,  depuis  1910  et 
pendant  cette  guerre.  Sous  peine  de  suspension  partielle  de 
solde  de  un  à  trois  mois,  ils  forcent  l’homme  de  troupe  à  se 
rendre,  au  plus  tard  trois  heures  après  les  rapports,  à  un  poste 
où  un  infirmier  lui  fait  une  instillation  de  protargol  dans 
l’urètre  et  lui  donne  de  la  pommade  au  calomel  pour  s’en  mas¬ 
ser  la  verge.  Ils  le  forcent  également,  sous  peine  de  châtiment, 
là  déclarer  aussitôt  toute  affection  vénérienne*. 

Rien  de  tout  cela  n’existe  encore  dans  notre  armée,  et  les 
maladies  vénériennes  y  font  rage. 

1.  Sous  aucun  préte.xte,  le  soldat  ne  peut  se  faire  cette  instillation  lui- 
mème  ou  s’éloigner  avant  d’avoir  fait  l’onction  au  calomel. 

On  donne  un  petit  tube  de  gélatine  (très  pratique)  renfermant  une  pom¬ 
made  composée  au  calomel  :  1"  aux  officiers  pour  s’oindre  le  pénis  avant 
et  immédiatement  après  les  rapports  ;  2»  aux  soldats,  trop  éloignés  des 
postes  pour  s’y  rendre  dans  les  trois  heures.  Les  uns  et  les  autres  doivent, 
néanmoins,  subir  dans  un  poste  le  traitement  préventif  réglementaire 
{Manual  of  Militari/  Urology,  published  for  the  American  expeditionary 
force  by  the  American  Red  Cross,  1918,  Masson,  éditeur). 

Sabooraud.  —  Prophylaxie  des  maladies  vénériennes  dans  l’armée. 
l’resse  médicale,  18  février  1918. 


524  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [220] 

La  population  civile,  même  celle  des  ouvriers  d’usines  dé¬ 
pendant  de  l’autorité  militaire,  ne  peut  être  soumise  à  cette 
coercition. 

Comment  donc  la  préserver? 

On  pourrait,  dans  les  grandes  villes,  créer  des  postes  discrets 
(hôpitaux,  dispensaires,  pharmaciens,  médecins,  postes  de 
secours,  postes  de  police,  etc.)  ouverts  de  jour  et  surtout  de 
nuit,  où,  au  plus  vite  après  les  rapports,  les  hommes  viendraient 
se  faire  désinfecter.  Des  raisons  d’ordre  administratif,  privé  e( 
budgétaire,  la  non-préparation  des  esprits  et  surtout  la  répu¬ 
gnance  de  l’homme  à  s’écarter  de  son  chemin  pour  se  rendre 
au  poste  de  préservation  semblent  s’y  opposer  pour  l’instant. 

Cependant,  qui  empêcherait  de  tenter,  k  l’exemple  de  ce  qui 
a  été  fait  pour  la  tuberculose  par  la  Croix-Rouge  américaine 
aux  Buttes-Chaumont,  qui  empêcherait,  dis-je,  de  tenter  un 
essai  prolongé  de  prophylaxie  anlivénérienne  de  jour  et  de  nuit, 
pour  la  population  civile  et  militaire,  dans  ce  même  quartier 
ou  dans  tel  autre*? 

Si  tous,  Gouvernement,  municipalité,  Croix-Rouge,  médecins, 
infirmiers,  etc.,  font  la  propagande  nécessaire  et  remplissent 
leur  rôle  avec  le  vif  désir  du  succès,  nul  doute  que,  dès  le 
début,  les  statistiques  ne  démontrent  l’impérieux  besoin 
d’étendre  à  toutes  les  grandes  villes  les  postes  de  pratique 
préventive*. 

Mais  dans  les  petites  villes  et  ailleurs  ces  mesures  ne  pour¬ 
raient  être  prises  ;  la  peur  d’indiscrétions,  la  honte,  les  dé¬ 
penses,  etc.,  les  feraient  échouer. 


1.  Le  Dr  Faivre,  inspecteur  général  au  ministère  de  l’Intérieur,  présent 
à  la  séance,  nous  a  appris  que  ce  ministère  envisageait  la  création  de 
postes,  dans  les  hôpitaux  de  Paris,  sur  le  modèle  de  ceux  de  Tarmée  amé¬ 
ricaine.  MM.  Brisac  et  Mesureur,  à  qui  j’ai  demandé  de  créer  un  poste 
d’apprentissage  conformément  à  ma  communication,  m’ont  confirmé  la 
chose.  Le  premier  poste  prophylactique  officiel  sera  établi  à  l’Hôtel-Dieu  ; 
un  poste  privé  de  désinfection  sexuelle  et  d’apprentissage  va  probablement 
fonctionner  dans  un  quartier  ouvrier  (4  août  1918). 

2.  Cependant,  nous  pensons,  comme, nous  l’avons  écrit  dans  une  lettre 

remise  à  M.  le  Ministre  de  l’Intérieur  le  19  juillet  dernier  que,  immanqua¬ 
blement,  les  postes  prophylactiques  {et  même  d’apprentissage)  cesseront 
vile  d’avoir  leur  utilité  par  la  vulgarisation  même  de  la  prophylaxie 
(4  août  1918).  \ 


[221]  LA  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  525 

Comment  do^c  suppléer  à  ces  mesures  d’application  problé¬ 
matique,  lointaine  ou  même  impossible?  Par  l'apprentissage 
individuel,  a  l’avance,  du  traitement  préservatif. 

Pour  les  ouvriers  d’usines  soumises  à  l’autorité  militaire, 
rien  ne  serait  plus  simple,  grâce  au  ministère  de  l’Armement. 
Un  médecin  accompagné  d’infirmiers  stylés  irait  dans  chaque 
usine  et  ferait  exécuter  à  chaque  ouvrier  une  répétition  des 
soins  préventifs  :  lavage  au  savon,  instillation  de  protargol, 
massage  à  la  pommade  au  calomel,  etc.;  il  lui  remettrait  en 
même  temps  une  notice  imprimée  indiquant  :  1®  les  dangers 
vénériens  ;  2°  la  technique  exacte  de  la  préservation  avec  figures 
détaillées  ;  3®.  les  mesures  à  prendre  au  cas  d’apparition  d’une 
lésion  ;  4®-  les  conseils  d’hygiène  pour  lui  et  ceux  qui  vivent 
avec  lui  ;  3®  les  moyens  pratiques  d’éducation  sexuelle  de  ses 
enfants.  Il  lui  donnerait  aussi,  le  cas  échéant  et  à  titre  gratuit, 
un  nécessaire  préservatif  pour  la  première  fois. 

Cette  répétition  est  sans  danger  puisque  le  traitement  est 
lui-même  inoffensif  ;  il  ne  faut  cependant  pas  la  pratiquer  chez 
des  ouvriers  présentant  des  lésions  vénériennes  des  organes 
sexuels  de  peur  de  dénaturer  leur  aspect  et  d’induire  en  erreur 
le  médecin  consultant. 

Pour  les  ouvriers  civils  libres,  la  notice,  distribuée  dans 
leurs  ateliers  ou  mieux  attaché  à  leur  livret  de  travailleur, 
indiquerait  qu’ils  peuvent  apprendre  la  pratique  préservative 
gratuitement  dans  les  hôpitaux  et  dispensaires,  à  leurs  frais 
chez  leur  médecin  ou  à  la  rigueur  chez  leur  pharmacien,  ce 
qui  est  à  voir. 

Du  reste,  il  est  à  croire  que  les  ouvriers  d’usines  se  feront 
les  meilleurs  agents  de  propagande  de  cette  pratique  auprès 
de  leurs  camarades  et  qu’assez  rapidement  le  nécessaire  pré¬ 
servatif  sera  partout  demandé.  Les  syndicats  ouvriers  eux- 
mêmes  sont  intéressés  à  cette  propagande,  comme  ils  l’ont 
prouvé  pour  la  lutte  antialcoolique  '. 

Quant  aux  autres  hommes  et  jeunes  gens  surtout  de  la  po¬ 
pulation  civile,  ils  ne  peuvent  tarder  à  connaître  la  notice  et  la 

1.  Ils  ont  également  le  plus  grand  intérêt  à  lutter  contre  la  tuberculose 
et  pour  l’hygiène,  ce  qu’ils  ne  font  pas,  malheureusement. 


526  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [222] 

méthode,  par  ouï-dire  ou  par  lecture,  par  leurs  parents,  leur 
médecin  ou  leur  pharmacien. 

L’apposition  obligatoire  dans  les  maisons  jmbliques  et  autres 
lieux  de  prostitution  d’une  affiche  détaillant,  avec  figures,  la 
technique  préventive,  servirait  également  à  préserver  bien  des 
hommes. 

Reste  la  partie  féminine  de  la  population.  Je  ne  sais  si  des 
médecins  ont  quelque  expérience  de  la  pommade  au  calomel 
chez  la  femme  à  titre  préventif.  On  peut  présumer  que  si  elle 
ne  l’emploie  qu’une  fois  par  hasard  après  des  rapports  sus¬ 
pects,  il  n’en  résultera  aucune  suite  fâcheuse.  Mais  s’il  s’agit 
de  professionnelles,  ne  peut-on  craindre  des  accidents  graves, 
un  empoisonnement,  etc.,  par  répétition  de  l’onction*?  La 
méthode  préservative  n’est  donc  pas  à  conseiller  chez  la  femme 
jusqu’à  plus  ample  informé  et  il  vaut  mieux  se  contenter,  pour 
le  présent,  de  la  prophylaxie  indirecte  par  l’homme. 

Certes,  l’apprentissage  et  la  pratique  individuelle  libre  de  la 
méthode  préventive  ne  valent  pas  son  application  obligatoire 
par  un  personnel  expérimenté.  Cependant  celle-ci  n’est  pas  à 
l’abri  de  tout  reproche,  car  elle  doit  compter,  comme  le  prouve 
un,  rappel  récent  de  l’autorité  américaine,  sur  les  négligences 
nées  d’actes  incessamment  répétés*.  D’autre  part,  la  pratique 
libre  nous  est  imposée  par  les  conditions  mêmes  de  la  plus 
grande  partie  de  la  population  masculine  en  temps  de  paix  ;  de 
plus,  elle  n’est  pas  sans  avantage,  vu  qu’elle  tend  à  préserver 
l’homme  bien  avant  la  conscription. 

D’ailleurs,  pour  donner  toutes  chances  de  succès  rapide  à  la 
pratique  préventive  précédée  ou  non  d’apprentissage,  tant  dans 
la  population  militaire  que  dans  la  population  civile,  il  nous 
paraît  vivement  souhaitable  que  le  Gouvernement  ou  mieux 
une  institution  reconnue  possède  le- monopole  de  la  vente  du 
nécessaire. 

C’est  le  seul  moyen  d’offrir  toutes  garanties,  de  vendre  au 
plus  bas  prix  (chose  capitale),  de  modifier  notice  et  médication 

'1.  Le  professeur  Gougerot,  métlecia-chef  du  centre  dermato-vénéréolo- 
gique  à  Tours,  leur  recommande,  dans  un  tract,  l’onction  à  la  pommade 
au  calomel  à  30  p.  100  avant  et  après  (4  août  1018). 

1.  Note  manuscrite  remise  aux  infirmiers  des  postes  de  prophylaxie. 


[2231  LA  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  527 

suivant  les  progrès  et  surtout  de  placer  la  prophylaxie  antivé¬ 
nérienne  sous  une  autorité  qui  lui  est  indispensable. 

Nos  gouvernements,  le  dernier  surtout,  ont  beaucoup  fait 
pour  préserver  le  pays  ;  les  hygiénistes  attendent  encore  d’eux 
qu’ils  fassent  beaucoup  pour  préserver  sa  santé. 


La  séance  est  levée  à  18  h.  45. 


En  raison  des  circonstances,  exceptionnellement  la  séance 
du  24  juillet  n’aura  pas  lieu.  Suivant  les  statuts  la  séance  men¬ 
suelle  de  rentrée  est  fixée  au  23  octobre  1918. 


Nous  avons  reçu,  après  la  séance,  la  douloureuse  nouvelle  de 
la  mort  de  M.  le  professeur  Édouard  Maurel,  de  Toulouse. 

Nous  transmettons  à  Maurel  les  sentiments  de  condo¬ 
léances  et  les  regrets  unanimes  de  tous  les  membres  de  la  Sor- 
ciété.  M.  le  D"'  Maurel,  surtout  depuis  la  guerre,  par  de  longues 
et  très  intéressantes  études,  s’est  placé  comme  un  de  nos 
hygiénistes  les  plus  documentés,  surtout  dans  les  questions 
d’hygiène  alimentaire;  sa  disparition  est  une  véritable  perte 
pour  l’Hygiène  et  particulièrement  pour  la  Société  de  Médecine 
publique. 


Le  secréLaire  générât,  adjoint, 
D‘'  Ror.ne. 


Le  Président, 

D’’  J.  Renault. 


Le  Gérant  :  Piekhe  Auoer. 


—  L.  Maeetheux,  imprimeur,  1, 


REVUE 


D’HYGIÈNE 


ET  DE, 


PROPHYLAXIE  DE  LA  GRIPPE  ' 


par  U.  le  D--  FERNAND  BEZANÇON 

Dans  sa  dernière  séance,  l’Académie  de  médecine,  ayant  reçu  de 
M.  le  D' Louis  Mourier,  sous-secrétaire  d’Etat  du  Service  de  Santé 
militaire,  une  lettre  par  laquelle  il  la  priait  de  vouloir  bien  étu¬ 
dier  «  les  moyens  prophylactiques  les  plus  propres  à  limi  ter  dans 
les  divers  milieux  la  contagion  grippale  et  la  dissémination  de  la 
maladie  »,  chargeait  une  Commission  composée  de  MM.  Chauf¬ 
fard,  Netter,  Vincent,'  Achard  et  Bezançon  de  lui  présenter 
d’urgence  un  rapport  sur  cette  question;  j’ai  l’honneur,  au  nom 
de  cette  Commission,  de  soumettre  les  éléments  de  ce  rapport  à 
votre  appréciation. 


Toutes  les  observations,  faites  au  cours  de  l’épidémie  actuelle, 
confirment  les  données  recueillies  lors  de  l’épidémie  de  1889 
sur  la  contagiosité  extrême  de  la  maladie. 


1.  Rapport  lu  et  approuvé  à  i'unanimlté,  à  l’Académie  de  médecine,  le 
15  octobre  1918,  au  nom  d’une  Commission  composée  de  MM.  Achard, 
Chauffard,  Vincent,  Netter  et  Fernand  Bezançon. 

REV.  d’hyg.  XL 


—  .34 


S30 


D-'  FERNAND  BEZANÇON 


La  contagion  est  presque  toujours  une  contagion  interhumaine; 
les  gouttelettes  émises  au  cours  -des  conversations,  les  muco¬ 
sités  projetées  à  courte  distance,  au  moment  de  la  toux  et  de 
l’élernuemeat,  sont  aussi  des  agents  de  transmission  du  virus; 
nous  manquons  de  documents  précis  sur  le  rôle  joué  dans  la 
transmission  de  la  maladie  par  les  objets  ayant  servi  aux  grippés. 

Le  virus  semble  extrêmement  contagieux,  un  contact  passager 
avec  un  grippé  suffit  pour  créer  la  maladie.  - 

Si  l’on  ajoute  à  cette  notion  de  facilité  extrême  du  contage 
celle  de  la  brièveté  de  la  période  (^'incubation  qui  peut  ne  durer 
que  quelques  heures,  on  s’explique  la  rapidité  avec  laquelle  se 
fait  la  difi^usipn  de  la  maladie.  Cette  diffusion  est  d’autant  plus 
facile  que  les  conditions  de  promiscuité  sont  plus  grandes  ;  dans 
l’épidémie  actuelle,  on  voit  la  grippe  frapper  brutalement  presque 
en  même  temps  la  plupart  des  hommes  d’un  camp,  d’un  fort, 
d’un  train  sanitaire,  etc.  Une  des; mesures  prophylactiques  les 
plus  urgentes  sera  donc  de  lutter,  dans  les  divers  milieux,  contre 
l’encombrement. 

\  Il  est  vraisemblable  que  la  maladie  est  surtout  contagieuse  à 
sa  périücle  initiale  et  fébrile  ;  mais  il  est  difficile  de  fixer  la  limite 
extrême  delà  période  de  contagion,  surtout  lorsqu’il  s'agit' de 
grippe  compliquée. 

Une  première  atteinte  de  grippe  confère-t-elle  un  certain  degré 
d’immunilé?  Les  observations  récentes,  montrant  la  fréquence 
de  la  grippe  chez  les  jeunes  gens  et  la  rareté  chez  les  personnes 
âgées,  frappées  pour  la  plupart  lors  de  l’épidémie  antérieure, 
sont  en  faveur  de  cetté  hypothèse. 

Lemierre,  Raymond  aux  armées  ont  observé  des  faits  qui 
plaident  en  faveur  du  développement  de  l’immunité  après  une 
première  atteinte  ;  nous  ne  citerons  que  l’observation  particu¬ 
lièrement  démonstrative  suivante  :  l’épidémie  actuelle  a  présenté 
ses  premières  manifestations  en  avril;  après  une  période  d’ac¬ 
calmie,  il  y  eut  recrudescence  manifeste  et  aggravation  fin  août  ; 
beaucoup  de  formations  militaires  ont  été  touchées  à  ces  deux 
périodes;  il  en  fut  ainsi  de  trois  groupes  d’un  régiment  d’artillerie; 
or,  dans  le  premier  groupe  où  il  n’y  avait  eu  que  3  cas  en  avril, 
114  hommes  furent  touchés  en  août,  alors  que  dans  le  troisième 
groupe  où  il  y  avait  eu  100  cas  en  avril,  il  n’y  eut  que  3  grippés 
en  août;  dans  le  deuxième  groupe  où  il  n’y  avait  eu  que  20  cas 


PROPHYLAXIE  DE  LA  GRIPPE  - 


531 


en  avril,  il  y  eut  59  malades  en  août.  11  est  à  souhaiter  que 
de  nouveaux  documents  viennent  corroborer  ces  premières 
observations.  , 

L’épidémie  actuelle  confirme  l’observation  déjà  faite  lors  de 
l’épidémie  de  1889,  que  la  grippe  est  la  porte  ouverte  à  toutes 
les  infections  secondaires  et  qu’elle  n’est  pas  seulenqent  conta¬ 
gieuse  par  elle-même,  mais  que  les  infections  qui  la  compliquent 
sont  elles-mêmes^ transmissibles  au  plus  haut  degré. 

C’est  celte  contagiosité  des  complications  de  la  grippe  qui  rend 
compte  du  polymorphisme  qui  est  un  des  caractères  principaux 
de  cette  maladie.  Dans  un  niême  foyer  grippal,  des  infections 
secondaires  similaires  déterminent  des  symptômes  morbides 
analogues  qui  donnent  à  la  grippe  sévissant  dans  ce  foyer  sa 
physionomie  spéciale;  nous  relevons  dans  l’épidémie  actuelle 
de  nombreuses  observations  d4  ce  genre  :  dans  telle  formation 
sanitaire,  ce  sont  les  phénomènes  pulmonaires  mécaniques  qui 
•dominent,  entraînant  surtout  des  symptômes  d’asphyxie;  dans 
une  autre,  ce  sont  plutôt  des  symptômes  d’infection  générale, 
comme  dans  lés  grandes  septicémies;  dans  une  troisième,  ce  sont 
les  localisations  intestinales.  La  variété  du  germe  d’infection 
secondaire  en  cause  explique  ces  faits  pour  une  certaine  part. 

La  notion  de  la  contagiosité  des  infections  secondaires  de  la 
grippe  a  le  plus  grand  intérêt  au  point  de  vue  de  la  prophylaxie 
de  la  grippe;  elle  nous  montre  qu’au  cours  d’une  épidémie 
grippale,  il  ne  suffit  pas  de  séparer  les  grippés  des  individus 
sains  ou  des  autres  malades,  mais  encore  qu’il  faut  séparer  les 
grippes  simples  des  grippes  graves  et  des  grippes  compliquées; 
pour  les  grippes  compliquées,  lorsque  l’isolement  individuel 
sera  impossible,  on  devra  chercher  à  grouper  celles  qui  pré¬ 
sentent  des  manifestations  morbides  similaires. 

On  se  rappellera  enfin  qu’en  milieu  épidémique  les  pneumo¬ 
nies,  les  broncho-pneumonies,  en  apparence  non  grippales,  ont 
la  même  contagiosité  que  les  accidents  broncho-pulmonaires 
d’origine  gripiiàle. 


532 


D'  FEHNAND  BEZANÇON, 


Prophylaxie  de  la  grippe. 

Elle  comporte  :  1°  des  mesures  de  préservation  individuelle-, 
2®  des  mesures  de  protection  collective. 

Mesures-  de  préservation  individuelle.  —  Des  considérations 
générales  qui  précèdent,  il  résulte  que  la  mesure  de  préservation 
individuelle  la  plus  importante  est  de  considérer  la  grippe 
comme  une  maladie  contagieuse,  au  même  titre  que  la  rougeole 
ou  la  scarlatine,  et  de  chercher  à  réaliser  l’isolement  rigoureux 
des  grippés.  Si  cet  isolement  estplus  difficile  à  réaliser  que  celui 
des  rougeoleux,  des  diphtériques,  dont  la  maladie  est  nettement 
caractérisée,  il  doit  être  tenté,  aussi  bien  dans  les  familles  que 
dans  les  collectivités. 

Les  résultats  obtenus  par  cette  mesure  dans  certains  foyers 
épidémiques  montrent  tout  l’intérêt  qui  s’attache  à  son  exécu¬ 
tion  rigoureuse. 

Dans  le  logement  familial,  une  chambre  spéciale  doit  être 
réservée  au  malade,  et  l'entrée  de  cette  chambre  rigoureuse¬ 
ment  interdite  aux  autres  membres  de  la  famille  ;  les  personnes 
chargées  de  soigner  les  malades  devront  revêtir  une  blouse  en 
entrant  dans  la  chambre. 

Dans  l’armée,  le  sous-secrétaire  d’État,  dès  le  début  de  l’épi¬ 
démie,  a  prescrit  de  considérer  la  grippe  comme  une  maladie 
contagieuse  et  d’isoler  les  grippés. 

Le  ministre  de  l’Intérieur,  sans  recourir  à  la  déclaration  obli¬ 
gatoire,  a  prescrit  aux  préfets  de  demander  aux  médecins  de 
vouloir  bien  considérer  d’eux-mêmes,  jusqu’à  nouvel  ordre,  la 
grippe  comme  maladie  nécessitant  la  déclaration  et  a  recom¬ 
mandé  l’isolement  des  malades,  et  d’autre  part  la  désinfection 
des  locaux  et  de  la  literie. 

Si  la  désinfection  de  tout  logement  où  s’est  produit  un  cas  de 
grippe  est  pratiquement  impossible,  il  y  a  lieu,  copime  le  pres¬ 
crit  la  circulaire  du  ministère  de  l’Intérieur  du  18  septembre 
1918,  d’y  recourir  toutes  les  fois  qu’il  s’agit  de  grippe  compli¬ 
quée  d’affection  secondaire,  pneumonie,  broncho-pneumonie. 

La  Commission  propose  d’ajouter  «  et  toutes  les  fois  qu’il  s’agit 
de  grippes  graves  ». 


PROPHYLAXIE  DE  LA  GRIPPE 


533 


Nous  ne  pouvpnsque  rappeler  rapidementles  autres  mesures  de 
préservation  individuelle.  La  grippe  se  transmettant  surtout  par 
les  voies  respiratoires  supérieures,  la  prophylaxie  individuelle 
de  la  grippe  consiste  surtout  dans  la  désinfection  minutieuse  de 
la  bouche  et  du  nez. 

En  milieu  épidémique,  on  usera  de  gargarismes  fréquents 
biquotidiens  ;  un  des ,  plus  simples  et  des  meilleurs  consiste  à  se 
laver  la  bouche  et  à  se  gargariser  avec  un  verre  d’eau  chaude, 
dans  laquelle  on  mettra  une  cuillerée  à  café  de  liqueur  de 
Labarraque. 

L’antisepsie  des  fosses  nasales  sera  faite  au  moyen  de  vase¬ 
line  résorcinée  à  1/100  ou  goménolée  à  2/100. 

On  se  laA'era  les  mains  et  le  visage  avant  chaque  repas.  Les 
précautions  hygiéniques  seront  redoublées,  si  l’on  s’est  trouvé 
en  présence  de  malades  atteints  de  grippe  ou  si  l’on  ressent 
des  symptômes  pouvant  faire  craindre  un  début  de  grippe.  On 
évitera  soigneusement  les  veillées  prolongées,  le  surmenage,  le 
refroidissement.  Au  moindre  symptôme  suspect,  la  température 
devra  être  prise  soigneusement  plusieurs  fois  par  jour,  et  on  iso¬ 
lera  immédiatement  le  malade  s’il  est  fébricitant. 

Mesures  générales  de  protection  collective.  —  Elles  consistent 
surtout  à  veiller  à  l’hygiène  des  locaux,  où  sont  réunies  de 
grandes  collectivités,  àen  assurer  l’aération  etla  propreté  rigou¬ 
reuse,  à  interdire  le  balayage  à  sec  qui  dissémine  les  poussières 
et  avec  elles  les  germes  de  la  maladie  et  à  le  remplacer  par  le 
balayage  humide  au  moyen  de  linge  mouillé. 

On  évitera  tout  particulièrement  l’encombrement  qui  est  un 
des  grands  facteurs  de  propagation  et  d’aggravation  de  la  mala¬ 
die  :  le  sous-secrétaire  d’Etat  du  Service  de  Santé,  pour  dimi¬ 
nuer  les  chances  de  contagion  interhumaine,  a  prescrit  dès  le 
début  de  l’épidémie  de  desserrer  les  lits  dans  les  chambrées, 
d’éviter  l’encombrement  des  casernes  et  des  camps.  Le  ministre 
de  l’Intérieur  a  prévu,  en  cas  d’extension  grave  de  l’épidémie, 
l’interdiction,  par  les  préfets,  des  foires,  théâtres,  cinémas, 
concerts,  réunions,  après  consultation  du  Conseil  départemental 
d’hygiène. 

Rappelons  à  ce  sujet  que,  dans  l’épidémie  de  Suisse  récente,  un 
arrêté  du  Conseil  fédéral  prévoyait  que  les  cantons  et  com- 


534  D'  FERNAND  BEZANÇON 

munes  étaient  autorisés  à  interdire  toutes  les  manifestations  qui 
peuvent  entraîner  la  réunion  d’un  grand  nombre  de  personnes 
dans  un  même  local. 

La  Commission  insiste  tout  particulièrement  sur  le  danger  de 
contagion  qu’offrent  les  salles  de  spectacle,  les  cinémas,  surtout 
ceux  dans  lesquels  des  représentations  ininterrompues  empê¬ 
chent  la  ventilation  ;  elle  recommande  aux  pouvoirs  publics  de 
veiller' tout  spécialement  à  l’hygiènede  ces  établissements,  d’en 
exiger  la  fréquente  aération,  de  proscrire  le  balayage  à  sec,  etc. 

Elle  engage  la  population  à  éviter,  le  plus  possible,  les  grandes 
agglomérations. 

Les  organes  de  transports  en  commun,  les  tramways,  le, 
métro  ne  sont  pas  moins  favorables  à  la  transmission  de  la 
grippe  :  comme  on  ne  saurait  songer  à  en  supprimer  l'emploi  et 
comme  il  est  à  peu  près  impossible  d’en  diminuer  l’encom¬ 
brement  dans  les  conditions  actuelles,  il  y  a  lieu  de  procéder  à 
des  lavages  à  grande  eau  des  quais,  au  lavRge  fréquent  et  à  la 
désinfection  des  wagons. 

Écoles.  —  La  fermeture  des  écoles,  surtout  des  écoles  com¬ 
munales,  est  une  mesure  prophylactique  d’une  valeur  discutable  ; 
il  y  a  souvent  en  effet  plus  d’inconvénient  à  laisser  les  enfants . 
à  la  maison  dans  des  milieux  contaminés  et  encombrés  que  de 
les  conserver  à  l’école. 

Toutefois  si  une  épidémie  sévissait  sur  une  école,  il  y  aurait 
intérêt  à  fermer  celle-ci  pendant  quelques  jours,  afin  de  pro¬ 
céder  à  la  désinfection  minutieuse  des  locaux.  L’aération  des 
classes  en  dehors  des  heures  de  cours,  les  lavages  répétés  du 
sol,  doivent  être  prescrits. 

Dans  les  campagnes,  l’école  est  souvent  par  contre  un  véri¬ 
table  foyer  de  diffusion  de  la  grippe;  les  enfants  de  divers 
villages  voisins  s’y  réunissent,  s’y  contaminent  et  propagent 
ensuite  la  grippe  dans  leurs  familles  respectives;  il  y  a  donc 
lieu,  dans  ces  conditions,  d’envisager  la  fermeture' des  écoles 
quand  plusieurs  cas  de  grippe  y  auront  été  observés. 

Prophylaxie  hospilali'ere  de  la  grippe.  —  TIn  certain  nombre 
de  mesures,  s’appliquant  aussi  bien  aux  hôpitaux  militaires  que 
civils,  doivent  être  prises  pour  éviter  que  les  hôpitaux  ne 


PROPHYLAXIE  DE  LA  GRIPPE 


535 


deviennent  des  centres  de  diffusion  de  la  grippe  et  que  celle-ci 
n’y  revête  un  caractère  particulier  de  gravité,  comme  le  fait  a 
été  souvent  observé  autrefois  dans  les  services  de  rougeoleux.  Si 
beaucoup  de  ces  mesures  sont  extrêmement  difficiles  à  réaliser, 
à  l’heure  actuelle,  en  raison  du  manque  d&  locaux  et  de  la 
pénurie  du  personnel  hospitalier,  il  nous  a  semblé  nécessaire  de 
les  énumérer  pour  donner,  à  tout  médecin  qui  aura  à  soigner 
des  grippés,  des  directives  dont  il  cherchera  le  plus  possible  à 
se  rapprocher.  La  plupart  des  mesures  que  nous  préconisons  ne 
sont  .^utres  d’ailleurs  que  celles  qui  ont  été  minutieusement 
prescrites  par  le  sous-secrétaire  d’Etat  du  Service  de  Santé  dans 
de  récentes  circulaires  : 

1°  Désencombrement  général,  desserrement  des  lits.  Cette 
mesure  pourrait  être  facilitée  par  l’envoi  des  tuberculeux  dans 
les  sanatoriums,  des  infirmes  dans  les  hospices; 

2“  Installalion  des  grippés  dans  des  services  spéciaux  bien 
isolés  des  services  de  blessés  et,  doit-on  ajouter  pour  les  hôpi¬ 
taux  militaires,  des  services  de  gazés;  on  se  rappellera  combien 
les  gazés  sont  particulièrement  réceptifs  aux  aflections  respira¬ 
toires  et  le  danger  qu’entraîne  pour  eux  une  atteinte  de  grippe; 

3“  Séparation  des  grippes  simples  d’avec  les  grippes  compli¬ 
quées  ; 

4®  Groupement  des  grippes  compliquées  suivant  la  forme  de 
la  complication;  on  évitera  de  mêler  les  malades  atteints  d’infec¬ 
tions  à  pneumocoques  avec  ceux  qui  présentent  des  infections  à 
strepioccoques,  etc. 

Gomme  cette  séparation  est  presque  impossible  à  réaliser 
dans  la  pratique,  beaucoup  de  grippes  simples  au  début  devenant 
rapidement  des  grippes  compliquées,  il  faut  chercher  à  réaliser 
le  plus  possible  l’isolement  individuel  des  malades  atteints  de 
grippe.  Dans  ce  but,  on  cherchera  à  constituer,  à  défaut  d’isole¬ 
ment  absolu,  exceptionnellement  réalisable,  au  moins  un  isole¬ 
ment  relatif,  au  moyen  de  paravents,  de  cloisons  de  2  mètres  de 
hauteur;  une  méthode  très  simple  consiste  à  séparer  les  lits  par 
des  draps  suspendus  sur  des  fils  de  fer  tendus  entre  les  murs 
des  salles;  une  mousseline  maintenue  par  un  cerceau  ou  une 
ficelle  tendue,  à  quelque  distance  de  la  tête  du  malade  pour  évi¬ 
ter  la  projection  à  distance  des  gouttelettes  salivaires  ou  des 
crachats,  pourra  aussi  être  utilisée. 


536  D''  FERNAND  BEZANÇON 

5®  Évacuation  rapide  des  grippés  convalescents  sur  des  annexes 
dans  lesquelles  les  sujets  seront  mis  en  observation  avant  leur 
retour  à  la  vie  militaire  ou  civile,  on  diminuera  ainsi  d’autant 
l’encombrement  des  salles  et  on  préservera  les  convalescents  des 
infections  secondaires  ; 

6“  Désinfection  du  rhino-pbarynx  plusieurs  fois  par  jour; 

7®  Désinfection  fréquente  des  salles  oü  sont  entassés  des  grip¬ 
pés;  celle-ci  est  de  la  plus  grande  importance;  à  défaut  d’une 
désinfection  complète,  on  recourra  au  lavage  des  planchers  à 
l’eau  bouillante  ou  à  l’eau  crésylée  à  5  p.  100;  on  pratiquera 
enfin  toujours  la  désinfection  quotidienne  des  crachoirs,  des 
verres,  des  couverts,  enfin  la  désinfection  complète  du  lit,  de  la 
literie,  au  moins  pour  les  formes  graves  et  compliquées;  , 

8®  Interdiction  d’entrée  des  salles  de  grippés  à  tout  visiteur, 
sauf  aux  proches  parents,  dans  les  cas  d’extrême  urgence;  on 
veillera  à  ce  que  ceux-ci  prennent  les  mêmes  mesures  de  prophy¬ 
laxie  que  le  personnel  soignant  ; 

9®  Organisation  d’un  personnel  spécial  pour  le  traitement 
des  grippés  ;  les  mêmes  infirmières  ne  devront  pas  soigner  les 
grippes  simples*  et  les  grippes  compliquées.  Le  personnel  de 
garde  réservé  aux  salles  de  grippés  ne  devra  pas  donner  de 
soins  à  d’autres  catégories  de  malades. 

Le  personnel,  et  pour  sa  protection  même  et  pour  ne  pas  être 
un  agent  de  transmission  de  la  maladie  ou  de  ses  complications, 
devra  être  soumis  à  des  règles  d’hygiène  extrêmement  sévères  : 
emploi  de  blouses,  antisepsie  des  mains  et  du  rhino-pharynx,  etc. 

Selon  la  méthode  américaine,  ce  personnel  sera  muni  de  petits 
masques  improvisés  constitués  au  moyen  d’une  compresse  de 
gaze  de  30  centimètres  carrés  environ,  repliée  à  la  manière 
d’un  foulard  et  attachée  par  ses  extrémités  roulées  derrière  la 
tête,  la  partie  large  recouvrant  le  nez,  la  bouche  et  le  menton. 

On  se  rappellera  enfin  que  les  salles  de  consultation,  de  même 
que  les  infirmeries,  constituent  des  centres  de  diffusion  des  plus 
importants.  On  cherchera  à  séparer  dans  ces  consultations  les 
tousseurs  des  autres  malades  et  on  fera  une  désinfection  fré¬ 
quente  des  salles,  qui,  après  la  visite,  seront  lavées  et  largement 
ventilées. 

Les  voitures  d’ambulance  sont  également  une  source  fré¬ 
quente  de  contamination  ;  on  réservera  un  certain  nombre  de 


PROPHYLAXIE  DE  LA  GRIPPE  537 

voitures  exclusivement  aux  grippés  et  on  évitera  de  réunir  dans 
la  même  voiture  des  grippés  et  d’autres  malades;  on  désinfec¬ 
tera  fréquemment  ces  voitures. 

Mesures  spéciales  intéressant  l'arrriée.  —  Dès  le  début  de  l’épi¬ 
démie,  le  sous-secrétaire  d’iîtat  du  Service  de  Santé  militaire  a 
prescrit,  tant  aux  armées  qu’à  l’intérieur,  toute  une  série  de 
mesures  pour  lutter  contre  la  grippe;  la  Commission  approuve 
toutes  ces  mesures  ;  elle  insiste  tout  particulièrement  sur  cer¬ 
tains  points  qui  lui  paraissent  fondamentaux  : 

1“  Desserrer  les  lits  pour  désencombrer  les  chambrées  et  évi¬ 
ter  la  contagion  interhumaine;  ' 

2"  Lutter  contre  le  refroidissement  (poêles,  vêtements  chauds 
pour  les  factionnaires,  gants,  cache-nez,  etc.); 

3"  Diminuer  le  tableau  de  travail,  abréger  autant  que  possible 
la  durée  des  factions  et  gardes  de  nuit; 

4“  Veiller  à  ce  que  chaque  homme  ait  un  double  jeu  de  vête¬ 
ments  et  qu’il  y  ait  dans  tout  casernement  des  séchoirs  chauffés  ; 

0“  Distribuer  abondamment  des,  boissons  chaudes,  du  thé 
sucré  en  particulier; 

6“  Surveiller  les  locaux  disciplinaires  qui  sont  souvent  des 
centres  de  dissémination  des  maladies  contagieuses;  faire  des 
désinfections  fréquentes  de  là  literie; 

7“  Dans  les  casernements  où  des  cas  de  grippe  se  seront  pro-  • 
duits,  recommander  au  médecin  de  faire  une  visite  quotidienne 
ou  même  biquotidienne  des  hommes  dans  les  unités  infectées; 
constituer  dans  les  casernements  des  chambrées  d’isolement 
pour  suspects,  et  à  l’infirmerie  réserver  une  salle  spéciale  pour 
les  grippés.  Assurer  l’antisepsie  du  rhino-pharynx,  surveiller  la 
désinfection  des  quarts,  fourchettes,  etc.  ;  inviter  tout  homme 
souffrant  à  se  présenter  à  la  visite  au  moindre  symptôme  de 
grippe. 

Il  n’appartient  pas  à  la  Commission  de  donner  des  indications 
sur  les  mesures  à  prendre  au  sujet  de  la  consignation  des  quar¬ 
tiers  et  des  places,  de  la  suspension  de  l’envoi  des  renforts  aux 
armées  par  les  unités  contaminées,  de  la  suppression  des 
permissions. 

La  Commission  insiste  seulement  sur  l’intérêt  qu’il  y  a  à  sur- 


D^'  FERNAND  BEZANÇON 


veiller  les  permissionnaires  à  leur  retour  de  permission.  Dans 
l’intérêt  même  de  ces  permissionnaires  et  pour  permettre 
d’assurer  plus  efficacement  leur  surveillance,  il  pourrait  être 
recommandé  aux  médecins  qui  soignent  des  parents  de  permis¬ 
sionnaires  de  remettre  aux  intéressés  une  attestation  signalant 
qu’ils  ont  été  en  contact  avec  des  malades  atteints  de  grippe. 

La  Commission,  d’accord  en  cela  avec  le  Service  de  Santé  de 
l’armée,  recommande  enfin  d’hospitaliser  le  plus  possible  les 
grippés  sur  place,  estimant  que  le  transport  à  longue  distance 
est  encore  plus  néfaste  aux  grippés  qu’aux  blessés. 

Lorsque,  pour  des  raisons  militaires,  cette  hospitalisation  sur 
place  ne  sera  pas  possible7  il  vaudra  mieux  recourir  àl’évacuation 
par  train  sanitaire  que  par  convois  automobiles,  les  trains  étant 
exclusivement  réservés  aux  grippés  et  soigneusement  désin¬ 
fectés  à  l’arrivée. 


Conclusions. 

La  grippe  doit  être  considérée  comme  une  malndie  spécifique 
particulièrement  contagieuse  ;  sa  période  d’incubation  est  extrê¬ 
mement  courte  et  certains  faits  semblent  démontrer  qu’une 
première  atteinte  confère  un  certain  degré  d’immunité. 

Les  infections  secondaires  qui  déterminent  les  complications 
"delà  grippe  sont  elles-mêmes  contagieuses,  surtout  les  infections 
broncho-pulmonaires. 

La  contagion  se  fait  surtout  par  voie  interhumaine  ;  elle  est 
favorisée  par  l’encombrement  et  le  défaut  d’aération. 

Pour  assurer  la  prophylaxie,  il  y  a  lieu  : 

1°  D’éviter  tout  contact  avec  les  malades  contaminés  et  de 
faire  l’antisepsie  minutieuse  de  la  bouche  et  du  rhino-pharynx. 

Les  occasions  de  contagion  sont  particulièrement  fréquentes 
dans  les  lieux  à  réunions  multiples,  nombreuses  et  réitérées,  sur¬ 
tout  dans  les  salles  mal  aérées  et  obscures,  théâtres,  cinémas  à 
représentations  ininterrompues. 

Les  métros  et  les  voitures  servant  au  transport  en  commun  ne 
sont  pas  moins  favorables  à  la  propagation  de  la  grippe;  comme 
on  ne  saurait  songer  à  en  supprimer  l’emploi  et  comme  on  ne 
peut,  dans  les  conditions  actuelles,  en  diminuer  l’encombrement, 


PROPHYLAXIE  DE  LA  GRIPPE 


S  39 

au  moins  faudra-t-il  s’efforcer  d’en  réaliser  une  désinfection 
aussi  complète  et  aussi  répétée  que  possible; 

2“  Pour  les  cas  de  grippe  en  évolution,  l’isolement  des 
malades  entre  eux  et  par  rapport  aux  visiteurs  est  la  meilleure 
mesure  protectrice.  Lorsque  cet  isolement  ne  pourra  être  réalisé 
d’une  façon  complète,  on  se  trouvera  bien  des  cloisonnements 
réalisés  avec  des  moyens  de  fortune. 

11  conviendra  toujours  de  séparer  les  cas  simples  des  cas 
compliqués  et  cette  prescription  doit  s’appliquer  au  même  titre 
aux  malades  soignés  dans  les  hôpitaux  ipilitaires  ou  civils,  qu’à 
ceux  traités  à  domicile. 

Pour  désencombrer  les  services,  on  cherchera  à  évacuer  le 
plus  vite  possible  sur  des  formations  spéciales  les  convalescents 
indemnes  de  toute  affection  de  l’appareil  respiratoire. 

Lorsqu’on  sera  en  présence  de  broncho-pneumonie  ou  de 
pneumonie  grippale,  il  y  aura  intérêt  à  faire  l’isolement  indi¬ 
viduel  des  malades  ; 

Le  port  d’un  masque  analogue  à  celui  dont  les  chirurgiens 
font  usage  au  cours  des  opérations  et  que  les  Américains 
emploient  aujourd’hui  dans  leurs  hôpitaux  de  grippés  constitue 
une  précaution  très  utile  dont  il  importerait  de  généraliser 
l’emploi  pour  toute  personne  soignant  les  grippés  et  pour  les 
malades  eux-mêmes  quand  ils  commencent  à  se  lever; 

3®  L’accès  des  salles  de  grippés  sera  interdit  à  tout  visiteur, 
sauf  moiif  grave;  un  personnel  spécial  sera  affecté  à  ces  salles; 

4°  La  Commission  approuve  de  tous  points  les  prescriptions 
du  sous-secrétaire  d’État  du  Service  de  Santé  militaire  au  sujet 
de  la  prophylaxie  de  la  grippe  dans  les  corps  de  troupes  et  dans 
les  hôpitaux,  tant  à  l’intérieur  qu’aux  armées. 

Elle  insiste  sur  l’intérêt  des  précautions  multiples  énoncées 
au  cours  de  ce  rapport  et  sur  la  nécessité  de  séparer  rigoureu¬ 
sement  les  grippés  des  autres  malades  et  de  mettre  les  gazés  et 
les  blessés  à  l’abri  de  tout  contact  avec  les  grippés. 

On  évitera  le  plus  possible  le  transport  à  longue  distance 
des  grippés,  surtout  des  malades  atteints  de  grippe  compliquée; 
on  cherchera  à  hospitaliser  sur  place  les  malades. 

Lorsque  l’évacuation  de  ceux-ci  sera  indispensable,  des  trains 
sanitaires  spéciaux,  bien  chauffés  et  désinfectés  après  chaque 
trajet,  seront  toujours  préférables  aux  automobiles. 


D--  JULES  ÉENAULT 


NOTE  SUR  LA  GRIPPE  (DITE  ESPAGNOLE) 

QUI  SÉVIT  EN  SUISSE 

par  M.  le  D--  JULES  RENAULT, 

Inspecteur  général  adjoint  des  services  sanitaires. 

\ 

La  Suisse  est  en  ce  moment  sous  l’influence  d’une  épidémie, 
.au  sujet  de  laquelle  les.  rumeurs  les  plus  alarmantes  de  diph¬ 
térie  bronchique,  de  typhus  exanthématique,  de  choléra,  de 
peste  ont  couru  dans  la  population  suisse  et  ont  été  apportées 
par  elle  à  nos  départements  frontières. 

L’extension  rapide  de  l’épidéinie,  la  brusquerie  du  début 
des  phénomènes  morbides,  la  fréquence  des  complications 
pulmonaires,  entraînant  souvent  la  mort  en  quelques  jours 
avec  une  teinte  plombée  ou  asphyxique,  ont  frappé  l’imagina¬ 
tion  publique  ;  elle  a  cherché,  pour  expliquer  ces  fâits,  une 
maladie  moins  banale  que  la  grippe,  d’autant  plus  que  ce  dia¬ 
gnostic  est,  depuis  des  années,  appliqué  à  tort  par  les  malades 
et  les  médecins  à  des  rhumes  de  cerveau  ou  à  des  laryngites 
légères,  qui  n’ont  rien  de  grippal  ni  d’épidémique.  La  popu¬ 
lation,  d’autre  part,  fut  tout  d’abord  impressionnée  par  les 
mesures  que  les  autorités  n’hésitèrent  pas  à  prendre  pour  dimi¬ 
nuer  les  agglomérations  si'  favorables  à  la  diffusion  des  épidé¬ 
mies  :  licenciement  des  écoles  publiques,  des  écoles  de  recrues, 
suspension  des  appels  de  mobilisation,  fermeture  des  théâtres, 
cinémas,  concerts,  suppression  des  réunions  sportives  et  de 
■  tir  si  chères  aux  Suisses,  suppression  même-  des  exercices 
publics  deh  cultes.  Cependant,  les  autorités  et  les  médecins 
s’efforçaient  de  calmer  les  esprits  par  de  multiples  circulaires 
ou  publications  ;  l’épidémie  semblant  être  en  décroissance,  la 
tranquillité  commence  à  renaître,  et  dans  les  conversations  il 
n’est  plus  guère  question  que  de  la  «  grippe  espagnole  ». 

C’est,  en  effet,  de  la  grippe  épidémique  qu’il  s’agit,  ainsi 
que  n’ont  cessé  de  le  penser  les  médecins,  ainsi  que  j’ai  pu, 
au  cours  d’une  récente  mission,  le  voir  par  moi-même,  grâce 
au  bienveillant  accueil  des  autorités  et  des  médecins,  qui  m’ont 
ouvert  leurs  statistiques,  leurs  hôpitaux,  leurs  laboratoires. 


NOTE  SUR  LA  GRIPPE  {DITE  ESPAGNOLE)  541 

Cliniquement,  là  maladie  a  tous  les  symptômes  de  la  grippe  : 
début  brusque  avec  température  élevée,  céphalalgie,  courba¬ 
ture  généralisée,  irritation  des  voies  respiratoires  supérieures, 
de  la  gorge  et  de  la  trachée  ;  guérison  en  3  ou  4  jours,'  laissant 
une  grande,  asthénie.  On  observe  parfois  une  éruption  scarla¬ 
tiniforme,  des  taches  de  purpura,  des  hémorragies  nasales  ou 
utérines,  tous  symptômes  dont  la  nature  est  rapidement  dé¬ 
montrée  par  l’évolution  de  la  maladie.  Malheureusement, 
l’afifection  n’évolue  pas  toujours  avec  cette  bénignité  et  les 
complications  pulmonaires  ne  sont  pas  rares,  quoique  infini¬ 
ment  moins  fréquentes  qu’on  ne  l’a  dit.  Elles  apparaissent 
'  après  3  ou  4  jours  de  maladie,  surtout  chez  les  malades  débi¬ 
lités  ou  chez  ceux  qui  ne  se  sont  pas  soignés  :  ce  sont  la  bron¬ 
cho-pneumonie  ordinairement  pseudo-lombaire  et  la  pneu¬ 
monie,  simples  ou  doubles,  entraînant  souvent  la  mort  au 
4'  jour  par  l’intensité  des  phénomènes  infectieux  et  le  col- 
lapsus  cardiaque  plus  encore  que  par  l’étendue  des  lésions 
pulmonaires.  Les  autres  complications  infectieuses  sont  excep¬ 
tionnelles. 

Les  autopsies  ont  toujours  confirmé  les  examens  cliniques; 
notamment  on  n’a  jamais  trouvé  dans  les  bronches  de  fausses 
membranes  diphtériques  ou  autres,  comme  le  bruit  en  a 
couru.  ^ 

L’examen  bactériologique  des  sécrétions  bronchiques  des 
formes  non  compliquées  a  décelé,  dans  quelques  cas,  le  bacille 
de  Pfeiffer  ;  on  ne  l’a  pas  trouvé  dans  les  complications  pul¬ 
monaires,  où  l’on  rencontre  constamment  pendant  la  vie 
comme  après  la  mort,  soit  le  pneumocoque,  soit  un  diplocoque 
qui  se  met  souvent  en  chaînettes.  Ces  derniers  agents  patho¬ 
gènes  ont  été  trouvés  aussi  dans  les  hémocultures.  Dans  aucun 
cas,  ni  à  l’Institut  bactériologique  de  Berne,  ni  à  l’hôpital  can¬ 
tonal  et  à  l’Institut  d'hygiène  de  Genève  on  n’a  trouvé  le  coc- 
cobacille  de  la  peste,  pas  plus  que  le  bacille  diphtérique. 


"  Ce^  observations  cliniques,  anatomo-pathologiques  et  bacté¬ 
riologiques  rappellent  en  tous  points  celles  qui  avaient  été 
faites  lors  de  l’épidémie  d’inlluenza  de  1889-1890,  se  super- 


542 


D<-  JULFS  RENAULT 


posent  à  celles  qui  ont  été  faites  depuis  quelques  mois  en  Italie, 
en  Espagne,  en  F'rance,  et  partout  où  règne  la  pandémie  grip¬ 
pale,  décorée  du  nom  de  «  grippe  espagnole  »,  et  qui  sans 
doute,  comme  l’a  dit  M.  ChaufiFard^,  «  correspond  à  une  reprise 
de  virulence  épidémique  de  l’infection  grippale  ».  Les  bruits  de 
diphtérie,  de  typhus  exanthématique,  de  peste,  de  choléra  sont 
sans  fondement. 

Malgré  sa  grande  diffusion,  la  grippe  est  une  affection  rela¬ 
tivement  peu  grave,  pour  laquelle  les  mesures  de  quarantaine 
ou  de  désinfection  aux  frontières  applicables  à  d’autres  mala¬ 
dies  seraient  injustifiées  et  d’ailleurs  inutiles.  On  diminue  les 
risques  de  contagion  par  les  soins  individuels  des  fosses 
nasales  et  de  la  gorge,  et  surtout  en  évitant  d’aller  voir  des 
malades  ou  d’assister  à  de  grandes  réunions  ;  on  diminue  con- 
sidérhblement  les  risques  de  complications  pulmonaires  en  se 
soignant  sérieusement  dès  le  début  et  aussi  longtemps  qu’il 
est  nécessaire. 

Nos  rapatriés  civils  depuis  plusieurs  mois  passent,  dès  leur 
arrivée  à  Evian,  une  visite  médicale,  qui  porte  sur  la  recherche 
non  seulement  de  la  tuberculose  et  des  maladies  contagieuses, 
mais  de  toutes  les  maladies  et  de  tous  les  troubles  de  santé  : 
les  malades  et  les  fatigués  sont  hospitalisés  et  soignés  dans 
d’excellentes  conditions  d’hygiène  et  de  confort  jusqu’à  ce 
qu’ils  soient  en  état  de  poursuivre  leur  voyage  sans  incon¬ 
vénients. 

Les  mêmes  soins  sont  pris,  à  leur  arrivée  à  Lyon,  pour  nos 
rapatriés  militaires. 

Ces  précautions  nous  permettent  de  ne  pas  retarder  le  retour 
en  France  tant  désiré  de  nos  compatriotes,  tout  en  les  mettant 
dans  les  meilleures  conditions  pour  éviter  les  complications  de 
la  grippe. 


1.  Soc.  méd.  des  Hôp.,Al  mai  1918. 


L’ÉPlDÉMiE  D’INFLUENZA.  DE  1918  5*3 


L’ÉPIDÉMIE  D’INFLÜENZA.  DE  1918 

par  M.  le  D--  ARNOLD  NETTER 

La  maladie  qui  fait  à  l’heure  présente  trop  de  victimes  en 
Europe,  et  dont  les  dernières  dépêches  annoncent  l’apparition  à 
l’extrétnité  méridionale  de  l’Afrique,  n’est  autre  que  l’influenza 
si  souvent  relevée  dans  les  annales  médicales. 

Le  terme  de  grippe  espagnole,  employé  couramment,  est  cer¬ 
tainement  impropre,  s’il  implique  qu’il  s’agit  d’une  maladie 
nouvelle  ou  s’il  doit  faire  penser  que  la  péninsule  ibérique  en  a 
été  le  point  d’origine  ou  le  foyer  d’élection.  L’histoire,' qui  si 
souvent  est  une  répétition,  a  déjà  vu  cette  même  dénominati(on 
employée  d’une  façon  aussi  injustifiée  dès  1580,  époque  où  les 
Allemands  désignaient  la  maladie  régnante  sous  le  nom  de 
«  Spanische  Ziep  ». 

En  nous  appuyant  sur  nos  observations  personnelles  recueil¬ 
lies  à  l’hôpital,  en  ville,  à  notre  foyer,  nous  établirons  qu’il 
s’agit  bien  de  l’influenza.  La  clinique  nous  montrera  les  carac¬ 
tères  identiques  àceu.x  qui  avaient  été  reconnus  dès  la  première 
apparition.  L’épidémiologie  fera  ressortir  la  mise  enjeu  des  con¬ 
ditions  de  propagation  surtout  mises  en  évidence  lors  de  l’épi¬ 
démie  de  1889.  La  bactériologie  démontrera  l’intervention  du 
coccobacille  que  Pfeiffer  nous  a  fait  connaître  en  1892. 

Après  avoir  ainsi  démontré  qu’il  s’agit  bien  de  l’influenza, 
nous  examinerons  les  objections  qui  ont  été  faites  de  divers 
côtés. 

Nous  essaierons  enfin  d’expliquer  les  différences  que  l’on  a 
cru  pouvoir  relever  entre  l’évolution  de  la  grippe  de  1918  et  celle 
de  1889. 


La  maladie  actuelle,  au  moment  de  son  apparition,  ne  révélait 
pas  un  caractère  de  gravité  réelle.  Survenant  brutalement,  pro¬ 
voquant  une  courbature  générale,  des  douleurs  intenses  dans  la 
tête  et  dans  les  membres,  elle  s’accompagnait  d’une  température 


Dr  ARNOLD  NETTER 


élevée.  L’appareil  respiratoire  et  le  tube  digestif  ne  participaient 
que  d’upe  façon  très  modérée  à  ce  tableau  symptomatique.  Une 
langue  saburrale  avec  enduit  plus  ou  moins  épais,  une  gorge 
rouge,  surtout  au  niveaü  des  piliers,  une  sensation  de  chatouille¬ 
ment  provoquant  parfois  une  toux  assez  pénible,  la  raucité  de 
la  voix  étaient  notées  chez  un  certain  nombre  de  sujets. 

La  maladie  durait  peu.  Au  bout  de  2  bu  3  jours,  en  général, 
la  fièvre  prenait  fin  assez  brusquement  et  le  malade  conservait 
seulement  une  fatigue  assez  vive  pendant  une  semaine  ou  davan¬ 
tage. 

La  constatation  de  ces  symptômes  chez  un  grand  nombre  de 
sujets,  dénotant  un  caractère  nettement  épidémique  et  même 
contagieux,  ne  laissait  aucun  doute  à  ceux  qui  avaient  gardé  le 
souvenir  de  l’épidémie  de  1889-1890. 

Notre  collègue  Chauffard’  avajt  cru,  avec  raison,  dévoir 
attirer  l’attention  de  la  Société  des  hôpitauxsur  ces  cas,  le  17  mai. 
M.  de  Massary,  nous-même,  nombre  des  collègues  du  front  et 
de  l’arrière  confirmaient  la  fréquence  du  mal  et  lui  donnaient  la 
même  interprétation.  Nous  pouvions  établir  que  la  maladieavait 
fait  son  apparition  à  Paris,  tout  au  moins,  à  la  fin  du  mois  d'avril. 

Comme  nous  étions  à  l’approche  de  l’été,  on  se  plut  à  espérer 
que  la  maladie  ne  se  compliquerait  pas  des  déterminations  sur 
l’appareil  respiratoire  qui  ont  fait  la  , gravité  de  l’épidémie 
de  1889-1890. 

Cet  espoir  a  malheureusement  été  déçu. 

Au  début  du  mois  de  juillet,  nousrecevions  dans  notre  service, 
à  l’hôpital  Trousseau,  trois  . enfants,  envoyés  d’une  pension  delà 
banlieue,  atteints  de  congestion  pulmonaire  et  de  broncho¬ 
pneumonie,  très  abattus  au  moment  de  l’admission  et  qui  cepen¬ 
dant  ne  tardèrent  pas  trop  à  se  rétablir  complètement.  Le  méde¬ 
cin  de  la  pension  avait  vu  dans  le  même  dortoir  trois  autres 
enfants  chez  lesquels  la  fièvre  s’était  accompagnée  de  vomisse¬ 
ments  et  de  diarrhée,  grippe  gastro-intestinale,  et  qu’il  ne  lui 
avait  pas  paru  nécessaire  d’hospilaliser. 

Mais  c’est  surtout  à  partir  du  milieu  du  mois  d’août,  qu’à 
l’hôpital  comme  en  ville,  nous  avons  vu  des  malades  de  plus  en 
plus  nombreux  présentant  les  types  les  plus  divers  de  détermi- 

1.  Bullelins  de  la  Soc.  méd.  des  Hôp.  de  Paris,  11  mai  1018. 


L’ÈPlDÈMIE  D  INFLUENZA  DE  1918  545 

nation  sur  l’appareil  respiratoire  :  trachéo-bronchites,  bronchites 
aiguës,  catarrhes  suffocants,  broncho-pneumonies  à  foyers  mul¬ 
tiples,  pneumonies  lobaires  ou  plutôt  pseudo-lobaires,  très  sou¬ 
vent  bilatérales,  pleurésies  à  épanchements  sanguinolents  ou 
séro-purulents  à  début  souvent  insidieux  et  prehant  très  vite  un 
développement  considérable.  La  gravité  de  ces  complications 
n’était  du  reste  pas  en  rapport  constant  avec  leur  intensité  et 
leur  extension.  Elle  tenait  surtout  à  l’atteinte  profonde  de  l’état 
général,  se  traduisant  par  une  asthénie  extrême  et  une  sorte  d’in¬ 
toxication  des  centres  nerveux  présidant  à  la  respiration  et  à  la 
circulation. 

L’appareil  gastro-intestinal  était  moins  en  cause.  Nous  avons 
cependant  noté  de  la  diarrhée,  des  selles  glaireuses,  sanguino-' 
lentes.  Dans  la  même  famille  une  malade  était  atteinte  d’une 
broncho-pneumonie  bilatérale,  tandis  que  sa  sœur  offrait  tous  les 
caractères  de  la  dysenterie  typique.  11  semble  bien  difficile  de 
ne  pas  voir  chez  cette  dernière  une  détermination  de  la  grippe. 
Ce  cas  est  loin  d’avoir  été  isolé. 

Convient-il  de  mettre  également  sur  le  compte  de  la  maladie 
régnante  les  nombreuses  dysenteries  dont  les  selles  ne  nous 
montraient  pas  de  bacilles  dysentériques  non  plus  que  lés 
.  amibes?  Nous  ne  saurions  nous  prononcer,  n’ayant  pas  eu  les 
moyens  de  poursuivre  nos  recherches  aussi  loin  que  nous  l’au¬ 
rions  fait  en  d’autres  circonstances. 

Quelques-uns  de  nos  malades  ont  présenté  des  phénomènes 
méningés  marqués,  raideur  de  la  nuque,  signe  de  Kernig,  tache 
cérébrale,  délire,  coma.  La  ponction  lombaire  dans  ces  cas  a 
donné  un  liquide  clair,  légèrement  hyperalbumineux,  renfermant 
peu  d’éléments  cellulaires. 

Dans  les  grandes  épidémies  antériëures,  l’inlluenza  a  toujours 
présenté  la  même  allure  protéiforme,  le  même  début  brutal  avec 
(les  formes  purement  nerveuses  et  fébriles,  l’apparition  ulté¬ 
rieure  de  déterminations  viscérales  portant  surtout  sur  l’appa¬ 
reil  respiratoire.  Graves  insiste -à  maintes  reprises  sur  l’ab¬ 
sence  de  relation  entre  la  gravité  du  mal  et  l’importance  des 
lésions  locales  des  poumons.  La  mort  pour  lui,  dans  ces  cas,  est 
le  fait  d’une  sorte  de  paralysie  du  poumon  et  du  cœur. 

La  maladie  de  191 S  est  essenliellemenl  conlaf/ieusc.  Elle  frappe 
habituellement  la  plupart  des  membres  d’une  même  famille.  Elle 
REV.  d’hYG.  XL  —  35 


S46 


D--  ARNOLD  NETTER 


fait  payer  un  large  tribut  au  personnel  médical,  aux  infirmiers. 

Nous  pouvons  aisément  appuyer  cette  affirmation  de  nos 
observations  personnelles. 

Deux  médecins  prennent  part  à  un  repas  aVec  un  jeune  homme, 
convalescent  de  grippe  depuis  3  jours.  Le  lendemain,  ils  sont 
pris  de  frissons,  de  douleur  de  tête,  de  courbature  générale,  de 
fièvre.  Leur  température  monte  à  39“6  et  se  maintient  à  ce 
niveau  pendant  3  jours.  Ils  se  remettent,  sans  avoir  présenté 
aucune  complication,  restant  «seulèment  fatigués  pendant  une 
semaine.} 

Une  surveillante  de  mon  service,  âgée  de  quarante  ans  ;  la 
plupart  des  infirmières,  âgées  de  moins  de  trente  ans,  sont 
'atteintes  .après  l’arrivée  de  malades  dans  mes  salles.  La  sur¬ 
veillante  succombe  à  une  pneumonie  adynamique,  précédée  de 
fièvre  vive,  avec  bronchite  diffuse.  , 

Avant  de  pouvoir  procéder-à  l’isolement  des  enfants  dans  une 
salle  spéciale,  nous  avons  dû  déplorer  un  nombre  important  de 
contagions.  ' 

Je  citerai  notamment  4  enfahls  soignés  dans  le  service  pour  la 
fièvre  typhoïde,  depuis  les  26,  27  août,  16  septembre,  chez  les¬ 
quels  les  premiers  signes  d’influenza  apparaissent  les  11,  18, 
21  septembre;  'une  jeune  tuberculeuse,  hospitalisée  depuis  le 
9  juillet;  un  petit  rachitique,  hospitalisé  depuis  le  16  juillet,  pris 
les  13  et  22  septembre,  une  fillette  entrée  pour  une  poliomyélite 
le  1"  septeinbre;  une  grande  fille  admise  pour  un  rhumatisme. 

,  Presque  tous  les  enfants  admis  pour  la  grippe  avaient  des 
frères  ou  sœurs  malades,  e^le  père  ou  la  mère  soignés  à  l’hô¬ 
pital  ou  en  ville. 

Dans  la  plupart  des  familles  où  nous  avons  été  appelé,  il  y 
avait  plusieurs  malades.  Nous  en  avons  vu  4,  6,  alités  simul¬ 
tanément  ou  successivement. 

,  A  la  fin  de  décembre  1889,  revenant  d’Égypte,  où  l’influenza 
n’avait  pas  encore  pénétré,  nous  avons  contracté  la  grippe 
dans  un  compartiment  de  chemin  de  fer  où  avait  séjourné, 
pendant  une  demi-heure,  un  malade  atteint  de  grippe.  L’incu¬ 
bation  fut  dé  18  heures.  L’enirée  de  trois  grippes  admises  à  la 
consultation  du  bureau  central  fut  suivie,  à  bref  délai,  de  l’ap¬ 
parition  de  l’influenza  chez  plusieurs  tuberculeux  hospitalisés 
depuis  plusieurs  semaines  à  l’hôpital  Saint-Louis. 


L’ÉPIDÉMIE  D’INFLUENZA  DE  19IS 


547 


AiU  moment  où  parut  l’influenza  de  1889,  la  bactériologie  nous 
avait  fait  connaître  les  agents  pathogènes  des  maladies  les  plus 
importantes.  Nous  avions  entre  les  mains  une  méthode^  une 
technique  éprouvées.  Elles  devaient  nous  mettre  en  mesure 
d’arriver  sans  retard  à  jine  solution, . 

Les  recherches  portèrent,  de  tous  côtés,  sur  les  produits  de 
l’e.xpectoration,  les  suppurations  des  séreuses,  le  sang, 
l’urine,  etc. 

Elles  permirent,  dès  le  début,  d’isoler  des  streptocoques,  des 
pneumocoques,  des  bacilles  encapsulés,  des  microcoques  ne 
retenant  pas  le  Gram.  Chacun  de  ces  agents  pathogènes  fut,  à 
l’époque,  incriminé.  Il  s’agissait  cependant  de  microbes  connus, 
présents  à.  l’état  normal  dans  la  bouche,  la  gorge,  le  nez.  Ils  ne 
pouvaient  être  les  agents  spécifiques.  Au  début  de  1892,  Richard 
Pfeiffer  donna  la  première  description  du  coccobacille,  dont  il 
affirmaitja  relation  avec  la  grippe.  C’est  un  petit  bâtonnet  très 
fin,  se  colorant  assez  difficilement  par  les  couleurs  basiques 
d’aniline,  qui  a  besoin  généralement  pour  se  développer  de  la 
présence  de  l’hémoglobine  du  sang.  Il  forme  des  petites  colonies 
très  fines,  très  brillantes,  d’abord  visibles  seulement  à  la  loupe, 
sans  tendance  à  la  confluence.  Inoculé  aux  singes,  il  détermine 
des  accidents  qui  rappellent  ceux  de  la  grippe.  Il  semble  agir 
surtout  en  produisant  une  toxine  dont  l’injection  provoque,  chez 
le  lapin,-des  symptômes  essentiels  de  la  maladie  humaine. 

La  découverte  du  coccobacille  a  été  faite  alors  que  l’épidémie 
était  à  son  déclin,  mais  sa  relation  avec  la  grippe  est  d’autant 
plus  plausible  qu’on  a  pu  le  déceler  dans  des  préparations  micro¬ 
scopiques  faites  en  1889.  Nos  protocoles  de  cultures  portent, 
dans  deux  cas  de  février  et  mars  1890,  la  mention  du  dévelop¬ 
pement  tardif  de  petites  colonies  transparentes,  formées  par  des 
bacilles  très  fins.  Grassberger  et  Meunier  ont  montré  que  le 
développement  du  bacille  de  Pfeiffer  sur  les  tubes  de  gélose  est 
favorisé  par  le  développement  antérieur  d’autres  espèces  micro¬ 
biennes  inoculées  simultanément. 

Si  les  pneumocoques,  .streptocoques,  etc.,  ne  sont  pas  les 
agents  spécifiques  de  l’influenza,  ilsjouentuji  rôle  important  dans 
ses  complications  et  le  coccobacille  favorise  leuraction  fâcheuse. 
Est-ce  en  exagérant  leur  pouvoir  pathogène  ou  en  diminuant  la 
résistance  de  l’organisme?  Faut-il  admettre  que  les  conditions. 


548 


D'^  ARNOLD  NETTER 


encore  indéterminées,  nécessaires  pour  le  retour  dea  pandémies 
grippales  agissent  également  sur  l’activité  des  micro-organismes 
hébergés  dans  les  premières  voies?  L’intervention  de  chacun  de 
ces  facteurs  est  vraisemblable. 

L’épidémie  de  1918  est  sous  la  dépendance  du  coccobacille  de 
Pfeiffer,  comme  l’était  celle  de  1889.  Cela  résulte  de  nos 
recherches  entreprises  avec  la  collaboration  de  mon  excëllent 
interne,  le  D''  Mozer,  aussi, bien  que  de  celles  d’autres  bactério¬ 
logistes  de  tous  pays. 

Nos  trois  malades  du  début  de  juillet  se  prêtaient  mal  à  ces 
recherches.  Comme  la  plupart  des  enfants,  ils  expectoraient  peu 
et  mal.  Les  crachats  obtenus  de  deux  d’entre  eux  étaient  à  peu 
près  salivaires  et  ne  montraient  que  des  pneumocoques.  Chez  le 
troisième,  l’ensemencement  du  sang  a  permis  d’obtenir  des  cul¬ 
tures  pures  de  bacille  de  Pfeiffer. 

La  recrudescence  de  la  fin  d’août  et  de  septembre  a  été  plus 
favorable  à  nos  recherches. 

Nous  avons  trouvé  le  bacille  de  Pfeiffer  16  fois  sur  26  dqns  les 
produits  de  l’expectoration  ;  5  fois  sur  7  dans  le  contenu  des 
bronches,  à  l’autopsie;  4  fois  sur  8  dans  le  suc  pulmonaire  retiré 
pendant  la  vie  ;  2  fois  sur  12  dans  les  hémocultures  ;  1  fois 
sur  10  dans  les  épanchements  purulents  de  la  plèvre. 

Les  pneumocoques  et  streptocoques  accompagnaient  le  cocco¬ 
bacille  ou  se  retrouvaient  dans  les  cas  où  on  ne  pouvait  déceler 
ces  derniers.  Les  streptocoques,  comme  en  1890,  existaient  dans 
la  majorité  des  épanchements  pleuraux.  Ils  étaient  tantôt  hémo- 
lysants,  tantôt  non  hémolysants.  Le  fait  de  n’avoir  pas  retrouvé 
les  coccobacilles  dans  beaucoup  de  cas  n’implique  nullement  leur 
absence.  Nombre  de  produits  d’expectoration  ne  se  prêtaient  pas 
aux  recherches.  La  plupart  des  malades  n’ont  pu  nous  fournir 
de  crachats  qu’une  seule  fois.  Deux  de  nos  résultats  positifs 
n’ont  été  obtenus  que  sur  les  produits  expectorés  la  seconde 
fois,  un  sur  ceux  crachés  la  troisième.  La  rareté  de  la  consta¬ 
tation  du  coccobacille  dans  le  pus.  des  pleurésies  est  plus 
naturelle  encore. 

Nous  n’hésitons  pas  à  conclure,  de  nos  recherches,  au  rôle 
essentiel  du  coccobacille  de  Pfeiffer  chez  nos  malades  de  1918. 


L’ÉIMDÉMIE  Ü’INFLUENZA  DE  1918 


549 


En  France,  Legroux  à  l’Inslitut  Pasteur,  Meunier  à  Pau, 
Antoine  et  Orticoni  ‘,  dans  un  laboratoire  d’armée,  ont  éga¬ 
lement  trouvé  le  coccobacille  dans  un  grand  nombre  de  'cas,  et 
lui  attribuent  la  même  importance.  ' 

En  Angleterre,  John  Maithews’  a'  obtenu  des  cultures  de 
coccobacille  chez  tous  ses  malades;  Yong  et  Griffiths,  32  fois  de 
41  expectorations. 

En  Allemagne,  üblenhuth  “  et  ses  collaborateurs  ont  obtenu 
des  cultures  dans  25  p.  100  des  crachats  et  dans  46,8  p.  100,  en 
utilisant  une  méthode  plus  favorable.  Simmonds*,  à  Ham¬ 
bourg;  Neisser",  sur  le  front,  constatent  également  la  grande 
fréquence. 

A  Budapest  %  on  aurait  signalé  sa  constance  chez  200  ma¬ 
lades. 

La  bactériologie  aussi  bien  que  l’épidémiologie  et  la  clinique 
concorderit  donc  ppur  affirmer  l’identité  de  la  maladie  de  1918 
avec  la  grippe  de  1889-1890. 

L’identité,  affirmée  le  17' mai  1918  à  la  Société  médicale  des 
Hôpitaux  de  Paris,  n’a  cependant  pas  obtenu  l’assentiment  géné¬ 
ral,  et  des  autorités  considérables  se  sont  élevées  dans  bien  des 
pays  contre  cette  assimilation;  elles  ont  invoqué  :  l’apparition 
insolite  de  l’épidémie  àl  la  fin  du  printemps,  l’existence  de  lésions 
anatomiques  particulières,  les  résultats  d’examens  bactériolo¬ 
giques.  •• 


11 

La  maladie  en  1918  aurait  fait  son  apparition  pendant  la  saison 
chaude,  à  l’opposé  de  ce  qui  s’est  passé  en  1889  et  dans  les  épi¬ 
démies  antérieures.  Cet  argument  qui  a  beaucoup  impressionné 
certains  médecins  aussi  bien  que  le  grand  public  pèche  déjà  par 
la  base.  La  maladie  a  certainement  débuté  avant  l’été.  Nous  en 


t.  Bull,  (le  l’AcaJ.  de  Médecine,  10  septembre  1918. 

2.  The  Lancel,  20  et  27  juillet  1918. 

3.  Medizinische  Klinik,  11  août  1918. 

4.  Münchener  med.  Wach.,  6  août  1918. 

5.  Münchener  med.  Woch.,  20  août  1918. 

6.  Deutsche  med.  Woch.,  l""  août  1918. 


I)>^  ARNOLD  NETTER 


avons  vu  personnellement  de  nombreux  cas  à  la  fin  du  mois 
d’avril,  et  on  a  lieu  de  croire  qu’il  en  existait  déjà  en  mars, 
sinon  'plus  tôt.  A  supposer  qu’en  1918  la  maladie  ait  débuté 
et  même  présenté  son  maximum  pendant  la  saison  chaude,  il 
ne  manque  pas  d’épidémies  de  grippe  ayant  débuté,  ou  ayant 
surtout  sévi  par  un  temps  chaud  et  sec.  A  Londres  '  la  grippe  a 
eu  son  maximum  fin  avril  en  1743,  en  septembre  et  octobre  1758, 
au  début  d’avril  1762,  en  mars  1782,  en  juin  1831. 

Au  début  de  la  grippe  de  1889,  beaucoup  de  médecins,  ceux 
notamment  qui  avaient  exercé  dans  les  colonies,  n’hésitaient 
pas  à  identifier  l’épidémie  avec  la  dengue  dont  notre  collègue 
de  Brun  avait  montré  la  marche  progressive  sur  les  rivages 
méditerranéens. 

En  1918,  Pittaluga’  en  Espagne,  Sampietro  ’  en  Italie,  Pires 
de  Lima,  Ramalhao  et  Carlo  França*  au  Portugal,  émettent 
l’idée  qu’il  s’agit  de  la  .fièvre  de  trois  jours,  influenza  estivale, 
dont  les  recherches  de  Ïaussïg”  et  Doerr”  ont  établi  les  rela¬ 
tions  avec  la  piqûre  des  phlébotomes.  • 

La  fièvre  pappataci,  qui  est  sans  doute  la  dengue  du  Levant,  et 
qui  a  sévi  sur  nos  troupes  aux  Dardanelles  et  en  Macédoine’, 
présente,  une  analogie  symptomatique  incontestable  avec  l’in- 
fluenza  non  codipliquée. 

Les  petites  dimensions  des  phlébotomes;  3  millimètres,  leurs 
mœurs  spéciales  (ils  sortent  seulement  au  crépuscule),  leur  per¬ 
mettraient  sans  doute  de  passer  inaperçus. 

Nous  accorderons  même  que  sj  les  phlébotomes  paraissent 
être  surtout  communs  dans  l’Europe  orientale,  on  les  a  signalés 
en  Italie,  en  Espagne,  au  Portugal,  qu’ils  ont  été  rencontrés  en 
France  dans  le  département  de  l’Hérault,  dans  les  Alpes-Mari¬ 
times  et  même  aux  environs  de  Lyon  et  de  Paris. 

Mais  le  début  de  l’épidémie  de  19i8  remonte  incontestable- 

,1.  Peacoek.  The  Influenza  or  épidémie  catarrhal  fever  of  1847-48. 
London,  1848. 

2.  Académie  de  Médecine  de  Madrid,  1'''  juin,  Siglo  inedico. 

3.  Annali  'd’igiene,  30  juin  1918. 

4.  A  Medicina,  moderna,  n»  296. 

5.  Wiener  Min.  Woch.,  190S. 

6.  Doerr,.  Franz  et  Taussig.  Vienne,  1908. 

T.  Sarraiihé.  Bull.  Soc.  pathologie  exotique,  13  décembre  1916. 


L’ÉPIDÉMIE  D’INFLUENZA  DE  1918 


551 


ment  au  moins^au  mois  d’avril,  elle  a  donc  précédé  l’apparition 
des  phlébotomes.  Les  piqûres  de  ces  insectes  sont  habituelle¬ 
ment  douloureuses  et  se  traduisent  par  des  réactions  locales 
qui  n’ont  pas  été  signalées  chez  les  malades.  Les  complications 
viscérales  et,  notamment,  les  localisations  du  côté  de  l’appa¬ 
reil  respiratoire,  si  communes  et  si  redoutables  à  l’heure 
présente,  n’ont  jamais  été  notées  dans  la  fièvre  pappataci.  Rap¬ 
pelons  enfin  la  courte  durée  de  l’incubation  parfois  inférieure  à 
24  heures,  alors  que  dans  lai  fièvre  pappataci  l’incubation  est 
de  4  à  8  jours. 

L’assimilation  de  la  fièvre  de  1918  avec  la  fièvre  à  phlébotome 
doit  donc  être  absolument  'rejetée,  comme  l’a  été  en  1889  celle 
de l’influenza  avec  la  dengue. 

Nombre  de  bactériologistes  et  d’anatomo-pathologistes  n’ont 
pas  constaté  le  coccobacille  ou  ne  l’ont  trouvé  que  tout  à  fait 
exceptionnellement:  Denier*,  en  France;  Lubarsh',  Schôpfler, 
Friedemann,  à  Berlin;  Mandelbaum ”,  Grub'er,  Oberdoerffer, 
à  Munich  ;  Selter,  à  Kœnigsberg;  Kolle,  à  Francfort  ;  Hirschbruch, 
à  Metz;  Bernhardt,  à  Slettin;  Glass  et  Frietzsche,  à  Bâle'*; 
Little,  Garofalo  et  Williams  “,  en  Angleterre;  Coca  et  Zapata,  à 
Madrid;  Saccone,  à'  Tarante °.  Mais  beaucoup  de  ces  constata¬ 
tions  ont  été  faites  à  la  suite  d'autopsies,  et  dans  ces  cas  la  mort 
était  dueià  des  infections  secondaires.  On  est  en  droit  d’imputer 
les  résultats  négatifs  à  l’insuffisance  de  la  technique  mise  en 
«euvre,  d’autres  observateurs  plus  avertis  ayant  obtenu  des 
résultats  positifs  à  peu  près  constants  dans  les  mêmes  localités, 
et  cela  aussi  bien  en  Espagne  et  en  Italie  gu’en  France,  Angle¬ 
terre  ou  Allemagne. 

Les  anatomopathologistes  ont  insisté  sur  les  lésions  pulmo¬ 
naires  spéciales  à  l’épidémie  de  1918,  apparence  infarctoïde, 
tendance  aux  hémorragies,  ^  la  gangrène,  fréquence  des  pleu¬ 
résies  purulentes,  présence  de  moules  bronchiques.  Ces  diverses 

1.  Bull,  de  l’Académie  de  Médecine,  10  septembre  1918. 

2.  Berliner  klin.  Wochenschrift,  12  août  1918. 

3.  Münchener  med.  Woch.,  23  juillet  1918. 

4.  Coii-espondemblalt  filr  Schweizer-Ærzte,  24  août  1918. 

5.  The  Lancet,  13  juillet  1918. 

0.  Ann.  di  med.  nav.  e  col.,  mai-juin  1918. 


532 


D--  ARNOIJ  )  NETTE  B 


lésions  ,  ont  été  vues  en  4890  et  dès  1847.  Nonaf  attirail 
l’attention  sur  la  fréquence  des  fausses  membranes  bron¬ 
chiques.  ' 

En  1889,  on  a  pu  suivre  très  nettement  la  marche  de  l’épidé¬ 
mie  d’abord  constatée  dans  le  Turkestan,  gagnant  successive¬ 
ment  la  Ru.ssie,  l’Allemagne,  la  France,  traversant  les  mers  à  la 
faveur  des  relations  par  paquebots. 

Il  n’est  pas  nécessaire  de  dire  pourquoi  il  n’a  pas  été  fait  de 
constatations  analogues  en  1918  où  les  relations  de  pays  à 
pays,  et  même  entre  les  diverses  localités  d’un  même  pays,  ont 
été  singulièrement  plus  entravées  et  où  les  chiffres  fournis  par 
les  statistiques  ne  pouvaient  être  comparés  ceux  de  la  moyenne 
des  années  antérieures.  L’intervention  des  internés  dans  la 
propagation  de  la  maladie  en  Suisse,  celle  des  rapatriés  dans  la 
diffusion  de  certains  foyers  en  France,  la  contamination  des 
recrues  ont  été  cependant  très  évidentes. 

Dan^  noire  article  «  grippe  »  du  Traité  de  médecine  et  de  thé¬ 
rapeutique  de  Brouardel  et  Gilbert,  en  1895,  nous  nous  préoccu¬ 
pions  des  relations,  des  pandémies  grippales  avec  les  épidémies 
plus  circonscrites,  d’apparitions  plus  fréquentes,  et  nous  étions 
disposé  à  admettre  que  ces  manifestations  pouvaient  être  sous 
la  dépendance  du  même  agent  pathogène. 

Au  cours  de  l’année  1917,  voire  même  en  1916,  l’existence  de 
petits  foyers  de  grippe  compliquée  souvent  de  déterminations 
gravés  sur  l’appareil  respiratoire  a  fait  l’objet  de  communica¬ 
tions  intéressantes. 

Nous  citerons  notamment  le  mémoire  de  Hammond,^  Rolland 
et  Shore*  qui  ont  étudié  une  petite  épidémie  dans  un  camp 
de  base  anglais  au  nord  de  la  France,  et  celui  d’Abrahams, 
Hallows,  Eyre  et  French’,.qui  a  eu  pour  point  de  départ  une 
épidémie  au  camp  d’Aldershot.  Dans  ces  deux  épidémies  où  la 
mortalité  a  été  considérable,  le  coccobacille  a  été  trouvé 
d’une  façon  à  peu  p'rès  constante,  12  fois  su,r20  par  les  premiers, 
7  fois  sur  8  par  les  seconds.  Le  travail  de  Lewinlhal'  montre 

1.  Archives  générales  de  médecine,  1847. 

2.  The  Lancet,  14  juillet  1917. 

3.  The  Lancet,  8  septembre  1917. 

4.  Zeitschrift  filr  /f^/(;^ene^LXXXVI,  mai  1918. 


l’OSSE  A  FUMIEIJ  SaXS  .MOLCHES 


5S3 


que  dans  une  région,  au  moins,  occupée  par  l’armée  allemande 
il  existait  des  conditions  analogues. 

Ces  constatations  ont  certainement  une  grande  valeur.  Elles 
confirment  à  notre  sens  la  phrase  par  laquelle  nous  terminions 
notre  article  déjà  mentionné.  / 

«  En  tout  état  de  cause,  la  grippe  épidémique,  grippe- 
influenza,  conservera  son  individualité  pour  tous  ceux  auxquels 
il  a  été  donné  d’assister  à  une  pandémie  analogue  à  l’une  de 
celles  que  nous  avons  rappelées  au  début  de  ce  chapitre.  » 

La  leçon  de  1918  ne  sera  pas  plus  perdue  que  celle  de 
1889-90. 


FOSSE  A  FUMIER  SANS  MOUCHES 

par  MH.  les  D'">  EDMOND  SERGENT  et  A.  EHËRITIER, 
Institut  Pasteur  d’Algérie. 


La  fosse  à  fumier  de  l’Institut  Pasteur  d’Algérie,  construite 
en  1912,  fonctionne  depûis  six  ans  sans  avoir  formé  de  gîtes  à 
larves  de  Mouches. 

Cette  fosse  se  compose  de  deux  cuves  jumelles  bien  closes, 
qui  fonctionnent  alternativement  :  pendant  que  l’une  est  en 
cours  de  remplissage  par  du  fumier  frais^  l’autre  mûrit  à  l’abri 
de  l’air  le  fumier  qui  la  remplit. 

Les  deux  fosses  jumelles,  cubiques,  de  14  mètres  carrés 
environ  chacune,  sont  construites  en  ciment  armé  contre  un 
mur  de  soutènement,  sur  des  piliers  dont  la  disposition  permet 
de  pousser  un  tombereau  au-dessous  d’elles.  Chaque  fosse  a 
deux  trappes  horizontales  à  sa  face  supérieure  et  une  porte 
verticale  à  sa  face  antérieure;  ces  deux  ouvertures  sont  fermées 
.  par  une  plaque  de  tôle  débordante. 

Des  brouettes  viennent  jeter  deux  fois  par  jour  le  fumier  des 
écuries  par  la  trappe  supérieure  de  l’une  des  fosses,  par  exemple 
la  fosse  A.  La  fermentation  du  fumier  dans  cette  cuve  bien 
fermée  dégage  une  chaleur  très  forte  (maximum  marqué  par 
un  thermomètre  placé  au  centre  de  la  fosse  à  fumier  =  94“)'. 


FOSSE  A  FUMIER  SANS  MOUCHES 


555 


Au  bout  de  dO  à  la  jours,  la  fosse  A  est  pleine.  On  n’y  touche 
plus  et  elle  reste  bien  fermée,  pendant  que  l’on  commence  à 
remplir  de  la  même  façon  la  fosse  B.  Quand  cette  seconde 
fosse  B  est  pleine,  c’est-à-dire  après  encore  10  jours,  on  vide  le 
fumier  de  la  fosse  A  dans  un  to.mbereau  introduit  entre  les 
piliers  qui  supportent  la  fosse,  directement  sous  la  porte  verti¬ 
cale.  Ce  fumier,  après  8  jours  seulement  de  fosse,  est  bien  mûri 
par  ses  fermentations  et  devenu  très  bon,  disent  les  jardiniers. 


A,  Gouttières  et  tuyaux  recueillant  l’eau  de  condensation  venant  de 
la  porte  de  tôle  et  la  reconduisant  au  puisard. 

B,  Tuyau  conduisant  le  purin  dans  un  puisard. 


Le  purin  est  recueilli  au  fond  de  chaque  fosse  par  un  tuyau 
qui  le  conduit  à  un  puisard  clos,  d’où  on  le  récupère  à  volonté. 

Une  bonne  occlusion  empêche  l’entrée  des  Mouches  dans  les 
cuves.  De  plus,  la  chaleur  développée  à  l’intérieur  par  les  fer¬ 
mentations  est  incompatible  avec  la  vie  des  insectes.  On  ne 
trouve  pas  d’œufs  ni  de  larves  dans  les  cuves,  sauf  parfois  sur 
le  bord  inférieur  des  plaques  de  tôle  verticales,  servant  de 
portes,  dont  la  température  est  moins  élevée  que  celle  du  reste 
de  la  fosse.  D’autre  part,  on  a  voulu  voir' comment  se  compor¬ 
taient  les  Mouches  à  l’égard  du  vieux  fumier  retiré  des  fosses. 


556 


D--  BOÜRDINIÉRE 


En  septembre  et  octobre,  un  tas  de  fumier  chaud,  humide,  noir, 
sortant  d’une  cuve  est  exposé  à  l’air  :  les  Mouches  viennent, 
mais  on  n’a  pas  pu  trouver  de  pontes. 

En  résumé,  par  l’alternance  de  fonctionnement  de  deux 
fosses  closes,  on  met  à  l’abri  de  l’air  tout  le  fumier  frais  pro¬ 
duit  à  l’Institut  et  on  ne  livre  à  l’épandage  que  du  vieux  fumier, 
peu  propice  à  l’évolution  des  Mouches. 

La  construction,  d’après  ces  principes,  d’une  fosse  à  fumier 
double,  à  fonctionnement  alternatif  est  surtout  indiquée  pour 
l'intérieur  des  villes.  On  en  modifiera  lés  dispositions  suivant 
les  conditions  locales.  Nous  avons  mis  à  profit,  à  l’Institut 
Pasteur  d’Alger,  la  pente  du  terrain,  mais  nous  avons  pu  faire 
construire  une  fosse  double  du  même  modèle  sur  un  terrain 
plat  au  Palais  d’été  du  gouverneur  général,  à  Mustapha,  où 
elle  fonctionne  avec  succès  depuis  plus  d’un  an. 


LE  NOUVEL  ARMEMENT  ANTITUBERCULEUX 
ET  LE  CONCOURS  DU  CORPS  MÉDICAL. 
l’utiusation  de  certains  uopitaux  communaux 

COMME  STATIONS  SANITAIRES. 

par  M.  le  médecin  aide-major  BOURDINIËRE,  ' 

Prolesseur  suppléant  à  l’École  de  Médecine  de  Rennes, 
Inspecteur  départemental  d’Hygiène,. 

La  guerre  a  été  l’occasion,  semble-t-il,  de  la  mise  au  point 
d’un  programme  véritablement  pratique  et  raisonné  de  lutte 
antituberculeuse.  Finies  les  discussions  entre  partisans  de 
telle  ou  telle  méthode  de  traitement  «  d’où  ce  n’était  pas,  dit 
Faisans,  le  bacille  de  Koch  qui  sortait  le  plus  meurtri  ». 

Après  la  guerre,  nous  aurons  Jes  Dispensaires  d’Hygiène 
sociale  et  de  préservation  antituberculeuse.  Ce  doit  être  la  base 
même  de  l’édifice  antituberculeux.  C’est  à  la  fois  une  forma¬ 
tion  de  dépistage,  de  triage,  de  traitement  de  la  tuberculose, 


•  557 


•  LE  NOUVEL  ARMEMENT  ANTITUBERCULEUX 

d’une  importance  considérable  à  cause  de  ses  ramifications 
dans  toutes  les  autres  œuvres  sociales.  On  les  crée  ou  on  les 
créera  à  peu  près  partout. 

Nous  aurons  des  sanatoria.  On  en  a  déjà  fait  et  surtout  on 
se  propose  d’en  faire.  Chaque  département  veut  avoir  le  sien 
ou  s’associer  avec  son  voisin  pour  èn'avoir  un. 

Des  Comités  d’assistance  aux  .tuberculeux  militaires  ont  é,té 
créés  dans  chaque  département  qui  continueront  leurs  services 
après  la  guerre. 

Bn  général,  il  est  assez  facile  de  créer  une  œuvre,  il  est  beau¬ 
coup  plus  difficile  de  continuer  cette  œuvre  et  de  lui  faire  rendre 
les  services  qu'elle  est  appelée  à  rendre.  Il  faut  avouer  que, 
avant  la  guerre,  les  essais  tentés  dans  cette  voie  n’ont  rendu 
que  des  services  infimes.  En  sera-t-il  de  pême  après  la  guerre? 

Deux  choses,  à  notre  avis,  conditionnent  le  succès  futur  de 
ces  services  :  la  nécessité  du  concours  du  corps  médical  et  la 
nécessité  d’atteindre  la  masse  des  tuberculeux.  Ces  deux  con¬ 
ditions  sont  dépendantes  l’une  de  l’autre;  car,  obtenir  le  con¬ 
cours  actif  et  efficace  du  corps  médical,  c’est  être  sûr  d’atteindre 
la  masse  des  tuberculeux. 

Sur  la  nécessité  du  concours  médical,  les  auteurs  de  la  loi 
sur  les  Dispensaires  d’hygiène  sociale  sont  unanimes.  C’est 
M.  Léon  Bourgeois  qui  écrit  :  «  Au  premier  rang  de  nos  colla¬ 
borateurs  ;  les  médecins.  Nous  ne  pouvons  rien  faire  sans  le . 
concours  du  corps  médical  et  il  faut  nous  garder  soigneuse¬ 
ment  de  toute  mesure  qui  pourraitporter  atteinte  aux  légitimes 
intérêts  d’une  profession  qui  exige  tant  de  dévouement,  tant 
de  science  et  qui  donne  malheureusement  trop  souvent  si  peu 
•  d’avantages  matériels  à  ceux  qui  s’y  sont  consacrés.  »  «  Il  est 
de  toute  nécessité,  dit  le  ministre  de  l’Intérieur,  pour  que  l’ap¬ 
plication  de  la  loi  puisse  se  faire  dans  les  conditions  de  succès 
désirable  que  le  concours  du  corps  médical  soit  acquis.,»  En 
effet  qui  voit,  qui  dépiste,  qui  dirige  le  tuberculeux?  Ce  ne  peut 
être  que  le  médecin.  De  plus,  il  est  une  règle  bien  établie  :  la 
tuberculose  qui  guérit  est  surtout  celle  qui  est  traitée  à  son 
début.  Il  est  non  moins  indiscutable  que  l’éducation  antitu¬ 
berculeuse  doit  être  faite  le  plus  tôt  possible  pour  toutes  sortes 
de  raisons  dont  la  contagion  est  l’une  des  principales.  Jamàis 
la  parole  de  Landouzy  n’a  été  si  vraie  :  «  Pour  aucune  maladie 


D'  BOURDINIÈRE 


autant  que  pour  la  tuberculose,  le  praticien  n’aura  occasion 
de  remplir  son  rôle  de  conservateur  de  la  santé  publique.  » 

Il  faut  donc  entraîner  la  conviction  des  praticiens  sur  l’uti¬ 
lité  du  dispensaire,  du  sanatorium,  de  l’éducation  et  de  l’assis¬ 
tance  des  tuberculeux.  Beaucoup  ne  croient  pas  à  leur  effica¬ 
cité  ni  même  à  leur  utilité.  Il  faudrait  que  les  moyens  de  lutte 
antituberculeuse  non  seulement  ne  nuisent  pas  à  leurs  intérêts, 
mais  servent  ces  intérêts  en  constituant  entre  leurs  mains  un 
véritable  moyen  de  diagnostic  et  de  traitement.  11  est  néces¬ 
saire  que  le  plus  grand  nombre  possible  de  praticiens  contri¬ 
buent  au  fonctionnement  des  dispensaires.  On  devra  leur  faci¬ 
liter  le  diagnostic  précoce  de  la  tuberculose  en  mettant  à  leur 
disposition  toutes  les  ressources  de  la  bactériologie  et  de  la 
radiographie.  Il  faudrait  qu’ils  puissent  suivre  leurs  malades. 
Le  choix  des  infirmières-visiteuses  à  domicile  devra  être  fait 
avec  un  soin  particulier  pour  qu’elles  agissent  toujours  en 
vraies  collaboratrices  du  médecin-traitant.  Tant  vaut  le  méde¬ 
cin,  tant  vaut  le  sanatorium,  a-t-on  dit.  On  pourrait  dire  éga¬ 
lement  ;  tant  vaudront  les  médecins,  tant  vaudront  les  moyens 
de  lutte  antituberculeuse.  C’est. la  masse  des  praticiens  qu’il 
faut  convaincre  et  entraîner  en  l’intéressant  à  la  lutte.  Ils 
craignent  déjà  que  la  mise  en  œuvre  de  ces  moyens  n’aboutisse 
à  la  création  de  monopoles  nuisibles  à  leurs  intérêts  person- 
-nels. 

Il  faut  que  les  œuvres  antituberculeuses  pénètrent  la  masse 
des  tuberculeux  et  ne  réduisent  pas  leur  action  au  traitement 
de  quelques  unités. 

Ce  sera  probablement  un  travail  de  longue  haleine,  car  on 
demande  deux  choses  :  que  les  tuberculeux  se  traitent  et 
fassent  leur  éducation  antituberculeuse.  Les  deux  ne  se  feront 
bien  que  si  le  malade  fait  un  séjour  dans  le  sanatorium  ou  la 
station  sanitaire.  On  sait  que  l’armée  a  établi  des  hôpitaux- 
sanatoriums  pour  ses  tuberculeux  et  qu’il  existe  des  stations 
sanitaires  relevant  du  ministère  de  l’Intérieur  où  les  tubercu¬ 
leux  réformés  viennent  passer  un  séjour  de  trois  mois  pour 
faire  leur  éducation  antituberculeuse.  Entre  les  deux,  la  diffé¬ 
rence  n’est  pas  considérable  puisque  l’on  pense  à  utiliser  après 
la  guerre  comme  sanatoria  certaines  stationîf  sanitaires.  Cepen¬ 
dant  le  sanatorium  sera  un  établissement  de  cure  tout  comme 


LE  NOUVEL  ABMEMENT  ANTITUBERCULEUX 


on  le  concevait  primitivement  avec  traitement  tout  le  temps 
nécessaire  à  la  guérison  ;  la  station  sanitaire,  telle  que  l’a  con¬ 
sidérée  le  ministère  de  l’Intérieur,  serait  surtout  une  maison 
d’éducation  hygiénique  et  principialement  d’éducation  anti¬ 
tuberculeuse. 

C’est  dans  l’utilisation  de  ces  stations  sanitaires,  dans  leur 
choix  minutieux  et  leur  répartition  sur  l’étendue  de  chaque 
département  que  nous  voyons  un  moyen  de  lutte  susceptible 
de  rendre  des  services  considérables. 

Avec  la  guerre,  l’obligation  imposée  aux  militaires  d’y  faire 
un  séjour  disparaîtra.  Une  difficulté  énorme  surgira  alors  : 
comment  faire  accepter  par  le  tuberculeux  le  séjour  dans  ces 
établissements?  Quelques-uns  en  comprendront  les  avantages, 
la  plupart  non.  Rien  n’est  plus  difficile  à  obtenir,  répètent  les 
praticiens,  comme  l’isolement  du  tuberculeux.  Une  des  princi¬ 
pales  raisons  est  l’éloignement  de  sa  famille.  C’est  pourquoi 
nous  pensons  que  l’établissement  dans  chaque  département 
de  stations  sanitaires,  judicieusement  choisies  et  réparties, 
serait  susceptible  d’attirer  plus  facilement  les  malades  tuber¬ 
culeux.  11  faudrait  que  les  malades  les  trouvent  en  quelque 
sorte  SOU&  la  main  et  aussi  les  médeiÿns,  qui  pourraient  les 
faire  accepter  beaucoup  plus  facilement  et  qui  pourraient 
même  suivre  l’évolution  de  la  maladie.  C’est  une  des  raisons 
qui  nous  font  préconiser  l’utilisation  de  tout  ou  partie  de  cer¬ 
tains  de  nos  hôpitaux  communaux  ou  cantonnaux  qui,  depuis 
un  certain  nombre  d’années,  se  sont  élevés  en  maints  endroits 
dans  nos  campagnes.  Quelquefois  vides,  ils  ne  sont  occupés  le 
plus  souvent  que  par  quelques  vieillards.  Certes,  il  y  aurait  un 
gros  tri  à  faire;  quatre  ou  cinq  suffiraient  sans  doute  par 
département,  on  les  choisirait  suivant  les  besoins.  Qui  ne  voit 
combien  la  tâche  serait  facilitée  au  médecin  pour  faire  accep¬ 
ter  au  malade  un  séjour  de  quelques  semaines  ou  de  quelques 
mois  dans  une  station  voisine  de  son  domicile  et  comme  le 
malade  accepterait  plus  volontiers  de  quitter  sa  famille  qui 
aurait  toute  facilité  de  le  voir?  Ces  petits  hôpitaux,  et  il  y  en  a 
de  superbes  et  de  très  modernes,  pourraient  constituer  des 
stations  sanitaires  de  premier  ordre  où  l’éducation  hygiénique 
et  surtout  antituberculeuse  pourrait  être  donnée  de  la  meil- 


560  Dr  BOURDIN  1ÈRE 

leure  manière.  Cette  utiljsation  exigerait  évidemment  l’en¬ 
tente  et  la  bonne  volonté  des  Administrations  diverses. 

On  ne  manquera  pas  d’objecter  que  c’est  une  erréur  de  dis¬ 
séminer  les  efforts  et  de  tendre  à, créer  des  poussières  de  sana¬ 
toriums  trop  petits,  trop  nombreux,  trop  onéreux.  Ces  stations 
sanitaires  ne  doivent  pas  empêcher  la  création  du  sanatorium 
établi  suivant  les  grands  préceptes.  Les  petits  hôpitaux  choisis 
dont  nous  parlons  seraient  surtout  des  maisons  d’éducation 
antituberculeuse  où  le  malade  ne  pourrait  faire  qu’un  court 
séjour.  Ils  présenteraient,  à  notre  avis,  l’avantage  pour  le 
malade  d’être  à  sa  portée  et  d’être  plus  facilement  accepté,  et 
pour  le  médecin  une  grande  facilité  pour  l’imposer  à  son 
malade  et  pour  le  suivre.  En  outre,  il  pourrait  résulter  entre 
les  établissements  une  émulation  favorable  à  l’intérêt  général. 

La  question  du  personnel  spécialisé  pourra  sembler  inso¬ 
luble  à  quelques-uns.  Nous  n’en  croyons  rien.  La  guerre  a 
amplement  démontré  ce  que  l’on  peut  faire  du  personnel  fémi¬ 
nin  bien  choisi  et  bien  dressé.  Évidemment  ce  personnel  rece¬ 
vrait  une  instruction  spéciale,  mais  rien  n’est  plus  facile. 
Quant  au  pefsonnel  médical,  nul  doute  qu’il  ne  se  prêle  à  une 
instruction  spéciale  s’il  est  nécessaire. 

En  résumé,  le  problème  de  la  lutte  antituberculeuse  est 
entré  dans  la  période  de  réalisation  pratique  par  la  création 
large  de  dispensaires  d’hygiène  sociale  et  de  préservation 
antituberculeuse  et  de  .sanatoria.  Deux  conditions  sont  néces¬ 
saires  au  succès  :  le  concours  actif  et  efficace  du  corps  médi¬ 
cal  qu’on  doit  obtenir  en  le  faisant  contribuer  le  plus  large¬ 
ment  possible  aux  services  des  dispensaires,  en  mettant  à  sa 
disposition  tous  les  moyens  de  diagnostic  précoce  de  la  tuber¬ 
culose,  en  l’entourant  dans  la  personne  des  infirmières-visi¬ 
teuses  de  véritables  collaboratrices,  en  lui  permettant  de  suivre 
ses  malades  dans  les  sanatoria  et  surtout  dans  les  stations 
Sanitaires;  la  nécessité  d’atteindre  la  masse  des  tuberculeux 
pour  leur  faire  suivre  un  traitement  précoce  et  faire  leur  édu¬ 
cation  antituberculeuse.  C’est  à  ce  double  point  de  vue  que 
nous  préconisons  l’utilisation  comme  station.s  sanitaires  de  cer¬ 
tains  de  nos  hôpitaux  communaux,  judicieusement  choisis,  à 
portée  du  malade  et  du  médecin,  munis  d’un  personnel  fémi- 


ASSISTANCE  AUX  SOLDATS  TUBERCULEUX  RÉFORMÉS  361 

nin  facile  à  instruire  et  à  trouver  et  sous  la  surveillance  d’un 
personnel  médical  auquel  il  serait  facile  d’acquérir  les  notions 
spéciales  nécessaires. 


REVUE  GÉNÉRALE 


L’ŒUVRE  DES  COMITÉS  DÉPARTEMENTAUX 

-  D’ASSISTANCE  AUX  SOLDATS  TUBERCULEUX  RÉFORMÉS 

Du  fait  de  la  guerre,  le  grave  problème  de,la  lutte  contre  la 
tuberculose  prend  actuellement  en  notre  pays  un  intérêt  parti¬ 
culièrement  pressant. 

C’est  que  la  tuberculose  qui,  avant  1914,  causait  en  France 

—  total  déjà  énorme  —  plus  du*  dixième  de  la  mortalité  géné¬ 
rale  85.000  décès  sur  700.000  en  chiffres  ronds,  chaque 
année  —  se  trouve  aujourd’hui  avoir  singulièrement  étendu 
son  dohaaine. 

Rien  n’est  moins  pour  surprendre? 

En  raison  des  nécessités  militaires,  beaucoup  de  tuberculeux 
durent  être  mobilisés. 

De  ceux-ci,  assurément,  quelques-uns  ont  amélioré  leur  état, 
grâce  à  la  vie  incessante  au  grand  air  à  laquelle  ils  se  sont 
trouvés  obligatoirement  soumis.  Mais,  hélas!  ces  privilégiés 
ont  été  l’exception.  Plus  nombreux  infiniment  furent  ceux  dont 
l’état,  par  suite  des  circonstances  d’existence,  sous  la  pluie, 
sous  la  neige  de  l’hiver  et  sous  toutes  les  intempéries,  s’est 
rapidement  et  fortement  aggravé.  Nombreux  aussi  ont  été 
ceux  de  résistance  physique  médiocre  qui,  partis  sains,  cepen¬ 
dant,  n’ont  pas  tardé  à  se  contaminer  et  sont  à  leur  tour  deve¬ 
nus  des  malades  redoutables. 

Mais,  ces  soldats  tuberculeux,  ou  qui  le  sont  devenus  du  fait 
des  circonstances  nouvelles  d’existence  créées  pour  eux  par  la 
guerre,  ne  sont. point  seuls  à  l’être.  A  côté  d’eux  encore,  se 
trouvent  en  nombre  considérable  des  infortunés  sur  qui  les 
conditions  de  vie  actuelle  ont  également  exercé  une  action 
fqneste  leur  ayant  valu  de  devenir  une  proie  tout  indiquée 
REV.  D’hyG.  XL  —  36 


562 


D>'  G.  VITOUX 


pour  la  q,ODlagion.  Ce  sont,  notamment,  nos  malheureux  com¬ 
patriotes  des  régions  envahies  condamnés  durant  de  longs 
mois  à  subir  des  privations  et  des  misères  excessives.  Ce  sont 
aussi  les  soldats  prisonniers  parqués  en  Allemagne  dans  des 
camps  surpeuplés  et  dans  les  pires  conditions  d’hygièile,  en 
règle  courante  très  insuffisamment  alimentés  et  cependant 
astreints  le  plus  souvent  à  un  labeur  épuisant. 

Aussi,  de  ces  multiples  victimes  de  la  guerre,  civils  ou 
soldats,  combien,  parmi  ceux  rapâlriés,  rentrent  aujourd’hui 
chez  nous  tuberculeux  profondément,  qui  étaient  sains  et 
robustes  naguère. 

Telle  est  la  situation  peu  encourageante,  certes,  mais  non  pas 
sans  issue. 

Cette  situation,  naturellement,  commande  des  mesures  par¬ 
ticulières  pour  lutter  efficacement  contre  le  danger  menaçant. 

De  toutes  les  maladies,  disait  Grancher,  la  tuberculose  est  la 
plus  curable. 

Et,  de  fait,  avant  la  guerré',  l’expérience  montrait  qu’il  avait 
raison.  Grâce  à  des  soins  appropriés,  en  tous  les  pays  d’Eu¬ 
rope,  notamment  en  Allerhagne,  en  Angleterre,  pays  cepen¬ 
dant  moins  favorisés  que  le  nôtre  au  point  de  vue  des  condi¬ 
tions  climatériques,  la  tuberculose  avait  notablement  régressé, 
si  bien  qu’alors  ijue  le  taux  de  la  mortalité  tuberculeuse  glo¬ 
bale  par  100.000  habitants,  descendu  à  21  en  France,  s’abaissait 
à  15  en  Allemagne  et  tombait  à  13  seulement  en  Angldtérre. 

De  tels  chiffres  montrent  sans  réplique  tout  ce  qu’on  peut 
attendre  de  la  mise  en  œuvre  des  réglés  strictes  de  l’hygiène 
pour  lutter  utilement  contre  la  tuberculose. 

Cette  lutte,  si  nécessaire  pour  la.santé  publique,  est  du  res.te 
aujourd’hui  sérieusement  entreprise. 

Dès  les  premiers  temps  de  la  guerre,  un  maître  éminent, 
M.  le . professeur  Landouzy,  justement  ému  de  la  situation 
pitoyable  où  allaient  se  trouver  placées  toutes  les  victimes  de 
la  tuberculose  et  sérieusement  alarmé  du  danger  grave  que 
tous  ces  «  blessés  de  la  tuberculose  »,  comme  il  disait,  allaient 
faire  courir  au  pays  tout  entier,  avait  attiré  l'attention  sur 
cette  question  si  importante  en  la  portant,  dès  le  5  mars  1915, 
devant  la  «  Commission  permanente  de  la  Tuberculose  »  insti¬ 
tuée  au  ministère  de  l’Intérieur,  qui,  sans  retard,  en  poursuivit 
l’examen  et  la  solution. 

D'autre  part,  le  21  mars  de  la  même  , année,  la  Chambre,  sur 
la  proposition  du  député  André  Honnorat,  invitait  le  gouver¬ 
nement  à  assurer  aux  militaires  réformés  pour  tuberculose 


ASSISTANCE  AUX  SOLDATS  TUBERCULEUX  RÉFORMÉS  563 

l’éducation  et  les  soins  nécessaires  ;  puis,  M.  Léon  Bourgeois 
provoquait  entreras  ministères  de  la  Guerre  et  de  l’Intérieur 
un  accord  aux  termes  duquel  ce  dernier  se  chargeait  de  recueil¬ 
lir  et  de  soigner  les  soldats  tuberculeux  en  instance.de  réforme, 
soldats  auxquels  le  ministère  de  la  Guerre  devait  allouer  une 
indemnité  journalière  de  3  francs  pendant  une  durée  de  trois 
mois. 

Mais,  ce  n’est  pas  tout!  D’autres  initiatives  ayant  toutes  ce 
même  but  de  combattre  la  tuberculose  allaient  encore  se  mani¬ 
fester. 

C’est  aiqsi  que,  le  22  août  1913,  M.  J.  Brisac,  directeur  de 
l’Assistance  publique  au  ministère  de  l’Intérieur,  faisait  adop¬ 
ter  par  la  Commission  permanente  de  la  tuberculose  un  rap¬ 
port  dans  lequel  il  présentait  tout  un  plan  d’organisation 
de  stations  sanitaires  devant  permettre  d’assurer  le  fonction¬ 
nement  des  services  réclamés  par  MM.  Ilonnorat  et  Bourgeois; 
que  le  18  octobre  de  la  même  année  se  trouvait  promulguée, 
sur  la  proposition  de  M.  André  Honnorat,  la  loi  portant  ouver¬ 
ture  pour  ce  même  objet  d’un  crédit  de  2.000.000,  et  que  le 
ministère  de  la  Guerre,  enfin,  créait  «  des  hôpitaux  sanitaires 
régionaux  destinés  à  recevoir  les  tuberculeux  militaires  dont 
l’état  aigu  ou  subaigu  nécessite  des  soins  immédiats  et  con¬ 
tinus  ». 

Enfin,  pour  couronner  toutes  ces  initiatives  heureuses,  le 
1'"'  avril  1916,  était  créé  un  «  Comité  national  d’assistance 
aux  militaires  tuberculeux  », —  Comité  placé  sous  le  patronage 
du  Président  de  la  République,  sous  la  présidence  d’honneur 
des  ministres,  des  présidents  des  Chambres,  du  Cardinal- 
Archevêque  de  Paris,  du  président  de  l’Union  consistoriale  des 
églises  réforinées,  du  Grand-Rabbin,  des  présidents  du  Conseil 
municipal  de  Paris  et  du  Conseil  général  de  la  Seine,  et  avec  la 
collaboration  des  plus  hautes  autorités  médicales  de  notre  pays 
—  et  des  Comités  départementaux,  qui  existent  aujourd’hui 
dans  tous  les  départements  et  qui  tous  sont  subventionnés, 
souvent  fort  largement,  par  les  Conseils  généraux. 

Celtjp  organisation,  qui  entre  à  présent  dans  sa  troisième 
année  d’existence,  encore  qu’elle  n'ait  pu  jusqu’ici  répondre  à 
tous  les  besoins,  a  cependant  déjà  donné  d’importants  résultats 
et  qui  vont  chaque  jour  s’étendant  de  la  plus  heureuse  façon, 
grâce  à  l’extension  incessante  des  moyens  mis  en  œuvre. 

A  l’heure  actuelle,  en  effet,  comme  le  notait  récemment 
M.  le  D'  Léon  Bernard  dans  son  rapport  à  l’Assemblée  générale 
des  Comités  départementaux  d’assistance  aux  anciens  mili- 


564  Dr  G.  VITOUX  ' 

taires  tuberculeux,  «  non  seulement  les  réformés  tuberculeux 
trouvent  dans  tous  les  départements  l’aide  etdès  soins'quileur 
étaient  promis  par  le  Gouvernement,  lorsqu’il  créait  les  Comités, 
mais  encore  les  organes  d’assistance  et  de  prophylaxie,  dus 
aux  initiatives  des  Comités,  sont  éclos  en  tel  nombre  sur  toute 
l’éten^ie  du  territoire  que  l’ensemble  de  ces  instlt^utions  s’iden¬ 
tifie  presque  exactement  avec  l’organisation  antituberculeuse 
du  pays». 

En  de  telles  conditions,  les  résultats  acquis  sont  des  plus 
encourageants,  si  incomplets  soient-ils  encore  vis-à-vis  de 
l’ensemble  dé  l’œuvre  à  accomplir. 

Quelques  chiffres,  à  cet  égard,  spnt  intéressants  à  noter. 

Le  14  décembre  dernier,  à  la  séance  du  Sénat,  M.  le  Sous- 
Secrétaire  d’Élat  au  Service  de  Santé  faisait  savoir  «  qu’entre 
le  2  août  1914  et  le  31  octobre  1917,  lé  nombre  des  militaires 
réformés  pour  tuberculose  pulmonaire  atteignait, 89. 430  ». 

Or,  le  rapport  de  M.  Léon  Bernard,  que  nous  citions  à  l’ins¬ 
tant,  constate  que,  de  ce  total  considérable,  un  peu  plus  du 
quart  seulement  —  soit  exactement  23.681,  dont  8.216  pour  le 
département  de  la  Seine  et  13.465  pour  l’ensemble  dés  autres 
départements  —  ont  été  assistés  par  les  Comités  départe¬ 
mentaux. 

•  Pour  considérable  qu’jl  soit,  cet  écart  entre  le  nombre  des 
tuberculeux  secourus  et  celui  des  sujets  à  secourir  ne  doit  pas 
décourager.  L’action  ininterrompue  des  Comités  départemen¬ 
taux,  dont  les  moyens  ne  cessent  de  s’accroître,  tend  en  effet  à 
le  réduire  peu  à  peu. 

L’ambition  dé  ces  Comités,  au  reste,  est  d’arriver  à  qu’aucun 
'  réformé  pour  tuberculose  pouvant  avoir  besoin  d’assistance 
ne  soit  inconnu  d’eux.  Mais,  comment  obtenir  un  tel  résultat? 
En  vue  d’y  parvenir,  les  Comités  départementaux  ont  été  una¬ 
nimes  à  reconnaître  la  nécessité  de  s’adjoindre  des  délégués 
chargés  de  visiter  à  domicile  les  assistés  et  de  représenter 
auprès  d’eux  le  Comité  dans  les  communes  où  ils  ont  fixé  leur 
résidence. 

Suivant  les  cas,  nous  apprend  M.  Léon  Bernard  dans  son 
rapport,  «  les  délégués  sont  choisis  parmi  les  instituteurs  ou 
institutrices,  les  médecins  des  services  de  l’assistance  médicale 
gratuite,  les  maires,  les  ecclésiastiques,  les  agents  du  service 
départemental  de  désinfection,  des  personnes  de  bonne 
volonté  ».  . 

Cependant,  comme  en  semblable  matière  la  bonne  volonté 
et  le  dévouement  ne  sauraient  suppléer  aux  connaissances 


ASSISTANCE  AUX  SOLDATS  TUBERCULEliX  RÉFORMÉS  S65 


spéciales,  à  la  compétence,  les  Comités  départementaux,  uni¬ 
formément,  tendent  tous  à  confier  à  des  «  visiteuses  d’hy¬ 
giène  »,  spécialement  instruites  et  spécialement  vouées  à  cette 
tâche,  le  soin  de  les  représenter  vis-à-vis  des  malades  qu’il 
s’agit  de  secourir.  Et  c’est  ainsi  que,  dès  à  présent,  on  compte 
déjà,  indépendamment  de  l’Alsace,  vingt-sept  départements  — 
Allier,  Basses-Alpes,  Alpes-Maritimes,  Ardèche,  Aube,  Bouches- 
du-Rhône,  Corrèze,  Doubs,  Drôme,  Finistère,  Gironde,  Hérault, 
Indre,  Indre-et-Loire,  Isère,  Loir-et-Cher,  Loire,  Loire-Infé¬ 
rieure,  Maine-et-Loire,  Marne,  Meurthe-et-Moselle,  Nièvre, 
Basses-Pyrénées,  Rhône,  Seine,  Seine-Inférieure,  Haute-Vienne 
—  qui  utilisent,  soit  au  chef-lieu  seul,  soit  dans  plusieurs 
villes,  soit  même  dans  toute  l’étendue  du  département,  dès 
visiteuses  d’hygiène  provenant  ;  les  unes  de  l’École  des  infir¬ 
mières-visiteuses  de  France,  d’autres,  d’une  Société  de  Croix- 
Rouge  ou  encore  des  Écoles  spéciales  créées  à  Paris,  à  Lyon, 
à  Pau,  etc. 

Le  rôle  de  ces  «  visiteuses  d’hygiène  »,  qu’on  pourrait  aussi 
fort  justement  appeler  des  «  monitrices  d’hygiène  »,  est  com¬ 
plexe.  Èn  effet,  non  seulement  elles  sont  chargées  de  veiller  à 
l’exécution  par  les.  assistés  des  prescriptions  du  médecin,  à 
l’observation  dès  règles  de  l’hygiène  générale,  mais  elles 
doivent  encore  enquêter  sur  la  situation  morale,  familiale, 
maternelle  et  sociale  des  assistés,  sur  la  salubrité  de  leurs  loge¬ 
ments,  sur  lès  besoins  divers  qui  en  peuvent  résulter,  etc. 

Les  renseignements  ainsi  obtenus,"  complétés  par  un  examen 
médical  de  l’homme,  et  s’il  est  possible  de  sa  femme  et  de  ses 
enfants,  sont  centralisés  au  Comité  qui  dispose  ainsi  de  tous 
les  éléments  nécessaires  pour  régler  son  assistance  :  <c  secburs 
alimentaires  et  pharmaceutiques,  complément  de  l’a-ssistance 
médicale;  secours  matériel  par  une  contribution  au  loyer,  des 
facilités  données  à  un  agrandissement  de  l’habitat,  par  le  don 
d’un  lit;  secours  hygiénique,  par  le  don  de  crachoirs,  de  ther¬ 
momètres,  de  liquides  désinfectants,  de  sacs  à  linge  et  mou¬ 
choirs)  et  autres  ustensiles  indispensables  à  l’existence  correcte 
du  tuberculeux.  » 

On  le  voit,  le  Comité  départemental  met  en  œuvre  la  méthode 
du  dispensaire  telle  qu’elle  fut  innovée  et  définie  par  le  pro¬ 
fesseur  Calmette.  Aussi,  le  dispensaire  se  trouve-t-il  à  la  base  de 
toute  son  assistance  antituberculeuse. 

Peu  nombreux  avant  la  guerre,  —  on  en  comptait  exactement 
21  en  province  «  créés  à  Nice,  Troyes,  Marseille,  Dijon,  Bor¬ 
deaux,  Tours,  Grenoble,  2  à  Nantes,  Reims,  Nancy,  Lille, 


366 


D'-G.  VlTOliX 


Douai,  Clermont  (Oise),  Lyon,  Chambéry,  Le  Havre,  Dieppe, 
Versailles,  Poitiers,'Limoges  »,  et  à  Paris  cinq  ou  six  méritant 
justement  leur  appellation,  —  les  dispensaires  antituberculeux 
ont  été  fort  multipliés  en  ces  derniers  temps,  si  biën  que  les  Comi  - 
tés  départementaux  utilisent  aujourd’hui  une  centaine  environ’ 
de  ces  établissements  dont  la  création  est  d’ailleurs  prévue  par 
la  loi  du  18  avril  1916.  Or,  ceux-ci  ne  constituent,  en  somme, 
que  le  début  du  développement  de  l’Œuvre.  Et  c’est  justement 
ce  que  M.  Léon  Bernard  constate  dans  son  rapport  où  il  écrit  : 


1 .  Allier.  —  Moulins. 

Alpes- Mar  ilimes.  —  Cannes. 

Ardèche.  —  Annonay. 

Alsace.  —  Thann,  Wesserling,  Masevaux,  ùanneniarie. 

Aube.  —  Romilly,  Bar-sur- Aube,  Bar-sur-Seine,  Saint-Passe-lc-Vauclie. 
Bouches-du-Rhône.  —  Marseille,  Aix. 

Cher.  —  Bourges. 

Corrèze.  —  üssel. 

Côte-d'Or.  —  Dijon. 

Creuse.  —  Sainte-Keyre,  Aubusson,  Bourganeuf,  Boussac,  Evoux, 

Dun. 

Dordogne.  —  Périgueux. 

Eure-et-Loir.  —  Chartres,  Ghâteaudun,  Dreux.  , 

Finistère.  —  Quirnjier,  Brest;  en  outre  M”»  Post  a  créé,  avec  le  con¬ 
cours  généreux  de  M”»»  Whitney-Warren,  et  en  connexion  avec  le 
.  Comité  départemental,  les  dispensaires  de  Morlaix,  Saint-Pol-de- 
Léon,  Roscpff,  Ploescat,  pourvus  de  7  visiteuses,  organisant  ainsi 
complètement  tout  un  arrondissement. 

Saute-Garonne.  —  ïoulousè. 

Indre.  —  Châteauroux. 

Indre-et-Loire.  —  Tours. 

Isère.  —  Grenoble,  Vienne. 

Loir-et-Cher.  —  Blois. 

Loire.  —  Saint-Étienne,  Saint-Chamond,  Rive-de-Gier,  Montbrison, 
Feurs,  Veauche,  Saint-Jodard. 

Lot.  —  Cahors,  Figeac,  Gourdon,  Gannat,  Labastide,  Murat,' Souillac, 
Castelnau. 

Maine-et-Loire.  —  Angers,  Saumur,  Cholet,  Segré. 

Marne.  —  Chalons. 

'  Méurthe-et-MoseUe.  —  Nancy. 

Nièvre.  —  Nevers,  Saint-Pierre-le-Moutier,  Lormes. 

.  Oise.  —  Beauvais,  Méru,  Crévecœur,  Compïègne,  Noyon,  Creil,  Crépy- 

Orne.  —  Alençon. 

Basses-Pyrénées.  —  Pau. 

Rhône.  —  Givors. 

Seine.  —  Paris  XVIII',  XIX'  et  XX'  arrondissements,  la  Plaine -Saint- 
Denis,’  Levaltois-Perret  et  Issy.  . 

Seine-Inférieure .  —  Rouen. 

Seinè-et~Oise.\  —  Montmorency. 


ASSISTANCE  AUX  SOLDATS  TUBERCULEUX  RÉFORMÉS  567 

«  11  n’ept  pas  de  département  où,  devant  le  Conseil  général,  la 
question  ne  se  soit  posée;  presque  toutes  les  Assemblées, dépar¬ 
tementales  ont  décidé  de  poursuivre  l’application  de  la  joi  et 
souvent  elles  s’entendent  en  vup  de  la  création  deidispensaires 
avec  les  Comités  départementaux,  en  raison  du  crédit  qu’ils 
ont  acquis  eq  la  matière. 

«  Pour  ne  parler  que  des  projets  qui  se  présentent  avec  une 
réelle  solidité  permettant  d’affirmer  la  réalisation  certaine  et 
prochaine,  je  citerai  les  suivants  :  19  dispensaires  dans  l’Ain; 
Montluçon  ;  Digne  ;  Nice  ;  4  dans  l’Aube  ;  4  dans  l’Aude;  Arles; 
Aurillac;  La  Rochelle;  Rochefort;  Saintes;  2  dans  le  Cher; 
3  dans  la  Côte-d’Or;  4  dans  la  Dordogne;  Besançon;  Valence; 
2  en  Eure-et-Loir;  Bordeaux;  projets  des  Côtes-du-Nord,  de 
la  Haute-Garonne,  du  Gers,  de  rille-et-Villaine  ;  6  dansi  la  Loire, 
le  Loiret;  3  dans  la' Loire-Inférieure,  Seine-et-Oise;  4  dans 
ia  Haute-Vienne;  Issoudun;  Argentoh;  Saint-Marcellin;  Lons 
le-Saulnier  ;  Épernay  ;  Chau  mont  ;  Tarbes  ;  Perpignan  ;  Charolles  ; 
Amiens;  2  dans  la  Seine;  Alger;  Oran.  C’est  sans  doute  une 
centaine  Ale  dispensaires  que  nous  ,  avons  en  perspective  et  qui 
sont  à  ajouter  aux  90  déjà  créés.  » 

Mais,  en  dépit  des  services  de  premier  ordre  que  rendent  les 
dispensaires  et  l'organisation  des  visiteuses  d’hygiène  qui  s’y 
rattache,  ils  ne  sauraient  répondre  à  tous  les  besoins. 

Parmi  les  tuberculeux  appelés\à  bénéficier  de  l’action  des 
Comités  départementaux,  il  en  est  de  nombreux  dont  l’état 
nécessite  des  soins  spéciaux  impossibles  à  recevoir  dans  la 
famille  et  (jui  relèvent  les  uns  du  sanatorium,  les  autres  de 
l’hôpital. 

Ces. deux  dernières  formes  de  l’Assistance  n’ont  point  non 
plus  été  négligées  et,,  l’une  comme  l’autre,-  ont  reçu,  depuis 
l’organisation  du  Comité  national,  une  extension  notable  et  qui 
promet  de  s’étendre  encore  rapidement  dans  des  proportions 
particulièrement  heureuses. 

Mais,  voyons  d’abord  ce  qui  a  été  réalisé  pour  les  sana¬ 
toriums. 

Avant  la  guerre,  les  sanatoriums  populaires  recevant  des 
malades  gratuitement  ou  à  des  prix  très  réduits  étaient  en  tout 
petit  nombre  :  H  seulement  pour  toute  la  France*. 


1.  .Angicourt  (Oise),  appartenant  à  l'Assistance  publique  de  Paris; 
Bligny  et  ses  annexes  (Seine-et-Oise)  et  Montigny-en-Ostrevent  (Nord),  à 
l'Œuvre  des  Sanatoriums  populaires;  Hauteville  (Ain),  à  tine  Œuvre 


568  ,  G.  VITOUX 

Pour  parer  à  cette  insuffisance,  le  ministère  de  l’Intérieur, 
d’abord,  puis  le  ministère  de  la  Guerre  furent  amenés  à  créer 
des  stations  et  des  hôpitaux  sanitaires. 

De  ces  premières  fondations,  qui  toutes  aujourd’hui  sont  en 
rapport  avec  le  Comité  national  et  avec  les  Comités  départe¬ 
mentaux,  un  certain  nombre,  25  à  30,  estime  M.  Léon  Bernard, 
«  en  raison  de  leurs  conditions  géographiques,  de  leurs  aména¬ 
gements  appropriés,  de  leur  situation  juridique,  pourront  être 
conservés  après  la  guerre  et  devenir,  avec  quelques  améliora¬ 
tions  faciles, à  apporter,  des  sanatoriums  définitifs  :  et,  de  ce 
fait,  il  résultera  au  moins  3.000  à  4.000  lits  de  sanatoriums 
populaires  mis  à  la  disposition  de  la  population  civile  fran¬ 
çaise  ». 

Et  ce  n’est  point  tout  !  Grâce  à  l’action  des  Comités  départe¬ 
mentaux  unieà  celle  des  Conseils  généraux  d’un  certain  nombre 
de  départements,  11  autres  sanatoriums*,  représentant  un  total 
de  1.200  à  1.500  lits,  ont  été  récemment  ouverts  ou  vont  inces¬ 
samment  recevoir  des  malades  justiciables  d’une  cure  d’air  et 
de  repos. 

Enfin,  à  toutes  ces  fondations  de  caractère  permanent,  il 
convient  encore  d’ajouter  divers  projets  à  l’étude  et_  dont  cer¬ 
tains,  dès  à  présent,  offrent  des  garanties  de  réalisation  à  court 
délai*  d’autant  plus  sérieuses  que  le  Parlement  aujourd’hui, 
grâce  à  MM.  Honnorat  et  Merlin,  députés,  se  trouve  saisi  d’une 
proposition  de  loi  «  tendant  à  instituer  des  sanatoriums  spécia¬ 
lement  destinés  au  traitement  de  la  tuberculose  pulmonaire  et 
à  fixer  les  conditions  d’entretien  des  malades  dans  ces  établis¬ 
sements  »,  proposition  de  loi  qui  semble  dès  à  présent  assurée 
du  plus  favorable  accueil. 

lyonnaise;  Sainte-Feyre  (Creuse),  aux  instituteurs:  Taxil  (Var),  à  un  Syn¬ 
dicat  d’agents  des  Postes  ;  Ghampigny-en-Beauce  (Loir-et-Cher),  Ghicy 
(Loiret),  Lay-Saint-Christophe  (Meurthe-et-Moselle),  Oissel  (Seine-Infé¬ 
rieure),  Pessac  (Gironde),  à  des  Œuvres  antituberculeuses  locales, 
i  1.  Ce  sont,  dans  les  départements  :  del’Aio,  Bellecombe  à  Hauteville; 
de  l’Ailier,  Le  Moutet;  du  Finistère,  Plougouven;  de  la  Gironde,  Lège;  de 
rindre-et-Loire,  La  Membrolle;  de  l’Isère,  la  Tronche  et  Seyssnel;  du 
Rhône,  Bayère;  de  Saône-et-Loire,  La  Guiche;  de  Seine-Inférieure,  Can- 
teleu  et  du  Doubs,  Villeneuve-d’ Amont. 

2.  Ces  projets  sont  ceux  des  départements  de  l’Aube,  des  Bouches-du- 
Rhône,  de,  la  Corrèze,  de  la  Côte-d’Or,  du  Gard,  de  la  Haute-Garonne,  du 
Loiret,  de  la  Savoie,  de  la  Haute-Savoie,  de  Seine-et-Oise,  de  la  Haute- 
Vienne,  ainsi  qu’un  projet  de  sanatorium  d’altitude  élaboré  par  l’Union 
hospitalière  du  Sud-Est,  et  deux  projets  interdépartementaux,  envisagés 
par  les  départements  normands  d’une  part,  par  les  trois  départements 
alpins  d’autre  part. 


ASSISTANCE  AUX  SOLDATS  TUBERCULEUX  RÉFORMÉS  569 

Pour  important  qu’il  soit  comme  «  instrument  de  cure  et  de 
récupération  sociale  des  tuberculeux»,  le  sanatorium,  tout 
comme  le  dispensaire,  du  reste,  ne  constitue  qu’un  des  éléments 
de  la  lutte  antituberculeuse.  Pour  assurer  celle-ci  entièrement 
et  réaliser  de  façon  parfaite  la  défense  prophylactique  contre 
la  maladie,  il  importe  de  compléter  Ces  deux  premières  institu¬ 
tions  par  une  troisième,  qui  est  l’hôpital  pour  tuberculeux, 
réservé  par  destinatiou  à  l’isolement  des  tuberculeux  graves 
ou  en  poussée  évolutive,  à  ceux  encore  qui  nécessitent  un 
supplément  d’enquête  diagnostique  ou  qui,  pour  une  raison 
spéciale,  se  trouvent  dans  l’impossibilité  d’être  soignés  chez  eux. 
Comme  le  dit  fort  justement  M.  Léon  Bernard,  de  ce  fait  même 
que,  par  définition,  l’hôpital  attend  les  plus  contagieux,  il  faut 
que  non  seulement  par  l’hôpital  le  tuberculeux  soit  isolé  de  son 
entourage  habituel,  mais  encore  que  dans  l’hôpital  même  il  soit 
isolé  des  autres. malades. 

Cette  obligation  de  l’isolement  peut  être  satisfaite  de  diverses 
façons,  soit  qu’on  réserve  aux  tuberculeux,  dans  un  hôpital 
général,  des  salles  spéciales  ou  des  quartiers  spéciaux,  ou 
encore  qu’on  assure  à  ces  malades  des  pavillons  particuliers, 
ou  enfin  qu’on  les  réunisse  dans  des  hôpitaux  uniquement  conr 
sacrés  au  traitement  de  leur  affection. 

De  nombreux  efforts  ont  été  réalisés  en  ces  divers  sens.  Sans 
parler  de  la  Ville  de  Paris  où  l’administration  de  l’Assistance 
publique  a  créé  dans  ses  hôpitaux  urbains  et  suburbains  des 
pavillons  spécialement  réservés  aux  réformés  tuberculeux  du 
département,  pavillons  qui,  après  la  guerre,  seront  tout  natu¬ 
rellement  disposés  pour  recevoir  les  malades  de  la  population 
civile,  dans  toutes  les  régions  de  la  France,  en  de  nombreuses 
villes*,  des  améuagements  spéciaux  plus  ou  moins  complets 
ont  été  effectués  en  vue  d’assurer  l’hospitalisation  et  l’isolement 
des  malades  tuberculeux. 

1.  Voici  d’après  les  renseignements  recueillis  par  M.  Léon  Bernard  et 
mentionnés  dans  son  rapport  à  l’Assemblée  générale  des  Comités  dépar¬ 
tementaux  d'assistance  aux  Anciens  militaires  tuberculeux  l’indication 
des  départements  et  des  villes  où  l’on  peut  trouver  aujourd’hui  un  début 
d’isolement  hospitalier  des  tuberculeux  ;  Gayette  par  Varennes  (Allier)  ; 
Digne  {deux  quartiers);  Gap  (pavillon  de  contagieux);  (pavillon  de  Cimiez 
(Alpes-Maritimes);  hôpital  de  Qdéren  (Alsace);  hôpital  de  Chanteloup 
(Aube);  pavillon  à  Carcassonne;  Marseille  (Pavillon  Ti voilier);  Caen; 
Lisieux;  Cher;  A4ise-Sainte-Reine  (Côte-d’Or);  Saint-Brieuc ;  cinq  villes 
d’Eure-et-Loir  (hôpitaux avec  salles);  Nimes,  Alais;  petit  hôpital  de  Bou- 
iogne-sur-Gesse  (Haute-Garonne);  trois  hôpitaux  de  l’Oise;  hôpital  Ville- 
min  à  Nancy;  Chalons;  pavillons  d’Angers,  d’Orléans;  Hôtel-Dieu  de 


510  ALUIKNÏATION  DES  THÜÜPES 

Qn  le  voit,  par  cet  exposé,  l’œuvre  accomplie  jusqu’à  présent 
par  les  Comités  départementaux  d’ Assistance  aux  anciens  mili¬ 
taires  tuliierculeux  réalise  un  progrès  considérable  dans  la  lutte 
antituberculeuse  en  notre  pays.  Celte  œuvre  est  du  reste 
d’autant  plus  importante  qu’elle  né  peut  désormais  manquer  de 
.s’étendre  et  de  se  parfaire  par  quelques  institutions  complé¬ 
mentaires  telles,  par  exéniple,  que  le  placement  des  enfants 
sains  de  tuberculeux  dans  des  colonies  établies  à  la  campagne, 
telles  que  le  placement  à  la  campagne  également  des  tuber¬ 
culeux  assistés  susceptibles  de  travailler. 

Dans  ces  divers  ordres  d'idées,  des  réalisations  pratiques  fort 
intéressantes  ont  d’ailleurs  déjà  été  entreprises  et  ont  donné 
des  résiillats  particulièrement  encourageants. 

Nul  doute  que  dans  un  prochain  avenir  ces  premières  réa¬ 
lisations  ne  soient  suivies  largement,  pour  le  plus  grand  bien 
de  l’œuvre  de  salut  général  que  poursuivent  avec  un  si  parfait 
et  entier  dévouement  les  Comités  départementaux  d’ Assistance 
aux  anciens  soldats  tuberculeux. 

Georges  VtToox. 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 
(Comptes  rendus  de  la  Commission  sanitaire  des  Pays  alliés.) 


La  Commission  sanitaire  des  Pays  alliés  a  tenu  trois  sessions,  la 
première  en  juin  1917,  la  seconde  en  octobre  de  la  môme  année  et 
la  troisième  en  mars  1918. 

Celte  dernière  réunion,  spécialement  consacrée  à  l’étude  de  l’ali¬ 
mentation  des  'troupes,  fut  tenue  à  Paris,  à  l’Offlce  international 
d'h’ygiène  publique;  ses  procès-verbaux  renferment  les  documents 
suivants,  du  plus  grand  intérêt  au  point  de  vue  de  l’hygiène  alimen¬ 
taire. 

Les  membres  de  cette  Commission  comprennent,  sous  la  prési- 


Rennes  (salles)  ;  hôpital-sanatoriumvde  jytontpellier;  hôpital-sanatorium  de 
Bourgneuf-en-Retz  (LoireTlnférieurè);  un  pavillon  à  PHôtel-Oieu  de  Nantes; 
Saône-et-Loire;  hôpital  d’Alençon  ;  pavillons  Noulibos  à  Pau;  Lyon;  Cham¬ 
béry;  quatre  villes  de  Haute-Savoie;  Roueu;  Le  Havre;  Fécamp;  Mon- 
tauban;  La  Pouverine,  par  Cuers  (Var);  Hôtel-Dieu  de  Poitiers;  Limoges; 


Commission  sanitaire  des  pays  alliés  571 

deiice  lie  M.  le  D''  Suntoliquido,  délégué  de  l’Italie,  les  personnalités 
ci-après  :  ■ 

Uélégués  de  la  Belgique  ; 

Pour  le  Ministère  de  la  Guerre  : 

M.  le  Médecin  principal  de  première  classe  Maistriau,  Comman¬ 
dant  du  Groupement  Régional  du  Service  de  Santé  à  Rouen'. 

M.  le  Médecin  principal  de  deuxième  classe  Hainaüt. 

Délégué  de  la  Chine  : 

M.  le  Major  S.  T.  Lee,  Attaché  au  Ministère  de  la  Guerre. 

Délégués  des  États-Unis  d’Amérique  : 

M.  le  Major  Daniel  P.  Card,  Ü.S.A.M.C. 

M.  le  Major  Richard  P.  Strong,  L'.S.A.M.R.C.,  Professer  ofExotic 
Medicine  Harward  University. 

Délégués  de  la  France  : 

Pour  le  Ministère  de  l’Jiitérieur  : 

M.  Brisao,  Directeur  de  l’Assistance  et  de  l’Hygiène  publiques  au 
Ministère  de  l’Intérieur.  ' 

M.  le  Professeur  Chantemesse,  Membre  de  l’Académie  de  Médecine, 
Conseiller  technique  du  Ministère  de  l’Intérieur. 

Pour  le  Minütère  de  la  Guerre  : 

,m'.  le  Docteui*E.  Roux,  Directeur  de  l’instilut  Pasteur,  Membre  de 
l’Institut,  Président  du  Conseil  Supérieur  d’Hygiène  pùblique  de 
France. 

M.  le  Professeur  A..  Robin.  Membre  de  l’Académie  de  Médecine. 

M.  le  Médecin  Inspecteur  Rouget,  Professèur  d’Hygiène  au  Val-de- 
Grâce,  chargé  de  la  Direction  du  personnel  et  des  services  tech¬ 
niques  au  Sous-Secrétariat  d’Etat  du  Service  de  Santé. 

M.  le  Médecin  principal  de  deuxième  classe  Lafforgue,  Professeur 
agrégé  delà  chaire  d’épidémiologie  du  Val-de-Grâce,  Professeur  de 
la  Faculté  civile  de  Toulouse,  Chef  de  la  section  d’hygiène  et  d’épi¬ 
démiologie  au  Sous-Secrétariat  d’État  du  Service  de  Santé. 

Pour  le  Minislère  de  la  Marine  : 

M.  le  Médecin  général  Jan.  > 

M.  le  Docteur  Louis  Martin,  Directeur  de  l’Hôpital  Pasteur, 
Membre  de  la  Commission  Supérieure  d’Hygiène  navale  et  d’Épidé- 
miologie. 

Délégués  de  la  Grande-Bretagne  : 

Pour  le  War  Office  : 

M.  le  Brigadier  général  E.  H.  Heuming,  C.M.G.,  Assoc.  Inst.  C.E  ; 
Chief  Engineer  Eastern  Commànd  England. 

M.  le  Colonel  Sir  William  Leishman.  C.B.;  F.R.S.;  K.H.P.  Adviser 
in  Bacteriology. 


572  ALIMENTATION  DES  TROUPES 

M.  le  Colonel  W.  W.  0.  Beveridge,  G. B.;  D.S.O.  ;  Assistant  Direc- 
tor  of  Medical  Services,  for  Sanitation  ;  Professor  of  Hygiene  Royal 
Army  Medical  College. 

Pour  V Amirauté  : 

Deputy  Surgeon  General  P.  W.  Bassett-Smith,  C.B.;  R.N.  ;  Profes¬ 
ser  of  Glinical  Pathology,  Navy'Medioal  School. 

Fleet  Surgeon  P.  H.  Boyden,  R.N. 

Pour  le  Local  Government  Board  : 

M.  le  Lieutenant-Colonel  G.  S.  Buch.anan,  C.B.  ;  Assistant  Medical 
Offîcer,  Local  Government  Board. 

Pour  le  Canada  : 

M.  le  Lieutenant-Colonel  J.  A.  Amyot,- C.M.G,  ;  Adviser  in  Sanita¬ 
tion  Canadian  Contingents  Overseas. 

Pour  l'Union  de  l’Afrique  du  Sud  : 

M.  le  Major  M.  S.  Power,  D.S.O.  ;  South  African  Army  Medical 
Corps. 

Pour  l’Australie  : 

M.  le  Lieutenant-Colonel  A.  G.  Butler  D.S.O.;  Australien  Army 
Medical  Corps. 

Pour  la  Nouvelle-Zélande  : 

,  M.  le  Colonel  G.  M.  Bbgg,  C.B.  ;  C.M.G.  ;  D.D.M,S.  New'  Zealaiid 
Army  Medical  Corps. 

Délégués  de  l’Italie  : 

M.  le  Professeur  Santoliquido,  Conseiller  d’Étal,  Délégué  do  l’Italie 
dans  le  Comité  de  l’Office  International  d’Hygiène  publique. 

Pour  le  Ministère  de  la  Guerre  :  ' 

M.  le  Colonel  Médecin  Professeur  Testi. 

Pour  le  Ministère  de  la  Marine  : 

S.  E.  le  Lieutenant  Général  Médecin  F.  Riio,  Inspecteur  général 
du  Service  de  Santé  de  la  Marine. 

M.  le  Colonel  Médecin  Professeur  C.  M.  Belli. 

M.  le  Lieutenant-Colonel  Médecin  Professeur  A.  Castellani. 

Délégués  du  Japon  ; 

M.  le  Médecin  principal  de  !'■'  classe  R.  Inaba,  Chef  du  Labora¬ 
toire  d’hygiène  de  l’École  de  Médecine  militaire. 

M.  le  Médecin-Major  S.  Goto,  du  Corps  de  Santé  militaire. 

M.  le  Médecin  principal  T.  Kabeshima,  de  la  Marine  Impériale. 

Délégué  du  Portugal  : 

M.  le  Professeur  Ricardo  Jorge,  Directeur  général  de  la  Santé 
publique. 


OOMMISSIOX  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS  573 

Délégués  de  la  Serbie  : 

M.  le  Colonel  Docteur  V.  Soubbotitcii. 

M.  le  Docteur  Petrovitch,  Délégué  de  la  Serbie  dans  le  Comité  de 
l’Office  International  d’Hygiène  publique. 

Office  Internatio.val  d’Hygiè.ne  Publique  : 

M.  de  Cazotte,  Ministre  plénipotentiaire,  Directeur  de  l’Office 
International  d’Hygiène  publique. 

M.  le  Docteur  Poitevin,  Directeur-Adjoint. 

Secrétariat  : 

M.  Robert  Siegfried,  Secrétaire  d’Ambassade  de  2“  classe. 

M.  le  Médecin  Aide-Major  (îelby. 

M.  Marignag,  Fonctionnaire  technique  de  l’Office  International 
d’Hygiène  publique. 

Excusés  :  M.  le  Docteur  Rulot,  Inspecteur  du  Service  de  Santé  et 
de  l’Hygiène,  Délégué  de  la  Belgique  (Ministère  de  l’Intérieur)  ; 
M.  le  Médecin  Inspecteur  Simonin,  Professeur  au  Val-de-Gràce, 
Délégué  de  la  France  (Ministère  de  la  Guerre);  M.  le  Docteur 
Mosny,  Membre  de  l’Académie  de  Médecine,  Délégué  de  la  France 
(Ministère  de  la  irfàrine);.  Surgeon  General  Sir  R.  Havelock  Charles, 
G.C.V.O.;  LM. S.,  President  Medical  Board  India  Office  and  Medical 
Adviser  to  Secretary  of  State  for  India,  Délégué  de  la  Grande-Bre¬ 
tagne  (India  Office);  M.  le  Lieutenant-Colonel  Médecin  Professeur 
Baglioni,  Délégué  de  l’Italie  (Ministère  de  la  Guerre). 


SÉANCE  DU  12  MARS  1918. 

S.  E.  ie  Lieutenant  Général  Rho  (Italie).  —  Monsieur  le  Président, 
Messieurs  les  Délégués.  Je  regrette  beaucoup  de  n’avoir  pas  pu 
assister  à  la  séance  du  8  novembre,  dans  laquelle  la  question  de 
l’alimentation  rationnelle  des  armées  en  campagne  avait  été  déjà 
portée  à  l’ordre  du  jour. 

La  question  a  été  alors  traitée  avec  la  plus  grande  ampleur  et 
la  plus  grande  compétence  par  M.  le  Président  et  les  Délégués 
de  presque  tous  les  Pays  Alliés  et,  avant  tout,  pur  les  membres 
de  la  Mission  que  l’Armée  française  avait  envoyée  en  Italie  pour 
constater  les  résultats  des  réformes  alimentaires  que  nous  avions 
adoptées  pour  l’Armée  et  pour  la  Marine. 

A  ces  réformes,  j’avais  en  quelque  manière  donné  l’essor  par 
des  articles  aue  j’avais  publiés  avant  la  conflagration  mondiale 
et,  de  nouveau,  aussitôt  après  l’entrée  en  guerre  de  l’Italie.  J’étais 


:iU 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 


parti\d’une  conception  uniquement  scientifique,  basée  sur  les  expé¬ 
riences  des  physiologistes  modernes  qui,  presque  dans  tous  les  pays, 
ont  contrôlé  et  trouvé  exactes  les  conclusions  de  l’Américain  Chit- 
TENDEN  et  du  Danois  HiNDHEDE.  , 

^  Réduites  à  leür  plus  simple  expression,  ces  conclusions  de  Ghit- 
TENDEN  et  de  Hindhede  étaient  les  suivantes  :  le  nombre  de  calories 
que  fécole  allemande  considérait  comme  nécessaire  pour  une 
bonne  alimentation  d’entretien  et  de  travail  était  lie  beaucoup 
excessif.  Mais  surtout,  la  quantité  des  protéines  pouvait  '  être 
réduite  presque  à  la  moitié  de  ce  qu’on  considérait  auparavant 
comme  indispensable.  En  effet,  les  substances  protéiques  sont 
surtout  nécessaires,  pour  la  reconstitution  des  cellules  et  des  tissus 
usés  ;  et,  pour  accomplir  cette  tôche,  il  suffit,  au  maximum,  d’une 
proportion  de  10  p.  100  4u  poids  de  la'ration  alimeptpire  normale. 

D’un  autre  côté,  indépendamment  des  travaux  de  Chittende.n 
et^  d’iliNDHEDE,  les  physiologistes  et  lés  hygiénistes  de  tous  les 
pays  avaient  bien  démontré  que  (contrairement  aux  idées  de  Liebic, 
malheureusement  encore  acceptées  par  l’opinion  populaire  et  pas 
encore  assez  ébranlées  chez  un  grand  nombre  de  médecins)  les 
éléments  nutritifs  utilisés  par  l’organisme  pour  la,  production 
d’énergie  et  de  chaleur  sont  principalement  les  substances  alimen¬ 
taires  non  azotées  et  surtout  les  substances  hydr#carbonées. 

En  appliquant  ces  données  à  la  révision  critique  des  rations  ali¬ 
mentaires  dans  les  armées  des  principales  Nations,  fe  me  suis 
convaincu  que  ces  rations  étaient  toutes  basées  sur  les  vieilles 
idées  erronées;  toutes  péchaient  par  un  excès  de  nourriture 
fournie  et,  surtout,  l’établissement  des  rations  de  guerre  et  de 
manœuvre  contenait  une  faute  originelle  et  fondamentale,  parce 
que,  pour  donner  un  surplus  d’énergie,  on  recourait  à  une  aug¬ 
mentation  de  substances  protéiques,  c’ésl-à-dire  de  viande,  au 
lieu  de  s’adresser  aux  subslances  hydrocarbonées,  céréales,  légu¬ 
mes,  etc. 

L’expérience  en  cette  matière  m’a  rendu  quelque  peu  sceptique 
sur  la  possibilité  de  faire  adopter  une  réforme  alimentaire  raison¬ 
nable  et  raisonnée,  en  temps  de  paix.  La  même  impossibilité  exis¬ 
tait  au  début  de  cette  guerre,  que  tout  le  monde  non  seulement 
espérait,  mais  croyait  devoir  être  de  courte  durée. 

Cependant  nos  ennemis,  aussitôt  qu’ils  se  trouvèrent  pris  comme 
dans  un  siège  formidable,  enserrés  presque  de  tous  les  côtés,  don¬ 
nèrent  l’exemple  des  rèstrictions  alimentaires,  d’abord  pour  la 
population  civile  et  ensuite  aussi  pour  leurs  armées. 

Sans  doute,  les  Allemands  et  leurs  alliés  ont  dô  éprouver  les 
mêmes  difficultés  que  nous  pour  faire  accepter  des  réforEges  et  des 
restrictions;  seulement  ils  furent  pressés  par  des  circonstances  bien 
plus  ,  graves  et  plus  urgentes,  à  cause  du  blocus  maritime  que 
l’Entente  avait  pu  établir  et  rendre  de  plus  en  plus  effectif. 

Quelles  sont  ces  dilflcultés  ? 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS 


373 


'  Sans  doute,  personne  au  inonde  n’accepte  de  Donne  grâce  là 
réduction  de  son  régime  et  ce  qu’a  dit  ici  M.  le  Médecin  principal 
Maistriao  pour  le  soldat  belge  peut  s’appliquer  à  toutes  les  armées. 
Ayec  quelques  paroles  ou  mêlne  de  longues  discussions,  on  démon¬ 
trerait  en  vain  à  un  soldat  qu’il  mange  trop;  et  même  pour  un 
officier,  il  serait  toujours  bien  difficile,  d’ébrànler  chez  lui  la  con¬ 
viction  que,  pour  être  fort,  il  faut  manger  beaucoup  et  beaucoup  de 
choses  fortes,  c’est-à-dire,  dans  sa  pensée,  de  la  viande. 

Bien  entendu,  non  seulemeut  les  Intendances  étaient  imbues  des 
mêmes  préjugés,  mais  craignant  que  la  réduction  du  régime  pût 
avoir  un  effet  déprimant  sur  le  moral  du  soldat,  elles  ne  voulaient 
toucher  à  cette  question  qu’avec  une  extrême  prudence.  , 

Néanmoins  la  question  s’imposait  avant  tout  pour  la  population 
civile  dans  tous  les  pays,  même  dans  les  pays  neutres  ;  et  cette 
longue  guerre,  avec. ses  maux  inévitables,  nous  a  apporté  au  moins 
déjà  ce  bien  d’avoir  fourni  l’occasion  de  donner  une  très  large  dif¬ 
fusion  à  des  idées  qu’auparavant  seuls  quelques  sâvants  physiolo¬ 
gistes  ou  hygiénistes  et  très  peu  de  médecins  s’efforcaient  de 
répandre  et  de  vulgariser,  eil  recueillant,  il  faut  l’avouer,  un  très 
maigre  succès.  Le  succès  est  venu  après,  avec  le  prolongement  de 
la  guerre  ;  et  nous  avons  vu  s’accroître  le  nombre  des  vulgarisateurs 
de  la  bonne  doctrine.  En  effet,  non  seulement  la  presse  scienti¬ 
fique,  mais  aussi  la  presse  quotidienne;  non  seulement  les  savants 
et  les  hygiénistes,  mais  même  les  politiciens  et  les  ministres  ont 
démontré,  dit  et  répété  maintes  fois  que  tout  le  monde  mangeait 
trop  et  ont  prêché  la  nécessité  d’éviter  tout  gaspillage.  Les  dirigeants 
sont  passés  bientôt  de  l'idée  à  l’action  et  nous  avons  vu  tous  les 
Gouvernements  appliquer  des  restrictions,  lesquelles,  à  coup  sûr, 
n'ont  pas  affaibli  la  population  et  n’ont  pas  eu  non  plus  d'effets 
fâcheux  sur  la  santé  générale  ou  individuelle,  bien  que  les  réduc¬ 
tions  aient  été. partout  assez  fortes. 

C’est  une  expérimentation  générale  qu’on  a  faite  de  cette  façon  et 
qu’on  continue  à  faire,  d’une  alimentation  réduite  en  harmonie 
avec  les  conceptions  modernes  de  la  physiologie  et  de  l'hygiène, 
contraires  aux  idées  excessives  qui  jadis  dominaient  dans  la  science 
d’après  l’école  allemande. 

Les  '  conceptions  de  l’école  allemande  avaient  été  acceptées  sans 
discussion  jusqu’aux  premières  expériences  de  Cuittend’en.  Les  tra¬ 
vaux  plutôt,  révolutionnaires  du  physiologiste  américain  parurent 
seulement  une  dizaine  d’années  avant  la  guerre;  la  marche  des 
idées  nouvelles  fut  naturellement  très  lente,  car  il  fallait  vaincre 
bien  des  oppositions  et  des  vieilles  opinions  profondément  enra¬ 
cinées;  c’est  seulement  pendant  cette  guerre  qu’elles  ont  fini  par 
acquérir  droit  de  cité  dans  le  domaine  de  la  science. 

■  Une  fois  les  nouvelles  idées  acceptées  pour  la  population  civile, 
il  ne  pouvait  pas  tarder  à  se  produire  une  heureuse  roqtagion  pour 
l’alimentation  des  armées.  Comme  nous  l’a  répété  dans' ses  conclu- 


576  ALIMENTATION  DES  TROUPES 

sions  M.  le  Général  Simonin,  on  a  reconnu  que  les  rations  étaient 
partout  surabondantes  et  qu’une  partie  des  aliments  étaient  gas¬ 
pillés;  après  une  plus  ou  moins  laborieuse  évolution,  les  Inten¬ 
dances  de  toutes  les  Armées  alliées,  dans  le  cours  de  la  dernière 
année,  ont  tâché  de  réduire  leurs  rations,  avec  grand  avantage 
hygiénique  et  économique,  toujours  en  tenant  compte  des  habitudes 
de  chaque  nation  et  en  assurant  par  une  bonne  présentation  des 
aliments  leur  utilisation  complète.  . 

Permetiez-moi  de  faire  une  rapide  revue  des  réductions  ainsi 
obtenues  pour  ies  denrées  principales,  c’est-à-dire  pour  la  viande  et 
le  pain. 

En  Italie,  la  viande  a  été  réduite  de  12a  grammes  et  le  pain  de 
50  grammes  par  jour  pour  les  troupes  du  front  ;  pour  les  troupes  du 
territoire,  la  ration  de  pain  a  subi  une  réduction  de  200  grammes 
par  jour  et  celle  de  viande  a  été  réduite  à  la  moitié  de  ce  qu’elle 
était  auparavant,  c’est-à-dire  à  600  grammes  par  semaine  au  lieu  de 
1.200  grammes.  Dans  la  Marine  italienne,  la  ration  de  viande  a  été 
réduite  de  100  grammes  et  le  pain  a  diminué  de  150  grammes  par 
jour. 

En  France,  la  ration  de  pain  a  été  abaissée  en  général  de 
100  grammes  ;  la  viande  a  été  réduite  de  50  grammes  à  l’intérieur  et 
de' 100  grammes  au  front,  pour  la  ration  forte  et  de  50  grammes  pour 
la  ration  faible. 

Dans  V Armée  belge,  la  ration  de  viande  était  de  450  grammes;  elle 
a  été  réduite  de  50  grammes  et  il  s’agit  de  la  réduire  encore  gra¬ 
duellement  de  100  grammes  pour  la  l’amèner  à  300  grammes,  ce  qui 
serait  fait  dans  le  printemps  qui  vient;  la  ration  de  pommes  de 
terre  (qui  chez  les  Belges  remplace  en  partie  les  autres  substances 
amylacées)  au  cours  de  l’année  dernière  a  été  ramenée,  d’un  kilo¬ 
gramme  qu’elle  était  au  début  de  la  guerre,  à  1/2  kilogramme  et 
même  à  200  grammes. 

Si  je  suis  bien  renseigné,  Y  Armée  anglaise  au  début  de  la  guerre 
livrait  à  ses  troupes  combattantes  566  grammes  de  viande  et 
453  grammes  aux  troupes  en  arrière  du  front  ;  chacun  de  ces  chiffres 
a  été  maintenant  diminué  de  113  grammes.  Pour  les  troupes  d’ar¬ 
rière,  sur  les  lignes  de  communication,  on  a  réduit  aussi  de 
173  grammes  la  ration  de  pain,  qui  est  passée  de  570  grammes  à 
397  grammes. 

En  outre,  dans  cette  ration  modifiée  depuis  avril  1917,  des  réduc¬ 
tions  ont  été  apportées  aussi  pour  le  fromage  et  les  confitures. 

L’énumération  que  je  viens  de  faire  est  ennuyeuse,  mais  très 
instructive. 

Elle  montre  que  des  restrictions  plus  ou  moins  fortes  ont  été 
apportées  dans  les  rations  de  toutes  les  Armées  alliées  ;  mais  ces 
réductions  sont  bien  loin  des  diminutions  adoptées  par  l’Alle¬ 
magne.  Les  Allemands  étaient  de  grands  mangeurs  ;  avant  la  guerre, 
leur  ration  de  campagne  comportait  jusqu’à  5.000  calories  ;  ces  calo- 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIES 


ries  sont  aujourd’hui  abaissées  presque  à  la  moitié.  Le  soldat  alle¬ 
mand  se  contente  aujourd’hui  de  500  grammes  de  pain,  au  lieu 
de  750,  et  de  125  grammes  de  viande  au  lieu  de  400  ;  en  outre,  les 
Allemands  ont  encore  réduit  à  la  moitié  l’ancienne  fourniture  de 
saucisses,  de  sucre  et  de  café.  C’est  seulement  pour  les  troupes  de 
première  ligne,  engagées  dans  un  gros  effort,  qu’on  fait  exception 
et  qu’on  donne  l’ancienne  ration.  Ce  sont  donc  des  réductions 
-énormes  qui  ont  entamé  profondément  l’alimentation  de  la  plupart 
des  troupes  de  nos  ennemis;  cependant  leur  activité,  leur  pouvoir 
offensif,  leur  résistance  ne  paraissent  aucunement  diminués. 

Naturellement,  les  très  fortes  et  presque  incroyables  restiictions 
de  nos  ennemis  leur  ont  été  imposées  par  une  dure  nécessité,  car  si 
les  Allemands  ont  pu  soutenir  dans  leur  brutale  politique  de  «uerre 
que  la  nécessité  n’a  pas  de  loi,  en  matière  d’approvisionnement  et 
d’alimentation  ils  ont  dù  reconnaître  que  la  nécessité  a  bien  ses 
lois. 

'  A  nous  de  reconnaître  qu’ils  surent  s’adapter  à  la  nécessité  et, 
mieux  encore,  que,  dans  leurs  sages  applications  de  toutes  les 
sciences  à  l’art  de  la  guerre,  ils  n’eurent  pas  peur  de  pousser  tout 
de  suite  à  leurs  extrêmes  limites  les  suggestions  de  la  physiologie 
et  de  l’hygiène  modernes  en  matière  d’alimentation  populaire  et 
militaire. 

Beaucoup  de  Délégués  de  la  Commission  sanitaire  des  Pays  alliés 
ont  eu  la  bienveillance  de  louer  ce  qu’a  fait  l’Italie  avec  son  expéri¬ 
mentation  d’alimentation  réduite  de  ses  soldats,  alimentation  qui 
est  encore  quelque  peu  au-dessus  du  strict  nécessaire  ;  mais  il  me 
paraît  que  l’exemple  de  l’Allemagne  est  bien  plus  grandiose,  pro¬ 
fond  et  démonstratif  de  ce  qu’on  peut  faire  dans  cette  direction 
pour  pousser  à  l’extrême  limite  la  résistance,  lorsque  la  nécessité 
se  manifeste. 

A  nous  Italiens  d’avouer  franchement  que  presque  tout  ce  que 
nous  avions  fait  en  matière  d’alimentation  militaire  a  été  bouleversé 
après  notre  désastre  de  l’Isonzo.  Dans  la  hâte  de  réparer  ce  mal¬ 
heur,  trop  de  médecins  et  de  médicastres  coururent  au  lit  du 
malade,  le  diagnostic  et  l’étiologie  du  mal  furent  mal  posés  ; 
quelques  partisans  d’une  thérapeutique  simpliste  crurent  indis¬ 
pensable  de  donner  un  régime  alimentaire  reconstituant;  la  poli¬ 
tique,  hélas  !  et  la  presse  quotidienne  s’en  mêlèrent  pour  forcer 
l’opinion  publique  et  parlementaire  ;  et  de  cette  façon  on  est 
retourné  sans  discussion  et  avec  précipitation  aux  anciennes 
méthodes,  en  augmentant  de  nouveau  dans  les  rations  ce  qu’on  y 
avait  réduit  sans  susciter  aucune  plainte  et  avec  un  avantage  écono¬ 
mique  et  hygiénique  évident  pendant  toute  une  année. 

Je  souhaite  qu’on  ne  tarde  pas  à  révoquer  ces  décisions  erronées 
et  pécipitées.  En  attendant,  je  tiens  à  déclarer  que  la  Marine  n’en 
a  rien  touché  au.x  réformes  déjà  adoptées,  e.xception  faite  pour  les 
quelques  milliers  d’hommes  employés  à  terre  pour  la  défense  de  la 


REV. 


-37 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 


basse  Piave,  qui  combattent  à  côté  de  leurs  camarades  de  l’Armée. 

Celte  différence  entre  notre  Marine  et  notre  Armée  de  terre, 
pour  ce  qui  a  trait  à  l’alimentation,  n’est  pas  sans  signification.  La 
même  différence  existe  entre  la  Marine  et  l’Année  françaises,  tandis 
que  nous  pouvons  reconnaître  que  la  ration  du  matelot  italien  et 
celle  du  mat<  lot  français  à  terre  sont  à  peu  près  (es  mêmes  au  point 
de  vue  du  nombre  des  calories  et  de  la  quantité  de  substances 
protéiques  et  d’autres  principes  alimentaires  qu’elles  contiennent. 

Si  on  fait  des  comparaisons,  on  voit  par  exemple  que  dans 
l’Armée  italienne,  soit  au  front  soit  en  arrière,  la  quantité  de 
substances  protéiques  est  maintenant  presque  de  bO  grammes  supé¬ 
rieure  à  celle  fournie  aux  matelots  à  bord  et  à  terre.  Des  différences 
moindres,  mais  analogues,  sont  observées  dans  l’Armée  et  la  Marine 
françaises. 

On  comprend  jusqu’à  un  certain  point  qu’il  y  ait  des  différences 
entre  la  ration  des  matelots  à  bord  et  celles  des  troupes  au  front 
en  première  ligne,  puisque  dans  les  cuisines  des  navires  les  mets 
peuvent  être  mieux  préparés,  leur  utilisation  est  ainsi  complète  et 
on  peut,  par  conséquent,  éviter  tout  gaspillage  ;  mais  ou  ne  comprend 
pas  pourquoi  de  fortes  différences  existent  entre  la  ration  des 
matelots  et  celle  des.  soldats  qui  vivent  dans  les  mêmes  conditions, 
casernés  à  terre,  dans  les  dépôts,  dans  les  postes  de  la  défense 
côtière  et  dans  toute  la  zone  des  lignes  de  communication  pour  les 
troupes  en  arrière  du  front. 

Dans  la  situation  actuelle,  il  y  a  maintes  raisons  pour  mettre  en 
évidence  l’opportunité  d’une  unification  alimentaire  pour  les  mili¬ 
taires  de  terre  et  de  mer,  en  choisissant  naturellement  celle  des 
rations  employées  qui  est  la  moins  abondante. 

Je  tiens  encore  à  porter  à  votre  connaissance  un  fait  qui  a  quelque 
importance  pour  les  comparaisons  et  pour  les  déductions  qu’on  peut 
en  tirer. 

Le  matelot  italien  reçoit  maintenant  à  bord,  en  moyenne, 
230  grammes  de  viande  par  jour;  mais  comme,  par  l’enquête  dont 
M.  le  Colonel  Médecin  Belli  avait  été  chargé,  on  avait  constaté  que 
les  unités  qui  recevaient  leur  ration  en  argent  avaient  une  tendance 
très  marquée  à  réduire  de  beaucoup  la  consommation  de  viande,  et 
comme  notre  cheptel  national  avait  grand  besoin  d’être  ménagé,  on 
a  donné  la  faculté,  à  bord  des  navires  de  guerre,  de  renoncer  dans 
le  repas  du  soir  à  la  partie  correspondante  de  la  ration  de  viande, 
en  la  remplaçant  par  du  riz  ou  des  pâtes  pour  faire  un  minestrone 
assaisonné  selon  le  goût  populaire  italien.  Cette  substitution  a 
rencontré  la  faveur  générale,  de  sorte  que  maintenant  la  ration 
journalière  de  viande  à  bord  ést  réduite  à  fbO  grammes  seulement. 

Comme  vous  voyez,  la  quantité  de  viande  qui  est  à  présent  dis¬ 
tribuée  à  bord  de  nos  navires  de  guerre  est  seulement  de  quelques 
grammes  supérieure  à  celle  des  troupes  allemandes  et  correspond 
justement  aussi  à  celle  que  les  Japonais  ont  toujours  donnée  à  leurs 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS  519 

armées  dAns  la  guerre  contre  la  Russie,  selon  la  ration  qui  reste 
encore  la  même  aujourd’hui. 

G’est  une  ration  presque  végétarienne  qu’on  emploie  au  Japon, 
avec  les  excellents  résultats  hygiéniques,  sanitaires  et  militaires 
que  tout  le  monde  connaît;  et  c’est  encore  une  alimentation  carnée 
très  réduite,  comme  la  japonaise,  que  le  matelot  italien  a  adopté  de 
son  libre  choix.  Il  y  a  encore  assez  de  viande  —  avec  le  fromage  et 
quelque  peu  de  morue  ou  de  thon  ou  de  saumon  —  pour  assurer 
dans  la  ration  de  la  Marine  italienne  la  présence  des  albumines 
d’origine  animale  et  par  conséquent  des  acides  aminés,  en  quantité 
bien  supérieure  à  celle  que  la  physiologie  moderne  croit  utile  pour 
une  bonne  nutrition,  question  dont  s’était  préoccupé  M.  le  Délégué 
delà  Belgique. 

En  présence  de  ces  faits,  en  présence  surtout  des  réductions  ali¬ 
mentaires  appliquées  par  nps  ennemis,  il  me  parait  que  toute 
question  de  race,  d’àge,  de  climat,  d’habitudes,  de  travail,  de 
déchets,  etc.,  dont  nous  nous  sommes  occupés  et  préoccupés  ici, 
pour  ce  qui  a  trait  à  l’alimentation  des  troupes  ont  bien  encore  de 
Pimportance,  maife  une  importance  tout  à  fait  secondaire. 

Scientifiquement,  théoriquement,  pratiquement,  effectivement  les 
réductions  extrêmes  auxquelles  a  été  obligée  l’Allemagne  pour  ses 
troupes,  en  cas  de  nécessité  pourraient  et  devraient  être  adoptées 
aussi  par  les  troupes  de  l’Entente. 

Les  réductions  que  les  Pays  Alliés  ont  jusqu’ici  apportées  aux 
rations  de  leurs  troupes  sont  déjà  un  grand  pas  fait  dans  la  voie  des 
réformes  et  des  limitations  rationnelles;  le  cas  échéant,  nous  ne 
devrions  pas  craindre  une  nouvelle  diminution.  Ni  trop  ni  trop  peu, 
adit  justement  notre  Président;  mais  la  limite  exacte  du  trop  et  du 
trop  peu  ne  peut  être  fixée  que  par  les  circonstances. 

En  effet,  les  physiologistes  —  Mosso  avant  tous  —  nous  disent  que 
toute  fonction  organique  peut  s’accomplir  convenablement  dans  des 
limites  très  amples  d’activité;  et  de  môme  que  Mosso  a  démontré 
que  nous  pouvons  jouir  même  d’une  véritable  «  respiration  de 
luxe  »,  il  est  bien  sûr  que  tout  le  monde  a,  adopté  une  alimentation 
qui  peut  être  appelée  de  luxe  par  la  quantité,  sinon  toujours  par  la 
qualité  ;  à  ce  luxe  l'homme  ne  renonce  que  par  inappétence  ou  par 
disette. 

La  disette  se  fait  sentir  bien  plus  chez  nos  ennemis  que  dans  les 
pays  de  l’Entente  ;  ainsi  s’expliquent  les  moindres  restrictions  ali¬ 
mentaires  que  nous  avons  appliquées  en  comparaison  de  l’Allemagne 
et  de  ses  alliés. 

Mais  la  résistance  d’un  pays  en  guerre  doit  se  manifester  de  tous 
côtés.  Puisque  l’Entente  tient  toujours  le  domaine  de  la  mer,  on 
peut  espérer  qu’elle  n’éprouvera  jamais  le  besoin  d’aller  jusqu’aux 
réductions  extrêmes  dans  l’alimentation  de  ses  peuples  et  de  ses 
troupes.  Mais,  en  se  rappelant  l’ancien  dicton  «  estote  parati  »,  il 
faut  être  paré  à  tout  et  si,  par  hasard,  la  disette  venait  à  augmenter. 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 


pour  résister  jusqu’au  bout  nous  devrions  être  tous  prêt^  à  imiter 
non  seulement  l’exemple  de  nos  ennemis,  mais  celui  bien  plus 
héroïque  que  jadis  a  donné  Paris,  dans  le  siège  de  la  guerre  franco- 
prussienne  de  1870-71,  pendant  lequel  les  Parisiens  ont  bien  fourni, 
au  point  de  vue  alimentaire  comme  aux  autres,  ce  que  l’on  pourrait 
appeler  un  véritable  étalon  de  nécessilé  et  de  résistance. 

Actuellement,  il  nous  suffit  d’avoir  ce  que  M.  de  Cazotte  a  appelé 
ici  l’étalon  de  suffisance  alimentaire,  étalon  qui  se  peut  régler  dans 
chaque  pays  de  l’Entente  selon  les  ressources  de  son  approvision¬ 
nement  et  qui  peut  varier  pour,  chaque  denrée.  Peut-être  serait-il 
utile  que  même  les  rations  militaires  fussent  moins  immuables, 
moins  fixes  dans  leur  type;  il  faudrait  pouvoir  changer  ce  type  selon 
l’abo'ndance  ou  la  disette,  surtout  en  ce  qui  concerne  la  viande'  et  le 
blé.  En  Italie,  dans  un  moment  de  pénurie  de  blé,  nous  avons 
préparé  pour  la  Marine  un  type  de  ratiou dans  lequel  la  quantité  du 
pain,  des  pâtes  et  du  riz  était  diminuée,  et  par  compensation  on 
avait  augmenté  la  quantité  de  la  viande,  du  vin  et  du  sucre,  dont  on 
pouvait  alors  avoir  une  plus  forte  provision  disponible. 

Toujours  est-il  que  des  réductions  encore  plus  radicales  que  celles 
adoptées  aujourd’hui  pourraient  se  faire  sans  crainte  et  sans  scru¬ 
pules  pour,  les  troupes  en  arrière  du  front,  tandis  qu’il  faut  être 
large  et  généreux  dans  l’alimentation  des  troupes  de  première  ligne 
engagées  dans  de  gros  efforts;  que  n’accorderions-nous  pas, 
d’ailleurs,  aux  héros  qui  sont  prêts  à  sacrifier  leur  vie  pour  la 
Patrie? 

Au  contraire,  les  soldats  qui  travaillent  en-arrière  peuvent  bien 
faire  quelque  sacrifice  au  luxe  quantitatif  alimentaire;  mais,  pour 
que  cela  se  fasse  sans  murmures  et  de  bonne  volonté,  il  faut  aussi 
préparer  l’opinion  publique  et  mêmè  'la  mentalité  des  soldats  par 
un  travail  de  persuasion,  de  propagande  et  de  vulgarisation  des 
données  de  la  physiologie  et  de  l’hygiène  de  l’alimentation.  Tout  ce 
travail  est  nécessaire  pour  ne  pas  ébranler  la  discipline  des  troupes. 
Or,  la  discipline  est  très  sensible  surtout  chez  les  peuples  latins; 
comme  a  dit  un  très  distingué  parlementaire  italien,  cette  disci¬ 
pline  a  même  subi  une  évolution  pendant  la  guerre  actuelle.  D’abord 
elle  était  aveugle  et  passive,  l’individualité  du  soldat  étant  toute 
absorbée  et  presque  annihilée;  dans  une  seconde  phase  elle  a  été 
consentie  et  active,  l’obéissance  procédant  presque  uniquement  de 
la  confiance  et  de  l’affèclion  inspirées  par  les  supérieurs;  main¬ 
tenant  nous  en  sommes  à  une  phase  critique  de  la  discipline,  parce 
que  le  soldat  veut  avoir  une  claire  idée  de  sa  tâche  et  de  ses  devoirs 
et  qu’il  veut  se  convaincre  de  leur  justice  et  de  leur  nécessité. 

Il  faut  donc  le  persuader  aussi  de  la  nécessité  des  réductions 
alimentaires.  On  pourra  obtenir  cet  effet  avec  des  raisonnements 
tout  simples  appuyés  sur  le  bon  sens,  avec  des  conférences  et  sur¬ 
tout  avec  de  petites  brochures  explicatives  et  de  vulgarisation  des 
données  scientifiques. 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS 


C’est  pour  aider  la  pénétration  des  idées,  dont  tous  nous  sommes 
bien  convaincus,  que  dans  la  Marine  italienqe  on  a  largement  dis¬ 
tribué  une  petite  publication  dont  j’ai  l’honneur  de  présenter  ici 
quelques  exemplaires. 

Une  petite  brochure  analogue  avait  été  rédigée  par  le  Colonel 
Médecin  Professeur  Baglioni  pour  l’Armée  italienne. 

Maintenant,  dans  toutes  les  Nations  de  l’Entente,  des  Sociétés 
savantes  ont  formé  des  Commissions  de  la  plus  haute  compétence  et 
de  la  plus  grande'  autorité,  qui  s’occupent  de  la  question  de  l’ali¬ 
mentation  civile  et  militaire. 

Sans  doute  des  brochures  populaires,  publiées  par  milliers  d’exem¬ 
plaires  sous  l’égide  de  cês  Sociétés  savantes,  auraient  de  très 
heureux  résultats  pour  le  but  qu’pn  doit  atteindre... 

La  Commission  passe  ensuite  à  la  lecture  des  documents  sur  la 
ration. 

M.  le  Médecin  Aide-Major  Geley.  —  Les  questionnaires  de 
.M.  le  Médecin  Major  Langlois,  envoyés  sur  le  front  français  à 
7  unités  de  ligne  et  retournés  remplis  à  la  Commission  par  les 
soins  du  Ministère  de  la  guerre,  n’ont  pu,  faute  de  temps,  mire  l’objet 
d’une  étude  minutieuse  et  détaillée.  Des  résumés  succincts  de 
chaque  document  ont  été  faits  par  le  Secrétariat  et  sont,  ainsi  que 
les  documents  eux-mèmes,  à  la  disposition  de  MM.  les  Délégués 
qui  pourront  en  prendre  connaissance  à  tête  reposée. 

Voici  les  principaux  renseignements  qui  nous  semblent  résulter 
de  ces  travaux  : 

1°  Le  chiffi-e  des  caloriès  n’a  généralement  pas  été  calculé  par  les 
enquêteurs.  Quand  ces  demies  se  risquent  à  donner  un  chiffre,  ce 
chiffre  est  évidemment  erroné  ; 

2“  La  ration  de  pain  varie,  suivant  les  unités,  entre  600  et 
750  grammes  par  jour  et  par  homme  ; 

3“  La  ration  de  viande  varie  entre  300  et  350  grammes  par  jour  et 
par  homme  ; 

4»  La  ration  de  légumes  secs  (haricots)  est,  en  moyenne,  de  250 
à  300  grammes  par  homme  et  par  semaine  ; 

5“  La  ration  de  pommes  de  terre  varie  de  900  grammes  par 
homme  et  par  semaine  à  2  kil.  300. 

6»  La  ration  de  légumes  verts  varie  dans  de  très  fortes  propor¬ 
tions  ; 

7»  La  ration  du  vin  est  au  minimum  de  1/2  litre  et  parfois  du 
double. 

La  ration  de  café  comporte  35  grammes  de  café  avec  49  grammes 
de  sucre. 

On  distribue  en  outre  du  thé,  de  l’eau-de-vie  (6  centilitres  par 
jour  et  par  homme). 

En  dehors  de  l’ordinaire,  les  hommes  achètent  des  conserves,  des 
confitures,  du  chocolat  et  surtout  du  vin.  Ces  achats,  faits  aux  coo- 


582  ALIMENTATION  DES  TROUPES 

'  pératives  centrales,  sont  importants,  mais  ne  sont  pas  calculés  par 
unités. 

Ces  chiffres  étaient  connus  et  n’apportent  à  la  Commission  aucun 
renseignement  inédit.  En  effet,  nous  possédions  déjà  tes  rapports 
complets  de  l’Intendance  et  du  Service  sànitaire  du  Ministère  de  la 
Guerre.  Le  but  essentiel  de  la  Commission  était  de  connaître  si  la 
ration  française  était  entièrement  utilisée,  et  consommée.  Pour 
cela,  un  point  très  important  était  celui  des  déchets  de  consomma¬ 
tion.  Seul  il  eût  permis  d’établir  si  la  ration  française  se  rapproche 
en  fait  de  la  ration  italienne.  Malheureusement,  la  question  n’a 
généralement  été  envisagée  qu’incomplètement  par  les  enquê¬ 
teurs  et  le  questionnaire  a  été  laissé  en  blanc  sur  la  page  réservée 
à  ces  déchets  de  consommation.  Il  est  expressément  indiqué  que 
le  pain  est  entièrement  consommé  ;  que  la  ration  de  pain  est 
strictement  suffisante  ;  mais  pour  la  viande,  il  n’y  a  pas  de  pré¬ 
cision  explicative,  ni  pour  les  légumes. 

Au  point  de  vue  de  la  préparation  des  alimenis,  on  doit  noter  un 
grand  effort  et  un  réel  progrès.  Les  cuisiniers  sont  le  plus  souvent 
instruits  dans  des  cours  improvisés  et  l’on  a  une  tendance  à  les  sta¬ 
biliser  dans  leurs  fonctions. 

Les  mets  sont  bien  préparés  et  assez  variés.  L’emploi  des  mar¬ 
mites  norvégiennes  est  encore  exceptionnel,  de  sorte  que,  dans  les 
tranchées,  on  doit  réchauffer  les  aliments  à  l’alcool  solidifié. 

L’avis  dés  intéressés  est  le  suivant  ;  Ils  se  déclarent  satisfaits,  à 
de  très  rares  exr.eptions  près.  Ils  préfèrent,  avant  tout,  la  soupe  aux 
légumes,  les  haricots  et  les  pommes  de  terre  frites.  La  viande  ne 
vient  qu’en  seconde  ligne.  <  ,, 

Ils  n’aiment  ni  le  riz,  ni  les  lentilles,  ni  les  pâtes.  Ils  voudraient 
plus  de  légumes  verts. 

L’avis  des  médecins  est  que  la  ration  est  bonne  et  que  l’état  sani¬ 
taire  est  excellent. 

M.  le  Major  Goto.  —  Voici  quelques  notes  sur  l’alimentation  des 
Armées  japonaises,  que  la  Délégation  japonaise  a  fait  parvenir  au 
Secrétariat  et  qui  comprennent  : 

1“  Un  extrait  des  règlements  sur  l’ordinaire  par  homme  et  pat- 
jour  en  temps  de  paix  et  en  temps  de  guerre  ; 

2®  Une  étude  historique  de  l’alimentation  de  l’armée  et  un 
résumé  d’expérieiïces  très  précises  sur  la  valeur  énergétique  des 
divers  aliments  ;  . 

3°  Un  exposé  de  la  ration  actuelle  en  temps  de  paix  et  en  temps 
de  guerre.  Voici  l’analyse  de  cet  exposé. 

La  ration  japonaise  comporte  deux  catégories  diverses  intitulées 
vivres  •principaux  et  vivres  secondaires. 

Les  vivres  principaux  sont  le  riz,  le  blé  et  l’orge.  Les  vivres 
secondaires  sont  la  viande,  les  légumes,  les  condiments  et  les 
boissons. 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS 


583 


En  temps  de  paix,  la  ration  totale,  en  vivres  principaux  et  secon¬ 
daires,  comporte  un  total  de  3.162  calories,  assurés  par  103,64  de 
substances  albuminoïdes,  16,781  de  graisse  et  629,33  de  substances 
hydrocarbonées.  Dans  ce  total,  les  vivres  principaux,  riz  et  blé, 
donnent  35,29  de  substances  azotées  ;  1,128  de  graisse  et  318,183  de 
substances  hydrocarbonées,  produisant  2.361  calories.  Les  vivres 
secondaires  donnent  48,23  d’albuminoïdes,  15,653  de  graissse  et 
110,345  de  substances  hydrocarbonées,  produisant  801  calories. 

La  ration  de  guerre  comporte  un  total  de  3.643  à  3.797  calories 
fournies  par  108,63  à  123,96  d’albuminoïdes;  6,11  à  15,96  de  graisse 
et  766,02  de  sub.^tances  hydrocarbonées. 

Dans  ce  total,  les  vivres  principaux  représentenrsi  ,26  d’albtimi- 
DOïdes;  1,49  de  graisse  et  672,87  de  substances  hydrocarbonées. 

Les  vivres  secondaires  représentent  57,37  à  72,70  d’albuminoïdes, 
4,32  à  14,17  de  graisse  et  93,15  de  substances  hydrocarbonées.  Nor¬ 
malement,  les  vivres  principaux  se  réduisent  au  riz  dont  on  donne 
1.850  grammes  cuit  ou  800  grammes  cru  par  jour.  Les  vivres  secon¬ 
daires  consistent  en  :  viande  de  conserve  158,8  et  légumes  secs 
112  grammes.  Il  faut  ajouter  des  prunes  conservées  dans  le  sel  dont 
on  donne  37  grammes  ;  de  la  sauce  japonaise  19  gramnies  ;  du  miso 
19  grammes  ;  du  sucre  12  grammes  et  du  thé  4  grammes. 

A  cette  ration  normale,  on  substitue  parfois  une  ration  dite  de 
remplacement  qui  comprend  :  1.012,5  de  pain  ou  657  de  galette 
sèche  comme  vivres  principaux  et,  comme  vivres  secondaires, 
187  grammes  de  viande  fraîche  ou  112  grammes  de  viande  fumée,  • 
ou  130 grammes  d’œufs  —  450  grammes  de  légumes  frais  ou  56  gram¬ 
mes  de  légumes  salés  ou  80  grammes  de  sauce  japonaise. 

Exceptionnellement,  on  distribue  du  saké  0,40  centilitres  ou  de 
l’eau-de-vie  0,08  centilitres  ou  du  gâteau  121  grammes. 

Il  est  prévu  une  ration  de  vivres  portatifs.  Elle  consiste  en  galette 
sèche  657  gr.  9,  viande  conservée  138,8  et  sel  12  grammes.  Cette 
ration  portative  donne  un  total  de  2.639  calories. 

Les  chiffres  ci-dessus  sont  ceux  des  rations  données  pendant  la 
guerre  russo-japonaise.  Il  n’y  a  rien  été  modiOé  depuis. 

En  somme,  la  ration  est  presque' exclusivement  végétarienne.  Elle 
comporte,  en  tout  cas,  une  énorme  prédominance  des  substances 
ternaires  sur  les  substances  quaternaires. 

Il  faut  noter  que  cette  alimentation  végétarienne  est  extrême¬ 
ment  variée.  Voici,  à  titre  d’exemple,  le  menu  d’un  jour  d’une  Unité 
à  l’intérieur. 

3  repas  par  jour  ; 

Premier  repas  : 


Riz  cuit . .  638  grammes. 

Aubergine  et  concombre . 150  — 

Sauce  japonaise .  12  — 

Ou  gingembre .  15  — 


584 


ALIMENTATIOxX  DES  TROUPES 


Deuxième  repas  : 


Riz . 

.  764  gr. 

Bonite . 

.  131  gr. 

Citrouille.- 

8  gr. 

Concombre . 

.  76  gr. 

Sauce  japonaise.  .  . 

12  gr. 

Troisième  repas  : 

Riz . 

Soupe  de  miso  avec 

Aubergine  .......  75  gr.  ^ 

Miso .  75  gr.  >  ou 

Légumes  salés  ....  37  gr.  ) 


f  Lotus .  56  gr. 

ou  1  Carotte .  56  gr. 

)  Chou  salé .  16  gr. 


634  grammes. 

19  grammes  de  viande. 

{  Tofou . 120  gr. 

)  Oignon . . .  56  gr. 


M.  le  Médecin  principal  de  1''“  classe  Inaba  (Japon).  —  Voici  la 
composition  exacte  de  la  ration  normale  de  campagne  dans  l’Armée 
japonaise  ;  a 

Aliments  principaux. 


Aliments  réguliers. 

Riz  765  cent,  cubes  (575  gr.)  et 
Blé  330  cent,  cubes  (240  gr.). 


Suppléments 
Aliments  réguliers. 

Viande  de  conserve,  150  gr. 

Légumes  secs,  112,5. 

Prunes  salées,  37,5. 

Ou  radis,  concombres  et  pois  salés, 
37,5 

Extrait  de  shoga,  19. 

Mico  en  poudre,  19. 

Sucre,  12. 

Sel,  12. 

Thé,  4. 


Aliments  de  subslilulion. 

Riz  1.095  cent,  cubes  (822  gr.)  ou 
Pain  1.012  gr.  ou 
Biscuit'  675  gr. 

quotidiens. 

Aliments  de  substitution. 
Bœuf*  sans  os  150;  avec  os,  187,5. 
Ou  viande  salée,  séchée  ou  fumée, 
112,5. 

Ou  OEufs,  150. 

Légumes  crus,  450. 

Légumes  salés,  56. 

Shogo,  80  cent,  cubes. 


Articles  d'extra. 

Saké  0  1.  4  ou  cognac  o  1.  08  ou  gâteaux  112.  Cigarettes  20  pièces. 

Vivres  de  réserve  {pour  le  combat). 

Biscuit  675  grammes  ou  riz  1.095  cent,  cubes  (822  grammes). 
Viande  de  conserve  150  grammes,  sel  12  grammes. 


1.  On  donne  quand  on  le  peut  262,5  de  viande  fraîche  sans  os,  ou 
337,5  avec  os. 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS 


585 


Valeur  nutritive  journalière. 


.VZOVE 

ALBÜMINE 

GUAISSE 

HYDRATES 

de 

CARBONE 

CALORIES 

Aliments  principaux  (riz 

et  blé)  . 

10B28 

64B26 

9«75 

516580 

2.473 

Aliments  secondaires  (en- 

semble) . 

7,36 

46,02 

13,68 

101,70 

733 

Totat . 

17,64  * 

110,28 

23,43 

618,50 

3.206 

Quantité  assimilée.  •  .  . 

13,38 

84,90 

16,60 

613,20 

3.011 

Pertes  p.  109  . 

23  » 

29,1 

6,8 

•  Le  quart  de  falbumino  to 

ale  est  représenté  par  l'album 

ne  animale 

■1 

N.-B.  —  1.  Les  calories  provenant  du  riz  représentent  80.  p.  100 
environ  des  calories  totales. 

2.  Le  poids  des  soldats  japonais  est  en  moyenne  de  57  kilo¬ 
grammes. 

Voici  d’ailleurs  une  étude,  publiée  à  Tokio  en  1917,  que  j’ai  faite 
sur  la  question  de  l’alimentation  et  dont  je  prie  les  membres  de  la 
Commission  d’accepter  chacun  un  exemplaire. 

M.  le  colonel  Beveridge  (Grande-Bretagne).  —  A  part  quelques 
changements  occasionnels  consistant  dans  le  remplacement  de 
denrées  comprises  dans  les  rations  par  des  équivalents,  il  n’a  été 
apporté  aucun  changement  ni  dans  la  quantité  ni  dans  la  disposi¬ 
tion  de  l’échelle  des  rations  journalières,  au  cours  de  l’année  1917. 

La  ration  de  viande  est  de  14  onces  (397  grammes)  par  homme  et 
comprend  de  la  viande  congelée  et  de  la  viande  de  conserve. 

On  a  conseillé  d’accroître  les  fournitures  de  pommes  de  terre 
afin  d’augmenter  la  ration  hydrocarbonée  et  des  sels  alcalins.  Les 
investigations  les  plus  récentes  tendent  à  prouver  que  ta  pomme 
de  terre  a  une  plus  grande  valeur  nutritive  qu’on  le  pensait,  en  ce 
sens  que  la  protéine  qu’elle  contient  est  assimilable  d’une  façon 
très  parfaite  et  utilisée  totalement. 

La  ration  journalière  des  troupes  combattantes  comprend  actuel¬ 
lement  :  142  grammes  de  protéine,  187  grammes  de  graisse  et 
45S  grammes  d’hydrates  de  carbone,  ce  qui  représente  un  total  de 
4.200  calories.  On  est  porté  à  estimer,  parmi  les  physiologistes  et 
les  spécialistes  en  hygiène  alimentaire  britanniques,  que  la  ration 


586 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 


de  travail  doit  se  trouver  au  voisinage  de  1.000  calories.  Une  autre 
condition  jugée  essentielle,  c’est  que  la  quantité  journalière  de  pro¬ 
téine  ingérée  dépasse  certainement  les  100  grammes.  Dans  le  cas 
d’individus  exposés  aux  intempéries  ou  se  livrant  à  de  durs  tra¬ 
vaux,  l’opinion  qui  prévaut  est  que  cette  quantité  doit  être  située 
entre  130  et  150  grammes,  quantité  dérivée  bien  entendu  de  toutes 
les  sources,  aussi  bien  végétales  qu’animales.  100  à  120  grammes 
sont  suffisants  dans  le  cas  de  légers  travaux.  11  est  difficile  d’ima¬ 
giner  un  régime  satisfaisant  eq  se  contentant  d’une  quantité  de  pro¬ 
téine  inférieure  à  100  grammes  par  jour.  D’ailleurs,  une  alimenta¬ 
tion  où  la  quantité  de  protéine  est  relativement  abondante  présente 
certains  avantages  : 

1.  La  résistance  aux  infections  se  trouve  augmentée  et,. grâce  à 
la  facilité  d’oxydation,  la  vigueur  physique  est  accrue  eu  même 
temps  que  la  tendance  à  l’accumulation  de  graisse  superflue 
s’atténue. 

2.  Les  convalescences  sont  accélérées.  Si  l’on  ne  fournit  qu’un 
minimum  de  protéine,  il  q’y  a  plus  d’excédent  pour  la  reconstitu¬ 
tion  cellulaire  lorsque  les  tissus  sont  affaiblis  par  la  maladie  et  ainsi 
la  convalescence  est  rendue  plus  difficile.  Les  malades  relevant 
d’attaques  typhoïdiques  ont,  d’une  façon  générale,  au  cours  de  la 
guerre  actuelle,  été  favorisés  par  le  cours  remarquablement  prompt 
de  la  convalescence.  L’observation  avait  été  toute  contraire  au  cours 
de  la  gueri-e  sud-africaine,  où  la  nourriture  était  moins  abondam¬ 
ment  distribuée.  Et  tandis  que  nos  malades  s’amaigrissent  aussi 
peu  que  possible,  les  maladies  intestinales  au  cours  de  cette  der¬ 
nière  guerre  étaient  marquées  par  un  extrême  délabrement  orga¬ 
nique,  dû  sans  doute  à  l’absence  de  tissus  de  réserve.  En  ce  qui 
concerne  le  cas  de  blessures,  il  n’est  pas  besoin  d’insister  sur  l’in¬ 
térêt  de  la  présence  des  dites  réserves. 

3.  L’aliment  azoté  est  un  véritable  stimulant  cellulaire.  Cette  sti¬ 
mulation  est  certainement  avantageuse  à  la  faculté  de  résistance  de 
l’organisme  à  la  maladie. 

4.  Le  moral  général  est  certainement  amélioré  par  le  fait  que 
la  ration  journalière  contient  d’amples  proportions  de  substances 
azotées. 

Dans  la  zone  arrière  {Lines  of  Communication),  la  ratioq  journa¬ 
lière  a  été  légèrement  réduite  en  mai  1917.  La  ration  de  viande  est 
de  12  onces  (340  grammes)  de  viande  congelée,  ou  6  onces  3/4 
(191  grammesi  de  viande  de  conserve.  Cependant  lorsqu’il  s’agit  de 
détachements  employés  à  de  durs  travaux,  bûcherons,  car¬ 
rières,  etc.,  des  suppléments  de  nourriture  sont  prévus  et  fixés  par 
les  règlements. 

La  valeur  énergétique  de  la  ration  journalière  à  l’arrière  {Lines 
of  Communication)  est  de  3.569  calories.  Ceci  représente  nom- 
mémeut  :  120  grammes  de  protéine,  156  grammes  de  graisse, 
402  grammes  de  substances  hydrocarbonées.  Ces  quantités  ont 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS 


paru,  depuis,  très  sufBsantes.  La  question  des  fournitures  alimeo- 
taires  aux  hôpitaux  a  été  étudiée  au  cours  de  l’année  écoulée,  du 
point  de  vue  économique,  afin  de  prévenir  le  gaspillage,  sans  sacri¬ 
fier  en  rien  les  intérêts  des  malades.  Une  échelle  de  fournitures  a 
été  proposée.  Les  quantités  suivantes  paraissent  devoir  convenir, 
portant  sur  iOO  malades  et  par  jour 

Viande  ;  70  livres,  pain  et  farine  75,  sucre  8  à  10,  margarine  9, 
légumes  fiais  60,  thé  ou  cacao  3,  confiture  ou  marmelade  b, 
céréales  38,  et  60  œufs.  Des  suppléments  à  titre  de  «  medical 
conforts  »  sont  également  alloués. 

La  ration  journalière  attribuée  aux  femmes  enrôlées  dans  la 
section  auxiliaire  des  femmes  correspond  à  2.996  calories,  avec 
87  grammes  de  protéine,  Hb  grammes  de  graisse  et  380  grammes 
de  substances  hydrocarhonées. 

Au  point  de  vue  des  fournitures  alimentaires,  la  dite  ration 
consiste  eu  :  viande  8  onces  *,  pa:n  11  onces,  thé  1/2  once,  confi¬ 
tures  3  onces,  légumes  12  onces,  riz  ou  farine  d’avoine  2  onces, 
lait  2  onces,  fromage  1  once,  margarine  1  once.  Il  est  certain  que 
les  conditions  de  variété  sont  ainsi  suffisamment  observées  et  les 
résultats,  autant  qu’on  peut  en  juger  pour  le  moment,  semblent 
satisfaisants. 

En  ce  qui  concerne  les  travailleurs  de  race  indigène,  la  ration 
établie  n’est  pas  identique  pour  tous;  une  liste  et  une  échelle  parti¬ 
culières  sont  prévues  pour  chaque  peuple.  Cependant,  la  valeur 
énergétique  sur  laquelle  on  s’est  basé  est  presque  uniformément 
aux  environs  de  4.000  calories.  Les  dépenses  d’alimentation  ont  été 
d’un  bon  rapport,  le  travail  fourni  a  été  proportionné  aux  généro¬ 
sités  en  nourriture.  D’ailleurs,  la  morbidité  s’est  maintenue  très  bas. 

Deux  échelles  de  fournitures  correspondent  aux  deux  catégories 
de  prisonniers  de  guerre,  selon  que  le  travail  effectué  correspond  à 
une  dépense  musculaire  intense  ou  très  modérée. 

Pour  la  deuxième  catégorie,  un  régime  alimentaire  correspondant 
à  une  valeur  énergétique  de  2.803  calories  est  prévue.  La  première 
catégorie  reçoit  un  supplément  représentant  576  calories;  au  total 
3.380  catégories  sont  allouées.  En  pratique,  ce  régime  comprend 
12  onces  de  viande  b  jours  par  semaine  et  10  onces  de  poisson 
2  jours  par  semaine.  La  quantité  totale  de  protéine  se  monte  à 
124  grammes.  ( 

Au  sujet  des  cas  de  néphrite  observés  durant  cette  guerre,  on  a 
avancé  que  l’élément  azoté  entrait  pour  une  quantité  réellement 
excessive  dans  la  compo'iition  des  rations  des  troupes  britannique.s. 
Il  ne  nous  semble  pas  cependant  que  les  quantités  de  viande  allouées 
soient  exagérées.  Sans  faire  état  du  gaspillage,  la  consommation 
réelle  correspond  à  peine  à  13  onces  de  viande  net.  D'ailleurs,  il  n’y 
a  pas  de  signe  que  la  toxémie  intestinale  se  soit  manifestée. 

1.  L’once  égale  28  gr.  33. 


588 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 


Mackenzie  Wallace  a  constaté  que,  dans  de  nombreux  casde  néphrite, 
les  sulfates’  d’éther  et  d’urobiline  se  trouvaient  en  proportion  réelle¬ 
ment  faible  dans  les  excrétions.  Plusieurs  cas  de  néphrite  ont 
affecté  des  hommes  adonnés  à  un  régime  végétarien  des  plus  stricts. 
D’ailleurs,  quoique  les  rations  de  viande  aient  été  réduites  à  diverses 
reprises,  le  nombre  des  cas  de  néphrite  s’est  accru  de  façon  abso¬ 
lument  ininterrompue. 

Dans  l’hypothèse  que  la  néphrite  procéderait  d’une  acidité  des 
tissus,  il  faut  avoir  présent  à  l’esprit  qu’au  cours  du  métabolisme 
des  protéines  de  grandes,  quantités  d’acides  peuvent  être  engendrées. 
Après  oxydation  dans  l’organisme,  les  protéines  alimentaires  four¬ 
nissent  environ  25  p.„100  d’acide  en  excès,  tandis  que  les  fruits  et 
légumes  absorbés  fournissent,  au  contraire,  25  p.  100  d’éléments 
basiques  en  excès. 

L’acidité  des  tissus  peut  résulter  jusqu’à  un  certain  point  de  la 
disette  de  substances  hydrocarbonées  et  d’une  insuffisance  de  sels 
organiques.  Il  est  par  conséquent  important  de  bien  veiller  à  ce  que 
la  quantité  de  légumes  prévue  soit  pleinement  fournie  et  consommée 
par  jour.  En  hiver,  il  est  évidemment  difficile  dé's’assurer  des 
quantités  importantes  de  légumes;  aussi' est-il  bon  de  donner  des 
suppléments  en  pommes  de  terre  pour  compenser  ce  déficit.  Dans 
les  unités  de  la  zone  avancée,  la  distribution  journalière  de  fruits 
tels  qu’orangés  et  citrons  a  paru  très  propre  à  assurer  aux  orga¬ 
nismes  cette  provision  de  sels  organiques  qui,  par  transformation 
en  carbonates  alcalins,  sont  capables  de  prévenir  ou  de  réduire 
l’excès  d’acidité. 

Martin  Fischer  a  montré  qu’en  nourrissant  des  athlètes  au  moyen 
de  fruits  de  cette  espèce,  l’albuminurie  provoquée  était  diminuée 
d’intensité. 

Depuis  que  le  rapport  ci-dessus  a  été  écrit,  on  a  opéré  de  nou¬ 
velles  réductions  dans  les  rations  des  troupes.  Les  rations  actuelles 
prévoient  136  grammes  de  protéine,  471  grammes  de  substances 
hydrocdrbonées  et  167  grammes  de  graisse  par  jour  et  par  homme 
sur  le  front. 

M.  le  Chirurgien  de  la  marine  Boyden  (Grande-Bretagne).  —  Il 
pourrait  être  intéressant  pour  la  Commission  de  connaître  les  détails 
des  rations  distribuées  aux  officiers  et  aux  hommes  dans  la  Marine 
Royale  Britannique. 

"Pendant  la  guerre,  l’Amirauté  s’est  trouvée  obligée  de  réduire  la 
quantité  de  pain  et  de  sucre  allouée  dans  la  ration  de  paix.  Mais 
pour  dédommager  les  hommes  de  cette  perte,  l’allocation  de  nour¬ 
riture  a  été  augmentée  de  45  à  79  cent,  par  homme  et  par  jour. 

Les  denrées  de  substitution  aux  pommes  de  terre,  quand  on  ne 
peut  pas  se  procurer  ces  dernières,  ont  aussi  été  légèrement 
modifiées. 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS  S89 

La  pratique  de  prendre  des  rations  supplémentaires  moyennant 
paiement  a  été  limitée,  par  ordre  de  l’Amirauté  du  28  mars  1917,  à 
226  grammes  de  pain  ou  de  farine  et  28  grammes  de  sucre,  par  jour. 

La  faculté  de  prendre  de  la  viande  fraîche  supplémentaire  a  aussi 
été  supprimée  pour  les  mess  des  hommes  et  limitée  à  226  grammes  ’ 
pour  les  mess  des  officiers. 

Le  15  juin  1917,  un  nouvel  ordre  a  été  donné  réduisant  les  distri¬ 
butions  supplémentaires  de  pain  ou  de  farine  de  226  grammes  à 
170  grammes;  mais  ces  rations  furent  de  nouveau  portées  à 
226  grammes  le  19  octobre  1917. 

La  ration  quotidienne  de  vivres  allouée  aux  officiers  et  aux 
hommes  est  la  suivante  : 

A.  Ration  d'avant  la  guerre.  —  Pain  453  grammes.  Viande  fraîche, 

226  grammes.  Légumes  frais,  453  grammes.  Alcool  (rhum),  7  centi¬ 
litres.  Sucre,  113  grammes.  Thé,  14  grammes.  Chocolat,  14  grammes. 
Lait  (Marque  Idéal  et  C‘'),  21  grammes.  Confitures  et  conservt-s  au 
vinaigre,  28  grammes.  Viande  de  couserve  (un  jour  par  semaine  au 
port  et  deuxjours  en  mer),  113  grammes.  Moutarde,  poivre,  vinaigre, 
sel  à  Vüliinté.  « 

De  plus,  une  allocation  de  nourriture  de  0  fr.  40  par  jour  était 
accordée  et  les  mess  pouvaient  prendre  des  vivres  moyennant  paie¬ 
ment,  à-volonté,  la  viande  fraîche  étant  limitée  à  113  grammes  par 
homme  et  par  jour. 

Dans  les  bâtiments  qui  prennent  la  mer  on  a  l’habitude  de  dis¬ 
tribuer  du  porc  salé  an  lieu  de  viande  fraîche  une  fois  par  semaine. 
L’allocation  est  :  Porc  salé,  226  grammes.  Pois  cassés,  113  grammes. 
Pommes  de  terre,  226  grammes.  Semences  de  céleri,  14  grammes 
pour  3  kgr.  628  de  pois  cassés. 

Abord  desbâiiments  qui  n’ont  pas  de  chambre  frigorifique,  on 
distribue  de  la  viande  de  conserve  une  fois  ou  deux  fois  par  semaine. 
La  ration  consiste  en  viande  de  conserve,  170  grammes.  Farine, 
226  grammes.  Graisse  de  bœuf,  21  grammes.  Raisins  secs  ou  confi¬ 
tures,  56  grammes.  Pommes  de  terre,  220  grammes  ou  113  grammes 
de  riz  au  lieu  des  quatre  derniers  articles. 

Quand  on  ne  peut  pas  se  procurer  de  pommes  de  terre,  ou  y 
substitue  des  haricots  secs,  50  grammes  ou  56  grammes  de  petits 
pois  secs. 

B.  Ration  actuelle.  —  Pain,  283  grammes  (plus  226  grammes  . 
seulement  moyennant  paiement).  Viande  fraîche,  226  grammes  (il 
n’en  est  plus  alloué  en  supplément  moyennant  paiement).  Légumes 
frais,  453  grammes.  Alcool,  7  centililres.  Sucre,  56  grammes  (plus 
28  grammes  seulement  moyennant  paiement).  Thé,  14  grammes. 
Chocolat,  14  grammes.  Lait,  21  grammes.  Confitures  ou  conserves 
au  vinaigre,  28  grammes.  Viande  de  couserve,  113  grammes  (poul¬ 
ies  bâtiments  prenant  la  mer  seulement,  deux  fois  par  semaine  en 
mer  et  une  fois  au  port).  Assaisonnements  à  volonté. 


590 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 


Les  rations  de  porc  salé  et  de  viande  de  conserve  sont  les  mêmes 
que  dans  la  ration  d’avant  la  guerre. 

Valeur  en  calories  de  la  ration  d’avant  la  guerre  :  2.812. 

Valeur  en  ct^lories  de  la  ration  actuelle  :  2.164. 

En  addition  à  la  ration  ci-dessus,  le  capitaine  peut  autoriser  des 
distributions  supplémentaires  comme  suit  : 

Jus  de  limon,  14  grammes;  sucre,  14  grammes,  sur  réquisition  du 
médecin. 

Pour  les  hommes  employés  dans  la  chambre  des  machines  et 
dans  la  chambre  de  chauffe  quand  le  bâtiment  est  en  marche  : 
farine  d’avoine,  56  grammes;  sucre,  14  grammes,  ou  jus  de  limon, 
14  grammes;  sucre,  14  grammes. 

Pour  les  hommes  de  service  la  nuit,  ou  à  n’importe  quel  moment 
cpiand  ils  sont  exposés  au  mauvais  temps  ou  accomplissent  un  tra¬ 
vail  très  dur  :  biscuit, 226  grammes  ;  viande  de  conserve,  170 grammes; 
le  tout  soit:  (o)  chocolat,  14  grammes;  sucre,  7  grammes;  ou  (b)  thé, 
3  gr.  5  ;  sucre,  7  grammes;  ou  (c)  café,  14 grammes;  sucre,  7  grammes. 

La  valeur  de  cette  ration  supplémentaire  se  monte  à  1.352  calo¬ 
ries. 

Il  faut  reconnaître  que  ces  rations  de  la  Marine  royale  sont  très 
insuffisantes  en  graisses  et  ceci  n’est  pas  complètement  compensé 
par  la  quantité  d’hydrates  de  carbone  allouée.  On  admet  cepen¬ 
dant  que  l’indemnité  de  nourriture  fixée  maintenant  à  79  centimes 
par  homme  et  par  jour  est  employée  en  partie  à  acheter  du  beurre 
ou  de  la  margarine  à  la  cantine.  Comme  tous  les  bâtiments  (excepté 
les  petits)  ont  des  cantines  à  bord,  il  y  a  peu  de  difficulté  à  se  pro¬ 
curer  des  aliments  gras'  tant  que  les  provisions  peuvent  être 
obtenues  des  fournisseurs. 

Après  que  l’allocation/ de  pain  eut  été  réduite  le  15  juin  1917,  on 
fit  des  enquêtes  pour  savoir  s’il  n’y  avait  pas  de  mécontentement 
parmi  les  hommes  et  on  s’assura  que  beaucoup  d’entre  eux  trou¬ 
vaient  la  quantité  réduite  insuffisante,  surtout  pendant  les  mois 
d’hiver.  Comme  l’allocation  de  pain  à  titre  remboursable  a  été  de 
nouveau  portée  de  170  à  226  grammes,  ce  sujet  de  plainte  ne  devrait 
plus  exister. 

'■  Il  serait  bon  d’avoir  une  connaissance  plus  exacte  de  la  valeur 
nutritive  du  pain  de  guerre  comparée  avec  celle  du  pain  de  paix. 

Je  suis  sûr  que  tout  essai  de  substituer  d’autres  aliments  à  ceux 
de  la  présente  ration  ne  serait  pas  bien  reçu  par  le  marin,  qui  est 
très  conservateur  dans  ses  goûts. 

ISn  résumé,  la  ration  de  la  marine  semble  être  suffisante  pour 
maintenir  les  hommes  en  bonne  santé,  mais  toute  autre  réduction 
amènerait  selon  toute  probabilité  une  nutritioil  défectueuse,  surtout 
parmi  les  hommes  exposés  à  des  conditions  climatiques  sévères  dans 
la  Mer  du  Nord. 

La  plupart  des  autorités  en  diététique  sont  d’accord  pour  affirmer 
que  les  rations  ne  devraient  pas  être  réduites  à  un  tèl  point  qu'il 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS 


591 


n’existe  plus  de  réserves  sur  lesquelles  le  corps  puisse  prendre  en 
cas  de  maladie  ou  de  circonstances  critiques. 

Un  autre  point  de  quelque  importance  est  l’entretien  de  la  chaleur 
du  corps.  C’est  un  fait  connu  de  tous  que  la  plus  grande  partie  de  la 
nourriture  ingérée  est  employée  à  maintenir  la  température  du 
corps. 

Il  est  donc  logique  de  se  préoccuper  d’assurer  aux  hommes 
une  bonne  protection  contre  le  froid  et  d’entretenir  nue  température 
assez  élevée  (15“  à  18“  C.)  dans  leurs  locaux  d’habitation,  à  la  fois  à 
terre  et  à  bord  :  par  ces  moyens  on  économisera  de  la  nourriture 
pour  les  tissus  et  l’appétit  sera  plus  facilement  apaisé. 

M.  le  colonel  Belci  (Italie).  —  Dans  la  Marine  italienne  rien  n’a 
été  changé  à  la  ration  alimentaire,  qui  est  restée  toujours  celle  sur 
laquelle  a  enquêté  M.  le  Médecin  Aide-major  Geley,  dont  le  rapport 
communiqué  à  la  Commission  conserve  son  importance  tout 
entière. 

Au  contraire,  la  ration  de  l’Armée  a  été  modiQée  depuis  quelques 
mois  ;  c’est  pourquoi  on  a  procédé  à  de  nouvelles  enquêtes,  dont  je 
vais  rapporter  les  résultats  au  lieu  de  M.  le  Lieutenant-Colonel 
.Médecin  Baglioni,  qui  a  été  empêché  d’assister  à  celte  session.  ^ 

Dans  l’Armée  ont  été  soumises  à  l’enquête  huit  unités.  De  même, 
on  a  exécuté  l’enquête  dans  une  unité  de  la  Marine,  dite  Brigade 
marine,  dont  les  matelots  sont  au  front  de  terre  et  partagent  la 
nourriture  des  soldats.  Les  conditions  d’alimentation  de  ces  troupes 
sont  tout  à  fait  analogues  ;  c’est  pourquoi,  au  lieu  d’un  exposé 
détaillé  des  résultats  de  l’enquête,  je  crois  préférable  d’en  donner  un 
résumé  d’ensemble  avec  des  moyennes. 

Ces  troupes  étaient  entièrement  constituées  par  des  soldats  ayant 
plus  d’un  an  de  service.  11  y  avait  parmi  elles  des  récupérés  après 
réfoi'me,  qui  sont  tous  affectés  à  un  service  sédentaire.  L’âge  de  la 
plupart  des  militaires  était  de  vingt  à  vingt-cinq  ans;  un  nombre 
très  restreint  au-dessus. 

Les  troupes  étaient  à  l’arrièi-e,  au  repos.  Elles  séjournaient  en 
pays  de  plaine,  en  saison  froide,  dans  une  région  tempér  ée,  humide 
et  marécageuse. 

Le  recrutement  en  Italie  est  national  et  dans  chaque  unité  les 
hommes  proviennent  de  provinces  très  différentes.  Évidemment, 
les  habitudes  alimentaires  au  nord  ne  sont  pas  les  mêmes  qu’au  sud 
de  la  Péninsule;  cependant,  la  différence  essentielle  regarde  seu¬ 
lement  la  consommation  du  riz,  qui  est  peu  aimé  par  les  méri¬ 
dionaux. 

Les  aliments  sont  tous  fournis  par  l’État  (service  des  subsis¬ 
tances)  à  l’exception  des  condiments  frais  (céleris,  tomates, 
oignons,  etc.). 

Pas  de  coopératives  ni  de  cantines. 


/  f>92  ALIMENTATION  DES  TROUPES 

La  quantité  par  homme  et  par  jour  est  la  suivante  : 

Pain,  700  gr.  Lard  (ou  huile  d’olive)  15  gr. 

Viande,  350  gr.  (6  jours).'  (6  jours  et  25  gr.  l'jour). 

Morue  saléerSOO  gr.  (1  jour).  Fromage,  50  gr. 

Pâtes  alimentaires,  500  gr.  (4  jours).  Café  vert,  25  gr. 

Riz,  150  gr.  (3  jours).  Sucre,  30  gr. 

Haricots  secs,  80  gr.  Vin;  25  centil; 

Légumes  frais,  200  gr.  Sel  de  cuisine,,  20  gr. 

Il  est  alloué  8  centimes  par  jour  et  par  homme  pour  l’achat  des 
condiments  :  tomates  fraîches  ou  en  conserve,  céleris,  oignons, 
carottes,  etc. 

Àux  troupes  aux  tranchées  on  donne  en  plus  des  fruits  tous  les 
jours  (oranges,  figues,  pommes  et  marrons),  du  vin  et  du  rhum  ou 
du  cognac. 

Le  menu  comprend  trois  repas  :  café  au  déjeuner,  riz  ou  pâtes  et 
viande  au  repas  du  jour  et  viandes  avec  légumes  et  fromage  au  repas 
du  soir. 

Les  déchets,  sauf  pour  la  viande,  sont  en  quantité  très  limitée  à 
cause  de  la  qualité  des  denrées.  . 

La  viande  donné  un  déchet  avant  la  cuisson  de  90  grammes  (os)  et 
10  grammes  (graisse)  sur  la  portion  de  350,  grammes.  Ces  déchets 
sont  prévus  dans  le  contrat  de  fourniture  et  par  conséquent  toujours 
uniformes. 

Le  poisson  sec  salé  donne  un  déchet  de  80  grammes  sur  200  de 
portion. 

Le  fromage  donne  des  déchets  variables  selon  les  sortes,  en 
moyenne  de  10  p.  100. 

Les  pommes  de  terre  sont  très  rares  pour  lé  moment  et  les  distri¬ 
butions  en  sont  suspendues.  L’épluchage  des  légumes  frais  donne 
des  déchets  très  abondants,  jusqu’à  '50  p.  100  ;  mais  il  s’agit  d’ali¬ 
ments  très  pauvres  en  principes  alimentaires  et  dont  la  quantité  a 
une  influence  minime  sur  la  valeur  alimentaire  totale  de  la  ration. 

Les  hommes  mangent  la  totalité  de  ce  qu’on  leur  donne.  En 
pratique,  les  résidus  qu’on  trouve  sur  lés  tables  n’ont  aucune 
imp.ortance.  Les  principaux  de  ces  résidus  concernent  le  riz,  dont 
les  restes  sur  les  plats  sont  d'un  dixième,  et  la  morue  salée,  qui 
donne  un  reste  de  1  /6  sur  la  portion  cuite. 

On  ne  réalise  aucune  économie  par  la  mise  en  commun. 

Le  nombre  des  calories  fournies  d’après  les  données  scientifiques 


par  la  ration  de  guerre  est  en  moyenne  de  ....  .  3.487 

Le  nombre  des  calories  perdues  par  épluchages,  déchets, 

gaspillage,  excédents,  etc. .  .184 

Le  nombre  de  calories  effectivement  absorbées.  .  .  .  3.303 


Les  mets  sont  préparés  et  assaisonnés' au  goût  des  consomma¬ 
teurs.  /  ' 

La  présentation  des  aliments  cuils  est  aussi  excellente. 


COMMISSION  SANITAIRE  , DES  PAYS  ALLIÉS  593 

Au  repos,  on  a  des  cuisines  fixes,  à  l’avant,  on  emploie  les  mar¬ 
mites  norvégiennes. 

Le  nombre^  des  cuisiniers  est  variable  selon  l’effectif  de  l’unité. 
Dans  l’Armée,  il  y  a  une  école  de  cuisine.  Dans  la  Marine  il  n’y  a 
pas  d’école.  Les  cuisiniers  sont  choisis  parmi  les  hommes  qui,  sur 
les  paquebots  bu  autrement,  avant  le  recrutement,  exerçaient  le 
métier  de  cuisinier.  En  outre,  pendant  quelques  mois,  ils  font  un 
stage  préalable  d’aides-cuisiniers.  Ils  jouissent  d’une  majoration  de 
solde  de  0  fr.  50  par  jour. 

Dans  chaqqe  unité,  une  Commission  de  surveillance  procède-  à 
l’approvisionnement  des  vivres  fournis  par  les  subsistances  militaires 
et  à  l’achat  des  condiments  et  des  légumes  frais.  Elle  surveille  aussi 
la  cuisson  et  la  distribution  des  mets.  ^ 

-  L’eau  potable  pour  les  troupes  au  repos  est  celle  des  villes  où  elles 
cantonnent  et  elle  est  généralement  bonne.  Aux  tranchées,  l’eau  est 
stérilisée  par  le  brome. 

L’avis  des  militaires  est  presque  unanime.  La  nourriture  est  jugée 
satisfaisante  comipie  quantité,  à  l’exception  des  pâtes  alimentaires 
et  du  vin,  qu’on  trouve,insuffisants|.  Au  point  de  vue  de  la  qualité, 
elle  est  conforme  aux  habitudes  alimentaires  de  la  population,  sauf 
le  riz  qui  est  absorbé  avec  quelque  répugnance.  D’abord,  les  Méri¬ 
dionaux  ne  l’aiment  pas.  En  outre,  il  est  très  difficile  d’obtenir  une 
bonne  préparation  culinaire  du  riz  lorsque  cette  préparation  est 
collective. 

Les  mets  consommés  avec  le  plus  de  plaisir  sont  les  pâtes  et  la 
viande  en  ragoût. 

Les  médecins“des  unités  en  cause  jugent  la  ration  suffisante, 
nutritive,  saine,,  facile  à  digérer,  agréable  au  goût,  bien  préparée  et 
distribuée  dans  de  bonnes  conditions. 

L’état  sanitaire  des  troupes  est  excellent. 

A  mon  avis,  la  ration  de  guerre  est  un  peu  monotone  à  cause  des 
difficultés  de  l’approvisionnement  en  légumes  frais  et  de  la  nécessité 
d’avoir  recours  à  ce  qu’on  appelle  des  tableaux  alimentaires  fermés, 
c’est-à-dire  ne  permettant  aucun  remplacement  des  denrées  qui  y 
sont  cpmprises. 

La  ration  étudiée  est  en  usage  depuis  trois  mois  et  remplace  la 
ration  qu’on  avait  réduite  d’après  les  données  scientifiques.  A  ce 
point  de  vue  je  partage  parfaitement  l’opinion  de  mon  chef  S.  E.  le 
général  Rho  :  que  la  ration  nouvelle  est  surabondante  surtout  en 
viande  et  que  la  réforme  récente,  introduite  pour  des  raisons  poli¬ 
tiques,  supprime  en  grande  partie  les  avantages  hygiéniques  qu’on 
avait  obtenus  par  les  restrictions  précédentes. 

J’aurais  fini,  mais  je  vous  demande  la  permission  de  faire  une  sug¬ 
gestion  qui  pourrait  avoir  une  portée 'préjudicielle. 

il  ressort  de  la  discussion  de  juin  dernier  que  l’accord  sur  les 
rations  ,à  donner  aux  troupes  est  difficile  en  ce  qui  regarde  le  choix 
des  aliments. 


REV.  d’i 


L’ALIMENTATION  DES  TROUPES 


Ea  effet,  la  nourriture  du  soldat  doit  se  conforpier  aux  habitudes 
alimentaires  des, populations  respectives  et  on  ne  peut  pas  donner 
des  pâtes  aux  troupes  françaises  ou  belges,  de  même  qu’on  ne  peut 
pas  donner  un  demi-kilo  de  pommeà  de  terre  aux  troüpes  italiennes. 

Cependant,  la  discussion  et.  l’accord  raisonné  qui  en  résulte  ne 
peuvent  regarder  que  la  valeur  alimentaire  des  rations,  c’est-à-dire 
le  nombre  total  des  càlories  nécessaires.  Quoique  plus  difficilement, 
l’accord  est  aussi  possible  sur  la  quantité  minima  d’albumine  qu’on 
doit  allouer  aux  troupes.  A  cet  effet,  il  faut  d’abord  procéder  à  la 
comparaison  des  différentes  rations.  Cette  comparaison  rencontre 
une  très  grosse  difficulté  dans  la  différence  des  facteurs  qu’il  faut 
employer  pour  calculer  les  principes  nutritifs  et  l’énergie  poten¬ 
tielle.  La  teneur  des  denrées  alimentaires  en  principes  nutritifs 
(albumines,  graisses,  substances  amylacées)  est  différente  dans 
chaque  pays  à  cause  du  terrain,  duolipaat,  des  moyens  de  culture,  etc. 

C’est  pourquoi  les  moyennes  données  par  les  auteurs  s’écartent 
d’une  manière  très  importante.  Ces  différences  se  réflètent  dans  les 
calculs  des  rations,  de  sorte  que  lé  résultat  obtenu  donne  une 
quantité  d’albumine  et  un  nombre  de  calories  plus  ou  moins  consi¬ 
dérables,  selon  les  moyennes  qu’on  emploie.  Partant,  pour  obtenir 
des  résultats  comparables,  il  faut  avant  tout  établir  une  unité  de 
mesure  relativement  à  la  composition  des  aliments  principaux. 

Sur  l’invitation  de  mon  chef  S.  E.  le  général  Rho,  j’ai  calculé  les 
rations  -des  armées  et  des  marines  alliées,  en  appliquant  les  coeffi¬ 
cients  indiqués  dans  la  petite  brochure  de  vulgarisation  publiée  par 
le  miuistèredeia  Marine  italienne.  Les  résultats  obtenus  démontrent 
que  les  chiffres  concernant  les  quantités  d’albumine  et  le  nombre 
des  calories  des  différents  pays,  obtenus  par  cette  méthode,  sont 
beaucoup  plus  rapprochés  qu’il  semblerait  d’après  "les  rapports  pré¬ 
sentés  à  l’assemblée. 

C’est  pourquoi,  à  mon  avis,  par  l’adoption  d’une  unité  de  mesure 
on  peut  obtenir  des  résultats  appréciables  pour  réaliser,  dans  Ips 
limites  sus-indiquées,  l’unité  du  front  alimentaire  des  troupes  des 
pays  alliés. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


REVUE  DES  JOURNAUX 

( 


La  résistance  à  la  chaleur  des  éléments' vivants,  par  M.  le  D'  Galippe 
(Comptes  rendus  de  P  Acad,  des  Sciences,  séance  du  19  août  1918). 

Cette  question  nouvelle,  rappelle  M.  Galippe,  a  joué  un  rôle  impor¬ 
tant  dans  la  discussion  qui  s’est  élevée  entre  les  spontiparistes  et 
les  hétéroKinistes.  Le  débat  n’est  pas  encore  tranché.  11  reposait 
sur  une  erreur  matérielle  accréditée  dans  les  deux  camps  et  sou¬ 
tenue  par  les  savants  les  plus  considérables. 

Ceux  qui  croyaient,  et  c’était  le  plus  grand  nombre,  qu’aucun 
germe  vivant  ne  pouvait  résister  à  la  température  d’ébullition  de 
l’eau  et  qui,  néanmoins,  voyaient  leurs  décoctions  se  peupler  de 
micro-organismes  vivants,  pensaient  avoir  fourni  la  preuve  expéri¬ 
mentale  de  la  génération  spontanée,  puisqu’ils  se  mettaient  en 
même  temps  à  l’abri  des  germes  de  l’air.  Il  n’en  était  rien. 

Un  certain  nombre  d’expérimentateurs  avaient  émis  l’opinion  que 
les  germes  des  micro-orgauismes  pouvaient  résister  à  une  tempéra¬ 
ture  très  supérieure  à  celle  de  l’ébullition  de  l’eau.  Ils  étaient  dans 
le  vrai  ;  néanmoins  cette  opinion  ne  prévalut  point. 

On  crut  avoir  définitivement  résolu  la  question  par  l’application 
de  l’autoclave  de  Cbamberlandàla  destruction  des  micro-organismes 
et  de  leurs  spores,  et  la  croyance  s’établit  universellement  qu’une 
substance  organique  soumise  pendant  un  quart  d’heure  à  l’action 
de  la  vapeur  d'eau  sous  pression  et  à  tta“C.  pouvait  être  considérée 
comme  absolument  stérilisée.  Ce  n’était  vrai  que  pour  les  substances 
organiques  remplissant  certaines  conditions.  L’objet  du  travail  du 
D”  Galippe  est  précisément  de  démontrer  que  nous  avons  vécu  long¬ 
temps  dans  une  fausse  sécurité. 

Dans  une  communication  faite  en  1891,  à  la  Société  de  Biologie, 
il  exposa  la  méthode  dont  il  se  servait  depuis  plusieurs  années 
pour  ses  recherches  sur  le  parasitisme  normal.  Comme  moyen  de 
contrôle,  il  expérimenta  sur  des  fragments  de  tissus  végétaux  des 
animaux  portés  à  l’autoclave  chauffé  à  120“  C.  pendant  quarante 
minutes  et  qui  étaient  traités  par  les  mêmes  procédés  que  les  tissus 
normaux.  Partageant  l’opinion  générale  sur  l’efficacité  absolue  au 
point  de  vue  de  la  stérilisation  de  l’autoclave  de  Chamberland,  il 
avait  été  très  troublé  par  des  échecs  dont  l’explication  lui  échap¬ 
pait.  L’appareil  vérifié  fonctionnait  normalement.  Ce  fut  la  carotte 
qui  lui  donna  ses  premiers  insuccès,  alors  que  d’autres  légumes, 
soumis  pendant  le  même  temps  à  l’action  de  l’autoclave,  se  mon¬ 
traient  stériles.  Les  fragments  de  carotte  ayant  résisté  à  Faction  de 
l’autoclave  fournirent  des  cultures  sèches  en  micro-organismes  et 
champignons  microscopiques. 


596 


REVUE  DES  JOURNAUX 


De  1891  à  1894,  il  lit  une  série  d’expériences  portant  sur  des 
organes  d’animaux.  Dans  l’interprétation  de  ces  expériences,  il  faut 
tenir  compte  de  deux  ordres  de  faits  d’une  égale  importance.  Dans 
la  majorité  des  cas,  les  organes  sur  lesquels  portaient  ses  expé¬ 
riences  provenaient  d’animaux  sains  venant  d’être  sacrifiés  et 
avaient  été  prélevés  dans  des  conditions  d’asepsie  d’une  rigueur 
non  réalisée  jusqu’alors.  11  en  résulte  que  ni  l’action  du  parasitisme 
normal,  ni  celle  de  la  microbiose  (ce  n’est  que  plus  tard  qu'il  eut 
la  notion  de  celle-ci)  n'avaiént  eu  le  temps  de  s’exercer.  Ses  insuccès 
de  stérilisation  furent  tout  à  fait  exceptionnels.  En  second  lieu, 
faute  de  matériel  suffisant,  la  durée  de  ses  expériences  fut  trop 
courte. 

Lorsque,  au  contraire,  ses  expériences  portaient  sur  des  organes 
provenant  des  abattoirs  et  sur  lesquels  l’action  du  parasitisme 
normal  et  accidentel  ainsi  que  celle  de  la  microbiose  avaient  pu  se 
manifester,  la  stérilisation  de  ceux-ci,  par  les  méthodes  ordinaires, 
devenait,  pour  ainsi  dire,  impossible. 

C’est  surtout  avec  le  rein  et  le  foie  d’animaux  en  état  de  gestation 
ou  de  lactation,  que  ces  organes,  bien  que  portés  pendant  quarante 
minutes  à  l’autoclave  chauffé  à  120“,  lui  donnèrent  après  ensemen¬ 
cement  des  résultats  positifs.  Avec  des  animaux  ne  présentant  pas 
ces  conditions  physiologiques,  il  obtint,  mais  plus  rarement,  des 
ensemencements  fertiles,  avec  le  rein  et  le  cerveau.  D’une  façon 
générale,  le  rein  se  montrait  plus  difficile  à  stériliser  que  le  foie. 

Les  expériences  faites  sur  des  reins  de  mouton  provenant  des 
abattoirs  et  soumis  par  conséquent  â  de  nombreuses  causes  de 
pollution,  lui  donnèrent  des  l’ésultats  tout  à  fait  différents.  La  résis¬ 
tance  de  ces  organes  à  la  stérilisation  était  proportionnelle  à  leur 
degré  de  colonisation  microbienne.  M.  Galippe  a  pu  insérer  des 
fragments  de  soufre  dans  les  reins  de  mouton,  le  soufre  fondait, 
mais  l’organe  n’était  pas  stérilisé.  Depuis  cette  époque,  il  a  appliqué 
l’emploi  du  Soufre  à  la  vérification  des  autoclaves.  Dans  les  condi¬ 
tions  où  il  s’était  placé,  il  n’a  réalisé  la  stérilisation  du  rein  de 
mouton  qu’en  maintenant  cet  organe  pendant  une  heure  dans  l’au¬ 
toclave  porté  à  la  température  de  140“  G. 

Mais  la  durée  de  son  expérience  fut  trop  courte  pour  pouvoir  en 
tirer  une  conclusion  absolue. 

Ce  n’est  que  longtemps  après  (1917)  que  M.  Galippe  reprit  ses 
recherches  et  choisit  comme  sujet  d’expérience  les  conserves'ali- 
mentaires.  Le  principe  sur  lequel  repose  la  préparation  de  ces  pro¬ 
duits  estloin d’être  rigoureusement  exact  et  les  résultats  qu’il  donne 
ne  sont  pas  constants.  Aucune  des  conserves  sur  lesquelles  ses 
expériences  ont  porté  (langue  de  moufon,  de  porc,  de  bœuf,  corned- 
beef,  poulet  à  la  gelée,  truite  saumonée)  ne  s’est  montrée  stérile, 
bien  que  présentant  le  meilleur  aspect  et  ayant  pu  être  consommées 
sans  le  moindre  inconvénient.  Elles  renfermaient  de  nombreux 
micro- organismes  ainsi  que  des  champignons  microscopiques. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


597 


La  constance  des  résultats  obtenus  confirme  les  premières 
recherches  de  M.  Galippe  sur  la  résistance  à  l’action  de  la  chaleur 
des  micro-organismes  existant  dans  les  tissus  végétaux  et  animaux, 
de  provenance  exogène  ou  endogène.  Ils  démontrent,  en  outre,  que 
la  durée  de  conservation  des  produits  alimentaires,  traités  par  la 
chaleur,  sera  d'autant  plus  longue  que  ces  produits  auront  été  mis 
à  l’abri  des  causes  de  pollution  et  n’auront  pas  eu  le  temps  d’être 
colonisés  par  les  micro-organismes. 

Ces  recherches,  chacun  en  tirera  la  conclusion,  présentent  de 
l’intérêt  au  point  de  vue  de  l’hygiène  publique  et  des  intoxications 
d’origine  alimentaire,  témoins  les  accidents  provoqués  au  Pré- 
Saint-Gervais,  par  de  la  viande  bouillie  et  bien  cuite.  Elles  démon¬ 
trent  également  la  nécessité  d’un  contrôle  efficace  en  ce  qui  regarde 
l’emploi  de  la  cuisson  pour  la  stérilisation  des  viandes  provenant 
d’animaux  malades  (principalement  tuberculeux)  et  destinées  à  la 
consommation.  Jusqu’à  présent  l’usage  des  viandes  assainies  par  ce 
procédé  n’a  point  provoqué  d'accident  dûment  constaté. 

Enfin  il  est  à  constater  que  la  dessiccation,  le  fumage  et  la  salure 
ne  donnent  pas  de  résultats  plus  complets  que  la  chaleur. 

Nouvelle  méthode  de  vaccination  antityphoïdique.  Le  lipo-vaccin 
T.  A.  D.,  par  M.M.  les  ü”  E.  Le  Moigkic  et  A.  Sézary.  {Actualités 
médicales.  Analysé  dans  le  Bulletin  de  l'Institut  Pasteur,  XV1“  année, 
t.  XVI,  n»  8,  30  avril  1918,  p.  263.) 

Quand  on  pense  que  la  plupart  des  vaccins  antityphoïdiques  ne 
diffèrent  les  uns  des  autres  que  par  l’antiseptique,  on  conçoit  qu’un 
procédé  qui  sort  des  chemins  battus  attire  vite  l’attention;  c’est  ce  qui 
est  arrivé  au  lipo-vaccin  de  Le  Moignic  et  Pinoy,  qui  s’occupèrent 
moins  de  la  façon  de  tuer  les  microbes,  que  du  mode  de  leur 
résorption  dans  l’organisme. 

Certes,  quand  il  s’agit  de  faire  le  choix  d’un  vaccin  inanimé,  la 
préférence  doit  aller  à  celui  dont  la  préparation  fait  subir  le  mini¬ 
mum  d’altération  aux  microbes.  Les  procédés  violents,  tels  que  le 
chauffage  à  très  haute  température,  mis  à  pari,  tous  les  autres  se 
valent  à  peu  près.  C’est  qu’il  n’y  a  pas  d’état  intermédiaire  entre  le 
microbe  vivant  et  le  microbe  mort  :  que  l’on  traite  le  bacille  vivant 
par  la  chaleur,  l’éther,  l’iode,  l’acide  phénique,  l’hypochlorite,  la 
glycérine,  etc.,  on  se  trouve,  à  la  fin  de  l’opération,  en  présence 
d’un  protoplasma  coagulé,  doué  de  propriétés  biochimiques  sem¬ 
blables. 

Quel  que  soit  donc  le  moyen  employé  pour  tuer  les  microbes, 
ceux-ci  possèdent  toujours  au  même  taux  les  deux  propriétés  qui 
importent  le  plus  :  le  pouvoir  vaccinant,  d’une  part,  et  le  pouvoir 
toxique,  d’autre  part. 

L’incorporation  dans  de  l’huile  des  microbes  chauffés  ne  saurait 
■exalter  leur  pouvoir  vaccinant  ;  en  revanche,  elle  a  pour  effet 
d’abaisser  considérablement  leur  action  toxique,  et  c’est  là  que 


REVUE  DES  JOURNAUX 


réside  la  supéi'iorité  du  lipo-vaccin  sur  tous  ses  congénères.  «  Le 
rôle  de  l’excipient  huileux  est  d’atténuer,  en  la  prolongeant,  l’action 
pharmacodynamique  ou  toxique  d’un  produit,  par  le  mécanisme  du 
ralentissement  de  sa  libération,  et  partant,  de  son  absorption.  » 
Mais  ce  ralentissement  d’absorption,  qui  a  pour  corollaire  l’hypo- 
toxicité.du  vaccin,  tient  non  seulement  à  la  nature  de  l’excipient, 
mais  encore,  comme  l’avaient  montré  les  auteurs,  à  un  groupement 
particulier  des  bacilles  en-petits  grumeaux  solides.' 

Le  lipo-vaccin  étant  hypotoxique,  on  peut  en  injecter  sans  incon¬ 
vénient  une  dose  massive  (5  mgr.  b,  soit  plus  de  7  milliards  de 
bacilles);  on  peut  donc  se  contenter  d’une  unique  injection  vacci¬ 
nale,  avantage  très  appréciable,  surtout  en  temps  de  guerre. 

Tétanos  et  tétanophohie,  par  M.  Codteaüd,  médecin  général  de  la 
marine  {La  Presse  Médicale,  1917,  p.  550). 

Depuis  la  guerre,  la  vulgarisation  de  la  notion  du  danger  du  téta¬ 
nos,  dans  les  divers  milieux  de  la  région  de  Cherbourg,  a  pris  une 
grande  extension.  Chaque  jour,  on  voit  affluer,  à  l’hôpital  maritime 
surtout,  quantité  de  militaires,  marins,  ouvriers  du  port,  civils  et 
enfants  qui,  à  la  moindre  érosion  du  derme,  viennent  réclainer  le 
secours  d’une  injection  antitétanique.  Le  sérum  aniitoxique  est 
ainsi  largement  distribué,  par  suite  de  celle  tétanophohie,  qui  paraît 
régner  dans  l’armée  et  dans  la  population. 

On  peut  se  demander  jusqu’à  quel  point  on  serait  en  droit  de 
refuser  unë  injection  à  tout  porteur  d’une  plaie  récente.  Il  est 
entendu  qu’une  plaie  doit  présenter  certains  caractères  d’anfractuo¬ 
sités  et  de  souillures  pour  être  tétànigène,  mais  le  public  et  aussi 
quelques  médecins  n’ajoutent  pas  foi  à  ces  distinctions  et  on  réclame 
toujours  l’injection  préventive.  Il  y  a  certes  là  une  véritable  exagé¬ 
ration,  et,  cependant,  il  est  impos>ible  de  se  prémunir  autrement 
contre  la  survenue  d’un  cas  exceptionnel.  D’ailleurs  les  blessés  ont 
à  ce  sujet  des  idées  préconçues  et  ils  s’insurgeraient  contre  ce  qu’ils 
croiraient  être  un  déni  de  prophylaxie. 

L’inconvénient  de  celte  pratique  est  un  véritable  gaspillage  de 
sérum  et  la  possibilité  d’en  manquer  pour  des  cas  plus  légitimes. 
Dans  le  Haut-Cotentin,  où  cependant  la  vie  agricole  est  intense,  le 
tétanos  est  rare.  L’auteur  a  conslaié,  plusieurs  années  de  suite, 
l’absence  de  tout  cas  de  tétanos  à  l’hôpital  maritime.  Les  agricul¬ 
teurs  se  blessent  souvent  et  s’en  ressentent  rarement.  11  semble  y 
avoir  de  ce  fait  une  sorte  de  vaccination  physiologique,  profession¬ 
nelle,  provenant  de  la  répétition  des  mêmes  petites  blessures.  En 
un  mot,  l’assuétude  pourrait  peut-être  créer  une  immunisation 
contre  le  tétanos. 

Il  est  fâcheux  que  les  bactériologistes  n’aient  pas  pu  reconnaître 
encore,  dans  le  sang  des  b]|essés,  les  agents  aniitoxiques  qui  per¬ 
mettent  aux  patients  de  résister  à  l’infection  tétanique.  En  l’absence 
de  ce  critérium,  les  données  de  la  guerre  actuelle  permettront  vrai- 


lil-:^■üli  DES  JOüUNAUX 


599 

semblablement  d’apporter  quelques  éclaircissements  sur  ce  point.  11 
sùfflrait,  en  rélevant  la  statistique  des  blessures  compliquées  de 
létauds,  de  faire  le  pourcentage  des  cas,  selon  les  deux  grandes 
catégories  des  soldats  blessés  :  les  citadins  et  les  campagnards. 

Sur  60.000  blessés  environ,  depuis  le  début  de  la  guerre,  il  a  été 
observé,  dans  la  place  de  Cherbourg,  58  cas  de  tétanos  comportant 
37  morts  et  .31  guérisons.  La  première  série,  très  mauvaise,  de  1914 
àl9t6,  ne  contenait  pas  moins  de  35  morts  sur  51  cas  ;  elle  se  rap¬ 
portait  surtout  à  des  blessés  graves,  venant  directement  par  bateaux 
du  front  des  Flandres.  La  deuxième  série  compte  7  cas,  avec  2  morts 
et  5  guérisons;  elle  a  trait  à  des  blessés,  ayant  fait  quelques  étapes 
sanitaires  avant  leur  hospitalisation  à  Cherbourg.  Le  pourcentage 
ressortit  à  moins  de  1  p.  1.000. 

En  1916,  M.  Couteaud  a  publié  un  certain  nombre  de  formes  anor¬ 
males  du  tétanos.  Dans  cet  article,  il  donne  la  relation  des  7  der¬ 
niers  cas,  dont  6  à  formes  plus  ou  moins  tardives  ;  tous  avaient  été 
soumis  à  une  ou  deux  injections  antitétaniques;  il  propose  di-  fixer 
à  30  jours  le  terme  au  delà  duquel  le  tétanos  peut  être  considéré 
comme  tardif.  F. -H.  Renaut. 

Malaria  des  armées  en  campagne,  par  le  médecin  inspecteur 
général  des  troupes  coloniales  Gball  {Annales  d'hygiène  publique, 
l®'’  semestre  1917,  p.  283  et  2“  semestre  1917,  p.  129). 

La  malaria  des  armées  en  campagne,  ce  mot  étant  pris  dans  son 
sens  extensif  et  littéral,  est  faite  de  deux  endémies  distinctes  qui, 
dans  ce  milieu,  prennent  l’une  et  l’autre  des  allures  franchement 
épidémiées. 

Quand  des  étrangers,  arrivant  en  masses  nombreuses,  séjournent 
•  temporairement  dans  une  région  insalubre,  ils  paient  un  lourd  tribut 
aux  endémies  locales;  celles-ci,  alors,  augmentent  très  notablement 
de  fréquence  et  de  virulence  chez  les  indigènes  eux-mêmes  et  se 
transforment  en  épidémies.  Il  en  est  ainsi  dans  tous  les  pays  colo¬ 
niaux  et  aussi  dans  le  ba!<sin  oriental  de  la  Méditerranée. 

Le  paludisme  caractérise,  dit-on,  l’endémie  ;  il  n’est  pas  cependant 
uniquement  en  action,  il  se  double  d’une  seconde  affection,  la  dysen¬ 
terie  des  pays  chauds.  L’endémie  palustre  est  la  plus  apparente  et  la 
pluspoihmunément  répandue  de  ces  deux  endémo-épidémies;  elle 
est  nettement  prédominante  à  la  saison  d’été,  mais  si,  à  cette 
période,  ou  scrute  les  conditions  pathogéniques,  on  reconnaît 
l’importance  de  la  part  à  attribuer  à  l'endémo-épidémie  dysenté¬ 
rique,  s’exagérant  surtout  à  l’automne  ou  au  début  de  l’hiver. 

Cette  part  n’est  pas  faite  seulement  des  déterminations  facilement 
reconnaissables  du  côté  de  l’intestin,  elle  est  fréquemment  consti¬ 
tuée,  en  outre,  par  des  localisations  du  côté  du  foie,  au  cours  et  à  la 
suite  des  fièvres  d’invasion  et  de  rénovation. 

Le  médecin  appelé  à  soigner  sur  place  ou  après  retour  au  pays 
des  hommes  ayant  séjourné  dans  des  régions  malsaines,  en  milieu 


REVUE  DES  JOURNAUX 


épidémié,  devra  avoir  toujours  présente  à  l’esprit  cette  conception 
qu’au  cours  et  à  la  suite  des  troubles  intestinaux  qui  sont  l’impres¬ 
sion  fugitive  de  la  contamination  amibienne,  le  foie  est  presque 
constamment  atteint  chez  les  impaludés  soumis  à  des  inoculations 
et  à  des  réinoculations  anophéliennes.  Le  paludisme  épidémié 
donne  activité  et  virulence  à  une  amibiase  qui,  sans  cette  interven¬ 
tion,  aurait  pu  rester  fruste  ou  latente. 

En  somme,  s’il  est  exact  d’affirmer  que  sans  la  malaria  des 
armées,  le  paludisme  épidémié  en  est  la  caractéristique  principale, 
il  convient  d’ajouter  que  l’amibiase,  tant  intestinale  qu’hépatique, 
est  également  en  action,  le  plus  souvent  en  association  ayec  le  palu¬ 
disme;  son  importance  devient  de  plus  en  plus  évidente  à  mesure 
qu’avance  la  saison  ;  elle  atteint,  pour  l’ensemble  des  cas,  une  pro¬ 
portion  qui  n’est  jamais  de  moins  d’un  quart  et  qui’ peut  dépasser 
pour  certains  groupes  une  moitié  des  malades. 

La  fréquence  de  l’amibiase  a  été  signalée  à  l’armée  d’Orient  et,  plus 
particulièrement,  dans  les  groupes  qui  ont  servi  antérieurement 
aux  Dardanelles.  Chez  ces  derniers,  quand  le  paludisme  est  devenu 
grave,  la  réaction  d’amibiase  hépatique  s’est  montrée  chez  plus 
d’une  moitié  des  malades.  Il  intporte,  au  point  de  vue  de  la  méde¬ 
cine  publique,  que  ces  amibiens  ne  rejoignent  leur  famille  ou  leur 
dépôt  qu’après  traitement  approprié. 

La  prévention  du  paludisme  peut  être  efficacement  réalisée  par  la 
quinine  au  printemps  et  à  l’automne.  Son  action  ne  peut  être 
qu’atténuante  à  la  saison  d’été,  par  suite  de  la  violence  extrême  de 
l’hématozoaire.  A  cette  saison,  il  faut  faire  le  traitement  préventif 
des  rechutes  et  non  plus  simplement  la  prophylaxie  des  atteintes. 
Les  groupes,  qui  débarquent  avant  juin,  acquièrent,  par  suite 
d’atteintes  frustes,  une  immunité  relative  qui  est  celle  deS  troupes 
indigènes  et  des  coloniaux.  En  juillet,  août  et  septembre,  tout  nou¬ 
veau  venu  est  condamné  aux  formes  graves  des  endémies  en  cours. 

Les  travaux  àanitaires  u’ont  d’efficacité  qu’à  long  intervalle,  mais 
il  existe,  dans  tous  les  pays  tropicaux  ou  subtropicaux,  des  zones 
étendues  qui  ne  sont  que  médiocrement  insalubres.  Leur  salubrité 
résulte  de  la  composition  du  terrain  et  de  sa  perméabilité  :  tous  les 
terrains  calcaires  d’une  certaine  étendue  peuvent  être  considérés 
comme  n’étant  pas  malariens. ou  l’étant  très  peu,  comparativement 
aux  terrains  schisteux  et  imperméables. 

Le  pétrolage  des  mares  et  les  procédés  analogues,  recomman¬ 
dables  dans  certaines  régions  et  pour  des  surfaces  restreintes,  ne 
peuvent  avoir  qu’une  médiocre  efficacité  en  guerre. 

La  protection  contre  les  anophèles  paraît  pouvoir  être  assurée 
chez  des  troupes  en  déplacement  par  l’emploi,  dans  les  gîtes  d’étapes, 
d’une  tente  appropriée  remplaçant  et  suppléant  la  moustiquaire  et, 
à  défaut,  par  l’utilisation  dé  linimenfs  à  base  d’huiles  essentielles 
ou  de  solutions  étendues  de  nicotine. 

Pour  éviter  la  dissémination  des  affeclions  amibiennes,  ou  devra 


BEVUE  DES  JOURNAUX 


601 


veiller  strictement  à  l’hygiène  des  feuillées  et  latrines  et  on  orga¬ 
nisera,  autour  des  prises  d’éau,  une  zone  de  protection  qui  les 
mette  à  l’abri  dt  toute  contamination  fécale.  Toute  eau  suspecte 
devra  être  consommée  après  ébullition.  Les  légumes  et  les  crudités 
seront  prohibés.  F.-H.  Rénaux. 

Les  maladies  vénériennes  à  l’armée,  par  Jules  Gaüdy,  chef  du  service 
d’urologie  à  l’ambulance  de  l’Océan,  à  la  Panne,  médecin  de 
bataillon  de  réserve  (Archives  médicales  belges,  1917,  p.  509). 

Depuis  le  début  des  hostilités,  les  maladies  vénériennes  se  sont 
propagées  d’une  façon,  impressionnante.  Dans  toutes  les  classes  de 
la  société,  le  niveau  général  de  la  moralité  a  baissé  depuis  la  guerre 
et  la  prostitution  vénale  ou  passionnelle  .s’est  développée  dans  de 
notables  proportions. 

Des  chiffres  précis  n’ont  pas  é^é  établis  touchant  le  nombre  de  cas 
des  maladies  vénériennes,  reconnus  dans  les  différentes  armées 
depuis  le  début  de  la  guerre.  Des  statistiques  allemandes  montrent 
que,  jusqu’à  la  fin  de  février  1915,  sur  le  seul  territoire  de  la 
Belgique,  30.000  cas  s’étaient  déclarés  parmi  les  troupes  d’occupa¬ 
tion  (Baizer).  En  Italie,  4.861  malades,  atteints  d’affections  véné¬ 
riennes  graves.  Curent  évacués  en  onze  mois  sur  l’un  des  hôpitaux 
spéciaux  de  Milan.  Dans  l’armée  française,  des  statistiques  approxi¬ 
matives  donnent,  d’avril  en  août  1916,  24.984  cas  de  maladies  véné¬ 
riennes,  dont  4.834  syphilis.  Le  total  des  contaminations  syphili¬ 
tiques  mensuelles  oscille  entre  4.000  et  5.000,  soit  50.000  à  60.000  pal¬ 
an,  ce  qui  représente  pour  les  trois  années  de  guerre,  le  chiffre 
imposant  de  150.000  à  200/000  véroles  nouvelles  (Thibierge).  Dans 
l’armée  belge,  on  n’a  pas  totalisé  les  cas  soignés  dans  les  diverses 
formations.  Deux  formations  de  l’avant  donnèrent  en  dix  mois 
1.500  cas  environ,  avec  317  syphilis,  soit  21  p.  100  dont  22-5  con¬ 
tractées  pendant  la  guerre.  Ces  chiffres  ne  peuvent  fournir  aucune 
espèce  d’appréciation  sur  le  nombre  total,  car  on  manque  pour  ce 
faire  de  données  comparatives. 

En  recherchant  les  sources  principales  de  contamination,  ainsi 
que  le  genre  de  femmes  donnant  le  plus  grand  pourcentage,  on 
arrive  à  des  chiffres  bien  différents,  si  l’on  examine  séparément  les 
contaminations  dans  la  zone  des  armées  ou  celles  de  l’intérieur. 
Pour  649  cas,  il  y  a  125  contagions  aux  armées  et  524  à  l’intérieur 
(Thibierge).  Sur  448  vénériens  récents,  soignés  par  l’auteur,  on 
compte  48  contaminations  dans  la  zone  des  cantonnements  et  400  à 
l’arrière.  Dans  la  zone  des  armées,  les  contaminations  les  plus  nom¬ 
breuses,  69  p.  100,  proviennent  des  femmes  des  localités  mêmes,  ne 
faisant  pas  la  profession  habituelle  de  la  prostitution.  A  l’intérieur, 
au  contraire,  les  contaminations  par  prostituées  régulières  repré¬ 
sentent  de  64  à  70  p.  100  du  chiffre  total. 

Tant  au  point  de  vue  militaire  qu’au  point  de  vue  social,  il  importe 
d’enrayer  par  tous  les  moyens  la  diffusion  de  ce  fléau.  Il  faut  soigner 


602 


REVUE  UES  JOURNAUX 


la  syphilis  chez  le  soldat  avec  toute  l’énergie  possible  et  on  ne 
saurait  trop  s’élever  contre  la  tendance  à  considérer  comme  insuffi¬ 
samment  traité  pendant  la  guerre,  le  syphilitique  blanchi  et  ne  pré¬ 
sentant  plus  de  manifestations  extérieures. 

Devant  le  danger  menaçant,  des  mesures  s’imposaient  et,  dans 
tous  les  pays,  un  effort  plus  ou  moins  important  a  été  fait  pour  com¬ 
battre  le  mal. 

En  Italie,  des  mesures  radicales  ont  été  prises  pour  diminuer  les 
causes  de  contamina'tion  et’’pour  multiplier  tous  les  moyens  de  trai¬ 
tement.  Une  réglnmentation  bien  sévère  réfrène  la  prostitution  libre. 
Des  maisons  de  tolérance,  exclusivement  réservées  aux  militaires, 
ont  été  installées  dans  la  zone  des  armées;  la' surveillance  médicale 
y  est  extrêmement  stricte.  Aux  armées  et  à  l’intérieur,  furent  orga¬ 
nisés  des  dispensaires  pour  affections  vénériennes,  sous  la  direction 
-de  médecins  spécialistes. 

En  France,  chaque  armée  et  chaque  région  sont  dotées  d’un  centre 
vénérien.  A  l’avant,  la  création  des  consultations  et  (les  dispensaires 
dans  les  cantonnements  mêmes  est  laissée  à  l'appréciation  des 
chefs  médicaux,  de  telle  sorte  que  ces  ressources  ne  sont  pas  géné¬ 
ralisées. 

L’organisation  anglaise  est  basée  sur  les  mêmes  principes  avec  un 
centre  vénérien  par  armée. 

Dans  l’armée  belge,  fonctionnent  à  l’arrière  les  services  spéciaux 
du  Jlavre  et  d’Orival;  chaque  division  a  une  consultation  de  véné- 
réologie,  mais  il  manque  une  unité  directive. 

Il  y  a  lieu  d’étendre  ces  mesures  de  prophylaxie  encore  bien  insuf¬ 
fisantes.  Il  faut  exercer  une  influence,  saluiaire  sur  l’esprit  des 
soldats  par  des  conférences  à  leur  portée,  par  des  conseils,  par  de 
larges  distributions  de  notices  simples,  précises.  Il  faut  utiliser  les 
compétences  des  spécialistes,  multiplier  et  unifier  les  institutions 
antivénérienues.  Il  faut  perfectionner  le  matériel  instrumental  des 
dispensaires;  La  lutte  an ti vénérienne  doit  prendre,  dans  les  à-côtés 
immédiats  de  la  guerre,  une  place  d’importance  capitale. 

F.-H.  Rexaut. 

Une  épidémie  de  syphilis  familiale,  par  M-.  le  D''  E.  Jeanselme  et 
M“®  CHATELAIN  {Bulletins  et  Mémoires  de  là  Société  médicale  des 
Hôpitaux  de  Paris,  1917,  p.  833). 

Il  y  a  des  exemples  lamentables  de  contagion  familiale.  La  con¬ 
tamination  par  les  soldats  est  malheureusement  très  fréquente. 
Journellement,  à  la  con.sultatibn  du  dispensaire  Frascator;  annexé 
à  l’hôpital  Broca,  on  voit  défiler  des  femmes,  souvent  mères  de 
famille,  atteintes  d’un  chancre  induré,  qui  est  apparu  quinze  jours 
ou  un  mois  après  le  départ  de  leur  mari  venu  d,u  front. 

Parfois  môme,  l’infection  se  propage  à  plusieurs  membres  de  la 
famille;  dans  le  cas  présent,  elle  a  fait  six  victimes. 

Une  jeune  femme  de  vingt-huit  ans  présente,  trois  semaines  après 


REVUE  DES  JOURNAUX 


603 


le  retour  de  son  mari  qui  était  au  front  depuis  neuf  mois,  un  chancre 
ffulvaire. 

En  pleine  période  secondaire,  avec  des  syphilides  érosives  aux 
deux  mamelons,  cette  femme  allaite  son  enfant,  né  quelques  jours 
après  le  retour  de  son  mari.  L’enfant  ne  tarda  pas  à  présenter  des 
syphilides  buccales  et  anales, 

A  cet  enfant,  sevré  vers  l’âge  de  dix  mois,  la  grand’mère,  âgée 
de  quarante -neuf  ans,  donne  fréquemment  le  biberon.  Pour 
s’assurer  de  la  température  dti  lait,  elle  porte  la  tétine  à  la  bouche. 
Chez  elle  apparut  un  chancre  de  l’amygdale  gauche. 

Une  sœur  de  la  première  victime  accouche,  il  y  a  six  mois. 
L’enfant  est  souvent  confié  aux  soins  de  sa  tante  et  de  sa  grand’¬ 
mère;  il  est  contaminé  par  l’une  d’elles,  avec  accident  primaire  au 
palais. 

Çet  enfant  est  allaité  par  sa  mère;. celle-ci  est  contaminée  à  son 
tour,  avec  chancre  induré  à  la  base  du  mamelon  droit. 

Enfin,  une  autre  sœur  des  deux  mères,  la  tante  des  deux  enfants, 
âgée  de  quatorze  ans,  donne  des  soins  aux  deux  nourrissons  et  ' 
goûte  les  aliments  avec  les  cuillers  qui  servent  aux  enfants;  à  son 
tour,  elle  présente  des  accidents  buccaux. 

La  famille  comprend  encore  trois  personnes  qui  seraient  indemnes. 
Toutefois,  une  fillette  de  douze  ans  fait  lit  commun  avec  sa  sœur  de 
quatorze  ans,  qui  est  contaminée;  il  y  a  peu  de  chance  que  la 
syphilis  l’ait  épargnée. 

Cette  sèche  énumération  de  ces  six  déplorables  contaminations  se 
passe  de  tout  commentaire.  Elle  démontre  l’urgence  du  contrôle 
prophylactique  des  permissionnaires,  mesure  qui  est  prescrite  par 
les  règlements,  mais  qui  est  trop  souvmt  éludée,  lors  des  départs 
du  front,  s’opérant  sur  un  grand  nombre  de  soldats. 

F. -H.  Renaut. 

Observations  cliniques  et  étiologiques  sur  les  cas  de  typhus  soignés  à 
l'hôpital  permanent  de  la  marine  de  Sidi- Abdallah,  par  le  0“’  René 
PoïEL,  médecin  de  l”  classe  de  la  marine,  médecin  traitant  de  l’hô¬ 
pital  permanent  [Archives  de.  médecine  navale,  1“'  semestre  1917, 
p.  440  et  2®  semestre  1917,  p.  14). 

Le  typhus  a  été  apporté  dans  les  hôpitaux  de  Sidi-Abdallah  par 
les  soldats  serbes,  évacués  en  Tunisie  après  la  retraite  d’Albanie. 
Toutefois,  les  premiers  cas  qu’il  fut  possible  de  diagnostiquer 
furent  observés  sur  des  infirmiers  français  des  navires-hôpitaux  et 
des  formations  sanitaires  de  Sidi-Abdallah  (février  et  mars  1916). 

Chez  les  Serbes,  faméliques  et  épuisés  par  une  longue  retraite,  le 
typhus  a  revêtu,  au  début,  des  formes  tout  à  fait  anormales,  sans 
exanthème  ni  fièvre,  et,  bien  que  l’attention  fût  particulièrement 
attirée  sur  ce  point,  il  a  passé  d’abord  entièrement  inaperçu.  C’est 
seulement  en  présence  de  cas  non  équivoques,  constatés  chez  des 
Français,  qu’on  fut  amené  à  affirmer  l’existence  du  typhus  chez  les 


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REVUE  DES  JOURNAUX 


Serbes  el  à  le  dépister  sous  les  formes,  tout  à  fait  anormales,  où  il 
se  dissimulait. 

Le  nombre  total  des  cas  de  typhus  a  été  pour  l’ensemble  des  hôpi¬ 
taux  de  la  Place  de  Bizerte,  de  528,  dont  486  Serbes  et  42  Français  ; 
31  malades,  24  Français  et  7  Serbes,  ont  été  traités  par  le  sérum 
antiexanthématique,  dont  les  résultats  cliniques  sont  longuement 
exposés  dans  les  observations  des  cas  graves. 

Il  y  a  lieu  de  retenir  l’attention  sur  les  mesures  de  prophylaxie 
qui  ont  été  prises  et  qui  ont  pernpis  d’arrêter,  dans  un  délai  relati¬ 
vement  court,  la  marché  de  répi<Wmie.  11  s’en  dégage  d’ailleurs  des 
notions  intéressantes  au  sujet  de  l’étiologie  du  typhus  et  on  y  trouve 
la  démonstration  du  rôle  exclusif  des  ectoparasites  dans  la  propa¬ 
gation  de  cette  affection.  , Partout  où  la  lutte  contre  les  poux  a  pu 
être  menée  avec  toute  la  rigueur  voulue,  aucun  des  cas  de  contagion 
n’a  été  observé.  Au  contraire  là  où  les  circonstances  n’ont  pas  per¬ 
mis  de  prendre  toutes  les  mesures  nécessaires  contre  les  parasites, 
l’entourage  des  malades  n’a  pas  tardé  â  être  contaminé. 

A  bord  des  navires-hôpitaux,  chargés  de  transporter  le  plus  rapi¬ 
dement  possible  les  malades  de  Corfou  à  Sidi-Abdallah,  aucune 
mesure  efficace  de  prophylaxie  ne  pouvait  être  prise,  tant  en  raison 
du  grand  nombre  de  malades  hospitalisés  que  des  difficultés  maté¬ 
rielles  inhérentes  à  la  vie  de  bord  et  à  la  courte  durée  de  la  tra¬ 
versée.  Il  devait  fatalement  arriver  que  les  infirmiers,  en  contact 
avec  les  typhiques,  fussent  contaminés. 

Dans  les  cas  où  la  lutte  contre  les  parasites  a  été  incomplète, 
c’est-à-dire  quand  elle  a  porté  uniquement  sur  les  parasites  vivants, 
mais  en  négligeant  les  lentes,  ainsi  qu’il  est  advenu  dans  les  hôpi¬ 
taux  complémentaires  de  Sidi-Abdallah,  la  contamination  de  l’en¬ 
tourage  des  malades  s’est  faite  après  un  délai  de  21  jours  nécersaire 
.  à  la  transformation  des  lentes  en  parasites,  à  l’infection  de  ceux-ci 
et  à  rinoubaljon  de  la  maladie  chez  les  sujets  contaminés. 

Enfin,  quand  les  malades  ont  été  complètement  débarrassés  de 
tous  les  parasites  et  de  leurs  lentes,  comme  cela  a  eu  lieu  à  l’hô¬ 
pital  permanent  de  Sidi-Abdallah,  aucun  cas  de  contagion  n’a  pu 
être  observé  dans  leur  entourage. 

Ces  considérations  permettent  de  tirer  la  conclusion  que,  dans 
l’épidémie  en  question,  le  pou  seul  est  intervenu  comme  agent  de 
contamination. 

On  néglige  les  autres  mesures  de  désinfection  et  de  prophylaxie 
concernant  les  malades  et  leurs  excreta,  selles,  crachats,  etc.,  dont 
le  rôle  est  nul,  d’après  l’auteur;  ce  qui  est  en  contradiction  avec 
l’avis  de  médecins  français  (Deléarde  et  Halluiii);  rapatriés  d’Alle¬ 
magne,  où  ils  avaient  observé  une  épidémie  de  typhus  ;  ils  pensent, 
sans  faits  probants»  d’ailleurs,  qu’à  côté  de  la  contagion  par  les 
poux,  aujourd’hui  admise,  d’autres  agents  de  contamination  peu¬ 
vent  exister,  notamment  les  expectorations  des  malades  (Revue  d'hy¬ 
giène,  1916,  p.  310).  F.-H.  Renaut. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


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Pathofjcnie  et  évolution  de  la  diphtérie,  par  J.  Danysz  (la  Presse 
Médicale,  1917,  p.  442). 

La  toxine  sécrétée  par  les  microbes  qui,  dans  la  diphtérie,  se 
développent  sur  les  muqueuses  de  la  gorge,  pénètre  dans  le  tissu 
cellulaire  sous-jacent  et  se  combine  avec  l’anticorps  normal  de  ce 
tissu. 

On  admet  généralement  aujourd’hui  qu’un  organisme  ne  peut 
être  sensible  à  l’action  d’un  antigène,  sécrétions  du  microbe,  qu’à 
la  condition  de  trouver  dans  cet  organisme  une  substance  avec 
laquelle  il  peut  se  combiner,  et  que  c’est  cette  même  substance  qui 
devient  l’anticorps  spécifique  (l’antitoxine)  que  l’on  trouve  en  excès 
dans  le  sang  des  sujets  immunisés.  L’anticorps  en  excès  ou  l’anti¬ 
toxine  ne  serait  donc  autre  chose  qu’une  surproduction  de  l’anti¬ 
corps  normal. 

Alors,  deux  cas  extrêmes  peuvent  se  présenter  : 

1“  La  quantité  ou  la  virulence  de  la  toxine  sécrétée  correspond 
exactement  à  la  quantité  d’anticorps  normal  qui  peut  la  neutraliser 
et  la  digérer  sans  trouble,  et  alors  il  y  aura  immunité  locale  et  peut- 
être  aussi  générale,  si  le  processus  dure  assez  longtemps  pour  que 
les  anticorps  puissent  se  reproduire  en  excès  et  passer  dans  le  sang 
sous  forme  d’antitoxine; 

2“  La  quantité  ou  la  virulence  de  la  toxine  sécrétée,  ou  encore  la 
rapidité  de  la  sécrétion,  sont  trop  grandes  pour  que  le  tissu  cellu¬ 
laire  puisse  la  fixer  et  la  retenir;  une  partie  de  cette  toxine  passera 
donc  dans  l’économie  et  produira  des  troubles  graves  qui,  si  on 
n’intervient  pas  à  temps,  peuvent  avoir  une  issue  fatale. 

Entre  les  deux  extrêmes,  on  peut  constater  une  infinité  de  réac¬ 
tions  intermédiaires  comme  manifestations  pathologiques  et  immu¬ 
nisations  locales  ou  générales;  toujours,  l’immunité  acquiîe  sera 
inversement  proportionnelle  à  la  gravité  de  l’atteinte. 

Ces  faits  font  ressortir  la  différence  dans  l’évolution  de  la  diph¬ 
térie  et  de  la  plupart  des  autres  maladies  infectieuses.  Il  y  a  lieu 
toutefois  d’insister  sur  la  signification  exacte  de  la  période  d’incu¬ 
bation  dans  les  états  pathologiques  causés  par  les  antigènes. 

On  est  convenu  d’appeler  période  d’incubation  le  temps  qui 
s’écoule  entre  la  contagion  et  l’apparition  des  premiers  symptômes 
bien  nets  ou,  autrement  dit,  jusqu’au  moment  où  s'établit  la 
période  d’état  de  la  maladie.  De  nombreux  auteurs  ont  montré  que, 
dans  la  grande  majorité  des  maladies  infectieuses  ainsi  que  dans 
les  états-  pathologiques  causés  par  des  injections  préparantes 
d’hétéro-albumines  ou,  en  un  mot,  par  les  antigènes,  la  période 
d’élat  coïncide  presque  exactement  avec  l’apparition  des  anticorps 
spécifiques  en  excès  dans  le  sang.  Danysz  a  pu  établir  que  la  symp¬ 
tomatologie  de  tous  ces  états  pathologiques  est  déterminée  par  la 
nature  et  la  localisation  des  réactions  entre  les  anticorps  et  les 
antigènes. 

La  période  d’incubation  peut  donc  être  caractérisée  par  les  réac- 


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REVUE  DES  JOURNAUX 


lions  des  antigènes  avec  les  anticorps  normaux,  la  période  d’état 
par  la  réaction  des  antigènes  avec  les  anticorps  en  excès. 

Or,  si  on  admet  ces  distinctions,  on  constate  que,  contrairement 
à  ce  qui  se  passe  dans  la  grande  majorité  des, maladies  infectieuses 
et  dans  tous  les  cas  d’états  anaphylactiques,  dans  la  diphtérie  et 
dans  les  maladies  analogues  par  la  nature  et  l’action  de  leurs  anti¬ 
gènes  (tétanos,  botulisme),  les  manifestations  pathologiques  appa¬ 
raissent  pendant  la  période  d’incubation,  tandis  que  la  période 
d’état  se  confond  avec  celle  de  la  guérison. 

Ce  fait  s’explique  tout  naturellement,  quand  on  constate  que  ces 
toxines  forment  avec  leurs  antitoxines  des  composés  absolument 
neutres  pour  l’organisme,  et  que  l’antitoxine  en  excès  peut  neutra¬ 
liser  non  seulement  l’excès  de  toxine  qui  a  pu  passer  dans  la  circu¬ 
lation,  mais  aussi,  par  sou  action  de  masse,  la  toxine  fixée  eu 
surcharge  par  les  cellules  malades. 

F.-H..  Renaut. 

Trois  nouveaux  cas  de  rage  chez  l’homme,  par  MM.  H.  Grenier  ue 
C.ARDENAL,  médeciu-major,  médecin-chef  de  Centre  neurologique  et 
d’hôpital,  Legrand,  médecin  aide-major,  médecin  adjoint  àu  Centre 
neurologique,  et  Renoît,  médecin  auxiliaire,  médecin-chef  du  Labo¬ 
ratoire  de  bactériologie  de  X...  {La  Presse  Médicale,  191",  p.  S64). 

Aux  six  observations  de  rage  chez  l’homme,  intéressantes  à  plus 
d’un  titre,  rapportées  récemment  par  MM.  Jourdan  et  Marchand 
{Revue  d'Hygiène,  1917,  p.  513),  les  auteurs  joignent  trois  cas  nou¬ 
veaux,  à  propos  desquels  ils  attirent  l’attention  sur  quelques  points 
partîbuliers  de  l’évolution. 

L’in(j,ubatioD,  assez  variable,  peut  avoir  une  durée  moyenne  d’un 
mois  et  demi.  Tandis  que  le  début  brusque  est  donné  comme  excep¬ 
tionnel,  c’est  le  seul  qui  ait  été  observé  et  d’une  façon  très  nette, 
comme  dans  les  six  cas  cités. 

Les  accidents  bulbaires  ont  dominé  la  scène  et,  en  premier  lieu, 
la  dysphagie  et  les  vomissements;  quand  l’hydrophobie  manque, 
c’est  cette  dysphagie  qui  doit  donner  l’éveil,  car  elle  est  souvent  le 
premier  accident  spasmodique  ressenti. 

MM.  Jourdan  et  Marchand  n’ont  pas  observé  l’hydrophobie  véri¬ 
table  et  ils  s’élèvent  contre  l’impropriété  du  terme;  évidemment, 
il  n’y  a  pas  de  phobie  réelle,  mais  le  mot  est  consacré  par  l’usage, 
et,  par  analogie  avec  le  symptôme  décrit  sous  ce  nom  chez  l’animal, 
il  mérite  d’être  conservé.  Le  spasme  pharyngé  devient  souvent  si 
pénible  que  le  sujet  afune  terreur  invincible  à  l’idée  d’absorber 
iin  aliment.  Cette  angoisse  douloureuse  n'est  bientôt  réveillée  que 
par  le  liquide,  car,  tandis  qu’il  y  a  de  l'inappétence,  la  soif  devient 
intolérable,  l’hydrophobie  est  ainsi  constituée  ;  certes,  l’expression 
de  spasme  hydrophobique  serait  plus  exacte. 

Les  signes  médullaires  furent  minimes  et  les  réflexes  tendineux 
se  conservèrent  intacts,  cependant  il  existait  des  soubresauts  mus- 


REVUE  DES  JOURNAUX 


culaires  avec  contractures  passagères  qui, firent  penser  au  tétanos. 
A  aucun  moment,  il  n’y  eut  de  paralysie  et  la  période  paralytique, 
décrite  comme  période  terminale  de  la  rage,  semble  une  exception. 

L’imagination  populaire,  entretenue  par  les  récits  des  anciens 
auteurs,  a  tbujours  dépeint  le  malheureux  rabique  comme  un  déli¬ 
rant  furieux,  hurlant,  mordant  autour  de  lui  et  dont  il  fallait  se 
défaire  dans  le  plus  bref  délai.  Gomme  son  souffle  était  en  outre 
considéré  comme  contagieux,  il  était  ficelé  entre  deux  matelas  et 
mourait  étouffé.  Cet  état  suraigu  doit  être  excessivement  rare  et  les 
symptômes  cérébraux  ne  se  traduisent  ordinairement  que  par  de 
l’excitation  plus  ou  moins  grande,  alternant  avec  des  périodes  de 
dépression. 

L’intérêt  dominant  de  ces  trois  observations  réside  dans  l’évolu¬ 
tion  rapide  du  mat  :  en  effet,  elle  a  été  de  48,  46  et  12  heures;  il  ne 
semble  pas  qu’on  ait  signalé  de  cas  aussi  foudroyants  que  ce  der¬ 
nier  survenu  chez  une  fillette  de  douze  ans  et  demi.  La  terminaison 
est  arrivée  dans  les  trois  cas  par  syncope,  comme  c’est  la  règle  dans 
la  forme  spasmodique,  celle-ci  étant  la  seule  à  considérer  prati¬ 
quement.  F.-H.  IIe.naut. 

1  corredini  anipediculari  (Saoiiet  contre  les  poux),  par  le 
D"  A.  CoasiNi  {Annali  d'igiene,  1917,  p.  364). 

La  presse  italienne,  tant  scientifique  que  politique,  a  publié  de 
nombreux  articles  sur  la  lutte  contre  la  pédiculose  dans  les  troupes 
en  campagne.  Le  D*'  A.  Furno  s’est  spécialement  occupé  de  la  ques¬ 
tion  au  commencement  de  l’année  1917  et  a  soutenu  que  la  destruc¬ 
tion  des  poux  sur  le  soldai  dans  les  tranchées  ne  pouvait  s’obtenir 
qu’en  disposant  des  sachets  antiparasitaires  entre  le  linge  de  corps 
et  les  vêtements  de  drap,  après  la  désinfection  de  ceux-ci  ;  ces 
sachets  doivent  contenir  un  mélange  de  100  grammes  de  naphtaline 
brute  et  de  2  grammes  de  créosote;  le  camphre,  parfois  employé, 
n'a  pas  une  action  aussi  efficace. 

L’auteur  reprend  le  sujet,  pour  donner  plus  de  détails  sur  les  diffé¬ 
rents  dispositifs  des  sachets  et  sur  leur  composition.  11  décrit  minu¬ 
tieusement  les  modes  d’attache  imaginés  par  les  professeurs  Pellizari 
(de  Florence),  Pasini  (de  Milan)  et  Dacco;  ce  sont  des  systèmes  de 
ceintures,  de  bretelles  et  de  scapulaires  permettant  de  maintenir  des 
sachets  sous  les  aisselles,  devant  et  derrière  le  thorax,  avec  attaches 
aux  poignets  et  aux  genoux  pour  certains,  tout  cela  de  telle  façon 
que  les  mouvements  ne  soient  pas  gênés  et  que  le  port  de  l’équipe¬ 
ment  ne  soit  pas  rendu  incommode. 

I.a  base  de  la  composition  de  ces  sachets  est  généralement  con¬ 
stituée  par  la  naphtaline  brute,  additionnée  de  diverses  substances 
destinées  à  augmenter  l’action  parasilicide  et  parasitifuge  de  cette 
dernière,  créosote,  crésyl,  phénol,  camphre,  soufre,  poudre  d’euca¬ 
lyptus,  et  même  iodoforme,  malgré  l’odeur  parfois  mal  supportée  de 
ces  derniers  produits. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


Les  résultats  de  cette,  pratique  seraient  excellents.  Le  dermato¬ 
logue  Mibelli,  envoyé  en  inspection  sur  le  front,  n’aurait  trouvé  que 
S  à  6  porteurs  de  poux  sur  1.000  combattants  ;  il  s’agissait  de  soldats 
qui  avaient  abandonné  leurs  sachets  ou  qui  avaient  refusé  de  les 
mettre.  Les  expériences  de  laboratoire  démontrent  neUefnent  l’action 
aniipédiculaire  de  la  naphtaline  brute. 

Toutefois,  la  pénurie  croissante  des  matières  premières  met 
obstacle  à  la  fabrication  toujours  croissante  de  ces  sachets.  Le 
camphre  est  rare  ;  la  créosote  de  hêtre  a  été  remplacée  par  la  créo¬ 
sote  de  goudron.  La  naphtaline  brute  est  de  moins  bonne  qualité  et 
devient  parfois  irritante  pour  la  peau  ;  aussi  est-il  nécessaire  de 
contrôler  ces  produits. 

La  naphtaline 'éloigne  aussi  les  puces,  les  punaises,  les  mouches 
et  les  moustiques,  ainsi  qu’on  a  pu  le  constater  en  Albanie,  et  dans 
ce  cas  particulier,  elle  devient  un  adjuvant  de  la  lutte  contre  le 
paludisme.  F. -H.  Renaut. 

Le  biberon  de  cristal,  cause  possible  d’intoxication  par  le  plomb,  par 
M.  le  D'  Guerbet  (de  Rouen).  {Bull.de  l’Académie  de  Médecine,  séance 
du  6  août  1918.) 

Depuis  ces  dernières  années,  on  vend,  comme  biberons  destinés 
à  la  stérilisation  du  lait,  des  flacons  de  cristal  qui  ont  la  faveur'de 
la  clientèle  aisée.  Ces  flacons  sont  bien  faits  et  cassent,  à  ta  stérili¬ 
sation,  beaucoup  moins  facilement  que  les  flacons  de  verre. 

Les  circonstances  suivantes  nous  ont  permis  de  constater  que  ces 
biberons  peuvent  céder  au  lait  de  petites  quantités  de  plomb. 

Observation.  —  Un  enfant  de  3  mois  est  alimenté  avec  du  lait  sté¬ 
rilisé  par  un  séjour  de  20  minutes  au  bain-marie  bouillant.  Cet 
enfant  «  prend  du  poids  »,  ses  fonctions  digestives  sont  bonnes, 
mais  il  présente  une  pâleur  anormale  de  la  face  et  sur  plusieurs 
points  de  son  corps  l’eczéma  apparaît. 

La  mère,  qui  pratique  elle-même  la  stérilisation  du  lait,  fait  un 
jour  la  remarque  suivante  :  après  l’opération,  le  lait  contenu  dans 
certains  biberons  est  resté  très  blanc,  tandis  qu’il  a  acquis  dans 
d’autres  flacons,  une  légère  teinte  gris  jaunâtre.  De  plus,  on  con¬ 
state  que,  sur  la  paroi  interne  de  ces  derniers  flaçons,  il  existe  un 
enduit  brunâtre,  mince,  très  adhérent,  même  après  rinçage. 

Nous  examinons  les  flacons.  Ils  sont  de  deux  origines  différentes. 
Les  uns,  ceux  dans  lesquels  le  lait  reste  blanc,  sont  en  verre  ordi¬ 
naire  ;  les  autres,  ceux  dans  lesquels  le  lait  prend  une  teinte  gris 
jaunâtre,  sont  en  cristal  (14  p.  100  de  plomb). 

A  partir  du  jour  où  ces  remarques  sont  faites,  seules  les  bou¬ 
teilles  de  verre  sont  utilisées  pour  la  stérilisation  du  lait  déstiné  à 
l’enfant. 

Peu  à  peu  le  bébé  reprend  ses  couleurs  et  l’eczéma  disparaît. 

Les  phénomènes  morbides  constatés  chez  l’enfant  étaient-ils  attri¬ 
buables  à  une  intoxication  chronique  et  légère  par  le  plomb  ?  11  est 


REVUE  DES  JOURNAUX 


impossible  de  l’afürmer,  aucun  symptôme  classique  de  saturnisme 
n’ayant  été  relevé.  Tout  ce  que  nous  pouvons  dire,  c’est  que  le  bébé 
devait  absorber,  en  moyenne,  b  milligrammes  de  plomb  par  jour 
ainsi  que  le  démontrent  les  analyses  suivantes. 

Recherches  analytiques.  —  La  recherche  du  plomb*  fut  pratiquée 
sur  le  lait  stérilisé  au  bain-marie  bouillant  pendant  20  minutes,  soit 
dans  tes  flacons  de  verre  ordinaire,  soit  dans  les  flacons  de  cristal 
incriminés. 

Le  lait  provenant  des  flacons  de  verre  ordinaire  ne  renfermait  pas 
de  plomb;  celui  qui  avait  été  stérilisé  dans  les  flacons  de  cristal 
contenait  du  plomb  dont  les  proportions  variaient  entre  3  et  9  mil- 
ligrainra-'S  par  litre  {en  Pb.),  chiffres  extrêraesde  plusieurs  dosages. 
Quel  peut  être  le  niécanisme  du  passage  du  plomb  dans  1«  lait? 
Nous  pensons  que  la  coloration  gris  jaunâtre  du  lait  était  due  à 
un  sulfure  de  plomb,  ainsi  que  l’enduit  intérieur  du  flacon. 

Au  cours  de  la  stéi  ilisatîon  du  lait,  on  constate  toujours  la  for¬ 
mation  de  produits  sulfurés  attribuables  à  une  légère  altération  de 
la  caséine,  mais  ces  produits  sont,  à  notre  avis,  incapables  de  se  com¬ 
biner  directement  avec  le  plomb  du  silicate. 

En'  effet,  si  l’on  chauffe  au  bain-marie  bouillant  dans  des  flacons 
de  cristal  de  l’eau  chargée  d’hydrogène  sulfuré,  on  ne  constate  pas 
la  formation  de  sulfure  de  plomb  ;  mais  le  sulfure  de  plomb  peut  se 
former  par  une  réaction  secondaire  ;  si  l’eau  sulfureuse  de  l’expé¬ 
rience  précédente  est  rendue  légèrementalcaline  ou  si  elle  renferme 
des  chlorures,  on  constate,  après  chauffage  ap  bain-marie  bouiilant 
dans  le  flacon  de  cristal,  la  présence  de  sulfure  de  plomb. 

On  peut  donc  admettre  qu’une  alcalinité  du  lait  ou  que  les  chlo¬ 
rures®  qu’il  renferme  puissent  provoquer,  au  cours  du  chauffage,  la 
dissolution  d’une  petite  quantité  dé  plomb  qui  passerait  ensuite  à 
l’état  de  sulfure. 

Conclusions.  —  Nous  plaçant  exclusivement  sur  le  terrain  de 
l’hygiène  infantile,  il  nous  a  paru  que  l’usage  des  bouteilles  de  cris¬ 
tal  destinées  à  la  stérilisation  du  lait,  c’est-à-dire  vendues  comme 
«  biberons  »,  devait  être  proscrit. 

La  circulaire  du  19  juin  1878  (ordonnance  de  police  du  2  juillet 
1878)  interdit  «  la  mise  en  vente  des  poteries  vernies  à  l’aide  d’en¬ 
duit  d’oxyde  de  plomb  fondu  ou  incomplètement  vitrifié,  cédant  de 
l’oxydant  de  plomb  aux  acides  faibles». 

11  ÿ  aurait  lieu  de  dèmander,  à  notre  avis,  que  l’addition  suivante 
fût  faite  à  cette  circulaire  :  «  Toute  verrerie  de  cristal,  telle  que 
biberons,  bouteilles,  destinée  à  la  stérilisation  du  lait  sera  inter¬ 
dite.  » 

1.  Procédé  Meillère.  Journal  de  Pharmacie  et  de  Chimie,  191V,  p,  225. 

2.  La  stérilisation  du  sérum  physiologique  dans  des  ampoules  de  cristal 
donne  lieu,  le  fait  est  bien  connu,  à  la  formation  de  chlorure  de  plomb. 

KEV.  d’hyg.  XL  —  39 


610  REVUE  DES  JOURNAUX 

La  question  du  blé  {Comptes  rendus  des  seaneés  de  la  Société  de 
Biologie,  1918). 

La  Commission  d’alimentation  de  la  Société  de  Bioloaie,  dans 
une  série  de  séances  tenues  sous  la  présidence  de  M.  Charles  Richet, 
a  adopté  les  conclusions  suivantes,  tout  particulièrement  impor¬ 
tantes  dans  les  circonstances  actuelles  :■ 

1»  Le  blé  doit  toujours  être  nettoyé,  débarrassé  des  impuretés  et 
des  graines  étrangères  qui  s’y  trouvent  mêlées. 

2”  Les  blés  industriellement  propres  varient  l^eaucoup  de  poids 
et  de  qualités.  Il  importe  de  choisir'un  type  qui  servira  de  base 
pour  tontes  les  mesures  à  prendre.  On  peut  prendre  comme  type 
un  blé  indigène  moyen,  pesant  de  76  à  77  kilogrammes  à  l’hecto¬ 
litre. 

3“  La  mouture  donne  de  la  farine  paniflable  et  du  son.  Mais  les 
procédés  de  la  meunerie  ne  permettent  pas  de  séparer  d’une  manière 
parfaite  les  matières  nutritives  de  l’amande  des  matières  indiges¬ 
tibles  de  l’enveloppe.  Quel  que  soit  le  taux  d’extraction,  il  passe 
toujours  dans  la  farine  quelques  matières  indigestibles  et  dans  le 
son  une  proportion  notable  de  substances  alirnt-nlaires. 

4“  La  valeur  alimentaire  des  sons  décroît  progressivem'ent,  à 
mesure  que  le  taux  d’extraction  s’élève. 

5°  Il  ne  faut  pas  confondre  le  son,  résidu  industriel  de  meunerie, 
qui  a  toujours  une  valeur  nutritive  appréciable  pour  l’homme,  et 
l’enveloppe,  élément  anatomique  du  blé,  qu’on  n’obtient  jamais 
pratiquement  à  l’état  pur. 

6®  L’expression  légale  de  «  farine  entière  »  ne  correspond  à 
aucune  réalité  précise,  puisque  la  proportion  de  produits  passant 
au  tamis  100.(100  mailles  au  pouce  linéaire)  dépend  des  conditions 
de  la  mouture  et  peut  varier  dans  de  très  larges  limites. 

7°  ka  Commission  est  d’avis  que  la  seule  manière  de  caractériser 
une  farine  serait  de  déterminer,  par  une  méthode  physiologique 
bien  définie,  la  proportion  d’ingestible  qu'elle  renferme.  La  méthode 
de  M.  Devillers  à  la  pancréatine  ',  bien  qu’ encore  à  l’étude,  paraît 
mériter  .l’attention. 

8“  L’extraction  à  8b  p.  100  sur  blé  moyen  est  avantageuse  et  dési¬ 
rable,  quand  il  n’y  a  pas  lieu  d’assurer  une  très  longue  conservation 
de  la  farine.  Elle  ne  laisse  que  5  p.  100  d’indigestible,  et  permet 
d’obtenir  un  bon  pain.  Elle  accroît  la  quantité  de  farine  disponible 
pour  l’homme,  sans  diminuer  sensiblement  la  valeur  alimentaire  de 
celle-ci. 

Les  parties  du  blé  qu’on  laisse  passer  pour  obtenir  des  extrac- 


1.  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  Sciences,  t.  CLXVI,  29  avril  1918, 
p.  700  ;  Journal  de  Pharmacie  et  de  Chimie,  7»  sér.  t.  XVIII,  juillet  1918, 


BEVUE  DES  JOURNAUX 


6U 

lions  plus  élevées  donnent  des  farines  de  moins  en  moins  nutritives 
et  de  plus  en  plus  difficiles  à  panifier.  Le  son  laissé  aux  animaux 
per  l’extraction  à  85  p.  iOO  contient  encore  une  proportion  notable 
de  matières  nutritives  pour  l’homme. 

9»  Pour  passer  de  la  mouture  d’un  blé  type  à  celle  de  toutes  les 
autres  sortes  de  blés  et  obtenir  des  farines  de  qualité  comparable,  il 
sul'flt,  les  délégués  de  l’Association  nationale  de  la  Meunerie  fran¬ 
çaise  ayant  été  entendus,  sans  établir  de  règle  théorique  précise,  de 
travailler  en  pratique  sur  des  moulins  réglés  pour  la  mouture  sur 
blé  type,  sans  rien  changer  ni  aux  cylindres,  ni  aux  bluleries. 

lo»  L’ad<lition  de  farines  de  succédanés  à  celle  du  blé  est  accep¬ 
table,  à  la  condition  que  leur  proportion  ne  soit  pas  exagérée  et  que 
le  mélange  reste  panifiable. 

Appendice.  —  Examen  de  la  valeur  [nutritive  des  sons  de  meunerie. 
Étant  d  mnée  Ja  pénurie  de  renseignements  sur  la  proportion  de 
substances  alimentaires  restant  dans  les  sons  de  meunerie,  la  Com¬ 
mission  d’alimentation  a  demandé  des  analyses  de  ceux-ci  à  deux  de 
ses  membres,  MM.  Kling  et  Lapicque. 

Des  échantillons  de  son  ont  été  recueillis  au  moulin  de  l’Assistance 
publique,  le  8  juillet,  dernier.  Ils  constituaient  le  résidu  de  la  mou¬ 
ture  au  taux  d’extraction  de  82,5  p.  tOO  d’un  mélange  de  50  p.  100 
de  blé  Plata  et  de  50  p.  100  de  blé  Manitoba,  sans  addition  de 
succédanés. 

Les  analyses  ont  donné  ; 


1.  —  Analyse  de  K.  Kling. 


TBL  QUEL 

SUPPOSÉ  SBC 

pour  100  grammes. 

— 

Humidité . . . 

Il  gr.  10 

Matières  azotées . . 

16  gr.  40 

18  gr,  45 

Matières  grasses . . . 

Maiières  saccbarifiablex  par  HCI  dilué  (glu- 

4  gr.*  63 

5  gr.  21 

coseXOiO) . . 

50  gr.  92 

57  gr.  28 

Matières  non  dosées  et  pertes . 

3  gr.  87 

Cellulose . . . 

8  gr.  12 

9  gr.  13. 

Cendres  . 

5  gr.  39 

6  gr.  06 

Matières  saccharifiables  par  les- diastases  du 

100  gr.  » 

100  gr.  » 

malt . . 

23  gr.  28 

26  gr.  19 

Penlosaiies  du  son . . 

Pentoses  dans  le  liquide  d'hydrolyse  chlor¬ 

22  gr.  80 

25  gr.  65 

hydrique . 

25  gr.  13 

28  gr.  27 

Peutosanes  correspoudar.les . 

22  gr.  11 

24  gr.  87 

Les,  pentosanes  ont  été  dosées  par  décomposition  chlorbydrique 
(34  à  35  p.  100  HCl  à  22»),  entraînement  du  furfurol  formé  et  dosage 
de  ce  furfurol  par  la  phloroglucine. 


612 


REVUE  DES  JOURNAUX 


II.  —  Analyses  du  laboratoire  de  M.  Lapicque. 

A.  —  Analyse  de  M.  Devillers  :  Digestion  artificielle 
par  la  pancréatine. 


pour  100  grammes 

Humidité . .  . 

Après  action  de  la  pancréatine. 

I.  Portions  solubilisées  : 

Matières  azotées . 

Mitières  saccharifiables . 

Matières  non  dosées . 

II. ' Résidu  insoluble . 


TEL  QUEL 
tl  gr.  71 


10  gr.  45 
30  gr.  31 
17  gr.  83 
29  gr.  70 


11  gr.  84 
34  gr.  33 
20  gr.  19 
38  gr.  64 


B.  —  Expérience  de  M.  Chaussin  :  Digestion  par  le  chien. 


Un  chien  de  8  kilogrammes,  en  équilibre  de  poids  et  au  régime 
d’entretien,  après  avoir  été  nourri  de  farine  blanche,  reçoit  pendant 
deux  jours  la  ration  quotidienne  suivante  : 


Farine  blanche . .  ' . ISO  grammes. 

Son  du  moulin  de  l’A.  P . ,  50  ^ 

Caséine . .  .  10  — 

Sel . .  5  — 


Le  troisième  jour,  on  lui  donne  : 


Farine  blanche . 190 

et  pas  de  son. 


Les  sell'  s  des  trois  jours  sont  recueillies,  elles  contiennent 
47  gr.  93  (poids  sec)  de  matières  restant  sur  le  tamis  n®  160,  dont 
5  gr.  95  provenant  de  la  farine  blanche,  d’après  des  déterminations 
préalables,  soit  41  gr.  98  dus  au  son.  Celui-ci  contenant  11  gr.  71 
p.  100  d’eau,  la  proportion  d’iridigestible  pour  100  grammes  de  son 
sec  est  donc  de  : 


41,98X100 
(100  —  11,71) 


=47,5  p.  100. 


I.  —  La  riforma  délia  razione  alimentare  del.soldato  e  Veconomia 
nazionale.  Prof.  Filippo  Rho,  tenente  generale  medico  délia  R.  ma¬ 
rina  {Annali  d'igiene,  1917,  p.  477). 

II.  —  L’alimentazione  delle  truppe  di  terra  italiane.  Prof.  dott.  Ba- 
GLioNi  SiLVESTRo,  tenente  colonelle  medico  di  complemento  (iôid., 
p.  487). 

III.  —  La  riforma  délia  razione  del  marinaio  occasionata  dalle  con- 
dizioni  di  guerra,  per  il,  dottor  C.  M.  Belli,  colonelle  medico  iiella 
R.  marina,  libero  docente  d’igiene  (ibid.,  p.  503). 

I.  —  Les  physiologistes  allemands,  avec  Rubner,  établirent  la 
ration  alimentaire  de  l’homme,  en  se  basant  sur  des  expériences 
limitées  dans  le  temps  et  dans  le  nombre  des  sujets,  et  aussi  sur  le 


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613 


régime  nalional  habituel,  fort  spécial  ;  ils  ailmirent  qu’un  homme 
de  70  kilogrammes,  soumis  à  un  travail  moyen,  avait  besoin  jour¬ 
nellement  de  2.631  calories  fournies  par  123  grammes  d’aliments 
azotés,  47  grammes  de  graisse  et  337  grammes  d’bydrocnrbui  es.  I5n 
cas  de  travail  fatigant,  3.Çb3  étaient  Nécessaires  avec  175  grammes 
de  substances  azotées,  70  grammes,  de  graisse,  et  556  giammes 
d’hydrocarbures. 

Ces  chiffres  furent  généralement  admis  sans  discussion,  bien  que 
l’alimentaiion  subisse  de  nombreuses  variations  suivant  les  lati¬ 
tudes  et  suivant  les  tempéraments  ethniques;  des  populations  ayant 
une  nourriture  plus  végétarienne,  et  fournissant  cepnndant  une 
somme  importante  de  travail,  furent,  considérées  comme  ayant  un 
régime  insuffisant. 

En  1903,  Chittenden,  de  l’Université  de  Yale,  après  des  expé¬ 
riences  prolongées  et  répétées,  démontra  que  la  quantité  des  albu¬ 
minoïdes  pouvait  être  réduite  de  50  ou  60  grammes  par  jo^i,  soit  à 
8,5  ou  9  grammes  5  d’azote;  la  quantité  d’albuminè  strictement 
nécessaire  à  la  réparation  des  éléments  cellulaires  pourrait  ne  pas 
dépasser  27  à  28  grammes  ;  mais,  dans  la  pratique  et  pour  la  col¬ 
lectivité,  il  convient  de  considérer  comme  règle  la  nécessité  d’in¬ 
gérer  un  gramme  de  matières  albuminoïdes  par  kilogramme  de 
poids  du  corps,  soit  en  moyenne  quotidienne  de  60  à  80  grammes. 

On  peut  considérer  comme  amplement  suffisante  pour  la  ration 
de  guerre  du  soldat  la'quantité  journalière  de  90  à  100  grammes  de 
substances  azotées,  pour  faire  face  aux  exigences  de  la  vie  de  cam¬ 
pagne.  En  Italie,  la  ration  de  viande  est  de  375  grammes  en  temps 
de  guerre,  ce  qui  constitue  un  taux  de  151  grammes' d’albumine 
par  jour. 

L’albumine  est  certes  de  première  importance  dans  la  réparation 
des  tissus,  mais  il  est  illogique  d’en  imposer  une  quantité  dont  l’as¬ 
similation  nuit  au  fonctionnement  de  l’estomac,  du  foie  et  des  reins; 
il  est  grandement  temps  pour  les  médecins  de  réagir  contre  les 
conséquences  désastreuses  d’une  alimentation  trop  carnée  et  de 
faire  une  plus  large  place  aux  corps  gras  et  aux  hydrocarbures.  11 
faut  réduire  la  part  trop  considérable  faite  à  la  viande  dans  la  ration 
du  soldat  en  campagne,  qui  bénéficierait' certainement  d'une  réduc¬ 
tion  à  250  grammes,  réduction  dont  les  conséquences  économiques 
sont  capitales  dans  les  circonstances  actuelles. 

II.  —  La  ration  journalière  de  viande  de  bœuf  du  soldat  italien  en 
campagne  fut  abaissée  de  375  grammes  à  250  grammes  ;  deux  fois 
par  semaine,  il  y  a  distribution  de  poisson  ou  de  viande  de  porc; 
les  pâtes  ont  été  portées  de  150  grammes  à  200  grammes,  quatre  fois 
par  semaine  ;  les  légumes  frais  sont  distribués  autant  que  possible  à 
raison  de  200  grammes;  on  donne  chaque  jour  40  grammes  de 
fromage. 

Le  lard  et  l’huile  ont  eu  les  quantités  fixées  à  15  ou  20  grammes 


«4 


REVUE  DES  JOURNAUX 


de  l’un  ou  de.  l’autre  par  jour  ;  l’huile  d’olive,  étant  dans  le  goût 
national',  est  distribuée  de  préférence,  autant  que  le  permettent  les 
approvisionnements.  La  tomate,  fraîche  on  de  conserve,  est  un  con¬ 
diment  presque  indispensable  aux  habitudes  populaires  en  Italie; 
la  ration  Journalière  est  de  grammes  d’extrait  coiidetisé. 

La  préparation  des.  aliments  est  particulièrement  surveillée  par 
des  équipes  de  cuisiniers  de  profession  et  toutes  les  précautions 
sont'  prises  pour  que  la  température  soit  conservée,  malgré  les  diffi¬ 
cultés  de  la  guerre  de  montagne  ;  sur  le  front,  une  composition  con¬ 
densée  de  graisse,  de  tomates  et  d’épices  permet  l’assaisonnement 
rapide  du  riz  et  des  pâtes. 

Enfin  la  ration  de  pain,  réduite  à  600  grammes,  n’a  donné  aucune 
constatation  fâcheuse  dans  la  résistance  dès  iroupes,  d’autant  plus 
que  des  suppléments  sont  largement  accordés  suivant  les  besoins, 
au  cours  d’opérations  plus  pénibles. 

III.  —  Les  mêmes  causes  d’obligations  économiques  ont  fait  dimi¬ 
nuer  la  ration  du' marin  de  la  flotte  italienne,  d’après  les  mêmes 
bases  scienti tiques  ;  l’auteur  donne,  dans  des  tableaux  détaillés,  les 
éléments  alimentaires  de  la  ration  au  1"  juillet  1914  èi  de  celle  au 
i"  février  1917  calculés  par  semaine  et  compare  les  prin'  ipes  nutri¬ 
tifs  et  l’énergie  potentielle  dés  diverses  denrées  dans  chacune  de 
ces  deux  rations.  Les  différences  en  moins  portant  surtout  sur  la 
viande,  sur  le  biscuit  et  les  pâtes;  le  riz  a  été  augmenté.  Le  résumé 
des  nombres  indique  102  gr.  6  pour  les  substances  azotées,  21  gr.  6 
pour  les  graisses  et  547  gr.  8  pour  les  hydrocai’bures  avec  un  total 
de  3.036  calories  dans  les  24  heures. 

En  prenant  pour  le,  marin  le  poids  moyen  du  corps  de  70  kilo¬ 
grammes  et  l’appréciation  de  la  nécessité  de  40  calories  par  kilo¬ 
gramme  pour  un  travail  modéré,  on  obtient  par  la  multiplication 
des  deux  nombres  la  valeur  énergétique  de  la  ration,  soit  2.800  ca¬ 
lories,  chiffre  que  dépasse  d’ailleurs  celui  indiqué  ci-drssos.i 

L’excellent  état  sanitaire  de  la  flotte  montre  que  la  ration  alimen¬ 
taire  actuelle,  tout  en  se  rapprochant  des  goû>s  végétariens  de  la 
population  italienne,  est  pleinement  suffisante  pour  répondre  aux 
exigences  du  rude  métier  de  marin.  F.-B.  Rbnaut. 

Les  intoxieatims,  ■par  les  farines  {cavses,  prophylaxie),  par.  le  D''  A  .-F. 
Plicque  {Journal  de  Médecine  et  de  Chirurgie  pratiques,  1917,  p.  676). 

Les  accidents  provoqués  par  les  farines  et  les  céréale^  ont  toujours 
occupé  une  grande  place  en  hygiène  sociale.  Le  diagno.stic  précoce 
des  troubles  occasionnés  par  les  intoxications  at  tribuées  aux  avaries 
du  blé,  du  seigle,  du  maïs  ou  du  riz,  permet  seul  d’instituer  la 
prophylaxie  individuelle  et  générale. 

I.e  bjé  peut  se  trouver  mélangé  à  des  graines  étrangères  :  ivraie, 
mélampyre,  nielle.  Ce  fait  était  même  assez  fréquent  avant  les 
améliorations  Culturales  assurant  mieux  la  propreté  des  terres  et 


REVUE  DES  JOURNAUX 


615 


avant  le  progrès  des  appareils  de  triage.  Les  altérations  du  grain, 
provoquées  par  la  carie  et  la  rouille,  sont  l’aciles  à  reconnaître.  Un 
parasite  animal,  les  anguillules,  peut,  dans  les  années  humidns, 
envahir  !«  grain  dont  il  consomme  tout  l’amidon,  mais  le  ver  ne 
semble  jamais  s’implanter  dans  l’intestin.  L’échaulîement,  la  moi¬ 
sissure,  le  germaye  prématuré  des  grains  entraînent  des  altéra¬ 
tions  dans  ia  farine,  donnant  un  pain  lourd  à  mie  gluante  et 
visqueuse. 

Le  blé  offre  l’avantage  de  sa  grande  richesse  nutritive,  surtout 
en  azote;  il  renferme  tO  p.  100  de  gluten  au  lieu  de  3,  chiffre  des 
autres  céréales;  c’est  également  cêtte  abundance  en  gluten  qui 
assure  au  pain  de  blé  sa  masse  légère,  élastique,  riche  eu  vacuoles, 
facile  à  mastiquer  et  à  iusaliver,  par  suite  très  digestible. 

Pour  remédier  au  défaut  de  la  fermentation  et  du  levage  avec  des 
farines  trop  pauvres  en  gluten,  il  existait  autrefois  une  fraude  dange- 
reU'Sf  et  fréquente  :  l’addition  d’alun.  Une  autre  fraude,  l’addition 
de  sulfate  de  cuivre,  fut  souvent  employée  poui  reftituer  au  pain  la 
belle  coloration' blanche  que  lui  font  perdre  les  altérations  du  blé 
ou  le  mélange  d’autres  céréales.  Plus  récenlment,  le  borax  a  été 
employé  pour  restituer  la  blancheur  aux  farines  douteuses,  pour 
obtenir  avec  des  farines  médiocres  un  pain  de  bel  aspect. 

Le  seigle,  dont  la  farine  renferme  à  peine  S  p.  tOO  de  gluten,  est 
deux  fois  moins  riche  en  azote  que  le  blé;  le  pain  de  seigle  est 
compact,  mal  levé  et  irrite  l’intestin.  Le  seigle,  cultivé  dans  des  sols 
moins  riches  résiste  moins  que  le  blé  aux  parasites  végétaux,  mais 
sa  tare  fondamentale  est  l’intensité  de  son  invasion  par  l’ergot,  sur¬ 
tout  dans  les  années  humides.  La  séparation  de  l’ergot  est  minu¬ 
tieuse  et  exige  quelque  soin.  Les  épidémies  d’ergotisme  étaient  autre¬ 
fois  formidables;  aujourd’hui,  ce  fléau  n’est  plus  qu’un  souvenir. 
Mais,  même  en  quantités  minimes,  l’ergot  mélangé  au  pain  peut 
provoquer  des  troubles  nerveux. 

Parmi  les  autres  céréales,  l’orge  renferme  peu  de  gluten,  aussi 
donne-t-il  un  pain  lourd,  compact,  gros.sier.  L’avoine  est  encore 
moins  paniHabla.  Le  riz  a  souvent  été  accusé  de  produire  le  béri¬ 
béri.  Le  mgïs,  altéré  ou  insuffisamment  mûr.  fut  rendu  responsalile 
de  la  pellagre.  En  réalité,  ces  affections  semblent  dues  moins  à  une 
inloxicaiion  qu’à  une  insuffisance  alimentaire. 

Les  acci  lents  provoqués  par  les  céréales  de  mauvaise  qualité, 
communs  aulref  is,  sont  devenus  fort  rares  par  les  progrès  de 
l'agrii-ulture.  Ceux-ci  ont  constitué  la  meilleure  prophylaxie  En 
outre,  l’exclusion  de^  grains  moisis  ou  germés,  le  soin  plus  grand 
pour  la  conservation  des  grains  sains  excluent  bien  des  causes 
d’altérations. 

^Même,  quand  des  difficultés  temporaires  obligent  à  consommer 
des  farines  douteuses,  quand  les  denrées,  quelles  qu’elles  soient, 
doivent  passer  dans  l’alimentation,  l’hygiène  peut  encore  beaucoup 
pour  rendre  les  intoxications  moins  fréquentes  et  moins  graves. 


616 


REVUE  DES  JOURNAUX' 


La  première  règle  est  de  supprimer  tous  les  produits  toxiques  : 
aluD,  suKate  de  cuivre,  borax,  qui  ne  font  que  masquer,  sans  la 
supprimer,  l’altératibn.  Ensuite  il  faut  cuire  beaucoup  le  pain;  dans 
les  grosses  miches,  la  température  maxima  au  monient  de  la  cuisson, 
n’atteint  pas  60  degrés  à  l’intérieur;  son  effet  stérilisateur  est  tout 
à  fait  insuffisant.  Il  vaut  mieux  enfin  réduire  au  maximum  la  ration 
alimentaire,  chercher  avant  tout  à  conserver  une  qualité  satisfai¬ 
sante  que  de  donner  des  aliments  plus  abondants  mais  malsains. 

Une  intoxication,  inconnue  en  Erance,  mais  ayant  sévi  dans 
l’Afrique  du  Nord,  le  lathyrisme,  produisant  des  troubles  médullaires 
graves,  est  due  au  mélange  de  gesse  chiche  h  la  farine  de  blé  ou 
d’orge,  mélange  volontaire,  au  cours  des  disettes. 

F.-H.  Renaut. 

Consommation  après  stérilisation  des  viandes  saisies,  par  M.  Babrier, 
inspecteur  général  des  Écoles  vétérinaires  (Annalesd’hygiènepubiique, 
2®  semestre,  1917,  p.  172). 

Il  y  aurait  grand  intérêt,  en  ce  moment,  à  restituer  à  la  consom- 
maiion,  après  épluchage  et  cuisson  à  l’eau  bouillante,  les  viandes 
retirées  de  la  vente  et  offrant  encore  de  bonnes  qualités  alibiles. 

Il  e.st  évident  que  le  cheptel  s’userait  moins  vite,  que  la  population 
s’alimenterait  moins  parcimonieusement,  si  l’on  économisait  les 
milliers  de  tonnes  par  lesquels  se  chiffrent  les  quantités  de  viandes 
encore  très  mangeables  que  le  Service  vétérinaire  sanitaire  est  obligé 
de  retirer  de  la  consommation,  en  raison  du  danger  qu’il  y  a  de  les 
manipuler  ou  de  les  ingérer  sans  certaines  précautions  préalables. 

Pour  le  seul  département  de  la  Seine,  la  quantité  annuelle  des 
viandes  de  boucherie  saisies  approche  de  400.000  kilogrammes. 

La  simple  cuisson  dans  l’eau  bouillante,  prolongée  pendant  une 
heure  au  moins,  suffit  à  rendre  inoffensifs  les  parasites,  microbes 
et  toxines  que  peuvent  renfermer  les  viandes  saisies.  La  mise  en 
œuvre  de  cette  pratique,  sous  le  contrôle  du  vétérinaire,  autorise  à 
réserver  pour  l’alimentation  celles  d’entre  ces  viandes  qui  po.«sèdent 
encore  de  bonnes  qualités  alibiles. 

Depuis  longtemps,  dans  certains  pays  étrangers,  l’assainissement 
des  viandes  saisies  fait  partie  du  domaine  de  la  pratique  courante, 
au  grand  avantage  de  la  population  et  de  la  police  sanitaire. 

En  droit  strict,  la  vente  des  viandes  saisies  et  rendues  inoffensives 
par  la  stérilisation  devrait  être  libre,  sous  la  seule  condition  que  la 
dépréciation  résultant  de  l’opération  ne  soit  pas  dissimulée  à 
l’acheteur.  Mais,  dans  la  pratique,  on  devine  que  l’absence  de  con¬ 
trôle  conduirait  à  de  graves  abus. 

Il  faut  que  l’autorité  administrative  puisse  garantir  au  public 
l’efficacité  de  l’assainissement,  effectué  à  l’abattoir  même,  sous  la 
responsabilité  du  service  sanii aire.  11  convient,  en  outre,  que  l’ache¬ 
teur  soit  exactement  renseigné  sur  la  nature  de  la  denrée  alimentaire 
offerte,  qu’il  sache  où  il  pourra  s’approvisionner,  qu’i)  ne  soit  pas 


REVUE  DES  JOURNAUX  617 

frauduleusement  exposé  à  la  consommer,  à  son  insu,  au  prix  de  la 
viande  non  dépréciée.  De  plus,  la  marchandise  doit  être  cédée 
directement  au  consommateur,  en  quantité  limitée,  et  à  l’exclusion 
des  revendeurs.  Il  est  souhaitable,  enfin,  que  les  municipalités  ne 
soient  pas  portées  à  tirer  des  ressources  spéciales  de  la  vente  de 
ces  viandes  qui,  bien  que  saisies;  continuent  à  appartenir  à  leurs 
propriétaires.  Toutes  ces  exigences  peuvent  être  aisément  et  écouo- 
miquènient  satisfaites  dans  chaque  abattoir  public. 

Offrir  des  viandes  provenant  d’animaux  tuberculeux  peut  appa¬ 
raître  à  certains  comme  une  offense  aux  devoirs  sociaux.  Et  cepen¬ 
dant,  journellement,  une  nombreuse  clientèle  consomme,  sous 
l’estampille  de  l’inspection  sanitaire,  des  viandes  provenant  de 
milliers  d’animaux  tuberculeux,  dont  certaines  parties  ont  été  préa¬ 
lablement  éliminées  par  saisies  partielles.  D’autre  part,  des  viandes 
de  dernière  qualité,  sur  la  limite,  sont  vendues  sur  les  marchés 
forains  de  certains  quartiers  excentriques.  Les  viandes  de  qualité 
très  inférieure  trouvent  donc  toujours  preneur. 

En  période  de  guerre,  dans  les  circonstances  actuelles  de  restric¬ 
tion  et  de  cherté,  les  pouvoirs  publics  ont  l’obligation  supérieure  de 
réserver  d’office  à  l’alimentation  celles  des  viandes  saisies  qu’on 
peut  rendre  inoffensives  par  une  coction  suffisante  et  de  ne  laisser 
livrer  à  l’équarrissage  que  celles  impossibles  à  assainir  sûrement. 

Aussi,  le  Conseil  d’hygiène  publique  et  de  salubrité  de  la  Seine  a 
adopté,  dans  sa  séance  du  27  avril  1917,  un  vœu  dans  ce  sens, 
répondant  aux  nécessités  de  la  situation  présente. 

F.-H.  Renaut. 

Ricerche  sulla  flora  batterica  intestinale  dei  pesci  (Recherches  sur 
la  flore  bactérienne'  de  l’intestin  des  poissons),  par  le  D’’  A.  Azzi 
(Annali  d'igiene,  1917,  p.  372). 

Depuis  quelque  temps,  la  flore  bactérienne  de  la  mer  a  été  étudiée 
par  de  nombreux  observateurs,  qui  ont  décrit  des  espèces  tout  à  fait 
spéciales  ces  bactéries  ont  été  trouvées  non  seulement  à  la  surface 
et  près  des  côtes,  mais  aussi  à  de  grandes  profondeurs  en  plein' 
Océan.  Des  recherches  ont  été  faites  sur  la  flore  bactérienne  de 
l’intestin  de  certains  poissons,  et  surtout  du  hareng,  à  l’occasion 
d’intoxication  alimentaire  et  de  putréfaction  rapide. 

Azzi  a  étudié  le  contenu  intestinal  du  Scyllium  stellare,  poisson 
assez  commun  dans  les  eaux  du  golfe  de  Naples  ;  il  expose  la  tech¬ 
nique  suivie  et  les  différents  milieux  de  culture  employés  ;  des  fèces 
de  nombreux  poissons  sacrifiés,  il  a  pu  isoler  31  variétés  de 
germes,  dont  il  décrit  les  caractères  fondamentaux  et  la  façon  de 
se  comporter  à  l’égard  de  diverses  solutions  d’hydrates  de  carbone. 

Les  types  se  répartissent  en  coccus  et  en  bacilles,  isolés  tantôt  en 
été,  tantôt  en  hiver,  d’autres  à  une  époque  quelconque  de  l’année. 
Aucun  de  ces  germes  n’est  comparable  aux  espèces  de  la  flore  bacté¬ 
rienne  de  l’intestin  de  l’homme  et  des  animaux  ;  les  formes  étudiées 


REVUK  DES  JOURNAUX 


618 

n’ont  que  de  rares  points  de  similitude  avec  les  germes  marins  déjà 
mentionnés  par  certains  auteurs.  F.-H.  ReNaut. 

L'acuité  visuelle  professionnelle  du  soldat,  par  M.  lé  P'  K.  Ginkstous, 
lauréat  de  l'Institut  et  de  l’Âcadémie  de  Médecine,  médecin  aide- 
major  de  la®  classe  de  l’armée  territoriale,  médecin-chef  du  service 
d’ophtalmologie  de  la  Place  et  du  Secteur  «l'Angers  {Le  Caducée, 
1917,  p.  122). 

Les  limites  d’aptitude  visuelle  pour  le  service  militaire  ont  subi, 
depuis  la  mobilisation,  une  évolution  rationnelle  commandée 
par  la  nécessité  d’incorporer  dans  l’armée  toutes  les  forces  disponi¬ 
bles  et  utilisables.  La  limite  supérieurp  de  la  myopie  a  été  él<-vée 
de  7  à  8  dioptries.  La  correction  de  l'astigmaiisme  par  les  verres 
convexes  est  devenu  réglementaire  ;  l’utilisation  des  vei res  cylin¬ 
driques  simples  et  des  sphéno-cylindriques  a  été  introduite  d«ns 
les  services  militaires  d’ophtalmologie.  Ces  réformes  heureuses  ont 
permis  dp  récupérer  un  nombre  d’anciens  exemptés  ou  «le  réfor¬ 
més  qui  ne  s’écarte  guère,  s’il  ne  le  dépasse  pas,  du  chiffre 
de  20.000. 

La  notion  de  l’acuité  visuelle  n’a  pas  été  modifiée;  elle  était 
fixée  à  1/2  de  l’œil  le  meilleur  et  à  1/10  de  l’œil  le  plus  mauvais 
pour  le  service  armé;  à  1/4  et  1/10  pour  le  service  auxiliaire;  la 
limite  de  l’acuité  visuelle  compatible  avec  le  service  armé  a  été 
abaissée  à  1/20.  L’utilisation  dans  les  services  auxiliaires  de  tous  les 
borgnes,  sans  difformité  apparente  avec  prothèse  oculaire,  a  été 
ultérieurement  autorisée. 

Le  règlement  d'aptitude  physique  semble  ne  ti-nir  compte 
que  de  l’acuité  visuelle  physiologique  à  l'exclusion  de  l’acuité 
visuelle  professionnelle.  Or',  dans  la  pratique,  la  notion  de  l’acuité 
visuelle  pro^ssionnelle  tend  à  se  substituer  de  plu.'  en  plus  à  la 
notion  de  l’acuité  visuelle  physiologique.  Si  celte  dernière  renseigne 
sur  l’état  de  la  vision  centrale,  l’autre  fixe  sur  l’aptitude  à  l’exer¬ 
cice  d’une  profession  déterminée.  Entre  les  deux,  il  n’y  a  pas 
toncordance  :  les  limites  de  l’acuité  visuelle 'professionnelle  sont 
plus  étroites  que  les  limites  de  l’acuité  visuelle  phy.>«ioloyique,  et 
ce>  limites  sont  infiniment  variables  avec  le>  différents  métiers. 

Pour  le  service  militaire,  le  règlement  néglige  deux  éléments 
importants  d’aporéCiation  :  l’affectation  de  l’hnmmeet  l’acuité  visuelle 
binoculaire.  11  est  dit,  il  est  vrai,  que  toutei»  b  s  armes  ou  services 
ne  nécessitent  pas  des  aptitudes  identiqu-s,  puisque  leurs  attriiiu- 
tions  diffèrent  et  que  l’autorité  militaire  répartit  les  hommes 
conformément  à  leurs  aptitudes  et  aux  divers  besoins.  Mais  ces 
prescriptions  denneurent  le  plus  souvent  théoriques,  saut  pour  la 
taille,  le  poids,  la  marche.  A  part  l’aéronautique,  où  l’indication 
est  obligatoire,  il  n'est  guère  fait  état  de  l’acuité  visuelle  pour 
l’affectation  de  l’homme. 

La  fonction  binoculaire  nécessite  un  minimum  d’acuité  visuelle 


REVUE  DES  JOURNAUX  C19 

de  1/5;  si  elle  doit  être  considérée  nomme  une  condiüon  nécessaire 
au  service  armé,  le  miidmura  réglementaire  de  .1/2  pour  un  œil  et 
de  1/20  pour  l'autre  .est  insuffisant,  par  contre,  les  exemptés  pour 
acuité  de  1/5  de  chaque  œil  se  trouvent,  par  rapport  «  la  percep¬ 
tion  biiioculaire,  dans  de.»  con>iitions  meilleures.  Cela  démontre 
que  les  conditions  purement  physiologiques  d’acuité  visuelle,  qui 
subsistent  dans  la  réglementation  actuelle,  ne  correspondent  plus 
aux  conceptions  scientifiques  modernes. 

Il  est  certain  que  raccoinplissemeiit  du  service  .militaire  ne  néces¬ 
site  pas,  dans  tohtes  les  alTectaiions,  les'mêmes  aptitudes  visuelles. 
Chacun  devrait  être  utilisé  suivant  la  capacité  visuelle  et  selon  la 
classification  suivante  :  acuité  visuelle  excellente,  aéronauti  (Ue, 
pointeurs,  observateurs,  éclaireurs  ;  acuité  visuelle  supérieure, 
artillerie,  cavalerie;  acuité  visuelle  ordinaire,  troupes  de  rang, 
infanterie,  adcuinistratiou  ;  acuité  visuelle  inférieure,  services 
auxiliaires  avec  répartition  dans  les  différents  emplois  d’après 
l’indice  visuel. 

Chaque  hotnme  avait  son  coefficient  visuel,  facile  à  établir  lors 
de  l’incorporation.  La  valeur  de  ce  coefficient  serait  fixée  pour 
chaque  catégorie,  et  chacun  recevrait  ainsi,  par  rapport  à  sa 
capacité  d’acuité  visuelle,  une  meilleure  utilisation. 

F.-H.  Renaut. 

La  àüinfezione  df.i  libri,  per  il  dottor  Mario  Ragazzi  {La  îgiene  délia 
scueta,  U®*  84,  85,  86',  Genova,'  1917). 

La  question  de  la  désinfection  des  livres  est  à  l’étude  depuis  une 
vingtaine  d’années,  alors  que  la  transmission  de  certaines  maladies 
infectieuses  a  éié  considérée  comme  possible,  à  la  suite  de  la  raani-, 
pulntipn  de  volumes,  mis  à  la  disposition  de  convalescents  ou 
d’hospitalisés. 

L’auteur  donne  un  résumé  des  principaux  travaux  publiés  sur  la 
matière,  qui  est  mise  au  point  par  cet  abondant  exposé  dont  la  biblio¬ 
graphie  énumère  cinquante  sources,  puisées  dans  1rs  meilleurs  pério¬ 
diques  italien»  et  étrangers. 

La  d<^siufection  des  livres  constitue  un  problème  assez  complexe 
en  raison  de  la  fragilité  des  diverses  parties  constituantes,  papier, 
impression,  reliure,  qui  doivent  être  stérilisées  par  des  agents  de 
pénétration  sans  subir  d’altérations  dans  leur  contexture. 

Ragazzi,  après  avoir  cité  les  différents  procédés  de  désinfection 
préconisés  par  les  hygiénistes,  mentionne  les  résultats  de  ses  expé¬ 
riences  personnelles  sur  1  emploi  de  la  formaldéhyde  à  l’égard  de 
divers  germes  susceptible»  d'être  déposés  à  l’intérieur  des  livres  par 
des  malades  et  termine  son  mémoire  par  les  con»idérations  sui¬ 
vantes.. 

La  vapeur  d’eau,  à  100“  ou  sous  pression-,  est  le  moyen  le  plus 
absolu  pour  détruire  les  micro-organismes;  mais  il  ne  peut  être 
appliqué  aux  livres  reliés,  ni  répété  souvent  aux  livres  brochés;  H 


620 


REVÜE  DES  JOURNAUX 


exiae  en  outrp  une  installation  qui  ne  peut  être  réalisée  que  dans 
les  bibliothèques  importantes. 

L’air  chaud,  sec  ou  humide^  donne  des  résultats  incer^ins  et 
endoralmage  les  volumes;  un  temps  assez  long  est  en  outre  néces¬ 
saire,  il  faut  des  appareils  spéciaux  dispendieux;  à  défaut,  il. y  a  des 
dangers  d’incendie  pour  atteindre  la  température  de  70  à  80“. 

Le  mélange  de  vapeurs  d’eau  et  d’alcool  offre  les  mêmes  incon¬ 
vénients,’  les  mélanges  gazeux,  soufre,  chlore,  vapeurs  nitreuses, 
sont  également  dangereuses  pour  les  opérateurs  et  pour  les  objets 
soumis  à  leur  action,  d’autant  plus  que  la  désinfection  reste  incer¬ 
taine. 

La  formaldéhyde  est  l’agent  qui  réunit  à  une  efficacité  suffisante 
une  simplicité  d’exécution  qui  permet  de  répéter  l'opération  autant 
qu’il  est  nécessaire,  sans  altérer  les  livres,  en  réunissant  des  condi¬ 
tions  favorables  de  temps  et  de  fonctionnement,  partout  où  cela  est 
nécessaire,  en  raison  de  la  facilité  d’installation  de  l’appareillage. 

^  ,  F.-H.  Renaut. 

L'épuration  des  eaux  d'égout,  de  décantation  [dème  civil,  1917,  p.  168). 

La  station  d’épuration  installée  à  Mont-Mesly  (près  Créteil)  pour 
traiter  par  la  méthode  bactérienne  les  eaux  des  égouts  de  la  région 
située  sur'la.rive>gauche  de  la  Seine,  en  amont  de  Paris,  est  actuel¬ 
lement  la  plus  importante  de  son  genre  en  France.  Le  Génie  Civil 
en  a  donné  une  courte  description  eu  1911  *.  Elle  peut  purifier  20  à 
22  000  mètres  cubes  d’eau  par  jour,  et  des  travaux  sont  en  cours 
pour  porter  ce  volume  à  32.000  mètres  cubes  en  temps  sec  et  à 
44.000  mètres  cubes  en  temps  de  pluie  modérée,  avec  un  maximum 
horaire  possible  en  cas  d’orage  de  3.060  mètres  cubes,  correspon¬ 
dant  à-  73.400  mètres  cubes  par  jour.  < 

Mais,  si  considérable  que  soit  déjà  par  lui-même  cet  établisse¬ 
ment,  il  est  surtout  intéressant  parce  qu’il  représente,  en  outre,  une 
expérience  d" une  très  grande  amplitude,  entreprise  dans  le  but  d’en 
étendre  les  résultats,  s’ils  étaient  satisfaisants,  à  l’épuration  des 
eaux  usées  de  toute  la  banlieue  du  département  de  la  Seine,  dont 
le  volume  journalier  est^valué  à  400.000  mètres  cubes  '. 

Chargé  de  l’exploitation  de  celle  station  et,  pour  partie,  de  l’étude 
de  l’extension  du  procédé  à  tout  le  département,  M.  Verrière,  ingé¬ 
nieur  des  Ponts  et  Chaussées  détaché  au  service  de  la  Ville  de  Paris, 
a  été  naturellement  conduit  à  faire  des  expérjences  nombreuses  et 
prolongées  sur  les  moyens  d’améliorer  le  fonctionnement  d’un  éta¬ 
blissement  de  ce  genre  et  d’en  réduire  les  dépenses  de  construction 

1.  Voir  le  Génie  Civil  du  4  mars  1911  (t.  LVIII,  n“  18,  p.  361). 

2.  L’instruction  de  ce  projet  touchait  à  sa  fin  avant  la  guerre  et,  en 
juillet  1914,  le  Conseil  général  du  département  de  la  Seiue  avait  approuvé 
le  projet  dans  une  limite  de  dépenses  de  72.500.000  francs,  à  couvrir  par 
un  emprunt  spécial. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


et  d’exploitation  au  minimum  compatible  avec  les  exigences  de 
l’hygiène,  exigences  naturellement  très  grandes  aux  abords  d’une 
grande  ville  comme  Paris. 

Ces  expériences  ont  été  de  deux  sortes  bien  différentes,  corres¬ 
pondant  aux  deux  grandes  diyisions  à  faire  dans  le  processus  de 
l’épuration  biologique,  qui  sont  :  . 

1»  L’élimination  des  matières  en  suspension  dans  l’eau,  ou  décan¬ 
tation  ; 

2”  L’élimination  ou  la  transformation  des  matières  dissoutes. 

L’examen  des  résultats  de  ces  études  et  de  ces  expériences  en  ce 
qui  concerne  la  décantation  des  eaux  d’égout  a  fait  l’objet,  de  la 
part  de  M.  Verrière,  d’un  très  important  rapport  qui  n’occupe  pas 
moins  de  145  pages  dans  les  Annales  des  Ponts  et  Chaussées  (1-1917). 

Cet  examen  l’amène,  d’ailleurs,  tout  naturellement  :  d’une  part,  à 
exposer  au  sujet  de  la  décantation  les  essais  de  théorie  auxquels  il 
s’est  arrêté,  mais  en  ne  leur  attribuant  qu’un  caractère  provisoire; 
d’autre  part,  à  passer  en  revue  diverses  solutions  imaginées  pour 
séparer  de  l'eau  les  matières  en  suspension,  et  enfin  à  exposer  dans 
quelle  mesure  la  décantation  des  eaux  d'égout  est  nécessaire. 

La  conclusion  d’un  pareil  travail,  qui  contient  un  grand  nombre 
de  renseignements  sur  le  traitement  des  eaux  d’égout,  ne  saurait 
être  fixée  en  quelques  lignes.  Disons  seulement  que  M.  Verrière- 
estime  qu’il  résulte  de  ses  recherches  que  la  nécessité  de  la  décan- 
tatioÈL  existe  toutes  les  fois  qu’on  ne  péut  écouler  l’eau  brute.  Tan¬ 
tôt  la  décantation  est  seule  indispensable,  tantôt  elle  doit  être 
complétée  par  l’égouttage  sur  lits  biologiques,  à  moins  qu’on  ne 
choisisse  le  traitement  par  épandage. 

Dans  le  cas  du  traitement  biologique,  la  décantation  sera  suffi¬ 
sante  si  elle  fournit  un  effluent  à  teneur  limite  de  60  milligrammes. 
Une  eau  remplissant  cette  condition  n’encrassqra  que  lentement 
les  lits  de  mâchefer  où  l’on  traitera  les  matières  dissoutes,  et  il  sera 
sans  doute  plus  économique  de  se  résigner  à  cet  inconvénient  que 
de  chercher  à  pousser  plus  loin  la  séparation  des  matières,  par  une 
surdécantation  dont  l’auteur  a  montré  les  difficultés  et  le  prix  élevé. 

Si  l’on  traite  les  eaux  par  épandage,  on  pourra  se  dispenser  de 
décantation  préalable.  Cependant,  une  telle  opération  pourra  êtrç 
avantageuse,  car  la  dépense  qu’elle  entraînera  aura  comme  contre¬ 
partie  de  permettre  d’augmenter  beaucoup  la  dose  d’eau  envoyée 
sur  les  champs  d’irrigation  et  de  diminuer  en  proportion  les  dépenses 
d’acquisition  de  ces  champs. 


622 


VARIÉTÉS 


VARIÉTÉS 


SORTJE 

DES  MALADES  COiNTAGIEUX  DES  FORMATIONS  SANITAIRES 

M.  le  sous-secrélàire  d’État  dù  Service  de  Santé  militaire 
appelle,  par  la  circulaire  que  noùs  reproduisons  ci -après,  l’attention 
sur  les  précautions  et  les  mesures  à  prendre  à  l’égard  de  la  sortie 
des  malades  contagieux  des  formations  sanitaires  : 

Les  événements  actuels  imposent  plus  impérieusement  que 
jamais,  à  tous  et  en  toutes  circonstances,  l’observation  la  plus 
étroite  des  règles  de  l’hygiène  et  de  la  discipline  hospitalières. 
Indispensable  en  tout  temps  et  d’application  nécessaire  à  tous  les 
malades  en  traitement  dans  les  établissements  hospitaliers  civils 
ou  militaires,  cette  discipline  s’impose  d’une  manière  encore  plus 
absolué  quand  il  s’agit  de  malades  contauieux,  dont  l’isolement 
rigoureux  à  l’hôpital,  prolongé  aussi  longtemps  que  la  nature  de  chaque 
maladie  le  rend'  nécessaire,  est  l’a  base  fondamentale  de  toute  pro¬ 
phylaxie. 

En  conséquence,  il  ne  saurait  être  à  aucun  moment  question, 
quelles  que  soient  les  circonstances  exceptionnelles  ou  jugées 
telles,  de  laisser  à  l’initiative  ou  à  l’appréciation  des  intéressés  ou 
de  leurs  familles,  le  soin-  de  décider  à  quelle  date  et  dans  quelles 
conditions  les  malades  contagieux  pourront  sortir  de  l’hôpiial.  Il  y 
a  lieu  de  défendre  contre  èux-mêmes  et,  avec  eux,  la  collectivité, 
ceux  qui,  par  négligence  ou  par  méconnaissance  des  règlements,  se 
feraient  des  propagateurs  de  contagion.  Tolérées  par  faiblesse  ou 
par  fausse  sentimentalité,  ces  infractions  à  l’hygiène  constitueraient 
un  vériiable  danger  public. 

La  sortie  d’un  malade  contagieux,  de  l’hôpital  civil  ou  militaire 
dans  lequel  il  èst  en  traitement,  ne  peut  être  décidée  que  par  l’auto¬ 
rité  compétente  pour  la  prononcer  et  sur  constatation  certaine, 
dûment  établie  par  les  moyens  d'investigation  classiques,  que  le 
retour  du  malade  dans  le  groupe  civil  ou  militaire  dont  il  fait  partie 
ne  constitue  pour  ce  groupe  aucun  danger  de  contagion. 

L’autorité  qui  prononce  ou  approuve  la  sortie  est  responsable  de 
la  décision  prise. 

11  importe  d’ailleurs  de  rappeler  au  public  que  les  malades  atteints 
de 'maladies  contagieuses  sont  dangereux  pour  les  sujets  vivant  à 
leur  contact,  non  seulement  pendant  la  phase  aiguë  de  leur  maladie, 
mais  encore  au  décours  de  celle-ci  et  durant  la  période  dite  de  con- 


VARIÉTÉS 


623 


valescence,  pendant  un  temps  plus  ou  moins  long,  d’ailleurs  variable 
pour  chaque  mala  lie,  après  la  disparition  des  symptômes  aigus. 

Les  prescriptions  ci-dessus  s’appliquent  donc  aux  côntagieux  en 
période  d'état  et  aux  convalescents  encore  susceptibles  de  diffuser 
la  contagion;  pour  ces  derniers,  la  durée  de  l’i>olement  après  la 
guérison  appnrente  sera  ûxée  d’après  les  règlements  en  vigueur. 

Qu’il  s’agisse  des  malades  proprement  dits  ou  des  convalescents, 
si  des  circonstances  particulières  —  dont,  en  aucun  cas,  les  intéressés 
ne  peuvent  êt'C  jugi  s  —  rendaient  nécessaires  les  mesures  d’excep¬ 
tion,  telles  que  transfert  des  malades  d’une  salle  à  une  autre  ou  d’un 
pavillon  dans  un  autre,  évacuation  sur  un  autre  hôpital,  etc.,  ces 
mesures  ne  pourront  être  prises  que  sur  l’ordiè  de  l’autorité  norma¬ 
lement  responsable  de  la  discipline  de  l’iiôpital,  au  moment  où  vient 
à  se  produire  la  circonstance  exceptionnelle  motivant  une  telle 
décision.  Sauf  le  cas  de  force  majeure,  l’avis  du  fervice  médical  de 
garde  dans  rétablissement  sera  préalablement  sollicité. 

Le  directeur  de  l'administration  générale  de  l’Assistance  publique 
à  Paris,  les  présidents  et  les  membres  des  Commissions  adminis¬ 
tratives  des  hospices,  les  directeurs  du  Service  de  Santé  des  régions 
veilleront  d’une  manière  rigoureuse  à  l’exécution  intégrale  des 
présentes  instructions. 


LA  LUTTE  CONTRE  LES  GAZ  ET  L’HYPÉRITE 

M.  le  sous-secrétaire  d’Etat  du  Service  de  Santé  militaire  vient 
d'inaugurer,  au  Val-de-Grâce,  la  première  section  de  lavage  et  de 
désinfection  pour  les  hommes  atteints  par  l’hypéfite. 

Ces  sections  de  lavage  et  de  désinfection  ont  été  constituées  pour 
lutter  d'une  façon  efflcacé  contre  les  gaz,  et  notamment  contre 
l’hypérite,  que  les  Allemands  emploient  très  souvent. 

Ces  groupes  de  désinfection  ont  pour  but  de  faire  de  la  prophy¬ 
laxie,  c’est-à-dire  d'empêcher,  dans  la  mesure  du  possible,  les 
soldats  atteints  de  souffrir  des  douloureuses  conséquences  de  l’at¬ 
taque  par  les  gaz.  Si  les  gazés  sont  douchés  et  soignés  dans  les  trois 
hKires  qui  suivent  uné  émission  de  gaz  ennemis,  on  peut  consi¬ 
dérer,  d’une  manière  générale,  qu’il  seront  à  l’abri  de  toute  com¬ 
plication  ultérieure. 

Chaque  groupe  pour  la  désinfection  des  vêtements  et  le  douchage 
des  hypérilés  est  mobile.  Il  sè  compose  d’un  camion  automobile  et 
d’une  remorque.  Le  camion  transporte  la  tente,  l’installation  des 
parquets  mobiles  et  autres  accessoires.  La  remorque  se  compose 
d’une  étuve  pour  la  désinfection  des  vêtements,  et  le  montage  de 
l’installation  lomplète  peut  se  faire  avec  une  grande  rapidité. 


62i 


VARIÉTÉS 


Quelques  hommes  de  la  section  d’hyf-iène  corporelle  ont,  ce  matin, 
monté  l’installation  des  douches  et  mis  sous  pression  l’étuve  en 
moins  d’une’ heure  et  quart. 

Le  fonctionnement  est  des  plus  simples  :  Les  hommes  arrivent 
dans  une  partie  de  la  tente  séparée  de  l’installation  des  douches. 
Ils  se  déshabillent  ;  leurs  vêtements  sont  passés  dans  les  appareils 
de  ‘désinfection;  eux-mêmes  sont  douchés  et  reprennent  à  la  sortie 
leurs  linge  et  habits  qui  sont  débarrassés  de  toute  trace  d’hypérite. 
Une  seule  de  ces  installations  peut  traiter  100  hommes  par  heure, 
et  les  appareils  de  désinfection  peuvent  traiter  40  filets  complets 
contenant  les  vêtements  des  soldats;  40  hommes  peuvent  passera  la 
fois  à  la  douche. 

C’est  à  M.  Louis  Mourier,  sous-secrétaire  d’État  au  Service  de 
Santé,  que  l’on  doit  cet  ingénieux  et  nouveau  traitement.  Le  29  juil¬ 
let,  il  à  demandé  au  service  compétent  de  réaliser  ces  installations 
nouvelles,  et  les  ateliers  généraux  du  Service  de  Santé  ont  réussi  à 
mettre  sur  pied  ce  groupe  de  désinfection  et  de  lavage  en  moins 
d’un  mois  et  demi. 

La  première  section  de  lavage  et  de  désinfection  part  ce  soir 
même  pour  le  front,  dans  la  ...”  armée.  Le  programme  du  Service 
de  Santé  consiste  à  munir  chaque  division  d’un  de  ces  groupes 
mobiles. 


Paris.  —_h.  Maretheüx,  imprir 


Le  Gérant  :  Pierre  .Auoer. 


REVUE 


D’HYGIÈNE 

ET  DE 

POLICE  SANITAIRE 


BULLETIN 


TUBERCULOSE  ET  PUBLICITÉ  MURALE 


Du  fait  de  la  guerre,  la  tuberculose,  un  peu  partout,  a  fait 
des  progrès  notables. 

Cette  recrudescence  de  la  maladie,  en  notre  pays  déjà  si 
éprouvé,  est  particulièrement  angoissante. 

Aussi,  de  tous  côtés,  s’emploie-t-on  activement  à  combattre 
le  mal  et  à  en  limiter  les  conséquences  funestes. 

De  tels  efforts,  du  reste,  n’auront  pas  été  vains,  et,  dès  à 
présent,  nous  nous  trouvons  en  droit  d’espérer  que  de  l’excès 
même  du  mal  sortira  peut-être  le  salut. 

Naguère  encore  à  peu  près  inexistante,  la  lutte  antitubercu¬ 
leuse  a  subi  chez  nous,  en  ces  derniers  mois,  une  transformation 
des  plus  heureuses.  De  nouveaux  facteurs  sont  entrés  en  jeu 
pour  l’entreprendre. 

En  particulier,  les  pouvoirs  publics  ont  compris  que  dans  une 
question  si  importante  et  qui  touche  à  la  vie  même  de  la  nation, 
l’indifférence  n’était  plus  permise;  qu’il  était  inadmissible  de 
compter  pour  la  résoudre  sur  les  seules  initiatives  privées; 
qu’il  y  avait  lieu,  enfin,  de  créer  sur  des  bases  solides  une 
organisation  antituberculeuse,  judicieusement  et  méthodi¬ 
quement  organisée,  seule  susceptible  de  faire  reculer  le  fléau 
et  d’en  réduire  la  menace. 

Et  c’est  ainsi  qu’en  ces  derniers  mois  se  sont  successivement 


626 


D-^  G.  VITOÜX 


constitués  le  Comité  national  et  les  Comités  départementaux, 
avec  leur  organisation  d’infirmières  visiteuses  et  de  dispen¬ 
saires,  qui  rendent  dès  à  présent  dé  si  grands  services,  et  que 
le  législateur,  sur  la  proposition  de  MM.  André  Honnorat  et 
Fernand  Merlin,  députés,  va  se  voir  prochainement  appelé  à 
examiner  une  proposition  de  loi  «  tendant  à  instituer  des  sana¬ 
toriums  spécialement  destinés  au  traitement  de  la  tuberculose 
pulmonaire  et  à  fixer  les  conditions  d’entretien  des  malades 
dans  ces  établissements.  » 

Aussi  ne  saurait-on  admettre  que  de  tels  etforts  soient 
entravés  et  rendus  plus  ou  moins  complètement  stériles,  pour 
le  seul  bénéfice  de  quelques  exploiteurs  des  misères  humaines. 

Mais,  c’est  là  justement  ce  qui  menace  de  se  produire,  si  l’on 
n’y  prend  garde  et  si  l’autorité  n’y  met  ordre  rapidement. 

A  l’heure  présente,  en  eÇet,  et  depuis  déjà  quelques  semaines, 
les  malades  tuberculeux,  à  Paris  en  particulier,  mais  certai¬ 
nement  aussi  ailleurs,  sont  mis  en  coupe  réglée  par  quelques 
médecins  marrons,  vraisemblablement  associés  à  quelques 
spéculateurs  éhontés. 

L’affaire,  du  reste,  a  été  menée  habilement. 

Au  cours  de  ces  derniers  mois,  dans  un  journal  parisien, 
parurent  de  nombreux  articles,  tous  employés  à  vanter  les 
mérites  d’une  méthode  nouvelle  de  traitement  de  la  tuber¬ 
culose. 

Cette  méthode,  proposée  paraît-il  par  un  savant  italien,  et 
qui  utilise  simplement  et  uniquement  des  injections  de  saccha- 
rosei  transformerait  avec  une  rapidité  extrême  l’état  des 
malades  dont  elle  amènerait  la  guérison  clinique  en  un  temps 
remarquablement  court. 

On  ne  pouvait,  en  vérité,  imaginer  rien  de  plus  séduisant  et 
de  plus  propre  à  capter  la  confiance  des  malades.  Aussi,  bien 
que  jusqu’ici  les  articles  en  question  n’aient  jamais  procédé 
que  par  affirmation,  qu’ils  n’aient  jamais  reproduit  une  seule 
observation  contrôlée,  ils  n’ont  pas  laissé  de  produire  dans  le 
public  une  réelle  émotion. 

Celle-ci,  est-il  besoin  de  le  dire,  a  été  sa^^mment  et  bruta¬ 
lement  exploitée. 

Des  cliniques  spéciales  se  sont  organisées,  avec  pignon  sur 
rue,  et  leurs  tenanciers  recourent  sans  vergogne  à  la  publicité 
la  plus  active. 

C’est  ainsi  que,  depuis  quelques  semaines,  nous  voyons 
s’étaler  sur  tous  les  murs  de  grandes  affiches  multicolores 
annonçant  à  tous  que  désorm.ais  la  tuberculose  est  détiniti- 


TUBERCULOSE  ET  PUBLICITÉ  MURALE 


Trement  vaincue,  grâce  au  traitement  par  la  saccharose  du 
professeur  italien,  que  la  guérison  des  tuberculeux  est  assurée, 
quel  que  soit  le  degré  de  la  maladie  et  quelle  qu’en  soit  la 
imodalité . 

Mais  ce  n’est  pas  tout  ! 

L’affiche  ne  suffit  pas. 

Ou  recourt  encore  aux  circulaires  adressées  à  domicile  par 
‘la  poste,  si  bien  qu’actuellement  tous  les  réformés  de  la  guerre 
pour  tuberculose,  en  particulier,  reçoiyent,  par  lettre  affranchie 
à  quinze  centimes,  des  propositions  de  traitement  à  prix  réduit 
^et  avec  facilités  de  paiement. 

Or,  les  prix  soi-disant  réduits  demandés  pour  un  traitement 
varient,  suivant  les  cas,  entre  100  et  300  francs. 

A  ce  tarif,  même  au  prix  où  est  actuellement  le  sucre,  on  voit 
•qu’il  reste  un  bénéfice  appréciable  à  l’entrepreneur  du  trai¬ 
tement. 

Telle  est  la  situation  ! 

Il  s’est  produit  en  somme  pour  la  tuberculose  ce  que  nous 
avons  vu  également  se  produire  pour  les  affections'vénériennes. 
Ces  dernières,  encore  et  toujours  du  fait  de  la  guerre,  ont  été 
multipliées  à  l’excès. 

Les  médecins  soi-disant  spécialistes,  accoutumés  à  exploiter 
la  clientèle  des  malheureuses  victimes  de  Vénus  et  à  spéculer 
communément  sur  le  sentiment  de  pudeur  mal  placée  qui 
pousse  trop  souvent  celles-ci  à  délaisser  en  pareille  occurrence 
leur  médecin  habituel,  ont  accru  leur  réclame  sans  mesure,  si 
bien  que,  reléguées  naguère  encore  dans  l’ombre  -des  urinoirs, 
leurs  affiches  aujourd’hui  s’étalent  à  foison  sur  tous  les  murs, 
que  leurs  réclames  sans  vergogne  envahissent  la  quatrième 
page  de  tous  les  quotidiens,  offusquant  les  regards  de  nos 
femmes  et  de  nos  filles,  et  sollicitant  de  la  plus  regrettable  et 
de  la  plus  dangereuse  façon  les  malades  apeurés. 

Afin  de  mettre  un  terme  à  toutes  ces  ignominies,  pour 
s’opposer  à  ces  véritables  escroqueries  accompliés  jusqu’ici 
impunément  soiis  le  regard  bienveillant  de  l’autorité,  pour 
protéger  l’avenir  de  la  race  doublement  menacée  par  les 
progrès  de  la  tuberculose  et  par  ceux  non  moins  effrayants  des 
afléclions  vénériennes,  ne  se  Irouvera-t-il  pas  quelqu’un  ayant 
le  courage  et  la  volonté  de  parler  haut  et  net? 

En  ce  temps  où  les  moindres  économies  de  papier  sont  si 
précieuses,  qu’on  va  jusqu’à  rationner  les  journaux  et  limiter 
leur  développement,  ne  se  trouvera-t-il  point  un  député,  un 
sénateur,  un  ministre,  pour  demander  d’urgence  au  Parlôment 


628 


D'  NAVAHRE 


l’arme  qui  fait  défaut  aujourd’hui  pour  accomplir  l’œuvre  de 
salubrité  nécessaire,  c’est-à-dire  la  loi  rendant  désormais 
impossible  toute  cetle  publicité  malsaine,  la  loi  obligeant  enfin 
le  médecin  sans  pudeur  —  il  s’en  trouve  hélas,  quelques-uns  — 
à  ne  plus  trafiquer  impudemment, de  son  diplôme,  à  respecter, 
qu’il  le  veuille  ou  non,  le  traditionnel  et  magnifique  serment 
d’Hippocrate,  qui  constitue  notre  charte?... 

D'  G,  ViTOOx. 


MÉMOIRES 


CRÉATION 

d’un 

MINISTÈRE  DE  LA  SANTÉ  PUBLIQUE  ‘ 
par  M.  le  D'  NAVARRE,  député. 

Dès  la  seconde  année  des  hostilités,  notre  honorable  collègue 
et  ami  M.  Paul  Constans  déposait,  en  son  nom  et  au  nom  de 
plusieurs  de  ses  collègues,'  une  proposition  de  loi  comportant 
l’article  unique  suivant  : 

«  Il  est  , créé  un  Ministère  de  la  Santé  publique. 

«  Tous  les  services  de  santé  civile  et  militaire,  d’assistance 
et  d’hygiène  publiques  sont  placés  sous  la  direction  de  ce 
service.  » 

Les  quelques  lignes  ci-dessous  résumaient  l’exposé  des 
motifs  de  cetle  proposition  de  loi  : 

«  Nous  ne  voulons  pas  faire  le  procès  de  l’organisation  sani¬ 
taire  de  l’armée  ;  elle  a  soulevé  de  nombreuses  critiques,  mais 
il  n’est  pas  l’heure  d’insister  sur  ses  défauts. 

«  Nous  voulons  prendre  la  question  plus  haut.  En  ce  moment 

1.  Rapport  fait  à  la  Chambre  des  députés  au  nom  de  la  Commission 
de  l’Hygiène  publique  chargée  d’examiner  la  proposition  de  loi  de 
M.  Paul  Constans  (Allier)  et  de  plusieurs  de  ses  collègues  (31  oclobre 


CKÉAÏION  D’UN  MINISTÈRE  DE  LA  SANTÉ  PUBLIQUE  629 

la  médecine  militaire,  les  initiatives  .médicales  organisées  et 
privées,  la  médecine  civile,  l’assistance  publique'  et  toutes  les 
œuvres  ont  une  seule  et  même  orientation,  qui  est  de  réparer  le 
plus  vite  et  le  mieux  possible  les  terribles  effets  de  la  guerre 
que  nous  supportons.  Tout  cet  effort  ayant  une  seule  tendance, 
pourquoi  n’a-t-il  pas  l’unité  de  direction?  Actuellement,  toute 
la  médecine  est  militarisée  en  France,  ou  peu  s’en  faut  ;  la 
plupart  des  médecins  civils  sont  à  l’armée,  les  hôpitaux  sont 
pleins  de  soldats,  les  Croix-Rouges  sont  militarisées  :  tout  cet 
immense  barrage  contre  la  mort,  la  maladie  et  l’infirmité 
devrait  avoir,  dès  maintenant,  la  forme  ministérialisée,  comme 
tant  d’autres  services  nationaux.  » 

Quelques  semaines  plus  lard,  à  la  suite  de  noire  interpella¬ 
tion  sur  l’organisation  et  le  fonctionnement  du  service  de 
santé,  il  fut  créé,  au  Ministère  de  la  Guerre,  un  Sous-Secrétariat 
d’Élat  du  service  de  santé  militaire. 

Cette  création  apportait  une  sanction  nécessaire  à  nos  cri¬ 
tiques  et  à  celles  que  la  Commission  d’hygiène  publique  avait 
formulées  dans  son  rapport  général  du  27  avril  1915,  mais 
était  loin  de  constituer  l’organisme  indispensable  dans  lequel 
devraient  être  centralisés  tous  les  services  d’hygiène  publique, 
de  médecine  civile  et  militaire  d’assistance  publique,  ainsi  que 
toutes  les  œuvres  d’initiative  privée  créées  en  vue  de  réparer, 
pendant  et  après  la  fin  des  hostilités,  les  terribles  effets  de  la 
guerre  mondiale. 

La  coordination  de  tous  ces  efforts  est  la  condition  première 
de  leur  efficacité  et  de  leur  plein  rendement.  Pour  arriver  à  ce 
résultat,  toutes  '  les  cèuvres  intéressant  la  santé  publique 
devraient  être  réunies  dans  les  mêmes  mains  et  recevoir  la 
même  impulsion. 

D’ailleurs,  la  question  n’est  pas  nouvelle,  elle  a  été  agitée 
maintes  et  maintes  fois,  surtout  au  cours  de  l’élaboration  de 
notre  législation  sanitaire  et  depuis  la  promulgation  de  la  loi 
du  15  février  1902  sur  la  protection  de  la  santé  publique.  Elle 
a  pris  une  orientation  plus  précise  encore  au  fur  et  à  mesure 
qu’ont  été  édictées  celles  de  nos  lois  sociales  qui  touchent  plus 
directement  l’hygiène  publique  et  la  vie  nationale. 

Elle  s’est  imposée  de  nouveau  à  l’attention  publique  au  len¬ 
demain  de  la  promulgation  de  la  loi  sur  l’institution  de  dis- 


639 


Dr  NAVARRE 


pensaires  d’^giène  sociale  et  de  préservation  antitubercu¬ 
leuse. 

Il  y  a  plus  de  vingt  ans  que  notre  regretté  collègue  et  ami 
Édouard  Vaillant  avait  pris  l’initiative  de  déposer,  en  son  nom- 
et  au  nom  doses  collègues  du  groupe  socialiste,  une  proposi¬ 
tion  de  loi  tendant  à  la  création  d'un  Ministère  du  Travail,  de 
l’Hygiène  et  de  l’Assistance  publique. 

Un  an  avant  l’ouverture  des  hostilités,  M.  Mirman,  alors 
directeur  de  l’Assistance  et  de  l’Hygiène  publiques  au  Ministère 
de  l’Intérieur,  chargé  de  faire  un  rapporteur  ce  sujet  parla 
Sous^Commission  sofciale  (section  de  la  Commission  dé  la 
dépopulation),  concluait  à  la  constitution  d’un  Ministère  de 
l’Hygièn'fe,  de  la  Prévoyance  et  de  l’Assistance  sociales. 

Ses  conclusions  étaient  appuyées  par  des  considérants  qu’il 
est  utile  de  rappeler  ici,  parce  qu’ils  n’ont  rien  perdu  de  leur 
valeur  ni  de  leur  actualité  et  que  leur  puissance  se  trouve  encore 
accrue  par  la  leçon  des  événements  : 

«.  Considérant  que  les  services  de  l’hygiène  publique  sont 
actuellement  dispersés  —  et  sans  compter  les  Colonies,  la 
Guerre  et  la  Marine —  entre  cinq  Ministères  et  plus  de  dix 
directions  ; 

«  Que  dans  chacun  de  ces  Ministères  ils  constituent  des  ser¬ 
vices  accessoires  et  secondaires  ; 

«  Que  dans  un  grand  pays,  où  la  natalité  décroît  et  où  la 
mortalité  reste  supérieure  à  celle  de  grandes  nations  voisines,, 
il  est  indispensable  qu’un  membre  du  Gouvernement  ait,, 
devant  le  Parlement  et  devant  la  nation,  la  responsabilité  dé 
l’hygiène  et  de  la  santé  publique  ; 

«  Que,  sans  augmenterd’une  unité  le  nombre  des  Ministères 
et  des  directions  actuelles,  et  par  un  autre  aménagement  des 
services  administratifs,  il  serait  possible  de  constituer  un 
ministère  de  l’Hygiène,  de  la  Prévoyance  et  de  l’Assistance 
sociales,  où  serait  notamment  concentré  tout  ce  qui  concerne 
l’hygiène  générale  et  l’hygiène  alimentaire,  l’hygiène  de  l’habi¬ 
tation  et  dés  ateliers,  de  l’école  et  des  établissements  hospita¬ 
liers  i 

«  Que,  s’agissant  de  la  lutte  ou  contre  la  mortalité  infantile 
ou  contre  la  tuberculose,  ce  ministre,  ayant,  réunis  sous  la 
main,  les  divers  modes  d’action,  pourrait  les  mettre  en  jeu 


CRÉATION  D’UN  MINISTERE  DE  LA  SANTÉ  PUBLIQUE  631 

avec  méthode  et  faire  converger  tous  ces  efforts  vers  un  même 
but; 

«  Que,  placé  à  ce  poste,  il  ne  pourrait  point,  dans  les  conseils 
du  Gouvernement,  ne  pas  rappeler  en  toute  circonstance  la 
nécessité  de  la  lutte  à  entreprendre  pour  enrayer  l’alcoolisme; 
«  Que,  par  son  action  personnelle  à  Paris  et  en  province,  il 
>  entretiendrait  et  stimulerait  la  bonne  volonté  d’action  des  pré¬ 
fets,  des  municipalités  et  des  œuvres  privées  ; 

h  Que  cette  concentration  est  nécessaire  pour  instaurer  upe 
méthode  d’action  vraiment  rationnelle  et  féconde; 

«■•Que  cette  réforme  est,  au  point  de  vue  de  l’amélioration  de 
l’hygiène  publique  en  France,  en  même  temps  la  plus  simple 
et  la  plus  urgente,  que  d’elle  découleront  nécessairement  les 
autres  réformes  indispensables,  notamment  en  ce  qui  concerne 
lés  services  d’inspection  départementaux. 

«  Signale  aux  pouvoirs  publics  le  haut  intérêt  qui  s’attache¬ 
rait  à  ce  qu’elle  fût  réalisée  dans  le  plus  bref  délai.  » 

Dans  sa  séance  du  25  juin  1913,  la  troisième  section  de  la 
Sous-Commission  sociale  a  substitué,  après  discussion,  au  vœu 
présenté  par  M.  Mirman,  le  vœu  suivant  qui,  tout  en  passant 
sous  silence  la  création  d’un  Ministère  de  l’hygiène  publique, 
considère  que  tous  les  dossiers  qui  s’y  rattachent  devraient 
être  réunis  dans  les  mêmes  mains. 

«  La  Commission, 

«  Considérant  que  les  services  de  l’hygiène  publique  sont 
actuellement  dispersés  entre  plusieurs  Ministères,  à  titre,  en 
quelque  sorte,  de  services  accessoires  et  secondaires  ; 

«  Estimant,  d’autre  part,  que,  dans  un  grand  pays  où  la 
natalité  décroît  et  où  la  mortalité  reste  supérieure  à  celle  des 
nations  voisines,  il  est  indispensable  de  donner  aux  services 
d’hy^ène  la  cohésion  et  l’unité  d’action  qui  permettront  de 
lutter  efficacement  contre  tous  les  fléaux  qui  contribuent  à  la 
dépopulation  ; 

«  Préconise  de'la  manière  la  plus  formelle  la  concentra¬ 
tion  logique  et  rationnelle  de  tous  les  services  de  l’hygiène 
publique.  » 

Plus  récemment  notre  honorable  collègue  M.  Jules-Louis 


€32 


D'  NAVARRE 


Breton  est  revenu, sur  cette  question  dans  une  proposition  de 
loi  qu’il  déposait  le  19  mai  1916. 

«  On  a  souvent  réclamé,  disait-il,  l’institution  d’un  Ministère 
de  l’hygiène  publique  ;  j’en  suis  pour  ma  part  très  partisan  et 
seule  la  craint.e  de  trop  augmenter  le  nombre  des  Ministères 
m’empêche  de  préconiser  celte  création  dans  ma  proposition. 
Mais  il  est  en  tout  cas  nécessaire  d’attacher  enfin  à  cette  grave 
question  de  l’hygiène  toute  l’importance  quelle  mérite  et  si 
l’on  maintenait  ces  services  au  Ministère  de  l’Intérieur  il  serait, 
tout  au  moins,  indispensable  de  prévoir  un  Sous-Secrétariat 
d’État  de  l’Hygiène  et  de  l’Assistance  publiques.  » 

Un  Sous-Secrétariat  d’État  ne  changerait  rien  à  la  situation. 
11  ne  pourrait,  en  effet,  exercer  son  action  sur  tous  les  services 
d’hygiène,  de  médecine  et  d’assistance,  éparpillés  dans  les 
différents  Ministères. 

'  Nous  venons  d’ailleurs  d’en  faire  l’expérience.  Il  existe  actuel¬ 
lement  deux  Sous-Secrétaires  d’Étaf  préposés  à  l’hygiène  et  à 
la  santé  publiques  :  l’un  au  Ministère  de  la  Guerre,  l’autre  au 
Ministère  de  l’Intérieur.  t 

Le  Sous-Secrétaire  d’Élat  à  l’Intérieur,  appelé  à  répondre  le 
25  octobre  dernier  à  une  interpellation  sur  l’épidémie  de  grippe 
si  meurtrière  qui  sévit  actuellement  sur  toute  la  surface  du 
territoire,  déclarait  expressément  qu’il  était  appelé  à  répondre 
de  la  gestion  de  services  qui  ne  sont  pas  placés  sous  son  autorité. 

Pour  l’application  des  mesures  de  défense  et  de  prophylaxie 
qu’il  jugeait  nécessaires,  il  avait  dû  solliciter  des  concours 
étrangers  à  son  département  ministériel.  Les  circulaires  dont 
il  a  donné  lecture  à  la  Chambre  émanaient  l’une  du  Sous- 
Secrétaire  d’État  du  service  de  santé  militaire,  la  seconde  du 
Sous-Secrétaire  d’État  à  la  présidence  du  Conseil,  et  c’est  en 
vain  que  la  Chambre  chercha  le  ministre  responsable. 

L’incohérence  et  l’anarchie  sont  si  flagrantes  dans  l'organi¬ 
sation  et  le  fonctionnement  des  services  intéressant  la  santé 
publique,  que,  pour  en  atténuer  les  inconvénients,  le  Ministre 
de  l’Intérieur  s’est  vu  contraint  d’en  appeler  à  l’autorité  du 
Président  du  Conseil  pour  remédier  à  une  situation  inquié¬ 
tante. 

A  cet  effet,  une  conférence  interministérielle  a  été  tenue  à  la 
présidence  du  Conseil.  Tous  les  services  touchant  à  la  santé  et 


CUÉATION  D  ÜN  MINISTÈRE  DE  LA  SANTÉ  PUBLIQUE  633 

à  l’hygiène,  actuellement  disséminés  dans  cinq  ministères,  se 
trouvèrent  ainsi  momentanément  réunis  pour  examiner  l’en¬ 
semble  des  besoins  et  les  mesures  à  prendre- pour  les  satis¬ 
faire. 

«  A  la  suite  de  cette  réunion,  a  déclaré  l’honorable  M.  Albert 
Favre,  Sous-Secrétaire  d’Élat  à  l’Intérieur,  des  instructions 
nettes  ont  été  adressées  par  M.  le  Président  du  Conseil  non 
seulement  aux  différents  Départements  ministériels,  mais 
encore  directement  aux  commandants  des  régions  et  aux  direc¬ 
teurs  des  services  de  santé.  » 

Pour  arriver  à  ce  résultat  il  a  donc  fallu  réunir  pour  un 
instant,  entre  les  mains  d’un  seul,  tous  les  rouages  concourant 
à  la  sauvegarde  de  la  santé  publique,  et  cela,  au  cours  d’une 
épidémie  qui  sévissait  d’une  façon  intensive  depuis  plusieurs 
semaines. 

Sous  la  pressionjjdes  événements,  on  peut  dire  que  le  minis¬ 
tère  de  la  Santé  publique  s’est  bien  trouvé  constitué,  pour  un 
instant,  sous  l’autorité  du  Président  du  Conseil,  Ministre  de  la 
Guerre.  ' 

Or,  que  propose  à  la  Chambre  la  Commission  d’hygiène  ? 
C’est  de  rendre  permanente  cette  centralisation  qui  ne  fut 
qu’éphémère  en  créant  un  ministère  dont  la  nécessité  n’est  plus 
à  démontrer. 

M.  Clemenceau,  président  du  Conseil,  aurait  pu  procéder  à 
cette  création  en  prenant  possession  du  pouvoir.  Il  a  voulu 
sans  doute  en  laisser  l’initiative  au  Parlement,  car  lorsqu’il 
constitua  son  premier  ministère,  le  25  octobre  1906,  il  n’hésita 
pas  à  instituer  par  simple  décret  le  Ministère  du  Travail,  dont 
le  premier  titulaire  fut  M.  Viviani.  Une  partie  de  l’ancienne 
proposition  Vaillant  recevait  ainsi  satisfaction.  A  l’appui  de 
cette  création  d’un  ministère  nouveau  par  décret,  le  Président 
du  Conseil  invoquait  les  précédents  et  l’absence  de  disposition 
constitutionnelle  limitant  sur  ce  point  le  droit  du  pouvoir  exé¬ 
cutif. 

Je  sais  bien  que  notre  collègue  M.  Charles  Benoist  faisait 
remarquer,  à  cette  occasion,  dans  une  proposition  de  loi  qu’il 
déposait  le  8  novembre  1906,  que  ces  procédés  étaient  d’es¬ 
sence  monarchique. 

«  La  tradition  constante  du  régime  républicain,  disait-il,  est 


Df  NAVAKRE 


634 

tout  le  contraire  :  qu’on  se  reporte  à  la  loi  du  27  mai  1791,  à  la 
Gônstitutio»  de  l’an  III  (art.  150),  à  la  Constitution  de  1848 
(art.  66).  Et  la  logique  veut  qu’il  en  soit  ainsi.  C’est,  en  effet, 
dans  la  conception  monarchique  du  Ministre  «  serviteur  du 
roi  »,  et  responsable  devant  lui  seul,  que  se  justifie  Ja  création 
d’un  Ministère  par  acte  unilatéral  du  pouvoir  exécutif.  » 

Et  il  proposait  à  la  Chambre  de  décider  «  qu’à  l’avenir  les 
Ministères  et  Sous-Secrétariats  d’État  ne, pourront  être  créés 
que  par  une  loi  ».  Nous  croyons  que  sur  la  nécessité  de  créer 
un  Ministère  de  l’Hygiène,  de.  la  Santé  et  de  l’Assistance 
publiques  l’accord  est  fait  d’avance,  et  nous  demandons  à  la 
Chambre  d’user,  en  pareille  matière,  de  son  droit  d’initiative 
qui  ne  peut  être  contesté. 

Le  Ministère  nouveau  ne  serait  pas,  à  vrai  dire,  une  création. 
Il  réaliserait  simplement  la  concentralion.rationnelle  des  ser¬ 
vices  d’hygiène  dans  un  Département  ministériel  qualifié.  H 
réunirait  sous  la  main  d’un  ministre  responsable  et  compétent 
tous  les  services  aujourd’hui  dispersés  dans  six  ministères 
différents,  où  ils  sont  considérés  comme  accessoires  et  secon¬ 
daires  en  raison  de  la  place  relativement  restreinte  qu’ils  tien¬ 
nent  dans  les  préoccupations  des  ministres  et  dans  la  nomen¬ 
clature  des  affaires  qu’ils  ont  à  traiter  et  à  diriger. 

Il  suffit,  pour  former  ce  Ministère  de  la  santé  et  de  l’hy¬ 
giène  publiques  dont  l'importance  sera  si  considérable,  d’aller 
prendre  là  où  ils  sont  actuellement  disséminés  les  éléments 
qui  doivent  le  constituer,  line  s’agit  donc  pas  deles  créer,  mais 
de  les  rassembler  et  de  les  coordonner. 

Examinons  entre  quels  Départements  ministériels  les  diffé¬ 
rents  services  qui  lui  reviennent  logiquement  sont  actuelle¬ 
ment  répartis. 


Ministère  de  l’Intérieur. 

Salubrité  publique  et  hygiène  générale. 

Conseil  supérieur  d’hygiène  publique  de  France.  —  Conseils 
d’hygiène  et  commissions  sanitaires.  —  Réglementation  sani¬ 
taire  communale.  —  Alimentation  en  eau  potable  et  inciné¬ 
ration  des  matières  usées.  —  Mesures  relatives  aux  immeu- 


CRÉATION  D’UN  MINISTÈRE  DE  LA  SANTÉ  PUBLIQUE  63& 

blés.  —  Hygiène  alimçntâire.  —  Hygiène  industrielle  et  pro* 
fessionnelle.  —  Alcoolisme. 

Eaux  minérales  :  autorisation  des  sources;  déclaration 
d’intérêt  public  et. périmètre  de  protection;  surveillance  géné¬ 
rale  et  inspectiota  médicale  des  établissemènts' thermaux. 
Établissements  thermaux  de  l’État  :  administration  des  thermes 
d’Aix-les-Bains;  contrôle  des  établissements  affermés;  com¬ 
missaires  du  Gouvernement  près  de  '  ces  établissements. 
Admissions  gratuites.  Fabriques  et  dépôts  d’eaux  minérales. 
Stations  hydro-minérales  et  climatiques  (loi  du  13  avril  1910). 

Exercice  de  la  médecine  et  de  la  pharmacie.  —  Sérums, 
substances  vénéheuses,  remèdes  nouveaux.  —  Conventions 
médicales  internationales.  —  Statjstique  du  personnel  médical 
et  pharmaceutique.  —  Recueils  des  actes  officiels  et  documents 
intéressant  l’hygiène  publique. 

'  Prophylaxie  et  épidémies.  i 

Bureaux  municipaux  d’hygiène.  —  Services  départementaux 
d’inspection  et  de  contrôle.  —  Déclaration  obligatoire.  — 
Services  de  la  vaccine.  —  Services  de  la  désinfection.  — 
Services  des  épidémies  ;  mesures  extraordinaires  (art.  8  de  la  loi 
du  15  février  1902).  —  Comptes  rendus  dds  services  d’hygiène. 
—  Comptabilité  des  dépenses  résultant  de  l’application  de  la 
loi  de  1902.  —  Service  sanitaire  maritime  :  application  des 
lois  et  règlements  spéciaux;  personnel  et  matériel  du  littoral, 
médecins  sanitaires  maritimes.  —  Conventions  internationales 
sanitaires.  —  Prophylaxie  de  la  tuberculose.  —  Laboratoirfr 
du  Conseil  supérieur  d’hygiène.  —  Statistique  sanitaire  de 
France  :  établissement  et  publication.  —  Émigration,  départ 
des  navires  à  émigrants,  visite  des  navires,  transport  des 
émigrants  par  terre  et  par  mer  (actuellement  à  la  direction  de 
la  Sôreté  générale).  —  Subventions  aux  sociétés  de  sport,  de 
natation  (actuellement  à  la  direction  de  l’administration 
départementale  et  communale).  —  Hygiène  hospitalière, 
répartition  des  fonds  prélevés  sur  les  jeux  pour  subventionner 
les  communes  en  vue  de  travaux  d’assainissement  (actuelle¬ 
ment  à  la  direction  du  contrôle  et  de  la  comptabilité). 

‘  L'assistance  aux  malades,  infirmes,  incurables)  indigents. 


D‘-  NAVARRE 


Assistance  obligatoire  aux  vieillards,  infirmes  et  incurables. 

Assistance  médicale  gratuite. 

Hôpitaux  et  hospices.  —  Création  et  réunion  de  ces  établis¬ 
sements.  —  Organisation  des  services  hospitaliers  militaires 
dans  les  hôpitaux  civils.  —  Bureaux  de  bienfaisance.  —  Règle¬ 
ment  des  budgets  des  établissements  de  bienfaisance  ayant 
trois  millions  au  moins  de  revenus  ordinaires  (loi  du  3  avril 
1884).  —  Expropriation  pour  cause  d’utilité  publique.  — 
Comptabilité.  —  Emprunts  des  établissements  de  bienfaisance 
tombant  sous  l’application  de  l’article  119  de  la  loi  du  5  avril 
1884.  —  Dépôts  de  mendicité.  —  Monts-de-piété.  —  Legs  et 
donations  aux  établissements  ci-dessus  indiqués.  —  Subven¬ 
tions  à  des  institutions  de  bienfaisance  et  d’assistance  par  le 
travail  et  à  des  œuvres  anti-alcooliques.  —  Secours  d’extrême 
urgence. 

Le  service  de  l'enfance. 


Comprenant  ; 

Le  service  ie s  enfants  assistés  : 

Enfants  placés  sous  la  tutelle  ou  sous  la  protection  de  l’Assis¬ 
tance  publique;  application  de  la  loi  du  27  juin  1904  et  des 
lois  des  24  juillet  1889  et  19  avril  1898.  —  Décisions  relatives 
aux  tarifs  des  frais  de  séjour  dans  les  hospices  dépositaires.  — 
Décisions  sur  les  contestations  relatives  au  domicile  de  secours 
des  enfants.  —  Rapatriement  des  enfants  assistés,  r—  Éduca¬ 
tion  des  pupilles  difficiles  ou  vicieux;  application  de  la  loi  du 
27  juin  1904.  —  Dons  et  legs  faits  aux  départements  pour  les 
enfants  assistés.  —  Règlement  annuel  des  dépenses  du  service. 
—  Liquidation  de  la  subvention  de  l'État. 

La  protection  des  enfants  du  premier  âge. 

Application  de  la  loi  du  23  décembre  1874.  —  Autorisation 
des  dépenses.  —  Vérification  des  comptes  annuels.  —  Comité 
supérieur  de  protection  des  enfants  du  premier  âge.  —  Statis¬ 
tique. 

Les  œuvres  en  faveur  de  l'enfance. 

Orphelinats,  Sociétés  protectrices  de  l’enfance,  Sociétés  d’as¬ 
sistance  maternelle.  Gouttes  de  lait  et  consultations  de  nourris¬ 
sons,  Sociétés  de  patronage,  crèches  et  garderies,  dispensaires 


tlREATlON  D’UN  MINISTÈRE  DE  LA  SANTÉ  PUBLIQUE  637 

pour  enfants  malades,  etc.  —  Reconnaissance  comme  établis¬ 
sements  d’utilité  publique,  statuts,  règlements,  dons  et 
legs,  etc.  —  Contentieux.  —  Répartition  du  crédit  de  subven¬ 
tions  aux  œuvres  d’assistance  maternelle  et  dè  protection  des 
enfants  du  premier  âge.  —  Répartition  du  crédit  de  subven¬ 
tions  aux  œuvres  de  préservation  de  l’enfance  contre  la 
tuberculose.  —  Application  de  la  loi  du  11  avril  1908  concer¬ 
nant  la  prostitution  des  mineurs.  —  Loi  du  22  juillet  1912  sur 
les  tribunaux  d’enfants.  —  Assistance  aux  familles  nombreuses 
(loi  du  14  juillet  1913).  —  Assistance  aux  enfants  en  couches 
(lois  des  17  juin  et  30  juillet  1913). 

Les  établissements  nationaux  de  bienfaisance  administrés 
sous  l' autorité  immédiate  du  Ministre. 

L’Institution  nationale  des  jeunes  aveugles.  — L’Institution 
nationale  des  sourds-muets,  à  Paris.  —  L’Institution  nationale 
des  sourds-muets,  à  Chambéry.  —  L’Institution  nationale  des 
sourdes-muettes,  à  Bordeaux.  —  L’Hospice  national  des 
Quinze-Vingts.  —  La  Clinique  ophtalmologique. 

Lès  Asiles  nationaux  de  Vincennes  et  du  Vésinet. 

Les  Maisons  annexes  à  Paris  des  Asiles  nationaux  de  Vin¬ 
cennes  et  du  Vésinet. 

L’Asile  national  Vacassy.  —  La  Maison  nationale  de  Cha- 
renton.  —  L’Administration  et  personnel  de  ces  établissements. 

—  Bourses,  pensions,  admissions  gratuites  et  à  prix  réduits. — 
L’Asile  de  la  Providence. 

La  Distribution  du  crédit  réservé  aux  indigents  sans  domi¬ 
cile  de  secours  ne  bénéficiant  pas  de  la  loi  du  la  juillet  1893, 
ni  de  la  loi  du  14  juillet  190S. 

Les  Rapports  avec  les  Compagnies  de  chemins  de  fer  en  ce 
qui  concerne  les  transports  des  aliénés,  des  enfants  assistés  et 
des  indigents  admis  à  la  clinique  nationale  des  Quinze-Vingts, 
en  vue  du  remboursement  des  dépenses  effectuées  sur  réqui¬ 
sitions. 

Le  Service  des  aliénés  : 

La  Surveillance  générale  des  établissements  publics  et  privés. 

—  L’Organisation  des  concours  pour  le  recrutement  du  per¬ 
sonnel  médical.  —  L’Administration  des  asiles  autonomes.  — 


€38 


Df  NAVARRE 


Le  Domicile  de  secours  des  aliénés.  Les  Sociétés  de  patro¬ 
nage.  ' 

'  Le  Service  des  aveugles  et  sourds-muets  : 

Les  Etablissements  spéciaux.  —  Les  Méthodes. d’éducation  et 
d’enseignement  professionnels.  —  Les  bourses  dans  ‘ces  éta¬ 
blissements  et  dans  les  institutions  d’anormaux  et  d’arriérés. — 
Les  Certificats  d’aptitude  pour  l’enseignement  des  sourds- 
muets.  —  Les  Sociétés  d’assistance,  de  placement  et  de 
patronage. 

Au  Mimstère  de  l’Àgricultüre. 

Mesures  de  protection  contre  la  pollution  des  cOurs  d’eau  non 
navigables  et  des  nappes  souterraines.  —  Suppression  des 
étangs  insalubres.  —  Assainissement  des  terres  humides  et 
insalubres.  —  Captage  et  utilisation  des  sources.  —  Déclaration 
d’utilité  publique  des  captages  de  sources  et  des  dérivations 
projetées  par  les  communes.  —  Répartition  entre  les  communes 
du  prélèvement  spécial  de  1  0/0  sur  le  Pari  Mutuel. 

Direction  des  services  sanitaires  et  scientifiques  et  de  la  répression 
des  fraudes. 

Services  sanitaires  des  animaux  domestiques. 

Comité  consultatif  des  épizooties.  —  Législation  et  police 
sanitaire  sur  les  maladies  contagieuses  du  bétail.  —  Service 
des  épizooties.  —  Contrôle  des  renseignements  fournis  par  les 
préfets.  —  Rédaction  et  jpublicalion  du  Bulletin  sanitaire  hebdo¬ 
madaire.  —  Inspection  générale  des  services  sanitaires  des 
animaux  à  la  frontière.  —  Inspection  sanitaire  du  bétail 
importé  et  des  viandes  fraîches  aWtues  venant  de  l’étranger. 
—  Inspection  générale  des  services  sanitaires  vétérinaires 
départementaux. 

Laboratoires  et  stations  de  recherches  et  répression  des  fraudes. 

A.  —  Législation. 

Etude  des  propositions  de  loi  et  préparation  des  projets  de 
loi  et  décrets  concernant  la  répression  des  fraudes  sur  les  bois- 


CRÉATION  D'L'N  MINISTÈRE  DE  LA  SANTÉ  PUBLIQUE  63ii 

sons,  les  denrées  alimentaires,  les  produits  agricoles,  les  pro¬ 
duits  médicamentaux  et  hygiéniques,  les  eaux  nainérales  et  les 
marchandises  en  général. 

Affaires  contentieuses  relatives  à  l’application  des  lois  et 
règlements  concernant  la  répression  des  fraudes  en  général, 
l’exercice  delà  pharmacie,  la  vente  dés  substances  vénéneuses, 
la  fabrication  et  la  vente  des  eaux  minérales. 

Application  des  arrêtés  préfectoraux, concernant  l’hygiène 
alimentaire. 


B.  —  Répression  des  fraudes. 

Recherches  des  fraudes  et  falsifications  portant  sur  les  bois¬ 
sons,  les  denrées  alimentaires. 

Enquêtes  annuelles  sur  la  composition  des  vins,  des  laits, 
des  beurres,  etc. 

Examen  du  cahier  des  charges  et  fournitures  de  denrées  ali¬ 
mentaires  et  boissons  aux  administrations  publiques. 

G.  —  Laboratoires. 

Laboratoires  pour  la  répression  des  fraudes. 

Organisation  et  fonctionnement  de  l’inspection  des  phar¬ 
macies,  drogueries,  épiceries,  établissements  de  vente  de  pro¬ 
duits  hygiéniques,  des  eaux  minérales  naturelles  etartificielles, 
des  substances  vénéneuses. 

Personnel  et  contrôle  de  l’inspection  des  fabriques  de  marga¬ 
rine  et  d’oléomargarine. 

Règlement  des  frais  de  prélèvement,  de  transport  et  d’analyse 
des  échantillons  prélevés  en  vue  de  la  répression  des  frais 
d’inspection. 

Au  Ministère  do  Travail  et  de  la  Prévoyance  sociale. 

A  la  Direction  du  Travail  : 

Le  service  de  l’hygiène  des  ateliers. 

A  la  Direction  de  la  Prévoyance  sociale  : 

Les  habitations  à  bon  marché  avec  leur  conseil  supérieur. 

Au  Bureau  des  statistiques  et  pensions  : 


640 


Df  NAVARRE 


L’établissement  des  tablés  de  morbidité  et  de  mortalité. 

La  Commission  interministérielle  des  statistiques  de  la  mor¬ 
talité  et  de  la  morbidité. 

Démographie  :  tables  de  mortalité. 

Statistique  sanitaire  (morbidité,  mortalité). 

Au  Ministère  du  Commerce. 

L’autorisation  et  l’inspection  des  établissements  classés 
comme  dangereux  ou  insalubres. 

Les  autorisations  aux  agences  d’émigration . 

Au  Ministère  de  l’Instruction  publique. 

L  inspection  médicale  des  écoles. 

Education  physique.  ' 

Au  Ministère  des  Travaux  publics. 

Pollution  des  cours  d’eau. 

L’incohérence  d’une  telle  dispersion  des  services  concernant 
la  santé  publique  est  flagrante. 

Exemples  ;  a)  L’hygiène  alimentaire  relève  du  Ministère  de 
l’Intérieur  qui  en  détermine  la  réglementation.  Si  des  fraudes 
sont  soupçonnées  dans  les  produits  livrés  à  la  consommation, 
c’est  le  Ministre  de  l’Agriculture  qui  intervient  pour  les  recher¬ 
cher  et  les  réprimer. 

b)  11  en  est  de  même  pour  l’exercice  de  la  pharmacie  et  les 
produits  pharmaceutiques. 

Les  autorisations  sollicitées  par  les  agences  d’émigration 
sont  accordées  par  le  Ministre  du  Commerce,  et  le  contrôle 
sanitaire  sur  les  émigrants  est  exercé  par  un  service  du  Minis¬ 
tère  de  l’Intérieur  (Direction  de  la  sûreté  générale). 

c)  Dans  les  attributions  du  Ministère  de  l’Intérieur  nous 
trouvons  :  alimentation  en  eau  potable,  et  nous  relevons  dans 
celles  du  Ministère  de  l’Agriculture  :  captages  et  dérivations 
des  sources  projetés  par  les  communes. 

d)  C’est  le  Ministère  de  l’Agriculture  qui  a  dans  ses  attri¬ 
butions  la  police  sanitaire  des  maladies  contagieuses  du 


CRÉATION  D’UN  MINISTÈRE  DE  LA  SANTÉ  PUBLIQUE  641 

bétail  èt  le  service  des  épizooties.  Les  mesures  de  prophylaxie 
en  ce  qpi  concerne  la  transmission  à  l’homme  des  maladies 
provenant  de  ces  animaux  doivent  être  prises  par  ce  Départe¬ 
ment  ministériel. 

Si  une  maladie  est  transmise  par  un  animal  qui  n’est  pas 
classé  dans  la  catégorie  de  ces  animaux  domestiques,  le 
Ministre  de  l’Agriculture  se  trouve  dessaisi.  Survienne,  par 
exemple  une  épidémie  de  peste,  dont  le  rat  est  l’agent  de 
transmission  :  c’est  au  Ministre  de  l’Intérieur  à  prendre  les 
mesures  nécessaires. 

e)  Aujourd’hui  la  lutte  contre  la  tuberculose  doit  être  menée 
avec  la  plus  grande  énergie.  Sans  méthode,  sans  unité  d’action, 
les  efforts  de  toutes  les  bonnes  volontés,  individuelles  ou  col¬ 
lectives,  ne  peuvent  aboutir  qu’à  des  résultats  insuffisants.  Un 
tuberculeux  soldat  relève  du  Ministre  de  la  Guerre,  réformé  il 
passe  au  Ministre  de  l’Intérieur.  Enfant,  fréquentant  les  écoles, 
il  est  sous  la  surveillance  de  l’Instruction  publiquepar  l’inspec¬ 
tion  médicale  des  établissements  scolaires;  consommateur,  il 
peut  contracter  la  tuberculose  par  une  hygiène  alimentaire 
défectueuse  ;  usage  dé  viandes  contaminées  dans  les  abattoirs, 
du  lait  provenant  de  vaches  tuberculeuses,  dans  ce  cas  c’estau 
Ministre  de  l’Agriculture  qu’il  doit  demander  aide  et  protec¬ 
tion.  Locataire  d’un  logement  sans  air;  sans  soleil  ou  surpeuplé, 
ouvrier  travaillant  dans  un  atelier  ou  magasin  insalubre,  c’est 
le  Ministre  du  Travail  qui  doit  prendre  sa  défense  contre  la 
tuberculose  qui  le  guette. 

|lous  trouverions  facilement  des  exemples  analogues  si  nous 
voulions  passer  en  revue  les  œuvres  d’assistance.  Elles  relè¬ 
vent  selon  leurs  caractères  et  la  catégorie  des  personnes  qui  en 
bénéficient,  de  l’Intérieur,  du  Travail,  de  l’Agriculture,  de 
l’Instruction  publique. 

Comment,  dans  de  pareilles  conditions,  poursuivre  d’une 
façon  méthodique  et  intensive  la  lutte  contre  la  tuberculose? 
Où  est  l’organe  du  Gouvernement  qui  en  a  la  haute  direction  et 
qui  possède  les  pouvoirs  nécessaires  au  succès? 

L’organisation,  le  fonctionnement  et  la  direction  du  Service 
de  Santé  militaire  rentreront  dans  les  attributions  du  Ministère 
de  l’Hygiène  et  de  la  Santé  publiques. 

RBV.  O  HYG.  XL  —  41 


642 


D'  NAVARRE 


On  n’a  pas  oublié  combien  fut  au-dessous  de  sa  tâche  la 
Direction  du  Service  de  Santé  militaire  au  début  des  hostilités. 
La  guerre  l’a  surpris  en  plein  désarroi  :  le  matériel  manquait 
et  le  personnel  n’était  pas  préparé  à  faire  face  aux  nécessités 
du  service  qu’il  allait  avoir  à  remplir.  L’administration  de  la 
Guerre  avait  méconnu  le  rôle  prépondérant  que  devaient  jouer 
les  réserves  médicales,  c’est-à-dire  les  médecins  civils  de  com¬ 
plément,  dans  la  lutte  gigantesque"  qui  allait  s’engager. 

La  situation  des  médecins  militaire  de  carrière  n’était  pas 
souvent  en  rapport  avec  leurs  titres  scientifiques  ou  leurs  capa¬ 
cités  professionnelles.  Trop  souvent  un  médecin  militaire  qui 
s’était  signalé  par  des  qualités  étrangères  à  son  art,  qui  s’était 
montré,  par  exemple,  bon  comptable,  éconohae  avéré,  était 
promu  de  préférence  au  praticien  ou  au  chirurgien  qualifié. 

Malheureusement,  le  grade  en  conférant  l’autorité  ne  donne 
pas,  en  même  temps,  les  aptitudes  et  l’initiative  qui  jouent  le 
rôle  essentiel  dans  Iqs  soins  à  donner  aux  malades  et  dans  la 
chirurgie  de  guerre. 

Les  leçons  de  l’expérience  nous  ont  enseigné  une  fois  de 
plus  qu’il  n’y  a  pas  deux  façons  de  comprendre  l’exercice  de  la 
médecine  et  de  la  chirurgie,  l’une  militaire,  l’autre  civile.  Il  est 
regrettable  que  la  loi  du  16  mars  1882,  en  séparant  les  étu¬ 
diants  civils  et  les  étudiants  militaires,  ait  aidé  à  créer  deux 
mentalités  : 

L’une  favorisant  l’épanouissement  de  toutes  les  facultés  de 
l’individu,  son  libre  jugement,  sa  personnalité  propre  ;  l’autre, 
réprimant  le  libre  essor  de  la  pensée,  imposant  à  chacun  des 
règles  inflexibles  qui  font  surtout  de  lui  un  subordonné  ren¬ 
contrant  à  chaque  pas  des  entraves  que  la  science  ne  peut 
tolérer  sans  être  réduite  à  l’impuissance. 

Dans  l’attribution  des  grades  aux  médecins  militaires  de 
complément,  les  mêmes  errements  ont  été  suivis.  Déplus,  au 
moment  de  la  mobilisation,  des  affectations  les  plus  fantai¬ 
sistes  ont  été  données  à  beaucoup  d’entre  eux,  sans  tenir 
compte  de  leurs  aptitudes  ni  de  leur  expérienceprofessionnelle. 
Les  galons  devaient  suffire  à  tout. 

Quelques  jours  passés  à  divers  intervalles  dans  un  régiment 
ou  dans  un  hôpital  militaire,  pendant  les  périodes  des  vingt- 
huit  jours,  avaient  valq  à  certains  des  grades  supérieurs,  alors 


CRÉATION  D’UN  MINLSTÈRE  DE  LA  SANTÉ  PUBLIQUE  G43 

qu’on  voyait  à  côté  d’eux  des  professeurs  agrégés  des  Facultés, 
des  chirurgiens  des  hôpitaux  nommés  au  concours,  des  chirur¬ 
giens  de  carrière,  relégiHés  dans  les  grades  parfois  les  plus 
infimes,  placés  sous  les  ordres  de  leurs  confrères  moins  quali¬ 
fiés.  Que  de  deuils,  que  d’infirmités  auraient  pu  être  évités  si, 
faisant  table  rase  des  errements  du  passé,  on  avait  apporté  à 
temps,  dans  l’organisation  du  Service  de  Santé,  une  méthode 
rationnelle  et  scientifique. 

Cette  réorganisation  ne  peut  être  que  l’œuvre  d’un  ministre 
compétent  et  possédant  l’autorité  nécessaire. 

11  ne  fapt  pas  oublier  que  les  médecins  civils,  dans  la  pro¬ 
portion  de  90  p.  100,  ont  assuré  le  service  en  campagne  et 
dans  les  formations  sanitaires. 

Depuis  les  tranchées  jusqu’aux  hôpitaux  les  plus  importants, 
en  passant  par  tous  les  échelons  intermédiaires  :  postes  de 
secours,  atinbulances  divisionnaires,  hôpitaux  d’évacuation, 
centres  hospitaliers,  les  médecins  de  nos  villes  et  de  nos  cam¬ 
pagnes,  du  plus  éminent  au  plus  humble,  ont  payé  de  leur  per¬ 
sonne  et  fait  preuve,  souvent,  des  initiatives  les  plus  heu¬ 
reuses. 

Il  n’est  pas  d’hôpitaux  militaires,  même  les  plus  importants, 
qui  n’aient  vu  leurs  services  confiés  aux  médecins  et  aux  chi¬ 
rurgiens  de  nos  hôpitaux  civils. 

C’est  à  ceux-ci  également  qu’a  été  confiée  l’inspection  des 
services  chirurgicaux  aux  armées. 

On  peut  dire  que  la  dualité  de  la  médecine  militaire  et  de  la 
médecine  civile  a  été  abolie  par  la  force  des  événements. 

La  guerre  n’a  pas  permis,  durant  ces  quatre  dernières  années, 
d’établir  d’une  façon  précise  la  situation  démographique  de 
notre  pays. 

La  France,  aujourd’hui  victorieuse,  va  pouvoir  faire  le  bilan 
de  sa  natalité  et  de  sa  mortalité  générale  ;  elle  aura  à  perfec¬ 
tionner  ses  moyens  de  défense  contre  la  maladie  et  la  mort. 

Avant  les  hostilités  notre  natalité  était  déjà  très  affaiblie  et 
notre  mortalité  insuffisamment  réduite  par  rapport  aux  autres 
nations. 

Favoriser  l'augmentation  de  la  natalité,  diminuer  et  suppri¬ 
mer  le  plus  possible  les  chances  de  maladie  et  de  mort  préma- 


644  A.  TRILLAT 

tarée  ;  combattre  l’insalubrité  sous  toutes  ses  formes  et  dans 
tous  les  domaines,  public  et  privé;  tel  a  été  de  tout  temps  le 
programme  des  défenseurs  de  la  santé  publique. 

Ce  programme  s’impose  plus  que  jamais  à  l’attention  des 
pouvoirs  publics  à  qui  incombe  l’obligation  d’assurer  le  relève¬ 
ment  démographique  et  social  de  la  nation. 

De  toutes  parts  on  voit  les  initiatives  privées,  les  organisa¬ 
tions  sociales  faire  effort  pour  se  préparer  à  cette  œuvre  pri¬ 
mordiale  de  salut. 

Il  nous  paraît  nécessaire  de  ne  pas  se  laisser  se  disperser  les 
efforts  d’ordre  public  ou  privé,  de  les  coordonner  sous  la  direc¬ 
tion  d’un  ministre  responsable  qui  établira  les  programmes  et 
en  assurera  l’exécution. 

Afin  de  réaliser  l’unité  de  vue  et  l’unité  d’action  dans  l’orga¬ 
nisation  et  le  fonctionnement  de  tous  les  services  intéressant 
l’hygiène  etla  santé  publiques,  pour  les  soumettre  à  un  contrôle 
efficace,  pour  faciliter  la  liaison  avec  le  pouvoir  central  de 
toutes  les  œuvres  concourant  au  môme  but,  nous  avons  l’hon¬ 
neur  de  vous.proposer  d’adopter  l’article  unique  dont  la  teneur 
suit  : 

Proposition  de  loi. 

Article  unique.  —  Il  est  créé  un  ministère  de  la  Santé 
publique.  Tous  les  services  de  santé  civile  et  militaire,  d’assi¬ 
stance  et  d’hygiène  publiques  sont  placés  sous  sa  direction. 


ROLE  DE  L’AIR  EXPIRÉ 
DANS  LA  TRANSMISSION  DES  ÉPIDÉMIES 
par  M.  A.  TRILLAT 

Membre  du  Conseil  d’hygiène  publique  et  de  salubrité 
du  département  de  la  Seine. 


On  admet  généralement,  comme  en  font  foi  les  récentes  pres¬ 
criptions  concernant  la  grippe,  que  la  transmission  de  cette 
épidémie  se  propage  surtout  sous  la  trajectoire  directe  des 


-  AIR  EXPIRÉ  DANS  LA  TRANSMISSION  DES  ÉPIDÉMIES  645 

particules  détachées  du  mucus  qui  tapisse  les  voies  aérieunes 
du  pharynx  et  du  nez  ou  des  alvéoles  pulmonaires,  sous  l’in- 
flueuce  de  la  toux  ou  de  la  parole. 

Cette  conception  n’implique  pas  le  rôle  important  de  l’inter¬ 
médiaire  de  l’air  ni  celui  des  influences  extérieures,  tels  que 
l’humidité,  la  pression,  la  température,  tout  autant  de  facteurs 
dont  la  superposition  exerce  une  action  favorisante  sur  la  con¬ 
stitution  épidémique.  D’après  cette  conception,  on  serait  tenté 
de  croire  que  l’ensemencement  n’a  lieu  que  dans  le  voisinage 
immédiat  du  foyer  de  contamination.  Cependant,  l’observation 
journalière  dans  les  hôpitaux  et  nos  familles  nous  montre 
des  cas  fréquents  de  maladies  transmises  à  distance  sans  inter¬ 
vention  de  personnes  ou  d’objets  contagionnés.  Journellement 
on  voit  éclore,  sans  contage  immédiat,  des  atteintes  isolées  ou 
groupées,  et  des  cas  de  poussées  sporadiques. 

Ce  phénomène  si  obscur  de  la  contagion,  surtout  dans  le 
cas  d’épidémie  à  forme  de  virus  filtrant,  s’explique  plus  faci¬ 
lement  si  l’on  admet  le  rôle  important  de  l’air  non  seulement 
comme  agent  de  transport  des  microbes,  mais  aussi  comme 
agent  de  multiplication,  quand  cet  air  renferme  les  éléments 
nécessaires  à  leur  alimentation.  C’est  le  cas  de  l’air  expiré  dont 
je  ne  saurais  trop  faire  ressortir  l’importance  *. 

Pour  mieux  me  faire  comprendre,  je  suis  obligé  de  rappeler 
brièvement  mes  travaux  antérieurs.  C'est  ainsique  j’ai  démontré 
expérimentalement  que  les  microbes  de  l’air  jouaientle  rôle  de 
noyaux  de  condensation  d’humidité  et  qu’à  la  suite  de  ces 
essais  j’ai  admis  l’existence  de  nombreuses  gouttelettes  micro¬ 
biennes  en  suspension  dans  l’atmosphère.  En  cet  état,  les, 
microbes  sont  extrêmement  sensibles  aux  influènees  exté¬ 
rieures,  un  rien  les  tue,  mais  un  rien  les  vivifie  :  sous  cette 
forme  vésiculaire,  l’humidité  dont  ils  sont  entourés  dissout  les 
substances  gazeuses  qui  peuvent  leur  servir  d’aliment  de  for¬ 
tune.  C’estainsi  que  les  gaz  de  la respiration  peuvent  entretenir 
•  la  vie  des  microbes  en  suspension  dans  l’air  pur. 

Ayant  étudié  les  dimensions  et  la  vitesse  de  chute  des  gout¬ 
telettes  microbiennes,  j’ai  pu  établir  notamment  que  la  chute 


1.  A.  Tbillat.  —  Sur  le  rôle  de  l’air  expiré  dans  ta  transmission  des 
épidémies.  Revue  d’hygiène  et  de  police  sanitaire,  1915,  p.  127. 


646 


A.  TRILLAT 


était  d’autant  plus  rapide  que  le  coefficient  de  saturation  de 
l’air  était  plus  élevé.  D’après  les  essais,  les  goultelettes  se 
forment  d’autant  plus  facilement  que  le  noyau  de  condensation, 
c’est-à-dire  que  le  germe  est  plus  petit  :  cette  considération 
d’ordre  physique  est  importante,  car  elle  permet  de  déduire 
que  les  résultats  expérimentaux  obtenus  avec  des  germes 
visibles  au  microscope  doivent  s’appliquer  à  plus  forte  raison 
aux.  plus  petits,  aux  invisibles,  c’est-à-dire  à  ceux  de  la  grippe 
ou  de  l’influenza.  La  multiplication  des  gouttelettes  micro¬ 
biennes,  sous- l’influence  de  circonstances  favorables,  forme 
un  véritable  nuage  invisible  dont  le  régime  est  soumis  à  toutes 
les  lois  de  la  physique  et  de  la  météorologie.  Ainsi  la  tempéra¬ 
ture,  le  degré  hygrométrique,  la  tension  de  la  vapeur  d’eau,  la 
radioactivité  ont  une  action  sur  la  tenue,  la  condensation  ou  le 
dédoublement  des  gouttelettes. 

Parmi  les  aliments  gazeux  que  j’ai  désignés  par  simplifica¬ 
tion  sous  le  nom  de  «  gaz  aliment  »,  l’air  fraîchement  expiré, 
dont  j’ai  étudié  sommairement  la  composition,  convient  non 
seulement  à  la  conservation  des  microbes,  mais  à  leur  multi¬ 
plication.  Enfin,  je  ferai  encore  remarquer  que  les  gouttelettes 
microbiennes  échappent  à  l’action  de  la  pesanteur  :  leur  mul¬ 
tiplication,  qui  peut  être  instantanée  comme  dans  un  exemple 
que  j’ai  cité,  forme  un  nuage  entraînable  par  l’air  et  dont  les 
particules  peuvent  être  sélectionnées. 

Les  gouttelettes  avec  les  microbes  qu’elles  contiennent  ont 
la  propriété  d’être  attirées  par  les  surfaces  froides.  Le  refroi¬ 
dissement,  brusque  d’un  point  de  nuage  a  pour  efiet  de  les 
localiser  en  ce  point  :  c’est  un  sitnple  phénomène  de  condensa¬ 
tion.  Le  rassemblement  des  germes  peut  encore  être  provoqué 
par  les  mouvements  giratoires  de  l’air  qui  se  produisent  con¬ 
stamment  sous  l’influence  de  l’agitation  ou  d’un  écart  de  tem¬ 
pérature  de  deux  couches  d’air  voisines. 

A  la  lueur  de  ces  observations,  un  des  côtés  mystérieux  de 
la  contagion  semble  donc  pouvoir  être  éclairé  au  moins  pour, 
une  partie.  L’air  des  locaux  habités  est  constitué  par  une 
ambiance  extraordinairement  favorable  à  l’ensemencement  des 
microbes,  puisque  l’air  expiré  dans  un  local  fermé,  par  exemple, 
fournit  d’une  part  le  taux  d’humidité  nécessaire  pour  amener 
le  voisinage  de  saturation  d’un  espace  clos  facilitant  ainsi  le  jeu 


AIR  EXPIRÉ  DANS  LA  TRANSMISSION  DES  ÉPIDÉMIES  6i7 


<ie  la  condensation  et  d’autre  part  fournit  aussi  les  aliments 
gazeux  dont  le  poids,  quoique  infinitésimal,  est  encore  supé¬ 
rieur  à  l’ordre  de  grandeur  des  microbes. 

Telle  est  la  théorie  qui  se  déduit  de  l’ensemble  de  mes  tra¬ 
vaux.  J’ajouterai  que  la  question  si  intéressante  de  la  variation 
de  l’activité  des  germes  au  cours  d’une  épidémie  et  de  leur 
-accession  à  la  virulence  doit  être  vraisemblablement  aussi  en 
relations  avec  les  causes  extérieures  que  j’ai  énumérées  et  la 
composition  chimique  de  l’air  expiré  qui  est  essentiellement 
variable  selon  l’âge,  le  sexe,  l’état  de  santé,  etc.  Bien  entendu, 
le  terrain  de  culture  de  l’organisme  humain,  que  je  n’ai  pas  à 
examiner  ici,  a  toujours  un  rôle  prépondérant. 

La  contamination  d’un  Organisme  sain  dans  le  voisinage 
d’un  sujet  en  puissance  de  contagion  peut  avoir  lieu  de  deux 
façons  :  par  le  contage  direct  sous  la  trajectoire  des  particules 
projetées  par  le  malade  et  par  le  contage  indirect  au  loin  de 
tout  le  local  habité.  Au  premier  cas  correspondent  les  microbes 
•qui  préexistent  ;  au  deuxième  ceux  qui  sont  nés.  En  réalité  on 
voit  par  là  que  les  deux  systèmes  de  contagion  ne  sont  pas  des 
frères  ennemis  :  l’un  n’est  que  l’extension  de  l’autre  et  lui 
tend  la  main . 

On  comprend  ainsi  après  ces  explications  comment  un  ap¬ 
partement  habité  peut  être  contagionné  dans  toutes  ses  par¬ 
ties.  Les  particules  aqueuses  en  suspension  dans  la  chambre 
d’un  malade,  qui  est  généralement  plus  chauffée  que  les  cham¬ 
bres  voisines,  ont  une  tendance,  comme  dans  les  essais  de  labo¬ 
ratoire,  à  se  localiser  dans  les  pièces  voisines  plus  froides  où 
■elles  contamineront  l’air  et  les  objets  à  moins  d’éviter  cette 
migration  microbienne  par  un  isolement  parfait,  mais  difficile*. 

La  propagation  de  l’épidémie  à  distance  peut  encore  avoir 
lieu  d'une  autre  façon.:  par  l’intermédiaire  des  objets  et  sur¬ 
tout  des  vêtements.  Les  expériences  ont  montré  que  ces  der¬ 
niers  pouvaient  non  seulement  leur  servir  de  support,  mais 
aussi  de  terrain  de  culture. 

I.  A.  Tbillat.  —  Sur  le  principe  d’une  méthode  destinée  à  diminuer  la 
•contagion  des  maladies  transmissibles  par  l’air  dans  les  salles  de  ma¬ 
lades  et  les  lieux  habités.  Revue  d'hygiène  et  de  police  sanitaire,  1914, 
p.  812. 


A.  TRILLAT 


La  mulliplication  des  germes  dans  un  tissu  et  la  faculté  que 
possèdent  les  gouttelettes  microbiennes  de  s'en  détacher  dé¬ 
pendent,  comme  je  l’ai  expliqué  ici,  de  l’aptitude  plus  ou  moins 
grande  du  support  à  emmagasiner  dans  leurs  interstices  d’hu¬ 
midité  et  les  émanations  gazeuses  des  glandes  sudorales,  éma¬ 
nations  qui  leur  servent  d’aliments.  C'est  ainsi  qu’on  a  pu 
classer  les  objets  par  ordre  de  «  susceptibilité  »  à  contracter 
pour  ainsi  dire  les  germes  de  la  maladie  ;  la  laine  et  les  che¬ 
veux,  soit  dit  en  passant,  étant  classés  parmi  les  plus  suscep¬ 
tibles. 

La  contamination  d’un  vêtement  par  le  dépôt  de  gouttelettes 
microbiennes  se  produit  surtout  lorsque  l’on  pénètre  d’un  en¬ 
droit  froid  dans  une  chambre  de  malade  chaude  et  chargée  de 
buées  respiratoires  :  le  vêtement  joue  alors  le  rôle  de  surface 
refroidissante  et  devient  apte  à  ensemencer  l’air  d’un  autre 
local,  si  les  circonstances  sont  favorables. 

La  conclusion  pratique  qui  se  dégage  de  ces  observations  est 
qu’à  côté  des  prescriptions  d’isolement  et  de  désinfection,  il 
serait  utile  d’envisager  l’évacuation  des  buées  respiratoires  des 
chambres  de  malades  et  des  lieux  d’agglomération.  Un  sem¬ 
blable  résultat  peut  être  obtenu,  soit  par  des  courants  d’air 
bien  appropriés,  soit  par  l’emploi  de  surfaces  refroidissantes 
comme  je  l’ai  déjà  proposé,  soit  par  des  appareils  d'aspiration. 
L’enlèvement  complet  de  l’humidité  de  vêtements  par  l’expo¬ 
sition  au  soleil  ou  par  une  source  de  chaleur  est  recom¬ 
mandable..  Enfin,  je  ferai  remarquer  que  les  anciennes  pra¬ 
tiques  de  fumigation  et  de  désodorisation,  encore  couram¬ 
ment  usitées  chez  le  peuple,  ne  sont  pas  à  rejeter,  car  en  l’ab- 
seace  d’une  désinfection  absolue,  elles  sont  capables  de  saturer 
les  gaz  aliments  et  de  gêner  par  leurs  émanations  plus  ou 
moins  antiseptiques  l’évolution  microbienne*. 

1.  Bibliographie  :  Bulletin  de  l'Académie  de  médecine,  15  octobre  1912; 
17  novembre  1914  ;  16  février  1915  ;  8  mai  1915  ;  20  juin  1916.  Cet  article 
peut  être  considéré  comme  un  résumé  des  travaux  originaux  que  j'ai 
publié  depuis  1905  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Académie  des  Sciences 
soit  seul,  soit  en  collaboration  de  M.  Sauton  ou  de  M.  Fouassier. 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE  649 

DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE 
PENDANT  LA  QUATRIÈME  ANNÉE  DE  GUERRE 
DANS  LE  CAMP  RETRANCHÉ  DE  PARIS 
par  U.  le  professenr  A.  PINARD. 

Ainsi  que  je  l’ai  fait  tous  les  ans  depuis  le  début  de  la  guerre, 
je  vais  avoir  l’hobneur  d’exposer  à  l’Académie  le  fonctionne¬ 
ment  de  l’Office  central  d’assislance  maternelle  et  infantile  dans 
le  camp  retranché  de  Paris  pendant  la  quatrième  armée  de  guerre. 
Je  suivrai  pour  cela  le  plan  adopté  dans  mes  précédentes  com¬ 
munications  *. 

De  l’organisation  et  du  fonctionnement  de  l’Office  central 
d’assistance  maternelle  et  infantile 
PENDANT  LA  QUATRIÈME  ANNÉE  DE  GUERRE. 

Pendant  cette  quatrième  année  de  guerre,  aucune  modifica¬ 
tion  importante  ne  fut  apportée  à  l’organisation  primitive  de 
l’œuvre  *.  Et,  plus  que  jamais,  il  m’apparaît  que  cette  organi¬ 
sation  devra  être  conservée  à  Paris  et  adoptée  dans  toutes  les 
villes  où  l’on  voudra  vraiment  protéger  d’une  façon  efficace  les 
mères  et  les  enfants  nécessiteux. 

Certes,  de  par  le  fait  de  la  continuation  des  hostilités,  la  Pro¬ 
tection  maternelle  et  infantile  est  devenue  et  devient  chaque 
jour  plus  difficile.  Mais,  en  même  temps,  elle  devient  plus 
nécessaire  et  plus  urgente.  Je  crois  inutile  d’en  énumérer  ici  les 
raisons.  Pourtant,  malgré  la  diminution  du  nombre  des  volon¬ 
taires  de  la  Protection  —  diminution  due  à  la  fatigue  des  délé¬ 
guées  et  aussi ,  hélas  !  pour  un  certain  nombre  d’entre  elles,  au 
manque  de  ténacité  dans  l’effort  —  la  Protection  maternelle  et 
infantile  fut  à  Paris  et  dans  le  camp  retranché,  pendant  la  qua- 

1.  Voir  in  Bulletin  de  l'Académie,  16  février  et  S  octobre  1913  ;_S  et  19  dé¬ 
cembre  1916;  18  décembre  1911,  et  Revue  d'hygiène  et  de  police  sanitaire, 
1911,  p.  5  et  105. 

2.  Voir  in  Bulletin  de  V Académie,  16  février  1913,  p.  6  :  «  Rûle  d’une  vo¬ 
lontaire  déléguée  de  l’Office  central  dans  les  Maternités  et  les  Mairies.  » 


■650 


PROFESSEUR  A.  PINARD 


trième  anaée  de  guerre,  grâce  au  dévouement  incessant  et  inlas¬ 
sable  des  collaboratrices  et  des  collaborateurs  restés  fidèles  à 
feur  poste,  ce  qu’elle  avait  été  pendant  les  trois  premières 
années,  c’est-à-dire  plus  ordonnée,  plus  éclairée,  et,  par  cela 
même,  plus  efficace  qu’elle  ne  l’avait  été  avant  la  guerre. 

Je  l’ai  déjà  dit  maintes  fois,  je  le  répète  encore  et  je  ne  me  las¬ 
serai  pas  de  le  répéter  :  c’est  l’organisation  du  réseau  protec¬ 
teur  ainsi  que  l’installation  des  Postes  de  protection  dans  les 
Maternités  et  les  Mairies,  rdliés  à  une  Permanence  centrale,  qui 
■ont  permis  à  l’Office  de  Protection  maternelle  et  infantile  de 
remplir  son  programme  et  qui,  à  l’avenir,  assureront  le  bon 
fonctionnement  de  toute  œuvre  similaire. 

La  véritable  Protection  maternelle  et  infantile  dans  un  village, 
dans  une  ville  ou  dans  une  région  ne  sera  jamais  le  résultat 
d’un  manque  d’organisation  ni,  moins  encore,  ^e  la  fantaisie 
—  l’un  coname  l’autre  ne  pouvant  aboutir  qu’à  une  protection 
incomplète. 

Un  court  résumé  de  ce  qui  a  été  fait  à  la  Permanence  cen¬ 
trale,  installée  à  la  Maternité  depuis  le  début  de  la  guerre  et  qui 
comprend  aussi' les  permanences  de  la  Clinique  Baudelocque  et 
de  la  Clinique  Tarnier,  permettra  de  se  rendre  compte  de  l’im¬ 
portance  de  cet  organisme. 

Du  fonctionnement  de  la  Permanence  centrale 
d’assistance  maternelle  et  infantile 
pendant  les  quatre  premières  années  de  la  guerre  '. 

Femmes  en  état  de  gestation,  sans  ressources,  placées  dans  les 
ftefuges  (permanents  ou  temporaires,  municipaux  ou  privés)  '  : 


Pendant  la  l''»  année  de  guerre  .  .  .  .  ■.  4.484 

Pendant  la  2‘  année  de  guerre .  2.354 

Pendant  la  3'  année  de  guerre .  3.47*2 

■  Pendant  la  4«  année  de  guerre  .....  3.380 

Total.  .  .  13.690 


1.  Cette  Permanence  centrale  comprend  également  les  Permanences 
particulières  de  la  Maternité,  de  la  Clinique  Baudelocque  et  de  ia  Clinique 
Tarnier.  Elle  n’a  cessé  de  fonctionner  «n  seul  jour  depuis  le  début  de  la  guerre. 

2.  Les  Refuges  sont  dits  :  de  convalescence,  ceux  où  les  femmes  restent 
un  mois  seulement  ;  les  autres  dits  :  de  m'eres,nourrices,  ceux  où  les  femmes 
peuvent  rester  jusqu'au  moment  du  sevrage  de  leur  enfant. 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE 


631 


Femmes  accouchées  (mères  nourrices)  placées  dans  les  Refuges 
(permanents,  temporaires,  municipaux  ou  privés)  : 


Pendant  la  1™  année  de  guerre  .  .  .  ;  .  3' 904 

Pendant  la  2'  année  de  guerre  .  .  .  .  .  2.856 

Pendant  la  3'  année'de  guerre .  3.202 

Pendant  la  4'  année  de  guerre .  2.596 

Total.  .  .  12.558 


Femmes  interrogées,  guidées,  assistées  à  leur  sortie  de  la  Mater- 
iernité  et  après  cette  sortie' pendant  les  quatre  années  de  la  guerre  : 
51,230  mères  avec  leurs  enfants. 

Donc,  pendant  les  quatre  premières  années  de  la  guerre,  plus 
de  cent  mille  femmes  et  enfaéts  ont  été  ainsi  protégés  à  la  Per¬ 
manence  centrale  de  la  Maternité. 

De  même  que  dans  les  trois  premières  années,  des  appuis  ma¬ 
tériels  et  moraux,  aussi  puissants  que  précieux,  furent  prêtés  à 
l'Office,  pendant  cette  quatrième  année,  par  M.  le  Préfet  de  la 
Seine,  M.  le  Préfet  de  Police,  le  Conseil  municipal  de  Paris  et  le 
Conseil  général  de  la  Seine.  Ce  dernier  fit  plus  et  mieux  encore 
que  les  années  précédentes,  comme  je  vous  le  dirai  plus  loin. 
Les  femmes  en  état  de  gestation,  les  accouchées  et  les  mères 
nourrices  du  camp  retranché  n’eurent  pas  à  sojiffrir  du  régime 
des  restrictions  alimentaires.  Des  dérogations  leur  furent  de  suite 
accordées,  aussi  bien  par  M.  le  Préfet  de  la-  Seine  que  par  M.  le 
Préfet  de  Seine-et-Oise.  L’alimentation  qui  leur  était  nécessaire 
leur  fut  également  assurée  dans  les  Maternités  par  M.  le  Direc¬ 
teur  de  l’administration  générale  de  l’Assistance  publique, 
M.  Mesureur. 

Ce  n’est  pas  tout.  L’administration  de  l’Assistance  publique 
continua  sa  collaboration  puissamment  efficace  à  la  protection  des 
mères  nourrices.  De  plus,  elle  continue  à  accorder  une  subvention 
pour  chaque  lit  occupé  par  une  mère  nourrice  dans  les  Refuges 
qui  ne  lui  appartiennent  pas  *.  D’autre  part,  toujours  grâce 
à  son  concours,  l’Office  central  possède  un  lazaret  permettant 
aux  mères  nourrices,  obligées  d’avoir  recours  à  l’hospitalisation, 
de  faire  le  stage  nécessaire,  afin  de  ne  pas  contaminer  les 

t.  Les  Refuges  reçoivent,  pour  chaque  lit  occupé,  une  subvention  quoti¬ 
dienne  de  2  francs,  à  l'Administration  générale  de  l’Assistance  publique. 


PROFESSEUR  A.  PINARD 


Refuges  dans  lesquels  elles  doivent  être  définitivement  placées. 
Ce  lazaret  a  d’abord  été  installé  à  la  Maternité  de  la  Pitié;  mais, 
cette  dernière  ayapt  été  rendue  à  son  affectation  primitive  dans 
le  courant  de  cette  année,  il  a  été  transféré  à  la  Clinique  Baude- 
locque. 

Une  fois  de  plus,  j’exprime  à  notre  collègue,  M.  Mesureur, 
toute  ma  reconbaiesance.  Mais,  une  fois  de  plus  aussi,  je  me 
permets  de  lui  rappeler  que  bien  des  mesures  nécessaires,  indis¬ 
pensables,  pour  compléter  l’assistance  et  respecter  l’hygiène, 
sont  encore  à  prendre  dans  son  domaine,  lequel,  particulière¬ 
ment  au  point  de  vue  puerpéral,  prend  chaque  jour  plus  d’im¬ 
portance,  ainsi  que  je  vais  vous  en  donner  la  preuve. 

Le  rôle  protecteur  de  l’Administration  générale  de  l’Assistance 
publique  ne  fit  que  grandir  pendant  la  quatrième  année  de 
guerre.  11  me  suffira,  pour  en  faire  comprendre  de  suite  l’impor¬ 
tance,  de  mettre  en  lumière  ce  fait  : 

Pendant  la  quatrième  année  de  guerre  : 

31.26i2  femmes  réclamèrent  pour  leur  accouchement  le  se¬ 
cours  de  l’Assistance  publique,  soit  dans  les  Maternités,  soit 


chez  les  sages-femmes  agréées,  soit  à  domicile  : 

1“  Dans  les  maternités  . . 13.894 

2“  Chez  les  sages-femmes  agréées .  11.392 

3“  A  domicile  par  les  médecins  ou  sages-femmes 

du  bureau  de  bienfaisance  (assistance  médicale).  3.776 

Total . 31.262 


alors  que  pendant  cette  quatrième  année  de  guerre  32.125  nais¬ 
sances  seulement  furent  enregistrées, à  Paris  ! 

Je  crois  utile  de  reproduire  ici  les  tableaux  indiquant,  pendant 
les  quatre  années  de  guerre,  le  nombre  des  accouchements  à  la 
charge  de  l’Assistance  publique  et,  en  regard,  le  nombre  total 
des  naissances  enregistrées  à  Paris. 

Naissances. 


Du  l"  août  1913  au  1”  août  1914  ...  48.197 

—  1914  —  1913  .  .  .  37.085 

— '  1913  —  1916  .  .  .  26.179 

—  1916  —  1917  ....  30.573 

—  1917  —  1918  .  .  .  32.125 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE  653 
Accouchements. 

1»  Dans  les  maternités  et  chez  les  sages-femmes  agréées  des 
hôpitaux. 

Du  1"  août  1913  au  1"^  août  1914  .  .  .  .  31.912  65,24 

—  1914  —  1915.  .  .  .  27.341  73,74 

—  1915  —  1916  ....  19.139  73,10 

_  4916  —  1917.  .  .  .  23.212  75,90 

—  1917  —  1918.  .  .  .  25.486  79,30 

2"  A  domicile,  par  les  soins  de  l’Assistance  publique.  Accou¬ 
chements  par  les  médecins  ou  sages-femmes  des  bureaux  de 
bienfaisance. 

Du  1"  août  1913  au  l"  août  1914.  .  .  .  6.540  13,26 

—  1914  —  1915.  .  .  .  7.253  19,54 

—  1915  —  1916.  .  .  .  5.790  22,10 

—  1916  —  1917.  .  .  .  5.272  17,24 

—  1917  —  1918.  .  .  .  5.776  18,00 

3°  Total  des  accouchements  précédenis. 

Du  1<"'  août  1913  au  l",août  1914.  ,  .  .  38.452  78,50 

-r  1914  —  1915.  .  .  .  34.594  93,28 

—  1915  —  1916.  .  .  .  24.920  95,20 

1916  —  1917.  .  .  .  28.484  93,14 

—  1917  —  1918.  .  .  .  31.262  97,30 

Ces  chiffres  démontrent  combien  le  rôle  de  l’Assistance 
publique  devient  tous  les  jours  plus  grand  et  combien  aussi 
cette  assistance  est  nécessaire,  indispensable,  jusqu’à  l’heure  où 
la  Maternité  sera  enfin  honorée  comme  elle  le  mérite  et  comme 
elle  doit  l’être.  Puisse  cette  heure  sonner  demain  pour  assurer 
le  relèvement  de  notre  natalité  ! 

En  attendant  l’acte  législatif  assurant  l’avenir  matériel  de 
toutes  lés  naissances  futures,  il  faut  qu’à  ce  point  de  vue,  l’orga¬ 
nisation  de  l’Assistance  publique  subisse  des  modifications  pro¬ 
fondes.  11  faut  combler  au  plus  vite  toutes  les  lacunes  de  son 
statut  actuel.  11  faut,  et  il  est  grand  temps,  que  la  démocratie  ne 
soit  plus,  ici  comme  ailleurs,  un  mot  vide.  11  faut  que  la  parole, 
éloquente  quelquefois,  fasse  place  à  l’action  avertie  et  compé¬ 
tente.  Il  faut  qu’on  en  finisse  avec  les  moyens  de  fortune  dont 
quelques-uns  rappellent  encore  trop  les  pratiques  du  Moyen 


654  PROFESSEUR  A.  PINARD 

âge,  qui,  en  tout  cas,  sont  insuffisantes  et,  surtout,  indignes  de 
la  solidarité. 

Au  Gouvernement  actuel  aussi  doit  aller  notre  reconnais¬ 
sance.  C’est  à  lui  que  la  population  enfantine  parisienne  et  du 
camp  retranché  doit  d’avoir  pu,  pendant  cette  quatrième  année 
de  guerre,  profiter  encore  du  lait  frais  et  pur  du  troupeau  de 
Paris.  Les  pauvres  petits  ont  failli  en  êtrè  privés  ! 

Des  administrateurs,  ignorant  la  puériculture,  comme  tant 
d’autres,  hélas!  avaient  à  maintes  reprises  proposé  au  début 
de  cette  quatrième  année  de  guerre  la,  suppression  du  troupeau 
de  Paris,  par  mesure  d’économie'.  A  les  entendre,  ils  avaient  en 
réserve  assez  de  boîtes  de  lait  conservé,  condensé,  concentré, 
pour  subvenir  aux  besoins  de  la  population  enfantine.  Et  il  se 
trouva  une  Commission,  soi-disant  compétente,  pour  les  approu¬ 
ver.  C’est  alors  que  l’arrêt  de  mort  du  troupeau  de  Paris  fut 
signé.  Heureusement,  une  intervention  près  du  Président  du 
Conseil  suffit  pour  en  suspendre  l’exécution  qui  aurait  eu  fala- 
lement  des  conséquences  désastreuses,  en  privant  tant  de  mal¬ 
heureux  enfants  de  la  seule  et  irremplaçable  nourriture  qui  leur 
convienne,  c’est-à-dire  du  lailfrais,  non  adultéré,  ni  contaminé 

Le  D''  G.  Clemenceau  a  donné  ainsi  la  preuve  qu’il  est  resté  le 
philanthrope  et  le  puériculteur  averti  s’étant  révélé  dans  ses  rap¬ 
ports  au  Conseil  général  de  la  Seine  sur  les  Enfants  assistés. 

Il  meplaîtàce  propos  —  je  nesais  si, en  agissant  ainsi,  j’aurai 
l’approbation  de  tous,  mais  j’aurai  toujours  celle  de  ma  con¬ 
science,  et  je  pourrai  en  même  temps  affirmer  ma  reconnais¬ 
sance,  —  il  me  plaît,  dis-je,  deprocéder  du  haut  de  cette  tribune 
à  une  exhumation.  Elle  consistera  à  vous  citer  les  quelques 
lignes  qui  terminent  le  rapport,  lu  le  24  novembre  1875  par  le 
D''  G.  Clemenceau,  alors  conseiller  municipal  de  Paris  *. 

1.  Pendant  la  quatrième  année  de  guerre,  les  distributions  dé  ce  lait 
ont  été  faites  à  153  établissements  :  46  mairies,  43  crèches,  64  refuges  de 
femmes  en  état  de  gestation,  de  mères  nourrices,  à  des  consultations  de 
la  Mutualité  maternelle  et  à  différentes  œuyres  d’assistance  infantile- 

Malgré  toutes  mes  instances,  la  quantité  de  lait  distribuée  actuellement 
est  encore  insuffilante.  Je  répète  que,  pour  la  vie  de  demain,  il  faudra  assu¬ 
rer  à  la  population  enfantine  nécessiteuse  de  Paris  au  moins  une  distri¬ 
bution  quotidienne  de  quinze  wtVfe  litres  de  ce  lait. 

2.  Rapport  présenté  par  M.  G.  Clemenceau,  au  nom  de  la  3=  Commission 
sur  le  Service  des  Enfants  assistés.  Extrait  du  procès-verbal  de  la  séancè 
du  24  novembre,  soir. 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE  65.> 
«  Messieurs, 

«  Vous  me  pardonnerez  difficilement  de  vous  avoir  imposé 
ce  long  et  fastidieux  rapport,  quand  je  vous  aurai  dit  qu’il  peut 
se  résumer  tout  entier  en  une  seule  pensée.  Cette  pensée  par 
laquelle  j’aurais  pu,  à  votre  grand  avantage,  commencer  et  finir 
à  la  fois  mon  travail,  c’est  la  recherche  de  tous  les  moyens  de 
réduire  la  mortalité  des  Enfants  assistés... 

«  Le  problème  avec  lequel  nous  sommes  aux  prises  est  assu¬ 
rément  une  question  d’humanité.  Les  malheureux  êtres  qu’une 
implacable  fatalité  sociale  semble  avoir  condamnés,  dès  avant 
leur  naissance,  ont,  au  même  titre  que  tous,  un  droit  égal  à  la 
vie,  au  travail,  à  l’honorabilité,  et,  pour  tout  dire  en  un  mot,  à 
leur  part  de  champ  et  de  soleil  dans  la  grande  lutte  pour  l’exis¬ 
tence  et  la  satisfaction  des  besoins  légitimes.  Et^nous,  nous 
avons  le  devoir,  dans  la  mesure  de  nos  forces,  de  leur  assurer 
tous  ces  biens.  La  charité  n’a  rien  à  voir  ici  :  c’est  une  question 
de  droit  pour  eux,  de  devoir  pour  nous. 

«  Mais  l’humanité,  au  sens  général  du  mot,  n’est  pas  le  seul 
mobile  qui  nous  pousse.  Vous  ne  comprendriez  pas  que  nous 
n’ayionspas  constamment  le  regard  tourné  vers  noire  pays,  que 
nous  ne  lui  rappoTlions  pas  toutes  nos  pensées,  tous  nos  efforts. 
Messieurs,  on  a  prononcé  un  mot  redoutable  :  on  a  parlé  de  la 
Dépopulation  de  la  France.  Quoi  de  plus  grave  pour  l’avenir  de 
la  civilisation.  Nous  le  disons  sans  forfanterie  comme  sans  fausse 
modestie,  la  République  frapçaise  représente  dans  le  mqnde 
des  idées  d’émancipation,  de  liberté,  de  justice  surtout,  qui  ne 
pourraient  pas  disparaître  sans  que  l’humanité^  éprouvât  un 
irréparable  dommage.  Ainsi  se  confondent  pour  nous  ces  deux 
devoirs  supérieurs,  le  patriotisme  et  l’humanité!  Arrachons  nos 
pupilles  à  la  mort,  ou,  ce  qui  est  pire,  à  la  dégradation  ;  qu’ils 
deviennent  d’utiles  citoyens,  et  si  jamais  le  jour  vient  où  la 
patrie  les  réclame,  qu’ils  se  souviennent  de  ce  qu’elle  aura  fait 
pour  eux,|et  qu’ils  se  lèvent  pour  la  défense  de  la  Justice  et  de 
la  Liberté  !  » 

Je  me  garderai  bien  d’ajouter  le  moindre  commentaire  :  tout 
le  monde  a  compris  que,  dans  ces  lignes,  le  grand  citoyen  Cle¬ 
menceau  ne  s’est  pas  montré  uniquement  puériculteur. 

S’il  se  montra  toujours  le  protecteur  des  enfants,  il  n’oublia 


656 


PROFESSEUR  A.  PIXARD 


pas  les  mères.  C’est  encore  grâce  à  lui  que  les  femmes  en  travail 
purent  être,  comme  pendant  les  trois  premières  années,  trans¬ 
portées  la  nuit,  en  voiture  automobile,  des  refuges  ou  de  leur 
domicile  dans  les  maternités.  Et,  à  ce  propos,  je  m’en  voudrais 
de  ne  pas  ajouter  qu’au  moment  du  bombardement  de  Paris  p;ir 
les  gothas  et  les  berthas,  les  conducteurs  militaires  eux-mêmes 
voulurent  contribuer  à  la  protection  des  mères  et  des  enfants 
en  blindant  spontanément  le  camion  militaire  nocturne  dont  le 
maintien  est  également  dû  au  Président  du  Conseil. 


Encore  une  fois,  je  dois  rappeler  l’effort  constant  et  si  tuté¬ 
laire  de  la  Fédération  des  Cantines  maternelles. 

Contrairement  à  un  certain  nombre  d'œuvres  de  Protection 
qui  furent  atteintes  de  parésie  sinon  même  de  paralj'sie  totale, 
de  par  la  durée  de  la  guerre,  la  Fédération  des  Cantines  mater¬ 
nelles  non  seulement  maintint  constamment  son  action,  mais 
encore  la  développa. 

Malgré  les  difficultés  du  ravitaillement  et  la  cherté  croissante 
des  vivres,  elle  donna  encore  6S9.626  repas,  du  1"  août  1917  au 
1®'  août  1918,  aux  femmes  en  état  de  gestation  et  aux  mères 
nourrices. 

Le  bombardement  de  Paris  ayant  provoqué  l’exode  d’un 
grand  nombre  d’entre  elles,  la  Fédération  des  Cantines  mater- 
nelleï  favorisa,  autant  qu’elle  le  put,  leur  émigration  en  s’occu¬ 
pant  spécialement  de  celles  qui  étaient  déjà  mères  de  famille 
qu’elle  installaten  province  avec  leurs  enfants.  'Voici  les  chiffres 
indiquant  le  nombre  des  repas  donnés  par  les  Cantines  mater¬ 
nelles  pendant  l’année  qui  a  précédé  la  guerre  et  les  quatre  pre¬ 
mières  années  de  la  guerre. 

Nombre  de  repas  donnés  par  les  cantrn’es  maternelles. 


En  1913  . .  245.365 

D’août  1914  à  août  1915  ........  967.557 

—  1915  —  1916  896.670 

—  1916  •—  1917  686.441 

—  1917  —  1918  659.626 


La  Fédération,  des  Cantines  maternelles  a  donné  depuis  le 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE 


mois  d’août  1914  jusqu’au  !«'  novembre  1918  :  3.394.765  repas 
et  dépensé  1.379.052  fr.  75  centimes. 

Il  m’apparaît  qu’on  ne  saurait  trop  applaudir  à  ce  magnifique 
effort  de  protection  si  puissamment  efficace  et  qui  doit  être 
absolument  continué. 

Pour  achever  le  résumé  du  fonctionnement  de  l’Office  central 
et  montrer  l’étendue  de  son  action  pendant  la  quatrième  année 
de  guerre,  je  dirai  que  non  seulement  des  subventions  furent 
accordées  par  l’Office  à  presque  toutes  les  Permanences  des 
mairies  de  Paris  et  de  la  banlieue,  ainsi  qu’à  de  nombreuses 
œuvres  de  protection  maternelle  et  infantile  comme  précédem¬ 
ment,  mais  encore  qu'il  leur  fut  distribué,  en  quantité  plus  con¬ 
sidérable  que  par  le  passé  :  des  layettes,  des  vêtements,  des 
chaussures,  etc.  En  raison  des  subventions  et  des  distributions 
devenues  indispensables  de  par  la  prolongation  des  hostilités  et, 
aussi,  de  par  l’arrivée  à  Paris  et  dans  le  camp  retranché  de  nom¬ 
breuses  évacuées  fuyant  l’invasion  angoissante  de  mai  à  juillet, 
les  dépenses,  à  peine  suffisantes  pour  répondre  à  des  besoins 
pressants  rendant  l’assistance  urgente,  augmentèrent  dans  une 
proportion  considérable.  Et  la  caisse  de  l’Office  se  faisait 
tous  les  jours  plus  légère!  Heureusement,  là  aussi,  les  Alliés,  les 
amis  vinrent  à  notre  aide,  je  pourrais  dire  à  notre  secours.  Ce 
fut  principalement  le  Secours  australien  qui  sauva  la  situation, 
un  moment,  si  critique.  Et  je  suis  heureux  de  le  proclamer  du 
haut  de  cette  tribune,  étant  certain  que  la  population  parisienne 
et  du  camp  retranché,  l’apprenant,  ne  l’oubliera  pas. 

Voici  dans  quelle  proportion  CXustralie  vint  à  noire  aide, 
la  générale  Michel  reçut  pour  l’Office  central  ; 

De  Melbourne  : 

Du  16  décembre  1915  au  15  octobre  1917  .  356.300  fr.  » 

Du  18  octobre  au  9  novembre  1918.  .  .  .  95.159  fr.  75 

Total.  .  .  451.459  fr.  75 

De  la  Ligue  franco-australienne  de  Sydney  : 

Du  18  décembre  1915  au  3  septembre  1917 
Du  3  septembre  1917  au  24  juin  1918.  . 

‘  Total.,  . 

Total  du  Secours  australien,  du  16  décembre  1915  au  24  sep¬ 
tembre  1918  :  602.122  fr.  25. 


57.662  fr.  50 
93.000  fr.  .. 
150.662  fr.  50 


—  42 


658 


PROFESSEUR.  A.  PINARD 


Ai-je  besoin  de  dire  notre  infinie  reconnaissance  à  nos  amis 
et  alliés  d’Australie?  S’ils  n’ont  pas  hésité  à  envoyer  leurs  fils  en 
France  Terser  leur  sang  pour  la  grande  cause,  ils  ont,  avec  le 
même  empressement  et  la  même  générosité,  enivert  leur  bourse 
en  faveur  de  nos  petits  Français  et  de  leurs  mères. 

Au  nom  de  tous  ceux,  mères  et  enfants, .qu’ils  ont  ainsi 
sauvés,  je  leur  exprime  du  fond  du  cœur  notre  profonde  grati¬ 
tude. 

Je  me  reprocherais  de  ne  pas  faire  connaître,  ici,  toute  une 
catégorie  de  collaboratrices  mérilantnotre  admiration  autant  que 
notre  reconnaissance. 

Oh  !  celles-ci  ne  sont  point  des  privilégiées  de  la  fortune,  loin 
de  là  !  elles  font  partie  de  la  légion  des  malheureuses  mères 
dénuées  de  ressources,  à  ce  point  que  pour  remplir  un  devoir 
auquel  elles  ne  veulent  pas  se  soustraire,  celui  d’allaiter  leur 
enfant,  elles  son  t  obligées  de  réclamer  l’aide  de  l’Office  central  de 
protection  maternelle  et  infantile,  c’est-à-dire  le  logement  et  la 
nourriture.  Ce  sont  les  bénéficiaires  de  nos  refuges  de  mères 
nourrices. 

Eh  bien,  parmi  ces  infortunées,  nous  en  avons  toujours  ren¬ 
contré,  depuis  le  début  de  la  guerre,  qui  ont  accepté  d’allaiter 
un  orphelin  nouveau-né,  en  même  temps  que  leur  propre 
enfant.  Elles  ont  donc  prouvé,  ce  faisant,  que  la  pauvreté  n’exclut 
pas  l’altruisme.  A  plus  malheureux  qu’elles  encore,  «  pauvres  de 
la  pauvreté  suprême  »,  elles  ont  donné  leur  sein  et  leur  cœur, 
devançant  ainsi  la  Loi  —  qui  doit  être  tutélaire,  paraît-il  —  pour 
les  pupilles  de  la  Nation. 

Il  m’apparaît  que  ce  faitmérite  d’être  inséré  dans  nos  Bulletins. 

Une  fois  de  plus,  je  vais  essayer  de  rechercher  si  celte  Pro¬ 
tection  maternelle  et  infantile,  telle  qu’elle  a  été  comprise  et 
instituée  depuis  le  début  de  la  guerre,  telle  qu’elle  n’a  cessé  de 
fonctionner  jusqu’à  ce  jour,  si  tous  ces  efforts,  tous  ces  dévoue¬ 
ments,  toutes  ces  dépenses  ont  abouti  à  un  résultat  véritable¬ 
ment  fructueux.  Je  persiste  à  croire  plus  que  jamais  qu’en  agis¬ 
sant  ainsi,  je  parviendrai  à  bien  faire  comprendre  ce  qui  est 
absolument  nécessaire,  indispensable  et  urgent  pour  la  vie  de 
4emaia.  <■  Le  reflet  dü  passé  éclaire  l’avenir.  » 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE  659 

Comme  dans  mes  précédentes  communications,  je  vais  com¬ 
parer  l’état  démographique  de  Paris  pendant  la  quatrième  année 
de  guerre  avec  celui  des  trois  premières  et  aussi  celui  qui  a  pré¬ 
cédé  la  guerre,’ en  prenant  les  chiffres  publiés  dans  le  Bulletin 
hebdomadaire  de  statistique  de  la  Ville  de  Paris. 

La  statistique  complète  des  communes  suburbaines  et  des 
communes  du  camp  retranché  qui  font  partie  du  département 
de  Seine-et-Oise  n’ayant  point  encore  été  publiée,  je  ne  puis  en 
faire  état.  Mais,  à  propos  des  communes  faisant  partie  du 
département  de  Seine-et-Oise,  je  suis  heureux  de  dire  que,  pen¬ 
dant  la  quatrième  année  de  guerre,  la  Protection  maternelle  et 
infantile  fut  assurée  aussi  effectivement  et  aussi  efficacement 
que  pendant  les  trois  premières  années  sous  les  auspices  du 
préfet,  M.  Autrand,  et  de  M"*®  Autrand  et  du  nouveau  préfet, 
M.  Canal,  avec  la  collaboration  incessante,  aussi  active  qu’éclai¬ 
rée,  de  M.  Marois,  inspecteur  départemental. 


Les  tableaux  concernant  la  protection  de  l’enfance  à  Paris 
pendant  les  quatre  premières  années  de  la  guerre  ont  été  réu¬ 
nis  à  la  fin  de  cette  communication. 

Les  remarques  auxquelles  ils  ont  donné  lieu  sont  exposées 
ci-après,  dans  l’ordre  même  de  ces  tableaux. 

1.  —  Naissances. 

L’augmentation  des  naissances  constatée  pendant  les  troi¬ 
sième  et  quatrième  années  de  guerre  n’implique  pas  sûrement 
une  augmentation  de  la  fécondité  parisienne.  Nombre  de  femmes 
habitant  la  banlieue,  réfugiées  ou  évacuées,  c’est-à-dire  étran¬ 
gères  à  Paris,  sont  venues  y  accoucher.  Les  éléments  nous  man¬ 
quent  pour  préciser  la  proportion  des  accouchements  dus  aux 
femmes  autochtones  ou  étrangères. 

Du  mois  de  février  1917  au  mois  d’avril  1918,  les  naissances 
à  Paris  s’étaient  relevées  à  une  moyenne  de  675  par  semaine. 
En  mai  1918,  par  suite  des  départs  delà  capitale,  elles  sont 
tombées  à  511.  Toutefois,  cette  diminution  n’a  été  que  momen¬ 
tanée.  Les  naissances  remontent  vers  une  moyenne  de  600,  par 
semaine. 


PROFESSEUR  A.  PINARD 


II.  —  Mortinatauté. 

La  mortinatalité  a  été  plus  nombreuse  pendant  la  quatrième 
année  de  guerre  et  s’est  rapprochée  de  cë  qu’elle  était  pendant 
la  première  année  de  la  guerre.  Elle  a  suivi  la  progression  sui- 
jVante  : 

7,69  pour  100  en  1914; 

6,63  pour  100  en  1915; 

7,67  pour  100  en  1916; 

7,15  pour  100  en  1917  ; 

7,60  pour  100  en  1918. 

III.  —  Mise  en  nourrice. 

Le  nombre  des  enfants  mis  en  nourrice  hors  Paris  avait  subi 
une  baisse  très  considérable  pendant  la.  première  année  de  la 
guerre.  11  s’est  relevé  dès  la  seconde  année  et  il  se  maintient  au 
taux  de  23  p.  100  du  nombre  des  naissances. 

31,00  pour  100  en  1914; 

13,35  pour  100  en  1915; 

22,32  pour  100  en  1916; 

â3,92  pour  100  en  1917; 

24,45  pour  100  en  1918. 

IV.  —  Abandons. 

Le  nombre  des  enfants  abandonnés  pendant  les  3  premiers 
mois,  qui  avait  subi  une  diminution  sensible  pendant  la  pre¬ 
mière  année  de  la  guerre,  n’a  cessé  de  progresser  depuis  la 
deuxième. 

4,98  pour  100  en  1914  ; 

2,88  pour  100  en  1915  ; 

5,21  pour  100  en  1916; 

5,50  pour  100  en  1917  ; 

5,58  pour  100  en  1918. 

V.  —  Proportion  des  illégitimes. 

L’augmentation  du  nombre  des  enfants  illégitimes  est  sen¬ 
sible.  En  1912,  le  nombre  des  illégitimes  parmi  les  mort-nés 
était  de  29,30  p.  100;  il  est  aujourd’hui  de  38,35  p,  100. 


DE  LA.  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE  661 

Pour  les  naissances  vivantes,  le  nombre  des  illégitimes  est 
un  peu  moindre.  De  23,80  p.  100  en  1912,  il  atteint,  en  1918, 
30,30  p.  100.  Il  y  a  donc  aujourd’hui  un  enfant  ülégitime  sur 
(rois,  ce  qui  peut  expliquer,  jusqu’à  un  certain  point,  l’augmen- , 
talion  croissante  du  nombre  des  abandons  et  des  mises  en  nour¬ 
rice. 

VI.  —  Mortalité  de  0  a  1  an. 

La  mortalité  infantile  de  0  jour  à  Smiois  pendant  la  quatrième 
année  de  la  guerre  est  devenue  supérieure  à  ce  qu’elle  était 
avant  la  guerre. 

8.10  pour  100  en  1914  ; 

7,41  pour  100  en  1915; 

7,40  pour  100  en  1916; 

8,00  pour  100  en  1917; 

8,32  pour  100  en  1918. 

La  mortalité  de  3  mois  à  1  an  a,  au  contraire,  diminué  sensi¬ 
blement  : 

7.40  pour  100  en  1914; 

7,78  pour ‘100  en  1915; 

7,59  pour  100  en  1916  ; 

6.41  pour  100  en  1917  ; 

5,64  pour  100  en  1918. 

Il  en  résulte  que  la  mortalité  totale  de  0  jour  à  1  an,  qui 
était  de  13,51  p.  100  en  1914,  n’est  plus  aujourd’hui  que  de 
13,96  p.  100. 

VII.  —  Mortalité  de  1  a  2  ans. 

La  mortalité  de  1  an  à  2  ans  a  également  diminué.  Elle  a  été 
pendant  la  quatrième  année  de  guerre  inférieure  à  ce  qu’elle 
était  avant  la  guerre  ; 

4,35  pour  100  en  1914; 

5,12  pour  100  en  1915  ; 

5,50  pour  100  en  1916; 

5,90  pour  100  en  1917; 

4.10  pour  100  en  1918. 


662 


PROFESSEUR  A.  PINARD 


VIII.  —  Mortauté  db  0  a  2  ans. 

La  mortalité  infantile  de  0  jour  à  2  ans  est  de  même  infé¬ 
rieure  à  ce  qu’elle  était  avant  la  guerre  : 

19,86  pour  100  en  1914; 

20,36  pour  100  en  1915; 

20,48  pour  100  en  1916; 

20,25  pour  100  en  1917; 

18,06  pour  100  en  1918., 

IX.  —  Mortalité  aux  divers  âges  entre  0  et  2  ans, 

AVANT  ET  PENDANT  LA  GUERRE. 

La  quatrième  année  de  guerre,  malgré  une  légère  augmenta¬ 
tion  de  la  mortalité  de  0  à  3  mois,  est  en  diminution  sensible 
sur  les  années  précédentes,  pour  les  âges  de  3  mois  à  1  an,  de 
i  à  2  ans  et  la  mortalité  totale  de  0  à  2  ans. 

X.  —  Marche  des  principaux  facteurs  de  la  mortalité 
DE  O  A  2  ans  depuis  LA  GUERRE. 

La  rougeole  a  fait  de. nombreuses  victimes  : 

1.368,  parmi  les  enfants  de  0  à  2  ans  pendant  les  trois  pre¬ 
mières  années  de  la  guerre.  Elle  a  diminué  de  moitié  pendant 
la  quatrième  et  elle  est  revenue  au  taux  d’avant  la  guerre. 

La  coqueluche  a  eu  une  recrudescence  pendant  la  deuxième 
année  de  la  guerre;  elle  a  repris  avec  une  certaine  intensité 
pendant  laqualrième. 

La  rougeole  et  la  coqueluche,  à  elles  deux,  ont  causé,  pen¬ 
dant  les  quatre  premières  années  de  la  guerre,  la  mort  de 
2.194  enfants  de  0  jour  à^2  ans. 

La  débilité  congénitale  s’est  abaissée  d’une  façon  sensible 
pendant  la  première  année  de  la  guerre.  Elle  prend,  depuis 
deux  ans,  des  proportions  inquiétantes.  Elle  a  atteint  la  propor¬ 
tion  de  4,55  p.  100.  Elle  cause  à  Paris  la  mort  d’un  millier 
d’enfants  de  moins  de  trois  mois  chaque  année. 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE  663 

La  scarlatine  et  la  diphtérie,  après  une  poussée  presque  con¬ 
tinue  pendant  les  trois  premières  années  de  la  guerre,  sont  en 
décroissance. 

La  méningite  et  la  tuberculose  ont  diminué  depuis  la  guerre. 
11  en  est  de  même  des  maladies  des  voies  respiratoires,  malgré 
l’augmentation  signalée  pendant  la  quatrième  année  pour  les 
enfants  de  moins  de  3  mois. 

La  diarrhée  infantile  se  maintient  en  décroissance  depuis  trois 
ans;  elle  a  diminué  d’un  tiers.  De  1.363  en  1914,  les  décès  dus  à 
cette  maladie  sont  tombés  à  762  en  1918;  d’où  une  diminution 
moyenne  de  600  par  an. 

XL  —  Marche  des  principaux  facteurs 

DE  LA  MORTALITÉ  AUX  DIVERS  AGES 

PENDANT  LA  QUATRIÈME  ANNÉE  DE  GUERRE  (1917-1918). 

La  mortalité  de  0  à  3  mois  a  été  augmentée  de  0,12  p.  100, 

,  par  rapport  à  celle  de  l’année  précédente,  par  une  augmentation 
de  la  débilité  congénitale  et  de  0,20  p.  100  par  suite  d’une  pous¬ 
sée  de  broncho-pneumonie  dans  les  mois  de  février,  mars  et 
avril  1918. 

La  mortalité  de  3  mois  à  1  an  accuse  une  diminution  de 
0,20  p.  100  dans  la  rougeole  et  0,S7  p.  100  dans  les  maladies  des 
voies  respiratoires. 

La  mortalité  de  1  à  2  ans  a  bénéficié  de  diminutions  sem¬ 
blables  :  1  p.  100  dans  les  maladies  des  voies  respiratoires  et 
de  0,80  p.  100  pour  la  rougeole. 

XII.  —  Mortalité  maternelle  par  les  maladies  puerpérales. 

La  mortalité  maternelle  puerpérale  n’a  pas  augmenté  pendant 
la  quatrième  annéé  de  la  guerre.  Elle  reste  inférieure  à  ce  qu’elle 
était  avant  la  guerre. 

0,67  pour  100  en  1914; 

0,46  pour  100  en  1915; 

0,48  pour  100  en  1916; 

0,50  pour  100  en  1917  ; 

0,49  pour  100  eu',1918. 


€64 


PROFESSEUR  A.  PINARD 


PROTECTION  DE  L’ENFANCE  A  PARIS 
PENDANT  LES  TROIS  PREMIÈRES  ANNÉES  DE  GUERRE 

1»  DÔCÜMENTS  STATISTIQUES 


comprenant  ceux  de  l'année  ayant  précédé  la  guerre 
et  ceux  des  quatre  premières  années  de  la  guerre. 

I 

Tous  ces  documents,  sauf  ceux  du  tableau  IV,  sont  extraits  du 
Bulletin  hebdomadaire  de  statistique  municipale  de  la  Ville  de 
Paris. 

I.  —  Naissances  a  Paris. 

Naissances. 


Du  1”  août  1913  au  1"  août  1914.  .  .  .  48.197 

1914  —  1915.  .  .  .  37.085 

—  1913  —  1916.  .  .  .  26.179 

—  1916  —  1917.  .  .  .  30.575 

—  1917  —  1918.  .  .  .  32.125 

Proportion,  des  naissances  par  rapport  à  celles  d'avant  la  guerre. 

Du  1®’’  août  1913  au  l'®  août  1914  ....  100,00 

—  1914  —  1915  ....  75,82 

—  1915  —  1916  ....  53,92 

—  1916  —  1917  ....  62,50 

—  1917  —  1918  ....  66,85 

Moyenne  des  naissances  par  semaine. 

Du  1«®  août  1913  au  l'®  août  1914 . 927 

—  1914  —  1915 . 713 

—  1915  —  1916 . 504 

—  1916  —  1917 . 588 

—  1917  —  1918 . 618 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE 


€05 


II.  —  Mortinatalité. 

Pour  100 

KOMBBE  des  naissances 
annuelles 

Du  I"  août  1913  au  1”  août  1914 .  3.711  7,69 

—  1914  —  1915  ....  2.460  6,63 

—  1915  —  1916  ....  2.007  7,67 

—  1916  —  1917  ....  2.191  7.15 

—  1917  —  1918  ....  2.445  7,60 

III.  —  Mises  en  nourrice  hors  Paris. 

Du  1"  août  1913  au  l"  août  1914.  .  .  .  14.925  31,00 

—  1914  —  1915.  .  .  .  4.954  13,35 

—  1915  —  1916.  .  .  .  5.844  22,32 

—  1916  —  1917.  .  .  .  7.295  25,92 

—  1917  —  1918.  .  .  .  7.862  24,45 


IV.  —  Abandons. 

1»  Dans  les  15  premiers  jours. 

Du  I"  août  1913- au  l'r  août  1914  ....  11.336  4,31 

—  1914  —  1915  ....  858  2,34 

—  1915  —  1916  ....  1.098  4,19 

—  1916  —  1917  ....  1.362  4,45 

—  1917  —  1918  ....  1.390  4,33 

2»  De  15  jours  à  3  mois. 

Du  1"  août  1913  au  1"  août  1914 . 321  0,67 

—  1914  —  1915 .  206  0,54 

—  1915  —  1916 .  268  1,02 

—  1916  —  1917 . 321  1,05 

—  1917  —  1918 .  402  1,25 

3»  De  3  mois  à  1  an. 

Du  1«  août  1913  au  1«  août  1914 .  380  0,79 

—  1914  —  1915 .  290  0,78 

—  1915  —  1916 .  320  1,22 

—  1916  -  1917 .  339  1,19 

—  1917  —  1918 .  334  1,40 


666 


PROFESSEUR  A.  PINARD 


Pour  100 

NOMBRE  des  naissances 
annuelles 

4°  Au  delà  d'un  an. 


Du  D--  août  1913  au  1"  août  1914.  ....  1.716  4‘86 

—  1914  —  1915 .  1.147  3,10 

—  1915  —  1916 .  1.322  ,  5,04 

—  1916  —  1917 .  1.230  4,09 

—  1917  —  1918 .  1.002  3,11 

Total  des  abandons. 

Du  août  1913  au  l'’’  août  1914 .  3.753  10,63 

—  1914  —  1915 . 2.501  6,76 

—  1915  —  1916 .  3.008  11,47 

—  1916  —  1917 .  3.252  10,78 

—  1917  —  1918 .  3.128  9,73 


V.  —  Proportion  des  illégitimes. 


1“  Enfants  nés  vivants  ;  2»  mort-nés  ; 

3°  ensemble  des  naissances  et  des  mort-nés. 

Nombre  des  illégitimes  depuis  la  guerre, 
comparé  avec  celui  de  l'annuaire  de  statistique  de  1912. 


NAISSANCES  ET  MORT-NÉS 

ANNÉE  ANNÉE  f. 

1912  1914 

Légitimes 

36.789  34.191  5 

Illégitime 

.  11.448  10.732 

Total . 

48.277  44.943  3 

Légitimes 

2.572  2.371 

Illégitime 

1.054  1.011 

Total . 

3.626  3.382 

Légitimes 

39.361  36.562  2 

Illégitime 

%  mort  nés-'  '  ' 

12.542  11.763 

Total.  .... 

51.903  48.32S  3 

DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE  667 


Pour  cent  des  illégitimes  depuis  la  guerre, 
comparé  à  celui  de  l’année  1912. 


RAISSAN'CES  ET  MORT-XÉS 

1912 

Aft'NéE 

1914 

1915 

1916 

m 

Légitimes . 

Illégitimes . . 

1»  Naissances  : 

Total . 

70,85 

22,15 

70,73 

22,25 

68,60 

23,10 

64,50 

28,65 

64,75 

28,15 

93,00 

93,00 

93,70 

93,15 

92,90 

Légitimes . 

Illégitimes . 

2°  Mort-nés  : 

Total . 

4,95 

2,05 

4,90 

2,10 

4,40 

1,90 

4,60 

2,25 

4,35 

2,75 

7,00 

7,00 

6,30 

6,85 

7,10 

Légitimes . 

Illégitimes . 

75,80 

24,20 

7.3,63 

24,35 

73,00 

27,00 

69,10 

30,90 

69,10 

30,90 

3°  Naissances  et  mort-nés  : 

Total . 

100,00 

100,00 

100,00 

100,00 

100,00 

Pour  cent  des  illégitimes 
dans  chacune  des  trois  séries  précédentes. 


PROFESSEUR  A.  PINARD 


VI.  —  Mortalité  infantile  de  0  a  1  an. 

Population  enfantine  deü  à  i  an  restée  à  l'intérieur  de  Paris. 

Pour  100 

No.MBBE  des  naissances 
annuelles 

Du  août  1913  au  1«  août  1914.'  .  .  .  31.615  65,32 

—  1914  —  1915.  .  .  .  31.067  83,77 

—  .  1915  —  1916.  .  .  .  18.971  72,47 

—  1916  —  1917.  .  .  ,  21.593  70,63 

—  1917  —  1918 .  24.263  75,50 

Les  nombres  compris  dans  le  paragraphe  précédent  ont  servi 
à  l’établissement  des  pour  cent  des  tableaux  de  mortalité  qui 
suivent. 

NOMBRE  Pour  100 

.  .  du  nombre 

PRINCIPAUX  FACTEURS  DE  LA  MORTALITE  >  “68 

DÉCÈS  restés  à  Paris 

Diarrhée  et  entérite. 

1“  Enfants  nourris  au  sein. 

Du  1"  août  1913  au  1"  août  1914.  ...  238 

—  1914  —  1915.  ...  257 

—  1915  —  1916.  ...  115 

—  1916  —  1917.  ...  153 

—  1917  •—  1918.  .  .  .  143 

2°  Autre  mode  d’alimentation. 

Du  1"  août  1913  au  1"  août  1914.  .  .  .  1.125 

—  1914  —  1915.  .  .  .  1.182 

—  1915  —  1916.  ...  481 

—  1916  —  1917.  ...  509 

•  —  1917  —  1918.  ...  619 

3"  Total  des  décès. 

Du  1"  août  1913  au  1"  août  1914. 

—  1914  —  1915. 

—  1915  —  1916. 

—  1916  —  1917. 

—  1917  —  1918. 

1.  Tout  en  reconnaissant  que  ces  chiffres  ne  représentent  pas  toujours 
la  vérité  absolue,  loin  de  là,  comme  cause  exacte  de  la  mort,  nous  pensons 
qu'ils  possèdent,  quand  même,  une  signification  de  par  la  loi  du  grand 
nombre. 


1.363  4,31 

1.439  4,63 

596  3,15 

662  3,05 

762  3.14 


0,75 

0,83 

0,60 

0,70 

0,59 


3,56 

3,80 

2,55 

2,35 

2,55 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE 


669 


PRINCIPAUX  FACTEURS  DE  LA  MORTALITÉ 


NOMBRE 

des 

DÉCÈS 


Débilité  congénitale. 

Du  1"  août  1913  au  1"  août  1914.  .....  1.356 

^  1914  —  1915 .  1.050 

—  1915  —  1916 .  782 

—  1916  —  1917 .  964 

—  1917  —  1918 .  1.087 

Affections  de  l'appareil  respiratoire. 
Du  1"  août  1913  au  1®''  août  1914 .  961 

—  1914  —  1915 .  823 

—  1915  —  1916 .  '525 

—  1916  —  1917.  ....  584 

—  1917  —  1918 .  563 


Maladies  inconnues  ou  mal  définies. 


Du  !■'  août  1913  au  l®'  août  1914 .  598 

—  1914  —  1915 .  697 

—  1915  —  1916 .  432 

—  1916  —  1917 .  527 

—  1917  —  ■  1918 .  545 

Tuberculose. 

Du  1‘®  août  1913  au  1®®  août  1914 .  196 

—  1914  —  1915 .  200 

—  1915  —  1916.  ....  154 

—  1916  —  1917 .  111 

—  1917  —  1918 .  120 

Méningite  simple. 

Du  1'®  août  1913  au  1®®  août  1914 .  159 

—  1914  —  1915 .  151 

—  1915  —  1916 .  91 

—  1916  —  1917 .  94 

—  1917  '  —  1918 .  128 

Rougeole. 

Du  1®®  août  1913  au  1®®  août  1914 .  111 

—  1914  —  1915.  ....  271 

—  1915  —  1916 .  115 

—  1916  —  1917 .  120 

—  1917  —  1918 .  72 


du  nombre 
des  enfants 
restés  à  Paris 


4,29 

3,38 

4,12 

4,46 

4,48 


3,04 

2,64 

2,76 

2,70 

2,32 


1,88 

2,26 

2,33 

2,43 

2,24 


0,62 

0,64 

0,81 

0,51 

0,50 


0,50 

0,48 

0,48 

0,43 

0,53 


0,35 

0,87 

0,61 

0,55 

0,30 


€70 

PROFESSEUR  A.  PINARD 

Four  100 

OnTVPrDATTY  PirTPnn 

niT  r  1  MnnTirtTiJ 

du  nombre 

DÉCÈS 

restés  à  Paris 

Coqueluche. 

Du  1"  août  1913  au 

l»-'  août  1914.  .  . 

.  .  141 

0,45 

—  1914 

—  1915.  .  . 

.  .  69 

0,22 

—  1915 

—  1916.  .  . 

.  .  114 

0,61 

—  1916 

—  1917.  .  . 

.  .  48 

0,22 

—  1917 

—  1918.  .  . 

.  .  96 

0,40 

Scarlatine. 

Du  1“'  août  1913  au 

1”  août  1914.  .  . 

.  .  1 

0,01 

—  1914 

—  1915.  .  . 

.  .  9 

0,03 

—  1915 

—  1916.  .  . 

.  .  5 

0,03 

—  1916 

—  1917.  .  . 

.  .  4 

0,02 

—  1917 

—  1918.  .  . 

.  .  1 

0,01 

■  Diphtérie. 

Du  1”  août  1913  au 

pf-août  1.914.  .  . 

.  .  19 

0,06 

—  1914 

—  1915.  .  . 

.  .  15 

0,05 

—  1915 

—  1916.  .  . 

.  .  6 

0,03 

1916 

—  1917.  .  . 

.  .  9 

0,04 

—  1917 

—  1918.  .  . 

.  .  10 

0,04 

Mortalité  totale  de  0 

àlan. 

Du  1"  août  1913  au 

1"  août  1.914.  .  . 

.  .  4.905 

15,51 

—  1914 

—  1915.  .  . 

.  .  4.724 

15,20 

—  1915 

—  1916.  .  . 

.  .  2.830 

14,93 

—  1916 

—  1917.  .  . 

.  .  3.123 

14,41 

—  1917 

—  1918.  .  . 

.  .  3:385 

13,96 

VII. 

—  Mortalité  de 

l  A  2  ANS. 

Cette  mortalité  se  rapporte  au  nombre  des  enfants  nés  et 

restés  à  Paris  pendant  l’année  qui  a 

précédé  celle 

du  décès. 

diminué  des  pertes 

qu’ils  ont  faites 

de  0  à  1  an.  Ce  nombre, 

pour  chacune  des  années,  est  indiqué 

ci -après;  il  a 

servi  pour 

l’établissement  des  pour  cent  correspondants. 

DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE 


Enfants  âgés  de  l  à  %  ans  restés  à  Paris. 

Du  l"  août  1913  au  1"  août  1914  ....  27.S96 

—  1914  —  1915  ....  26.710 

—  1915  -r  .  1916  ....  26.343 

—  1916  —  1917  ....  16.141* 

—  1917  —  191.8  ....  18.470 

NOMBRE  Pour  lOQ 

J-,  du  nombre 

PRINCIPAUX  FACTEURS  DE  LA  MORTALITE  <*«S  des  eufauts 

DÉcÉs  restés  à  Paris 

Diarrhée  et  entérite. 

Du  1"  août  1913  au  1"  août  1914 .  94  0,34 


—  1914  —  1915 .  106  0,40 

—  1915  —  1916 .  83  0,31 

—  1916  —  1917 .  54  0,33 

—  1917  —  1918 .  61  0,32 

Débilite  congénitale. 

Du  1«  août  1913  au  1"^  août  1914 .  9  0,03 

—  1914  —  1915 .  18  0,07 

—  1915  —  1916 .  10  0,04 

—  1916  —  1917 .  14  0,09 

—  1917  —  1918 .  11  0,07 

Affections  de  l'appareil  respiratoire. 

Du  1"  août  1913  au  1”  août  1914 .  470  1,70 

—  1914  —  1915 .  472  1,76 

—  1915  —  1916 .  481  1,84 

—  1916  —  1917.  ...  361  2,22 

—  1917  —  1918 .  266  1,45 

Maladies  inconnues  ou  mal  définies. 

Du  l»’'  août  1913  au  1"  août  1914 .  93  0,35 

—  1914  —  1915 .  55  0,30 

—  1915  —  1916.  ....  111  0,41 

—  1916  —  1917.  ....  93  0,57 

—  1917  —  1918 .  70  0,38 


1.  En  1915-1916,  la  population  enfantine  de  0  à  1  an  est  tombée  de 
31.067  à  18.971  et  ses  pertes  ont  été  de  2,830  enfants. 


672 


PROFESSEUR  A.  PINARD 


NOMBHB  Four  100 
J  du  nombre 

PRINCIPAUX  FACTEURS  DE  LA  MORTALITÉ  “«S  deS  eufants 

DÉCÈS  restés  àFaris 


Tuberculose. 

Du  l"  août  1913  au  1"  août  1914  ...  187  0,67 

—  1914  —  1915 .  169  0,63 

—  1915  —  1916 .  192  0,73 

—  1916  —  1917.  ....  125  0,76 

—  1917  —  1918 .  99  0,54 

Méningite  simple. 

Du  1"  août  1913  au  1"  août  1914 .  119  0,43 

—  1914  —  1915 .  88  0,32 

—  1915  —  1916 .  90  0,34 

—  1916  —  1917 .  51  0,31 

—  1917  —  1918 .  52  0,29 

Rougeole. 

Du  août  1913  au  1«  août  1914.  ...  123  0,44 

—  1914  —  1915.  .  .  .  379  1,42 

—  1915  —  1916 .  284  1,08 

—  1916  —  1917 .  199  1,22 

—  1917  —  1918 .  94  0,51 

Coqueluche. 

Du  1"  août  1913  au  1»'  août  1914 .  74  0,27 

—  ’  1914  —  1915 .  45  0,17 

—  1915  —  1916 .  171  0,65 

—  1916  —  1917.  .  .  .  i  37  0,23 

—  1917  —  1918 .  80  0,43 

Scarlatine. 

Du  1"  août  1913  au  1"  août  1914 .  5  0,02 

—  1914  —  1915.  ....  5  0,02 

—  1915  —  1916 .  9  0,03 

—  1916  —  1917 .  8  0,05 

—  1917  —  1918 .  2  0,01 

Diphtérie. 

Du  !'='•  août  1913  au  1«  août  1914,  ....  30  0,10 

—  1914  —  1915 .  31  0,11 

—  1915  —  1916 .  2b  0,09 

—  1916  —  1917 .  20  0,12 

—  1917  —  1918 .  20  0,10 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE 


673 


PRINCIPAUX  FACTEURS  DE  LA  MORTALITÉ 


Four  100 
du  nombre 
des  enfants 
restés  à  Paris 


Mortalité  totale  de  i  à2  ans. 


Du  1“'  août  1913  au  août  1914 .  1.203  4.35 

—  1914  —  1918 .  1.368  5,16 

—  1915  —  1916.  ....  1.462  5,55 

—  1916  —  1917 .  952  5,90 

—  1917  —  1918.  ....  756  4,10 


VIII.  —  Mortalité  de  0  a  2  ans 


La  colonne  des  pour  cent  contient  la  somme  du  pour  cent  de 
la  mortalité  de  0  à  1  an  et  du  pour  cent  de  la  mortalité  de  1  à 
2  ans. 


PRINCIPAUX  FACTEURS  DE  LA  MORTALITÉ 

Diarrhée  et  entérite. 

1°  Enfants  nourris  au  sein. 


Du  1"  août  1913  au  1”  août  1914 .  938 

—  1914  —  1915 .  257 

—  1915  —  1916 .  115 

—  1916  —  1917.  ....  153 

—  1917  —  1918.  ....  143 

2“  Autre  mode  d’alimentation. 

Du  1"  août  1913  au  1”  août  1914 .  1.219 

—  .  1914  —  1915 .  1.288 

—  1915  —  1916 .  564 

—  1916  —  1917 .  563 

—  1917  —  1918 .  680 

3»  Total  des  décès  par  diarrhée  et  entérite. 
Lu  1«  août  1913  au  1='  août  1914 .  1.457 

—  1914  —  1915 .  1.545 

—  1915  —  1916 .  679 

—  1916  —  1917 .  710 

—  1917  —  1918 .  823 


0,75 

0,38 

0,60 

0,70 

0,59 


3,90 

4,20 

2,86 

2,65 

2,86 


4,65 

5,03 

3,46 

3,38 

3,46 


d’hyg. 


—  43 


674 


PROFESSEUR  A.  PINARD 


PRINCIPAUX  FACTEURS 


Débilité  congénitale. 

Du  1«>'  août  1913  au  1"  août  1914.  ....  1.364  4,32 


1914  —  191i).  ....  1.068  3,41 

1915  —  1.916 .  792  4,19 

1916  —  1917 .  978  4,55 

1917  —  1918 .  1.098  4,55 


Affections  de  l'appareil  respiratoire. 
lu  1““'  août  1913  au  1”  août  1914 .  1.431  4,74 


—  1914  —  1915 .  1.295  4,40 

—  1915  —  1916 .  1.012  4,60 

—  1916  —  1917 .  945  4,92 

—  1917  —  1918  .  829  3,76 

Maladies  inconnues  ou  mal  définies. 

Du  1"-  août  1913  au  l»*'  août  1914 .  691  2,23 

—  1914  —  1915 .  752  2,56 

—  1915  —  1916.  ....  554  2,74 

—  1916  —  1917 .  620  3,00 

—  1917  —  1918 .  615  2,63 

Tuberculose. 

Du  1»'  août  1913  au  1"  août  1914.  ....  '  383  1,29 

—  1914  —  1915 .  369  1,27 

—  ■  1915  —  1916 .  346  1,54 

—  1916  —  1917 .  236  1,27 

—  1917  —  1918 .  219  1,04 

Méningite. 

Du  1"  août  1913  au  1"  août  1914 .  278  0,93 

—  1914  —  1915 .  239  0,80 

—  1915  —  1916 .  181  0,82 

—  1916  —  1917.  .  .'  .  145  0,74 

—  1917  —  1918 .  180  0,81 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE 

ET  INFANTILE 

PRINCIPAUX  FACTEURS  DE  LA  MORTALITÉ 

ueTSs 

Rougeole. 

Du  l"  août  1913 

au  1"  août  1914 . 

234 

0,79 

—  1914 

—  1915 . 

650 

2  29 

—  1915 

—  1916 . 

399 

1,69 

—  1916 

—  1917 . 

319 

1,77 

—  1917 

—  1918 . 

166 

0,80 

Coqueluche. 

Du  1"  août  1913 

au  !''■  août  1914 . 

215 

0,72 

—  1914 

—  1915.  .  .  . 

114 

0,39 

—  1915 

—  1916.  .  .  . 

285 

1,26 

—  1916 

—  1917 . 

85 

0,45 

-  1917 

—  1918 . 

170 

0,83 

Scarlatine. 

Du  l"  août  1913 

au  l'‘  août  1914 . 

6 

0,03 

—  1914 

—  1915 . 

14 

0,05 

—  1915 

—  1916 . 

14 

0,06 

—  1916 

—  1917 . 

12 

0,07 

—  1917 

—  1918 . 

3 

0,02 

Diphtérie. 

Du  1"  août  1913 

au  août  1914 . 

49 

0,16 

—  1914 

—  1915 . 

40 

0,16 

—  1915 

—  1916 . 

31 

0,12 

—  1916 

—  1917 . 

29  ’ 

0.16 

—  1917 

—  1918 . 

30 

0,16 

Mortalité  totale  de  0  o  2 

au. 

Du  l»--  août  1913  i 

lu  l"  août  1914 . 

0.108 

19,86 

—  1914 

—  1915 . 

0.092 

20,36 

—  1915 

—  1916 . 

4.293 

20,48 

—  1910 

—  1917 . 

4.08:; 

20,31 

—  1917 

—  1918.  .... 

4.141 

18,06 

«76 


PROFESSEUK  A.  PINARD 


IX.  —  Mortalité  aux  divers  âges,  entre  0  et  2  ans, 

AVANT  ET  PENDANT  LA  GUERRE. 
Comparaison  des  cinq  années 
(1913-1914,  1914-1915,  1915-1916,  1916-1917,  1917-1918'. 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE  6*7 

XI.  Marche  des  principaux  facteurs  de  la  mortalité 
AUX  divers  AGES, 


pendant  la  quatrième  année  de  guerre  (1917-1918) 

pour  cent. 


XII.  —  Mortalité  maternelle  par  les  maladies  puerpérales. 
Naissances. 


Du  i"  août  1913  au  l»'  août  1914  ....  48.197 

—  1914  —  1915  ....  37.085 

—  1915  -  1916  ....  26.179 

—  1916  —  1917  ....  30.573 

—  1917  —  1918  ....  32.125 


Décès. 

Accidents  de  la  gestation  et  de  l'accouchement,  fièvre  puerpérale, 
péritonite,  phlébites  puerpérales. 


Du  l"  août  1913  au  l»-'  août  1914 .  325  0,67 

—  1914  —  1915 .  178  0,46 

—  1915  —  1916 .  126  0,48 

—  1916  —  1917 .  155  0,50 

—  1917  —  1918  ...  158  0,49 


PROFESSEUR  A.  PINARD 


2»  DOCUMENTS  EXTRAITS  DES  ARCHIVES 
DE  LA  CLINIQUE  BAUDELOCQUE 

XIII.  —  Durée  de  la  gestation  ou  de  la  première  vie 

Seat  considérés  comme  pouvant  être  à  terme  tous  les  enfants 
expulsés  neuf  mois  après  les  dernières  règles.  (Voir  tableau 
page  suivante.) 


RÉFLEXIONS  ET  CONCLUSIONS 

En  présence  de  tous  ces  chiffres  extraits  du  Bulletin  hebdoma¬ 
daire  de  statistique  municipale,  de  la  Ville  de  Paris,  et  des 
Archives  de  la  Clanique  Baudelocque,  quelles  réflexions  peuvent 
et  doivent  surgir  ?  quelles  conclusions  doit-on  en  tirer  pour 
l’avenir  ? 

Les  tableaux  XI  et  XIII  sont  particulièrement  intéressants  à  ce 
point  de  vue.  Ils  renferment  des  chiffres  qui  s’accusent  en  relief. 
Le  tableau  XI  nous  apprend  que,  de  tous  les  facteurs  de  morta¬ 
lité  de  0  jour  à  3  mois,  la  débilité  congénitale  à  elle  seule  cause 
autant  de  morts  que  tous  les  autres  facteurs  nocifs,  que  toutes  les 
maladies.  Alors  que  pendant  la  première  année  de  guerre,  le 
nombre  de  ses  victimes  s’était  considérablement  abaissé,  relati¬ 
vement  à  ce  qu’il  était  avant  la  guerre,  il  s’est  constamment 
relevé  depuis,  et  il  prend,  depuis ^deux  ans,  des  proportions  de 
plus  en  plus  inquiétantes. 

Depuis  deux  ans,  plus  de  mille  enfants  meurent  de  0  jour  à 
3  mois  chaque  année  de  débilité  congénitale! 

Le  tableau  XIII  nous  montre  que  le  nombre  des  enfants  préma¬ 
turés,  nés  avant  terme,  c’est-à-dire  avant  leur  développement 
normal  et  complet  —  est  égal  à  l'a  moitié  du  nombre  total  des  nais- 
sancesi  Est-ce  une  pandémie  persistante  et  inconnue?  Non.  Nous 
n’avons  pas  à  rechercher  ici  la  cause  pathogène,  le  tableau  XIII 
explique  le  tableau  X.  Quoi  qu’on  en  ait  dit  à  cette  tribune,  plus 


6««  PROFESSEUR  A.  PINARD 

que  jamais,  j’affirme  que  la  cause  de  la  mortalité  par  débilité 
congénitale  est,  pour  la  plus  grande  part,  le  fait  de  surmenage 
pendant  la  gestation.  J’en  donnerai  ,1a  preuve  dans  un  instant. 
Mais  avant,  je  veux  dire  que  la  mortalité  infantile,  par  débilité 
congénitale,  enregistrée  de  Ojour  à  3  mois,  n’est  qu’une  partie 
de  l’ensemble  des  résultats  désastreux  causés  par  le  surmenage 
pendant  la  gestation.  11  y  faut  ajouter  tous  les  avortements 
causés  par  lui  et  qui  ne  sont  pas  enregistrés,  puis  encore,  prin¬ 
cipalement,  tous  les  prématurés  qui  survivent  avec  les  tares 
indélébiles  de  la  prématuration  et  qui  ne  seront  jamais  que  des 
êtres  faibles,  sinon  des  déchets  sociaux. 

En  dehors  de  tant  d’autres  preuves  de  cette  assertion,  con¬ 
nues  des  personnes  compétentes,  il  en  est  une  qui  résulte  de  la 
statistique  d’un  graphique  de  la  Ville  de  Paris  pendant  les  quatre 
années  de  guerre. 

Que  démontre-t-elle  mathématiquement?  Que  jamais  les 
enfants  n’ont  été  plus  vigoureux,  plus  beaux  que  dans  la  pre¬ 
mière  année  de  guerre,  c’est-à-dire  que  jamais  la  mortalité  par 
débilité  cougénitale  n’a  été  aussi  faible.  C’était  à  croire  que  la 
plupart  de  ces  enfants  étaient  issus  de  femmes  ayantpassé  leurs 
derniers  mois  de  gestation  dans  les  Refuges  dont  je  montrais 
l’inQuence,  ici  même,  en  1895  '.  Hélas!  cela  ne  dura  qu’une 
année.  Dès  la  deuxième  année,  la  débilité  congénitale  s’accusait 
davantage  dans  les  tables  de  la  mortalité  générale  et  ne  cessait 
de  progresser  depuis. 

Il  m’apparaît  qu’il  faudrait  être  atteint  de  cécité  intellectuelle 
pour  ne  point  voir  ici  la  cause  de  ce  fait  lamentable. 

Qu’a-t-on  pu  observer  pendant  la  première  année  de  guerre  ? 
Le  chômage  forcé  de  toutes  les  travailleuses,  autrement  dit  le 
repos  obligatoire  pour  les  femmes  en  état  de  gestation. 

Qu’a-t-on  pu  constater  depuis?  Au  chômage  a  succédé  le  tra¬ 
vail  intensif  pour  toutes  les  femmes  travailleuses,  pour  les 
femmes  en  état  de  gestation  comme  les  autres,  je  pourrais  dire 
le  travail  forcé  pour  ces  dernières,  en  déterminant  des  consé¬ 
quences  funestes  que  je  me  suis  hâté  de  vous  faire  connaître 
ici  même,  en  vous  signalant  particulièrement  l’influence  désas- 


1.  In  Bulletin  de  l'Académie,  le  24  novembre  1895. 


DE  LA.  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE 


treuse  de  l’entrée  des  femmes  en  état  de  gestation  ou  des 
mères  nourrices  dans  les  usines.  De  là  naon  cri  ;  les  usines, 
tueuses  d’enfants!  N’était-ce  point  là  mettre  en  évidence  un 
fait  ayant  une  valeur  expérimentale?  Vous  savez  qu’il  m’a  été 
répondu  que  mes  inquiétudes  étaient  «  exagérées  »  et  «  que 
des  mesures  protectrices  déjà  avaient  été  prises  et  que  d’autres 
étaient  en  voie  de  réalisation  et  de  préparation  ‘  ». 

11  s’en  est  suivie  une  discussion  que  je  n’ai  pas  à  rappeler  et 
le  remarquable  rapport  de  notre  collègue  Doléris  dont  vous  avez 
adopté  les  conclusions. 

Est-ce  que  depuis  cette  époque  les  choses  ont  changé?  Je 
constatais  en  faisant,  ici,  ma  communication  sur  la  Protection 
maternelle  et  infantile  pendant  la  troisième  année  de  guerre  que 
seules  les  circulaires,  instructions  et  décrets  ministériels  avaient 
vu  le  jour,  mais  que  les  femmes  en  état  de  gestation  et  les 
mères  nourrices  travaillaient  toujours  dans  les  usines,  où  elles 
n’étaient  nullement  protégées,  pas  plus  dans  les  usines  de 
l’État  que  dans  les  autres  -.  Après  vous  avoir  apporté  la 
preuve  que  ce  qui,  à  ce  point  de  vue,  se  passaità  Paris,  se  passait 
également  partout  ailleurs,  je  concluais  ainsi  ;  «  L'organisation 
méthodique  et  complète  de  la  -protection  maternelle  et  infantile 
n'existe  pas  en  France.  Elle  est  toute  à  créer  ». 

Aujourd’hui,  je  vous  apporte  quelques  documents,  qui  vous 
apprendront  ce  qui  a  été  fait  au  sujet  de  ce  qui  nous  occupe, 
pendant  la  quatrième  année  de  guerre,  aussi  bien  dans  les 
usines  de  l’État  que  dans  dilTérents  établissements  industriels  et 
commerciaux. 

Le  travail  des  femmes  et  principalement  des  femmes  enceintes 

DANS  LES  USINES  DE  GUERRE  A  TOULOUSE, 

par  M.  le  professeur  Audebert 

Le  D''  Audebert,  professeur  de  clinique  obstétricale  à  la  Faculté  de 
médecine  de  Toulouse,  vient  de  publier,  dans  les  Annales  de  Gynéco- 

1.  In  Bulletin  de  l'Académie,  19  décembre  1914. 

2.  In  Bulletin  de  V Académie,  12  décembre  1917. 

3.  In  Annales  de  Gynécologie  et  d' Obstétrique,  n»  3,  xliii'  année.  Deuxième 
série,  t.  XIII. 


«82 


PROKESSEUR  A.  PINARD 


logie  et  d' Obstétrique,  le  rapport  qu’il  avait  été  chargé  de  faire  par  le 
Comité  de  l’Alliance  sociale  d’Hygiène  sur  la  Protection  des  femmes 
enceintes  dans  les  usines  de  guerre  à  Toulouse.  Nul!  n'était  mieux  placé 
et  plus  qualifié  pour  remplir  cette  lâche. 

Regrettait  de  ue  pouvoir  reproduire  in  extenso  dans  le  Bulletin  de 
l'Académie  ce  magistral  rapport,  j’en  extrais  textuelleme'nt  les  parties 
principales. 

«  Inutile  d’insister,  dit  M.  le  professeur  Audebert,  sut  l’intérêt  du 
sujet.  Rien  qu’à  Toulouse,  la  population  féminine  des  usines  est  une 
véritable  armée.  A  la  fin  de  l’année  1917,  les  établissements  nationaux 
de  guerre  y  comptaient  11.531  ouvrières  ainsi  réparties  : 

A  la  Pouidrérie,  4.175  ;  ,  • 

A  l’Arsenal  et  à  la  Cartoucherie,  7.356. 

A.  ces  11.500  ouvrières  de  L’État,  ajoutons  les  oOD  femmes  qui, 
d’après  le  relevé  officiel  fourni  par  la  Préfecture,  travaillent  actuelle¬ 
ment  dans  les*  usines  privées,  nous  obtiendrons  le  chilEre  respectable 
de  12.000  salariées  travaillant  pour  la  guerre. 

Si  nous  faisons  remarquer,  en  outre,  que  ces  ouvrières  sont  presque 
toutes  jeunes  et  en  pleine  période  d’activité  génitale;  que  l’année 
dernière,  on  a  compté  à  la  Poudrerie  311  femmes  enceintes  et  224  à 
l’Arsenal  et  à  la  Cartoucherie,  soit  un  total  de  .545  naissances  qui 
représentent  le  quart  de  la  natalité  toulousaine  (2;031  naissances  ont 
été  enregistrées  à  l’état  civil  en  1917);  si  Ton  veut  enfin  réfléchir  au 
réle  important  que  peut  jouer  cette  armée  féminine  dans  la  lutte 
contre  la  dépopulation,  on  comprendra  que  le  Comité  de  l’Alliance 
d’hygiène  sociale  ne  pouvait  rester  étranger  à  cette  question;  il  se 
devait  à,  lui-même  de  l’étudier  et  de  la  solutionner  au  mieux  des 
intérêts  du  pays. 

Le  point  de  départ  de  ce  rapport  m’a  été  fourni  par  les  observa¬ 
tions  recueillies  dans  mon  service,  à  la  Clinique  d’accouchements 
de  la  Faculté,  pendant  Tannée  1917  et  les  premiers  mois  de  1918.  J’ai 
donc  la  bonne  fortune  de  m’appuyer  sur  une  série  de  faits  dûment 
contrôlés,  d'une  exactitude  rigoureuse  et  d’une  authenticité  indis¬ 
cutable. 

Avant  d’aborder  cette  statistique  fondameutale,  j’indiquerai  dans 
un  premier  tableau  comparatif  l’évolution  de  fa  grossesse  chez  les 
femmes  qui  se  sont  longuement  reposées.  Le  tableau  II  comprendra 
le  relevé  des  avortements  et  accouchements  observés  à  la  Clinique 
chez  les  ouvrières  des  usines  d’armenient. 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE 


TABLEAU  1. 

ÉVOLDIION  DE  LA  GROSSESSE.  CHEZ  106  FEMMES  S  ÉTAET  LONCUEMEHT  REPOSÉES. 
{Registres  de  la  Clinique  d'accouchements,  1917.) 

78  accouchements  à  terme,  soit  73  p.  100. 

!/■  19  à  8  mois  1/2. 
26  accouchements  a.vant  terme  :  7  6  à  8  mois. 

(  1  à  6  mois  1/2. 

2  avortements. 

!97  accouchements  à  terme  ou  près  du  terme  (enfant  robuste). 

9  accouchements  avant  terme  ou.  avortements  (enfant  débile  ou 
mort). 

Poids  moyen  des  enfants  de  ces  104  femmes  )  „ 

(avortements  non  compris).  (  grammes. 


TABLEAU  II. 

Évolution  de  la  grossesse  chez  145  femmes  ayant  travaillé 

DANS  LES  CSINES  DE  GUERRE  ET  DANS  DIVERSES  INDUSTRIES. 

{Registres  de  la  Clinique  d’accouchements,  1917  et  premiers  mois  de-  1918.) 


Sur  145  femmes  ;  < 


66  accouchements  avant  terme,  ' 
se  décomposant  ainsi  :  , 


3  mort-nés. 

12  avortements. 


Les  accouchements  à  terme  se  répartissent  ainsi,  sur  : 


66  ouvrières 


de  la  poudrerie  .  . 
de  la  cartoucherie . 
de,  l’arsenal.  .  .  . 
des  chaussures  .  . 
des  tramways.  .  . 


22  acc.  à  terme  ;  33  p.  100. 
20  —  —  1 

3  -  -  I  50  p.  100. 


Poids  moyen  des  enfants  de  130  femmes  (avortements  et  mort-nés  non 


compris)  .... 
Poids  moyen  des 


.  3.000  gr 

Enfants  des  ouvrières  de  la  poudrerie  ...  2.770  gr 

—  —  de  la  cartoucherie.  .  3.110  gr 

—  —  de  l’arsenal .  3.225  gr 

—  —  divers . 3.180  gr 


La  comparaison  des  tableaux  I  et  H  nous  montre  : 

1»  Que  chez  les  femmes  qui  se  son!  reposées,  73  p.  100  des  gros- 


684 


PROFESSEUR  À.  PINARD 


sesses  sont  arrivées  à  terme,  alors  que  chez  celles  qui  ont  travaillé,  le 
nombre  des  accouchements  à  terme  n’arrive  qu’à  43  p.  100; 

2”  Que  le  poids  moyen  des  enfants  de  la  1'*  catégorie  s’élève  à 
3.260  grammes,  tandis  que,  dans  la  seconde,  il  varie  entre  2.770  et 
3.225,  avec  une  moyenne  de  3.000  grammes. 

Cetie  influence  néfaste  du  travail  de  la  femme  enceinte  est  trop 
connue  depuis  les  retentissantes  communications  de  M.  Pinard  en 
1893  et  1898  ',  pour  qu’il  soit  nécessaire  d’y  insister. 

Mais,  par  contre,  j’attirfe  toute  votre  attention  sur  les  deux  faits 
suivants,  qui  se  dégagent  de  l’examen  du  tableau  II  : 

1“  La  grossesse  est  interrompue  beaucoup  plus  souvent  à  la  Pou¬ 
drerie  qu’à  l’Arsenal  et  à  la  Cartoucherie  (33  p.  100  au  lieu  de 
50  p.  100) ; 

2“  Le  poids  des  enfants  de  la  Poudrerie  est  notablement  inférieur  : 
2.770  grammes  au  lieu  ;de  3.110  grammes  (Cartoucherie)  et  de 
3.225  grammes  (Arsenal),  chiffres  qui  se  rapprochent  sensiblement  de 
la  normale,  qui  est  3.260  grammes  daiis  le  tableau  I. 

Seule  l’étude  attentive  des  conditions  du  travail  féminin  dans  ces 
divers  établissements  pouvait  me  permettre  de  trouver  l’explication 
de  ces  faits.  » 

Le  professeur  Audebert,  en  présence  de  la  différence  des  résultats 
constatés  à  la  Cartoucherie  et  à  l’Arsenal  s’est  demandé  et  a  recherché 
pourquoi  il  n’en,  était  pas  de  même  à  la  Poudrerie. 

Tout  en  reconnaissant  que  le  travail  des  femmes  à  la  Poudrerie  se 
fait  surtout  debout,  que  les  manœuvres  de  force  y  sont  plus  com¬ 
munes  et  que  le  surmenage  doit  y  être  plus  intense,  il  incrimine 
surtout  l’intoxication  de  l’organisme  maternel  par  les  vapeurs  d'alcool 
et  d'éther,  imprégnant  l’atmosphère  de  la  Poudrerie  et  les  vapeurs 
éthérées  étant  plus  nocives  que  les  vapeurs  alcooliques.  Alors  il 
ajoute  : 

«  Il  y  aurait  certainement  un  grand  intérêt  à  découvrir  la  grossesse 
dès  le  début.  Les  accoucheurs  savènt  que  beaucoup  de  femmes  ne 
sont  fixées  à  cet  égard  qu’après  quelques  semaines,  souvent  même 
quelques  mois.  Les  unes,  de  bonne  foi,  ignorentréellement  leur  état, 
d’autres  le  cachent  dans  un  but  trop  facile  à  deviner.  Elles  continuent 
à  travailler  la  nuit,  à  se  surmener,  à  faire  des  efforts  répétés,  à  porter 
des  fardeaux  sur  le  ventre.  Dans  ces  conditions  l’avortement  pst 
presque  inévitable,  puisque  le  traumatisme,  sous  sa  forme  la  plus 
dangereuse,  vient  s’ajouter  à  l’effet  toxique  des  vapeurs  éthérées. 

Je  me  suis  demandé  si  l’on  pouvait  imposer  l’examen  médical  à 

t.  Voir  in  Bulletin  de  F  Académie,  novembre  1895  et  Annal'es  de  Gynéco¬ 
logie,  août  1398. 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE 


toutes  les  ouvrières  en  âge  d’activité  génitale.  Dans  certain  pays, 
sans  doute,  on  n’hésiterait  pas.  Mais  je  crains  que  cette-  mesure,  dictée 
par  l’intérêt  supérieur  de  la  race,  ne  répugne  à  nos  habitudes  indé¬ 
pendantes  et  individualistes.  » 

Élargissant  le  cadre  de  son  étudè  spéciale,  le  professeur  Audebert 
envisage  aussi  le  travail  des  femmes  en  élat  de  gestation  dans  les 
usines  en  général,  dans  les  industries  et  les  administrations  publiques 
ou  privées. 

Cette  élude  serait  certainement  incomplète,  dit-il,  si,  prenailt  à  la 
lettre  le  titre  de  ce  rapport,  nous  nous  en  tenions  exclusivement  aux 
usines  de  guerre. 

Nous  avons  trop  souvent  l’occasion  de  constater  qu’en  dehors  de 
ces  usines,  qui  ont  du  moins  l’excuse  de  travailler  pour  la  Défense 
nationale,  il  est  un  certain  nombre  d'administrations  privées  ou 
publiques  où  des  réformes  s’imposent  sans  délai. 

Depuis  longtemps,  mais  surtout  depuis  la  guerre,  se  multiplient 
les  faits  analogues  à  ceux  que  nous  allons  rapporter. 

Les  Chefs  de  certaine  administration  n’hésitent  pas  à  exiger  de 
leur  personnel  féminin,  qui  compte  toujours  quelques  femmes 
enceintes,  un  travail  de  13  heures  par  jour  {de  5  heures  à  20  heure», 
avec  un  repos  d’une  heure  pour  chaque  repas).  Le  travail  est 
pénible  et  nécessite  presque  constamment  la  station  debout.  De 
plus,  ces  femmes,  enceintes  ou  non,  doivent  veiller  une  nuit  sur  cinq. 

Dans  telle  autre  administration  dont  tous  les  employés  doivent 
obligatoirement  garder  toute  la  journée  l’attitude  verticale,  il  y  a  deux 
équipes  :  la  première  est  sur  pied  de  8  heures  à  12  ou  12  h  1/2,  et 
de  16  à  20  ou  21  heures;  la  seconde,  de  6  h.  1/2  à  21  heures,  avec 
3  heures  trois  quarts  pour  les  deux  repas,  ce  qui  donne  un  travail 
effectif  de  1 1  heures  pro  die. 

,  Les  femmes  enceintes  sont  ordinairement  enrôlées  dans  la  pre¬ 
mière  équipe.  Pas  toujours.  Voici  un  exemple  de  ce  que  j’avance  : 

j’ai  observé  récemment,  à  la  Clinique,  une  primipare  de  17  ans 
qui,  pendant  les  6  premiers  mois  de  sa  grossesse,  comme  toutes  ses 
compagnes,  devait  figurer  tantôt  dans  la  première,  tantôt  dans  ha 
seconde  équipe.  Pendant  le  7®  et  le  8“  mois,  elle  fit  partie  exclusive¬ 
ment  de  la  première  équipe.  Conséquence  :  le  8  juillet  dernier, 
elle  accouche,  3  semaines  avant  le  terme,  d’un  prématuré  de 
2.780  grammes. 

Huit  jours  après,  le  17  juillet  1918,  venait  accoucher  dans  mon 
service  une  employée  de  la  même  administration,  qui,  ayant  travaillé 
toute  la  journée  de  la  veille  (2®  équipe),  avait  été  soumise  à  des  trépi- 


68C  PROFESSEUR  A.  PINARD 

dations  incessantes.  Bésnltat  :  accouchement  avant  terme  ;  enfant  de 
2.5S0  grammes. 

Quelle  que  soit  d’ailleurs  la  durée  de  la  journée,  la  circulaire  dn 
1"  juillet  1917,  que  nous  ne  saurions  trop  approuver,  dit  textuelle¬ 
ment  :  «  Le  travail  debout  avec  immobilité  doit  être  prohibé.  La 
femme  enceinte  doit  être  occupée  en  station  assise  continue  ou  prédo¬ 
minante.  » 

La  même  circulaire  ajoute  cet  autre  article  que  certains  employeurs 
devraient  méditer...  et  respecter  :  «  Les  modalités  d’emplois  compor- 
taot... 


K  c)  L’ébranlement  de  tout  le  corps  et  spécialement  de  l’abdomen 
par  chocs,  saccades  et  trépidalions  doivent  être  interdites.  » 

Il  est  difficile  de  comprendre  que  de  pareilles  pratiques  soient  tolé¬ 
rées  par  les  pouvoirs  publics. 

Car  remarquez  qu’il  s’agit  le  plus  souvent  d’administrations  ou 
d’industries  importantes,  utilisant  un  nombreux  personnel.  Loin  de 
donner  à  tous  le  bon  exemple  qu’on  serait  en  droit  d’attendre  d’elles, 
elles  perpétuent  au  contraire  de  funestes  habitudes  contre  lesquelles 
M.  Pinard  s’est  élevé  depuis  20  ans  et  contre  lesquelles  protestent 
depuis  lors  tous  les  accoucheurs  et  les  pédiatres,  n 

Je  reviendrai  up  peu  plus  loin  sur  les  conclusions  du  rapport 
de  mon  collègue,  le  professeur  Audebert,  que  j’approuve  dans 
leur  esprit,  cela  va  sans  djre,  mais  dans  lesquelles  à  mon  avis 
il  n’a  pas  encore  été  demandé  le  nécessaire,  l’indispensable, 
pour  assurer  définitivement  la  protection  de  l’enfant  pendant  la 
gestation. 

J’ai  voulu  faire  état  de  ce  rapport,  non  seulement  en  raison  de 
sa  valeur  intrinsèque,  mais  aussi  pour  prouver,  une  fois  de  plus, 
que  les  prescriptions,  bien  insuffisantes  encore,  contenues  dans 
la  circulaire  du  1*”'  juillet  1917  émanant  du  ministère  de  l'Ar¬ 
mement,  sur  la  protection  de  la  main-d’œuvre  des  femmes 
enceintes  dans  les  usines  de  guerre,  ou  de  l’État,  sont  restées  en 
1918  à  peu  près  lettre  morte. 

J’ai  apporté  à  l’Académie,  l’année  dernière  ’,  les  rapports  de 
M.  le  D''  Duclot,  médecin  principal  à  Indret  {Quelques  considé- 


1.  In  Bulletin  de  l’Académie,  18  décembre  1917. 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE 


rations  sur  le  travail  des  femmes  dans  les  établissements  de  la 
Marine)  et  du  Prunet  {Sur  les  mesures  nécessaires  pour 
assurer  la  protection  de  la  santé  des  ouvrières  des  établissements 
militaires  de  Bourges,  sur  le  point  d’être  mères  ou  qui  viennent 
de  l’être  et  la  protection  de  la  santé  physique  et  morale  de  tous 
les  enfants  de  ces  ouvrières)  et  ceux  qui  ont  pris  la  peine  de  les 
lire  ont  pu  constater  ce  que  réclamaient  si  éloquemment  et  si 
justement  mes  confrères.  Le  professeur  Âudebert,  après  avoir 
constaté  les  mêmes  faits,  après  avoir  montré  les  mêmes  lacunes 
dans  la  protection  maternelle  et  infantile,  arrive  aux  mêmes 
conclusions. 

D’abord,  qu’est-ce  que  cela  prouve? 

Cela  prouve  que,  depuis  juijlet  1917,  il  y  a  bien  eu  une  circu¬ 
laire  ministérielle  concernant  la  protection  de  la  main-d’œuvre 
féminine  dans  les  usines  de  guerre,  qu’il  y  a  Mencu  aussi  depuis 
août  1917  une  loi  concernant  l’allaitement  maternel  dans  les  éta¬ 
blissements  industriels  et  commerciaux,  mais  que  ni  la  circu¬ 
laire,  ni  la  loi  n’ont  eu  d’effet,  parce  que  ni  Dune  ni  l’autre  —  qui 
ne  contiennent  qu’un  semblant  de  prolection  maternelle  et  infan¬ 
tile  —  n’ont  été,  et  je  puis  dire,  ne  sont  pas  encore  appliquées. 

On  a  parlé,  on  a  écrit,  on  n’a  rien  fait. 

Quant  aux  conclusions  du  professeur  Audebert  ‘  que  je  re- 


1.  Ooncliiaions  'générales  du  rapport  du  professeur  Audibert.  —  Le  Co¬ 
mité  de  rnlltance  d'hygiène  sociale  émet  les  vœux  suivants  : 

«  1°  L-s  pouvoirs  publics  sont  invités  de  la  façon  la  plus  pressante  de 
voter  aussi  rapidement  que  possible  une  loi  rendant  obligatoire  le  repos 
du  dernirr  mois  de  la  grossesse,  actuellement  facultatif. 

Il  2»  Celte  même  loi  donnera  à  un  médecin  le  droit  d’imposer  un  repos 
de  deux  ou  trois  mois,  et  même  davantage  en  cas  de  besoin,  à  toute  ouvrière 
dont  la  gestation  peut  être  coiiipromise  par  la  continuation  du  travail. 

Il  Pendant  ce  repos  imposé,  l’ouvrière  touchera  au  moins  la  moitié  de 
son  sa'aire  habituel. 

Il  3°  En  raison  de  son  importance,  et  pour  donner  aux  décisions  prises 
pins  d’aninrité,  le  service  sera  confié,  dans  chaque  centre  industriel,  à  un 
médecin  inspecteur  choisi  parmi  les  spécialistes  qualifiés  (gynécologues  ou 
accoucheurs). 

Il  11  f  .iidra,  en  outre  : 

Il  4»  Incorporer  dans  une  loi  les  pi-escriptions  contenues  dans  la  circu¬ 
laire  du  l'c  juillet  1917  sur  la  protection  de  la  main-d’œuvre  des  femmes 
enceintes  dans  les  usines  de  guerre,  principalement  en  ce  qui  regarde:  le 
travail  de  nuit,  la  mutation  d'emploi,  la  durée  de  travail,  la  prohibition  du 
travail  drhout. 

Il  D°  Engl.iber  dans  ladite  loi  non  seulement  les  «  usines  de  guerre»,  mais 


PROFESSEUR  A.  PINARD 


produis  en  noie  in  extenso,  si  elles  dénotent  d’excellentes  in¬ 
tentions,  ce  qu’elles  réclament  est  non  seulement  insuffisant, 
mais  j’ajouterai  — mon  collègue  et  ami  me  permettra  de  le  lui 
dire  —  inapplicable,  et  par  cela  même  inefficace. 

■  A  propos  de  la  première  conclusion  demandant  qu’une  loi 
rende  obligatoire  le  repos  du  dernier  mois  de  la  grossesse,  je 
pose  simplement  cette  question  :  Quel  est  donc  le  médecin,  qui 
scientifiquement  peut  préciser  l’existence  du  dernier  mois  de  la 
gestation?  Quand  commence  ce  mois,  quand  doit-il  finir?  Quel 
est  donc  le  médecin  qui  peut  préciser,  avec  raison,  quand  la  ges-, 
talion  peut  être*  compromise  ou  non  par  le  travail  ? 

La  deuxième  conclusion  demande  que  la  loi  donne  au  méde¬ 
cin  le  droit  d’imposer  un  repos  de  deux  ou  trois  mois,, et  même 
davantage  en  cas  de  besoin,  à  toute  ouvrière  dont  la  geslation 
peut  être  compromise  par  la  continuation  du  travail.  Elle  ajoute  : 

Pendant  ce  repos  imposé,  l'ouvrière  touchera  au  moins  la  moilU' 
de  son  salaire  habituel.  Donc,  par  cela  même,  la  femme  ayant 
une  gestation  compliquée  serait,  d’après  cette  loi,  non  pas  pro¬ 
tégée,  mais  condamnée  à  vivre  avec  la  moitié  de  son  salaire 
habituel  !  Et  si,  déjà,  cette  femme  avait  d’autres  enfants,  travail¬ 
lait  non  seulement  pour  pouvoir  vivre  elle-même,  mais  avait 
besoin  de  travailler  pour  faire, vivre  ses  enfants, elle  serait  léga¬ 
lement  réduite  ainsi  que  les  siens  à  la  demi-portion. 

Je  pourrais  commenter  aussi  les  autres  conclusions,  mais  je 
m'arrête  en  me  contentant  simplement  de  répéter  pour  l’inslant  : 
une  conclusion  unique  s’impose.  Je  l’ai  déjà  formulée  bien  des 
fois  ici  même  et  plus  souvent  ailleurs.  .l’y  reviendrai  tout  à 
l’heure. 

Après  avoir,  suffisamment  je  crois,  exprimé,  démontré,  prouvé 
par  des  documents  incontestables  que  dans  les  Établissements 
d'Éiat,  où  .sont  employées  des  femmes  en  état  de  gestation,  pen¬ 
dant  la  quatrième  année  de  guerre,  on  s’est  contenté  de  prendre 

encore  toutes  les  usines,  toutes  les  industries,  toutes  les  admiiiistrationi,. 
tous  les  services  publics  ou  privés  oui  r.nt  .recours  r  la  m.  .in-d’œuvre 
féminine.  ’  ' 

«  6“  Introduire  dans  ce  même  texte,  comme  dans  la  loi  Strauss,  des  sanc¬ 
tions  sévères  contre  les  employeurs  qui  violeraient  sciemment  un  des  arti¬ 
cles  de  la  loi. 

<1  7“  Préciser  que  toute  fem  ne  enceinte  conservera,  après  mutation  d’em¬ 
ploi,  le  salaire  qu'elle  gagnait  précédemment.  » 


DE  EA  PKOTECriON  MATEftNELLE  ET  INFANTILE  689 

pour  elles  des  mesures  de  protection  —  et  quelle  protection  !  —  sur 
le  papier,  j’arrive  à  l’examen  de  ce  qui  a  été  fait  au  point  de  vue 
de  la  protection  maternelle  pour  celles  qui  sont  occupées  dans 
les  établissements  commerciaux  ou  industriels,  et  dans  les  admi¬ 
nistrations  privées. 

Sur  ce  point,  l’exposé  sera  court,  pour  la  bonne  raison  qu’on 
a  continué  à  ne  rien  faire.  La  mesure  prise  au  début  de  la 
guerre,  et  allant  à  l’encontre  de  la  protection  :  le  suppression 
des  inspecteurs  du  travail,  n’a  pas  été  rapportée.  Et  c’était  la 
seule  garantie  des  travailleuses!  On  l’a  remplacée  par  la  surveil¬ 
lance  des  contrôleurs  de  la  main-d’œuvre  ! 

.  Abordons  maintenant  le  chapitre  des  mères  nourrices,  et 
voyons  les  résultats  donnés  par  la  circulaire  ministérielle  de 
juillet  1917.  D’après  l’article  l"  de  cette  circulaire,  exprimant  les 
vœux  du  fameux  Comité  du  travail  féminin,  il  faut  : 

«  1“  Que  dans  les  usines  employant  des  femmes  et  travaillant  pour 
la  Défense  nationale  soit  obligatoirement  installée  une  chambre 
d’allaitement  avec  berceaux,  exclusivement  réservée  à  l’enfant  au 
sein;  que  celui-ci  y  demeure  entre  les  tétées  et  que  la  mère  ait  le  droit 
de  quitter  son  travail  une  demi-heure  le  matin  et  l’après-midi  pour 
venir  l’allaiter  ; 

Que  ceci  n’entralne  aucune  réduction  de  salaire.  Si,  de  ce  fait,  l’ou¬ 
vrière  éprouve  une  diminution  de  salaire,  celle-ci  devra  être  com¬ 
pensée  par  une  prime  d’allaitement; 

2“  Que  la  mère  qui  allaite  ne  travaille  que  le  Jour  et  seulement  au 
travail  assis; 

3“  Qu’en  outre  de  la  chambre  d’allaitement,  qui  doit  rester  isolée, 
il  soit  annexé,  dans  les  établissements  industriels  de  l’État  et  dans 
les  groupes  d’usines,  une  crèche  pour  enflmts  au  biberon  et  une  gar¬ 
derie  pour  enfants  de  seconde,  troisième  et  quatrième  année  ;  que, 
pour  prévenir  la  propagation  des  maladies  contagieuses,  une  sur¬ 
veillance  active  s’exerce  chaque  jour  à  l’arrivée  de  l’enfant  et  que, 
pour  les  enfants  «  douteux  »  des  possibilités  d’isolement  individuel 
soient  envisagées.  » 

Je  ne  veux  point  contester  la  valeur  théorique  de  cette  circu¬ 
laire,  mais,  dans  l'espèce,  il  s’agit  d’envisager  la  pratique.  Aussi, 
j’çspérais  que  le  Comité  du  travail  féminin  surveillerait  avec 
sollicitude  l’application  de  celte  réglementation,  et  ma  confiance 

HEV.  d’hYG.  XL  —  44 


PROFESSEUR  k.  PINARD 


s’était  accrue,  en  apprenant  que  des  intendantes  et  même 
des  superintendantes  avaient  été  nommées  pour  cet  objet.  On  a 
même  mobilisé  des  médecins  de  la  place  de  Paris,  et  non  des 
moindres,  pour  présider  à  l’installation  des  chambres  d’allaite¬ 
ment.  Je  sais  aussi  que  des  dépenses  dont  j’ignore  le  chiffre, 
mais  qu’il  serait  intéressant  de  connaître,  ont  été  effectuées.  Jus¬ 
qu'à  présent,  nulle  publication  ne  nous  a  fait  connaître  le 
résultat  de  cette  mobilisation  bisexuée,  en  vue  d’une  action 
'Synergique. 

Aucune  relation  officielle  n’ayant  vu  le  jour  à  l’heure  actuelle, 
je  me  suis  informé.  M"''Mulon,  docteur  en  médecine,  Directrice 
de  la  Pouponnière  du  Camouflage,  qui  a  consacré  à  sa  tâche 
autant  de  ténacité  que  de  dévouement,  a  bien  voulu  m’adresser 
un  rapport  — ce  dont  je  ne  saurais  assez  la  remercier  —  concer¬ 
nant  le  fonctionnement  de  l’œuvre  qui  lui  a  été  conflée  et  dont 
l’initiative  revient  au  D''  Marchoux,  alors  médecin  en  chef  de  la 
Place  de  Paris.  Je  vais  extraire  de  ce  rapport  —  que  je  ne  puis 
à  mon  regret  reproduire  in  extenso  —  ce  qu’il  importe  de  con¬ 
naître  au  point  de  vue  qui  nous  occupe. 

Le  bâ\iment  a  été  construit  par  le  génie  militaire,  la  décora¬ 
tion  extérieure  et  intérieure,  unique  en  son  genre,  dit  M“'‘  Mu- 
lon,  est  dû  à  des  artistes  mobilisés  dépendant  de  la  section  de 
camouflage,  l’administration  fut  d’origine  militaire,  l’ameuble¬ 
ment  fut  fourni  par  la  Croix-Rouge  américaine. 

L’inauguration  de  l’établissement  —  retardée  par  la  difficulté 
de  rassembler  le  matériel  —  eut  lieu  le  fl  décembre  1917,  et  le 
31  août  1918,  la  Pouponnière  avait  déjà  hébergé  il  enfants! 

Voici  le  fonctionnement  des  5  premiers  mois  : 

Le  !•'  mois,  S  enfants  inscrits  donnent  :  8T  jours  de  présence. 

Le  2*  mois,  12  —  —  —  152  jours  de  présence. 

Le  3'  mois,  16  —  —  —  130  jours  de  présence. 

Le  4«  mois,  19  —  —  —  229  jours  de  présence. 

Le  5°  mois,  18  enfants;  mais  à  peine  furent  présents  de  3  à  5  jours.  ’ 

Je  reconnais  que  le  fait  s’explique  par  les  débuts  du  bombar¬ 
dement. 

Mais  je  ne  puis  m’empêcher  de  faire  remarquer,  en  comparant 
le  nombre  des  inscrits  et  le  nombre  des  présents,  l’irrégularité 
de  la  fréquentation  de  la  chambre  d’allaitement  maternel. 


DE  LA-  PHOTECTION  MATEHNELLE  et  infantile  (iOl 

Au  mois  d’août  1918,  une  assiduité  infantile  était  en  voie  de 
développement,  car  d’après  le  rapport  de  M™'  Mulon,  il  n’y  avait 
pas  seulenaent  2t  enfants  inscrits,  mais  21  effectivement  présents 
presque  chaque  jour  ouvrable'. 

U  me  plaît  de  dire  que  les  enfants  fréquentant  cette  Poupon¬ 
nière  reçoivent  tous  les  soins  nécessaires  et  donnés  avec  une 
sollicitude  éclairée  tout  à  fait  remarquable  par  le  directeur  et 
le  personnel.  «  Tout  le  personnel  soignant,  me  dit  M”"’  Mulon, 
dévoué  comme  il  l’est  partout,  est  composé  de  femmes  ayant 
appris  la  puériculture.  » 

Mais  M““  Mulon  est-elle  satisfaite?  On  en  jugera  par  la  lec¬ 
ture  de  ces  dernières  lignes  terminant  son  rapport  : 

«  Si  j’osais  me  permettre  une  opinion,  je  demanderais  : 

«  1®  Que  la  loi  de  1917  soit  renforcée  de  sévères  sanctions 
contre  les  employeurs  négligeant  leur  devoir  afin  que  toutes  les 
mères  puissent,  lorsqu’elles  sont  obligées  de  travailler,  avoir 
néanmoins  la  joie  de  sauver  leurs  petits; 

«  2“  Que  la  loi  [de  1913  accorde  aux  travailleuses  non  plus 
l’indemnité  actuelle,  mais  une  allocation  correspondant  exacte¬ 
ment  aux  salaires  perdus; 

«  3“  Qu’une  caisse  de  maternité  soit  organisée,  sur  le  prin¬ 
cipe  de  celle  qui  fonctionne  en  Italie,  pour  fournir  une  aide 
matérielle  très  large  aux  travailleuses  qui  deviennent  mères.  » 

Ainsi,  cette  chambre  d’allaitement  maternel,  créée  sous  les 
auspices  les  plus  favorables,  ayant  à  sa  disposition  des  autorités 
et  des  compétences  exceptionnelles,  est  loin,  bien  loin,  d’avoir 
donné  les  résultats  escomptés,  malgré,  je  le  répète,  le  dévoue¬ 
ment  inlassable  de  sa  Directrice. 

Et  je  sais,  d’autre  part,  que  mon  ami, le  D"  Marchoux,  est  peu 
enthousiaste  de  cette  tentative  expérimentale. 

11  serait  extrêmement  intéressant  de  connaître  le  prix  de 
revient  de  chaque  jouTnée  d’enfant,  dans  cet  établissement,  en 
comprenant  l’intérêt  du  capital  nécessité  pour  la  construction  et 
l’installation,  mais  je  ne  suis  pas  documenté  sur  ce  point. 

J’ai  entendu  parler  d’autres  tentatives  qui  auraient  été  faites 
ailleurs,  sous  la  direction  de  surintendantes,  avec  la  collabora¬ 
tion  dès  puériculteurs  militaires  et  civils,  mais  n’étant  point 
suffisamment  documenté  sur  le  sort  de  ces  essais  —  qui  n’ont 


692 


PROFESSEUR  A.  PINARD 


pas  été  sans  nécessiter  quelque  dépense  — je  m’abstiendrai  d’en 
dire  plus  aujourd’hui. 

El  je  passe  maintenant  à  l’examen  de  ce  qui  a  été  fait  par 
V initiative  privée  à&vis  l' industrie,  ^ 

Je  connais  au  moins  un  industriel  —  et  non  des  moindres  — qui 
a  obéi  à  la  circulaire  du  ministère  de  l’Armement,  c’est  M.  André 
Citroën. 

11  a  créé,  pour  sa  magnifique  usine  du  quai  de  Javel,  une 
chambre  d’allaitement  répondant  absolument  à  tous  les  deside¬ 
rata  :  c’est  une  chambreMi’allaitement  modèle. 

Je  lui  suis  très  reconnaissant  d'avoir  bien  voulu  me  donner  les 
renseignements  que  je  vais  vous  faire  connaître.  Je  lé  cite  tex¬ 
tuellement. 

«  1“  Du  l"  juillet  1917  au  l"''  août  1918,  112  enfants  ont  été 
admis  dans  cette  admirable  pouponnière;  la  durée  moyenne  de 
leur  séjour  a  été  de  8  mois; 

«  2“  Les  résultats  obtenus  jusqu’à  ce  jour  ont  été  très  satisfai¬ 
sants  puisque  je  n’ai  jamais  eu  à  enregistrer  d’épidémies,  qu’à 
aucun  moment  donné  cette  pouponnière  n’a  été  fermée  pour  une 
causequelconqueetqu’aucundécèsn’yestsurvenu  jusqu’à  ce  joui  ; 

«  3“  Le  nombre  de  femmes  travaillant  comme  ouvrières  dans 
mon  usine  oscille  entre  6.500  et  7.000. 

«  4®  Les  frais  de  construction  et  d’installation  de  la  poupon¬ 
nière  se  sont  élevés  à  la  somme  de  500.000  francs; 

«  5“  Chaque  journée  d’enfant  revient  à  8  francs,  et  en  faisant 
état  de  l’intérêt  du  capital  nécessité  pour  la  construction  et  l’in¬ 
stallation  de  l’établissement,  à  12  francs.  » 

Je  sais  que  des  Sociétés  métallurgiques  ont  eu  l'intention  de 
créer  des  chambres  d’allaitement  maternel;  j’ignore  ou  en  sont 
leurs  projets".  ; 

J’ai  eu  l’honneur  d’être  appelé  à  donner  des  conseils  à  l’une 
d’entre  elles,  et  non  des  moins  importantes,  pour  l’installation  de 
chambres  d’allaitement  et  de  garderies  d’enfants.  J’ai  visité,  pour 
cela,  un  certain  nombre  de  locaux.  J’ai  appris  dans  la  suite  qu’un 
matériel  d’ameublement  considérable  avait  été  acheté,  ainsi  que 
de  nombreuses  layettes,  mais  j’ai  de  bonnes  raisons  de  croire 
que  tout  cela  est  resté  sans  emploi  jusqu’ici. 

J’espère  que  nos  collègues  qui  nous  avaient  fait  entrevoir  de  si 
belles  espérances  concernant  les  initiatives  de  nombreux  indus- 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE 


trjels  viendront  nous  dire  un  jour  ce  que  sont  devenues  ces 
espérances. 

Que  s’est-il  passé  dans  les  établissements  commerciaux,  au 
point  de  vue  de  la  protection  maternelle  et  infantile  pendant  la 
quatrième  année  de  guerre  dans  le  camp  retranché  de  Paris? 

Je  n’ai  pas  la  prétention  de  le  savoir  d’une  façon  complète  et 
absolument  exacte.  Aussi,  ne  parlerai-je  que  de  ce  qui  s’est 
passé  dans  deux  grands  établissements  de  Paris  sur  lesquels  je 
suis  aussi  bien  documenté  que  possible,  et  les  résultats  sont  par¬ 
ticulièrement  suggestifs. 

Ainsi  que  je  l’ai  fait  connaître  déjà,  les  grands  magasins  des 
Galeries  Lafayette  ont  installé,  dès  le  14  octobre  1913,  une  salle 
d’allaitement  pour  leurs  employées,  dans  «  le  but  essentiel  de 
permettre  aux  mamans  de  remplir  le  premier  de  leurs  devoirs, 
sans  être  dans  l’obligation  de  renoncer  à  leur  profession  ». 

Pendant  la  quatrième  année  de  guerre,  la  salle  d’allaitement 
fut  déplacée  pour  la  soustraire  aux  dangers  des  bombardements 
et  installée  dans  un  immeuble  voisin  au  2'  étage  *. 

D’après  les  renseignements  qu’a  bien  voulu  me  fournir  le 
D''  Lehinann,  «  105  enfants  ont  été  admis  à  cette  pouponnière, 
«  depuis  l’ouverture  de  la  salle  d’allaitement  jusqu’au 
«  l®'’  novembre  1918.  Presque  tous  y  sont  entrés  à  1  ou  2  mois  et 
«  n’en  sont  sortis  qu’au  moment  du  sevrage  complet  entre  12 
«  et  15  mois  ».  J’ai  pu  constater,  à  maintes  reprises,  le  parfait 
état  de,  santé  de  ces  enfants. 

Mais  je  tiens  aussi  à  faire  connaître  le  prix  de  revient  de 
chaque  journée  d’enfant.  D’après  les  renseignements  qui  m’ont 
été  fournis,  le  prix  varie  d&  8  à  1 0  francs  par  jour,  sans  compter 
les  frais. d’installation. 

D’autre  part,  on  peut  constater  combien  est  minime  le  nombre 
des  enfants  bénéficiant  de  cette  superbe  crèche,  malgré  lesnoin- 
breux  avantages  qui  sont  faits  à  leurs  mères.  Je  reviendrai  sur 
ce  point. 

Voici  maintenant  ce  qu’a  fait  la  Direction  du  Bon  Marché.  — 
Préoccupée  de  l’avenir  de  la  race  et  de  la  prospérité  du  pays, 

1.  J’ai  dit  ailleurs,  et  j'ai  grande  satisfaction  à  le  répéter,  que  l’installation 
est  aussi  parfaite  que  possibie,  sinon  luxueuse,  et  que  les  enfants  reçoivent 
les  soins  aussi  éclairés  que  dévoués  du  Df  L.  Lehmann  et  de  la  directrice, 
jVjme  Trépeau, 


694  . 


PUOFESSÈUR  A,  PINARD 

voulant  parer  au  danger  quel  présente  la  dépopulation,  elle  ii 
pris  en  faveur  des  mères  de  son  établissement  les  dispositions 
suivantes  : 

La  Dihkotiqn  du  Bon  Marché,  désireuse  d’apporter  son  concours  à 
cette  pensée  patriotique  et  sociale,  désireuse  aussi  de  procurer  une 
aide  efficace  à  son  personnel  féminin  et  de  lui  témoigner,  une  fois 
de  plus,  sa  sollicitude,  a  décidé  qu'à  partir  du  y"'  avril  4947,  il  serait 
accordé  à  toutes  les  dames,  de  nationalité  française,  faisant  partie  du 
personnel  du  Bon  Marché  depuis  6  mois,  travaillant  dans  la  maison  ou 
lés  dépendances  et  payées  directement  par  la  Caisse  de  cette  maison  : 

1“  Une  allocation  de  200  francs  pour  chaque  enfant  nouveau-né;  la 
mère  devra  se  reposer  (pendant  une  durée  approximative  de  quatre 
semaines  avant  l’époque  prévue  pour  l’accouchement  ; 

2“  Une  allocation  mensuelle  de  420  francs  par  enfant  pendant  les  dix 
mois  qui  suivront  l’accouchement,; pour  encourager  l’allaitement  ma¬ 
ternel  et  pour  permettre  à  la  mère  de  famille  de  rester  dans  son  inté¬ 
rieur  et  d’élever,  elle-même,  son  enfant.  Cette  allocation  serait  ramenée 
à  20  francs  par  mois  et  par  enfant  pour  les  mères  de  famille  qui  met¬ 
traient  leur  enfant  en  nourrice. 

Quel  a  été  le  résultat  enregistré  depuis  l’applicailion  de  ce  beau 
geste,  de  cette  manifestation  de  solidarité  et  de  patriotisme? 

Alors  qu’avant  le  1"  avril  1917,  és  mères  sur  100  envoyaient 
leurs  enfants  en  nourrice,  depuis  le  l"  avril  1917  jusqu'à 
octobre  1918,  85  femmes  sur  100  allaitent  leurs  enfants  en  res¬ 
tant  chez  elles,  et  15  les  envoient  en  nourrice  !  Combien  ce  fait 
es  t  précieux  à  enregistrer  pour  l’avenir  ! 

Une  autre  belle  manifestation  de.  philanthropie  éclairée  a  vu 
le  jour  pendant  la  quatrième  année  de  guerre. 

Le  Conseil  général  de  la  Seine,  à  qui  la  Protection  maternelle 
et  infantile  doit  déjà  beaucoup,  poursuivant  sa  tradition  tuté¬ 
laire  en  faveur  des  mères  et  des  enfants  les  plus  déshérités, 
sachant  combien  il  reste  encore  à  faire  pour  ces  malheureux, 
vola  une  prime  d’allaitement  maternel  pour  toute  mère  privée 
de  l’appui  du  père  et  qui  ne  bénéficie  pas  de  l’allocation  mili¬ 
taire. 

,  C’est  ainsi  qu’on  peut  voir  depuis  quelques  jours,  sur  les  murs 
de  Paris,  l’affiche  que  je  me  plais  à  reproduire  ici  : 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE  '  693 


Prime  d’allaitement  maternel  instituée  par  le  Conseil  général 
DE  LA  Seine. 

Toute  mère  privée  de  l’appui  du  père  et  qui  ne  bénéficie  pas  de 
l’allocation  militaire  peut  recevoir  du  département  de  la  Seine  un 
secours  mensuel  pour  l’aider  à  élever  son  enfant  jusqu’à  l’âge  de 
trois  ans. 

Ce  secours  est  augmenté  d’une  prime  de  , 

Deux  cents  francs 

payable  à  raison  de  cinquante  francs  par  trimestre  pendant  lâ  pre¬ 
mière  année  de  l’enfant,  lorsque  celui-ci  est  élevé  au  sein  par  sa 
mère. 

Le  paiement  de  la  prime  a  lieu  à  l’expiration  des  3®,  6®,  9®  et 
12®  mois  dé  l’enfant,  après  constatation  par  un  médecin  de  l’allaite¬ 
ment  maternel  et  des  bons  soins  donnés  à  l’enfant. 

Les  mères  qui  désirent  bénéOcier  de  la  prime  d’allaitement  maternel 
sont  incitées  à  en  faire  la  demande  dès  la  naissance  de  l’enfant. 

Le  Directeur  de  l'Administration  générale 
de  l’Assistance  publique, 

G.  Mesureur. 

Ces  différents  documents  sont  aussi  suggestifs  les  uns  que  les 
autres,  et  je  vais,  en  quelques  mots,  essayer  de  mettre  en  relief 
leur  signification. 

D’abord,  le  consciencieux  et  important  rapport  du  professeur 
Âudebert  est  la  preuve  incontestable  que  dans  les  usines  ou 
manufactures  de  l’État  des  mesures  sont  encore  à  prendre,  pour 
que  les  femnjes  en  état  de  gestation  soient  protégées  comme 
elles  devraient  l’être. 

Ce  que  j’ai  dit  de  la  chambre  d’allaitement  de  l’usine  Citroën 
montre  qu’un  grand  industriel,  au  moins,  n’a  pas  hésité  à  obéir 
plèinement  aux  circulaires  ministérielles,  au  prix  de  grands 
sacrifices.  Or,  pour  beaucoup,  ce  sera  une  surprise  de  constater 
combien  peu  d’enfants  ont  pu  profiter  de  cette  magnifique  instal¬ 
lation.  Je  rappelle  qu’il  y  a  6.S00  à  7.000  femmes  employées  dans 
cette  usine.  Mais  à  ceux  qui  sont,  depuis  longtemps,  en  contact 
aveqla  réalité,  ce  résultat  ne  causera  aucun  étonnement.  . 

Les  chambres  d’allaitement  ne  peuvent  être  véritablement 
utiles  et  n’auront  de  succès  que  dans  des  conditions  ex  eption- 


696  PROFESSEUR  A.  PINARD 

nelles,  c’est-à-dire  là  où  les  mères  demeurent,  autour  ou  près  de 
l'usine  où  elles  sont  occupées,  et  à  condition  encore  que  l'atmo¬ 
sphère  de  l’usine  et  le  travail  auquel  elles  sont  astreintes  ne 
puissent  nuire  à  la  production  ht  aux  qualités  de  leur  lait  :  les 
mères  redouteront  toujours  les  fatigues  d’un  long  transport  de 
l’enfant  elles  risques  des  intempéries  pour  ce  dernier.  Je  n’in¬ 
siste  pas  pour  le  moment  sur  le  danger  qui  menacera  toujours 
cette  collectivité  d’enfants,  pas  plus  que  sur  l’importance  des 
sacrifices  imposés  aux  industriels  qui  voudront  créer  ces  orga¬ 
nismes. 

Les  lignes  qui  précèdent  peuvent  s’appliquer  également  aux 
établissements  commerciaux,  ainsi  que  le  prouve  ce  que  j’ai  dit 
plus  haut  concernant  les  belles  chambres  d’allaitement  des  grands 
magasins  des  Galeries  Lafayetfë  :  grands  sacrifices  pour  peu  de 
résultats. 

Quant  àlâ  tentative  philanthropique  du  Bon  Marché,  on  nepeut 
qu’y  applaudir.  Elle  vise  le  véritable  but  qui  doit  être  atteint, 
c’est-à-dire  que  la  mère  nourrice  puisse  rester  chez  elle,  dans  son 
foyer  pendant  toute  la  période  d'allaitement. 

Là,  les  sacrifices  ne  sont  pas  inutiles,  les  résultats  le  prou¬ 
vent,  mais  les  puériculteurs  réclament  davantage.  Si  les  mères 
nourrices  sont  presque  suffisamment  protégées,  les  femmes  en 
état  de  gestation  le  sont  encore  bien  moins.  C’est  une  lacune 
que  je  me  permets  de  signaler  aux  généreux  Directeurs  de  cet 
établissement,  tout  en  leur  exprimantma  gratitude. 

De  même,  on  ne  peut  que  manifester  la  plus  grande  recon¬ 
naissance  au  Conseil  général  de  la  Seine.  En  s’intéressant,  comme 
il  n’a  cessé  de  le  faire  depuis  longtemps,  —  ainsi  que  je  vous  en 
ai  donné  la  preuve  *  —  aux  enfants  les  plus  malheureux,  en 
ajoutant  aux  secours  préventifs  d’abandon  et  aux  secours  men 
suels,  pendant  trois  ans,  la  prime  d’allaitement  maternel  de 
200  francs  pendant  un  an,  il  a  accompli  un  bel  acte  humain. 
Est-ce  à  dire  qu’il  est  pleinement  satisfaisant?  Je  mentirais  à 
ma  pensée,  à  ma  conviction  absolue,  en  répondant  par  l’affir¬ 
mative.  Et  je  pense  que  les  honorables  membres  dé  celte 
assemblée  départementale  ne  rn’en  voudront  pas  de  leur  dire 
qu’ils  n’ont  fait  que  jalonner  une  petite  étape  de  l’évolution 

1.  Voir  le  rapport  G.  Clemenceau  de  1876. 


DE  LA  PROTECTION  MATERNELLE  ET  INFANTILE  697 

civilisatrice.  Ayant  l’honneur  de  les  connaître,  je  sais  qu’ils 
désirent  faire  plus  et  mieux  encore. 


Après  avoir  i^appelé  l'organisation  de  l’Office  central  d’assis¬ 
tance  maternelle  et  infantile  dans  le  camp  retranché  de  Paris, 
pendant  quatre  années  de  guerre,  après  avoir  exposé  en  détail 
son  fonctionnement,  après  avoir  fait  connaître  et  envisagé  les 
résultats  obtenus,  enfin  après  avoir  caractérisé  par  quelques 
exemples  de  tentatives  de  Protection  maternelle  et  infantile  dus 
soit  à  l’initiative  d’tine  assemblée  départementale,  soit  à  l’initia¬ 
tive  privée',  toutes  plus  louables  les  unes  que  les  autres,  témoin 
ou  acteur  de  toutes  ces  manifestations,  ayant  quelques  clartés 
sur  ce  qui  s’estfait  ailleurs,  je  suis  peut-être  tant  soitpeu  qualifié 
pour  formuler  une  conclusion  d’ordre  général.  En  tout  cas,  je 
vais  la  donner  avec  autant  de  sincérité  que  de  conviction. 

A  l’heure  actuelle,  à  Paris,  aussi  bien  que  dans  toute  laFrance, 
la  Protection  maternelle  et  infantile  est  encore  lamentablement 
insuffisante.  Et  cela,  malgré  la  diminution  sans  cesse  accentuée 
du  nombre  des  naissances. 

Faiblesse  de  Protection  maternelle  et  infantile,  faiblesse  de  la 
Natalité,  tels  sont  les  deux  grands  maux  menaçant  le  pays  plus 
que  toutes  les  maladies.  Ils  ne  disparaîtront  que  le  jour  où  la 
FONCTION  DE  REPRODUCTION  SERA  CONSIDÉRÉE  COMME  LA  PLUS  HAUTE 
AUTANT  QUE  LA  PLUS  INDISPENSABLE  DES  FONCTIONS  SOCIALES,  OU 
SERONT  RECONNUS  ET  PROCLAMÉS  LES  VÉRITABLES  DROITS  DE  l’ENFANT. 

La  Protection  maternelle  et  infantile,  telle  qu’elle  doit  être, 
n’existera  pas  avant  le  jour  où  toute  mère  sera  assurée  de  pou¬ 
voir  accomplir  la  Fonction  de  Reproduction  dans  toute  sa  plé¬ 
nitude  et  pendant  toute  sa  durée. 

Seule,  la  Nation,  qui,  par  ses  lois  sociales,  accomplira  cette 
révolutiou,  aura  mérité,  en  toute  justice,  le  titre  de  Nation 
civilisée. 


698 


ALIMENTATION  UES  TROUPES 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 

(Comptes  rendus  de  la  Commission  sanitaire  des  Pays  alliés). 

(Suite  I) 

COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALCIÉS 

80US-C0MU1SSI0N  DE  L’aLKMENTATION 

Première  séance.  —  13  mars  194S. 

M.  LE  Président.  —  Nous  connaissions  déjà,  il  faut  le  rappeler, 
les  chiffres  des  rations  alimentaires  dans  les  diverses  Armées 
alliées.  Nous  avions  été  frappés  particulièrement,  dans  l’étude  faite 
par  nous  de  ces  rations,  par  le  fait  suivant  :  dans  l’armée  italienne, 
la  ration  est  moins  élevée  que  dans  les  autres  armées  ;  cependant 
les  rapports  qui  nous  sont  parvenus  de  même  que  les  enquêtes 
auxquelles  nous  nous  sommes  livrés  ont  démontré  que  cette  ration 
réduite  répondait  à  toutes  les  exigences  de  la  guerre.  Pendant  un 
an,  les  soldats  italiens  ont  pu,  avec  cette  ration,  supporter  les  efforts 
énormes  de  la  guerre,  en  montagne  comme  en  plaine,  accomplir 
des  travaux  constituant  de  véritables  tours  de  force.  Devant  ces 
faits,  une  question  se  posait  impérieusement  (et  M.  le  Médecin- 
Major  Langlois  a  été  le  premier  à  le  faire  ressortir)  :  Puisque  l’or¬ 
ganisme  humain  est  partout  le  même  et  obéit  partout  aux  mêmes 
règles  physiologiques,  comment  la  ration  alimentaire  peut-elle  être 
si  différente  suivant  les  armées?  Peut-être  cette  différence  n’est-elle 
qu’apparente  et  illusoire?  S’il  y  a  différence  dans  la  quantité  de 
nourriture  fournie  aux  troupes,  peut-être  y  a-t-il  différence  moindre 
dans  la  quantité  de  nourriture  réellement  consommée‘1 

Il  s’agit  donc,  avant  tout,  de  savoir  :  d’abord  si  la  ration  admi¬ 
nistrative  arrive,  bien  entière  aux  soldats;  puis  si  les  soldats  la 
consomment  entièrement. 

C’est  surtout  pour  élucider  ce  point  que  M.  le  Médecin-Major 
Langlois  a  été  chargé  de  dresser  le  nouveau  questionnaire  très 
complet  dont  nous  venons  de  recevoir  les  réponses. 

M.  le  Médecin-Major  de  classe  Langlois.  —  J’apporte  ma  con¬ 
firmation  à  la  thèse  de  notre  Président.  Nous  avons  été  surpris, 
dans  notre  mission  en  Italie,  M.  l’Intendant  BrIand,  le  D"'  Geley  et 
moi,  de  l’excellente  préparation,  de  l’excellente  présentation  des 


1.  Voy.  p.  670  et  suivantes. 


COMMISSIUN  SANIÏAIKK  ÜKS  PAYS  ALLIÉS 


aliments  et  du  peu  de  déchets  de  consommation,  explicable  par  le 
goût  excellent  de  ces  aliments.  La  ration  était  toute  consommée, 
parce  que  préparée  par  des  cuisiniers  bien  dressés  et  stables,  con¬ 
formément  au  goût  italien,  avec  un  condiment  délicieux,  présentée 
également  dans  des  conditions  parfaites. 

Il  nous  a  donc  paru  intéressant  de  chercher  si,  dans  les  autres 
Armées,  où  les  mêmes  soins  minutieux  ne  sont  pas  pris,  peut-être, 
on  ne  donnait  pas  trop  pour  que  le  soldat  ait  pratiquement  assez; 
si,  en  d’autres  termes,  il  n’y  avait  pas,  dans  ces  armées,  un  gros 
déchet  dû  à  une  préparation  ou  une  présentation  moins  parfaites 
qu’en  Italie.  Pratiquement,  le  problème  à  résoudre  est  le  suivant  : 
Est-il  possible,  en  améliorant  la  '  préparation  et  la  présentation, 
d’obtenir  un  rendement  meilleur  tout  en  diminuant  la  ration  ? 

Malheureusement,  les  réponses  au  questionnaire  ne  nous  donnent 
pas  satisfaction.  Un  coup  d’œil  rapide  jeté  sur  ces  réponses  me  per¬ 
met  quelques  critiques.  D’abord  les  enquêteurs  étaient  intéressés  à 
trouver  tout  bien  dans  leurs  propres  unités  ;  en  second  lieu,  ils  ne 
semblent  pas  avoir  compris  l’importance  de  la  question  des  déchets. 
C’est  ainsi  qu’ils  ont  sûrement  sous-évalué  considérablement  des 
déchets  certains,  tels  que  ceux  de  l’épluchage  des  légumes  et  du 
désossage  de  la  viande,  qu’ils  n’estiment  parfois  qu'à  S  où  0  p.  100, 
alors  qu’il  atteint  au  moins  40  p.  100. 

M.  DE  Cazotte.  —  Les  enquêteurs  ont  été  d’ailleurs  dans  l’impos¬ 
sibilité  de  résoudre  certaines  questions,  telles  que  celles  du  poids 
des  hommes,  du  chiffre  des  calories,  etc. 

M.  le  Médecin  principal  de  l”  classe  Maistriaü  (Belgique).  — 
J’apporte  les  questionnaires  remplis  dans  l’Armée  belge.- Ils  offrent 
d’avantage  d’avoir  été  confiés  à  des  médecins  compétents.  Je  vous 
communique  également  un  extrait  de  l’O.  I.  D.  que  m’a  remis  notre 
collègue,  le  Médecin  principal  Hainaut  : 

«  §  6.  —  De  l’avis  d’autorités  médicales  le  régime  alimentaire  du 
«  soldat  est  trop  carné. 

«  En  outre,  il  ne  serait  pas  assez  souple,  il  ne  permet  pas  de  faire 
«  varier  le  régime  d’après  les  fatigues  subies. 

«  Les  solutions  ci-après  pourraient  être  examinées  : 

«  1»  réduire  de  400  à  350  grammes  la  ration  de  viande  moyennant 
«  paiement  au  ménage  de  la  contre-valeur  (12  cent.),  ce  qui  per- 
«  mettrait  d’acquérir  d’autres  denrées  et  de  donner  une  alimeiita- 
«  tioii  plus  substantielle  les  jours  de  grande  fatigue  ; 

((  2“  remplacer  dans  la  ration  actuelle  50  grammes  de  viande  par 
«  les  suppléments  ci-après  :  15  grammes  de  café  plus  20  grammes 
«  de  .sucre  et  25  grammes  de  pois,  haricots  ou  15  grammes  de  sain- 

doux  (G.  Q.  G.,  3“  S»",  n"  4171,  du  14  mars  1918). 

«  Les  autorités  relevant  directement  de  mon  commandement  me 


700 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 


«  feront  connaître,  le  25  courant,  leurs  avis  et  considérations  au 
»  sujet  de  ces  modifications  éventuelles  à  la  ration  du  soldat. 

«  Prescription  du  H.  D.  —  Les  médecins-chefs  des  F.  S.  me  feront 
«  parvenir  leurs  avis  et  considérations  à  ce  sujet  le  25  courant.  » 

M.  le  Médecin  Aide-Major  Geley.  —  Dans  les  réponses  au  ques¬ 
tionnaire,  la  question  des  déchets  est  celle  qui  a  été  la  moins  bien 
traitée.  Les  enquêteurs  l’ont  visiblement  considérée  comme  un  hors 
d’œuvre  négligeable  et  n’ont  pas  saisi  l’importance  que  lui  attribuait 
la  Commission.  Peut-être  aussi  n’auraient-ils  pas  volontiers  fait  état 
des  déchets  de  consommation,  de  crainte  de  provoquer  dans  la  suite 
des  restrictions  dans  leurs  unités. 

Ml  le  Médecin  principal  Laffohgue  (France).  —  Eu  général,  les 
enquêteurs  m’ont  paru  d’un  optimisme  un  peu  suspect.  Il  est  pru¬ 
dent  de  ne  pas  trop  tabler  sur  les  résultats  de  cette  enquête. 

M.  le  Médecin-Major  de  l”  classe  Langlois.  —  Depuis  six  mois, 
on  autorise  les  chefs  de  corps  à  réaliser  des  économies,  dans  une 
certaine  jnesure,  sur  l’alimentation  et  on  intéresse  les  hommes  à 
ces  économies  en  leur  distribuant  une  part  des  bonis  en  argent. 

11  y  a  là  une  idée  dont  l’application  peut  être  précieuse  et  per- 
metfrait  de  voir  dans  quelles  limites  la  ration  peut  être  diminuée. 

M.  LE  Président.  —  Les  hommes  diminueraient  alors  volontaire¬ 
ment  leur  ration.  Ce  serait  là  le  point  de  départ  d’une  expérience 
technique  bien  importante.  11  y  a  lieu  de  retenir  et  d’étudier  cette 
question. 

S.  E.  le  Lieutenant-Général  Rho  (Italie).  —  Rien  n’est  plus  difficile 
que  l’appréciation  des  déchets.  M.  le  Colonel  Bblli,  chargé  de  cette 
enquête  dans  la  Marine,  vous  dira  les  difficultés  qu’il  a  rencontrées 
et  les  résultats  qu’il  a  obtenus. 

Au  point  de  vue  des  économies,  on  fait  en  Allemagne  comme  en 
France.  Le  soldat  est  intéressé  aux  économies.  Les  bons  d’alimen¬ 
tation  non  utilisés  sont  remboursables  en  argent. 

En  Italie,  j’ai  proposé  de  supprimer  dans  la  Marine  les  boissons 
alçooliques  et  de  donner  en  argent,  aux  hommes,  l’équivàlent  de 
leur  coût.  C’est  également  ce  qui  se  fait  dans  la  Marine  hollandaise. 

M.  le  Colonel  Belli  (Italie).  —  La  Mission  de  MM.  Briand,  Langlois 
et  Geley  a  été  frappée  du  peu  de  déchets  alimentaires  de  la  ration 
italienne.  Je  confirme  leur  opinion.  Pour  la  viande,  le  seul  déchet 
est  calculé  d’avance;  il  est  de  25  p.  100  pour  les  os,  la  graisse,  les 
tendons.  On  tient  compte  de  ce  déchet  dans  le  calcul  des  calories. 

M.  le  Médecin-Major  de  l”  classe  Langlois.  —  25  p.  100  de  déchets 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS  701 

font  100  grammes  de  viande  désossée,  dégraissée  et  entièrement 
consommée.  Est-ce  bien  cela? 

M.  le  Colonel  Belli  (Italie).  —  Oui  ;  les  autres  aliments,  riz  et 
p.âtes,  donnent  très  peu  de  déchets.  Les  légumes  frais  donnent  de 
gros  déchets  d’épluchage,  mais  on  ne  compte  pas  ces  légumes  dans 
le  calcul  des  calories.  Même  l'es  déchets  sur  les  pommes  de  terre 
sont  négligeables,  car  on  donne  fort  peu  de  ce  tubercule. 

Il  n’y  a  pas  de  perte  de  cuisson,  car  les  48  p.  100  de  perte  appa¬ 
rente  passent  dans  le  bouillon  on  le  jus.  Quant  au  résidu  laissé  dans 
les  assiettes,  il  est  nul.  Seule  la  morue  salée  donne  un  résidu  de 
10  p.  100;  mais  ce  résidu  n’est  fait  que  des  arêtes  et  de  la  peau.  Du 
reste,  on  ne  donne  de  morue  qu’un  jour  par  semaine. 

Le  riz  donne  un  résidu  plus  important,  environ  10  p.  100,  car  il 
n’est  pas  aimé  des  méridionaux. 

Il  résulte  de  tout  cela  que  la  ration  calculée  se  rapproche  sensi¬ 
blement  de  la  ration  ingérée. 

M.  le  Médecin  principal  Lakforgue  (France).  —  Le  peu  de  goût 
des  hommes  pour  le  riz  fausse  les  calculs  des  calories  de  la  ration.. 
C’est  un  aliment  important,  dont  on  tient  grand  compte  théorique- 
mentvet  qui,  pratiquement,  n’est  pas  utilisé. 

M.  le  Médecin  principal  Inaba  (Japon).  —  Pour  être  bon,  le  riz 
doit  être  cuit  à  la  vapeur.  Nous  avons  une  boîte  de  cuisson  pour 
12  hommes. 

M.  le  Colonel  Belli  (Italie).  —  Les  conclusions  de  mon  enquête 
sont  les  suivantes  :  le  nombre  de  calories  théorique  de  la  nouvelle 
ration  est  de  3.487.  Le  nombre  réel  (abstraction  faite  des  déchets) 
est  de  3.303. 

M.  le  Colonel  Beveridge  (Grande-Bretagne).  —  Au  début  de  la 
guerre,  la  ration  anglaise  laissait  beaucoup  de  déchets,  soit  à  cause 
de  l’excès  d’aliments,  soit  à  cause  de  la  mauvaise  préparation. 

La  ration  a  été  réduite  à  plusieurs  reprises.  La  viande  était  pré¬ 
cédemment  distribuée  à  la  dose  de  366  grammes.  Elle  fut  d’abord 
ramenée  à  453  grammes,  puis  à  360  grammes,  y  compris  les  os  et 
la  graisse. 

Si  r))n  enlève  de  ces  360  grammes  20  p.  100  de  déchets,  il  reste 
290  grammes.  La  ration  entière  donne  4.000  calories  sur  le  front  et 
à  l’arrière  3.500  calories. 

Pour  les  travailleurs  assujettis  à  de  gros  travaux,  tels  que  les 
forestiers  canadiens,  on  donne  une  ration  considérable  équivalant 
à  5.000  à  6.000  calories. 

Les  troupes  indigènes  ont  une  ration  de  3.800  calories.  Les  pri¬ 
sonniers  allemands  soumis  au  travail  ont  une  ration  de  2.889  calo- 


702 


AIJMENTATIUN  DES  TItOÜPES 


i-ies,  qui  peut  être  augmentée  de  ;i76  calories  en  cas  de  travail  très 
dur. 

Les  femmes  auxiliaires,  télégraphistes,  dactylographes,  blanchis¬ 
seuses,  secrétaires,  etc.,  ont  une  ration  de  2.996  calories.  Cette 
ration  comprend  :  226  grammes  de  viande,  330  de  pain,  15  grammes 
dé  thé,  ou  30  de  café  ou  30  de  cacao,  60  grammes  de  sucre,  7  de  sel, 
60  de  jambon,  90  de  confiture,  120  de  légumes  fraié,  360'  de  pommes 
de  terre,  60  de  riz,  60  de  lait  condensé,  .30  de  fromage  et  30  de  rtiar- 
garine. 

On  emploie  beaucoup,,  dans  l’armée,  à  l’arrière,  des  femmes  poûr 
la  cuisine.  Le  résultat  est- excellent. 

On  a  évité  bien  des  déchets  en  réduisant  la  ration  et  en  la  prépa¬ 
rant  conformément  au  goût  des  diverses  nationalités. 

Nous  avons  soin  de  recueillir  les  déchets  de  graisse  et  nous  récu¬ 
pérons  même  la  graisse  des  eaux  grasses.  On  .se  sert  de  ces  graisses 
pour  la  fabrication  des  munitions  ou  même  pour  faire  de  la  marga¬ 
rine,  en  intéressant  les  hommes  à  ces  récupérations. 

Les  feuilles  de  thé  servent  de  combustible. 

On  utilise  même  la  soudure  des  boîtes  de  conserve  que  l’on  expé¬ 
die  en  lingots  en  Angleterre. 

Enfin  nous  cherchons  à  extraire  l’ammoniaque  des  urines  et 
nous  en  espérons  un  résultat  important,  parce  qu’un  homme  urine 
en  24  heures  suffisamment  d’ammoniaque  pour  la  charge  d’un  obus 
de  75. 

On  utilise  même  les  cadavres  de  chevaux.  Enterrés  dans  des 
fosses  à  fumier,  ils  se  décomposent  en  dégageant  des  gaz  que  l’on 
recueille  et  qu’on  emploie  pour  ^éclairage  ou  la  force  motrice. 

Notre  raiion  ne  contient  pas  d’alcool.  Cependant,  sur  l’avis  des 
rajédecins  et  du  commandement,  on  distribue  40  à  50  grammes  de 
rhum  dans  les  tranchées  de  première  ligne. 

Nous  donnons  beaucoup  de  légumes  frais,  dont  180'grammes  de 
pommes’  de  terre  et  des  oignons  frais,  très  antiscorbutiques.  L’an 
dernier,  on  distribuait  une  orange  ou  un  citron  par  homme  et  par 
jour. 

Le  riz  est  peu  apprécié  ;  on  en  donne  30  grammes  par  jour  sur  le 
front  et  60  grammes  à  l’arrière. 

On  donne  30  grammes  de  fardne  d’avoine,  très  appréciée  des 
Écossais,  30  grammes  de  margarine,  60  de  fromage,  90  dç  confiture, 
90  de  sucre  au  front  (45  à  l’arrière),  30  de  lait  condensé,,  7  de  sel. 

Comme  équivalents,  nous  donnons,  en  cas  de  nécessité,  à  la  place 
de  pain,  du  biscuit  (1  livre  de  biscuit  correspond  à  2/3  d’une  livre 
de  pain). 

..  On  distribue  souvent,  dans  les  tranchéés,  une  ration  supplémen¬ 
taire  de  pain,  de  sucre,  de  cacao,  ou  de  lait. 

M.  le  Médecin  principal  Lafforgue  (France).  —  Pourquoi  donnez- 
vous  90  grammes  de  sucre? 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  AELIÉS  103 

M.  le  Colonel  Beveridge  (Grande-Bretagne).  —  A  cause  des  pro¬ 
priétés  énergétiques  de  cet  aliment. 

S.  E.  le  Lieutenant-Général  Rho  (Italie).  —  Quelques  faits  montrent 
que  la  puissance  musculaire  peut  être  entretenue  ou/avorisée  par 
une  alimentation  réduite.  i 

Dans  l’été  1917,  des  sports  collectifs  eurent  lieu  à  Rome  entre 
Français,  Anglais  et  Italiens.  Les  Italiens  ont  remporté  les  premiers 
prix.  Dans  des  régates,  à  l’étranger,  les  Italiens  ont  également  rem¬ 
porté  les  prix. 

Ils  n’ont  été  en  seconde  ligne  que  lorsqu’ils  ont  rivalisé  avec  des 
professionnels. 

M.  le  Chirurgien  de  la  Marine  Boyden  (Grande-Bretagne.  —  Con- 
nait-on  les  aliments  de  substitution  employés  dans  l’Armée  alle¬ 
mande? 

M.  LE  Président.  —  Non. 


Deuxième  séance.  —  /4  mars  i91S. 

M.  LE  Président.  —  S.  E.  le  Général  Rho  nous  offre,  à  titre  d’indi¬ 
cation,  une  liste  de  10  propositions,  Je  vous  transmets  ces  proposi¬ 
tions  "en  faisant  remarquer  que  notre  Commission  a  surtout  un 
caractère  administratif,  plutôt  qu’un  caractère  technique. 

Le  Gouvernement  français  a  bien  établi  ce  caractère  administra¬ 
tif  et  la  Commission  l’a  reconnu  aussi  en  me  désignant  comme  pré¬ 
sident,  moi  qui  suis  avant  tout  administrateur. 

Je  passe  les  propositions  de  S.  E.  le  Général  Rho  à  M.  le  D''  Poite¬ 
vin.  Ce  dernier,  en  effet,  est  l'auteiir  du  vœu  adopté  par  la  Déléga- 
lion  permanente,  en  novembre  1917,  sur  la  question  de  l’alimenta¬ 
tion.  C’est  à  lui  qu’il  appartiendra  de  rédiger  les  conclusions  sur 
lesquelles  nous  devrons  statuer  et  que  nous  proposerons  ensuite 
aux  Gouvernements  alliés. 

Toutefois  et  dès  maintenant,  je  désire  faire  quelques  remarques 
sur  deux  des  propositions  du  Général  Rho. 

L’une  (la  10')  affirme  l’opportunité  de  la  propagande  en  faveur 
des  restrictions  alimentaires.  C’est  mon  avis;  mais  j’estime  que  c’est 
aux  corps  savants  qu’appartient  l’initiative  de  cette  propagande. 
Puisque  S.  E.  le  Général  Rho  est  membre  d’un  haut  Comité  scien¬ 
tifique,  nous  le  prierons  de  soutenir  sa  thèse  auprès  de  ce  comité 
qui  pourra  lui-même  influencer  d’autres  comités. 

Une  autre  proposition  (la  4®)  a  plus  d’importance  immédiate. 

Elle  vise  l’opportunité  d’intéresser  les  soldats  aux  économies  sur 
l’alimentatipn.  Cela  déborde  aussi  les  attributions  de  la  Commission, 

Néanmoins  je  remercie  S.  E.  le  Général  Rho,  car  plusieurs  délé- 


704 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 


gâtions  ont  déclaré  que  la  faculté  demandée  était  déjà  accordée 
dans  plusieurs  armées.  Donc  la  conviction  a  pénétré  dans  les  pou¬ 
voirs  publics  que  la  ration  alimentaire  est  excessive.  Les  pouvoirs 
publics,  dont  le  seul  but  et  l’unique  pensée  sont  la  victoire,  se  seraient 
opposés  à  pareille  faculté  s’ils  l’avaient  jugée  en  opposition  avec 
leur  but  primordial.  Leur  conviction  est  faite;  mais  ils  ont  à  envi¬ 
sager  des  obstacles  d’ordre  politique  et  moral. 

Notre  rôle  est  d’encourager  les  Gouvernements  dans  leur  con¬ 
viction  ,et  de  les  aider  à  se  diriger  vers  la  réforme,  soit  direcle- 
ment,  soit  par  des  expédients  comme  celui  dont  nous  venons  de 
parler. 

S.  E.  le  Lieutenant-Général  Rho  (Italie).  —  Voici  d’abord  mon 
programme  : 

1”  Unification  des  coefficients  pour  les  calculs  concernant  la 
composition  des  rations,  en  employant  des  facteurs  qui  expriment 
la  moyenne  des  analyses  des  denrées. 

2“  Quantités  maxima  et  minima  d’albumines  qu’on  devrait  livrer 
aux  troupes  selon  leur  distribution  dans  les  dépôts,  sur  les  lignes 
de  cpmmunication  et  sur  le  front. 

3“  Nombre  de  calories  (maximum  et  minimum)  qu’on  devrait 
livrer  aux  troupes  selon  leur  distribution  dans  les  dépôts,  sur  les 
lignes  de  communication  et  sur  le  front. 

4°  Économies  réalisables  individuellement  par  les  soldats  en 
renonçant  à  quelc^ues  éléments  de  la  ration,  qu’on  devrait  leuV  com¬ 
penser  en  argent,  au  moins  en  partie. 

5°  En  cas  d’extrême  nécessité,  quelles  devraient  être  les  limites 
des  réductions  alimentaires  qu’on  pourrait  atteindre. 

6“  Opportunité  d’unifier  la  quantité  des  principes  alimentaires 
dans  les  rations  des  matelots  et  des  soldats  qui  se  trouvent  dans 
les  mêmes  conditions  à  terre  (dépôts,  lignes  de  communica¬ 
tion,  été.). 

T  Opportunité  d’étudier  et  de  formuler  pour  chaque  nation 
(Armée  de  terre  et  Marine)  des  types  modifiés  de  rations  inter- 
changeablçs  selon  la  disponibilité  des  deux  éléments  principaux  de 

È  ration;  c’est-à-dire  :  viande  et  blé  ou  autres  céréales,  en, y  ajou- 
nt  s’il  y  a  lieu  des  suppléments  de  sucre,  de  vin,  etc. 

8“  Limites  de  la  quantité  de  l’alcool  dans  les  rations. 

9°  Opportunité  (s’il  y  ale  moyen  d’octroyer  autrement  uu  nombre 
suffisant  de  calories)  de  suspendre  la  distribution  de  toutes  bois¬ 
sons  alcooliques. 

10“  Opportunité  d’une  propagande  très  active  par  les  Sociétés 
savantes  qui  s’occupent  maintenant  de  la  question  de  l’alimen¬ 
tation,  surtout  en  forme  populaire,  avec  de  petites  brochures, 
dans  le  but  d’influencer  l’opinion  publique,  la  presse  quotidienne 
et  même  la  mentalité  des  officiers  et  des  soldats. 

A  propos  de.  propagande,  je  signale  à  la  Commission  l’exemple 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS  705 

donné  par  la  Marine  américaine  dans  la  lutte  antialcoolique.  1. 'al¬ 
cool  est  prohibé  parmi  les  matelots  et  officiers  et  une  «  zone  sèche  », 
de  5  milles  est  dressée  autour  des  dépôts  de  la  marine. 

-  M.  DE  C.woTTE.  —  La' lutte  antialcoolique  est  plus  facile  qu’ailleurs 
aux  États-Unis  parce  que  plusieurs  États  ont  déjà  prohibé  l’alcool 
sur  leur  territoire.  La  prohibition  légale  facilite  singulièrement 
rétablissement  de  «  zones  sèches  »  pour  l’Armée,  établissement 
difficile  à  réaliser  en  dehors  des  États-Unis. 

M.  le  Docteur  Poitevin.  —  La  suppression  du  vin  est  absolument 
impossible  en  France  et  personne  n’y  peut  songer. 

M.  le  Médecin  principal  Lapfobgue  (France).  —  Le  vin  est  pour  la 
race  française  un  besoin  impérieux  ;  elle  a  un  atavisme  cellulaire 
qui  lui  impose  ce  besoin  et  fait  qu’elle  supporte,  comme  elle*le 
désire,  le  vin.  Il  faut  tenir  compte  de  ce  besoin. 

M.  le  Docteur  Poitevin.  —  D’ailleurs  le  vin,  par  l’excitation  men¬ 
tale  qu’il  donne,  favorise  le  travail.  De  plus,  en  donnant  satisfaction 
au  besoin  atavique  dont  a  parlé  M.  Lafforgue,  il  est  le  meilleur 
agent  de  lutte  antialcoolique.  Qui  boit  du  vin  n’a  plus  besoin 
d’alcool.  Dans  les  régions  où  l’on  ne  boit  pas  de  vin,  comme  en 
Normandie,  on  prend  beaucoup  plus  d’alcool  qu’ailleurs.  L’exemple 
du  Havre  est  caractéristique  et  M.  Siegfried,  avec  qui  je  causais 
récemment,  est  dé  mon  avis  ;  dans  cette  ville  on  a  fait  des  efforts 
considérables  pour  lutter  contre  l’alcool.  Le  seul  de  ces  efforts  vrai¬ 
ment  efficace  a  consisté  à  fonder  des  restaurants  ouvriers  où  l’on 
sert  1  /2  litre  de  vin  sans  augmenter  le  prix  du  repas.  Les  ouvriers 
qui  mangent  à  ces  restaurants  ont  spontanément  renoncé  à  l’al¬ 
cool.  En  France,  c’est  partout  la  même  chose  :  le  vin  est  l’ennemi 
de  l’alcool.  C’est  ce  que  semblent  avoir  compris  les  pouvoirs  publics. 

M.  le  Médecin  Aide-Major  Geley.  —  La  thèse  de  M.  Poitevin  trouve 
une  remarquable  confirmation  dans  les  réponses  à  notre  question¬ 
naire.  Les  soldats,  interrogés  sur  leurs  desiderata,  demandent, 
presque  unanimement,  qu’on  remplace  leur  ration  d’eau-de-vie  par 
1/4  de  litre  de  vin. 

M.  le  Docteur  Poitevin.  —  Je  n’en  suis  pas  surpris.  Les  Normands 
qui  auront  pris  le  goût  du  vin  aux  tranchées  lui  resteront  fidèles  et 
renieront  l’alcool. 

(A  suivre.) 


REV.  d’hYG. 


XL  —  45 


REVUE  DES  JOURNAUX 


REVUE  DES  JOURNAUX 


Note  sur  l'assistance  maternelle  et  infantile  du  quartier  de  Plaisance, 
par  M"'  Chaptal  {Bulletin  de  l'Académie  de  Médecine,  séance  du 
24  septembre  1918). 

Le  quartier  de  Plaisance,  qui  fait  partie  du  XIV'  arrondissement 
Je  la  Ville  de  Paris,  et  comprend  à  lui  seul  79.084  habitants,  était, 
en  l’année  1900,  absolument  dépourvu  au  point  de  vue  de  l’Assis¬ 
tance  maternelle.  La  mortalité  infantile  y  était  considérable,  et  les 
causes  en  étaient  multiples  dans  ce  quartier  particulièrement  dense, 
dont  les  logements  sont  peu  salubres.  Mais  les  raisons  principales 
diP  pourcentage  considérable  de  décès  avaient  surtout  pour  cause 
l’absence  presque  complète  de  nourriture  au  sein.  En  effet,  d’après 
les  recherches  effectuées  à  ce  moment,  cette  nourriture  ne  dépas¬ 
sait  pas  une  proportion  de  20  p.  100  pour  les  mères  élevant  leurs 
enfants  elles-mêmes. 

Quand,  en  janvier  1901,  l’Assistance  maternelle  et  infantile  de 
Plaisance  fut  créée  en  plein  quartier  misérable,  63,  rue  Vercingé¬ 
torix  (où  elle  se  trouve  encore),  cette  œuvre  avait  pour  but  d’arriver, 
par  une  assistance  bien  comprise,  à  relever  la  proportion  de^mères 
nourrissant  elles-mêmes  leurs  enfants,  et  à  diminuer  la  mortalité 
des  nouveau-nés.  • 

On  commença  par  une  consultation  destinée  aux  femmes  en¬ 
ceintes  et  nourrices,  et  très  rapidement  ou  y  ajouta,  deux|fois  par 
semaine,  une  consultation  de  nourrissons  proprement  dite. 

Tout  au  début,  une  Goutte  de  lait  dut  être  adjointe  à  la  consul¬ 
tation,  et  il  fallut  distribuer  du  lait  de  bonne  qualité  afin  de  contre¬ 
balancer,  tout  au  moins,  le  mauvais  effet  du  liquide  jusque-là  donné 
à  leurs  enfants,  sous  le  nom  de  lait,  par  des  mères  ignorantes.  On 
se  servit,  dès  l’origine,  de  l’CEuvre  philanthropique  du  lait,  dont 
les  dépôts  commençaient  alors  de  s’organiser  dans  Paris.  Mais 
l’objet  même  de  l’Assistance  maternelle  était,  ainsi  que  nous  l’avons 
dit,  d’augmenter  la  proportion  du  nourrissage  an  sein. 

Pour  y  parvenir,  on  s’efforça  : 

1°  D’instruire,  dès  avant  la  naissance  de  l’enfant,  les  femmes 
enceintes,  et  de  leur  devoir  de  nourrir' elles-mêmes,  et  des  avan¬ 
tages  matériels  qu’elles  y  peuvent  rencontrer,  lorsque  la  nourriture 
est  bien  dirigée. 

2“  De  remetire  surtout  aux  mères,  chaque  fois  que  cela  était  pns 
sible,  des  bons  d’alimentation  destinés  à  elles-mêmes,  au  lieu  de 
leur  donner  sans  discernement  du  lait  qui  n’aurait  pu  servir  que  de 
prime  au  sevrage. 

D'autre  part,  les  consultations  médicales,  faites  depuis  l’ouver- 


REVUE  DES  JOURNAUX  707 

ture  du  dispensaire  par  M.  le  D'^  Ancelet,  avec  une  compétence 
spéciale  doublée  d’un  très  grand  dévouement,  furent  les  moyens 
d’instruire,  fréquemment,  les  femmes  de  l’hygiène  et  de  l’alimen¬ 
tation  nécessaires  à  leurs  enfants.  La  pesée  hebdomadaire  venait 
corroborer,  par  ses  résultats,  l’enseignement  donné. 

On  pensa  aussi  qu’il  serait  i;tile  de  suivre. l’enfant  non  seulement 
jusqu’au  sevrage,  mais  encore  jusqu’à  l’âge  de  trois  ans  accomplis, 
afin  déconsolider  les  résultats  oblenus  pendant  la  période  de  nour¬ 
riture. 

La  création  de  la  «  Maison-Ecole  d’infirmières  privées  »,  66,  rue 
Vercingétorix,  vint  faciliter  la  tâche  un  peu  rude  de  l’infirmière 
directrice  et  lui  permettre  d’organiser  solidement  la  visite  à  domi- 
<5ile,  indispensable  pour  l’influence  hygiénique,  en  même  temps  que 
pour  connaître  les  besoins  des  familles  ouvrières. 

Petit  à  petit,  l’CEuvre  prenait  corps,  s’étendait  et  voyait  grandir 
son  action  et  son  efficacité  :  la  mortalité  infantile,  calculée  de  zéro  à 
deux  ans  sur  les  enfants  régulièrement  suivis  et  assistés  par  l’CEuvre, 
s’est  peu  à  peu  stabilisée  aux  environs  de  2  1/2  p^  100. 

Mais  ce  n’est  pas  tout  que  de  maintenir  l’enftfnt  en  vie  pendant 
ses  deux  premières  années,  il  importe  de  lui  constituer  une  santé 
résistante  —  ceci  peut  être  obtenu  principalement  par  la  première 
nourriture  ;  et  la  progression  eonstaute  du  pourcentage  d’allaite¬ 
ment  maternel  montre  que  l’Assistance  maternelle  et  infantile  de 
Plaisance  a  atteint  son  but  principal  ;  ce  pourcentage,  qui  était  de 
^Op.  100  en  1901,  s’est  élevé  à' 44  p.  100  en  1904,  à  68  p.  100  en  1910, 
à  71  p.  100  en  1915  et  à  85  p.  100  en  1917. 

Les  dépendes  de  l’CEuvre  né  sont  pas  très  considérables  en  pro¬ 
portion  du  résultat  obtenu,  cependant,  elles  ont  passé  de  1.467 fr.  30, 
en  1901,  année  delà  fondation,  à_13.892fr.  52,  en  1913, pour  s’élever, 
en  1917,  à  45.760  fr.  30. 

On  doit  ajouter  que  l’Assistance  maternelle  est  aidée  constam¬ 
ment  par  les  diverses  organisations  voisines  ou  annexes  qui  con¬ 
courent  au  même  but  d’hygiène  et  de  préservation  à  Plaisance;  la 
Maison-École  d’infirmières  privées  avec  ses  visiteuses,  la  Crèche  annexe 
et  son  jardin,  l’OEuvre  des  tuberculeux  adultes  avec  ses  consultations 
et  ses  deux  sanatoria,  la  Coopérative  de  consommation  contre  la  vie 
chère,  la  Société  ant.nyme  des  logements  de  Plaisance  avec  ses  quatre 
maisons  ouvrières  pour  familles  nombreuses,  le  placement  des  en¬ 
fants  à  la  campagne  complété  par  l’ouverture  d’une  maison  de  soins 
pour  enfants  déln'ats  à  Ballainvilliers,  etc. 

Le  nombre  des  soins  et  visites  à  domicile  a  considérablement  aug¬ 
menté  depuis  la  guerre,  par  suite  de  la  collaboration  de  l’Assistance 
maternelle  avec  les  services  de  la  mairie  du  XIV®  :  visites  et  soins 
aux  pauvres  du  Bureau  de  bienfaisance,  visites  pour  le  contrôle  de  la 
loi  Strauss.  Le  nombre  total  de  ces  différentes  visites  s’est  élevé  en 
1917  à  15.928. 


REVUE  DES  JOURNAUX 


L'enlèvement  des  ordures  ménagères  {Revue  municipale,  21”  année, 
n”  649,  p.  75).  , 

A  Miami,  aux  États-Unis  d’Amérique,  on  a  adopté,  nous  apprend 
V American  City,  un  nouveau  procédé  pour  l’enlèvement  des  ordures. 
Il  comprend  des  chariots  électriques  pour  le  transport  des  réci¬ 
pients  en  métal  appartenant  à  la  municipalité  pour  garder  les 
ordures  ménagères  à  la  maison  et  un  système  perfectionné  de 
nettoyage  et  de  stérilisation.  Miami  est  une  ville  de  28.000  habitants. 

Chaque  semaine  on  enlève  énviron  60  tonnes  d’ordurè.  On  a  fait 
choix  en  cette  circonstance  de  camions  électriques,  parce  que  l’on 
est  obligé  d’avancer  lentement  et  de  s’arrêter  souvent  au  cours  de 
la  tournée.  Ces  camions  construits  spécialement  sont  à  deux  pla¬ 
teaux,  et  chacun  de  ces  derniers  est  capable  de  porter  cinquante 
récipients,  ce  qui  représente  une  charge  maxima  de  cent  récipients. 
Un  de  ces  camions  a  servi  pendant  plus  de  deux  ans,  et  les  dépenses 
totales  pour  son  entretien,  en  dehors  du  chargement  des  batteries, 
n'ont  pas  dépassé  250  dollars  (1.250  francs).  Ue  coût  d’achat  du 
calmion  avait  été  de  3.100  dollars  (15.500  francs  environ). 

La  ville  de  Miami  achète  elle-même  les  récipients  et  les  fournit 
gratuitement  à  chaque  famille.  Il  est  difficile  de  dire  ce  qu’ils  coû¬ 
teraient  actuellement,  mais  au  dernier  achat,  ils  revenaient  en 
moyenne  à  deux  dollars  (10  francs)  la  pièce.  Ces  récipients,  qui  ont 
été  fabriqués  tout  spécialement,  ontun  diamètre  de  quatorze  pouces 
et  demi  (0  m.  36),  et  une  hauteur  de  vingt  pouces  (0  m.  50),  y 
compris  les  couvercles.  Cette  dimension  suffit  pour  une  semaine  à 
une  famille  ordinaire. 

Quand  un- chargement  de  récipients  pleins  arrive  à  l’incinérateur, 
on  les  décharge  d’abord  dans  la  fosse  aux  ordures,  puis  oh  les  lave 
dans  une  ouve  à  eau  chaude,  avec  une  brosse.  Après  avoir  soigneu¬ 
sement  frotté  les  récipients  pour  qu’il  n’y  reste  plus  rien,  on  les 
placé  en  les  retournant  au-de.ssus  d’un  tuyau  à  vapeur,  et  on  lâche 
la  vapeur  jusqu’à  ce  qu’ils  soient  en  quelque  sorte  stérilisés.  Ce 
traitement  détruit  tous  les  bacilles  de  putréfaction.  Après  avoir  été 
passés  à  la  vapeur,  les  récipients  sont  égouttés  et  sont  alors  prêts  à 
être  retournés  à  ceux  qui  s'en  serven(. 

Le  camion  électrique,  en  arrivant  à  l’incinérateur,  décharge  les 
récipients  pleins  et  prend  immédiatement  un  chargement  de  réci¬ 
pients  vides,  ce  qui  économise  beaucoup  de  temps.  Un  homme  se 
tient.de  chaque  côté  de  la  rue  quand  le  camion  fait  sa  tournée  ;  il 
prend  un  récipient  vide  sur  le  camion  et  le  remplace  par  un  plein. 
Les  récipients  sont  constamment  couverts,  et  seul  le  maître  de 
maison  les  découvre.  De  cette  façon  on  évite  bien  des  inconvé¬ 
nients,  par  aucune  ordure  ne  tombe  dans  la  rue  lorsqu’on  les  vide. 
On  a  trouvé  que  ce  procédé  empêchait  dans  une  large  mesure  les 
mouches  et  les  rats  de  se  propager; 


VARIÉTÉS 


70^ 


VARIÉTÉS 


CRÉATION  D’ASILES  POUR  BUVEURS 

De  Tavis  de  tous  les  hygiénistes,  pour  détruire  de  façon  cer¬ 
taine,  l’alcoolisme,  il  est  un  moyen  pratique  et  efficace*  qui  est 
l’interdiction  pure  et  simple  de  la  yen  le  de  l’alcool  de  bouche. 

Par  malheur,  ce  procédé  certain  que  le  Parlement  s’est  résolu 
en  1915  à  appliquer  pour  combattre  un  autre  danger  redoutable, 
l’absinthisme,  il  se  refuse  à  le  mettre  en  œuvre  pour  combattre 
l’alcoolisme. 

Dans  ces  conditions,  pour  lutter  contre  le  péril  sans  cesse  gran¬ 
dissant  des  petits  verres,  force  est  de  chercher  des^  palliatifs. 
Et  voici  comment  et  pourquoi,  au  cours  de  la  séance  de  la  Chambre 
du  20  septembre  1917,  la  Chambre  prononçait  le  renvoi  à  la  Com¬ 
mission  de  l’hygiène  publique  d’un  amendement  de  M.  Lefas  et  de 
plusieurs  de  ses  collègues  au  proÿet  de  loi  sur  la  répression  de 
l’ivresse  publique,  ainsi  conçu  :  «  La  personne  qui  aura  été  con¬ 
damnée  deux  fois  en  police  correctionnelle  pour  délit  d’ivresse 
manifeste  pourra  voir  la  peine  d’emprisonnement  commuée  par  le 
jugement  en  détention  de  un  à  trois  mois  en  vue  d’un  traitement 
médical,  dans  un  établissement  approprié.  » 

La  proposition  de  M.  Lefas  ne  laisse  pas  d’être  intéressante  et 
mérite  au  premier  chef  de  retenir  l’attention,  encore  que  dans 
l’état  de  notre  législation  elle  soit  loin  de  pouvoir  donner  tous  les 
bons  effets  qu’on  en  pourrait  attendre. 

L’amendement  de  M.  Lefas  prévoit,  comme  nous  venons  de  le 
noter,  un  internement  dans  un  établissement  spécial  pour  un  temps 
pouvant  varier  entre  un  et  trois  mois.  Un  tel  délai  est  manifeste¬ 
ment  insuffisant.  Tous  les  médecins  qui  se  sont  occupés  de  la  cure 
de  l’alcoolisme  savent  que  pour  désintoxiquer  un  alcoolique  et 
pour  rééduquer  sa  volonté  il  est  besoin  au  minimum  de  six  mois,  au 
maximum  de  deux  années. 

Mais,  ce  sont  là  des  délais  que,  dans  l’état  actuel  de  notre  législa¬ 
tion,  il  est  impossible  d’utiliser  pour  réaliser  pénalement  l’interne¬ 
ment  d’un  buveur,  lussi  bien,  les  auteurs  de  l’amendement  parlent- 
ils  seulement  d’un  internement  .pouvant  varier  entre  un  et  trois 
mois,  laps  de  temps  toujours  insuffisant  pour  réaliser  la  cure 
désirée. 

Est-ce  à  dire,  en  ces  conditions,  qu’il  faille  rejeter  purement  et 
simplement  l’amendement  de  M.  Lefas  et  de  plusieurs  de  ses 
collègues?  ' 

M.  Gabriel  Maunoury,  au  nom  de  la  Commission  d’hygiène 


710  VARIÉTÉS 

publique  chargée  d’examiner  l’amendement,  ne  l’a  point  pensé.  A 
son  estime,  bien  que  la  mise  en  vigueur  de  la  disposition  réclamée 
par  M.  Lefas  ne  puisse  avoir  en  elle-même  une  grande  efficacité, 
elle  ne  doit  cependant  pas’être  écartée,  car  son  adoption  se  trouvera 
en  somme  constituer  un  acheminement  vers  l’établissement  d’un 
système  pouvant  être  complété  plus  tard  si  les  premiers  résultats- 
semblent  favorables. 

Dans  ces  conditions,  en  vue  de  favoriser  la  création  d’asiles  spé¬ 
ciaux,  dans  lesquels  l’internement  des  buveurs  serait  volontaVre  on 
prononcé  par  le  tribunal|ponr  remplacer  la  prison,  M.  Gabriel  Mau- 
noury  conclut  son  rapport  par  la  proposition  de  loi  suivante  : 

Article  premier.  — Il  peut  être  ouvert  par  les  particuliers  ou  les 
.pollectivités  qui  satisfont  aux  conditions  ci-après,  des  établisse¬ 
ments  spéciaux  pour  le  traitement  des  personnes  qui  abusent  des 
boissons  alcooliques. 

Art.  2.  —  Le  directeur  ou  la  directrice  de  l’établissement  doit  être 
de  nationalité  française,  âgé  d’au  moins  trente  ans,  et  n’avoir 
jamais  été  condamné  pour  crime  ou  pour  délit. 

Les  soins  seront  assurés  par  un  docteur  en  médecine  régulière¬ 
ment  autorisé  à  exercer  sa  profession  en  France  et  n’ayant  pas  de 
condamnation  inscrite  à  son  casier  judiciaire. 

Art.  3.  —  Toute  personne  appelée  à  diriger  l’un  de  ces  établisse¬ 
ments  doit  en  faire  la  déclaration  au  greffe  du  tribunal  civil  de 
l’arrondissement  où  l’établissement  est  situé  avant  d’entrer  en  fonc¬ 
tions.  Récépissé  lui  sera  donné  de  sa  déclaration. 

A  cette  déclaration  seront  joints  :  l’état-civil  du  déclarant,  un 
certificat  de  bonne  vie  et  mœurs  et  l’extrait  de  son  casier  judiciaire. 

Le  directeur  ou  la  directrice  qui  cesse  ses  fonctions  en  fait 
immédiatement  la  déclaration. 

Ces  prescriptions  s'appliquent  également  au  médecin  qui  assume 
la  responsabilité  médicale  de  l’établissement. 

Art.  4.  —  Il  est  tenu  par  la  direction,  sur  un  registre  coté  et' 
paraphé  par  le  président  du  tribunal,  un  registre  sans  blanc  ni 
interligne,  indiquant  au  jour  le  jour  les  personnes  entrées  dans 
l’établissement,  soit  au  titre  du  personnel  attaché  à  ce  dernier, 
soit  au  titre  de  malades.  Mention  sera  pareillement  faite  de  leur 
sortie. 

Ce  registre,  ainsi  que  les  personnes  qui  y  sont  mentionnées  doi¬ 
vent  être  représentés  à  toute  réquisition  des  autorités  chargées  de 
la  surveillance  de  l’établissement. 

Le  procureur  de  la  République,  sous  le  contrôle  du  procureur 
général,  est  investi  en  permanence  du  droit  d’inspection  et  de  con¬ 
trôle  desdits  établissements,  au  point  de  vue  de  l’hygiène,  de  la 
santé  et  de  la  moralité  publique. 

Le  procureur  de  la  République  reçoit  avis  des  personnes  qui  font 
partie  du  personnel  de  l’établissement,  en  vue  de  demander  leur 


VARIÉTÉS 


TU 


casier  judiciaire  n®  1.  Si  quelque  condamnation  y  figure,  il  doit  en 
prévenir  le  directeur  de  l’établissement  sous  le  sceau  du  secret  pro¬ 
fessionnel. 

Abt.  b.  —  Les  tribunaux  appelés  à  prononc.er  une  condamnation 
en  vertu  des  lois  sur  l’ivresse  publique  peuvent  prescrire  le  séjour 
du  condamné  dans  un  de  ces  établissements,  pendant  un  délai  qui 
ne  peut  excéder  deux  ans. 

Ils  peuvent  décider  que  la  peine  d'emprisonnement  se  confondra 
avec  cette  détention. 

Art.  6.  —  Toute  personne  désirant  se  placer  volontairement  dans 
un  établissement  peut  le  faire  en  signant  une  demande  d’admission 
devant  deux  juges  qui  certifient  que  l’intéressé,  au  moment  où  il  a 
signé,  avait  pleinement  conscience  de  la  démarche  qu’il  faisait. 

Art.  7.  —  En  dehors  d’u,g  jugement  aucune  personne  ne  peut  être 
introduite  ou  retenue  dans  ces  établissements  contre  son  gré,  sans 
une  autorisation  du  procureur  de  la  République,  si  elle  est  mineure, 
ou  sans  une  ordonnance  du  président  du  tribunal  rendue  sur 
enquête,  si  elle  est  majeure.  Sont  compétents  ;  le  tribunal  civil  du 
domicile  de  l’intéressé  '  et  celui  où  se  trouve  l’établissement  en 
question. 

Art.  8.  —  Un  règlement  d’administration  publique  déterminera 
les  conditions  d’application  de  la  loi' à  l’Algérie  et  aux  colonies. 

Art.  9.  —  Toute  infraction  aux  dispositions  des  articles  2,  3  et  4 
sera  punie  de  16  à  3.000  francs  d’amende. 

En  cas  de  récidive  l’établissement  pourra  ê  tre  fermé. 


AMÉLIORATION  DD  LOGEMENT  POPULAIRE  ET  INSTITUTION 
.  D’OFFICES  PÜBUCS  D’HABITATIONS  A  BON  MARCHÉ. 

Par  une  circulaire  en  date  du  16  septembre  dernier,  M.  le  Mi¬ 
nistre  du  Travail  et  de  la  Prévoyance  sociale  a  insisté  auprès  de 
MM.  les  Préfets  sur  la  question  du  logement  populaire,  dans  les 
termes  suivants  : 

•  La  question  du  logement  populaire,  qui  depuis  de  nombreuses 
années  a  retenu  l’attention  des  pouvoirs  publics,  a  pris  dans  ces 
derniers  temps,  du  fait  de  la  guerre,  une  importance  considérable. 
Il  existe  une  crise  du  logement,  et  en  particulier  une  crise  du  loge¬ 
ment  populaire.  Elle  s’explique  par  l'exode  des  réfugiés  des  pays 
envahis,  le  surpeuplement  des  centres  industriels  travaillant  pour 
la  défense  nationale,  l’afflux  de  la  main-d’œuvre  coloniale  et  étran¬ 
gère,  l’arrivée  des  troupes  américaines.  La  population  d’un  certain 
nombre  de  centres  a  subi  un  accroissement  considérable  auquel 
n’ont  pu  toujours  correspondre  des  disponibilités  suffisantes  de 


712  VAniÉTÉS 

logements.  Cette  crise,  malgré  les  mesures  spéciales  qu’elle  a  pro¬ 
voquées,  ne  paraît  pas  devoir  prendre  fin  avec  la  guerre.  Il  ne  faut 
pas  perdre  de  vue  que,  depuis  l’ouverture  des  hostilités,  le  mouve¬ 
ment  des  constructions  est  arrêté  et  qu’il  ne  reprendra  pas  sans 
quelques  difficultés,  en  raison  de  la  rareté  et  de  la  hausse  des  maté- 
riau.x  et  de  la  main-d'œuvre. 

Or,  dès  la  ün  de  la  guerre,  dès  le  retour  des  mobilisés,  et  sans 
parler  de  la  question  si  grave  de  la  reconstilution  des  régions  en¬ 
vahies,  il  faudra  de  nombreux  logements.  Il  faudra  refaire  bien  des 
foyers  détruits,  reconstituer  bien  des  familles  dispersées.  Le  meil¬ 
leur  moyen  de  hâter,. de  faciliter  la  reconstilution  des  familles 
atteintes  par  la  guerre,  n’est-il  pas  de  leur  donner  un  foyer  attrayant, 
un  logis  sain  et  économique  ? 

Et  d’autre  part,  ainsi  que  d’a  observé  la  Société  française  des 
habitations  à  bon  marché,  après  la  guerre  «  le  devoir  social  de  com¬ 
battre  avec  la  dernière  énergie  la  tuberculose  et  l’alcoolisme,  et  de 
régénérer  au  moyen  du  logement  une  lace  affaiblie  par  les  pertes 
sanglantes  qu’elle  aura  subies  et  les  privations  dues  à  la  cherté  de 
vie,  s’imposera  avec  un  caractère  d’urgence  qui  ne  souffrira  aucun 
atermoiement  ». 

Le  développement  des  habitations  à  bon  marché,  l’amélioration 
du  logement  populaire,  constituent  donc,  à  n’en  pas  douter,  un  des 
plus  pressants  problèmes  d’après-guerre. 

Pour  la  solution  de  ce  problème,  toutes  les  bonnes  volontés  doi¬ 
vent  être  mises  en  œuvre,  toutes  les  ressources  de  la  législation 
doivent  être  utilisées.  Dès  maintenant,  il  est  indispensable  de  pré¬ 
parer  lapins  large  application  poâsibte  des  lois  sur  les  habitations  à 
bon  marché  et  la  petite  propriété  :  lôis  des  12  avril  1906,  10  avril 
1908,  23  décembre  1912,  11  février  1914.  Ces  lois  prévoient  la  colla¬ 
boration  des  départements,  des  communes,  des  comités  de  patro¬ 
nage  des  habitai  ions  à  bon  marché  et  de  la  prévoyance  sociale,  des 
sociétés  d’habitations  à  bon  marché,  dés  sociétés  de  crédit  immo¬ 
bilier,  des  caisses  d’, épargne,  des  bureaux  de  bienfaisance,  etc.  Les 
uns  et  les  autres  ont  déjà  rendu,  dans  le  cadre  tracé  par  le  législa¬ 
teur,  d’inappréciables  services.  Il  faut  étendre  leur  action.  Vous 
pouvez  compter  sur  le  concours  de  mon  Administration  pour  secon¬ 
der  les  efforts  que  vous  tenterez  dans  cet  ordre  d’idées. 

11  est  cependant  un  organisme  qui  est  appelé  à  jouer  un  rôle  par¬ 
ticulièrement  utile  dans  la  grande  tâche  qQ’il  s’agit  d’entreprendre' 
et  de  réaliser  et  sur  lequel  je  dois  appeler  votre  attention  :  c’esl 
ro/’/îce  public  d'habitations  à  bon  marché. 

L’article  11  de  la  loi  du  23  décembre  1912  dispose  qu’il  peut  être 
institué  sous  ce' nom  des  établissements  publics  qui  ont  pour  objet 
l’aménagement,  la  construction  et  la  gestion  d’immeubles  salubres, 
l’assainissement  de  maisons  existantes,  ainsi  que  la  création  de 
cités-jardins  ou  de  jardins  ouvriers.  La  loi  spécifie  que  les  immeu¬ 
bles  construits  par  ces  offices  pourront  comprendre  des  locaux  à 


VARIÉTÉS 


713 


usages  communs,  tels  que  buanderies,  bains-doucbes,  garderies 
d’enfants,  terrains  de  jeux  et  qu’il  peut  même  y  être  annexé  des 
boutiques  à  destination  commerpiale,  pourvu  qu’il  n’y  soit  pas  vendu 
de  boissons  alcooliques. 

Les  offices  publics  d’habitations  à  bon  marché  sont  créés- par  dé¬ 
crets  rendus  en  Conseil  d’Étaf,  à  la  demande  soit  d’un  conseil  mu¬ 
nicipal,  soit  des  conseils  municipaux  de  communes  ayant  à  cet  effet 
constitué  un  syndicat  en  conformité  du  titre  VIII  de  la  loi  du  5  avril 
1884,  soit  d’un  conseil  général  et  après  avis  des  comités  de  patro¬ 
nage  des  habitations  à  bon  marché  et  de  la  prévoyance-sociale  inté¬ 
ressés  et  du  comité  permanent  du  Conseil  supérieur  des  habitations 
à  bon  marché. 

Je  rappelle  que  les  délibérations  dés  conseils  municipaux  ou  des 
conseils  généraux  relatives  à  là  création  d’offices  publics  doivent-' 
assurer  une  dotation  à  ces  établissements.  La  dotation  dans  sa  forme 
la  plus  simple  consistera  dans,  une  subvention,  mais  elle  peut  être 
à  la  fois  mobilière  et  immobilière  ;  elle  doit  être  suffisante  pour 
faire  face  avec  les  autres  concours  assurés  aux  premières  réalisa¬ 
tions  envisagées. 

La  composition  des  dossiers  à  transmettre  à  mon  Administration 
en  vue  de  la  création  d’Offîces  publics  d’habitations  à  bon  marché 
a  d'ailleurs  été  réglée  par  l’instruction  des  ministres  de  l’Intérieur 
et  du  Travail  en  date  du  3  mai  1913,  relative  aux  articles  11  à  33  de 
la  loi  du  23  décembre  1912. 

Grâce  à  la  compétence  des  personnes  qui  sont  appelées  à  com¬ 
poser  leu'rs  conseils  d’administration,  grâce  aux  concours  financiers 
que  peuvent  leur  donner  les  départements,  les  communes,  la  Caisse 
des  Dépôts  et  Consigations,  les  caisses  d’épargne,  les  bureaux  de 
bienfaisance  et  d’assistance,  les  hospices  et  hôpitaux,  et,  le  cas 
échéant,  de  généreux  donateurs;  grâce  enfin  à  leur  caractère 
d’absolu  désintéressement,  les  Offices  publics  seront  à  môme  de 
contribuer  d’une  manière  particulièrement  efficace  à  la  construc¬ 
tion  rapide  de  maisons  salubres  et  à  bon  marché,  destinées  aux  tra¬ 
vailleurs. 

C’est  pourquoi.  Monsieur  le  Préfet,  je  vous  serai  très  obligé  de 
vouloir  bien,  sans  aucun  retard,  mettre  à  l’étude,  dans  votre  dépar¬ 
tement,  la  création  d’Offices  publics  d’habitatiôns  à  bon  marché.  11 
est  nécessaire  d’examiner,  dès  maintenant,  les  besoins  locaux  en  ce 
qui  touche  la  construction  de  maisons  ouvrières,  de  rechercher 
les  ressources  indispensables  pour  faire  face  à  ces  besoins  et  de 
déterminer  les  circonscriptions  des  futurs  offices  afin  de  pouvoir 
saisir  le  Conseil  général,  dans  sa  plus  prochaine  session,  de  propo¬ 
sitions  précises  sur  lesquelles  il  puisse  se  prononcer  d’une  manière 
définitive. 

Même  dans  le  cas  où  un  Office  départemental  existerait  ou  serait 
en  voie  de  fondation,  vous  auriez  à  examiner  s’il  ne  conviendrait 
pas  d’inciter  les  Conseils  municipaux  des  villes  les  plus  importantes 


VARIÉTÉS 


714 

du  département  à  provoquer  la  création  d’offices  publics  commu¬ 
naux  d'habitations  à  bon  marché. 

Pour  l’institution  de  ces  Offlces,  j’estime  qu’il  y  aurait. de  grands 
avantages  à  faire  appel  à  la  collaboration  des  industriels  de  votre 
département.  Il  est  de  l’intérôt  aussi  bien  que  du  devoir  de  ceux-ci 
de  s’associer  auç  mesures  destinées  à  faciliter  le  logement  (Je  leurs 
ouvriers  et  par  cela  même  de  coopérer  à  l’œuvre  des  Offices  publics 
d’habitations  à  bon  marché.  Vous  voudrez  donc  bien  provoquer,  à 
votre  Préfecture,  la  réunion  des  principaux  industriels  de  votre 
département  pour  leur  exposer  les  conditions  de  fonctionnement 
des  offices,  les  services  que  ces  établissements  sont  appelés  à  rendre, 
le  parti  qu’ils  doivent  eux-mêmes  en  retirer  et  par  suite  le  concours 
moral  et  financier  qu’ils  doivent  leur  apporter,  par  exemple  au 
moyen  de  dons  et  en  mettant  à  leur  disposition  soit  des  terrains, 
soit  des  maisons  existantes  en  vue  de  leur  aménagement  ou  de  la 
création  de  cités-jardins  et  de  jardins  ouvriers. 

A  cette  réunion  préparatoire,  vous  ne  manquerez  pas  d’appeler 
les  représentants  du  Conseil  général  et  des  Conseils  municipaux  des 
plus  importantes  communes  de  votre  département,  ainsi  (pie  des 
institutions  qui  s’occupent  plus  spécialement  du  logement  ouvrier  : 
comités  de  patronage  des  habitations  à  bon  marché,  et  de  la  pré¬ 
voyance  sociale,  sociétés  d’habitations  à  bon  marché,  sociétés  de 
crédit  immobilier,  caisses  d’épargne,  bureaux  de  bienfaisance  et 
d'assistance,  hospices  et  hôpitaux,  etc. 

De  cette  réunion  devra  sortir  un  plan  d’action  pour  la  construc¬ 
tion, d’habitations  salubres  et  à  bon  marché  et  pour  l’intHusiflcation 
de  cette  construction.  J’attacherais  un  prix  particulier  à  ce  que  ce 
plan  d’action  soit  joint  à  chaque,  dèmari de  de  création  d’Office 
public  d’habitations  à  bon  marché  qui  sera  adressée  à  mon  minis¬ 
tère. 

Il  importe  qu’à  bref  délai  le  pays  tout  entier  soit  couvert  d’une 
sorte  de  réseau  d’Ofüces  publics  d’habitations  à  bon  marché,  soit 
départementaux,  soit  intercommunaux,  soit  communaux,  qui, 
chacun  dans  sa  circonscription  bien  déterminée,  rivaliseront  de  zèle 
et  d’activité  dans  l’intérêt  commun. 

Ainsi  que  vous  le  savez,  les  Offices  publics  d’habitations  à  bou 
marché  sont,  aux  termes  de  l’article  13  de  la  loi  du  23  décembre  1912, 
gérés  par  un  Conseil  d’administration  composé  de  dix-huit  membres, 
dont  six  nommés  par  le  Préfet,  six  désignés,  suivant  le  cas,  par  le 
Co'hseil  municipal  ou  par  le  Conseil  du  syndicat  des  communes  ou 
par  le  Conseil  général,  et  six  élus  par  diverses  institutions  d’hygiène 
et  de  prévoyance.  Il  est  tout  à  fait  désirable  que  vous  réserviez 
dans  le  Conseil  d'administration  des  Offices  publics  une  place  aux 
personnes  qui  auront  contribué  de  leurs  deniers  à  la  constitution 
du  patrimoine  de  ces  établissements  et  qui  auront  acquis  ainsi  des 
titres  incontestables  à  suivre  l’emploi  de  leurs  libéralités. 

Un  certain  nombre  d’Offtces  publics  d’habitations  à  bon  marché 


VARIÉTÉS 


715 


ont  été  déjà  institués  par  application  de  la  loi  du  23  décembre  1912. 
Bien  que  leur  action  ait  été  entravée  ou  ralentie  par  les  événements 
et  qu’ils  n’aiept  encore  pu  donner  leur  mesure,  puisque  la  guerre 
les  a  surpris  en  pleine  période  d’organisation,  des  résultats  fort  inté¬ 
ressants  n’en  ont  pas  moins  été  obtenus  :  c’est  ainsi  que  l’Office 
public  d’habitations  à  bon  marché  du  département  de  la  Seine  a 
manifesté  une  remarquable  activité,  qn’il  a  entrepris  tout  un 
ensemble  d’opérations  en  vue  de  la  création  de  cités-jardins  dès  le 
rétablissement  de  la  paix  et  qu’il  a  même  envisagé,  afin  de  rendre 
son  action  plus  efficace,  le  recours  à  l’expropriation  pour  cause 
d’utilité  publique  de  terrains  à  acquérir. 

A  l’exemple  de  cet  Ofûce,  il  est  nécessaire  de  se  mettre  à  l’œuvre 
saus  retard,  sans  .se  laisser  arrêter  par  les  difficultés  résultant  de  la 
situation  actuelle  et  des  prix  actuels  de  la  construction  ;  ces  diffi¬ 
cultés  ne  sont  que  passagères,  et  elles  ne  font  d’ailleurs  pas  obstacle 
à  l’établissement  immédiat  d’un  programme  dont  il  est  possible  de 
préparer  et  d’amorcer  la  réalisation  par  des  acquisitions  de  terrains 
ou  de  maisons,  acquisitions  qui  peuvent  être  faites,  dans  certains 
cas,  à  des  conditions  avantageuses,  comme  l’expérience  l’a  déjà 
prouvé. 

J’aime  donc  à  espérer  que  des  Offices  publics  d’habitations  à  bon 
marché  pourront  être  institués  dans  chaque  département,  suivant 
le  vœu  du  législateur,  afin  de  concourir,  dès  maintenant,  à  l'œuvre 
intéressante  entre  toutes  du  développement  et  de  l’amélioration  du 
lopement  populaire.  ' 

Je  vous  prie  de  vouloir  bien  m’accuser  réception  de  la  présente 
circulaire.  Vous  voudrez  bien,  en  particulier,  me  faire  connaître  les 
résultats  des  conférences  qui  se  seront  tenues  à  votre  Préfecture  et 
les  solutions  positives  qui  en  seront  sorties. 


L'ORGANISATION  MÉDICALE  DANS  LES  RÉGIONS  LIBÉRÉES 


En  attendant  que  le  service  médical  puisse  normalement  repren¬ 
dre  dans  les  régions  libérées,  M.  Louis  Mourier,  sous-secrétaire 
d’Etat  du  Service  de  Santé,  vient  de  procéder  à  une  organisation 
provisoire  adaptée  aux  besoins  auxquels  il  convient  de  faire  face 
tout  de  suite.  Les  grandes  lignes  de  cette  organisation  sont  les 
suivantes  : 

Un  médecin  principal  estdétaché  auprès  des  préfets  desneuf  dépar¬ 
tements  du  Nord,  du  Pas-de-Calais,  Ardennes,  Somme,  Aisne, Marne, 
Meuse,  Meurthe-et-Moselle,  Vosges,  pour  diriger,  en  liaison  avec 
l’autorité  régionale,  et  sous  l'autorité  du  commandement  en  chef, 
le  service  sanitaire  militaire  mis  à  la  disposition  de  l’autorité  civile 


116  VARIÉTÉS 

(hospitalisation,  soins  à  domicile,  médicamenls,  hygiène  générale 
et  désinfection). 

Un  médecin-major  est  détaché  auprès  des  sous-préfets  des  arron¬ 
dissements  de  ces  neuf  départements. 

Dans  chaque  arrondissement,  une  ou  même,  si  celaest  nécessaire, 
deux  ambulances  complètes,  personnel  et  matériel,  sont  envoyées, 
le  médecin-chef  remplissant  dans  les  arrondissements  autres  que 
les  préfectures  la  fonction  de  délégué  auprès  du  sous-préfet. 

Enfin,  trois  seclionssanitaires  seront  attribuées  à  ces  neuf  départe¬ 
ments  au  prorata  de  leurs  besoins;  dans  chaque  département,  le 
médecin  principal  délégué  réglera  l’emploi  et  la  répartition  des 
voitures  automobiles  à  sa  disposition  pour  l’ensemble  du  départe¬ 
ment. 


DÉSIGNATION  DE  lyiÉDECINS  ASSISTANTS  D’HYGIÈNE 

Au  moment  où  il  est  procédé  à  la  révision  de  la  classe  1920,  en 
vue  de  renforcer  l’action  des  médecins  adjoints  et  conseillers  tech¬ 
niques,  le  sous-secrétaire  d’État  du  Service  de  Santé  militaire  a 
décidé  d’associer;  de  façon  constante,  à  chacun  d’eux  un  médecin 
assistant  d’hygiène,  placé  sons  l’autorité  directe  du  directeur  (du 
Service  de  Santé  régional.  Ce  médecin,  sous  sa  responsabilité  per¬ 
sonnelle,  sera  chargé,  d’une  manière  permanente,  de  la  surveillance 
rigoureuse  des  conditions  d’application  de  toutes  les  prescriptions 
relatives  à  l’hygiène  générale  dans  les'  casernementsi  les  cantonne¬ 
ments  et  les  camps  occupés  par  la  troupe. 

L’action  du  médecin  assistant  d’hÿgiène,  non  exclusive  de  celle 
de  l’adjoint  technique,  s’exercera  en  liaison  étroite,  d’une  part  avec 
celte  ,de  ce  médecin,  d’autre  part,  avec  celle  des  médecins-chefs  de 
sectèurs  médicaux,  des  chefs  du  Service  de  Santé  des  places  et  des 
médecins-chefs  des  dépôts  de  corps  de  troupe. 


UNE  NOUVELLE  CLINIQUE 
A  LA  FACULTÉ  DE  MÉDECINE  DE  PARIS 

Un  décret  vient  de  paraître  au  Journal  officiel  qui  transforme  une 
des  deux  chaires  théoriques  de  Pathologie  interne  en  line  chaire  de 
Clinique  des  maladies  infectieuses. 

Lanouvelle  clinique  sera  installée  à  l’hôpital  Claude-Bernard, qui 
a  été  construit  il  y  a  quelques  années  et  se  trouve  situé  à  la  porte 
d’Aubervilliers.  Constitué  par  une  série  de  pavillons  isolés  et 


VARIÉTÉS  717 

pourvu  de  beftix  laboratoires,  il  conviendra  parfaitement  à  l’ensei¬ 
gnement  auquel  il  va  servir.  Cet  hôpital  reçoit  tous  les  malades  de 
Paris  atteints  d’affections  contagieuses  aiguës.  C’est  assez  dire  que 
le  recruftement  y  est  assuré  dans  les  conditions  les  meilleures  pour 
l’instruction  des  élèves.  Le  titulaire  de  la  nouvelle  chaire,  le  profes¬ 
seur  Teissier,  était,  depuis  plusieurs  années,  attaché  comme  médecin 
à  l’hôpital  Claude-Bernard. 

Par  les  observations  qu’il  a  pu  faire,  par  les  recherches  qu’il  a 
poursuivies  et  par  les  travaux  qu’il  a  publiés,  il  était  tout  indiqué 
pour  le  nouvel  enseignement  qui  lui  incombe.  Cet  enseignement 
est  d’autant  plus  important  que  la  méconnaissance  des  maladies 
contagieuses  peut  avoir  les  plus  graves ;conséquences  sociales.  Une 
erreur  de  diagnostic,  en  empêchant  uh  isolement  nécjessaire,  risque 
de  propager  une  épidémie.  On  doit  donc  approuver  sans  réserve  la 
nouvelle  amélioration  apportée  à  notre  enseignement  médical  et 
féliciter  le  Conseil  de  la  Faculté  de  l’initiative  qu’il  a  prise. 


ÉCOLE  SPÉCIALE  D’ARCHITECTURE 

Ces  concours  comprennent  :  1“  Un  concours  final; 

2“  Un  CONCOURS  d’architecte  salubriste,  comprenant  :  a)  Salubrité 
de  la  Métropole:  Aperçu  de  l’îlpt  aménagé;  —  b)  Salubrité  colo¬ 
niale  :  Tracé  du  cadre  destiné  à  l’installation  coloniale  d’une  déléga¬ 
tion  de  la  Marine  marchande  ; 

3“  Un  concours  d’architecte  technicien,  relatif  à  une  localité 
adjacente  à  la  gare,  et  s’étendant  aux  différents  services  qui  s’y 
rattachent,  à  préciser  en  esquisse  ;  , 

4“  Un  CONCOURS  d’architecte  pf.AisTiciEN,  comprenant  :  l’aménage¬ 
ment  du  site  choisi  avec  aperçus  perspectifs  déterminant  la  valeur 
locale  du  motif  en  rapport  avec  l’ensemble  de  la  cité;  un  projet, 
aménageant  la  «  Place  de  l’Entente  »  et  prévoyant  l’édification  du 
Ijilonument  à  la  Société  des  Nations  civilisées. 

Concours  final  de  1918-1919. 

Le  programme  du  concours  final  est  le  suivant  : 

La  Belgique,  le  Nord  et  l’Est  de  la  France,  bien  d’autres  régions 
du  continent  présentent  une  suite  importante  d’agglomérations 
victimes  de  violence  assaillante.  Il  y  aurait  intérêt  capital  à  repren¬ 
dre  leur  aménagement,  en  vue  d’y  répartir  les  libertés  atmosphé¬ 
riques  auxquelles  astreint  la  santé  collective,  compris  les  horizons 
spacieux  que  fait  désirer  une  bea'uté  locale,  en  rapport  .avec  la 
salubrité  signalée  ici  même.  De  la  sorte,  se  trouve-t-on  conduit  à 
citer  :  Béthune,  Arras,  Cambrai,  Saint-Quentin,  Laon,  Soissous, 


718  VARIÉTÉS 

€hâteau-Thierry,  Épernay,  Châlons-sur-Marne,  Vi#y-le-François, 
Verdun,  Reims,  bien  d’autres  localités,  et  tant  en  Alsace  que 
chez  nos  alliés  Belges  ou  autres,  qui  furent  victimes  de  barbarie 
teutonne  et  de  saccages  invraisemblables. 

Les  concurrents  n’ont  que  l’embarras  du  choix  :  toute  localité 
ravagée  réclame  de  l’Art  conlemporain  qu’il  saisisse  l’occasion  des 
ruines  présentes,  et  dues  aux  volontés  d’hégémonie  allemande,  pour 
remédier  à  ses  lacunes  et  pour  y  opérer  des  dispositifs  en  concor¬ 
dance  avec  les  solutions  que  Science  et  Expérience  ne  cessent  de 
dévoiler. 

En  chacune  des  compositions,  et  quelle  que  soit  la  localité  envi¬ 
sagée,  les  concurrents  trouveront  toujours  motif  aux  améliorations 
de  bien-être  et  de  beauté,  que  leur  éducation  technique  ou  d’artiste 
incite  à  envisager. 

Le  ravage  lui-même  des  Cités,  en  dépit  des  tristesses  s’en  déga¬ 
geant  pour  l’esprit  impressionnable,  est  pourtant  susceptible  de 
devenir  parfois  objet  d’installations  pittoresques,  ou  bien  encore 
de  susciter  des  solutions  visant  à  combler  en  partie  les  desiderata 
plastiques.  C’est  là  ce  dont  les  imaginations  poétiques  de  l’Art  ne 
sauraient  trop  subir  l’influente  générosité.  De  même  le  compositeur 
devra-t-il,  dans  la  mesure  des  convenances  urbainbs,  s’interroger 
sur  l’opportunité  de  spécialiser  certain  quartier:  par  exemple, 
semble-t-il  judicieux  de  chercher  désormais  à  affecter  un  quartier 
distinct  aux  voyageurs,  et  s’étendant  au  plus  ou  moins  grand 
nombre  de  services  divers  que  la  circonstance  attirerait  à  portée  de 
la  gare  ou  des  différents  emplacements  qui  serviraient  de  têtes  aux 
moyens  de  circulation  rattachant  les  activités  locales  à  l’extension 
nationale,  internationale  ou  mondiale  de  transports  ou  d’échanges. 

Les  concurrents  auront  donc  à  déterminer  la  cité  de  leur  choix 
personnel,  et  qu’ils  entendent  prendre  individuellement  pour 
objectif;  cela  dans  une  région  quelconque  de  l’Est  français  ou, 
au  delà,  en  Alsace-Lorraine,  que  l’on  ne  saurait  dès  maintenant 
séparer,  du  territoire  national;  à  moins' que  le  concurrent,  intérefsé 
par  toute  auti-e  contrée  victime  de  la  barbarie,  soit  pourvu  de  ren¬ 
seignements  assez  explicites  pour  autoriser  des  études  judicieuse¬ 
ment  poussées. 

Ils  étudieront  le  plan  en  conformité  des  destructions  signalétiques 
et  de  façon  à  assurer  aux  habitations  le  maximum  d’air  et  de 
lumière  pénétrant  en  toutes  localités  de  l’agglomération,  pour  y 
engager  une  lutte  efficace  contre  les  poussières  délétères  à  la  vie 
humaine. 

Abondance  d’air  et  de  lumière,  voilà  bien  le  trait  incontestable  de 
tout  aménagement  moderne  en  ce  qui  concerne  un  disi  ositif  d’habi¬ 
tations  agglomérées,  au  xx“  siècle.  Et  ces  exigences  sanitaires  ont 
pour  déduction  ou  conséquence  :  des  perspectives  qui,  pour  l’obser¬ 
vateur  judicieux,  contribueront  à  une  sorte  de  beauté  se  mesurant 
à  la  participation  d’étendue  céleste. 


VARIÉTÉS 


Il  convient  d’insister  sur  la  conviction  que  l’abondance  atmosphé¬ 
rique  demeure  une  directive  dominante  du  programme  :  elle  se 
résout,  finalement  et  conjointement,  en  surcroît  de  saute  comme  de 
beauté. 

Les  compositeurs  s’appliqueront  à  distinguer  et  préciser  en  plan 
les  localités  subsistantes  des  anciennes  Cités,  fussent-elles  même 
d’apparence  à  peu  près  intacte.  Ils  apporteront,  au  contraire,  toute 
liberté  intellectuelle  de  création,  à  l’aménagement  de  quartiers 
neufs  et  absolument  déterminés  en  leur  destination,  telle  que  nous 
l’alléguions  précédemment.  Solutions  qui  sont  là  de  nature  à  faire 
que  l’observateur  saisisse,  à  première  vue,  tous  les  avantages  de 
santé  que  la  Collectivité  redevrait  au  nouvel  aménagement. 

Concours  d’architecte  saldrriste  de  1918-1919. 

SALUBRiré  de  la  métropole. 

Ilot  salubre  de  la  cüé  reconstituée.  —  Les  cités,  à  la  reslitntion  de 
quoi  se  consacre  le  programme  du  concours  final  en  1918-1919, 
feraient  envisager  bien  des  dispositifs  concordant  avec  l’idéal  d’habi- 
talion  salubre. 

Cette  salubrité  se  résume  par  trois  traits  urgents  à  distinguer  et 
approfondir,  lesquels  le  résument  et  se  réalisent,  au  moyen  d’amé¬ 
nagements  favorables  : 

1“  A  l’aération  et  à  l’enluminemeiit  célestes  de  l’habitant  comme 
de  son  habitation; 

2“  A  l’alimentation  en  eau  potable  de  chaque  habitation  distincte; 

3°  A  l’évacuation  de  toutes  usures  provenant  de  la  vie,  en  sorte 
qu’elles  n’exposent  jamais  à  leur  contamination  :  ni  la  santé  de 
l’homme,  ni  la  pureté  des  eaux,  à  la  source  desquelles  il  est  loisible 
■de  recourir. 

Se  reportant  donc  à  la  Cité  qüe  la  liberté  d’appréciation  lui  aura 
permis  de  déterminer  pour  son  concours  final,  l’élève  en  détachera 
un  quartier  spécial  de  choix  profondément  réfléchi.  Il  s’attachera  à 
l’explicite  définition  des  habitants  que  ce  quartier  comprend,  de 
même  qu’aux  traits  signalétiques  d’activités  y  jouant  un  rôle  social. 

Le  concurrent  en  distraira  un  Ilot  d’habitation,  qu’il  y  aura  lieu 
de  supposer  limité  de  tous  côtés  par  des  voies  publiques. 

Salubrité  de  l’îlot.  —  L’aménagement  de  cet  îlot  devra  répondre 
aux  desiderata  d’hygiène  atmosphérique,  à  la  conception  de  quoi  la 
science  de  nos  jours  conduit  finalement  en  faveur  de  tonte  habita¬ 
tion  urbaine.  Et  cela,  par  opposition  anx  sombres  aspects  dont  les 
dispositifs,  dans  le  passé,  demeurent  à  l’état  de  traiis  à  éviter. 

Cet  îlot-là  serait  à  considérer  tel  un  type,  servant  de  repère  aux 
aménagements  de  rigoureuse  conception  en  fait  de  propriéié  privée. 

Étude  qui  est  de  nature  à  présenter  une  sorte  de  fondement  au 
règlement  général  des  villes,  en  ce  qui  concerne  l’habilatioii  inhé¬ 
rente  à  la  superficie  des  territoires  envisagés. 


720 


VARIÉTÉS 


Désormais  la  densité  des  populations  urbaines  devra  se  ressentir 
d’un  esprit  identique  à  celui  que  l’expérience  fit  aiitérieuiement 
prescrire  aux  conditions  de  superficie,  assignées  dans  les  aména¬ 
gements  d’assistance  publique.  11  est  par  suite  convenable  que  les 
municipalités  n’en  soient  plus  jamais  à  tolérer  d’habitation,  au  cas 
où  le  nombre  individuel  excéderait  le  chiffre  rationnellement  pres¬ 
crit  en  raison  du  territoire  superfiéiellement  intéressé. 

Études  signalées  à  l'élaboration  des  concurrents.  —  En  conséquence 
de  l’exposé  qui  précède,  les  travaux  à  produire  comprendront  : 

1?  L’aménagement  des  bâtiments  dans  l’îlot; 

2o  L’évacuation  de  toutes  les  usures  ; 

3»  L’alimentation  en  eau  pure. 

Les  chapitres  stipulés  ici  soulèvent' bien  des  intelligencis  qu’il  y 
aura  lieu  d’amorcer  ou  d’évoquer  dans  les  travaux  suivants  : 

Ensemble  de  l’îlot  à  une  échelle  qu’il  appartient  aux  concurrents 
de  déterminer,  dans  la  mesure  des  conditions  matérielles  que  sa 
■présentation  peut  bien  permettre. 

Et  ledit  plan  visera  : 

1“  L’aménagement  général  des  modes  d’évacuation  et  des  moyens 
d’alimentation  en  eau  pure  ; 

2“  Le  dispositif  de  l'habitation  elle-même  à  l’échelle  de  0  m.  00;> 
par  mètre  ; 

Coupes  et  élévations  à  la  même  échelle  ; 

Aperçu  perspectif  ; 

3o  Détails  se  rapportant  ;  aux  différents  modes  d’évacuation  que 
comportent  les  usures  de  vie  ;  à  l’alimentation  en  eau  que  nécessite 
la  vie  de  l’habitant  et  à  l’entretien  matériel  de  l’habitation. 

De  même,  pour  les  divers  aménagements  répondant  à  la  réparii- 
tion  du  chauffage,  du  gaz  et  de  l’électricité,  les  concurrents  auront 
à  en  déterminer  les  modes  de  réalisation  dansunplan  dopt  l’échelle 
sera  subordonnée  aux  conditîons  d’étendue. 

4“  Mémoire  établissant  l’esprit  général  du  parti,  évoquant  les 
principes  qui  lui  ont  servi  de  guide,  énonçant  les  avantages  sani¬ 
taires  qui  en  résulteraient,  analysant  les  traits  de  l’installation,  en 
ce  qui  touche  ; 

Lé  chauffage,  l’électricité,  l’évacuation  et  l’épuration  des  eaux 
résiduaires  ou  matières  usées,  l’alimentation  en  eau  potable. 


[225] 


721 


SOCIÉTÉ 

DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 

ET  DE  GÉNIE  SANITAIRE 

Reoonnne  d'atillté  pnÉliçLue  par  décret  du  8  mars  1900. 


SÉANCE  DU  23  OCTOBRE  1918. 


Présidence  de  M.  Jules  Renault,  président. 


La  séance  est  ouverte  à  dix-sept  heures  dix  minutes. 


M.  LE  Président.  —  Messieurs,  depuis  notre  dernière  séance,  j’ai 
le  plaisir  de  vous  annoncer  des  nouvelles  qui  seront  agréables  à  la 
Société  ; 

Notre  collègue,  M.  le  D''  Rouget,  vient  d’être  nommé  médecin  ins¬ 
pecteur  général  de  l’armée  ; 

M.  le  D'  Bordas,  médecin  principal  de  2*  classe. 

J’adresse  âmes  collègues,  au'nom  de  la  Société,  nos  plus  vives 
félicitations. 


REV.  d’hyg. 


XL  —  46 


722  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [226| 

Présentation  de  membre. 

Institut  Lannexongue  d’hygiène  sociale,  présenté  par  MM.  les 
J.  Renault  et  Borne. 


Citation  à  l’ordre  du  jour. 

Le  Secrétaire  général.  —  Avant  de  passer  à  l’ordre  du  joui',  je 
mlempresse  de  porter  à  la  connaissance  de  la  Société  une  lettre  qui, 
personnellement,  m’a  rempli  de  joie  ;  elle  m’annonce  la  nomination 
de  notre  ex'-ellent  collègue  et  ami,  M.  le  Couppey  de  la  Forest,  au 
grade  de  chevalier  de  la  Légion  d’honneur.  Nous  avons  tous,  pré¬ 
sente  4  l’esprit,  la  magnifique  attitude  de  notre  sympathique  col¬ 
lègue  depuis  le  début  des  hostilités,  et  la  citation  que  je  vais  vous 
lire  est  un  honneur  pour  nous  tous  : 

«  Officier  dont  la  bravoure  et  le  sang-froid  ont  fait  l’admiration 
de  tous,  pendant  la  période  des  durs  combats  du  16  au  20  août 
s  1918. 

«  Le  16  août  notamment,  a  entraîné  sa  compagnie  à  l’avant  des 
lignes  allemandes  dans  un  élan  superbe,  et  a  continué  la  progression 
rendue  difficile  par  le  tir  violent  des  mitrailleuses  et  le  bombarde¬ 
ment. 

«  Grâce  à  son  allant  et  à  l’ardeur  qu’il  a  communiquée  à  ses  chas¬ 
seurs,  une  citation,  la  présente  nomination,  comporte  l'attribution 
de  la  croix  de  guerre  avec  palme.  » 


Ordre  du  jour. 


L’ordre  du  jour  appelle  la  communication  de  M.  Marié-Davy. 


[227J  LE  DROIT  A  L’EAU' POTABLE  —  LES  VIDANGES  125 

COMMUNICATION 


LE  DROIT  A  L’EAU  POTABLE 

.  LES  VIÜANGES,  SERVICE  PUBLIC 

par  M.  MARIÉtDAVY. 

Dans  une  précédente  communication,  j’avais  attiré  l’atten¬ 
tion  de  la  Société  sur  les  inconvénients  ou  plutôt  lœ  dangers 
que  présentaient  à  Paris  et  dans, le  département  de  la  Seine 
les  retards  considérables  apportés  à  la  vidange  des  fosses  d’ai¬ 
sances. 

Cette  situation  ne  se  .limite pas  à  Paris,  mais  est,  paraît-il,  la 
même  dans  les  départements. 

D’un  autre  côté,  dans  beaucoup  d’immeubles,  l’eau  potable 
est  supprimée,  soit  par  les  propriétaires,  soit  par  les  Compa¬ 
gnies  qui  ne  sont  pas  payées. 

Je  devais  aujourd’hui  traiter  ce  double  sujet  devant  vous,  et 
je  comptais  vous  apporter  une  communication  étayée  de  docu¬ 
ments  et  suffisamment  précise. 

Malheureusement,  l’épidémie  de  grippemet  les  services  d’hy¬ 
giène  à  une  rude  épreuve,  et  je  n’ai  pu  donner  à  mon  travail  le 
temps  nécessaire. 

J’espère  que,  prévenu,  notre  Bureau  aura  pu  modifier  l’ordre 
du  jour  ou  désigner  un  autre  collègue  pour  traiter  la  question. 

Cependant,  afin  de  tout  prévoir,  j’ai  jeté  sur  le  papier  les 
quelques  idées  et  considérants  ci-après,  et  je  réclame  votre 
indulgence  pour  ce  travail  plus  que  hâtif  auquel  je  n’ai  pu  con¬ 
sacrer  que  de* trop  courtes  minutes. 

Cette  question,  d’ailleurs,  vous  la  connaissez  tous;  elle  a  eu 
une  actualité  presque  menaçante  il  y  a  quelques  semaines, 
lorsque  la  dysenterie  fit  un  certain  nombre  de  victimes  à  Paris  ; 
moins  primordiale  aujourd’hui  où  la  grippe  sévit,  elle  reste 
toujours  inquiétante,  car  les  causes  subsisteront  encorependant 
une  période  que  l'on  ne  peut  évaluer. 


124  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [228] 

La  situation  est  la  suivante,  aussi  bien  à  Paris  que  dans  les 
départements  : 

1“  D’une  part,  dans  de  très  nombreux  immeubles  la  four¬ 
niture  d’eau  potable  et  même  d’une  eau  quelconque  a  été  sup¬ 
primée  ; 

2"  D’autre  part,  la  vidange  des  fosses  d’aisances  a  été  totale¬ 
ment  suspendue  ou  considérablement  retardée. 

Il  n’est  pas  nécessaire  d’insister  sur  les  effets  désastreux  au 
point  de  vue  de  l’hygiène  de  telles  mesures. 

Les  habitants  privés  d’eau  potable  s’efforcent  de  s’approvi¬ 
sionner  d’eau  avec  le  moindre  dérangement  possible.  S’ils  ont 
à  proximité  une  distribution  publique,  beaucoup  iront  y  puiser 
leur  eau  de  boisson,  mais  certains  préféreront  pour  un  déran¬ 
gement  moindre  prendre  une  eau  non  potable  plus  proche,  soit 
pour  leur  alimentation  totale,  soit,  au  moins  pour  le  lavage  des 
légumes,  le  lavage  des  vases  servant  à  contenir  le  lait,  le  lavage 
du  beurre,  etc. 

Les  eaux  de  rivières  brutes,  fournies  par  les  Municipalités 
pour  le  nettoyage  des  rues  et  les  usages  industriels,  seront 
ainsi  mises  dans  la  consommation  avec  leurs  impuretés  et  leur 
contamination,  des  puits  abandonnés  ou  servant  aux  usages 
non  alimentaires  et  provenant  de  nappes  souterraines  dange¬ 
reuses  serviront  à  nouveau  à  l’alimentation. 

Les  lavages  et  nettoyages  des  locaux,  des  cabinets  d’ni- 
sances,  etc.,  diminueront  en  raison  delà  difficulté  de  se  procurer 
de  l’eau,  car,  généralement  l’eau  non  potable  laissée  à  la  dis¬ 
position  des  locataires)  est  placée  au  rez-de-chaussée  et  les 
étages  en  sont  dépourvus. 

De  plus,  les  chasses  d’eau  du  tout-à-l’égout,  très  souvent 
alimentées  en  eau  de  source,  ne  recevront  plus  l’eau  nécessaire 
à  leur  fonctionnement  et  le  résultat  sera  l’accumulation  des 
matières  ou,  tout  au  moins,  le  désamorçage  des  siphons  et  la 
communication  directe  des  locaux  avec  l’égout. 

Ainsi  donc  :  Contamination  des  habitants  par  des  eaux 
impures,  infection  des  locaux  par  séjour  des  matières  et  émana¬ 
tions  des  égouts,  telles  sont  les  conséquences  presque  inévi¬ 
tables  de  la  suppression  de  l’eau  dans  les  immeubles. 

Lorsque  ce  sont  les  vidanges  qui  ne  sont  pas  faites,  les  effets 


[2291  le  droit  a  L’EAU  POTABLE  —  LES  VIDANGES  72& 

sont  encore  plus  frappants  et  non  moins  dangereux.  J’ai  cité 
dans  ma  précédente  communication  un  immeuble  parisien  où, 
la  fosse  débordant  par  les  cabinets  d’aisance  du  rez-de-chaussée, 
les  matières  ruisselaient  dans  la  cour,  dans  le  couloir  de  la 
maison  et  jusque  dans  la  rue. 

1“  L’eau  et  les  vidanges  sont  payés  par  les  propriétaires. 

Ceux-ci,  non  payés  par  leurs  locataires,  souvent  même  ruinés, 
ne  peuvent  plus  faire  face  à  la  dépense  qui  leur  incombe. 

Les  Compagnies  des  Eaux,  non  payées,  interrompent  l’ali¬ 
mentation. 

Les  Compagnies  de  vidange  ne  sont  pas  réclamées  lorsque  la 
fosse  doit  être  vidée. 

Paris,  la  question  a  été  solutionnée  en  ce  sens  que,  lorsque 
des  plaintes  parviennent  à  l’Administration,  l’Administration 
intervient,  fait  remettre  l’eau  dans  les  cabinets  à  tout-à-l’égout 
et  vidanger  ces  fosses  d’office. 

Un  certain  nombre  de  Municipalités,  notamment  dans  le 
département  de  la  Seine,  sans  aller  aussi  loin  que  l’Adminis¬ 
tration  parisienne,  ont  offert  aux  proprié tairesi  de  se  substituer 
à  eux  pour  les  paiements  de  l’eau  et  des  vidanges,  leur  laissant 
un  temps  indéterminé  pour  s’acquitter  vis-à-vis  des  finances 
municipales. 

Ces  tentatives  ont  eu  peu  de  succès,  les  propriétaires  refusant 
de  contracter  une  dette  qu’ils  n’étaient  pas  assurés  de  pouvoir 
payer.  En  certains  points  même  les  propriétaires  ont  refusé  en 
bloc. 

2®  En  ce  qui  concerne  les  vidanges,  il  existe  une  autre  diffi¬ 
culté  : 

Les  Compagnies  concessionnaires  manquent  de  chevaux  et 
leur  personnel  est  très  réduit  par  la  mobilisation. 

D’autre  part,  l’extrême  cherté  delà  main-d’œuvre  fait  qu’elles 
embauchent  le  moins  possible. 

11  en  résulte  qu’elles  ne  peuvent  suffire  même  aux  demandes 
et  que  certaines  sont  défaillantes. 

Les  retards  sont  de  plus  en  plus  nombreux  et  de  plus  en  plus 
longs  et  l’on  a  même  dû,  pour  alléger  le  service  des  voitures  de 
vidange,  tolérer  la  projection  des  matières  dans  les  égouts,  pra¬ 
tique  en  tous  points  dangereuse  et  répréhensible. 


726  .  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [230] 

D’ailleurs  les  employés  des  vidanges  n’hésitenl  pas  à  em¬ 
ployer.  des  méthodes  encore  plus  dangereuses,  telles  que  le 
déversement  des  tonneaux  de  vidange  dans  les  rivières  et  les 
terrains  vagues. 

Une  telle  situation  ne  peut  se  prolonger. 

La  fourniture  dé  l’eau  potable  est  une  des  nécessités  de  l’hy¬ 
giène,  il  est  inadmissible  que  des  familles  en  soient  privées. 

L’évacuation  des  matières  usées  est-elle  aussi  une  nécessité 
et  l’on  ne  peut  admettre  que  ces  matières  s’accumulent,  débor¬ 
dent  des  fosses  et  ruissellent  jusque  sur  la  voie  publique. 

On  a  pris  des  mesures  pour  assurer  lé  ravitaillement  de  la 
population  en  pain  et  en  autres  denrées.  Il  est  indispensable 
que  l’on  prenne  des  mesures  dé  môme  ordre  pour  la  ravitailler 
en  eau  potable  et  la  débarrasser  des  excréta. 

A  une  situation  grave,  née  de  la  guerre,  il  faut  des  mesures 
exceptionnelles,  énergiques  et  rapidés,  dont  seuls  les  Pouvoirs 
publics  peuvent;  assumer  la  responsabilité  et  assurer  l’exécu¬ 
tion. 

On  a  pris  des  mesures  exceptionnelles,  des  mesures  de 
guerre,  pour,  assurer  le  ravitaillement  de  la  population  en  pain 
et  en  autres  denrées. 

L’eau  pure  est,  elle  aussi,  une  denrée  de  première  nécessité 
pouf  la  vie,  et  là  santé  publique  serait  gravement  atteinte  par 
sa  suppression. 

Il  ,  faut  donc  que  l’on  prénne  des  mesures  exceptionnelles 
pour  qu’elle  soit  fournie  à  tous. 

De  même  l’évacuation  des  matières  usées  est  une  nécessité 
absolue  de  l’bygiène. 

Puisque,  pour  diverses  raisons,  toutes  nées  de  la  guerre,  elle 
ne  peut  être  assurée  par  la  voie  habituelle  des  Compagnies  con¬ 
cessionnaires,  il  faut  qu’elle  soit  assurée  par  des  moyens  excep¬ 
tionnels  et  c’est  pourquoi  celte  communication  a  été  intitulée  ; 
Les  vidanges.  Service  public. 

Discussions. 

M.  Émile  Kebn.  —  La  communication  de  M.  Marié-Davy  résume 
les  mesures  qui  s’imposent  avec  d’autant  plus  d’urgence  que  l’état 


[231]  LE  DROIT  A  L’EAU  POTABLE  —  LES  VIDANGES  727 

sanitaire  est  très  mauvais,  on  se  demande  comment  on  a  pu  se  lais¬ 
ser  acculer  à  cette  extrémité,  —  pour  l’eau  potable,  chacun  y  a  droit 
et  si  les  municipalités  avaient  fait  leur  devoir,  cette  question  ne 
pourrait  plus  se  poser.  —  Dans  l’espèce,  les  conduites  d’eau  potable 
établies  dans  les  maisons  de  certaines  communes  auraient  été 
barrées,  pour  cause  de  non-paiement,  par  la  compagnie  conces¬ 
sionnaire  continuant  à  alimenter  pourtant  des  bornes-fontaines 
placées  dans  les  communes. 

Les  habitants  des  maisons  privées-  d’eau,  au  lieu  de  la  chercher 
aux  bornes-fontaines,  placées  à  une  certaine  distance,  prirent  la 
fâcheuse  habitude  de  consommer  l’eau  de  leurs  puits,  contaminés 
par  des  infiltrations  de  matières  de  vidanges.  La  maladie  se  propagea 
ainsi  rapidement. 

Le  devoir  des  municipalités  étant  d'a.ssurer  de  l’eau  potableiau 
domicile  de  leurs  administrés,  afin  qu’ils  puissent  en  user  commo¬ 
dément,  il  leur  incombe  tout  naturellement  aussi  de  prendre  les 
mesures  nécessaires  pour  stériliser  l’eau  quand  elle  n’est  pas  propre 
à  la  consommation.  Les  particuliers  peuvent  la  faire  bouillir  et 
éventuellement  la  décanter,  mais  c’est  là  une  méthode  aléatoirequi 
ne  peut  être  employée  sur  une  grande  échelle  et  il  est  plus  rationnel 
que  les  municipalités  fassent  le  filtrage  des  eaux  en  grand,  peur 
enlever  lés  matières  en  suspens,  le  filtre  ne  pouvant  faire  que  cela, 
fassent  ensuite  la  stérilisation  par  des  procédés  simples  et  expéditifs, 
qui  sont  bien  connus  et  fréquemment  employés,  de  façon  à  rendre 
les  eaux  absolument  saines. 

Quant  à  la  vidange,  il  est  tout  aussi  indispensable  de  l’assurer 
d’une  façon  régulière,  saine  et  expéditive.  Mais  la  simple  fosse  de 
vidange  est  une  barbarie  qui,  depuis  longtemps,  aurait  dû  faire 
place  au  tout-à-l’égout,  ne  devrait  plus  être  qu’une  rare  exception, 
parce  qu’elle  est  une  grande  propagatrice  de  maladies.  Si  des  circon¬ 
stances  locales  ne  permettent  pas  l'établissement  du  tout-à-l’égoul, 
on  peut  se  servir  de  procédés  faisant  la  séparation  du  liquide  et.  ' 
l’évacuation  de  ce  liquide  dans  des  conditions  inolîensives.  Qui 
nous  dit  aussi  que  les  ordures  ménagères  ne  sont  pas  également 
coupables  dans  les  circonstances  actuelles  et  que  l’incinération  de 
ces  ordures  aurait  détruit  les  germes  des  maladies  qui  font  beaucoup 
de  ravages  en  ce  moment  ? 

Enfin  si  les  municipalités  avaient  fait  leur  devoir  en  appliquant 
les  lois  et  règlements  en  usage,  toutes  les  communes  seraient  ali¬ 
mentées  en  eau  potable  et  pourvues  d’un  système  d’évacuation  des 
matières  et  des  eaux  usées  aussi  bien  que  d'un  procédé  expéditif 
pour  l'enlèvement  et  la  destruction  des  ordures. 


728  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [232] 

M.  Ghanjux.  —  Notre  collègue,  M.  Marié-Davy,  me  semble  avoir 
tort  de  demander  riadulgence  pour  son  rapport  qui  n’en  à  pas 
besoin,  au  contraire,  car  il  met  bien  au. point  la  question  posée,  et 
indique  clairement  la  voie  dans  laquelle  nous  serons,  à  mon  sens, 
obligés  de  nous  engager. 

En  effet,  vous  n’aurez  pas  à  faire  ce  soir  l’étude  générale  de  l’ali¬ 
mentation  en  eau  potable  et  de  l’enlèvement  des  immondices,  mais 
à  prendre  position  dans  les  déplorables  conditions  hygiéniques 
actuelles. 

Pour  des  raisons  simplement  pécuniaires,  des  populations  ont  été 
privées  d’eau,  potable  et  condamnées  à  faire  usage  d’eaux  conta¬ 
minées.  C’est  un  crime  social  —  je  ne  crains  pas  d’employer  le  mot 
—  et  nous  devons  faire  tous  nos  efforts  pour  le  faire- cesser  s’il  per¬ 
siste,,  en  tout  cas  pour  en  empêcher  le  retour. 

D’autre  part,  les  entrepreneurs  de  vidanges  ne  peuvent  plus  assu¬ 
rer  leur  service  ;  les  matières  fécales  sont  versées  sur  la  terre  ;  le 
sous-sol  est  infecté;  la  nappe  d’eau  souterraine  est  contaminée.  Il 
y  a  là  un  danger  grave  pour  le  pays,  pour  la  race,  en  raison  des 
fièvres  typhoïdes  et  des  dysenteries  provoquées  par  cet  empoison¬ 
nement  de  la  terre  et  de,  l’eau. 

Pour  enrayer  le  mal,  des  mesures  énergiques  s’imposent,  et  nous 
sommes  réunis  pour  les  proposer  et  en  demander  l’application  rapide 
et  énergique. 

M.  VïNCEY  dit  que  la  vidange  des  fossés  et  l’adduction  en  eau 
potable  sont  d’une  importance  primordiale,  en  temps  d’épidémies 
où  nous  sommes. 

En  ce  qui  concerne  la  banlieue  parisienne,  de'louables  efforts  ont 
été  faits  pour  assurer  la  vidange  dans  les  immeubles  appartenant  à 
des  propriétaires  dépourvus  de  moyens  pécuniaires.  Les  munici¬ 
palités  font  généralement  les  avances  pour  ce  travail,  se  réservant 
d’en  récupérer  le  montant,  lorsque  les  circonstances  le  permet¬ 
tront. 

Pour  ce  qui  est  de  l’eau  potable,  il  y  aurait  un  intérêt  majeur  à 
proscrire  l’usage  des  puits,  presque  toujours  contaminés  par  les 
fosses  et  égouts  non  étanches.  Mais  il  faut  pouvoir  remplacer  l’eau 
des  puits  par  les  eaux  flllrées  de  Seine  ou  de  Marne. 

De  ce  côté  encore,  une  heureuse  entente  est  intervenue  entre 
l’Administration  et  les  compagnies  des  eaux,  pour  éviter  la  ferme¬ 
ture  de  la  concession  publique  dans  les  immeubles  où  les  proprié¬ 
taires  ne  sont  pas  en  état,  de  payer  l’eau.  Les  compagnies  se 
contentent  de  faibles  acomptes  mensuels,  sauf  à  percevoir  tout  ce 
qui  leur  est  dû,  lorsqu’il  sera  possible. 


[233]  LE  DBOIT  A  L’EAU  POTABLE  —  LES  VIDANGES  129 

Dans  bien  des  localités,  ces  mesures  sont  complétées  par  l’entre¬ 
tien  ou  le  rétablissement  des  bornes-fontaines,  qui  grèvent  si 
lourdement  les  budgets  municipaux. 

M.  Bechmann.  —  Les  très  justes  observations  présentées  par  notre 
ancien  Président,  M.  Kern,  ont  porté  sur  des  faits  de  deux  ordres 
différents  :  les  uns,  résultant  de  certaines  conséquences  de  l’éfat . 
de  guerre,  telles  que  le  moratorium  des  loyers  ou  la  difficulté 
éprouvée  par  les  entrepreneurs  de  vidange  à  s’acquitter  de  leur 
service,  et  sur  lesquels  M.  Marié-Davy  —  dans  la  note  dont 
M.  le  D''  Borne  nous  a  donné  lecture  —  se  proposait,  m’a-t-il  semblé, 
d’appeler  spécialement  l’attention  de  la  Société  ;  les  autres  se 
rapportant  à  la  situation  antérieure  à  la  guerre,  avec  ses  défec¬ 
tuosités  manifestes,  et  provenant  de  l’application  incomplète  des 
prescriptions  de  la  loi  qui  a  imposé  à  Paris  l’écoulement  direct  des 
eaux-vannes  et  des  matières  de  vidange  à  l’égout,  et  l’épüration 
gricole  de  la  totalité  des  eaux  d’égout,  ou  encore  de  la  non-appli- 
cation  de  la  loi  de  1902  sur  la  santé  publique. 

Pour  les  premiers,  notre  collègue,  M.  Vincey,  très  au  courant  des 
mesures  prises  pour  y  parer,  notamment  en  ce  qui  concerne  la 
région  Est  du  département  de  la  Seine,  vient  de  montrer  que  d’une 
manière  générale  on  a  pu  en  avoir  raison,' grâce  à  l’intervention 
administrative,  qui  a  su  prendre  rapidement  des  mesures  appro¬ 
priées. 

Quant  aux  seconds,  dont  nous  avons  eu  tant  de  fois  i  nous 
occuper,  c’est  seulement  après  la  paix  que  nous,  pourrons  y  revenir, 
afin  d’obtenir  alors  —  si  faire  se  peut  —  des  sanctions  efficaces, 
tant  pour  l’application  intégrale  à  Paris  de  l’écoulement  direct  obli¬ 
gatoire,  que  pour  celle  des  prescriptions  de  la  loi  sur  la  santé 
publique  dans  les  villes  françaises  en  général,  et  l’achèvement  de 
l’opération  commencée  en  1890,  pour  l’épuration  agricole  des  eaux 
des  collecteurs  parisiens  et  demeurée  inachevée  faute  de  l’ouverture 
des  crédits  nécessaires. 

M.  le  D'  Blanchetière.  —  Je  n'examinerai  pas  la  question  à  un 
point  de  vue  aussi  général  que -  les  précédents  orateurs.  Je  ne  me 
demanderai  pas  ;  que  pourrait-on  faire?  mais  bien  :  que  peut-on 
faire  dans  l’état  actuel  des  choses  ? 

Gomme  je  l’ai  déjà  dit  à  une  précédente  séance,  l’Administration 
ne  me  paraît  pas  dépourvue  de  moyens  d’intervention.  Dans  son 
article  3,  la  loi  du  15  février  1902  prescrit  qu’en  cas  de  danger 
menaçant  la  santé  publique,  le  Préfet  du  département  peut  ordonner, 
les  droits  des  intéressés  demeurant  réservés,  l’exécution  immédiate 


130  SOCIÉTÉ  DE  MEDECINE  PUBLIQUE  [234J 

des  travaux  réclamés  par  l’autorité  sanitaire.  E&t-cfr  le  cas  en  ce  qui 
concerne  la  suppression  de  l’eau  dans  les^  immeubles  pourvus  du 
tout-à-l’égout  et  de  l’enlèvement  des  vidanges  dans'  les  autres 
immeubles?  Évidemment  oui!  Point  n’est  besoin  d’être  grand  clerc 
en  matière  d’hygiène,  pour  se  rendre  compte  que  le  débordement 
des  matières  fécales  dans  les  cours  et  couloirs  d’immeubles,  dont 
nous  parlait:  tout  à  l’heure  M.  Vincey,  et  dont  j’ai  moi-même  été  le 
témoin,  èn  province,  constitue-  au  premier  chef  un  danger  grave 
pour  la:  santé  publique,  justiflant  amplement'l’intervention  préfec¬ 
torale.  Si  donc  l’Administràtion  ne  fait  rien,  c’est,  il  faut  bien  le  dire 
qu’elle  est  résolue  à  , ne  rien  faire.  Il  est  à  remarquer,  et  J’insiste  sur 
ce  point,  qu’en  appliquant  rationnellement  l’article  3,  l’Admi¬ 
nistration  n’engage  pas  A  la  légère  les  deniers  publics,  puisque  la  loi 
de  I90a  garantit,  par  une  hypothèque  légale,  les  sommes  déboursées 
pour  l’exécution  dès  travaux  d’assainissement. 

Euice  qui  concerne  l’alimentation  eu  eau  potable,  les  choses  parais¬ 
sent  se  présenter  dans  des  condition.^  différentes  suivant  que, 
antérieurement  au  2  août  1914,  le  propriétaire  était  tenu  ou  non  de 
fournir  gratuitement  L’eau  à  son  locataire.  Dans  ce  dernier  cas,  il  me 
parait  bien  évident,  que  le  moratorium  ne  saurait  imposer  au  pro¬ 
priétaire  une:  charge  nouvelle. 

Si,  au  contraire,  les  choses  étaient  telles,  à  la  déclaration  de 
guerre,  que' le  propriétaire  était  tenu  à  la  fourniture  gratuite  de 
l’eau,  il  me  semble  que  la-  volonté  du  législateur,  manifestée  tant 
dans  les  décrets  moratoires  que  dans  la  loi  du  9  mars  1918,  main¬ 
tient  cette  obligation  nonobstant  le  défaut  de  paiement  des  loyers. 
Il  paraît  donc  excessif  que  les  concessionnaires  suppriment  l’eau  au 
locataire,  eh  dépit  de  la  volonté  du  législateur,  alors  que  la  moindre 
procédure  d’exécution  amènerait,  dans  la  plupart  des  cas,  le  pro¬ 
priétaire  à  résipiscence. 

J’ai'  tenté  de  faire  solutionner  ce  point  de  droit,  en  soutenant  que 
le  propriétaire  qui  coupe  l’eau  dans  ces  conditions^se  trouve  dans  le 
même  casque  celui  doul  l’immeuble  n’est  pas  relié  à  la  canalisation, 
il  tombe  ipso  facto  sous  le  coup  du  règlement  sanitaire.  Cette  tlfèse, 
admise  à  diverses  reprises  parle  juge  de  simple  police,  s’est  trouvée 
écartée  par  le  tribunal  civil  pourlequel  l’existence  d’un  branchement' 
sufilt  à  satisfaire  aux  exigences  du  règlement  sanitaire.  Je  regrette 
cette  décision  à  laquelle  il  n’y  a  cependant  qu’à  se  soumettre,  en 
attendant  qu’une  juridiction  plus  haute  se  soit  prononcée  dans  un 
autre  sens,  ou  que  les  autorités  compétentes  aient  modifié  le  règle¬ 
ment. 

M.  Rislbr.  — Messieurs,  ne  pensez-vous  pas  qu’à  ce  remarquable 


.  [235J  LE  DROIT  A  LEAü  POTABLE  —  LES  \1DANGES  13J 

débat  auquel  ont  pris  part  plusieurs  de  nos  collègues  essentiellement 
compétents,  il  faudrait  un  résultat  pratique  ? 

On  vœu  qui  sera,  sans  nul  doute,  admirablement  rédigé  et  excel¬ 
lent  comme  idées,  pourra  être  adopté  à  runauimité  ;  mais  n’ira-t-il 
pas  rejoindre  quantité  d’autres  vœux?  Nous  sommes  en  droit  d’être 
sceptiques  à  l’égard  de  la  suite  donnée  par  les  pouvoirs  publics  aux 
désirs  exprimés  de  cette-  manière. 

Je  suis  frappé,  au  contraire,  de  ce  que  nos  collègues  ont  dit  à  peu 
près  tous  que  les  lois  étaient  excellentes,  mais  que -leur  interpré¬ 
tation  en  avait  empêché  l’exécutiou. 

Nous  devons  arriver  à  obtenir  que  la  loi  qui  nous  pai’alt  bonne 
soit  obéie,  et  produise  les  effets  utiles  que  nous  en  attendons. 
Recherchons' donc  quelles;  sont  les  entraves  apportées  à  l’exécution 
de  la  loi  ;  trouvons  les  moyens  de  les  briser,  et  soumettons  des  réso¬ 
lutions  pratiquement  conçues  et  faciles  à  exécuter  aux  pouvoirs 
publics.  Vous  n’ignorer  pas  que  nos  administrations,  et  même  nos 
parlementaires  ne  détestent  pas  qu’on  leur  apporte  la  besogne  foute 
préparée  et  que,  dans  ces  conditions,  des  réformés  utiles  sont  quel¬ 
quefois/rapidement  réalisées. 

Je  demande  donc- qu’une  Commission  formée  des  hommes  —  je  le 
répète  —  particulièrement  compétents  que  nous  avons  le  bonheur  de 
posséder  ici, /soit  nommée,  qu’elle  se  mette  au  travail  de  suite,  et 
nous  prépare  le  plan  que  je  viens  d’esquisser. 

J’ai  éntendu  dire  qu’un-  certain  arrêt  du  Conseil  d’Etat  avait 
empêché,  par  exemple,  l’adoption  généralisée  du  système  du  tout-à- 
l’égout  à  Paris.  Par  quelle  interprétation  fâcheuse  de  la  loi  le  Conseil 
d’Étal  a-t-il  pu,  donner  aux  propriétaires  ces  satisfactions  si  nui¬ 
sibles  àda  santé  publique?  Il  y  a  lieu  de  le  rechercher  et  de  modifier 
le  texte  ainsi  interprété  par  le  Conseil  d’État,  afin  qu’il  ne  puisse 
plus  servir  de  base  à  la  résistance  antihygiénique. 

On  a  parlé  d’un  point  mal  mis  dans  le  texte  de  la  loi  ;  que  la  Com¬ 
mission  mette  points  et  virgules  Bien  à  leur  place,  puisque  c’est  cela 
■qui  est  nécessaire  pour  que  tant  de  vies  humaines  soient  sauvées. 
C’est,  pour  ifia  part,  le  but  que  je  vois  avant  tout. 

Un  de  nos  collègues  a  indiqué  que  la  Ville  de  Paris  n’avait  pas 
pris- les  dispositions  nécessaires  pour  que  le  tout-à-l’égout  puisse 
être  réalisé.  Notre  devoir  est  de  réclamer  de  la  municipalité  les 
mesures  indispensables  pour  que  ce  service  puisse  fonctionner  d’une 
manière  parfaite. 

Voilà  le  programme  qui  me  semble  indiqué  pour  les  travaux  de  la 
Commission,  et  je  me  permets  d’insister  encore  une  fois  pour  qu’elle 
soit  nommée  le  plus  tôt  possible. 


in  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  ^236} 

M.  le  D''  Borne  se  permet  d’intervenir,  en  signalant  à  la  Société 
qu'il  a  eu  récemment,  dans  son  secteur,  à  s’occuper  de  ces  deux 
questions  :  «  Eau  potable  et  vidanges  ». 

Dans  les  communes  d’Alfortville  et  Maisons-Alfort  notamment,  se 
sont  produits  de  nombreux  cas  de  dysenterie. 

Au  cours  de  ses  enquêtes,  il  n’a  jamais  constaté  la  fermeture  des 
fontaines  publiques  de  la  rue  ;  par  contre,  l’eau  potable  a  été 
supprimée,  ainsi  qu’il  l’a  été  dit  par  plusieurs  collègues,  dans  les 
maisons,  par  les  propriétaires. 

Les  habitants  de  ces  communes,  trop  éloignés  des  fontaines 
publiques,  ont  utilisé  l’eau  des  puits,  voire  même  l’eau  des  ruisseaux 
de  la  rue. 

Cette  eau,  sans  ébullition,  est  employée  pour  la  boisson  et  l’usage 
domestique. 

Les  contrats  passés  entre  les  communes  et  les  compagnies  des 
Eaux,  ainsi  que  l’a  démontré  M.  le  D'  Bordas,  chef  des  services 
techniques  d’hygiène  de  la  Préfecture  de  police,  ne  donnaient  aucune 
garantie  aux  habitants. 

L’Administration  a  pris  et  continue  à  prendre  les  mesures  néces¬ 
saires,  pour  que  l’eau  soit  rétablie  dans  les  immeubles  qui  en  sont 
privés. 

Quant  à  la  question  des  vidanges,  elle  a  été  et  reste  un  véritable 
danger. 

Les  compagnies  de  vidanges,  manquant  de  cavalerie,  de  main- 
d’œuvre,  et  n’étant  plus  payées  parles  propriétaires,  ont  fait  leur 
service  très  insuffisamment. 

Dans  ces  mêmes  communes  d’Alfortville  et  de  Maisons-Alfort,  des 
fosses  d’aisances  n’avaient  pas  été  vidées  depuis  le  début  de  la  guerre, 
elles  débordaient  dans  les  cours  des  immeubles.  Les  locataires,  qui 
du  reste  en  temps  de  paix  avaient  déjà  cette  tendance,  s’empres¬ 
sèrent  de  faire  des  trous,  et  les  matières  s’entassaient  dans  les 
jardins,  les  arrière-cours,  d’une  façon  dégoûtante!  !  ! 

Les  puits,  très  nombreux  dans  ces  régions,  et  existant  presque 
toujours  dans  chaque  jardin,  furent  contaminés  par  ces  matières 
fécales. 

D’autre  part,  des  nuées  de  mouches  répandirent,  dans  le  voisinage, 
des  germes  morbides. 

Il  est  donc  facile  d’expliquer  la  genèse  de  cette  épidémie  locale. 
Dès  la  fin  d’août,  il  fut  demandé  des  mesures  d’urgence  aux 
administrations  municipales  :  vidanges,  enlèvement  et  destruction 
des  matières  fécales,  accumulées  dans  les  cours  et  les  jardins. 

Il  y  a  quelques  jours,  lors  d’une  enquête  dans  la  région,  nous 
eûmes  la  curiosité  de  visiter,  à  nouveau,  certains  immeubles  où 


t237]  LE  DROIT  A  L'EAU  POTABLE  —  LES  VIDANGES  733 

■existaient  des  fosses  d’aisance  improvisées,  et  particulièrement  dan¬ 
gereuses  :  aucune  mesure  n’avait  encore  été  prise,  toujours,  paraît-il, 
pour  les  mêmes  raisons  d’impossibilité  et  d'insuffisance  de  la  part 
des  compagnies. 

Cette  situation  est  intolérable,  et  ne  saurait  se  prolonger;  elle  est, 
d’une  façon  formelle,  la  cause  directe  et  indirecte  de  l’épidémie  de 
dysenterie  qui  vient  de  régner,  et  je  demande  à  la  Société  de  donner 
son  avis  aux  pouvoirs  publics  qui  ont  le  devoir  d’intervenir  immé¬ 
diatement. 

M.  Granjüx.  —  Je  suis  tout  à  fait  de  l’avis  de  M.  Borne,  et  je  crois 
que  l’on  pourrait  émettre  un  vœu  comme  celui-ci  : 

«  La  Société  de  Médecine  publique  émet  le  vœu  que  l’autorité 
prenne  les  mesures  nécessaires  :  l®  pour  empêcher  que  là  où  existe 
une'distribution  d’eau  potable,  les  habitants  puissent  en  être  privés 
par  décision  des  compagnies  ;  2“  pour  assurer  les  vidanges,  quand  les 
entrepreneurs  ne  peuvent  plus  le  faire.  » 

M.  Louis  Forest.  —  Je  m’excuse  de  prendre  la  parole,  n’étant 
point  technicien  et  n’appartenant  pas  à  votre  Société.  Si  je  me 
permets  d’élever  la  voix,  c’est  parce  qu’à  la  demande  de  mon  voisin, 
le  DVv Marchoux,  ou  m’a  prié  de  dire  haut  ce  que  je  viens  de  lui  dire 
bas.  Si  je.  suis  ici  aujourd’hui,  c’est  que  j'ai,  ces  temps  derniers, 
•écrit  dans  le  Matin  un  article  sur  le  problème  des  vidanges;  et  qu’à 
>la  suite  de  cette  publication  j’ai  reçu  une  invitation  d’assister  à 
votre  séance.  Je  n’ai  pas  manqué  de  m’y  rendre,  n’ayant  pas  d’autre 
moyen  de  renseigner  les  autres  que  de  me  renseigner  moi-même. 

Les  articles  que  j’écris  au  Matin  me  valent  une  grosse  corrés- 
pondance.  Celui  que  j’ai  fait  imprimer  sur  la  question  des  vidanges 
m’a  prouvé  que  le  public  se  montrait  très  intéressé  par  la  question. 
On  vient  de  parler  de  Paris,  de  la  banlieue.-  Et  la  province?  Il  y  a 
eu  des  migrations  entières  de  populations.  Qu’on  songe  seulement  à 
ce  qui  s’est  passé  le  long  de  nos  côtes  où  des  villas  ont  été,  toutes 
chambres  pleines,  habitées  un  et  deux  ans  de  suite,  alors  que  le  sys¬ 
tème  de  vidange  était  prévu  pour  deux  et  trois  mois  de  location  par 
an!  Des  villes  ont  doublé  de  population.  On  s’est  préoccupé  de 
nourrir  ces  foules,  mais  on  n’a  pas  songé  aux  résidus.  La  situation 
^st  donc  grave  partout. 

J’ai  entendu  avec  plaisir  que  les  savants  de  la  Société  de  Médecine 
publique  ne  croient  plus  à  l’Administration.  J’ai  constaté  avec  éton¬ 
nement  qu’on  y  croyait  encore  aux  lois.  Or,  les  grandes  lois  d’hygiène 
'  n’ont  absolument  aucune  chance  d’être  appliquées,  si  l’on  n’obtient 
pas  le  consentement  permanent  et  éveillé  des  populations.  S’adresser 


734  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [238]. 

à  l’Administration  et  au  Parlement  est  tout  à  fait  insuffisant,  si  l’on 
ne  s’adresse  pas  auparavant  au  public.  Il  y  aurait  de  vasies  propa¬ 
gandes  à  organiser.  Nous  vivons  en  démocratie  et,  dans  une  démo¬ 
cratie,  rien  ne  se  fait  lorsque  le  public  ne  comprend  pas  les  raisons 
de  l’acte.  Aux  États-Unis,  on  a  le  culte  de  la  santé  individuelle  et 
collective.  En  France,  non.  C’est  par  là  qu’il  faut  commencer,  si  l’on 
veut  aboutir  aux  grands  résultats  d’eusemble. 

Je  signale  les  procédés  de  propagande  de  la  Croix-Rouge  améri¬ 
caine.- On  peut  s’adresser  à  elle,  et  je  sais  qu’on  lui  a  déjà  fait 
signe  ;  mais  il  y  aurait  à  étudier  des  moyens  plus  vastes.  Je  suis  con¬ 
vaincu  que  si  la  Société  de  Médecine  publique  savait  s’adresser  à  des 
hommes  de  lettres,  àdes  publicistes,  et  attirer  leur  attention  sur  des 
problèmes  d’une  urgence  indéniable  pour  la  santé  de  demain,  il  en 
résulterait  un  grand  bien,  et  pour  l’œuvre  que  vous  poursuivez  ici, 
et,  par  conséquent,  pour  le  public.  En  ce  qui  concerne  les  maladies 
épidémiques,  l’ignorance  est,  pour  le  peuple  français,  plus  perni¬ 
cieuse  que  le  microbe. 

M.  Bechmann.  —  Nous  partageons  entièrement,  et  depuis  bien, 
longtemps,  les  excellentes  idées  qui  viennent  d’être  émises  au  suje 
de  la  nécessité  d’üne  propagande  étendue  en  faveur  des  mesures 
d’hygiène,  qui  laissent  trop  souvent  encore  nos  populations  indiffé¬ 
rentes,  parce  qu’elles  en  ignorent  l’importance.  Nous  avons  déjà  fait 
dans  ce  sens  des  efforts  réitérés, .témoin  les  campagnes  en  faveur 
des  plans  d’aménagement,  auxquelles  notre  collègue,  M.  Risler,  a 
donné  une  si  utile  impulsion.  Si  nous  avons  obtenu  quelques  résul¬ 
tats,  il  n’en  reste  pas  moins  assurément  encore  beaucoup  à  faire. 

Nous  avons  au  surplus  compris  l’aide  efficace  que  pourra  nous 
donner  la  Croix-Rouge  américaine.  Une  Société,  sœur  de-  la  nôtre, 
que  j’ai  l’honneur  de  présider  en  ce  moment,  l’Association  générale 
des  Hygiénistes  et  Techniciens  municipaux,  s’est  donnée  à  tâche 
d'aider  de  toutes  ses  forces  à  la  reconstitution  des  villes  et  villages 
détruits  dans  les  régions  envahies,  surtout  en  matière  d’hygiène;  en 
préconisant  notamment  l’établissement  de  distributions  d’eau  et  de 
réseaux  d’assainissement  dans  toutes  les  localités  où  des  travaux  de 
réfection  ou  de  reconstruction  vont  s’imposer;  et,  après  avoir  orga¬ 
nisé  en  1916  l’Exposition  de  la  Cité  reconstituée,  afin  de  créer  un 
premier  mouvement  d’opinion,  elle  vient  précisément  de  rédiger 
des  tracts  à  la  demande  de  la  Croix-Rouge  américaine,  pour  con¬ 
courir  à  la  propagande  que  cette  puissante  Société  se  propose  de 
faire  en  faveur  des  mesures  sanitaires  à  prendre  lors  de  la  réédi- 
ficaiion  prochaine. 


[239J  LE  DROIT  A  L’EAU  POTABLE  —  LES  VpANGES  735 

M.  le  D''  Blanchetière.  —  Il  me  paraît  désirable  de  modifier  légè¬ 
rement  le  texte  du  D''  Granjux,  en  faisant  observer  à  l’Adminis¬ 
tration  qu’il  dépend,  uniquement  de  sabonne  volonté  de  résoudre  la 
question.  Je  propose  donc  la  rédaction  suivante  : 

«  La  Société  de  Médecine  publique,  constatant  que  l’article  3  de 
la  loi  du  13  février  1902  permet  aux  autorités  compétentes  d’inter¬ 
venir  utilement  dans  les  cas  où  la  santé  publique  est  menacée,  et 
que  le  recouvrement  des  sommes  engagées  est  garanti,  aux  termes 

mêmes  de  la  loi,  par  une  hypothèque  légale,  émet  le  vœu . ».  Ici 

reprend  la  rédaction  du  D''  Granjux. 

Après  de  nouvelles  interventions  de  MM.  Granjux,  Vincey  et  Borne, 
les  conclusions  suivantes  ont  été  adoptées  à  la  fin, de  la  séance  ; 

«  La  Société  de  Médecine  publique,  constatant  que  l’article  3  de 
la  loi  du  13  février  1902  permet  aux  autorités  compétentes  d’inter¬ 
venir  utilement  dans  les  cas  où  la  santé  publique  est  menacée,  et 
que  le  recouvrement  des  sommes  engagées  est  garanti,  aux  termes 
mêmes  de  la  loi,  par  une  hypothèque  légale,  émet  le  vœu  que 
l’autorité  prenne  les  mesures  nécessaires  :  ^ 

1“  «  Pour  empêcher  |que  là  où  existe  une  distribution  d’eau 
potable  les  habitantsjne  puissent  en  être  privés  par  décision  des 
compagnies. 

2»  «  Pour  assurer  les  vidanges  quand  les  entrepreneurs  ne  peu¬ 
vent  plus  le  faire.  » 


—  La  séance  est  levée  à  18  b.  50. 


736 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBl.lQUE 


[2401 


Ordre  du  jour  de  la  séance  du  27  novembre  1918 
(à  n  heures). 


La  Société  de  Médecine  publique  et  de  Génie  sanitaire  croit  que 
le  moment  est  venu  de  s’occuper  des  réformes  à  introduire  dans 
les  écoles  pour  qu’il  y  soit  donné  un  enseignement  pratique  d’hy¬ 
giène.  Elle  prie  ses  Membres  de  s’intéresser  à  cette  question  et 
d’apporter  à  la  séance  les  propositions  qu'ils  jugeraient  utiles  de 
faire  pour  arriver  au  meilleur  résultat. 

La  question  posée  est  la  suivante  : 

«  Comment  pourrait-on  faire  pénétrer  et  appliquer  l’hygiène  dans 
l’école?  » 

1»  M.  le  D”  Aymé,  médecin  principal  de  1"  classe  des  colonies  en 
retraite,  ancien  chef  du  Service  de  Santé  du  Sénégal,  Cochinchine, 
Cambodge.  —  Paludisme  et  Dragages. 

2“  M.  Gh-iindillon.  —  Water-closets  collectifsj 

3“  M.  le  D'  Gouin,  médecin  aide-major  de  l”  classe.  —  Prophy¬ 
laxie  des  maladies  vénériennes  dans  l'armée  américaine.  —  Contage 
et  prophylaxie  des  maladies  vénériennes. 


Le  secrétaire  général  adjoint, 
D'  Borne. 


Ae  Président, 

D''  J.  Renault. 


Le  Gérant  :  Pierre  .‘Vcgbr. 


Paris.  —  L.  Marethbux,  imprin 


REVUE 


D’HYGIÈNE 

E,T  DE 

POLICE  SANITAIRE 


!u.'  . 

WÉIWOIRES  fc  t  rj»  2i 

_ 

APPAREIL  NOUVEAU  A  SULFURATION 

POUR  DÉSINSECTISATION  ET  DÉSINFECTION 


par  M.  le  D--  LOGHON. 


L’étude  pratique  des  divers  appareils  employés  jusqu’ici 
pour  faire  soit  de  la  désinfection,  soit  de  la  désinsectisation, 
soit  les  deux  à  la  fois,  nous  a  permis  de  nous  rendre  compte 
qu’un  modèle  nouveau  s’imposait,  modèle  ayant  la  facilité 
d’être  plus  maniable  qu'une  étuve  à  vapeur  ou  à  air  chaud,  et 
plus  complet  qu’un  appareil  à  soufre  ou  à  formol  ordinaire, 
dont  l’action  est  forcément  limitée. 

Quoique  .nouveau,  l’appareil  proposé  a  déjà  fait  ses  preuves 
pendant  la  guerre,  ayant  été  adopté  par  certains  services  mili¬ 
taires  et  civils,  qui  tous  ont  reconnu  son  utilité  et  ses  avan¬ 
tages. 

Il  peut,  en  effet,  à  la  fois  faire  à  très  bon  compte  de  ladésin- 
feclion  rapide  en  surface  et  de  la  désinsectisation  complète. 
Très  peu  encombrant,  d’un  poids  minime  (10  kilogrammes),  il 
est  susceptible  de  fonctionner  partout,  pouvant  être  transporté 
facilement  :dans  tous_les  milieu.x. 

HEV.  o’hyg. 


XL  —  47 


738 


Dr  LQCHON 


Un  double  principe  a  présidé  à  sa  conception  : 

A.  —  Trouvert  une  disposition  permettant  la  combustion  rapide 
de  grandes  quantités  de  soufre  ; 

B.  —  Renforcer  l’action  toxique  de  l'anhydride  sulfureux, 
formé  parla  combustion  intégrale  du  soufre  brûlé  par  la  transfor¬ 
mation  d’une  partie  de  SG’’  en  SŒ,  c’est  à-dire  en  anhydride 
sulfurique  naissant,  gaz  insecticide  et  microbicide  puissant,  et 
qui,  en  même  temps,  est  un  antidote  des  qualités  décolorantes 
de  l’anhydride  sulfureux. 

A.  —  En  pratique,  avec  les  moyens  ordinaires  employés 
jusqu’ici,  il  était  très  diffioile  de  brûler  dans  une  pièce  close 
une  grosse  quantité  de  soufre,  car  l’anhydride  sulfureux  qui  se 
dégage  a  précisément  pour  effet  d’éteindre  les  flammes.  Augsi, 
quand  un  brûleur  à  soufre  ordinaire  a  consommé  effectivement 
20  à  25  grammes  de  soufre  par  mètre  cube,  on  a  obtenu  une 
sulfuration  maximum  qui  oblige,  par  sa  faible  densité,  à  laisser 
en  contact  12  heures  au  moins  les  objets  à  sulfurer,  pour 
obtenir  un  résultat  quelque  peu  certain. 

De  ce  long  contact,  résulte  fatalement,  pour  les  objets 
exposés,  une  altération  des  couleurs,  dorures,  métaux,  etc. 

Avec  l’appareil  présenté,  au  contraire,  grâce  à  une  série  de 
foyers  superposés  utilisant  la  chaleur  dégagée  par  chacun 
d’euxi,  gfâcfràiun  tirage  intensif,  et  grâce  enfin  à  l’adjonction 
d’une- poudre  oxydante  qui  en  brûlant  dégage  de  l'oxygène 
naissant,  on  obtient  une'  combustion  rapide  et  complète  de 
masses. de  soufre  beaucoup  plus  considérables  (100  à  120'  gram- 
mesidesoufre  par  mètre  cube  en  moins  de  40  minutes). 

B;  La.  combustion  de  cette  poudre  oxy.lanle  mêlée  au 
soufre  en  fusion  O' pour  conséquence,  en  outre,  de  l'ournir  de 
l’anhydride  sulfurique  naissant  (SO”);  gaz  essentiellement 
insecticide  et  morbicide,  et  ayant  da  propriété  d'annihiler  les 
effets  détériorants  de  SO*  sur  les  objets  soumis  â  son  action. 

Oh  sait,  en'  effet',  que  le  procédé'  industriel  employé  potirla 
fabri'oai.ion:  de.SO^consisie  à  faire  passer  du  gaz  sulfureux  (SO“) 
sur  une  flumme  ou  de  la  mousse  au  platine  rougie. 

On  sait  aussi  qu’une  violette-décolorée  par  les  vapeurs  sul- 


APPAREIL  NOUVEAU  A  SULFURATION 


739 


fureuses,  se  recolore  quand  on  ia  trompe  dans  un  bain  d’acide 
sulfurique  léger. 

Or,  ce  sont  précisément  ces  deux  phénomènes  qui  se  produi¬ 
sent  dans  le  fonctionnement  de  l’appareil.  Par  suite  de  son,  fort 
tirage  et  de  la  disposition  des  trous  d’aération,  les  vapeurssSO* 
émises  sont  constamment  brassées  et  attirées  sur  les  flammes 
des  foyers  où  la  température  est  très  élevée:(200°  environ),)  A“ 
leur  passage,  et  en  présence  delà  poudre  oi^ànteen  combtis- 
tion  qui  donne  sans  cesse  de  l’oxygène  naissant;. lés  vapeurs 
sulfureuses  se  transforment  en  vapeurs  sulfuriques  naissantes, 
que»' de,  multiples. analyses)  chimiques  ont  permis  -dè' retrouver  . 
danssuner proportion  constante  et  sensiblement  égale  à  0,35, 
à  0,40!  p.  lOOdu  volume  des  gaz. 

Uefmétange  des  gaz  ainsi  produit  a  un  pouvoirûnsecticidifret 
microbicidé  très  pui.ssant  et  très  rapide.  Il  n’a  pas  dlac lion 
détériorante,  d’autant  surtout  que  la  durée  de  contact  utile  e,st 
extrêmemenl  réduite,  en  raison  de  la  toxicité  même  dès-vapeurs 
•  (.30''440  minutes;  au  maximum). 

Description  DE  l’appareil. 

Construit  d’après  lés  deux  pprincipes  décrits;,  plus  liaui, 
rap|)iareil:  se,  présente,  comme  un  pptil  fourneau  de  0  m.  50.de 
hauteur,  se  divisant  en  »deuxipartîes  qui  se  superposent  comme 
dèux;fûts  de  colonne  (voir'fïgUTe). 

La  partie  inférieure  A  repose  sur  un  plateau  iso'Jateur 
d’incendieetcomprend,  en  allant  de  bas  en  haut,  trois  plateaux  : 
c  (fond),  c*  (plateau  à  rigole),  c’  (plateau  à  cheminée),  plus  deux 
couronnes  intercalaires  d  et  d' . 

La  partie  supérieure  B  forme  couvercle  cheminée  et  porte  un 
réservoir  /■  destiné,. dans  le  cas  de  sUjlfuration  ordinaire,  à 
servit  lie  «  chambre  de  chauffe  »  et,  dans  les  cas  particuliers 
où  l’on  veut  associer  aux- vapeurs  soufrées;  des  vapeurs  .  de 
formol  ou  tout  autre  produit  évapoPable,  à;  recevoir  les  pro¬ 
duits  à  volatiliser.. 

Dans  ci^s  derniers  cas,  et  seulement  alors;  ou  se  servira  du 
réchaud  A  alcool  R,  livré  avec  l’appareil,  et  qui  se  place  suc  le 
plateau  cheminée  c'. 


740 


D>'  LOCHON 


Appareil  a  sulfuration. 
Brevet  L.  D.  B. 


A,  Fût  inférieur. 


B,  Fût  supérieur. 


a.  Plateau  isolateur  d'incendie. 

P,  Fond. 

d‘,  Couronne  inter-alaire. 
c‘,  Plateau  inoy  n  à  rigole  percée 
de  ti'OU'  dVeouiement. 

Couronne  ini'rcaL.ire  (alcool  et 
soufre  d'am-nçage). 
c-.  Plateau  à  cheminée  et  à  ri¬ 
gole  pt-rcëe  e  troua  d’éconle- 


f,  Réservoir  formant  four-rheniinée 
([inur  tout  anllsiptiqiie  éva- 
pnrable). 

h,  Plate  U  supérieur  f"i  niant  c  m- 
vcrcle,  avec  passag  i-.iicuiaire 
dra  gaz. 


S  y'  Rangées  S'  perp  sé  s  de 
ir-.iis  périphériques  (face  aux 
trois  foyers) 

i  Cr.  ciiets  ne  liaison  de  A  et  B. 
j,  l'oiiinée  pour  le  tra  sport. 


R,  Réchaud  à  alcool  facultatif  et  indé,  endant. 


APPAREIL  NOUVEAU  A  SULFURATION 


U\ 

L’appareil  comporte  trois  rangées  de  trous  périphériques 
g  g'  g'  d’aération,  correspondant  à  chacun  des  foyers. 

Enfin,  les  plateaux  c'  et  c'  sont  percés  de  petits  trous  d’écou¬ 
lement  permettant  au  soufre  en  fusion  de  circuler  librement  et 
d’alimenter  les  foyers. 

Fonctionnement  de  l’appareil. 

1°  Après  avôir  cubé  la  pièce  à  désinfecter  et  désinsectiser, 
préparer  les  quantités  de  soufre  en  canon  et  de  poudre  oxy¬ 
dante  nécessaires  : 

à)  50  à  80  grammes  de  soufre  par  mètre  cube,  suivant 
l’étanchéité  du  local  ; 

b)  6  grammes  de  poudre  oxydante  pour  100  grammes  de 
soufre  employé"; 

2“  Retirer  la  partie  supérieure  B  ; 

3°  Mettre  sur  la  couronne  intercalaire  d' 60  à  80  grammes  de 
soufre  en  canon,  grossièrement  brisé,  plus  30  à  40  cent,  cubes 
d  alcool  à  brûler  ; 

4"  Mettre  sur  le  plateau  c*  le  reste  du  soufre  préparé  d’après 
le  cubage  de  la  pièce,  l’arroser  de  quelques  gouttes  d’alcool  à 
brûler; 

3"  Disséminer  le  mieux  possible  sur  ce  soufre  du  plateau  c‘  la 
totalité  de  la  poudre  oxydante  (6  p.  100  du  poids  total  du 
soufre)  ; 

6“  Replacer  soigneusement  la  partie  supérieure  B, 

Placer  l’appareil  ainsi  préparé,  bien  d’aplomb,  isolé,  au 
milieu  de  la  pièce,  enQammer  l’alcool  et  fermer  hermétiquement 
le  local  dès  qu’on  s’est  assuré  que  l’appareil  est  en  bonne 
marche,  c’est-à-dire  commence  à  dégager  des  vapeurs  sulfu¬ 
reuses  (3  ou  4  minutes  après  l’allumage). 

L’alcool,  en  brûlant,  enflamme  le  soufre  :  celui-ci  ne  tarde 
pas  à  se  liquéfier  sur  le  plateau  c*,  à  brûler  et  à  tomber 
enQammé  sur  la  couronne  d‘,  de  là  successivement  sur  le  pla¬ 
teau  c‘,  la  couronne  d  et  le  fond  c. 

Après  quelques  minutes,  le  soufre  en  fusion  circule  sur  tous 
les  plateaux  et  couronnes,  représentant  autant  de  foyers  de 
combustion  intensive,  entretenue  par  un  vif  tirage  que 
donnent  les  trois  rangées  de  trous  d’aération. 


LOCnON 


742 

Pendant  ce  temps,  la  poudre  oxydante  se  dissociant  sous 
l’action  de  lachaleur,  meten  liberté  de  l’oxygène  naissant  dont 
une  partie  active  la  combustion  et  l’autre  se  combine  à  l’acide 
sulfureux,  pour  produire  SO*. 

La  combustion  est  achevée  en  20  minutes,  dans  les  petites 
pièces,  et  en  30  ou  45  minutes,,  dans  les  grands  locaux  où  des 
grosses  masses  de  soufre  doivent  être  brûlées. 

Résultats  pratiques  obtenus.  ' 

Les  vapeurs  SO'-pSO’  ainsi  dégagées  ont  des  propriétés 
insecticides  et  microbicidesraanifestes  et  ne  produisent  aucune 
détérioration  des  vêtements,  couleurs,  dorures,  métaux,  etc., 
quand  on  a  soin  d’opérer  en  milieu  sec. 

1“  Action  sur  les  insectes  et  leurs  lentes.  —  Nos  expériences 
plusieurs  fois  répétées  avec  des  doses  différentes  de  poudre  et 
de  soufre  ont  permis  de  constater  qu’avec  une  dose  de  50  gram¬ 
mes  de  soufre  par  mètre  cube  et  de  3  grammes  de  poudre  oxy- 
dante-tous  les  insectes  (mouches, .punaises,  moustiques,  mites, 
puces,  /'edicuZi  pübis,  P .capitis,  P.corporis,  etc.),  étaient  tués 
après  30  minutes  au  plus  dé  contact,  c’est-à-dire  1/2  heure 
après  la  fermeture  de  la  pièce,  quand  on  opère  en  chambre 
hermétiquement  close. 

Les  expériences  faites  à  l’Institut  Pasteur  de  Lyon,  et  sous 
son  contrôle  sur,  les  lentes  et  les  œufs  de  ces  insectes,  ont  été 
aussi  conéluantes. 

Des  lentes  (iP.  corpom,  P.  pubis,  P.  capitis,  des  œufs  de 
punaises,  recueillies  à  la  consultation  gratuite  de  l’hôpital 
Saint-Pothin  et  à  Desgeneltes)  ont  été  mises  dans  des  tubes  à 
essais  et  exposés  durant  1  h.  45  minutes,  30.minutes,  à  l’action 
des  gaz  sulfureux-sulfuriques  de  l’appareil.  Tous  les  tubes 
sulfurisés  sont  restés  stériles,  alors  que  les  tubes  témoins  con¬ 
tenant  une  portion  des  mêmes  lentes  non  soumises  à  l’action 
des  gaz  ôclosaient  dans  les  4  à  7  jours  qui  suivaient. 

L’action  désinsectisante  des  vapeurs  émises  par  l’appareil  est 
donc  complète' et  beaucoup  plus  rapi(ie  qu’avec  la  plupart  des 
aùtresrméthüdes  employées. 


APPAREIL  NOUVEAU  A  SULFURATION 


T  43 

2“  Aation  sur  les  micro-organismes.  —  Les  multiples  expé¬ 
riences  faites  en  premier  lieu  à  l’Institut  Pasteur  de  Lyon  et 
sous  son  contrôle,  puis  à  Paris,  au  Laboratoire  sérumthéra- 
pique  et  antityphoïdique  de  l’armée,  au  VaLde-Grâce,  ont  per¬ 
mis  de  constater  qu’avec  des  doses  de  bO  grammes  de  soufre 
par  mètre  cube  et  3  grammes  de  poudre  oxydante,  l’anhydride 
sulfuro-sutfurique  avait  une  action  morbicide  très  active  et 
constante  sur  tous  les  microbes  asporolées  pathogènes  exposés 
en  surface. 

Les  tests  imprégnés  de  bacilles  virulents  asporulés  (diph¬ 
térie,  Pneumocoques,  Staphylocoques  blancs  et  dorés.  Typhi¬ 
ques,  Paratyphiques,  Streptocoques,  Tuberculeux),  mis  en 
contact  :pendant  6  heures,  3  heures,  1  heure,  43  minutes, 
30  minutes  sont  toujours  restés  stériles  alors  que  les  tests 
témoins  donnaient  des  cultures  très  vivantes  dans.les  délais  et 
conditions  ordinaires. 

Par  contre  les  microbes  à  spores  {Sublilis,  Vibrion,  Perfrin- 
yens,  etc.)  n’ont  pas  été  détruits,  après  une  exposition  plus  ou 
moins  longue  aux  vapeurs  sulfuriques,  fait  qui  n’a  rien  d’anor¬ 
mal  quand  on  connaît  la  résistance  des  spores  que  les  désin¬ 
fections  ordinaires  ne  peuvent  détruire. 

Nous  avons  résumé  ici  sous  forme  de  tableaux  récapitulatifs 
les  résultats  des  expériences  faites  soit  à  Lyon,  à  l’Institut 
Pasteur,  soit  à  Paris,  au  Laboratoire  de  l’Armée. 

L’un  . des  tableaux  (A)  donne  les  résu Itats  obtenus  (en  br.ûlant 
uniformément  100  grammes  de  soufre  et  Ogrammes  de  poudre 
oxydante  par  mètre  cube)  sur  les  microbes  et  parasites.  Durée 
du  contact  :  9  heures  à  30  minutes. 

Le.2“  tableau.  (B)  résume  les  expériences  faites  -en  variant  la 
dose  de  soufre  (80  à  30  grammes  par  mètre  cube  avec  une 
quantité  proportionnée  de, poudre,  6  p.  lJOO)po.ur.une  durée  uni¬ 
forme  de  30  minutes. 

Les  résultats,  comme  on  le  voit,  sont  fort  nets  avec  30  gram¬ 
mes  de  soufre,  .les.cultur.es  sont  généralement  détruites,  le 
Staphylocoque  cependant  ne  l’est  pas,  il  est  seulement  retardé 
puisqu’il  se  développe  après  50  heures  d’étuve.  Cette  dose  est 
donc  insuffisante  et  en  pratique  on  doit  fixer  la  xiase  moymm  à 


D--  LOCHON 


50  grammes  de  soufre  par  mètre  cube  et  .3  grammes  de  poudre 
pour  avoir  une  désinfection  certaine. 


TABLEAU  A.  —  Résultats  des  Cultures  :  +  poiilif,  0  négalif. 


Durée  de  l'exposition 
duits  par  la  combustion 
fre,  6  grammes  de  poud 
désinfecté. 

aux  gaz  antiseptiques 
de  100  grammes  de 
re  oxydante  par  mètre 

cube 

B’' 

6'‘ 

3'' 

2" 

li'30 

45" 

30" 

TÊMOn 

1. 

Microbes  asporulés  ; 

B.  diphtérique  .  . 
B.  typhique  .  .  .  . 
Staphylocoque.  .  . 
B.  tuberculeux  .  . 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

-1- 

-f 

-f- 

-h 

11. 

Microbes  sporule's  : 

B.  sublilis . 

+ 

-f 

-f 

-f- 

-1- 

-t- 

-f 

-L 

4- 

lit. 

Parasites  : 

Vivants  (adultes).  . 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

0 

-f 

-H 

3“  Action  chimique  nulle  sur  les  objets  soumis  à  la  sulfuro- 
sulfuration.  —  Les  vapeurs  émises  n’ont  aucune  action 
décolorante  ou  destructive  pourvu  qu’on  agisse  en  milieu 

Les  couleurs  sont  intégralement  conservées,  contrairement  à 
ce  qui  se  passe  pour  les  objets  de  couleur  soumis  aux  vapeurs 
de  S0‘  seules. 

Par  suite  des  phénomènes  et  réactions  chimiques  ci  dessus 
décrits,  SO’  naissant  neutralise  toute  décoloration,  c’est  l’an¬ 
tidote  placé  à  côté  du  mal. 

De  même  sur  les  dorures  et  les  différents  métaux  expéri¬ 
mentés,  on  ne  trouve  aucune  action  oxydante  ou  destructive 
après  plusieurs  heures  de  contact. 

Les  étoffes,  vêtements  divers,  tissus  n’ont  présenté  aucune 
altération  après  une  exposition  de  4  à  o  heures. 


D''  LOCHON 


Tif) 

Enfin,  les  cuirs  et /’ourrMJ'es  quiisont  altérés  par  les  vapeurs 
de  formol  et  complètement  détériorés  par  la  vapeur  d’eau  des 
étuves,  sous  pression,  ne  subissent  aucun  dommage  quand  on 
les  soumetaux  vapeurs  anhydres  50’+ SO’. 

Toutefois,  par  excès  de  précaution,  on  conseillera  d’entourer 
les  objets  de  valeur  et  de  teintes  délicates  qui  pourraient  pré¬ 
senter  des  traces  d'humidité  avec  une  étoffe  très  serrée  de 
coton  ou  de  la  ouate  hydrophile  pour  absorber  toute  humi¬ 
dité. 


Précautions  a  prendre  et  conditions  d’application. 

L’appareil  présenté  étant  très  transportable,  peut  fonctionner 
aussi  bien  dans  un  local  quelconque  que  dans  une  chambre  à 
sulfuration  spécialement  aménagée.  Toutefois  celle-ci,  par.Tai- 
son  d’économie  doit  être  préférée  quand  les  opérations  sont  è 
répéter  fréquemment  (hôtels,  hôpitaux,  etc.). 

Ces  chambresà  sulfuration  sont  faciles  à  aménager,  il  suffit 
d’avoir  un  local  hermétiquement  clos  de  6  à  8  mètres  cubes, 
avec  une  cheminée  fermée  par  une  trappe  ou  une  fenêtre 
ouvrable  de  l’extérieur  et  pouvant  faire  de  la  contreraération 
avec  la  porte  d’entrée. 

Pour  opérer  dans  un  local  quelconque,  chambre  d’hôtel,  de 
malade,  salle  d’attente,  dortoirs,  letc.,  il  suffit  d’avoir  soin, 
comme  pour  toute  désinfection  de  calfeutrer  toutes  les  issues 
avec  du  papier  collé.  On  s’organisera  pour  pouvoir  faire  en  fin 
d’opération  une  ventilation  rapide  et  large. 

A  l’intérieur  de  la  pièce  on  étalera  au  maximum  les  objets  à 
désinfecter,  on  ouvrira  placards  et  tiroirs  de  façon  à  faciliter 
l’accès  des  gaz  dans  toutes  les  cavités. 

Très  maniable,  cet  appareil  paraît  appelé  à  rendre  de  très 
grands  services  dans  la  désinfection  et  désinsectisation  des 
wagons,  voitures,  salles  d’attente,  salles  de  malades,  asiles  de 
nuit,  nàvirets,  -hôtels,  hôpitaux,  etc.,  et  en  général  dans  tous 
les.locaux  qui  demandent  une  désinfection  pratique  et  rapide, 
une  désinsectisation:  sûre  et  efficace. 

Bès  son  apparition  il  a  été  adopté  par  un  certain  nombre  de 
formations  sanitaires., Iba  fonctionné  au  Service  des  rapatriés 
civils  à-Évian,  Annemasse,  Thonon  et  Lyon. 


APPAREIL  NOLVEAU  A  SULFURATION 


Il  a  servi  à  la  désinfection  et  Tépouillage  des  trains  civils 
ramenant  d’Allemagne  nos  malheureux  compatriotes. 

A  Lyon,  on  peut  le  voir  fonctionner  dans  plusieurs  hôpitaux 
et  en  gare  des  Brotteaux  où  il  sert  à  désinfecter  et  désinsec¬ 
tiser  le  wagon-hôpital  qui  amène  plusieurs  fois  par  semaine  les 
malades  rapatriés  par  la  Suisse. 

Là,  plus  que  partout  ailleurs,  on  a  pu  se  rendre  compte  de  la 
non-détérioration  des  coussins,  couleurs,  vernis,  cuivres, etc., 
car  ce  wagon  de  2®  classe  aménagé,  pour  un  service.spécial  a 
subi  sans  dommage  une  très  grande  quantité  de  !  séances 'de 
désinfection. 

Aussi  sommes-nous  persuadé  que  cet  appareil, peut  rendre 
d’utiles  services  ;  il  est  maniable,  facile  à  transporter  et.  d’un 
prix  relativement  minime. 

Au  point  de  vue  pratique,  il  en  existe  deux  modèles,  un 
pouvant  désinfecter  100  à  120  mètres  cubes  environ  et  un 
beaucoup  plus  petit,  spécialement  construit  pour  les  espaces 
réduits  (fiacres,  voitures  d’ambulances,  compartiments  de 
chemin  de  fer,  etc.). 

Ce  dernier  modèle  peut  rendre  au  corps  médical  tout  spé¬ 
cialement  des  services  personnels.  Il  permet  en  effet,  avec  une 
organisation  très  simple  et  à  la  portée  de  chacun,  une  désinfec¬ 
tion  at  home  très  rapide  et  précoce  des  vêtements  du  praticien 
qui/vient  de  voiruncontagieux,  et  peutainsi  retrouver  les  siens 
ou  voir  d’autres  malades,  sans  craindre  de  leur  rapporter 
microbes  pathogènes  ou  «  hôtes  indésirables  » 


748 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 
(Comptes  rendus  de  la  Commission  sanitaire  des  Pays  alliés.) 
(Suite  >.) 


M.  le  Colonel  Belli  (Italie).  —  En  ce  qui  concerne  le  choix  des 
denrées  alimentaires,. on  ne  peut  soumettre  les  divers  peuples  à  des 
règles  identiques.  Tout  s’y  oppose.  Il  n’est  pas  jusqu’au  chiffre  des 
calories  qui  ne  varie,  pour  un  aliment  donné,  d’une  région  à  une 
autre  région.  Il  en  résulte  que  3.000  calories  du  matelot  italien, 
par  exemple,  ne  correspondent  pas  en  fait  à  3.000  calories  du 
matelot  anglais  ou  américain. 

J’ai  dressé  deux  tableaux  du  calcul  des  calories  sur  une  base 
rationnelle;  je  vous  souinets  ces  tableaux  ; 

Albumine  et  calories  calculées  d’après  les  mêmes  facteurs. 

Ration  de  l'arrière. 


ARMÉE  OU  MARINE 

CALORIES 

Nores 

Armée  américaine'  . 
Armée  britannique 

216,7 

3.638,9 

(cadre  IV)  ...  . 

126,9 

3.326,6 

On  n'a  pas  compris  dans  ces 
chiffres  les  augmentations  éven¬ 
tuelles  qui  pourtant  ont  une  va¬ 
leur  alimentaire  considérable. 

Armée  belge  .... 

163,9 

3.213,6 

Armée  française  .  . 

Armée  italienne  ; 

140,3 

2.673,9 

On  n’a  pas  compris  l’alloca¬ 
tion  qu’on  donne  au  lieu  de  la 
portion  de  viande  et  de  pain  di¬ 
minuée. 

Ration  de  I9i7  .  . 

106,8 

2.564,8 

—  nouvelle.  . 

154,8 

2.803,0 

Armée  serbe  .... 

Marine  française  .  . 

133,3 

2.610,8 

Marine  italienne  .  . 

114,7 

2.604,0 

Ne  sont  pas  compris  les  lé¬ 
gumes  et  les  graisses  qu’on 
achète  à  l’aide  de  l’allocation  de 

0  fr.  10  par  jour  et  par  homme. 

1.  Voy.  p.  H70  et  697. 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIES 


749 


Albumine  et  calories  calculées  d'après  les  mêmes  facteurs. 
Ration  de  guerre. 


ARMÉE  OU  MARINE 

CALORIES 

NOTES 

Armée  américaine  . 

216,7 

3.658,9 

Ces  chiffres  correspondent  èi 
la  ration  de  garnison  on  de  l’ar¬ 
rière.  La  ration  de  guerre  est 
établie  par  le  coraman>iemént 
d'après  la  ration  de  garnison. 

Armée  britannique 

(cadre  V) . 

176,7 

.1.829.5 

Sans  les  suppléments. 

Armée  belge  .... 

3.781,9 

Armée  française  .  . 

158,1 

2.926,3 

Sans  les  allocations  en  ar- 
geut. 

Armée  italienne  : 

1917 . 

155,2 

2.917,0 

Sans  les  suppléments  aux 
tranchées. 

1918 . 

165,7 

3.303,0 

Armée  serbe  .... 

197,6 

3.939,7 

Marine  française  .  . 

La  ration  de  bord  ne  peut  pas 
être  calculée,  étant  distribuée 
presque  toute  en  argent. 

Sans  les  légumes  et  les 
graisses  achetés  avec  l’alloca¬ 
tion  de  0,25  par  jour  et  par 
homme. 

Marine  italienne  .  . 

117,7 

2.933,1 

M.  le  Docteur  Poituvin.  —  Le  point  de  départ  de  notre  apprécia¬ 
tion  doit  être  moins  le  calcul  des  calories  que  la  quantité  des  sub¬ 
stances  alimentaires  productrices  de  ces  calories.  Certaines  de  ces 
substances  donnent  un  nombre  de  calories  variable  :  ainsi  le  riz, 
le  blé,  etc.  11  faudrait  donc  un  tableau  de  calories  spécial  à  chaque 
pays. 

M.  DE  Cazotte.  —  Oui,  mais  il  faudrait  tenir  compte  du  fait  que 
le  blé  que  consomme  notre  Armée  vient  en  partie  d’Amérique. 

M.  le  Médecin  principal  Lafforgue  (France).  —  Ne  pourrait-on 
pas,  avant  tout,  évaluer  le  chiffre  de  calories  jugé  nécessaire  sui¬ 
vant  les  pays  et  suivant  le  climat,  les  travaux  à  exécuter,  etc. 

M.  le  Médecin  principal  de  t”  classe  Maistriaü  (Belgique).  —  Notre 
enquête  montrera  précisément  quel  est  ce  chiffre. 

M.  LE  Président.  —  Nous  en  sommes  encore  à  l’enquête  et  non 
aux  conclusions.  Or  que  nous  prouve,  avant  tout,  l’enquête  que 


150  ALIMENTATION  DES  TROUPES 

nous  poursuivons?  d'afeord  quiil  y  a  des  divergenues  sur  la  ration 
alimentaire.  11  s’agit  de  tirer  au  clair  la  raison  d’être  de  ces  diver¬ 
gences. 

'  La  première  idée  qui  vient  à  l’esprit,  et  que  semblent  corroborer 
lesa-ésiiliats  de  l’enquête,  c’est  que. ces  divergences  sont  plus  appa¬ 
rentes  que  réelles.  Les  rations,  différentes'  en  théorie,  se  rappro¬ 
cheraient  en  fait  si  l’on  tenait  compte  de  la  consommation  réelle 
d’abord  et  de  la  teneur  réelle  des  aliments  en  calories,  ensuite.  II. 
importe  de  faire  ressortir  ce  faU  primordial. 

M.  laOôlonei  BïTEMDGB  (Grande-Bretagne).  —  En  ce  qui  concerne 
l’Armée  britannique,  je  pense  qu’il  est  possible  de  réduire  la  ration, 
dans  une  certaine  limite,  à  l’arrièrei  Mais,  au  front;  4.000  calories 
me:  semblent  nécessaires.  Je  reconnais,  d'ailleurs,  comme:  m»S'  coK 
lègneâ,  que  le  calénr des  calories  est  compléxe,  que  les  tables  de 
calcul  varient  suivant  les  pays  et  que,  d’ailleurs,  ces  tables  sont 
incomplètes.  Voici  un  mémorandum  sur  là  ration  suffisante  dans 
lesfArmées  britanniques. de  terre  et  de  mer  : 

1?  En  ce  qui  concerne  les  Armées,  britanniques  de  terre  •  et  de 
mer,  nous  ne  croyons  pas  la  ration  excessive.  Nous  la  pensons  jus¬ 
tifiée  par  la  nécessité  de  maintenir  les  hommes  en  bonne  santé  dans 
les  condiiions  de  la  guerre. 

Il  ne  faut  pas  oublier  que  beaucoup  de  nos  marins  et  soldats  sont 
des  jeunes  gens  dont  la. croissance  est  incomplète;  que  beaucoup, 
avant. d’entrer  au-service,  avaient  souffert  soit  d’une  alimentation 
déflcitaire)  soit  d’occupations  sédentaires  déprimantes  ou  malsaines, 
soit  de  conditions  d’exislence-antihygiéniques. 

Dans  les  camps  d’entraînement,  eu  particulier,  où  les  hommes 
sont  soumis  à  des  travaux  intensifs,  la  nécessité  d’une  alimentation 
abondante,  conforme  aux  besoins,  capable  d'augmenter  la  valeur 
combative,  çst  d’une  importanceiconsidérable.  Aucun,  effort'nè  doit 
être  négli^ié.dans'ice  sens-. 

âtiiUne  ration: ile.'4'.DOO  calories; pour lesdroupos  du. front  ne  peut 
être  regardée  comme  excessive.  Même  si  les  soldats  augmentent  dë 
poids  pendant  leurs  périodes,  de.  repos,  ils  dépensent  l’excédent 
d’énergie  accumulé  quand  ils  retournent  aux  tranchées.  Nous 
jugeigDs.dbnc  qu'une  certaine  réserve  est  nécessaire,  en  vue  préci¬ 
sément  .de.  périodes  éventuelles  de  pénurie  temporaire  de  nourri¬ 
ture  dans  les  tranchées. 

Pour  lés  hommes  occupant  des  positions  plus  sédentaires,  siir  les. 
lignes  de  communication,  dans  les  camps  de  reims  et  l>‘s  dépôts,  il 
n’est  pas  niable  que  la  ration  excède  les  bésnins.  Chez  eux,  une 
restriction  rationnelle  de  nourriture  ne  saurait  en  rien  nuiie  à  leur 
santé  et  assurerait  l’économie  de  nos  ressouc'  es  nationales. 

Une  ration  de  valeur  énergétique  de  3.000  à  3.500  caloiies  satis- 
ferait^tèinementilèS:  besoins  des  hommes  places  dans  ces  .condi- 
tiopsi. 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAÏS  ALLIÉS  751 

Pour  la, Marine,  la, ration  réglementaire  actuelle  est ;de'2ilB4  <îalo- 
l’ies  par  homme  et  par  jour.  Mais  ce  chiffre  ne ,  concerae' pas  les 
graisses  et  autres  articles  que  les  hommes  se  procurent  aux  can- 
Unes  et  qui  portent  la  ration  à  une  moyenne  de  3 i 300 'calories .■ 

En  outre,  pendant  les  périodes  de  travail 'partioulièreaieBt.  dür, 
une  ration  supplémentaire  de  1.332  caloriés  est  distribuée.  La  ration 
journalière  totale  est  ainsi  portée,  dans  ces  cas,  à  41800  calories. 

3“  L’énergie  dépensée  par  l’homme  doit  lui  être,  de  toute  évi¬ 
dence,  fournie  par  la  nourriture;  satis  quoi  elle  estiprise^àux  dépen 
des  tissus  graisseux  d’abord,  puis  des  tissus  vitaux  eux'-mémes  et 
alors  la  valeur  de  l’homme  est  diminuée.  De  plus;  les  effèts  d'une 
alimentation  insuffisante  ne  diminuent  pas  seulement  là  force  et 
l’endurance,  mais  provoquent  le  mécontentement  <  et  rirritabilité, 
d’où  baisse  de  l’état  moral. 

Enfin,  chez  le  soldat  sous-alimenté,  le  pouvoir  de- résistance  aux 
maladies  de  tout  ordre  diminue  et,  en  cas  de  maladie,  la  conva¬ 
lescence  se  prolonge.  La  rareté  relative  des  maladies  parmi  les 
troupes  en  campagne,  si  remarquable  jusqu’ici,  au  cours  dè  la 
guerre  sur  terre  et  sur  mer,  peut  être  attribuée,  dâns  une  large 
mesure,  à  la  quantité  et  à  la  qualité  des  rations  fnurnies.  Il  est 
reconnu  que,  de  temps  à  autre,  en  raison  de  ceriainês  nécessités 
économiques,  des  réductions  de  nourriture  sont  inévitables;  mais 
il  importe  d’éviter  toute  diminution  brusque.  En  dehors  de  toute 
autre  considération,  cela  pourrait  donner  à  l’ennemi  l’occasion  de 
créer,  par  les  moyens  de  sa  propagande,  un  malaise  parmi  les 
troupes  alliées,  en  attribuant  ces  réductions  au  succès  de  leur  guerre 
sous-marine. 

4*  Nous  sommes  d’avis  qu’il  faudrait  faire  de.  plus  grands  efforts 
pour  améliorer  les  méthodes  de  préparation  et  de  cuisson  des  ali¬ 
ments  pour  les  hommes  en  campagne.  Sans  aucun  doute,  l’absènce 
d’un  personnel  entraîné  amène  un  gaspillage  considérable.  L’insti¬ 
tution  d’écoles  de  cuisiniers  dans  les  zones  d’armées  .nous  semble 
devoir  constituer  un  progrès  vraiment  nécessaire  au  pnmt  de  vue 
dé  la  suppression  de  ce  gaspillage. 

De  telles  écoles  ont  déjà  commencé  à  être  instituées  dans  notre 
Armée,  avec  d’excellents  ré.sultats. 

5?  Il  est  probable  qu’avec  la  continuation  de  la  guerre  et. la  réduc¬ 
tion  du  tonnage  disponible,  il  sera  nécessaire  de  modifier,  par 
l’introduction  d’équivalents,  les  substances  alimentaires  qui  forment 
la  ration  normale  dans  les  differents  pays  alliés.  En  ce  cas  il  sera 
nécessaire  d’établir  des  échanges  de  ces  substances  entre  fes  pays 
qui  produisent  plus  spécialement  les  unes  ou  les  aulie.-i..  Par 
exemple,  les  pays  plus  par  ticulièrement  pr  oducteurs  de  viande  et 
ceux,  plutôt  producteurs  de  céréales  pourraient  avec  avantage  tota¬ 
liser  leurs  ressources. 

Nous  pensons  que  cet  aspect  de  la  question  devrait^  être  étudié 
avec  soin  par  les  administrations  chargées  du  ravitaillement  dans 


152 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 


les  pays  intéressés,  d'accord  avec  les  autorités  de  la  Marine  mili¬ 
taire  et  marchande. 

M.  le  Médecin  principal  Laffobgub  (France).  —  Laissons  donc  le 
calcul  des  calories  et  ne  tenons  compte  que  des  aliments  en  eux- 
mêmes.  Le  problème  qui  se  pose  est  le  suivant  :  les  350  grammes 
de  viande  du  soldat  italien  suffirai eiit-ils  au  soldat  français? 

M.  LE  Prbsibewt.  — 11  est  un  fait  qui  domine  la  discussion  ;  Par¬ 
tout  il  y  aune  tendance  à  la  réduction  des  aliments.  Peut-être  les 
rations  seraient-elles  plus  rapprochées  si  elles  étaient  partout  éga¬ 
lement  consommées.  C'est  là  le  renseignement  capital  qui  permet¬ 
trait  de  conclure. 

M.  le  Médecin-Major  de  l''“  classe  Langlois.  —  Un  bon  moyen  de 
se  renseigner,  de  connaître  si  l’on  donne  trop  d’aliments,  serait 
d’intéresser  les  hommes  aux  économies. 

Si  l’on  remboursait  en  argent  aux  hommes  les  aliments  écono¬ 
misés,  les  déchets  par  non-utilisation  ou  gaspillage  disparaîtraient. 
Par  suite,  on  saurait  quelle  est,  au  juste,  la  ration  nécessaire  et 
sulfisante. 

M.  le  Médecin  principal  Lafforgue  (France).  —  Je  voudrais,  à  cette 
discu«sion,  une  conclusion  pratique,  que  nous  pourrions  soumettre 
au  Sous-Secrétaire  d’Etat  pour  le  Service  de  Santé. 

M.  LE  Président.  —  L’important,  en  effet,  est  de  dégager  cette 
conclusion,  en  la  basant  sur  les  faits  acquis  et  non  sur  des  concep¬ 
tions  théoriques  ou  de  laboratoire. 

M.  le  Médecin  principal  de  l'"  classe  Maistbiau  (Belgique).  — 
Aussi  cetie  conelusion  est-elle  difficile  à  dégager.  Les  be.soins  ali¬ 
mentaires  varient  avec  les  pays.  Il  y  a  un  atavisme  cellulaire  pour 
la  viande  comme  pnu'  le  vin.  C’est  pourquoi  on  ne  peut  unifier  la 
ration  de  viande  dans  les  divers  pays. 

M.  le  Docteur  Poitevin.  —  Si  les  données  recueillies  ne  suffisent 
pas,  nous  ne  devons  p.is  craindre  d’en  chercher  de  nouvelles  et,  au 
besoin,  de  faire  des  essais,  de  provoquer  des  expériences.  L’expé¬ 
rience  la  plus  simple  et  la  plu-  séduisante  consisterait  à  diie  aux 
hommes  :  «  Ce  que  vous  ne  consommerez  pas,  ce  que  vous  ne  gas¬ 
pillerez  pas  ou  ne  jetterez  pas,  on  vous  le  remboursera  en  argent. 
Le  pays  ne  songe  pas  à  économiser  sur  votre  nourriture.  11  voudiait 
seulement  augmenter  votre  péciile  êu  évitant  des  déchets  qui  ne 
servent  à  rien.  A  vous  de  voir  si  vous  voulez,  par  une  attention 
élémentaire,  augmenter  votre  argent  de  poche.  » 

Si  cet  essai  réu-isit,  les  données  qut  en  ré.sulteront  seront  infini¬ 
ment  préciéuses.  Nous  aurons  ainsi  profité  du  formidable  champ 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS  733 

d’expériences  de  la  guerre  pour  contribuer  aux  progrès  de  la  bio¬ 
logie. 


M.  LE  Président.  —  Cette  suggestion  est  évidemment  pratique  et 
nous  pourrions  l’adopter. 

M.  le  Médecin-Major  de  classe  Langlois.  —  J’avais  rédigé  un 
projet  de  vœu  qui  concorde  précisément  avec  ces  vues. 

M.  LE  Président.  —  Je  vous  le  demande  pour  le  procès-verbal. 

M.  le  Médecin-Major  de  1"  classe  Langlois.  —  Vœu.  —  Après 
enquête  faite  dans  les  diverses  Armées  alliées  et  observations 
échangées  au  sujet  de  l’alimentation  des  troupes,,  la  Commission 
sanitaire  interalliée,  sans  vouloir  entrer  aujourd’hui  dans  la  discus¬ 
sion  théorique  du  nombre  variable  de  calories  nécessaires  aux 
divers  organismes  pour  assurer  intégralement  la  réparation  des 
pertes  suivant  les  diverses  conditions  d’origine,  d’existence,  de 
travail  ou  d’habitude,  estime  cependant  que  bien  souvent  les  rations 
réglementairement  allouées  dépassent  sensiblement  les  besoins.  11 
en  résulte  des  dépenses  exagérées  non  seulement  en  argent,  mais 
surtout  en  denrées. 

Considérant  qu’il  importe,  en  même  temps,  de  maintenir  les  sol¬ 
dats  dans  un  état  physique  parfait  et  de  réduire  cependant  au 
minimum  la  consommation  des  denrées  alimentaires,  afin  de  sau¬ 
vegarder  autant  que  possible  les  stocks  d’approvisionnements,  élé¬ 
ment  essentiel  de  la  résisiance  des  nations,  la  Commission  croit  de 
son  devoir  de  porter  a  la  connaissance  des  Gouvernements  alliés 
les  vœux  suivants  : 

1“  Intéresser  les  consommateurs  aux  économies  réalisées  par 
l'ordinaire  afin  d’éviter  le  gâchis  d’aliments  non  consommés; 

2“  Créer  des  écoles  de  cuisiniers  afin  que  ceux-ci,  instruits  et 
expérimentés,  sachent  utiliser  et  préparer  au  mieux  les  denrées 
qui  leur  sont  confiées  et  évitent  ainsi  que  les  aliments  mal  pré¬ 
sentés,  mal  assaisonnés  ou  mal  cuits  soient  jetés  par  le  consom¬ 
mateur; 

3®  Organiser  des  cours  ou  des  ofQciers  chargés  de  la  surveillance 
et  de,  l’organisation  des  ordinaires  recevraient  toutes  les  insiruc- 
tions  po^r  la  bonne  exécution  de  leur  service; 

4°  Doter  les  unités  en  campagne,  de  même  que  les  casernes  ou 
établissements  militaires  du  matériel  nécessaire  non  seulement  à 
la  bonne  cuisson  et  à  la  bonne  préparation,  mais  encore  à  la  con¬ 
servation  parfaite  et  à  la  présentation  appétissante  des  aliments 
préparés; 

5“  Ne  pas  distribuer  une  ration  fixe  des  aliments  dits  de  «  con¬ 
fort  »  (boissons  fermentées,  ration  d’alcool,  tabac,  etc.),  mais  don¬ 
ner  des  bons  periuetlant  à  l’homme  de  toucher  soit  tout  ou  partie 
de  là  denrée  en  cause,  soit  la  valeur  représentative  en  argent; 


REV.  d’hvg. 


XL  —  48 


754  ‘  ALIMENTATION  DES  TROUPES 

Récupérer  au  maximum  les  matières,  extractives  des  déchets, 
résidus,  immondices,  etc.,  par  l’élevage  de  porcs,  lapins,  vo¬ 
lailles,  etc.,  par  la  culture  de  Jardins  potagers,  par  l’extraction  des 
produits  azotés  de  Turine,  etc.,  etc. 

M.  le  Colonel  Beveridge  (Grande-Bretagne).  —  Ne  devons-nous 
pas  craindre  que  le  soldat  me  fasse  un  mauvais  usage  de  l’argent 
distribué  :  par  exemple,  pour  acheter  de  l’alcool  en  économisant 
sur  la  nourriture  ? 

M.  le  Médecin-Major  de  !'■'=  classe  Langlois.' —  Il  suffira,  pour 
éviter  ce  mauvais  usage,  de  ne  pas  distribuer  immédiatement  l’ar- 
gènt  ■•ëconora'isé;  de  le  réserver,  par  exemple,  pour  le  temps  des 
pérmissions. 

"M/le  Colonel  Beveridge  (Grande-Bretagne).  —  Je  'erai  mon  pos- 
sible.pour  expérimenter  dans  quelques  unités. 

M.  le  Docteur  POttevin.  —  La  question  peut  avoir  une  ftrosse 
importance  pratique;  le.s  'Pays  alliés  ne  seront  jamais  gênés  par  la 
question  d’argent,  tandis  qu’ils  pourraient  l’être,  éventuelleménl, 
par  Celle  des  denrée'*  alimen'aires.  Ï1  est  donc  d’un  intérêt  général 
■d’économiser  celles-ci  aux  dépens  de  celui-là. 

M.’tis  Président.  —  Tous  d’accord  avec  M.  Pottevin,  nous  le  char¬ 
geons  de  Cofidenser  Cette  discussion  sous  la  forme  d’un  vœu. 


Troisième  séance.  —  15  mars  4948. 

M.  le  Médecin-Major  de  classe  Langlois  soumet  à  la  Commis¬ 
sion  :  , 

i» ’Üiiemote  sur  Pélabliss*  ment  d’écoles  de  cuisiniers. 

«  Des  écoles  de  cuisiniers  militaires  ont  été  oryanisées  aux 
!<  Armées,  une  par  division. 

«  Les  cuisiniers  des  unités  y  font  un  stage  autour  de  rôle. 

«  L’institution'  paraît  avoir  donné  jusqu’ici  des  résuliats  satis¬ 
faisants. 

2“''Üne  note  sur  une  expérience  de  réduction  alimentaire  lenté® 
l'an  dernier  dans  l’Armée  française. 

«  DAns  le  but  d’era'pêch  ■  tout  gaspillage  de  denrées  et  de  réa¬ 
liser  des  économies  sur  les  quantités  distribuées,  tout  en  assurant 
au  soildat  en- campagne  I  almientaiion  nécessaire,  les  distributions 
gralUifes  de  Vivres  sur  le  pied  d’une  ration 'fixe  avaient  été,  à  partir 
dii-'-if^  avril. remplacées  par  fine  indèmnité  eu  deniers  repré- 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS 


sentant  la  valeur  de  la  raiion.  Au  moyen  de  cette  indemnité,  les 
unités  achetaient  les  'guantités  de  denrées  strictement  nécessaires 
à  l’alimentation  des  hommes.  Ceux-ci  participaient  à  la  répartition 
des  économies  d’argent  réalisées  par  l’ordinaire. 

«  Ce  système  a  permis  pendant  sa  période  d’application  (t"  avril- 
30  juin  tOlT)  d’atteindre,  à  des  résultats  fort  appréciables.  Pour  l’en¬ 
semble  des  troupes  en  campagne,  les  économies  ont  atteint  plus 
de  10  p.  100  de  la  consommation  antérieure  pour  le  pain,  environ 
10  p.  100  pour  la  viande,  20  p.  100  pour  le  lard,  6  p.  100  puur  le 
café,  10  p.  100  pour  le  sel,  2,5  p.  100  pour  le  sucre. 

«  Pour  des  raisons  d’ordres  différents  visant  surtout  la  disci¬ 
pline,  le  général  commandant  en  chef.a  suspendu  l’application  des 
dispositions  dont  il  s’agit  à  partir  du  1"  juillet  1917. 

«  Le  système  a  été  appliqué  à  l’Armée  d’Urient  jusqu’au  !''■  jan¬ 
vier  1918.  » 

H.  le  Médecin-Major  de  classe  Langlois.  —  L’expérience  re¬ 
latée  dans  la  note  que  je  viens  de  vous  lire  ne  répond  pas  à  l'idée 
que  se  faitla  Commission  d’une  expérience  de  réduction  volontaire. 
C’était  une  réduction  imposée. 

M.  le  Docteur  Pqttevin.  —  De  plus,  cette  réduction  ne  pouvait 
qu’être  mal  accepiég,  car  le  bénéfice  réalisé  était  réparti  entre 
l’État  et  les  hommes;  encore  les  hommes  ne  devaient  touOher  ce 
qui  leur  revenait  qu’après  la  guerre. 

Nous  demandons,  au  cont' aire,  que  la  portion  de  la  ration  réduite 
soit  compensée  par  des  bons  transformables,  à  la  volonté  des  hom¬ 
mes.  en  aliments  ou  en  argent. 

.M.  le  Médecin  principal  de  1'’°  classe  Maisibiau  (Belgique).  —  N’y 
a-t-il  pas  lieu  de  craindre  le  trafic  des  bons?  Ne  faudrait-il  pas 
créer  di-s  bons  nominatifs  ? 

M. 'le  Médecin-Major  de  fv  classe  Langlois.  —  Les  bons  nomi¬ 
natifs  compliqueraient  trop  les  écritures. 

M.  le  Docteur  Poitevin.  —  11  semble  que  le  danger  d’accapare¬ 
ment  ou  de  trafic  des  bons  soit  facile  à  éviter  par  une  surveillance 
élémentaire  et  des  sanctions  aporopriées. 

Au  point  de  vue  de  la  conception  que  nous  nous  faisons  des  essais 
à  tenter,  noos  trouvons,  dans  la  note  aiudaise  que  nous  a  soumise 
M.  le  colonel  Bevbridge,  les  indications  précieuses. 

Tout  d’abord  cette  note  fait  observer,  avec  juste  raison,  qu’il  ne 
serait  ni  prodent,  ni  politique  de  diminuer  l’alimentation  des  trou¬ 
pes  de  p.iem  ère  ligne. 

Par  coniroj  nos  collègues  britanniques  ont  remarqué, ,pogi me 
nous,  et  leur  confirmation  de  notre  point  de  vue..esL.amsi^,gi.ét;ipe 


756 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 


qu’opportune,  que,  dans  des  camps,  lignes  de  communication  et 
dépôts,  la  ration  intégrale  est  supérieure  aux  besoins. 

Une  économie  sérieuse  serait  donc  réalisable,  sans  nuire  le  moins 
du  monde  à  la  santé  ni  au  moral  des  armées.  Il  ne  s’agit  pas  d’une 
économie  d’argent  ;  car  les  Alliés  ne  seront  jamais  arrêtés  par  la 
question  d’argent;  mais  d’une  économie  des  denrées  alimentaires  et 
des  réserves  nationales,  économie  qui  nous  semble  capitale. 

Une  autre  considération  importante  de  la  note  anglaise  est  rela¬ 
tive  aux  substitutions  et  aux  échanges  alimentaires  entre  Alliés. 

11  est  capital,  en  effet,  que  les  Alliés  mettent  en  commun  leurs 
ressources  et  échangent  rationnellement  leurs  produits  respectifs. 
Il  importe  qile  les  services  intéressés  et  les  autorités  navales  étu¬ 
dient  sans  retard  les  moyens  pratiques  d’assurer  ces  échanges. 

Nous  sommes  également  d’apcord,  enfin,  sur  la  question  des  cui¬ 
siniers,  qui  doivent  être  instruits  dans  des  écoles  pratiques  et  stabi¬ 
lisés  dans  leurs  fonctions.  En  somme,  nous  arrivons  à  une  parfaite 
unanimité  de  vues.  Tous  nous  croyons  que  des  économies  sont 
nécessaires  et  sont  possibles.  Mais  ne  pouvant  savoir  quel  est  au 
juste  le  quantum  d’économies  réalisables,  nous  deniandons  que  de.s 
expériences  soient  faites  pour  arriver  à  connaître  ce  quantum. 

M.  le  Médecin  aide-major  Gelev.  —  Voici  un  avant-projet  de  vœu 
que  j’avais  préparé  : 

<<  La  Commission  sanitaire  des  pays  alliés,  considérant  : 

«  Que,  de  ses  enquêtes  minutieuses  faites  dans  les  diverses  Armées 
alliées  et  des  discussions  et  échanges  de  vues  consécutifs  à  ces  en- 
quêti-s,  découlent  les  conclusions  suivantes  : 

«  1»  Les  rations  réglementaires  allouées  semblent  dépasser  souvent  les 
besoins  ; 

«  2“  Les  rations,  assez  différentes  quantitativement,  en  théorie,  d'tm 
pays  à' un  autre  pays,  sont,  en  fait,  plus  rapprochées  si  l'on  tient 
compte  non  de  la  ration  distribuée,  mais  de  la  ration  réellement  con¬ 
sommée  ; 

<(  Considérant,  d’autre  part  : 

«  Que  l’économie  des  denrées  alimentaires  est  devenue  l’un  des 
facteurs  de  la  victoire;  l’établissement  d’une  alimentation  vraiment 
rationnelle  répondant  non  seulement  à  un  besoin  hygiénique  mais 
à  une  nécessité  militaire  ; 

«  Considérant  enfin  qu’il  importe,  au  point  de  vue  scientifique, 
de  profiter  de  l’immense  champ  d’observation  de  la  guerre  pour 
contrôler  les  données  théoriques  si  divergentes  sur  la  physiologie 
de  l’alimentation,  émet  les  vœux  suivants  ; 

U  1“  Que  l'enquête  sur  l'alimentation  des  troupes  soit  poursuivie  et 
étendue  le  pins  possible  ; 

«  20  Que  tous  efforts  soient  faits,  dans  les  Armées  alliées,  pour 
védüire  au  minimum  les  déchets  alimentaires. 


.COMMISSION  SANITAIIŒ  DES  PAYS  ALLIÉS 


«  Pour  cela,  des  écoles  pratiques  de  cuisiniers  devraient  être  éta¬ 
blies  partout;  les  cuisiniers  instruits  devraient  être  stabilisés  dans 
leur  fonction  ;  les  aliments  devraient  être  non  seulement  bien  pré¬ 
parés,  mais  bien  présentés  et  servis  chauds  même  dans  les  tran¬ 
chées  de  première  ligne,  ce  que  rend  possible  l’usage  des  récipients 
calorifuges  déjà  généralisé  dans  certaines  Armées  alliées  ; 

«  3°  Qu'une  expérimentation  de  réduction  volontaire  soit  tentée  dans 
un  certain  nombre  d’unités  sélectionnées. 

«  D'après  les  vues  de  la  Commission,  l’expérience  pourrait  con¬ 
sister  à  réduire  dans  une  certaine  mesure  les  rations  et  à  distribuer 
aux  hommes  des  bons  qui  donneraient  droit,  à  leur  volonté,  soit  à 
un  supplément  des  rations  réduites,  soit  au  remboursement  en  ar¬ 
gent  de  la  valeur  représentative  des  aliments  non  consommés. 

«  Sans  entrer  dans  une  étude  détaillée  des  conditions  de  l’expé¬ 
rience,  la  Commission  pense  qu’elle  devrait  avoir  lieu,  non  sur  le 
front,  où  elle  serait  impraticable  et  impolitique,  ni  dans  les  dépôts 
où  les  résultats  pourraient  être  viciés  paæ  trop  de  causes  d’erreur  ; 
mais  à  l’arrière  du  front. 

«  Elle  pense  enfin  que,  tant  pour  éviter  un  mauvais  usage  de 
l’argent  à  distribuer  que  pour  éviter  des  erreurs  d’appréciation  sur 
l’expérience  en  cours,  les  bons  économisés  devraient  être  payés 
non  immédiatement,  mais  à  des  occasions  déterminéès,  par  exem¬ 
ple  au  départ  des  hommes  en  permission. 

«  Les  médecins  des  unités  en  expérience  devraient  être  invités  à 
suivre  de  près  ces  expériences,  tant  pour  éviter  des  abus  d’ailleurs 
improbables  que  pour  faire  part  de  leurs  observations  sur  la  santé 
des  hommes,  sur  leur  poids  et  généralement  sur  toutes  les  données 
qU’ils  seraient  à  même  de  recueillir.  » 

M.  le  Docteur  Pottevin.  —  Je  crois  qu’il  est  préférable  de  pré¬ 
senter  séparément  les  considérants  et  le  vœu  lui-même. 

M.  le  Président.  —  C’est  ce  qui  sera  fait  à  la  prochaine  réunion 
de  la  Commission.  M.  le  D’’  Geley  présentera  un  résumé  des  tra¬ 
vaux  de  la  Sous-Commission  et  les  considérations  auxquelles  elle  a 
abouti  et  M.  le  Poitevin  présentera  les  vœux  concrets. 


Troisième  session  plénière. 

Extrait  du  procès-verbal  de  la  séance  du  20  mars  1918. 

M.  le  Président.  —  La  Sous-Commission  pour  l’étude  de  la  ques¬ 
tion  de  l’alimentation  a  terminé  ses  travaux.  Je  pi’ie  M.  le  D"'  Geley 
de  nous  en  exposer  un  résumé.  , 

M.  le  Médecin  aide-major  Geley.  —  La  Sous-Commission  pour 
l’alimentation  a  procédé  à  des  échanges  de  vue  très  complets, 
théoriques  et  pratiques,  basés  sur  les  études  antérieures,  sur  les 


158  ALIMENTATION  DES  TROUPES 

enquêtes  de  la  Commission,  sur  les  réponses  au  questionnaire  de 
M.  le  médecin-major  Langlois  ;  enfin  sur  l'expérience  immédiate 
dés  délégués.  ' 

La  Sous-Commission  a  abouti  à  un  accord  complet,  absolu,  sur 
un  certain  nombre  de  points. 

1“  Tout  d’abord,  elle  estime  que  la  question  alimentaire  pi^sente 
un  intérêt  primordial  et  doit  rester  au  premier  rang  des  préoccu¬ 
pations  de  la  Commission  comme  des  préoccupations  des  Gouver¬ 
nements  alliés.  En  effet,  l’économie  des  denrées  alimentaires  est 
devenue  l’un  des  facteurs  de  la  victoire  et  l’établissement  d’une 
ration  vraiment  rationnelle  répond  non  seulement  à  un  besoin 
hygiénique,  mais  à  une  nécessité  militaire.  De  plus,  au  point  de 
vue  exclusivement  scientifique,  il  y  a  lieu  de  profiter  de  l’immense 
champ  d’observation  de  la  guerre  pour  contrôler  ics  données  théo¬ 
riques,  si  divergentes,  sur  la  physiologie  de  l’alimentation. 

2*  En  second  lien,  la  Sous-Commission  estime  qu’il  importe  de 
sei  préoccuper  activement  de  l’échange  des  produit^  alimentaires 
entre  pays  alliés  et  d’établir  cet  échange  respectif  sur  des  principes 
rationnels. 

3»  Après  étude  approfondie  des  rations  alimentaires  des  Armées, 
la'Sous-Commission  est  arrivée  à  cette  conclusion  bien  établie  que, 
presque  partout,  sinon  dans  les  tranchées  de  première  ligne,  du 
moins  à  l’arrière  du  front  et  dans  lés  dépôts,  ces  rations  semblent 
dépasser  les  besoins. 

La  préoccupation  des  services  compétents  paraît  être  de  donner 
trop,  de  peur  de  ne  pas  donner  assez.  Il  y  a  des  déchets,  dus  soit 
au  gaspillage,  soit  à  une  mauvaise  utilisation  des  produits  distri¬ 
bués  aux  cuisiniers,  soit  aux  résidus  abandonnés  par  les  hommes 
par  suite  d’une  préparation  ou  d’une  présentation  défectueuses  des 
aliments. 

Il  résulte  de  ce  fait  que  les  rations,  assez  différentes  en  théorie, 
au  point  de  vue  quantitatif,  d’un  pays  à  un  autre  pays,  sont,  en  fait, 
plus  rapprochées,  si  l’on  tient  compte  non  pas  de  la  ration  distri¬ 
buée  mais  de  la  ration  réellement  consommée. 

Il  importe’  donc,  et  la  Sous-Commission  pense  que  ce  point  est 
capital,  que  tous  efforts  soient  fait^,  dans  les  Armées  alliées,  pour 
réduire  au  minimum  les  déchets  alimentaires.  Pour  cela,  les  moyens 
suivants  semblent  les  meilleurs  :  généraliser  partout  les  écoles 
pratiques  de  cuisiniers,  déjà  réglementaires  dans  quelques  Armées; 
stabiliser  dans  leurs  fonctions  les  cuisiniers  instruits;  enfin  assurer 
une  présentation  aussi  parfaite  que  possible  des  aliments.  Les  ali¬ 
ments  devraient  être  servis  chauds,  jusque  dans  les  tranchées  de 
première  ligiie  et  la  solution  de  ce  problème  est  p  issible  par  l’em¬ 
ploi  systématique  de  récipients  calorifuges  portatifs. 

4“  La.  Sous-Commission,  tout  en  déclarant  que  l’excédent  de  la 
ration  sur  les  besoins  réels  est  certain,  estime  que  nous  n’avons  pas 
les  éléments  d’appréciation  suffisants  pour  établir  ce  qu’est  au  juste 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS  759 

cet  excédent.  Les  enquêtes  n’ont  pas  donné,  à  ce  point  de  vue,  le 
résultat  espéré. 

La  Sous-Comraission  pense  que  le  meilleur  moyen  de  connaître 
cet  excédent  serait  de  le  rechercher  par  une  expérimentation.  Il 
s’agirait  d’une  expérience  de  réduction  volontaire,  tentée  dans  un 
certain  nombre  d’unités  sélectionnées  : 

Dans  ces  unités,  la  ration,  bien  préparée  et  bien  présentée,  de 
façon  à  être  entièrement  consommée,  serait  rationnellement  ré¬ 
duite.  Mais  on  distribuerait  aux  hommes  des  bons  qui  donneraient 
droit,  à  leur  volonté,  soit  à  un  supplément  de  l’aliment  réduit, 
qu’ils  pourraient  ainsi  se  procurer  gratuitement  aux  coopératives; 
soit  à  un  remboursement  en  argent  de  la  valeur  représentative  de 
l’aliment  économisé.  De  cette  manière,  les  hommes  auraient  l’im¬ 
pression  qu’on  ne  cherche  pas  à  faire  des  économies  à  leur 
détriment  et  il  est  à  penser  qu’ils  collaboreraient  volontiers  à  l’ex¬ 
périence. 

En  ce  qui  concerne  le  cadre  de  l’expérience,  la  SousTÇpmnii^sion 
élimine  naturellement  le  front  de  première  ligne,  où  elle  serait 
impolilique  et  d’ailleurs  impraticable.  Elle  pense,  d’autre  part;  que 
dans  les  dépôts  il  y  aurait  des  causes  d’erreur  difficiles  à  éviter. 
C’est  donc  à  l’arrière  du  front  que  l’expérience  devrait  être  tentée. 

La  Sous-Commission  a  discuté  également  les  moyens  d’éviter  un 
mauvais  usage  de  l’argent  distribué.  Le  moyen  qui  lui,  a  paru  le 
meilleur  serait  de  payer  les  bons  non  pas  immédiatement,  mais  à 
des  occasions  déterminées  ;  par  exemple,  au  départ  des  hontmes 
en  permission. 

Une  surveillance  élémentaire  suffirait,  d’autre  part,  pour  empê¬ 
cher  le  trafic  des  bons  remboursables.  Enfin,  les  expériences 
devraient  être  suivies  de  près  par  les  autorités  compétentes  et  le 
Service  de  Santé,  tant  pour  éviter  des  abus,  d’ailleurs  improbables, 
que  pour  pallier  les  causes  d’erreur. 

M.  le  Docteur  Pottevin.  —  Voici  comment  j’ai  rédigé  le. vœu  qui 
paraît  se  dégager  des  délibérations  de  la  Sous-Commission  : 

«  I.  —  D’après  les  observations  faites  dans  les  diverses  Armées 
Alliées,  il  y  a  lieu  d’insister  à  nouveau  sur  l’intérêt  que  présentent, 
au  point  de  vue  de  la  bonne  utilisation  des  denrées  et  de  la  préven¬ 
tion  du  gaspillage,  dans  les  Unités.militaires  : 

«  a)  Les  soins  donnés  à  la  préparation  et  à  la  présentation  des 
aliments  ; 

«  b)  L’instruction  professionnelle  et  la  stabilisation  des  cuisiniers. 

«  IL  —  Considérant  qu’il  est  possible-de  réaliser  des  rations  équi¬ 
valentes  sous  des  formes  très  variées,  la  Commission  est  d’avis 
qu'il  y  a  lieu  de  recommander  aux  Autorités  compétentes  des 
Nations  alliées,  en  vue  d’utiliser  au  mieux  le  stock  çommun,  d’or¬ 
ganiser  un  système  d’échanges  de  leurs  productions;  respectives. 

«  111.  —  Laissant  de  côté  les  troupes  directement  engagées  dans 


760 


ALIMENTATION  DES  TROUPES 


les  opérations  de  guerre  et  visant  seulement  les  troupes  de  l’arrière 
et  la  population  civile,  la  Commission  estime  qu’il  est  possible  de 
faire,  sans  compromeltre  en  rien  ni  la  santé  ni  le  bien-être  des 
consommateurs,  des  économies  sérieuses  sur  les  quantités  de 
matières  alimentaires  actuellement  consommées. 

«  La  Commission  n’est  pas  en  état  d’évaluer  le  taux  de  ces  éco¬ 
nomies.  Elle  est  d’avis  que  cette  question  doit  être  signalée  à  l’at¬ 
tention  des  Gouvernements  alliés,  en  indiquant  qu’il  y,  aurait  lieu 
de  chercher  à  la  résoudre  par  l’expérimentation. 

U  A  titre  d’exemple,  on  pourrait,  dans  certaines  Unités  choisies 
comme  se  prêtant  bien  à  l’observation,  remplacer  une  partie  des 
denrées  attribuées  à  l’ordinaire  comme  ration  normale,  par  des 
bons  individuels  qui  permettraient  aux  hommes,  soit  de  se  procu¬ 
rer  journellement  aux  coopératives  des  aliments  de  leur  choix, 
soit  d’obtenir,  à  certaines  époques  déterminées,  le  remboursement 
en  argent.  » 

M.  le  Colonel  Beveridge  (Grande-Bretagne).  —  Au  deuxième  para¬ 
graphe  on  pourrait  modifier  la  rédaction  ainsi  qu’il  suit  ;  «  ...  en 
vue  d'arriver  'à  une  meilleure  utilisation  du  stock  commun,  d'étudier 
les  moyens  les  plus  efficaces  pour  organiser  un  système...  » 

M.  le  Professeur  Robin  (France).  —  Je  voudrais  ajouter  moi-même 
quelques  observations  sur  les  inconvénients  de  l’alimentation  ani¬ 
male  surabondante. 

Si  l’homme  sain  absorbait  simplement  la  quantité  de  matières 
alimentaires  animales  correspondant  aux  besoins  de  son  orga¬ 
nisme,  il  y  aurait  équilibre  parfait  dans  les  réactions  chimiques 
qui  entretiennent  la  vie.  Malheureusement  il  est  loin  d’en  être 
ainsi  et  voici  bien  des  années  que  je  suis  particulièrement  frappé 
par  les  dangers  d’une  alimentation  trop  abondante,  surtout  quand 
celle-ci  porte  principalement  sur  les  aliments  animaux.  Ces  dan¬ 
gers  ne  menacent  pas  seulement  les  classes  aisées,  mais  aussi  les 
classes  ouvrières,  ainsi  que  j’ai  pu  m’en  assurer  dans  mon  service 
hospitalier,  où  les  affections  que  l’on  peut  attribuer,  au  moins  en 
partie,  à  une  alimentation  animale  trop  réduite  sont  insignifiantes, 
vis-à-vis  de  celles  où  intervient  comme  facteur  un  excès  de  nourri¬ 
ture  animale. 

Celle-ci  surmène  l’estomac  et  l’intestin,  suractive  les  fonctions 
hépatiques  et  la  circulation  et  fatigue  le  rein  par  l’excès  du  travail 
éliminateur  qu’elle  lui  impute.  Elle  est  génératrice  de  toxines  dont 
l’action  néfaste  s’exerce  sur  les  voies  d’élimination  et  sur  l’orga¬ 
nisme  tout  entier.  Elle  est  l’une  des  causes  les  plus  actives  de  la 
déminéralisation  organique  qui  figure  parmi  les  éléments  du  ter¬ 
rain  sur  lequel  le  bacille  de  la  tuberculose  peut  se  développer  sans 
entrave. 

Un  exemple  :  le  poumon  normal  contient  12  grammes  de  matières 
minérale  par  kilogrammes  de  poids,  alors  que  le  poumon  tuber- 


COMMISSION  SANITAIRE  DES  PAYS  ALLIÉS 


culisé  n’en  i-enferme  que  7  gr.  90,  et  le  pnumon  indique  lui-même 
l'importance  défensive  de  la  minéralisation,  puisque  dans  le  pou¬ 
mon  encore  sain  d'un  phtisique  il  y  a  surminéralisation  avec  16  gr.  27 
par  kilogramme  de  poids.  ‘  ■ 

En  voici  le  mécanisme  suivant  lequel  l’alimentation  animale 
exh^érée  peut  provoquer  la  déminéralisation. 

Une  ration  alimentaire  comprenant  HO  grammes  d’albumine 
contient  4  grammes  de  soufre  qui,  s’oxydant  pour  les  4/5  dans  l’or¬ 
ganisme,  donne  2  grammes  d’anhydride  sulfurique.  Le  phosphore 
organique  de  HO  grammes  d’albumine  donne  O  gr.  30  d’acide  phos- 
phorique.  Les  acides  ainsi  formés  demandent  pour  être  saturés 
2  gr.  03  de  hase,  exprimés  en  potasse.  Cette  quantité  est  de  beau¬ 
coup  supérieure  aux  bases  de  la  viande,  de  sorte  que  les  acides 
devront  capter,  pour  se  saturer  et  s’éliminer,  des  bases  empruntées 
à  l’organisme  lui-même.  D’où  la  déminéralisation. 

Mais  celle-ci  n’est  pas  le  seul  méfait  de  l’alimentation  animale 
surabondante.  C’est  elle  qui  est  responsable  de  la  plupart  des  étals 
dyspeptiques,  du  moins  comme  cause  occasionnelle;  qui  transforme 
les  dyspepsies  nerveuses  en  dyspepsies  chroniques,  et  c’est  sous  son 
influence  que  tant  d’entérites  se  développent. 

Elle  engendre  l’insuffisance  hépatique  avec  augmentation  du 
volume  du  foie,  qui  suit  le  surmenage  de  l’organe.  Elle  est  la  cause 
effective  de  bien  des  hémoptysies  chez  les  tuberculeux  pulmonaires. 
Elle  provoque  des  spasmes  vasculaires  périphériques  générateurs 
d’hypertension  artérielle  et  d’artériosclérose.  Enfin,  elle  est  à 
l’origine  des  néphrites,  puisque  la  fatigue  du  rein  met  cet  organe 
en  un  état  d’opportunité  morbide  dont  profiteront  les  infections. 

Pour  éviter  tous  ces  accidents,  il  importe  que  la  ration  alimen¬ 
taire  ne  dépasse  pas  de  0  gr.  80  à  1  gramme  d’albumine  animale 
par  kilogramme  de  poids  et  par  24  heures  la  ration  d’albumine  sup¬ 
plémentaire  devant  être  demandée  aux  albumines  végétales.  U 
résulte  du  travail  de  M.  Inaba  Ryotaro  que  nos  confrères  japonais 
sont  déjà  entrés  dans  cette  voie,  et  la  communication  de  S.  E.  le 
Général  Rho,  aux  conclusions  de  qui  je  me  rallie  entièrement, 
montre  que  nos  confrères  italiens  ont  envisagé  le  problème  de  l’ali¬ 
mentation  des  troupes  avec  le  même  esprit.  ' 

M.  le  Professeur  Chanteuesse  (France).  —  J’apporte  à  la  Com¬ 
mission  un  échantillon  de  pain.  Vous  savez  qu’on  a  déjà  essayé 
de  faire  du  pain  avec  de  la  pulpe  de  pomme  de  terre  cuite  : 
200  grammes  pour  800  grammes  de  farine;  ce  pain  était  de  consi¬ 
stance,  d’aspect  et  de  goût  assez  peu  engageants.  Celui  que  je  pré¬ 
sente  est  fait  avec  les  mêmes  proportions,  mais  la  pomme  de  terre 
employée  est  crue  et  entière;  on  la  lave,  la  brosse  et  la  râpe  sans 
la  peler  et  on  l’ajoute  à  la  farine.  Il  est  très  bon,  comme  vous  pou¬ 
vez  vous  en  assurer,  et  se  maintient  frais  longtemps,  car  l’échan¬ 
tillon  que  voici  a  déjà  48  heures  de  date.  Cette  méthode  serait 


162’  ALIMENTATION  DES  :i'KOUPES 

employée  depuis  longtemps  déjà  en  Bourgogne.  On  envisage  son 
adoption  à  Paris. 

M.  le  PaisiDBMT.  —  Personne  nè  deoiandant  plus  la  parole  sur 
la  qne^âon,  de  l’alimentation,  je  mets  aux  voix  le  voeu  présenté  par 
la  Sous-Commission,  avec  l’amendement  apporté  par  là  Délégation 
de  la  Grande-Bretagne.  (Le  vœu  définitif  est  adopté  à  Vunanimité.) 

M'.  le  Docteur  Pottevin.  —  Le  vœu  que  nous  avons  émis  tout  à 
l’heure  comporte  qu’il  doit  être  possible  de  faire,  sans  compro¬ 
mettre  en  rien  ni  la  santé  ni  le  bien-être  des  populations,  des  éco¬ 
nomies  .sérieuses  sur  les  quantités  de  matières  alimentaires  con¬ 
sommées  normalement.  11  constate  aussi  que  notre  Commission 
n’est  pas  en  possession  de  données  permettant  d’évaluer  le  taux  de 
ces  économies,  et  indique  qu’il  y  aurait  lieu  de  chercher  à  résoudre 
la  question  par  l’expérimentation,  ou  plus  exactement  par  des 
observations  méthodiques. 

Le  discours  de  M.  le  Président  vient  de  nous  apprendre  que  sur 
l’initiative  de  la  Société  Royale  de  Londres;  immédiatement  suivie 
par  l’Académie  dei  Lincei,  un  Comité  scientifique  a  été  constitué  en 
vue  d’étudier  les  problèmes  relatifs  à  l’alimentation  publique. 

Cést-déjà,  en  quelque  façon,  la  réalisation  de  notre  vofeu. 

La  Société  Royale  de  Londres,  l’Académie  dei  Lincei  et  les  Sociétés 
savantes  des  pays  alliés  qui  ne  manqueront  pas  de  se  joindre  à 
elles  obtiendront  les  moyens  d'action  nécessaires  pour  l’étude 
entreprise. 

M.  le  Lieutenant-colonel  Buchanan  (Grande-Bretagne).  —  Je  par¬ 
tage  entièrement  votre  avis.  Mais  je  ferai  observer  que  la  Société 
Royale  s’occupe  de  l’aliibentation  de  lapopulation  civile,  qu’elle  n’a  que 
des  rapports  limités  avec  l’armée  et  que,  par  conséquent,  il  lui  serait 
difficile  de  se  livrer  à  une  expérimentation  au  point  de  vue  militaire. 

M.  le  Docteur  Poitevin.  —  Il  n’y  aurait  que  des  avantages  à  ce 
que  les  expériences  que  nous  suggérons  dans  les  milieux  militaires, 
parce  qu’elles  y  sont  le  plus  faciles  à  réaliser,  aienè  lieu  aussi  dans 
des  collectivités  civiles. 

M.  le  Président.  —  Les  observations  que  vient  de  présenter 
M.  Poitevin  me  paraissent  absolument  justes.  Je  pense  aussi  que, 
sur  les  bases  dont  il  a  indiqué  les  grandes  lignes,  ou  sur  d’autres 
que  l’examen  plus  approfondi  de  la  questiqn  peut  faire  apercevoir, 
il' y  a  intérêt  à  rapprocher  les  travaux  des  Comités  scientifiques  en 
formation  et  ceux  que  nous  poursuivons  de  notre  côté  depuis  déjà 
de  longs  mois.  Si  donc  la  Commission  entre  dans  ces  vues  et  si  elle 
estime  que  la  collaboration  envisagée  apparaît  comme  devoir  être 
féconde,  je  ne  négligerai  rien  de  ce  qui  dépendra  de  moi  pour 
qu’ell  soit  réalisée. 

Je  vois  que  la  proposition  rencontre  la  faveur  générale  et  qu’elle  ne 
soulève  aucune  objection.  Je  la  déclare  donc  adoptée  à  l’unanimité. 


763 


[à41]. 

SOCIÉTÉ 

DI  MÉDECINE  PUBLIQUE 

ET  DE  GÉNIE  SANITAIEE 

Reconnue  d’utilité  publique  par  décret  du  8  mars  1^0. 


Séance  du  27  novembre  1918. 


Présidence  de  M.  le  D‘’  Jules  Renault. 


La  séance  est  ouverte  à  dix-sept  heures. 

ALLOCUTION 

de  U.  le  D''  Jules  RENAULT,  président. 

Mes  chers  collègues, 

Depuis  notre  dernière  séance  un  grand  événement  s’est  pro¬ 
duit  :  ce  n’est  pas  encore  la  paix,  mais  1  armistice  est  signé 
dans  des  conditions  telles  que  nous  sommes  en  droit  de  penser 
que  les  hostilités  ne  reprendront  pas. 

La  Société  de  Médecine  publique  et  de  Génie  sanitaire  tient 
à  honneur  d’adresser  l’hommage  de  sa  respectueuse  admira¬ 
tion  et  de  sa  reconnaissance  : 

A  M.  Raymond  Poincaré,  président  de  la  République,  dont 
le  patriotisme  clairvoyant  a  su  choisir  le  Président  du  Conseil 
qui  convenait  à  la  gravité  de  l’heure. 


164  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [242] 

A  M.  Georges  Clemenceau,  qui,  à  un  âge  où  l’homme  aspire 
au  repos,  assuma  la  lourde  et  noble  tâche  de  défendre  la  patrie 
en  danger.  Par  son  énergie  morale  et  sa  foi  patriotique,  il  sut 
soutenir  les  vaillants,  électriser  les  hésitants  et  résister  comme 
un  roc  aux  vagues  d’angoisse  qui  déferlaient  autour  de  lui. 
Dans  l’avenir  le  plus  lointain,  l’Histoire  redira  à  nos  descen  - 
dants  qu’il  a  sauvé  la  France,  qu’il  a  sauvé  l’humanité. 

Au  maréchal  Joffre,  le  grand  vainqueur  de  la  Marne,  qui 
arrêta  l’invasion  des  Barbares  et  lui  assigna,  dès  le  début  delà 
guerre,  une  limite  infranchissable. 

Au  maréchal  Foch,  dont  le  génie  abattit  l’idole  enclbutée  des 
Allemands,  chassa  nos  ennemis  de  notre  territoire  et  nous  les 
fit  apparaître  incapables  de  défendre  le  leur  autrement  que 
par  une  capitulation  précipitée  et  à  tout  prix. 

Aux  officiers  et  soldats.  Français  et  Alliés,  dont  l’héroïsme 
tenace  a  supporté  les  plus  durs  sacrifices  pendant  quatre  ans  et 
permis  de  remporter  la  Victoire. 

A  nos  morts,  que  nous  pleurons  et  dont  le  souvenir  estompe 
notre  joie  d’une  amertume  attendrie.  (As^enfimenf  unanime  et 
applaudissements.) 


Présentation  d’un  nouveau  membre. 

M.  le  D'  Azoulay,  médecin-inspecteur  des  écoles,  présenté  par 
MM.  G.  Risler  et  le  D''  Borne. 


Nomination  d’un  nouveau  membre. 

A  titre  de  membre  adhérent  : 

L’Institut  Lannelongue  d’hygiène  sociale,  présenté  par  MM.  les 
D''s  Jules  Renault  et  Borne. 


[243] 


PALUDISME  ET  DRAGAGES 


7G5 


COMMUNICATIONS 


PALUDISME  ET  DRAGAGES 

par  M.  le  D--  ATHE, 

Médecin  principal  de  !''•  classe  des  colonies  en  retraite, 

Ancien  chef  du  Service  de  Santé  du  Sénégal, 

Cochinchine  et  Cambodge. 

Si  je  reviens  sur  un  pareil  sujet  qui  semblerait  peu  nouveau, 
c’est  que  j’ai  reçu  de  mon  pays  natal,  Arles,  un  renseigne¬ 
ment  très  précis.  Notre  Administration  routinière  est, sur  le 
point,  dans  cette  région  très  paludéenne,  de  recommencer 
l’expérience  malheureuse  du  canal  de  Saint-Louis  du  Rhône. 

Le  but  de  mon  travail  est  d’empêcher  cette  nouvelle 
erreur. 

A  la  veille  des  grands  travaux  qui  vont  être  entrepris  après 
la  guerre  pour  l’aménagement  des  fleuves  et  des  canaux,  je 
crois  devoir  signaler  à  la  Société  d’Hygiène  et  de  Médecine 
publique  un  fait  bien  connu  de  certains  spécialistes,  mais 
ignoré  encore  du  public  et  de  beaucoup  de  médecins  et 
d’hygiénistes. 

Ce  fait  en  apparence  paradoxal,  mais  bien  démontré  par  de 
nombreuses  expériences,  est  celui  des  résultats  bien  différents, 
produits  en  pays  paludéens  par  les  grands  travaux  de  terrasse¬ 
ments  quand  ils  'sont  exécutés  à  main  d’homme  par  la  pelle 
et  la  pioche,  ou  par  de  puissan  tes  machines  comme  les  dragues 
modernes. 

Dans  le  premier  cas,  le  paludisme,  qui  semble  exaspéré  par 
le  mouvement  lent  des  terres  remuées,  produit  des  ravages 
épouvantables,  tandis  que,  dans  le  second  cas,  ces  mêmes 
terres,  brassées  violemment  par  de  puissantes  machines  et 
rejetées  sur  les  berges  par  des  jets  d’eau  considérables,  ne 
produisent  plus  aucun  accident  sur  le  personnel  exécutant  ces 


766  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECaiSE  PUBLIQUE  [244] 

travaux.  A  priori,  ce  fait  semble  paracfeASiU  car,  par  l’éoorme 
quan  lité  de  terres  bouleversées,  ces  travaux  s&whleraient  devoir 
être  plus  dangereux. 

Le  cas  le  plus  typique,  à  cet  égard,  a  été  celui  dnnereuse- 
ment  à  la  drague  du  port  de  Sfax.  Les  dragueurs,  tous  Euro¬ 
péens,.  purent  jeter  sur  les  berges  des  quantités  considérables 
de  terre  sans  etre.  inquiétés  par  le  paludisme.  Plus  tard  les 
colons  qui  vinrent  à  la  main  remuer  ces  déblais  pour  construire 
des  maisons  furent  décimés  par  la  fièvre  paludéenne. 

Un  second  fait,  non  moins  caractéristique,  est  celui  en 
Cochincbine  du  creusement  du  Gho-Gao,  le  .  grand  canal  de 
navigation  qui  relie  le  fleuve  de  Saigon  (au  Mékong.  Ce  canal 
fut  exécuté, 'au  début  de  notre  occupation,  par  la  réquisition, 
dans  toutes  les  provinces  de  la  Cochincbine,  de  nombreux 
coolies  Annamites  qui,  quoique  plus  résistants  que  les  Euro¬ 
péens  au  .paludisme,  payèrent  un  large  tribut  à  la  maladie. 
Après  de  nombreuses  années,  les  Annamites  ont  conservé  le 
souvenir  de  l’énorme  mlortalité  entraînée  par  le  creusenient  de 
ce  canal.,  ' 

Dans  cette  même  région,  plus  tard,  les  mêmes  travaux  faits-, 
avec  des  dragues  puissantes  purent  être  accomplis  sous  la 
direction  du  personnel  européen  assez  nombreux.  A  ma  grande 
stupéfaction,  ces  travaux  furent  continués  pendant  plusieurs 
années  en  conservant  toujours  un  état  sanitaire  satisfaisant. 
Quoique  travaillant  jour  et  nuit,  malgré  la  présence  de  nom¬ 
breux  moustiques  et  des  dangereux  anophèles,  aucun  dragueur 
ni  mécanicien  européen  n’t  st  mort  de  paludisme  pendant  louîe 
la, durée,  des  travaux.  Les  quelques  accès  paludéens  observés 
tant  sur  lés  Européens  que  sur  les  Annamites  furent  tous 
bénins. 

A  Dakar,  non  loin  du  fameux  marigot  de  Hahn  qui  s’était 
acquis  une  si  triste  célébrité  par  les  lormes  redoutables,  et 
pernicieuses  de  son  paludisme,  des  travaux  à  la  drague  ont 
été  faits  pendant  plusieurs  années  pour  l’aménagement  du  pnrt. 

'  La  mortalité  fut  insigniiiante,  et,  si  quelques  formes  bénignes 
du  paludisme  furent  observées,  on  ne  constata  aucun  accès 
pernicieux,  ni  les  typho-malariennes  et  les  bilieuses  hématu- 
riques  .si  rebelles  à  lu  thérapeutique.  ■ 

Donc  en, Tunisie,  comme  en.  Côchinchine  et  aw  Sénégial,'„l^s 


1245] 


PALUDISME  ET  DRAGAGES 


76T 

mêmes  causes  obt  produit  les  mêmes  résultats,  et  je  me  crois 
en  droit  de  conclure  : 

1®  Que  les  grands  travaux  de  terrassements  en  pays  éminem¬ 
ment  paludéens  sont  inoffensifs  quand  ils  sont  exécutés  par  des 
dragues  ;  ' 

2“  Qu’ils  sont  terriblement  dangereux  quand  ils  sont  faits  à 
la  pelle  et  à  main  d’homme  par  les  terrassiers  les  plus  expé¬ 
rimentés. 

Après  avoir  démontré  par  des  faits  indiscutables  la  première 
partie  de  ces  conclusions,  il  me  sera  encore  plus  facile  de 
démontrer  la  seconde,  basée  sur  des  faits,  hélas  !  trop  nom¬ 
breux. 

11  me  suffira  de  citer  le  premier  fait  observé  par  moi,  au 
début  de  ma  carrière,  le  creusement  du  canal  Saint-Louis  à. 
l’embouchure  du  Rhône.  Le  »ra,vail  fut  fait  à  la  main  par  des 
terrassiers  français  et  italiens  au  nombre  d’environ  1.500  à 
2.000. 

Pendant  toute  la  saison  chaude,  le  nombre  de  malades 
atteints  de  fièvres  paludéennes  fut  si  considérable  qu’on  dut 
les  évacuer  sur  tous.les  hôpitaux  de  la  région,  Arles,  Marseille, 
Nimes,  Avignon.  Les  équipes  furent  renouvelées  plusieurs  fois, 
et  le  résultat  fut  toujours  le  même.  En  quinze  ou  vingt  Jours 
la  presque  totalité  des  ouvriers  était  indisponible.  La  morta¬ 
lité  fut  considérable  et  les  travaux  durent  être  Suspendus  pen¬ 
dant  toutes  les  saisons  d  été. 

Je  ne  veux  plus  citer  pour  terminer  que  la  triste  expérienc, 
faite  à  Madagascar  en  faisant  travailler  les  troupes  européennes 
à  des  terrassements  pour  la  construction  des  routes. 

Résultat  :  6.000  morts  de  paludisme.  Je  n’insiste  pas  pour  ne 
pas  réveiller  le  douloureux  souvenir  de  celte  erreur  colossale 
en  hygiène  coloniale. 

Ma  lâche  serait  accomplie  si  je  ne  pouvais  expliquer  d’une 
façon  rationnelle  et  scientifique  le  mécanisme  de  Cette  immu- 
nisalioti  spéciale  qui  se  produit  chez  les  ouvriers  dragueurs 
bouleversant'des  terres  palustres  dans  toutes  les  régions  du 
globe  abondamment  pourvues  d'anophèles. 

N’ayant  pas  eu  à  ma  disposition  l’outillage  suffisant,  ni  peut- 
être  la  compétence  voulue  pour  élucider  ce  problème,  je  pré¬ 
fère  ne  pas  me  lancer  dans  des  hypothèses  risquées  et  latssçr 


768 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[246] 


le  soin  d’éclairer  cette  question  aux  bactériologues,  ou  '  aux 
spécialistes  du  paludisme  de  l’école  de  notre  grand  Maître 
Laveran. 

Quant  à  moi,  je  me  contente  d’avoir  exposé  consciencieuse¬ 
ment  les  faits  que  J’ai  observés  dans  ma  carrière  coloniale,  et 
crois  pouvoir  an  conclure  qu’il  sera  sage  de  tenir  compte  de 
l’expérience  du  passé  quand,  après  la  guerre,  on  mettra  en  train 
les  grands  travaux  qui  doivent  améliorer  ou  transformer  notre 
système  fluvial. 

J’espère  que  nos  administrations  françaises,  éclairées  par 
l’exemple  de  nos  alliés  américains,  n’hésiteront  pas  à  remplacer 
la  main-d’œuvre  humaine  par  des  machines  qui  nous  procure¬ 
ront,  sans  grever  notre  budget,  une  double 'économie,  et  de 
main-d’œuvre  et  de  vies  humaines. 

Après  la  terrible  saignéç  jque  nous  venons  de  subir,  cette 
double  économie  s’imposera,  et  je  crois  faire  œuvre  utile  en 
signalant  ces  faits,  peut-être  un  peu  oubliés  ou  peu  connus,  à 
l’attention  de  la  Société  d’hygiène  et  de  médecine  publique,  et 
par  sa  voix  autorisée  à  toutes  les  autorités  compétentes  char¬ 
gées  de  l’organisation  dés  futurs  travaux. 

Discussion. 

M.  le  D'  Faivbe.  —  Le  travail  de  M.  le  Aymé  présente  un  grand 
intérêt.  Il  serait  désirable  que  la  Société  le  transmette  à  la  Munici¬ 
palité  d’Arles,  en  attirant  l’attention  de  cette  Municipalité  sur 
l’importance  des  questions  envisagées  et  en  appuyant  les  solutions 
préconisées  pour  les  grands  dragages. 

M.  RicHon.  —  Je  m'associe  pleinement  à  la  proposition  de  M.  le 
D''  Faivre.  L’importance  du  choix  du  mode  de  dragage  est  énorme 
pour  la  protection  de  la  santé  publique  contre  le  paludisme. 

M.  le  D''  Goldschmidt.  —  Je  regrette  vivement  que  mon  grand  âge 
ne  nie^  permette  plus  en  cette  saison  d’assister  à  vos  séances, 
d’autant  plus  que  la  question  du  paludisme  portée  à  l'ordre  du 
jour  m’intéresse  particulièrement  et  que  j’ai,  en  1907,  publié  dans 
notre  revue*  une  étude  à  son  sujet. 

1.  D.  Goldschmidt.  —  Disparition  de  la  fièvre  paludéenne  à  Strasbourg 
et  dans  ses  environs.  Revue  d'hygiène  et  de  police  sanitaire,  t.  XXIX, 

p.  417. 


[247]  PALUDISME  ET  DRAGAGES  769 

La  ville  de  Strasbourg  et  ses  environs,  y  est-il  dit,  étaient  autre¬ 
fois  tributaires  de  la  fièvre  paludéenne.  La  maladie  a  disparu  pour 
ainsi  dire  complètement  à. la  suite  d’assainissements  du  sol,  de  la 
régularisation  et  de  l'endiguement  du  Rhin,  et  surtout  après  la 
construction  du  canal  de  dérivation  des  eaux  de  l’Ill  dans  ce  lleuve, 
qui  a  mis  fin  aux  nombreuses  inondations  produites  par  le  débor¬ 
dement  de  cette  rivière,  laissant  derrière  elles  une  quantité  de 
flaques  d’eau  stagnante. 

Si  beaucoup  de  marécages  ont  disparu  au  voisinage  du  Rhin  et  de 
rill,  il  en  reste  cependant  une  forte  proportion.  La  preuve  en  est 
que  les  moustiques  infestent  encore  le  pays.  Seuls  les  anophèles  y 
ont  presque  totalement  disparu,  alors  qu’il  existe  encore  un  bon 
nombre  de  ces  eaux  stagnantes  à  l’abri  du  vent  qu’ils  recherchent 
pour  le  dépèt  de  leurs  œufs. 

J’ai  demandé  à  diverses  personnalités  compétentes  comment  il 
fallait  expliquer  cette  disparition  exclusive  des  anophèles,  dans  un 
milieu  où  ils  pourraient  encore  se  développer  et  que  d’autres 
espèces  de  moustiques  continuent  à  infecter;  mais  je  n’ai  pas 
obtenu  Jusqu’icf  la  solution  de’ ce  problème.  Peut-être  l’un  de  nos 
collègues  pourra-t-il  la  donner. 

Parmi  les  moyens  de  destruction  des  moustiques,  il  y  a  lieu  de 
signaler,  en  plus  de  ceux  indiqués  dans  l’instructif  travail  de 
MM.  Chantemesse  et  J.  Renault  {Revue  d'hygiène,  1918,  p.  279-298), 
celui  qui  consiste  à  les  rechercher  l’hiver  dans  les  caves,  où  ils  se 
réfugient  par  groupes,  et  de  les  flamber.  Ce  procédé  a,  paraît-il, 
donné  d’excellents  résultats  dans  un  village  des  environs  de 
Strasbourg,  où  les  autorités  l’avaient  imposé. 

M.  le  Dr  M.\rchoüx.  —  La  question  traitée  par  le  fr  Aymé  est  des 
plus  importantes. - 

Les  grandes  agglomérations  de  travailleurs  employés  aces  terras¬ 
sements  constituent  de  grands  dangers  de  formation  de  foyers  de 
paludisme.  L’expéi'ience  du  canal  de  Saint-Louis  du  Rhône  en  a  été 
une  preuve  malheureuse. 

Le  dragage  mécanique  ne  nécessite  qu’un  nombre  d’ouvriers 
restreint  et  réduit  au  minimum  les  chances  d’infection  paludéenne. 


—  49 


^SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


1248] 


no 


WATER-CLOSETS  COLLECTIFS 

SYSTÈME  DE  LA  «  PORTE  OUVERTE  » 
par"M.  GANDILLON. 

A  l’encontre  des  autres  systèmes  de  Water-Closets  ou  de 
cabinets  d’aisance,  le  système  de  la  Porte  Ouverte  est  caracté¬ 
risé  par  le  maintien  automatique  de  la  porte  à  la  position  d’ou¬ 
verture,  de  telle  sorte  qu’on  se  rende  compte,  d’un  seul  coup 
d’œil,  si  la  cabine  est  ou  non  occupée.  Cette  disposition  permet 
de  prendre  possession  d’une  cabine  libre  sans  hésitation  ni 
perte  de  temps.  En  outre,  la  surveillance  du  personnel  s’en 
trouve  singulièrement  facilitée. 

Ces  nouveaux  Water-Closets  se  composent  de  cellules  iden¬ 
tiques  construites  sur  un  même  gabarit.  Ils  s’accommodent  topt 
spécialement  de  l’emploi  économique  et  hygiénique  du  ciment 
armé,  les  coiTrages  restant  les  mêmes  pour  chaque  cellule, 
b’intérieur  de  chaque  cabine  est  exempt  de  tout  mécanisme  et 
ne  comporte  qu’un  tuyau  de  chasse  vertical  en  fer  dont  l’extré¬ 
mité  inférieure  est  légèrement  écrasée  en  queue  de  carpe. 

L’évacuation  des  matières  a  lieu  par  des  sièges  à  la  turque  en 
porcelaine  émaillée,  qui  sont  desservis  par  des  conduites  en 
grès  vernissé  aboutissant  à  des  siphons  individuels  visitables 
reportés  en  dehors  des  cabines.  Ces  siphons  servent  non  seu¬ 
lement  d’occlusion  hydraulique  interdisant  le  retour  éventuel 
d’odeurs,  mais  encore  leur  courbure  permet  de  retenir  les 
matériaux  étrangers  tels  que  :  montres  tombées,  outils  dété¬ 
riorés  et  produits  loupés.  Les  siphons  individuels  débouchent 
dans  un  collecteur  conduisant  les  matières  soit  au  Tout-à- 
l’Egout,  soit  dans  une  fosse  septique. 

Le  dessus  des  cabines  est  constitué  par  une  terrasse  sur 
laquelle  se  trouve  une  goulotte  de  distribution  générale  four¬ 
nissant  l’eau  à  une  série  de  compartiments  correspondant 
chacun  à  une  cabine  et  renfermant  chacun  un  siphon  relié  au 
tuyau  de  chasse  vertical.  Cha.que  porte,  ferrée  sur  paumelles, 
tourne  sur  gonds  autour  d’une  tige  ronde  goupillée  dans  les 


WATER-CLOSETS  COLLECTIFS 


P49] 


ni 


paumBlles.  Cette  tige  est  clavetée  sur  un  mécanisme  qui  est 
posé  sur  la  terrasse  et  qui,  au  moyen  d’un  feuillard,  agit  direc¬ 
tement  sur  le  siphon  pour  l’amorcer  chaque  fois  qu’on  ouvre 
la  porte,  tout  en  restant  sans  action  lorsqu’on  la  ferme.  La  fer¬ 
meture  de  la  porte  enclanche  seulement  le  mécanisme. 

Lorsque  l’occupant  quitte  la  cabine  en  soulevant  le  crochet 
de  -la  porte,  celle-ci  s’ouvre  d’elle-môme  et,  «déclanchant  le 
mécanisme,  provoque  la  chasse  d’eau  du  compartiment  corres¬ 
pondant  à  la  cabine.  Ainsi  à  chaque  évacuation  de  matières 
correspond  la  chasse  d’eau  voulue.  11  est  à  remarquer  que 
dans  les  systèmes  à  réservoirs  automatiques  produisant  des 
chasses  d’eau  collectives  intermittentes,  réglées  par  exemple 
toutes  les  demi-heures,  ces  chasses  se  produisent  aveuglément 
en  laissant  les  matières  s’accumuler  dans  le  cas  d’une  fréquen¬ 
tation  intensive  des  cabinets  ou  bien  en  agissant  sans  nécessité 
et  en  perdant  inutilement  de  l’eau  dans  le  cas  contraire., 

A  la  série  des  compartiments  d’eau  disposés  sur  la  terrasse, 
on  peut  adjoindre,  pour  un  groupe  important  de  cabines,  un 
autre  compartiment  alimenté  aussi  par  la  goulotte  générale  et 
destiné  à  créer  des  chasses  supplémentaires  directement  dans 
le  collecteur. 

Un  seulrobinet  flotteur,  branché  sur  la  condiiitede  distribu¬ 
tion  d’eau,  suffit  à  alimenter  la  goulotte  et  règle  automatique¬ 
ment  le  débit  nécessaire  pour  le  fonctionnement  collectif  de 
tout  le  groupe  de  Water-Closets. 

Les  goulottes  et. compartiments  sont  munis  de  couvercles  en 
bois,  de  telle  sorte  qu’en  hiver  on  puisse  les  recouvrir  de  paille 
ou  de  fumier  :  l’expérience  a  démontré  que,  par  ce  moyen 
très  simple,  on  évitait  radicalement  les  funestes  effets  de  la 
gelée,  même  par  les  froids  les  plus  rigoureux. 

La  quantité  d’eau  nécessaire  aux  chasses  est  réglable  :  pour 
la  réduire,  il  suffit  de  diminuer  la  capacité  du  compartiment 
d’eau  en  y  logeant  une  ou  plusieurs  briques. 

A  la  fois  économiques,  hygiéniques,  robustes,  d’une  con¬ 
struction  rapide,  d’un  fonctionnement  simple  et  sûr,  ces  nou¬ 
veaux  Water-Closets  trouvent  leur  application  parfaite  dans 
les  Arsenaux,  Usines,  Casernes,  Camps,  Ecoles,  Gares  et 
Marchés. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[250} 


Discussion. 

M.  le  D'^  Mabchoüx.  —  Le  point  intéressant  du  système  présènté  à 
la  Société  est  le  dispositif  qui  maintient  la  porte  des  cabinets 
ouverte,  et  facilite  la  surveillance  en  rendant  visible  immédia¬ 
tement  l’état  dans  lequel  l’occupant  de  la  cabine  laisse  celle-ci  en 
la  quittant.  . 

M.  le  D'^  Bojine.  —  Ce  système  est  déjà  employé  en  plusieurs 
endroits  et  a  donné  des  résultats  tout  à  fait  satisfaisants,  il  était 
donc  intéressant  d'e  le  présenter  à  la  Société. 

s  M.  Bezaolt.  —  Il  y  a  une  quinzaine  d’années,  on  a  préconisé  des 
systèmes  de  ce  genre  de  déclanchement  automatique  de  la  chasse 
d’eau  par  l’ouverture  ou  la  fermeture  de  la  porte.  La  maison  Jacob 
Delafon  et  les  maisons  anglaises  en  ont  proposé  différents  modèles. 

Ces  systèmes  n’ont  paieu  beaucoup  de  succès,  car  lorsqu’il  s'agit 
de  W.-C.  à  l’usage'des  ouvriers,  il  faut  avoir  le  moins  de.mécanismes 
possible  plus  ou  moins  sujets  à  se  détraquer.  Cette  chasse  d’eau 
subordonnée  à  l’ouverture  de  la  porte  a  encore  le  grand  inconvé¬ 
nient  de'permeltre  la  gelée  du  réservoir  en  hiver. 

En  vérité,  il  vaut  mieux  avoir  des  chasses  produites  par  des 
siphons  à  départ  automatique,  dont  on  règle  à  volonté  la  fréquence 
des  départs. 

M.  le  D'  Gkanjux.  —  Il  n’y  a  pas  danà  le  procédé  de  M.  Gandillon 
de  mécanisme  mis  à  portée  du  public.  Le  point  très  intéressant  du 
système  est,  comme  le  dit  H.  Marchoux,  que,  la-  porte  étant  main¬ 
tenue  ouverte,  on  peut  voir  d’un  seul  coup  d’œil  si  les  cabinets  sont 
bien  tenus.  Dans  les  collectivités  militaires,  en  pariiculier,  cela  est 
très  important. 

M.  le  D'  Chassevant.  —  Je  partage  absolument  la  manière  de  voir 
de  M.  le  D'' Granjux. 

M-.  LE  Pbésident.  —  Le  système  de  W.-C.  de  M.  Gandillon  est 
Intéressant* et  la  Société  enregistre  cette  communication  et  remercie 
son  auteur. 


(251] 


PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES 


773 


PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES 
DANS  L’ARMÉE  AMÉRICAINE 
par  M.  le  D^  Jean  GODIN, 

Ancien  chef  du  Centre  de  Dermato-Syphlligraphie  de  la  XI*  région, 
Aide-Major  de  If®  classe  aux  Armées. 


I  . 

Thérapeutique  des  maladies  vénériennes 

<  dans  l’armée  américaine. 

Les  Américains  n’ont  rien  négligé  pour  assurer  une  théra¬ 
peutique  rigoureuse  et  méthodique  des  maladies  vénériennes. 
Néanmoins,  quelques  particularités  existent  dans  l’application 
des  traitements  et  méritent  d’être  signalées.  Comme  chez  nous, 
cette  thérapeutique  comprend  deux  temps  bien  distincts  : 

1®  Le  traitement  de  la  matadie  à  la  période  contagieuse  ; 

2°  Le  traitement  de  surveillance  et  d'entretien. 


§1- 

A.  — Traitement  de  la  maladie  a  la  période  contagieuse. 

a)  Diagnostic.  —  Les  examens  de  laboratoire  ne  sont  pas 
négligés;  écoulements  urétraux,  sérosités  ou  pus  d’nlcéra.lioDS 
sont  éliminés  avant  tout  traitement  (examen  bactériologique 
et  sérologique). 

Dans  beaucoup  die  «  Stations  prophylaclics  »  il  existe  un 
microscope;  si  ces  dernières  n’en  possèdent  pas,  les  frottis  ou 
sérums  sont  envoyés  au  laboratoire  central  de  la  base. 


774.  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [252)- 

b)  Etablissements  chargés  de  soigner  les  malades.  —  Ces  cen¬ 
tres  sont  beaucoup  plus  nombreux  que  chez  nous;  en  effet, 
chaque  hôpital  de  campagne,  chaque  formation  sanitaire  pos¬ 
sède  un  service  thérapeutique  ;  en  la  circonstance  le  poste  de 
prophylaxie  est  le  plus  souvent  choisi. 

c)  Personnel.  —  Le  médecin  chargé  de  ces 'traitements  est 
pris  parmi  des  spécialistes  et  désigné  par  le  médecin  chef  de 
la  base;  il  assure  à  la  fois  le  traitement  prophylactique  et  thé¬ 
rapeutique  des  maladies  vénériennes. 

d)  Hospitalisation  des  malades.  —  Les  Américains  font  beau¬ 
coup  de  traitements  ambulatoires  même  dans  la  période  conta¬ 
gieuse.  Les  malades  ne  sont  hospitalisés  que  rarement,  .seules 
les  affections  vénériennes  graves  et  compliquées  sont  suscep¬ 
tibles  d’hospitalisation  (les  hommes  atteints  de  maladies  véné¬ 
riennes  non  gravement,  nous  dit  la  note  américaine,  suivront 
leurs  unités  et  y  seront  traités).  En  résumé,  le  malade  suit  son 
traitement  au  camp  ou  à  l’unité,  participe  aux  travaux  habi¬ 
tuels  mais  est  privé  de  permission.  En  la  circonstance  le  méde¬ 
cin  envoie  le  nom  du  malade  au  commandant  et  demande  que. 
foute  sortie  lui  soit  refusée. 


B.  —  Traitement  de  la  blennorragie. 

Les  porteurs  de  gonorrhées  aiguës,  fébriles  ou  compliquées 
sont  hospitalisés  à  l’hôpital  du  camp,  ou  à  l’infirmerie  du 
régiment. 

Le  traitement  de  la  blennorragie  peut  se  résumer  ainsi  : 

a)  On  remplacera  sur  le  méat  le  tampon  de  coton  habituel, 
qui  arrête  l’écoulement  urétral,  par  la  gaze  ordinaire  qui  faci¬ 
lite  à  volonté  ces  sécrétions  purulentes. 

Premier  temps.  —  Le  protargol  de  0,30  à  2  p.  100  constitue 
le  traitement  de  choix  au  début;  trois  injections  quotidiennes 
sont  pratiquées. 

Deuxième  temps.  —  Dès  que  l’écoulement  aura  diminué,  les 
grands  lavages  au  permanganate  de  potasse  seront  institués  ; 
le  matin,  un  lavage  à  1/3.000,  le  soir  un  lavage  à  1/6.000. 


1253]  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  775 

Troisième  temps.  —  Dès  que  l’écoulement  est  réduit  à  une 
simple  goutte,  faire  deux  fois  par  semaine  un  grand  lavage  à 
1/6.000  (Aro’g).  Le  critérium  de  guérison  d’une  blennorragie 
après  traitement  repose  sur  trois  examens  négatifs  faits  à  une 
semaine  d’intervalle.  Tel  est  en  résumé  le  traitement  type 
préconisé  par  nos  alliés.  La  blennorragie  chronique  trouve 
les  soins  au  Service  d’urologie  qui  décide  de  l’opportunité 
d’un  traitement. 


G.  —  Chancres  srapLES. 

Pas  plus  que  pour  la  blennorragie,  les  Américains  ne  nous 
apportent  de  traitement  spécifique  du  chancre  mou.  La  théra¬ 
peutique  qu’ils  considèrent  comme  préférable  est  la  suivante  : 

a) 7Dessécher  l’ulcère  avec  de  la  gaze  et  étendre,  par-dessus, 
le  sel  d’argyrol  deux  fois  par  jour;  plus  l’ulcère,  ajoutent-ils, 
est  conservé  sec,  mieux  il  guérit  ;  les  pommades  sont  plutôt 
nuisibles. 

b)  Le  nitrate  d’argent  à  5  p.  100  en  solution  appliquée  deux 
fois  par  jour  est  également  très  utile. 

c)  Les  chancres  mous  sans  complications  (adénites,  phi¬ 
mosis)  sont  traités  à  l’infirmerie. 

D.  —  Syphilis. 

Le  novarsénobenzol  (Billori)  constitue  le  traitement  d’assaut 
en  conjugaison  avec  le  cyanure  de  Hg  et  l’huile  grise.  Ce  der¬ 
nier  médicament  semble  jouir  d’un  privilège  tout  spécial,  et 
est"  employé  avec  le  novarsénobenzol. 

Il  fait  son  apparition  dès  la  première  série  avec  la  cinquième 
piqûre  de  914.  Voici  comment  est  réglé  ce  traitement  conjugué 
suivant  deux  types  principaux. 

a)  Traitement  d'assaut  (première  année).  —  Il  est  indiqué 
comme  suit  et  constitue  la  première  série. 

Première  série.  —  La  dose  de  la  première  série  est  de  5  à 
6  grammes  de  914;  0  gr.  15  de  cyanure  de  Hg;  0  gr.  40  huile 
grise.  Le  traitement  dure  quarante-deux  jours. 


776 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[254] 


Première  série  :  Traitement  initial  (Durée  42  jours). 

914  Hg  BUILB  orisb 


0,30 

0,01 

0,01 

0,01 

0,01 

0,01 

0,01 

0,01 

0,60  ' 

....  ,  0,01 
.  0,01 
0,01 
0,01 

0,75 

0,01 

0,01 

0,01 

0,01 

0,01 


0,90 

0,90 

0,90 


Total .  5,70  0,15 


0,10 

0,10 

0,10 

0,10 

0,40 


Le  point  nouveau  de  la  méthode  existe  dans  l’apparition  de 
l’huile  grise  en  conjugaison  avec  le  914.  Je  n’ai  pas  à  faire  la 
critique  de  la  combinaison  simultanée  d’un  sel  insoluble  de 
mercure  et  d’un  grand  arsenical. 

Après  cette  première  série,  le  malade  est  mis  au  repos  pen¬ 
dant  trente  Jours  et  commence  alors  le  traitement  d’entretien. 


b)  Traitement  d’entretien.  —  Le  traitement  type  de  'cette 
seconde  phase  est  donné  par  le  tableau  suivant  :  la  deuxième 
série  dure  vingt-neuf  jours,  l’huile  grise  est  seule  en  conju¬ 
gaison  avec  le  914. 


1255] 


PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES 


m 


Deuxième  Série.  —  914  et  huile  grise. 


914 


jour .  0,45 

l"-  jour  .  .  . . 

8*  jour .  0,60 


15'  jour . 0,75 

,  15'  jour . 

22*  jour .  0,90 

22'  jour . 

29”  jour .  0,90 

29'  jour . 

Total .  3,50 


0,10 

0,10 

0,10 

0,10 

0,10 

0,50 


La  deuxième  série  terminée,  le  malade  est  laissé  au  repos 
pendant  deux  mois  et  demi.  Au  bout  de  ce  temps,  c’est-à-dire 
six  mois  après  l’apparitiop  du  chancre,  un  Wassermann  est  pra¬ 
tiqué  sur' sérum  et  liquide  céphalo-rachidien;  quel  que  soit  le 
résultat,  le  traitement  est  continué. 

Troisième  série.  —  Elle  est  semblable  à  la  seconde;  le  malade 
est  laissé  ensuite  trois  mois  au  repos,  et  arrive  à  son  onzième 
mois.  A  ce  moment  nouvelle  séro-réaction  ;  continuation  du 
Iràitement  quel  que  soit  le  résultat  sérologique. 

Quatrième  série.  —  Elle  est  semblable  aux  deux  précédentes, 
le  malade  termine  ainsi  sa  première  année. 


Deuxième  année.  —  Les  quatre  premiers  mois  de  la  deuxième 
année  sont  des  mois  de  repos;  à  cette  époque  la  séro-réaction 
est  pratiquée  et  son  résultat  vient  décider  de  l’opportunité  de 
continuer  la  thérapeutique  d’entretien. 

Si  la  séro-réaction  est  négative,  pas  de  traitement. 

Si  la.  séro-réaction  est  positive,  reprise  du  traitement  sui¬ 
vant  le  type  de  la  deuxième  série  (huile  grise  et  914). 

Au  huitième  mois  de  la  seconde  année  nouvelle,  séro-réac¬ 
tion,  même  conclusion  :  négatif,  pas  de  traitement;  positif: 
reprise  du  traitement.  ' 

A  la  fin  de  la  deuxième  année,  dernier  Wassermann  qui  est 


71&  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  1256] 

définitif  ;  négatif  :  arrêt  de  tout  traitement;  positif  :  continua¬ 
tion  du  traitement. 

Tel  est  le  schéma  de  la  thérapeutique  antisyphilitique  em¬ 
ployée  par  nos  alliés  et  la  valeur  de  contrôle  fourni  par  le 
Wassermann.  Ajoutons  que  le  Wassermann  au  point  de  vue  dia¬ 
gnostic  doit  être  pratiqué  vers  la  troisième  semaine  de  l’appa¬ 
rition  d’une  lésion  suspecte.  Si  les  examens  par  coloration  ou 
ultramicroscope  ont  été  négatifs,  un  Wassermann  sera  fait  une 
fois  par  semaine  jusqu’à  ce  que  trois  réactions  aient  été  néga¬ 
tives.  Les  mêmes  précautions  de  diagnostic  sont  prises  vis-à- 
vis  des  lésions  cutanées  aux  muqueuses  suspectes. 


Moyens  d’assurer  le  traitement  d’entretien  et  la 

SURVEILLANCE  DES  MALADES  AYANT  PRÉSENTÉ  DES 
AFFECTIONS  VÉNÉRIENNES. 

Ils  sont  assurés  par  : 

a)  La  «  Station  prophylactic  », 

b)  L'envoi  systématique  de  la  fiche  du  syphilitique  ou  du  véné¬ 
rien  à  sa  nouvelle  formation. 

La  station  prophylactique  a  un  double  but  ;  prévenir  et  soi¬ 
gner;  le  médecin  chargé  du  poste  de  prophylaxie  assure  le 
traitement  des  hommes  contaminés.  L’existence  d’un  tel  ser¬ 
vice  par  camp  permet  ainsi  une  thérapeutique  d'entretien.  De 
ce  fait  le  médecin  chargé  de  la  station  prophylactique  peut  se 
rendre  compte  de  la  valeur  de  la  méthode  préventive.  Chaque 
semaine,  il  envoie  au  médecin  chef  de  la  base  un  état  du  type 
ci-contre  (tableau  page  suivante). 

Ce  tableau  indique  si  le  traitement  préventif  a  été  fait  ou 
non,  la  date,  et  il  permet  ainsi  d’apprécier  les  résultats  de  la 
valeur  préventive  ou  curative  de  la  thérapeutique. 


[257]  PROPHYLAXIÇ  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  779 

État  envoyé  chaque  semaine. 


NAME 

RANK 

1 

i 

D  pj 
21 

S  C 

O  i 

Q 

S 

s 

PROPHYLAXIE  I 

DiTB  and  HOUR 

PLACE  . 

OP  EXPOSC'RB 

^  P 

i 

i  i 

gs 

§  ^ 

P 

< 

S . 

i 

DATE 

LABORATORY 

lUlDIATIOII 

Le  dossier  syphilitique  suit  le  malade.  —  C’est  un  petit  cahier 
de  douze  pages  où  tous  les  renseignements  nécessaires  sont 
indiqués;  c’est  le  «  syphilitic  regis  1er  ».  Cette  fiche  médicale, 
si  l’homme  vient  à  quitter  la  formation,  «  sera  envoyée  au 
médecin  de  la  nouvelle  formation,  de  telle  sorte  qu’elle  arrive 
avant  l’homme  lui-même  ». 

Ces  deux  derniers  points  sont  de  la  plus  haute  importance. 

La  multiplicité  des  services,  leur  création  dans  chaque  cam¬ 
pement  permet  un  traitement  régulier.  L’envoi  systématique 
du  «  register  syphilitic  »  assure  obligatoirement  au  malade  la 
reprise  ou  la  continuation  du  Iraitement  là  où  il  se  trouve.  De  , 
cette  façon,  les  récidives  sont  évitées  et  par  le  fait  le  nombre 
des  invalidités  dues  à  la  syphilis  secondaire  disparaissent 
presque. 

Il  est  inutile  d’insister  davantage  sur  les  heureux  effets  de 
telles  mesures. 


Conclusions.  —  Je  ne  saurai  Irop  remercier  ici  M.  le  colonel 
Forster,  médecin  chef  de  la  b^se  américaine,  le  major  Walcker 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINÉ  PUBLIQUE 


[238] 


et  le  capitaine  Fox,  chargés  des  services  vénéorologiques  de 
la  base  américaine  de  la  région  de  TOuest,  pour  l’amabilité 
qu’ils  ont  mise  à  me  donner  tous  les  renseignements. 

J'ai  cru  intéressant  de  résumer  ces  documents  sur  la  mé¬ 
thode  prophylactique  et  thérapeutique  américaine  pensant 
qu’ils  seraient  peut-être  pour  tous  un  enseignement  et  aussi 
un  exemple. 

II 

La  prophylaxie  des  maladies  vénériennes 
dans  l’armée  américaine. 

«  C'est  une  nécessité  vitale  pour  tout 
homme  de  l’armée  américaine  de  se 
maintenir  dans  le  meilleur  état  physique. 
Un  soldai  qui  contracte  une  maladie  véné¬ 
rienne  non  seulement  endure  un  mal  irré¬ 
parable,  mais  encore  devient  par  ce  fait 
un  soldat  inutile,  mais  même-  un  embarras 
pour  l’armée.  Il  manque  à  tous  ses  devoirs 
envers  son  pays  et  envers  ses  camarades.  » 
G.  ù.'G.  Américain,  2  juillet  1917. 

G.  Pbrshing. 

Dès  le  début  de  leur  entrée  dans  le  conflit  européen,  les 
Américains  se  sont  préoccupés  des  maladies  vénériennes. 

.  Les  troupes  américaines  à  leur  arrivée  dans  les  ports  fran¬ 
çais  ont  payé  un  large  tribut  au  mal  vénérien. 

Ce  mal  qui  grandit  sans  cesse  chez  nous  depuis  le  début  de 
la  guerre  devait  s’abattre  fatalement  et  surtout  brutalement  sur 
nos  nouveaux  alliés.  C’est  ce  qui  arriva  ;  aussi  le  commande¬ 
ment  américain  n’a  pas  hésité  à  prendre  tous  les  moyens  pour 
arrêter  d’emblée  le  mal  et  préserver  ses  effectifs. 

Deux  méthodes  s’offraient  à  eux  : 
la  nôfre...  la  leur. 

1.  —  Métbode  française. 

Au  début,  les  Américains  ont  essayé  ou  plutôt  ont  subi  de 
juin  à  octobre  1918  notre  système  de  réglementation,  c’est-à- 
dire  nos  lois,  nos  règlementssur  la  prostitution.  Leurs  hommes 


[259]  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  781 

sont  allés  aux  maisons  de  tolérance,  se  sont  adressés  aux  filles 
surveillées,  aux  clandestines. 

Les  résultats  que  les  autorités  américaines  ont  constatés  ont 
été  désastreux.  Les  choses  ne  pouvaient  continuer  ainsi...  les 
maladies  vénériennes  faisaient  des  ravages,  et  certains  contin¬ 
gents  présentaient  de  20  à  200  cas  pour  1.000  de  maladies  véné¬ 
riennes.  Il  fallait  agir  et  empêcher  ces  échanges  vénériens. 

Mais,  avant  de  donner  intégralement  la  méthode  américaine, 
il  existe  une  phase  de  transition  qu’il  est  nécessaire  de  con¬ 
naître;  elle  montre  nettement  les  reproches  mérités  ou  immé¬ 
rités  que  les  Américains  font  à  nos  institutions  intérieures. 
Leurs  reproches  se  résument  ainsi  :  notre  police  sanitaire  des 
mœurs,  nos  règlements  des  maisons  de  tolérance  ou  de  la  carte 
de  la  prostitution  isolée  sont  insuffisants. 

Est-ce  là  la  condamnation  du  réglementarisme? Pas  le  moins 
du  monde  !  Notre  système,  tel  qu’il  est  appliqué,  ne  les  satis¬ 
fait  pas.  Cela  ne  veut  pas  dire  que  le  système  réglement'ariste 
soit  condamné  par  nos  alliés. 

11  est  bien  certain  que  Ws  maisons  de  tolérance  dans  les  ports 
où  débarquent  lès  troupes  américaines  sont  trop  peu  nom¬ 
breuses  et  ne  possèdent  pas  assez  de  femmes  et,  ce  qui  doit  se 
produire,  arrive  ;  les  femmes  ont  des  coïts  trop  nombreux,  elles 
deviennent  de  véritables  «  hôtes  de  passage  »  pour  les  germes 
vénériens  et  l’on  comprend  le  mode  de  contamination  qui 
résulte  de  sacrifices  si  fréquents.  Cette  sorte  de  contamination 
«  alternante  »  a  frappé  les  Américains.  A  celte  critique,  ils  en 
ajoutent  une  autre,  non  moins  sérieuse. 

La  maison  de  tolérance  peut  présenter  des  garanties  au 
point  de  vue  syphilis,  elle  semble  n’en  présenter  que  très  peu 
contre  les  «  gonorrhées  »  ;  quiconque  a  visité  sérieusement  ces 
femmes  se  rend'compte  de  cette  vérité  ! 

Enfin,  reste  la  clandestine.  Contre  elle,  les  Américains  ne 
pouvaient  évoquer  aucun  règlement,  et,  comme  nous,  ils 
voyaient  le  danger  de  cette  prostituée  officieuse. 

Toutes  ces  constatations,  et  d’autres  qu’il  serait  inutile  de 
mettre  ici,  ont  conduit  les  autorités  américaines  à  proposer 
aux  pouvoirs  civils  français  les  mesures  suivantes  ; 

Je  les  cite  sans  commentaires  : 

a)  Fermeture  des  maisons  de  tolérance; 


182  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [260] 

b)  Expulsion  des  prostituées  coiûine  telles  ; 

c)  Expulsion  des  prostituées  clandestines  ; 

d)  Sanctions  contre  les  prostituées  expulsées  qui  tenteraient 
de  revenir'; 

e)  Poursuite  et  fermeture  des  maisons  clandestineset  autres. 

Ces  propositions  ne  pouvaient  réussir... 

Les  Américains  trop  respectueux  de  nos  institutions  sociales 
et  de  nos  «  Libertés  abandonnent  complètement  notre  sys¬ 
tème  réglementarisle,  et  puisqu’ils  ne  peuvent  réglementer  la 
prostitution  chez  la  femme,  ils  n’hésitent  pas  à  créer  un  sys¬ 
tème  réglementaire  applicable  à  leurs  propres  soldats. 

11.  —  Méthode  américaine. 

Elle  est  dictée  par  les  conclusions  du  court  exposé  précédent 
et  se  résume  ainsi  : 

a)  Empêcher  le  plus  possible  le.soldat  américain  d’avoir  des 
rapports  avec  les  prostituées  et  les  clandestines  ; 

b)  Empêcher  les  germes  vénériens  de  se  développer  après 
l’inoculation  possible,  si  le  soldat  a  eu  des  rapports  avec  ces 
femmes  ; 

c)  Assurer  l’application  de  ce  système  par  des  mesures  dis¬ 
ciplinaires. 

A.  —  Consigne  des  maisons,  cafés  borgnes,  etc. 

Les  maisons  de  prostitution  furent  consignées  aux  hommes. 
Au  débutdejuinàoctobrelepoliceman  réglaitles  entrées,  depuis 
il  les  interdit;  en  outre  les  endroits  de  débauche,  cafés  borgnes, 
sont  consignés.  «  Ils  sont  indiqués  aux  hommes  pour  chaque 
compagnie  et  leurs  noms  sont  attachés  bien  en  vue...  cesquar- 
liers  sont  consignés  »  (Note  du  18  décembre  1917).  Voilà  déjà 
un  nombre  respectable  de  femmes  éliminées...  mais  reste  la 
clandestine,  la  racoleuse  du  trottoir,  celle  qui  se  prostitue  au 
grand  jour;  contre  elle,  les  Américains  ne  peuvent  rien,  et 
cependant  iis  savent  que  leurs  hommes  seront  contaminés  par 
elles,  et  c’est  pour  les  préserver  après  le  «  coït  suspect  »  qu’ils 
appliquent  leur  système  prophylactique.  , 


1261]  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  183 

B.  —  Système  'prophylactique: 

Cette  méthode,  née  en  France  dans  les  laboratoires  de  l’Ins¬ 
titut  Pasteur,  comme  Sabouraud  l’a  si  bien  rappelé  ces  der¬ 
niers  temps,  essayée  peut-être  avec  négligence  dans  l’armée, 
quelques  années  avant  la  guerre,  trouve  son  application  rigou¬ 
reuse  entre  les  mains  de  nos  alliés  et  le  secret  de  sa  réussite  est 
tout  entier  dans  les  phrases  suivantes  : 

«  Les  membres  du  coVps  expéditionnaire  sont  invités  à 
demander  le  traitement  nécessaire  dans  un  des  postes  de  pro¬ 
phylaxie  dans  les  trois  heures  qui  ont  suivi  leur  imprudence... 
celui  d’entre  eux  (soldats)  qui  contractera  une  maladie  véné¬ 
rienne  se  rendra  coupable  d’une  infraction  à  l’article  96  des 
lois  de  guerre.  Il  pourra  être  traduit  en  conseil  de  guerre  pour 
avoir  contracté  une  maladie  par  négligence,  se  rendant  ainsi 
inapte  à  combattre  et  une  punition  sévère  pourra  lui  être 
infligée...  une  condamnation  pécuniaire  sera  la  meilleure 
punition  et  sera  préférable  à  l’emprisonnement  »  (Note  améri¬ 
caine,  juillet  1917). 

«  Ce  qui  caractérise  cette  méthode,  c’est  la  sanction  ;  en 
résumé,  tout  homme,  dans  les  trois  heures  qui  ont  suivi  le 
coït,  doit  se  présenter  à  la  station  prophylactique  pour  rece¬ 
voir  le  traitement;  s’il  ne  se  présente  pa5  et  s’il  vient  par  la 
suite  à  présenter  une  maladie  vénérienn%,  il  est  passible  de 
punition  (en  général,  suppression  de  solde  pendant  trois 
mois). 

Poste  de  prophylaxie  {Station  prophylactic).  —  J’ai  visité 
plusieurs  «  stations  prophylâctics  »,  j’en  ai  vu  le  fonctionne¬ 
ment;  qu’il  me  soit  permis  de  remercier  ici  nos  confrères  amé¬ 
ricains,  le  major  Walcker  et  le  capitaine  Fox,  pour  les  rensei¬ 
gnements  qu’ils  m’ont  donnés  si  cordialement. 

Nombre  de  postes.  —  Les  postes  de  prophylaxie  sont  installés 
à  l’entrée  du  camp;  il  n’y  a  qu’un  poste  par  camp,  mais  il  y  en 
a  toujours  un  par  camp;  que  celui-ci  soit  destiné  àloger  14.000 
ou  même  lo  à  20.000  hommes.  Dans  les  villes  où  il  n’y  a  pas 
de  camp,  mais  où  fonctionnent  des  services,  il  existe  plusieurs 
«  stations  prophylâctics  ».  De  plus,  ces  postes  sont  installés 
non  seulement  dans  les  ports  de  débarquement,  mais  encore. 


184  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [262] 

nous  dit  l'ordre  américain  :  «  dans  toutes  les  places  où  nos 
troupes  doivent  séjourner  ». 

L'inscription  «  Station  prophylactic  »  est  la  seule  indication  ; 
les  postes  sont  installés  dans  des  baraques  ;  le  local  affecté  est 
composé  de  trois  pièces,  une  salle  d’attente,  une  salle  d’exa¬ 
men/un  bureau;  le  personnel  comprend  :  un  médecin  respon¬ 
sable  avec  un  sous-officier  et  un  ou  deux  sous-ordres. 

Matériel.  Fonctionnement.  —  «Traitement  prophylactique.  » 

Tous  ces  postes  se  ressemblent  et  le  mieux  est  de  donner  ici 
in  extenso  la  notice  qui  régit  le  fonctionnement  et  la  composi¬ 
tion  d’une  station  prôphylactique. 

III.  —  Mémorandum  n®  2  (Extrait  américain,  traduction). 

I.  —  Instruction  des  aides  :  a)  Le  médecifa  en  charge  sera 
tenu  responsable  de  l’instruction  complète  des  aides  dans  les 
stations  prophylactiques.  Cette  instruction  sera  faite  par 
démonstration  et  ensuite  par  inspection  fréquente  et  surveil¬ 
lance.  Le  médecin  s’assurera  que  les  aides  donnent  le  traite¬ 
ment  convenablement. 

b)  L’aide  tst  responsable  de  la  propreté  et  du  soin  conve¬ 
nable  de  la  station  et  de- son  équipement. 

II.  —  Equipement  :  a)  D'amples  quantités  des  objets  néces¬ 
saires  seront  fournies  à  toutes  les  formations  sur  demande. Les 
médecins  devront  prévoir  les  besoins  futurs  à  temps  pour 
garder  sous  lamainles  quantitéssuffisantes.  Ces  objets  devront 
être  tenus  prêts  pour  un  usage  immédiat. 

■1“  Les  seringues  seront  stérilisées  en  les  faisant  bouillir 
lorsque  la  chose  est  faisable,  autrement  elles  doivent  demeurer 
dans  une  solution  de  I/lOOO  bichlorure  de  mercure  ou  une 
solution  bicarbonique  de  3  p.  100  au  moins  pendant  une  heure 
après  usage.  Lss  solutions  seront  changées  chaque  jour. Toutes 
les  formations  auront  au  moins  six  seringues  stérilisées  et  tou¬ 
jours  prêtes. 

2®  Une  solution  de  protargol  à  2  p.  100  sera  conservée  dans 
une  bouteille  noire  bien  bouchée.  Une  quantité  suffisante  sera 
versée  à  chaque  fois. 

3°  L’onguent  de  calomel  30  p.  100  devra  être  prêt  dans  un 
récipient  avec  une  spatule  en  hois  propre. 


PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES 


185 


i263'l 

Les  articles  suivants  sont  considérés  comme  le  minimum 
nécessaire,  pour  une  formation  permanente  ; 

Un  poêje  à  alcool  ou  à  pétrole  pour  stériliser  ; 

Une  bouilloire  à  stériliser  avec  couvercle  j 

Un  récipient  pour  seringues  propres; 

Deux  petits  verres  pour  solution  de  protargol; 

Quatre  cuvettes  de  moyenne  grandeur  ;  ' 

Une  grande  cruche  pour  eau  ; 

Trois  bouteilles  (environ  1  litre  chaque),  pour  solution  de  bichlo- 
rure  ; 

Une  petite  bouteille  pour  verser  l’eau  dans  le  lavage  de  la  verge;. 

Une  bouteille  de  savon  liquide; 

Un  pot  de  pommade  de  calomel; 

Une  bouteille  (8  onces)  à  2  p.  100  (Protargol  solution)  ;  ou  d’un  sel 
•d’argent  équivalent  ; 

Six  seringues  pour  verges  à  injection  (seringue  urétrale)  ; 

Quelques  'petites  spatules  en  bois  (à  faire  par  les  aides),  pour 
prendre  le  calomel; 

Un  paquet  de  papier  gaze  ; 

Une  cuvette  et  savon  pour  le  lavage  des  mains  des  aides  et  des 
malades. 


IV.  —  Méthode  pour  l’administration 
DE  PROPHYLAXIE  VÉNÉRIENNE. 

1°  Laver  les  parties  génitales  avec  eau  et  savon. 

2“  Laver  les  parties  génitales  avec  bichlorure  de  mercure  à 
d/1.000. 

3“  Examiner  la  verge  pour  maladie  vénérienne. 

4“  Faire  uriner  le  malade.  | 

5“  Injecter  une  cuillerée  à  thé  de  protargol  solution  (ou  sel 
•organique  d’argentéquivalent)  dans  l’urètre.  Quand  la  seringue 
est  enlevée,  le  malade  ferme  l’ouverture  de  la  verge  avec  son 
pouce  et  index  et  retient  la  solution  pendant  cinq  minutes 
(l’injection  doit  être  faite  par  l’aide). 

6“  Etendre  une  cuillerée  de  pommade  de  calomel  sur  toute 
la  surface  de  la  tête  de  la  verge  jusqu’au  fourreau  en  arrière  et 
sûr  toute  la  surface  du  prépuce.  La  pommade  sera  étendue  par 
frottement  de  trois  minutes.  Ceci  fait,  ce  qui  reste  de  la  pom¬ 
made  sera  frotté  sur  tout  le  reste  de  la  verge,  la  région  pubique 
et  en  avant  du  scrotum.  Le  prépuce  est  alors  ramené  en 

REV.  d’hVG.  XL  —  50 


78fi  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [264 1 

avant.  Ne  pas  essuyer  la  pommade  [la  pommade  dotit  être  ainsi 
étendue  par  le  malade  sous  la, surveillance  de  l’aide).  . 

7®  Recouvrir  la  verge  avec  du  papier  gaze,  et  laisser  en  étal, 
pendant  trois  heures,  et  le  malade  sera  averti  de  se  Retenir 
d’uriner  pour  quatre  heures. 

V.  —  ÉTABLlSSEtHENT  DE  CARTES  DE  RECORD  PROPRYLACTIC. 

•l*  Il  est  essen  tiel  que  les  caries  soient  établies^  dlune  manière 
convenable.  L’écriture  devra  en  être  nette  et  lisible.  Il  est.pré- 
fécable  d’imprimeries  lettres  du  nom  du  malade. 

2®  Toutes  les  cartes  seront  numérotées  par  série  dans  le  coin 
droit  supérieur  dans  l’ordre  dans  lequel  les  traitements  sont 
donnés. 

3°  L’aide  qui  donne  le  traitement  aura  bien  soin  démarquer 
la  date  et  l’heure  de  la-visite,  et  la  date  etl’beuredu  traitement 
et  de  signer  la  carte  dans  l'espace  réservé  pour  cela. 

4"  Si  le  malade  X...  a  quelque  maladie  vénérienne- au 
moment  du  traitement,  ce.sera  noté  en  haut  de  la  carie,  disant 
quelle  maladie  (écoulement,  chancre,  etc.)  et  le  médecin  sera 
prévenu  le  plus  tôt  possible. 

O®  Le  médecin  examinera  chaque  carte  soigneusement  et  y 
mettra  ses  initiales  dans  l’espace  réservé  pour  cela. 

6®  Les  instructions  imprimées  sur  les  cartes  seront  suivies 
soigneusemenL 

7®  Tout  manquement  ou  négligence  dans  les  soins  à  donner 
ou  dans  le  record  du’. traitement  prophylactique  vénérien  sera 
puni  disciplinairement. 

8®. l,es..  cartes  seront  conservées  pendant  Tkois  imois,  puis 
détruites. 

.9“  -Un  reporLmensuel  sur  le  nombre  de  traitements  donnés 
sern.£ait  à  ce  bureau  par  le  médecin  en  charge  de  chaque  for¬ 
mation  sur  le  «  Report  mensuel  des  maladies  vénérienjne.s  ». 

.  Remav,que.  — iTelle.estJa  notice, qui  réglemente  le.traitement 
el.le/Tonctioiuieinent;  ces, mesures  sont  incomplètes- et  ..sont 
après  le:  «.. coït. ».xe  ,que^ le  .préservatif  »  est  ;pendanl.:-il'-fau- 
dcait  ' pour  les. compléter  ajouter  üemploi  d’xn  .ga.r,gaEisme 
antiseptique  afin-  d’éviter  les  chancres  des'  lèvres  ou  des  amyg- 


[265]  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉÎ,’ÉJUENiVES  787 

dales  (je  l’ai  proposé  ti  M.  le  sous-secrétaire  d’État  au  Service 
de  Santé.  —  Rapport  mensuel,  mars  1918). 

Afoyensd’ assurer  rigoureusement  l'applicalion  de  celle  méthode. 
—  En  outre  des  visites  sanitaires  obligatoires  avant, le  .débar¬ 
quement  des  troupes,  deS  visites  «  bi-mensuelles  »  des  troupes 
de  la  garnison  et  des  mesures  habituelles,  existent  des  ordres 
spéciaux  qui  constituent  des  moyens  de  tout  premier  ordre 
pour  assurer  la  prophylaxie  des  maladies  vénériennes  et  parti¬ 
culièrement  l’application  des  systèmes  de  la  «  station  prophy- 
lactic  »  : 

а)  Les  hommes  qui  débarquent  ne  peuvent  bénéficier  que  de 
permission  ne  dépassant  pas  trois  heures;  des  permissions 
seront  rarement  accordées. 

б)  , Les  hommes  reconnus  malades  sont  consignés  au  camp 
où  ils  continuent  leur  service  en  suivant  leur  traitement  syphi¬ 
litique  ou  blennorragique,  et  l’hospitalisation  n’est  réservée 
qu’aux  cas  graves. 

c)  Les  hommes  de  l’équipage  des  navires  reconnus  malades 
ne  sont  pas  autorisés  à  débarquer;  ils  sontsoignés  à  leur  bord. 

d)  Au  retour  de  leur  permission,  les  hommes  doivent  se  pré¬ 
senter  à  l’entrée  du  camp,  où  un  homme  de  garde  les  conduit 
à  la  «  station  prophylactic  «  si  l’interrogatoire  a  prouvé  que 
ces  hommes  ont  eu  des  relations  avec  des  femmes. 

e)  Les  soldats  en  état  d’ivresse  «  seront  arrêtés  par  le  garde 
et  dirigés  sur  la  «  station  prophylactic  »  où  le  traitement  pro¬ 
phylactique  leur  .sera  appliqué  par  ,  le  sous-of/îcier  de  garde. 

f)  L’ofGcier  commandant  le  bataillon  ou  le  régiment  .est  un 
peurenduresponsable  du  nombre  d’invalidités  vénériennes  sur¬ 
venues  dans  sa  formation...  Un  rapport,  en  effet,  indi<)uera  au 
moment  du  départ  aux  armées  d’un  contingent  «  la  qualité,  la 
force  de  l’unité,  le  nom  de  l’officier  qui  la  commande  et  le 
nombre  d’invalidités  vénériennes  découvertes  ou  contractées 
par  les  hommes  de  cetÆe  unité  pendant  son  séjour  dans  les 
ports  de  débarquement,.,  ces  rnpports  serviront  de  base  pour 
déterminer  la  valeur  de  ces  officiers  et  l’opportunité  de  leur 
continuer  leur  commandement.  »  (Note  décembre  1917..) 

-g)  Tout  homme  qui  contractera  une  maladie  vénérienne 
pourra  être  traduit  en  conseil  de  guerre 'pour  avoir  contracté 


788  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [2661 

une  maladie  par  négligence,  une  condamnation  pécuniaire 
sera  la  meilleure  punition  (suppression  de  solde). 

Tels  aont,  en  résumé,  les  articles  disciplinaires  qui  vien¬ 
nent  permettre  l’application  rigoureuse  du  traitement  médical 
prophylactique  employé  dans  les  stations  de  prophylaxie. 

VI.  —  Valeur  DE  LA  MÉTHODE. 

Avant  l’application  du  système  prophylactique,  les  Améri¬ 
cains  avaient  à  déplorer  un  nombre  important  de  maladies 
vénériennes.  Les  chiffres  étaient  impressionnants.  Certains 
contingents  avaient  20,  45,  67,  80,  85  et  même  200  p.  4.000 
d’invalidités  vénériennes. 

En  octobre,  la  méthode  est  généralisée,  lès  maisons  de  tolé¬ 
rance  sont  consignées  et  nous  constatons  avec  stupéfaction  les 
résultats  suivants  : 


White  garnison  troops  de  X... 


Nov.  i917 

Dec.  1917 

Jan.  1918 

New  cases  this  month . 

'56 

59 

62 

Character  (  Syphilis . 

of  1  Cnancroïd  .... 

11 

13 

8 

28 

S 

17 

new  cases  (  Gonorrhée  .  .  .  . 

32 

23 

40 

Strengh  ot  Command . 

1.807 

2.830 

5.613 

Rate  per  1.000  •  •  •  ‘j 

30,9 

20,9 

11,4 

Black  garnison  troops  de  X... 


Nov.  1917 

Dec.  1917 

Jan.  1918 

New  cases  this  month . 

47 

44 

8 

5  ■ 

12 

0 

of  ]  Chaiicroïd  .  .  .  . 

29 

14 

4 

new  cases  (  Gonorrhée  .... 

13 

13 

4 

Strengh  of  Command  ..... 

3.733 

4.281 

3.777 

Rate  per  i.OOO ..... 

12,5 

10,2 

*2,11 

[267J  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  T89 

En  mars  1918,  les  résultats  sont  encore  plus  surprenants  et, 
sur  un  effectif  de  23.000,  on  trouve  64  invalidités  vénériennes, 
dont  syphilis  primaire  (4  cas). . 

La  valeur  de  la  méthode  est  donc  indéniable  et  il  est  inutile 
d’insister.  Si  maintenant  on  la  compare  aux  systèmes  prophy¬ 
lactiques  employés  jusqu’ici  chez  nous,  elle  est  bien  supérieure 
et  réunit  des  avantages  appréciables. 

Avantages  de  la  «  Station  prophylaclic  ». 

Les  Américains,  par  cette  méthode,  viennent  renverser 
toutes  nos  idées  sur  la  prophylaxie  des  maladies  vénériennes 
et  prennent  le  contre-pied  de  toute  notre  organisation  sani¬ 
taire.  Ils  négligent  complètement  la  réglementation  de  la 
femme  prostituée  ou  libre  et  par  contre  instituent  un  système 
réglementariste  chez  l’homme,  sans  pour  cela  nuire  en  quoique 
ce  soit  à, sa  liberté.  Les  avantages  que  donne  la  méthode  amé¬ 
ricaine  sont  de  première  importance  au  point  de  vue  médical 
et  social. 

Nos  mesures  prophylactiques  sont  en  effet  beaucoup  plus 
thérapeutiques  que  préventives  etse  bornent  à  ceci  :  «  soigner 
surtout  à  la  période  de  contagion  les  malades  atteints  de  mala¬ 
dies  vénériennes  pour  éviter  leur  diffusion  ».  Dans  ce  sens,  les 
'  efforts  les  plus  louables  ont  été  faits,  mais  il  est  préférable  de 
«  prévenir  une  maladie  »; 

Enfin,  un  autre  avantage,  non  moins  important,  nous  est 
apporté  par  cette  méthode. 

Les  conseils  d’hygiène,  l’emploi  du  «  traditionnel  préser¬ 
vatif»  constituent  tout  notre  système  préventif;  les  Américains 
(je  n’ai  pas  à  chercher  pourquoi)  ont  écarté  l’emploi  du  préser¬ 
vatif;  ne  savent-ils  pas,  comme  nous,  que  si  ce  dernier  pré¬ 
serve  des  maladies  vénériennes,  il  devient  pac  la  suite  un  ter¬ 
rible  engin  de  dépopulation?  N’ont-ils  pas  pensé  aussi,  comme 
nous,  du  reste,  que  le  préservatif  est  rarement  employé  parce 
que  l’homme, avant  le  coït,  est  capable  de  toutes  les  impru¬ 
dences  et  qu’il  ne  recouvre  sa  sagesse  et  sa  raison  qu’après  ! 

L'application  de  cette  méthode  est-elle  possible  chez  nous? 

Je  ne  sais  quel  accueil  le  poilu  français  ferait  à  l’inaugura¬ 
tion  des  postes  de  prophylaxie?  Néanmoins  l’expérience  est  à 


790  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  12681 

faire.  Comme  chez  nous,  il  ne  peut  s’agir  ni  de  punition,  ni  de 
suppression  de  solde  pour  assurer  l’application  rigoureuse  du 
traitement  prophylactique,  il  faut  simplement  compter  sur  «la 
crainte  des  maladies  vénériennes  »,  crainte  qui  envahit 
l’homme  après  le  coït. 

Conclusions.  —  L^es  Américains  nous  font  entrevoir  une 
méthode  prophylactique  moderne?  Appliquée  aujourd’hui  à 
l’armée*  elle  donne  des  résultaits,  appliquée  demain  dans  la 
société  elle  renforcera  nos  mesures  réglementaristes.  Pourquoi 
si  l’on  crée,  comme  je  l’ai  demandé  à  M.  le  sous-secrétaire 
d'Etat  du  Service]  de  Santé  dans  le  rapport  de  mars  1918,  des 
stations  prophylactiques  dans  l’armée,  ne  pas  aussi  les  créer 
dansies  villes  à  l’usage  des  deux  sexes. 

La  méthode  est  bonne,  et  on  peut  la  compléter  par  l’em¬ 
ploi  d?un  «  gargarisme  »  pour  éviter  les  chancres  de  la  bouche. 

Les  Américains  nous  indiquent  une  nouvelle  voie,  nous  ne 
devons  pas  hésiter  à  la  suivre,  et  créer,  non  seulement  dans 
l’armée,  mais  encore  dans  la  société,  cet  «  établissement  puri¬ 
ficateur  »  qu’est  la  «  Station  prophylactic  ». 


III 

Contage  et  prophylaxie  des  maladies  vénériennes. 

Pour  peu  que  l’on  veuille  rechercher  minutieusement  et  sin¬ 
cèrement  l’origine  de  la  contagion  des  maladies  vénériennes, 
on  est  surpris,  et  obligé  de  constater  combien  les  mesures  de 
prophylaxie  et  môme  les  règlements  actuels  de  la  prostitution 
sont  incomplets  et  souvent  sans  efifet.  Or,  la  recherche  des 
contages  est  peut-être  le  seul  élément  que  nous  ayons  pour 
connaître  et  juger  la  valeur  des  méthodes  prophylactiques  des 
maladies  vénériennes. 

Du  1"  juillet  1916  au  1"  avril  1918,  j’ai  soigné  1.889  véné- 

(1)  Â  V...,  en  Champagne,  j’ai  pu  voir  dans  un  cantonnement  où 
séjournaient  quelques  jours  des  troupes  américaines,  la  baraque  portant 
l’inscription  «  Station  prophylactic  ». 


(209]  PROPHTLAXIÈ  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  TOI 

riens.  Sur  ce  nombre,  262  appartenaient  à  des  syphilis  anciennes 
ou  à,  des  cas  à  contage  inconnu,  tandis  que  les  1  627  autres  cas 
étaient  des  cas  récents  pour  lesquels  la  contamination  relevait 
de  l’intérieur. 


Syphilis  primaire .  678 

Syphilis  secondaire  .  .  ■ . •  .  419 

Blenoorragie  aiguë  et  Orchites.  460 

Obancres  simples  ...  ; .  70 

Total  des  vénériens  ....  1.627 


Les  malades  atteints  de  ces  affections  sont  des  soldats;' des 
ouvriers;  Tous  ont  été  hospitalisés.  11  semble  intéressant  de 
donner  leur  situation  de  famille.  Le  tableau  suivantpermet  de 
voir  que  les  hommes. mariés  sont  assez  nombreux,  et  Lincuppr- 
tance  sociale  d’un  tel  nombre  est  assez  signihcative. 

a)  Age  et  situation  familiale  et  sociale  des  malades 
(1.097  syphilis). 


792 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


f27ü] 


b)  Blennorragie  et  chancres  simples  :  570. 

Les  âges  n’ont  pas  été  pris;  seule  la  situation  de  famille  est 
retenue.  Sur  570  vénériens,  on  trouve  : 


Célibataires . 317 

Mariés . . . 213 


Ce  n’est  pas  le  lieu  ici  de  développer  les  remarques  que 
peuvent  suggérer  ces  chiffres. 

En  résumé,  chez  ces  1.627  vénériens,  on  trouve  : 

-  1.053  hommes  célibataires  .  .  .  Dont  736  syph.  et  317  blennor. 

574  hommes  mariés . Dont  361  syph.  et  213  blennor. 

C'est  entre  dix-huit  et  vingt-cinq  ans  pour  les  célibataires  que 
la  syphilis  est  le  plus  fréquente,  et  entre  vingt-cinq  et  trente- 
cinq  ans  pour  les  hommes  mariés.  ' 

I.  —  Origine  du  contage. 

La  recherche  du  contage  est  certes  très  difficile  si  l’on  veut 
obtenir  le  nom  et  l’adresse  de  la  femme.  Dans  plus  de  la  moitié 
des  cas,  j’ai  pu  vérifier  les  renseignements  fournis  par  le 
malade.  Mais  on  peut  toujours  savoir  si  la  femme  que  le  malade 
accuse  appartient  à  la  prostitution  offlciellé,  à  la  prostitution 
clandestine  non  surveillée,  ou  aux  autres  classes  de  la  Société. 
Dans  les  deux  premiers  cas,  la  femme  a  été  rétribuée;  dans  le 
dernier,  il  n’y  a  pas  eu  rétribution.  Cet  interrogatoire  amène 
donc  fatalement  à  distinguer,  quant  à  l’origine  des  contages, 
deux  catégories  de  femmes  :  les  unes  qui  se  font  payer  et  les 
autres  qui  ne  réclament  aucune  rétribution.  D’où  les  trois  pro¬ 
stitutions  suivantes  : 

I»  a)  Prostitution  officielle  (rétribuée)  :  Femmes  de  maisons  de- 
tolérance  et  femmes  en  carte, 

6)  Prostitution  clandestine  (rétribuée)  :  Filles  de  café,  de  brasse¬ 
rie,  des  rues,  etc. 

2“  Femme  libre  (non  rétribuée)  :  Ouvrières  d’usine,  d’atelier,  etc. 
Modistes,  dactylographes,  etc.  Femmes  salariées.  (Dans  cette  caté¬ 
gorie,  rentrent  la  femme  mariée,  la  femme  légitime  du  mari  qu'elle 
contamine.) 


L271]  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  193 

Cette  distinction  en  3  catégories  est  vraie  tout  au  moins  pour 
les  malades  que  j’ai  traités,  c’est-à-dire  ;  soldats  et  ouvriers 
mis  en  sursis,  constituant  la  clientèle  hospitalière  des  centres 
dermato-vénéréoiogiques. 

Ce  tableau  met  en  présence  les  3  prostitutions  et  montre 
combien  les  règlements  ou  les  moyens  prophylactiques  sont 
insuffisauts.  11  montre  aussi  qu’ils  sont  de  valeur  différente 
pour  la  syphilis  et  la  blennorragie,  et  il  prouve  que  dans  plus 
de  moitié  des  cas,  ni  règlement,  ni  prophylaxie  n’ont  d’action  . 
Cette  pénible  constatation  oblige  à  rechercher  :  quels  sont  les 
points  faibles  de'  la  méthode  actuellement  pratiquée,  comment 
y  remédier  dans  la  prostitution  rétribuée,  et  quels  moyens 
pourraient  être  essayés  dans  la  prostitution  libre  non  rétri¬ 
buée. 


19i 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


A.  —  Maisons  de  tolérance. 

M.  le  Faivre*,  avec  toute  l’autorité  et  la  compétence  qu’il 
possède  en  la  matière,  a  trop  bien  montré  les  modifications 
urgentes,  nécessaires  et,  indispensables  à  apporter,  tant  dans 
les  règlements  de  la  prostitution,  que  dans  les  locaux  où  elle 
s’exerce.  Je  ne  me  permettrai  d’insister  que  sur  la  valeur  de  la 
visite  médicale. 

L’entente  des  ministères  de  la  Guerre  et  de  l’Intérieur. a  réa¬ 
lisé  des  progrès  appréciables  en  instituant  une  surveillance 
médicale  compétente  et  en  créant  des  services  annexes  pour 
les  traitements  de  début  et  de  sûreté  des  maladies  véné¬ 
riennes. 

a)  Syphilis  :  . 

En  ce  qui  concerne  la  syphilis, les  résultats  ont  été  heureux  : 

Sur  11097  syphilis,  210  cas  relèvent  des  maisons  dé  tolérance, 
(pour  les  primaires,  114  sur  678,  soit  16  p.  100;  et  pour  les 
secondaires,  96  sur  419,  soit  22  p.  100),  soit  une  moyenne  dé 
19  p.  lœ. 

Ces  diilfres  sont  encore  beaucoup  trop  élevés.  Ils  seront 
diminués,  j’en  suis  persuadé,  le  jour  où  dans  toutes  les  villes 
de  France  les  femmes  de  maison  et  les  filles  en  carte  seront 
examinées  par  un  médecin  réellement  spécialiste,  et  plus 
encore,  le  jour  où  les  municipalités  auront  souci  de  l’hygiène 
des: habitations  et  des  quartiers  de  ces  prostituées. 

b)  Blennorragies  :  «t 

'  La  visite  médicale,  telle  qu’elle  est  faite  actuellement,  n’a 
pas  assez  de  valeur,  et  j’ose  dire  qu’elle  en  a  trop  si  elle  est 
faite  bactériologiquement;  les^  résultats  sont  alors  déconcer¬ 
tants.  Une  femme,  en  effet,  qui  se  prostitue  tous  les  soirs,  et 
même  plusieurs  fois  par  soirée,  avec  des  hommes  différents, 
.contracte  fatalement  et  em  peu  de  temps  une  blennorragie,  et, 
par  la  suite,  présente  un  écoulement  chronique  pouvant  deve¬ 
nir  contagieux  d’un  moment  à  l’autre,  pour  de  multiples  rai¬ 
sons  trop  connues.  Aussi  l’examen  clinique  seul,  s’il  permet  de 
dépister  les  blennorragies  aiguës  qu’une  femme  ne  peut  dissi- 

1.  Revue  d'hygiène,  septembre,  octobre,  novembre  1917. 


1213 1  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  195 

muler,  est  nettement  insuffisant  dans  le  cas  des  blennorragies 
chroniques  ou  anciennes.  Seuls  les  prélèvements  :  1®  du  liquide 
urétral;  2®  des  sérosités  du  col  ou  des  culs-de-sac  vaginaux, 
peuvent  donner  des  renseignements  certains. 

J’ai  pu,  sur  3i4  femmes,  faire  de  double  prélèvement,  et  les 
examens,  ^près  coloration  au  Gram,  ont  donné  des  résultats 
suivants  : 

FBHMES  IXAMINËBS 

{proslîfution 
officielle)  : 

314 

Les  résultats  positifs  provenaient  beaucoup  plus  souvent 
■des  prélèvements  du  col  et  des'  culs-de-sac  vaginaux  que  de 
l’urètre. 

Les  visites  étaient  inopinées.  Malgré  cela,  les  femmes  trou¬ 
vaient  le  temps  d’uriner  ou  de  se  laver  avec  une  éponge  imbi¬ 
bée  d’eau  froide,  ce  qui  rendait  souvent  l’examen  difficile  et  le 
prélèvement  mauvais  ou  incomplet.  Plusieurs  de  ces  femmes 
avaient  déjà  été  hospitalisées  pour  blennorragies.  A  leur  sor¬ 
tie,  elles  ne  présentaient  plus  d’écoulement,- mais  quelques 
semaines  après,  nouvel  écoulement,  à  gonocoque,  bién  entendu. 

Nous  en  concluons  que  l'examen  baclériologique  esl  indispen¬ 
sable  pour  dépister  une  blennorragie,  et  cela  à  chaque  visite. 
C’est  à  cette  seule  condition  que  la  visite  médicale  de  ces 
femmes  aura  toute  sa  valeur. 

Le  nombre  élevé  des  malades  (blennorragie),  contaminés 
dans  les  maisons  de  tolérance,  reconnaît  encore  une  autre 
cause.  Actuellement  les  femmes  en  maison  sont  trop  peu  nom¬ 
breuses  pour  le  nombre  de  clients  qu’elles  ont  à  satisfaire,  et,  de 
CB  fait,  ont  des  coïts  répétés,  trop  fréquents.  Ne  deviennent- 
elles  pas  ainsi  un  hôte  de  passage  pour  les  germes  vénériens, 
surtout  blennorragiques,  germes  qui  deviennent  pour  la  suite 
de  la  clientèle  de  la  soirée  la  véritable  source  de  la  contagion? 
11  n’est  pas  inutile  de  rappeler  qu’entre  chaque  coït,  la  femme 
ne  prend  jamais  d’injection.  (Je  parle  des  maisons  à  bas  prix, 
■et  ce  sont  les  plus  nombreuses.) 

Aussi,  dans  de  telles  conditions,  ne  doit-on  pas  s’étonner 


GONOCOQDES  GOSOCOQUEG  .  NÉGATIVES 

[intra-  \extra- 

cellùlaire)  :  cellulaire)  : 

55  108  151 


796  '  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [274] 

que  l'homme  contracte  beaucoup  plus  souvent  dans  les  mai¬ 
sons  de  tolérance  la  blennorragie  que  la  syphilis?  Des  mesures 
hygiéniques  s’imposent.  En  dehors  de  celles  si  bien  énoncées 

5ar  M.  Faivre,  il  en  est  d’autres  qui  peuvent  avoir  leur  valeur, 
’y  reviendrai  plus  loin. 

B.  —  Femmes  isolées. 

Cette  femme,  qui  répond  injustement  au  nom  de  «  femme 
en  carte  »,  est  la  plus  abandonnée  de  toutes  les  prostituées. 
Les  règlements  sont  tels  que  la  police  inscrit  cette  femme,  non 
pas  parce  qu’elle  se  prostitue,  mais  parce  qu’elle  vole,  qu’elle 
racole,  qu’elle  fait  du  tapage,  etc.  C’est  donc  dans  un  but  poli¬ 
cier  et  non  médical  que  cette  femme  est  mise  en  carte  et  sou- 
rûise  à  une  réglementation  qui  varie  suivant  chaque  ville. 
Cette  femme,  dès  qu’elle  est  mise  en  carte,  ne  peut  plus  d’ail- 
leur  se  prostituer  dans  les  endroits  habituels;  d’autres  femmes 
non  surveillées  la  remplacent  :  elle  devient  de  ce  fait  un 
chasseur  muni  d’un  permis  de  chasse  auquel  on  enlève  un  ter¬ 
rain  de  chasse.  Aussi  le  nombre  de  ces  prostituées  est-il  déri¬ 
soire  :  à  Nantes,  il  y  avait  en  1916-1917  7ô  femmes  inscrites.  11 
n’y  avait  donc,  offieiellemeut  à  Nantes  que  76  femmes  à  se 
prostituer.  La  police  ne  connaît  officiellement  comme  prosti¬ 
tuées  que  cette  catégorie  de  femmes.  Le  tableau  si  documenté 
de  M.  Faivre  donne  les  mêmes  proportions  pour  les  autres 
villes. 

En  août  1917,  je  proposais  à  M.  le  maire  de  la  ville  de  Nantes 
de  modifier  les  règlements  de  la  prostitution  de  la  façon  sui¬ 
vante  :  élargir  l’inscription  et  lui  donner  un  caractère  médical 
et  non  policier;  classer  les  prostituées  en  deux  catégories  bien 
distinctes  ;  1“  la  femme  en  carte  que  son  racolage^scandaleux 
oblige  à  soumettre  au  contrôle  médical  et  policier;  2°  la  femme 
clandestine  non  surveillée,  que  le  fait  seul  de  se  prostituer 
oblige  au  nom  de  l’hygiène  à  soumettre  uniquement  au  con¬ 
trôle  médical.  Pour  arriver  à  ce  résultat,  il  faut  autoriser  cette 
femme  à  se  prostituer  tout  comme  elle  le  fait  maintenant,  dans 
les  cafés,  les  cinémas  et  music-halls,  à  condition  qu’elle  le 
fasse  sans  scandale,  c’est-à-dire  discrètement,  mais  l’obliger  en 
retour  à  se  présenter  à  une  visite  médicale. 


[275]  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  797 

Celle  femme  acceptera  ces  conditions,  si  elle  sait  que  les 
règlements  de  la  prostitution  isolée  ne  lui  seront  pas  appliqués. 
Tout  est  là.  Elle  acceptera  la  surveillance  médicale,  si  elle  sait 
que, la  Jiolice  distingue  deux  catégories  de  femmes  :  la  femme 
en  carte  soumise  aux  règlements,  et  la  femme  clandestine  sur¬ 
veillée  médicalement,  et  si  elle  sait  encore  que  les  services 
médicaux  feront  la  même  distinction.  Les  locaux  affectés  à  la 
visite  des  femmes  de  maison  ou  des  filles  en  carte  ne  doivent 
donc  pas  servir  aux  examens  médicaux  imposés  à  la  clandes¬ 
tine  surveillée  ;  ils  ne  doivent  même  pas  être  dans  les  mêmes 
quartiers.  «  On  ne  pourra  obliger  à  la  visite  médicale  une 
ft  clandestine  prostituée  »  que  le  jour  où  on  lui  assurera  cette, 
visite  dans  un  local  propre  et  différent  de  celui  des  femmes 
réglementées.  » 

De  cette  façon,  le  but  sanitaire  et  social  est  atteint.  Telle  est 
la  propositiou  que  je  soumis,  en  août  1916,  aux  autorités  civiles 
de  la  ville  de  Nantes.  La  lecture  du  beau  travail  de  M.  Faivre, 
paru  quelques  mois  après  dans  cette  même  revue  (septembre- 
octobre-novembre  1917),  me  confirma  dans  cette  façon  devoir, 
et  le  6  mars  1918,  j’eus  le  plaisir  de  voir  adopter  mon  pro¬ 
gramme  dans  une  réunion  que  je  provoquais  et  à  laquelle 
prirent  part  le  commandement,  M.  le  préfet  et  les  autorités 
civiles  de  la  Xl“  région.  A  cette  date,  un  rapport  fut  envoyé  au 
ministère  de  l’Intérieur.  Depuis,  ce  système  fonctionne, 
paraît-il,  à  Nantes!  Mon  départ  subit  aux  armées  ne  m’a  pas 
permis  d’en  observer  les  résultats. 

,  G.  —  Prostitution  clandestine. 

Ce  que  je  viens  d’écrire  m’évite  des  redites.  La  clandestine, 
qui  est  la  vraie  prostituée  non  surveillée,  doit  donc  rentrer 
dans  la  catégorie  précédente,  c’est-à-dire  «  Femmes  clandes¬ 
tines  surveillées  médicalement,  et  non  réglementées  ». 
Qu’importe  à  celte  femme  de  passer  une  visite  médicale  une 
fois  par  semaine,  si  on  la  laisse  se  prostituer  demain  là  où  elle 
se  prostituait  hier,  et  si  on  lui  fait  passer  la  visite  dans  un  local 
différent  de  celui  de  la  femme  en  carte?  ebe  aura  vite  choisi  le 
jour  qui  convient  à  sa  hiérarchie,  et  la  sélection  se  fera  d’elle* 
même. 


198  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [216J 

En  résumé,  la  femme  en  carte  et  la. clandestine  sont  deux 
prostituées  bien  distinctes  :  l’une  se  prostitue  avec  scandale, 
L’autre  le  fait  discrètement.  Puisque  la  prostitution  est  de  tous 
les  âges,  il  faut  adapter  aux  différentes  prostitutions  des 
méthodes  également  différentes. 

D.  —  Femmes  libres  (non  rétribuées). 

,  Déjà,  avant  la  guerre,  celte  prostitution  existait  biernin  peu  ; 
il  est  inutile  de  dire  pourquoi  elle  a  augmenté  depuis.  Actuel¬ 
lement,  ces  nouvelles  prostituées-'entrent  pour  plus  de  moitié 
dans  les  contages  de  syphilis  : 

1°  Sur  .678  primaires,  389  femmes  appartiennent  à  cette  caté¬ 
gorie,  soit  57,2  p.  100  (sur  ce  chiffre,  29  femmes  mariées 
contaminaient  un. apoant,  et  33  femmes  légitimes  contaminaient 
leur  mari)  ; 

2°  Sur  419  syphilis  secondaires,  202  cas  (soit  48  p.  100); 

3®  Sur  530  vénériens,  234  cas  (soit  44  p.  100). 

Au  total  :  sur  1.097  syphilis,  591  sont  dues  à  ces  femmes, 
soit  plus  de  moitié;  et  sur  1.627  vénériens,  825,  soit  plus  de 
moitié. 

Ces  chiffres  ne  sont  pas  pour  nous  surprendre,  mais  plulôt 
pour  nous  effrayer,  et  de  ce  fait,  le  problème  de  la  prophylaxie 
des  maladies  vénériennes,  se  pose  sous  un  autre  aspect  pour 
l’homme,  et  même  pour  la  femme.  Cette  nouvelle  clandestine, 
cette  prostituée,  vit  actuellement  comme  l’homme  :  elle 
travaille,  elle  devient  son  égale;  ses  salaires  sont  élevés,  elle 
se  suffit  donc  à  elle-même,  et  la  place  qu’elle  occupe  dans 
l’usine,  l’atelier,  etc.,  lui  donne  une  nouvelle  promiscuité.  Il  ne 
faut  donc  plus  s’étonner  de  voir  la  femme  faire  maintenant  ce 
que  l’homme  a  fait  de  tous  temps.  Ces  femmes  ont  un  métier 
et  ne  vivent  pas  de  prostitution;  elles  se  prostituent  pour  leur 
bon  plaisir,  et  aucune  réglementation  ne  peut  leur  être  appliquée , 
pas  plus  iqu’ù  llhomme. 

Néanmoins,  il  importe  d’enrayer  le  mal.  L’hygiène  est 
capable  de  limiter  les  progrès  des  maladies  vénériennes,  et 
c’est  avec  timidité  que  j’ose  proposer  la  vulgarisation  de  la 
méthode  prophylactique  américaine,  en  vue  de  son  application 
à  la  société  tout  entière. 


[2771 


PUOPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES 


799 


II.  —  Proposition. 

Les  Américains  viennent  de  rapatrier  chez  nous  une  méthode 
prophylactique  qui  leur  donne  les  meilleurs  résultats  :  ils  ont 
abaissé  en  5  mois  leurs  invalidités  vénériennes  (qui  étaient  de 
20,  40,  80,  200  p.  1.000),'au  taux  de  2,11  p.  1.000. 

Il  est  inutile  de  rappeler  en  quoi  la  méthode  consiste  :  dans 
les  3  heures  qui  suivent  le  coït,  lavage  des  parties  génitales  et 
périgénitales,  injection  intra-urétrale  de  protargol  à  1  p.  100, 
onction  avec  la  pommade  au  calomel;  j’ai  proposé  d’ajouter  vu 
gargarisme  pour  éviter  les  chancres  buccaux. 

Cette  méthode  est,  avant  tout,  individuelle.  Elle  peut  donc 
trouver  son  application  chez  la  prostituée  isolée  Ou  en  mai'^on, 
et  aussi  dans  la  société.  Elle  renforce  incontestablement  la 
méthode  réglementaire  et,  au  point  de  vue  social,  laisse  loin 
derrière  elle  le  néfaste  préservatif. 

Application  de  la  méthode  prophylactique  am&i'icaine. 

a)  Maisons  de  tolérance  : 

Rien  n’est  plus  simple  que  d’exiger  de  la  propriétaire  et  de 
la  femme  de  maison  un  petit  nécessaire  prophylactique.  Le 
médecin  en  surveillerait  le  bon  état;  des  instructions  affichées 
dans  chaque  chambre  indiqueraient  le  mode  d’opérer,  et  le 
double  matériel  prophylactique  installé  dans  chaque  chambre 
servirait  non  seulement  A  la  femme,  mais  aussi  au  client.  - 

b)  Femme  isolée  réglementée  et  clandestine  surveillée  médica¬ 
lement  non  réglementée. 

La  réalisation  est  ici  plus  difficile,  mais  si  les  solutions,  les 
pommades  sont  distribuées  gratuitement  le  jour  de  visite  à  ces 
femmes,  celles-ci  appliqueront  peut-être  la  méthode  dans  un 
but  de  sécurité  personnelle.  Cette  pratique  sera  bien  établie  le 
jour  où  l'homme,  également  avisé,  désirera  trouver  chez  la  fille 
•  de  noce  le  nécessaire  exigé. 

c)  Dans  la  société  : 

1°  A  l'armée.  —  Ayant  pu  étudier  près  des  Américains  les 
résultats  heureux  obtenus  dans  les  «  stations  prophylactiques  », 
je  n’hésitais  pas,  dès  février  19L8,  à  proposer  à  M.  Mourier, 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


|278] 

sous-secrélaire  d’Étatdu  Service  de  Santé,  d’essayer  lamèthode 
dans  la  Xl“  région.  J’espère  qu’elle  sera  appliquée  un  jour  ;  le 
succès  obtenu  chez  les  Américains  est  un  véritable 'ensei¬ 
gnement  qu'on  ne  saurait  négliger. 

2“  Dans  le  civil  :  slationp7'ophy lactique  publique.  —  11  semble 
ridicule,  de  proposer  la  création  de  «  ^tâtions  prophylactiques 
publiques  ».  Rien  n’est  choquant  dans  le  nom,  qui  peut  être 
conservé;  nous  voyons  tous  les  jours,  à  la  4®^ page  des  jour¬ 
naux,  des  réclames  autrement  dangereuses  et  immorales.  Or, 
le  but  à  atteindre  est  de  préserver  la  société  ;  il  faut  donc  lui 
faire  connaître  les  moyens  de  protection  dont  elle  dispose,  et, 
par  conséquent,  donner  une  publicité  discrète  à  ces  instal¬ 
lations  modernes,  notamment-  en  obligeant  les  journaux  à 
indiquer  la  ou  les  stations  prophylactiques,  telle  rue,  tel 
numéro,  tel  quartier,  ouvertes  jour  et  nuit.  Cette  publicité  serait 
quotiilienne.  Le  nombre  des  postes  de  prophylaxie  serait 
variable,  suivant  l’impostance  de  la  ville. 

«  Ces  établissements, devraiéni  être  d'emblée  sous  le  contrôle  du 
ministère  de  l'Intérieur  et  constitueraient  de  véritables  services 
publics,  afin  d'ôter  aux  charlatans  une  nouvelle  occasion 
d'exfiloiler  la  société.  Ces  postes  seraient  confiés  à  des  hommes, 
des  infirmiers  mutilés,  par  exemple.  Le  directeur  du  Bureau 
d’hygiène  ou  le  médecin  chargé  de  la  surveillance  et  du  trai¬ 
tement  médical  dans  les  services  annexes  seraient  chargés  de 
les  i nspecter  à  l’improviste  et  d’assurer  un  bon  fonctionnement. 

Que  donneraient  de  telles  organisations?  D’autres  plus  expé¬ 
rimentés  que  moi  pourront  mûrir  ou  rejeter  cette  idée.  Je  crois 
qu’avec  certaines  modifications  dé  détail,  trop  longues  à  déve-' 
lopper  ici,  ces  services  donneraient  d’excellents  résultats.  Ces 
mesures  prophylactiques  sont  «  post  coïtum  »;  or,  il  ne  faut 
pas  oublier  que  l’homme  ne  craint  les  maladies  vé,nériennes 
qu’après  le  coït.  Ces  mesures  prophylactiques  paraissent  donc 
excellentes. 

Beaucoup,  peut-être,  iraient  demander  à  ces  stations  la  pro- 
teciion  contre  la  mala  lie  reiloulée  ;  ceux  qui,  par  timidité, 
n’osrraienls’y  présenter,  appliqueraient  eux-mêmes  la  méthode 
ou  frapperaient  à  la  porte  d’un  médecin. 

Ces  stations  prophyladiques  apprendraient  ainsi  l'hygiène  à 
la  société,  et,  devant  cette  vulgarisation,  l’homme  réclamerait 


[219J  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  801 

de  la  femme  les  mêmes  soins  hygiéniques.  La  méthode  péné¬ 
trerait  ainsi  dans  la  maison  de  tolérance,  dans  la  chambre  de 
la  prostituée,  rétribuée  ou  non  rétribuée. 

Conclusions.  Elles  peuvent  être  résumées  ainsi  ; 

I.  —  Il  existe  trois  prostitutions  bien  distinctes  :  la  première, 
réglementée  par  la  police,  surveillée  médicalement  (c’est  la 
prostituée  de  maison  et  la  fille  en  carte);  la  deuxième,  non 
réglementée  uniquement  soumise  à  la  visite  médicale',  libre  de  se 

■  prostituer  partout  où  elle  voudra  (sans  scandale)  :  c’est  la  clan¬ 
destine  prostituée.  Ces  deux  premières  prostitutions  appar¬ 
tiennent  à  ce  que  nous  avons  appelé  la  prostitution  rétribuée; 
la  /romème,  libre,  appartient  à  toutes  les  classes  laborieuses  et 
autres  de  la  société  (hommes  et  femmes). 

II.  —  A  chacune  de  ces  catégories,  apporter  des  méthodes 
prophylactiques  différentes,  et  modifier  les  anciennes. 

fl)  Exiger  l’hygiène  de  la  maison  de  tolérance  ;  assurer  la 
surveillance  médicale,  non  seulement  par  la  clinique,  mais 
aussi  par  le  laboratoire  (blennorragie)  ;  dotef  chaque  chambre 
de  prostituée  d’un  double  nécessaire  prophylactique. 

b)  Réserver  l’inscription  de  filles  en  carte  à  ces  femmes  qui 
sont  plus  que  des  prostituées  et  que  leur  vie  scandaleuse,  faite 
de  vol,  ou  d’entôlage,  oblige  à  soumettre  à  de  telles  mesures. 
En  outre,  unifier  pour  toutes  les  villes  de  France  les  règlements 
de  la  prostitution. 

c)  Distinguer  très  nettement  la  prostituée  clandestine  de  la 
femme  en  carte;  ne  pas  la  soumettre  à  l’inscription,  la  laisser 
libre"de  se  prostituer  dans  les  lieux  réputés  comme  tels;  exiger 
d’elle  la  visite  médicale. 

d)  Créer  des  salles  de  visites  modernes,  qui  n’auront  rien  de 
commun  avec  les  locaux  de  la  police,  et  qui  seront  différents 
de  ceux  affectés  aux  prostituées  réglementées. 

e)  Créer  des  postes  de  prophylaxie  ;  faire  connaître  la  méthode 
aux  prostituées,  l’enseigner  à  l’homme  et  mettre  à  sa  dispo¬ 
sition,  à  la  caserne  et  dans  la  société,  des  établissements  où 
l’on  appliquera  le  système  de  la  «  station  prophylactique  » 
américaine. 

Je  n’ai  envisagé  qu’un  bien  petit  côté  de  la  lutte  contre  les 
maladies  vénériennes,  mais  pour  faire  une  bonne  prophylaxie, 
REV.  d’uïG.  XL  —  51  ■ 


802  '  SbCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [280] 

il  faut  savoir  changer  quelquefois  de  méthode.  L’erreur,  en 
matière  de  prostitution,  est  toujours  venue  de  la  méconnais¬ 
sance  de  la  hiérarchie  des  prostituées.  Solon  faisait  une 
distinction  entre  la  diclériade,  l’aulétride  et  l’hétaïre  ;  nous 
avons  oublié  que  ces  trois  catégories  existent  encore  de  nos 
jours.  Làest  toute  l’erreur. 

En  outre,  les  moyens  prophylactiques  ont  toujours  été  plus 
thérapeutiques  que  vraiment  préventifs  ;  les  maladies  véné¬ 
riennes  sont  des  maladies  individuelles,  les  moyens  de  lutte 
contre  elles  doivent  donc  avoir  le  même  caractère. 

Enfin  l’hygiène  reprend  tous  ses  droits  là  où  il  ne  peut  être 
question  de  réglementation,  et  elle  doit  être  assurée  par 
l’application  de  la  méthode  de  prophylaxie  individuelle  que 
l’Amérique  vient  de  rapatrier  en  France. 


Discussion. 

M.  le  U'  Faivre.  —  M.  le  D'  Gouin,  qui  est  aux  armées,  m’a  de¬ 
mandé  de  présenter  en  son  nom  à  la  Société  trois  communications, 
dont  deux  relatives  à  la  prophylaxie  des  maladies  vénériennes  et  à 
leur  traitement  chez  les  soldats  américains;  la  troisième  reproduit 
les  intéressantes  observations  faites  par  l’auteur  alors  qu’il  était  à  la 
tête  du  centre  vénéréologique  de  Nantes.  (Suit  une  brève  analyse 
des  communications  reproduites  dans  le  présent  numéro.) 

Les  intéressants  renseignements  donnés  par  M.  le  D''  Gouin  sur 
■  les  stations  pi’ophylactiques  de  l’armée  américaine  font  souhaiter 
que  l’on  obtienne  chez  nous  de  semblables  résultats.  Malheureuse¬ 
ment  dans  notre  armée  où  M.  Ghéron,  alors  qu’il  était  sous-secré- 
taire  d’Élat  à  la  guerre,  a  fait  une  première  application  de  la 
méthode,  les  sanctions  font  défaut,  et,  sans  sanctions,  on  n’obtient 
rien.  Peut  être,  à  défaut  de  la  privation  de  solde,  dont  il  ne  saurait 
être  question  chez  nous  parce  que,  contrairement  à  ce  qui  se  passe 
chez  les  Américains,  cette  solde  est  insignifiante,  pourrait-on  priver 
de  toute  permission  de  sortir  le  soldat  qui  a  contracté  une  maladie 
vénérienne  sans  ayoir  cherché  à  se  prémunir  par  le  passagi-  à  la 
station  prophylactique? 

Quel  résultat  donnera  dans  le  milieu  civil  l’emploi  de  la  méthode? 
Nous  allons  le  savoir.  Sur  la  proposition  de  la  Commission  spéciale 
constituée  au  ministère  de  l’Intérieur,  une  «  station  hygiénique 
antivénérienne  «  vient  d’être  ouverte  à  l’Hôtel-Dieu,  et  une  antre, 
due  à  l’initiative  de  M.  le  Hudelo,  vient  de  l’être  à  l’hôpital 


[281J  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES  803 

Broca.  Avis  de  ces  créations  est  donné  par  le  ministère  de  l’Inté¬ 
rieur  aux  chefs  des  grands  établissements  universitaires  ou  d’ensei¬ 
gnement  libre  fréquentés  par  de  grands  jeunes  gens. 

M.  Richoü.  —  Les  méthodes  prophylactiques  employées  par  les 
Américains  sont  très  intéressantes  et  donnent  de  bons  résultats, 
cependant  j’ai  pu  me  rendre  compte  personnellement  que  leur  effi¬ 
cacité  n’est  pas  absolue. 

M.  LE  Président.  —  Les  stations  prophylactiques  constituent  un 
réel  progrès  dans  la  lutte  contre  les  maladies  vénériennes,  mais  ne 
suffisent  pas  à  elles  seules  à  solutionner  la  question.  Il  en  existe 
déjà  un  certain  nombre,  mais  on  n’y  va  pas. 

II  faut  que  l’éducation  de  la  population  soit  faite  et  les  indica¬ 
tions  données  par  M.  le  D'  Gouin  sur  les  procédés  américains  sont 
très  intéressantes  à  ce  sujet. 

.  J’approuve  absolument  la  manière  de  voir  à  ce  sujet  de  M.  le 
b.*'  Faivre  et  les  méthodes  qu’il  préconise. 

Il  est  tout  à  fait  indiqué  de  punir  l'homme  qui  est  atteint  d’une 
maladie  vénérienne,  non  parce  qu’il  a  eu  le  malheur  d’être  conta¬ 
miné,  mais  parce  qu’il  n’a  pas  pris  de  précautions  prophylactiques 
et  fait  usage  des  facilités  mises  à  sa  disposition  dans  ce  but. 

M.  le  D'  Chassevant.  —  Les  méthodes  prophylactiques  contre  lés 
maladies  vénériennes  mises  en  œuvre  par  l’armée  américaine  ont 
été  mises  en  œuvre  avant  la  guerre  dans  l’armée  française. 

M.  Chéron  avait  prescrit  l’organisation  des  cabinets  de  prophy¬ 
laxie  dans  les  infirmeries;  les  cabinets  existent  encore  dans  les 
casernes  et  sont  fréquentés,  lorsque  le  médecin  chef  y  tient  la  main. 

A  l'École  polytechnique,  par  exemple,  l’organisation  de  ces  cabi¬ 
nets  est  très  bien  comprise,  à  proximité  de  chaque  dortoir,  en  an¬ 
nexe  aux  lavabos,  un  petit  cabinet  est  disposé  avec  bidet  à  eau  cou¬ 
rante,  bock  à  injection,  permanganate  et  pommade  au  calomel. 

Chaque  année,  à  la  rentrée,  le  médecin  chef  fait  une  conférence 
sur  les  maladies  vénériennes  et  leur  prophylaxie  ;  ce  n’est  du  reste 
que  l’application  de  règlements  communs  à  tous  les  corps  de 
trqupe. 

Les  Américains  ont  ajouté  l’obligation  et  des  sanctions  pécu¬ 
niaires  à  tout  contrevenant.  Il  faut  dire  que  la  discipline  américaine 
est  beaucoup  plus  slri’cte  que  la  d  sciplme  irançaise.  A  ce  point  de 
vue  nous  avons  tout,  à  apprendre  de  nos  alliés  transatlantiques. 

Le  soldat  américain  est  beaucoup  plus  respectueux  des  règlements 
que  le  poilu  français. 


804 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


1282] 


PROGRAMME  DE  TRANSFORMATION 
de  la  Société  de  Médecine  publique  et  de  Génie  sanitaire. 

ACTION  QU  ELLE  DOIT  EXERCER 
par  M.  le  D'’  E.  MARCHOUX,  secrétaire  général. 

Jusqu’ici,  la  Société  de  Médecine  publique  et  de  Génie  sani¬ 
taire  a  accompli  avec  honneur  la  tâche  qu’elle  s’était  fixée  lors 
de  sa  fondation.  Toutes  les  grandes  questions  d’hygiène  ont 
été  étudiées  et  traitées  par  ses  membres.  Les  discussions,  qui 
se  sont  produites  dans  son  sein,  ont  servi  à  éclairer  la  marche 
des  administrations  qui  ont  eu  le  souci  des  grands  travaux 
•  exécutés  depuis  qu’elle  existe. 

Aujourd’hui,  cette  période  ne  peut  pas  être  considérée 
comme  close.  11  y  aurait  de  notables  améliorations  à  apporter, 
même  dans  les  aménagements  hygiéniques  les  plus  complets 
Mais  ce  serait  perdre  notre  temps  que  de  chercher  à  les  obtenir 
par  les  moyens  que  nous  avons  déjà  employés.  11  nous  faut,  je 
crois,  changer  de  mélhode  et  diriger  notre  activité  dans  un 
autre  seps.  Dans  notre  dernière  réunion,  un  homme  de  beau¬ 
coup  de  sens  et  d’esprit  essentiellement  pratique,  M.  Louis 
ForesI,  nous  disait  avec  raison  que  nous  devions  nous  atta¬ 
cher  à  faire  l’éducation  hygiénique  de  la  nation.  Nous  verrons 
tous  CCS  perfectionnements,  pour  lesquels  nous  lutterions  vai¬ 
nement  aujourd’hui,  se  produire  alors  spontanément. 

Noire  Société,  par  l’ancienneté  de  son  existence,  par  sa 
couipoiition,  par  le  nombre  et  la  qualité  de  ses  membres,  est 
mieux  à  même  qu’aucune  autre  d’exercer  une  influence. 

Si  vous  vous  en  souvenez,  avant  la  guerre,  dans  le  l"  semestre 
de  1914,  j’avais  eu  l’honneur  de  soumettre  à  vos  méditations 
tout  un  programme,  sur  lequel  nous  devions  discuter  à  la  ren¬ 
trée.  La  guerre  est  survenue  et  d’autres  préoccupations  plus 
graves  ont  pris  la  place  de  celles-là.  .Maintenant  que  le  drame 
est  terminé,  maintenant  que  la  victoire  va  faire  surgir  une 


[2831  programme  DE  TRANSFORMATION  DE  LA  SOCIÉTÉ  805 

France  nouvelle,  le  moment  me  paraît  venu  de  reprendre  le 
projet  ancien  et  de  le  soumettre  à  votre  approbation. 

Je  vous  propose  d’entrer  nettement  dans  la  voie  de  l’action 
et  de  ne  plus  limiter  notre  rôle  à  des  discussions  trop  souvent 
stériles.  Une  belle  et  florissante  Société  française,  dont  l’in¬ 
fluence  s’est  traduite  par  les  plus  heureux  effets,  doit  nous 
tracer  notre  route.  Je  veux  parler  du  Touring-Club  de  France. 
Pourquoi  ne  deviendrions-nous  pas  l’Hygienic-Club  de  France? 

Vous  me  direz  que  la  puissance  du  Touring-Club  dépend  du 
nombre  de  ses  membres  et  de  la  publicité  dont  il  dispose. 
Évidemment,  nous  comptons  peu  à  côté  de  cette  imposante 
organisation.  Mais  l’avenir  est  à  nous,  si  nous  savons  profiter 
du  courant  d’opinion  actuel. 

Notre  Société  se  compose  de  membres  payant  une  cotisation 
assez  élevée  qui  en  limite  le  nombre.  Il  nous  faut  admettre  des 
adhérents  à  S  francs  et  organiser  des  Comités  régionaux.  Il 
nous  faut  éditer  nous-mêmes  un  bulletin  d’information,  de 
propagande  et  de  publicité.  Nous  en  ferons  le  service  à  tous 
nos  adhérents  et  nous  demanderons  à  chacun  d’eux  de  se  con¬ 
sidérer  comme  représentant  qualifié  de  la  Société  pour  faire 
aboutir  notre  programme  et  pour  signaler  à  notre  bureau 
central  les  campagnes  à  faire  ou  l'action  nouvelle  à  exercer. 

Je  suis  persuadé  que  nous  trouverons  tous  les  grands  quo¬ 
tidiens,  tous  les  périodiques  prêts,  à  entreprendre  avec  nous 
une  véritable  croisade.  Nous  savons  déjà  combien  tous  les 
grands  journaux  se  sont  employés  à  faire  l’éducation  hygié¬ 
nique  de  la  population  française. 

Notre  programme  est  toujours,  je  tiens  à  le  déclarer,  sus¬ 
ceptible  d’extension  ou  de  modification.  Il  n’est  fixe  que  dans 
le  but  à  atteindre.  Actuellement  il  me  paraît  que  nous  pouvons 
diriger  notre  action  dans  deux  directions  : 

L’éducation  de  l’enfance  et  l’éducation  de  la  population. 

L’éducation  de  l’enfance  n’est  possible  qu’avec  le  concours 
de  l’Université  et  du  corps  enseignant.  Elle  ne  peut  porter  des 
frùits  que  si  elle  sort  de  la  théorie  pour  entrer  dans  le  domaine 
pratique.  L’hygiène,  comme  la  plupart  des  autres  sciences,  ne 
s’enseigne  pas  avec  des  mots,  mais  avec  des  actes.  Apprenons 
aux  enfants  ce  que  sont  l’ordre  et  la  propreté.  Nous  aurons 
acquis  déjà  un  beau  résultat  qui  amènera  peu  à  peu  le  goût  de 


[284} 


806  SOCIÉTÉ  DÉ  MÉDECINE  PUBLIQUE 

la  netteté  du  corps,  des  -vêtements  et  de  l'habitation;  de  la 
bonne  tenue  des  rues  et  des  lieux  de  réunion  ;  de  l’éloigne¬ 
ment  des  matières  usées  ou  exerémentilielles. 

Une  maison  d’école  doit  être  saine  et  claire.  11  y  en  a  encore 
en  France  auxquelles  manquent  ces  deux  qualités  essentielles. 
A  chacune  d’elles,  il  conviendrait  d’adjoindre  un  lavabo  et 
une  salle  de  douches.  Un  vestiaire,  avec,  pour  chaque  élève,  un 
casier  où,, en  dehors  des  heures  de  classe,  sont  déposés  son 
sarrau'et  ses  chaussons,  pendant  tes  classes,  ses  chaussures  et 
ses  vêtements  d’extérieur. 

Une  école  doit  avoir  des  tables  et  un  parquet  cirés;  les  murs, 
blanchis  à  la  chaux  ou  à  la  peinture  à  l’eau,  doivent  être  entre¬ 
tenus  constamment  nets  par  des  blanchissages  fréquents.  Tout 
ce  nettoyage  doit  être  pratiqué  par  les  élèves,  pour  qu’ils 
sentent  la  nécessité  d’en  épargner  la  souillure.  Les  cactes, 
tableaux,  leçons  de  choses  seraient  mieux  à  leur  place  bien 
classés  dans  une  armoire,  d’où  les  élèves  les  sortiraient  eux- 
mêmes  pour  préparer  les  cours  auxquels  sert  ce  matériel  et  où 
ils  les  remettraient  en  ordre  dès  que  la  leçon  serait  terminée. 
Les  vieux  papiers  et  les  déchets  de  toute  espèce  seront  au  fur 
et  à  mesure  réunis  dans  un  récipient  et  brûlés  après  la  classe. 
Les  cabinets  doivent  attirer  tout  spécialement  l’attention  des 
maîtres.  C’est  là  que  la  souillure  est  la  plus  facile,  c’est  là  que 
la  surveillance  doit  être  la  plus  grande.  • 

Le  petit  nombre  des  enfants  en  bas  âge,  la  pénurie  de  per¬ 
sonnel  enseignant  vont  amener  la  suppression  des  écoles  de 
hameaux.  Il  faudra  donc  développer  les  cantines  scolaires  à  la 
campagne.  11  faudra  obtenir  que  celles  des  villes  deviennent 
l’objet  de  soins  particuliers. 

Les  écoles  ménagères  auront  un  rôle  tout  indiqué.  Les 
jeunes  enfants,  qui  à  peine  savent  manger  seuls,  doivent  être 
entourés  d’attentions  maternelles  de  la  part  des  petites  filles 
de  l’école  voisine. 

Enfin  nos  infirmières  qui  ont  su  montrer  pendant  la  guerre 
tant  de  dévouement  à  nos  blessés,  auront  à  cœur  de  contribuer 
encore  à  la  défense  sociale  en  exerçant  dans  les  écoles,  et  spé¬ 
cialement  dans  les  cantines,  l’œuvre  de  relèvement  hygiénique 
que,  mieux  que  personne,  elles  sont  à  même  de  poursuivre.  A 
côté  du  maître  il  faut  une  intendante  de  l’hygiène. 


[2851  PROGRAMME  DE  TRANSFORMa'tION  DE  lA  SOCIÉTÉ  80T 

Nos  établissements  d’enseignement  secondaire-  et  même 
d’enseignement  supérieur  ne  sont  généralement  pas  mieux 
tenus  que  les  écoles  primaires.  Ordinairement,  les  dortoirs 
sont  cirés,  mais  les  escaliers,  les  couloirs,  les  salles  de  classes 
et  d’études  ne  le  sont  jamais.  Les  tables  des  réfectoires,  même 
à  l’Ëcole  normale  supérieure,  ne[sont  jamais  garnies  de  nappes. 
L’ordre  et  la  bonne  tenue  ne  sont  l’objet  d’aucune  surveil¬ 
lance. 

Nous  devons  tendre  à  obtenir  que  les  maîtres  reçoivent,  lors 
des  inspections,  une  note  d’hygiène  chargée  d'un  fort  coeffi¬ 
cient.  D’autre  part,  nous  pourrions  prévoir  l’attribution  de  prix 
en  argent  à  décerner  aux  maîtres  dont  les  établissements  se 
distinguent  par  leur  bonne  tenue. 

Je  n’en  finirais  pas  si  je  voulais  entrer  dans  le  détail  de  toutes 
les  améliorations  qui  peuvent  être  apportées  à  l’étàt  actuel. 
Des  tracts  bien  rédigés  et  concis  peuvent  être  largement  répan¬ 
dus  pour  servir  de  guides  et  l’initiative  individuelle  se  chargera 
de  leur  développement.  Notre  rôle  sera  de  donner  à  ces  initia^ 
tives  la  plus  large  publicité.  ' 

'Vous  parlerai-je  des  casernes,  écoles  d’un  autre  ordre?  Il 
nous  faudra  obtenir  qu’elles  soient  ordonnées  et  propres.  J’ai 
vu  au  Brésil  des  casernes  qui,  comme  propreté,  laissaient  loin 
derrière  elles  quelques-uns  de  nos  hôpitaux. 

Je  vois,  pour  l’éducation  de  la  population,  deux  moyens  à 
employer  rapidement. 

1“  Utiliser  l’esprit  d’ordre  et  le  goût  de  propagande  que  pos¬ 
sèdent  les  femmes. 

A  notre  société  masculine  peut  être  adjointe  une  société 
féminine.  Des  cours  élémentaires  d’hygiène  précis,  clairs  et 
concis  peuvent  être  faits,  tant  à  Paris  que  dans  nos  groupe¬ 
ments  régionaux.  Il  appartiendra  aux  membres  de  notre  société 
de  faire  cet  enseignement  et  de  le  rédiger  pour  lui  donner 
toute  la  publicité  voulue. 

2“  Veiller  en  particulier  au  commerce  des  matières  alimen¬ 
taires,  surtout  de  celles  qui  sont  vendues  toutes  préparées  ou 
■  qui  se  consomment  crues. 

Nous  savons  combien  elles  sont  l’objet  de  peu  de  soins. 

Le  pain  est  censé  ne  pas  se  salir  ;  qu’il  tombe  on  le  ramasse, 
qu’il  se  macule  on  se  contente  de  le  brosser,  on  le  porte  sous 


.  S08  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE  [28ti] 

le  bras  avec  des  vêtements  sales,  des  mains  pas  lavées,  on  le 
dépose  sur  des  tapis  brosses  à  la  porte  des  cuisines,  etc. 

Les  gâteaux  après  être  sortis  du  four  sont  toujours  manipulés 
avec  lès  doigts.  11  en  est  de  même  des  produits  de  confiseries. 
Combien  les  tuberculeux  qui  toussent  dans  leurs  mains  vont-ils 
ensuite  déposer  de  bacilles  sur  ces  gourmandises  que  les 
enfants  ne  consomment  pas  sans  danger? 

Que  dire  aussi  de  ces  éventaires  où  se  vendent  soit  à  la  porte 
des  magasins,  soit  dans  les  rues,  soit  dans  les  squares,  des 
bonbons  ou  des  gbûters  destinés  aux  enfants?  Comme  les 
fruits  des  marchandés  des  quatre  saisons  ou  ceux  des  étalages 
disposés  sur  les  trotloirs,  ils  sont,  au  bout  d’une  heure  de  vent, 
recouverts  du  crottin  de  la  rue. 

N’y  a-  t-il  rien  à  faire  pour  lutter  contre  ces  habitudes?  J  ’estime 
que  si.  . 

La  loi  nous  défend  de  discréditer  les  maisons  mal  tenues, 
mais  elle  nous  permet  de  recommander  celles  dans  lesquelles 
la  manipulation  est  proprement  faite.  Comme  le  Touring-CIub, 
nous  pouvons  les  signaler  en  leut  délivrant  des  panonceaux 
très  apparents. 

Nous  pouvons  aussi  faire  fabriquer  des  voitures  ou  des 
paniers  à  couvercles  vitrés  et  les  confier  ou  les  louer  à  des  ven¬ 
deurs  spéciaux  qui  les  promèneraient  avec  des  affiches  en 
signalant  les  avantages. 

Je  ne  veux  pas  m’attarder  davantage  dans  l’exposé  d’un  pro¬ 
gramme  dont  je  vous  ai  assez  dit  pour  vous  en  faire  comprendre 
l’esprit.  Il  appartiendra  à  chacun  de  nous  d’en  proposer  le 
développement  en  même  temps  que  les  meilleurs  moyens  de 
le  répandre. 

Discussion. 

M.  LE  Président.  —  La  communication  deM.  le  D'" Marchoux  étend 
immédiatement  le  cadre  du  sujet  mis  à  l’ordre  du  jour. 

M.  Marchoux,  à  côté  de  la  question  posée  sur  les  moyens  de  faire 
pénétrer  et  d’appliquer  l’hygiène  dans  les  écoles,  met  en  discussion 
la  constitution  même  de  la  Société. 

11  y  a  là  une  double  question  dont  la  seconde  n’a  pas  été  prévue 
à  l’ordre  du  jour. 


[281]  PROGRAMME  DE  TRANSFORMATION  DE  LA  SOCIÉTÉ  809 

M.  Bonjean.  —  Il  y  a  grand  intérêt  à  mettre  en  discussion  laques- 
lion  de  l’hygiène  scolaire  à  la  Société  de  Médecine  publique,  et 
j’appuie  vivement  la  proposition  de  notre  collègue  M.  Marchoux. 

Je  désirerai  voir  compléter  le  programme  qu’il  vient  de  nous 
tracer  en  commençant  par  établir  les  conditions  que  doit  présenter 
la  maison  même  de  l’école,  le  type  de  l’école  salubre. 

Il  faut  inoculer  à  l’enfant  le  culte  de  la  propreté  et  la  crainte  de  la 
matière  fécale,  par  conséquent  abolir  ces  charniers  infects  qui  sont 
les  cabinets  d’aisances  des  écoliers,  qu’on  relègue  au  fond  des  cours 
comme  si  ces  endroits,  dès  leur  construction,  étaient  voués  aux 
odeurs  infectes,  aux  dépôts  en  surface  des  matières,  aux  cultures 
des  asticots  et  partant  des  mouches.  Souvent  les  cabinets  d’aisances 
peuvent  être  organisés  et  tenus  comme  ils  le  sont  dans  nos  appar¬ 
tements,  près  des  classes  même,  avec  un  lavabo  à  la  sortie. 

Nous  en  avons  vu  dans  des  écoles  communales  à  l’étranger,  il  n’y 
a  donc  rien  d’impossible  que  cela  soit  réalisé  chez  nous. 

Plus  de  ces  couleurs  de  matières  fécales  sur  les  murs  que  l’on 
voit  partout,  jusqu’ici  même  !  Cette  couleur  est  un  défi  à  la  propreté, 
une  prime  à  l’ordure  puisqu’elle  masque  les  maculations.  Des  cou¬ 
leurs  claires  qui  permettent  de  remédier  immédiatement  à  la  saleté. 
11  y  aura  lieu  également  d’envisager  la  désinfection  des  locaux 
scolaires  aûn  de  lutter  contre  la  propagation  de  la  tuberculose. 

Les  habitudes  de  propreté,  la  crainte  de  la  matière  fécale  seront 
apportées  au  foyer  par  l’enfant. 

L’enseignement  de  l’hygiène  à  l’école,  dans  une  école  salubre, 
c’est  la  vraie  façon  d’obtenir  des  résultats  féconds.  En  prêchant 
l’hygiène  devant  des  assemblées  convaincues  comme  cela  a  lieu 
généralement,  nous  faisons  une  œuvre  à  peu  près  stérile. 

M.  Granjüx.  —  Pour  faire  pénétrer  et  appliquer  l’hygiène  dans 
l’école,  il  me  semble  que  le  meilleur  moyen  est  de  supprimer  les 
erreurs  hygiéniques  ayant  cours  actuellement.  En  voici  une  qu’il 
serait  urgent  de  faire  disparaître. 

A  la  campagne,  les  enfants  forment  au  point  de  vue  de  l’hygiène 
scolaire,  deux  groupes  distincts  :  ceux  qui  prennent  le  repas  de 
raidi  dans  leur  famille  et  ceux,  dont  le  domicile  étant  trop  éloigné 
de  la  maison  d’école,  emportent  le  matin  leur  déjeuner  dans  un 
panier.  Ce  dernier  groupe  est  dans  des  conditions  d’hygiène  ali¬ 
mentaire  si  évidemment  inférieures  à  celles  du  premier,  que  nom¬ 
breux  sont  les  parents  qui  s’ingénient  à  trouver  le  moyen  de  faire 
déjeuner  au  bourg  leurs  enfants. 

Dans  cet  ordre  d’idées  nous  avons  vu  dans  une  commune  du 
canton  de  Nérondes  une  cantine  scolaire  bien  suggestive.  Tous 


810  SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBUQUE  [288J 

les  enïants  .sont  tenus  d’apporter  une  quantité  déterminée  da 
légumes,  pommes  dei  terre,  haricots,  etc.,,  qui  sont  déposés  à  la 
maison  d’école,  où  à, midi  un- repas  chaud  est  seryi  aux  enfants,  la 
commune  faisant  les  frais  de  la  cuisson  et  de  la  préparation.  Le 
résultat  est  des  plus  encourageants  et  des  plus  suggestifs.  Par 
contre,  les  conditions  regrettables  dans  lesquelles  se  trouvent  les 
ènfants  qui  ne  peuvent  rentrer  déjeuner  dans  leur  famillfe  ont  été 
exagérées  quand  pour  ces  petits  la  ration  de  pain  a  été  réduite  à 
200  grammes. 

Par  suite,  un .  certain  nombre  de  nourriciers  ont  demandé  à 
l’œuvre  Grancher  de  reprendre  ses  pupilles,  ne  voulant  pas,. 
disaient-ils,  voir,  souffrir  les  enfants  qui  leur  étaient  confiés.  D’autre 
part,  les  parents  de  ces  enfants  prennent  prétexte' du  moindre  inci¬ 
dent  pour  ne  pas  envoyer  leurs  enfants  à  l’école.  La  situation  est 
donc  fâcheuse  à  tous  les  points  de  vue. 

Il  y  a  là  un  enseignement  qui  s’impose  à  l’attention  surtout  au 
moment  où  la  grippe  sévit  si  cruellement  sur  toute  la  population  de 
la  France,  et  l’on  ne  peut  s’empêcher  de  penser  que  les  raisons 
hygiéniques  ayant  motivé  la  création  de  cantines  scolaires  dans  les 
villes  rendent  encore  plus  nécessaire  cette  organisation  à  la  cam¬ 
pagne,  d’autant  que  sa  réélisation  y  est  bien  plus  facile. 

Lé  Conseil  d’administration  de  la  Ligue  française  d’hygiène  sco¬ 
laire,  saisi  par  nous  de  cette  question,  a  été  unanime  pour  recon¬ 
naître  la  nécessité  des  cantines  scolaires  à  la  campagne.  Il  a  même 
fait  remarquer  que  ce  pourrait  être  un  moyen  d’amorcer  l’enseigne¬ 
ment  ménager  dont  l’organisation  s’impose  incontestablement  et 
est  réclamé  à  juste  titre. 

Dans  ces  conditions,  il  me  semble  que  notre  Société  pourrait,  elle 
aussi,  donner  son  adhésion  au  projet  de  réalisation  obligatoire  de 
cantines  scolaires  à  la  campagne  pour  les  enfants  demeurant  trop 
loin  de  l’école  pour  pouvoir  retourner  dans  leurs  familles  à  l’effet 
d’y  prendre  le  repas  de  midi. 

M.  Bezaült.  —  Je  suis,  pour  ma  part,  très  heureux  de  voir  porter 
cette  question  à  l’ordre  du  jour,  mais  je  la  vois  à  un  point  de  vue 
plus  large  que  notre  éminent  collègue  le  D'  Marchoux,  car  ce  n’est 
pas  seulement  l’hygiène  à  l’école  qu’il  s’agit  de  développer,  mais 
partout  en  général  ;  d’ailleurs  notre  collègue  en  convient  implicite¬ 
ment,  puisqu’il  nous  a  parlé  de  la  question  des  étalages*  et  de  la 
salubrité  des  habitations. 

Voilà  bientôt  vingt  ans  que  je  m’occupe  de  travaux  d’assainisse¬ 
ment  des  villes  —  j’ai  eu  l’occasion  de  discuter  des  questions  d’hy¬ 
giène  devant  de  nombreux  Conseils  ou  Commissions  d’hygiène. 


[2891  PROGRAMME  DE  TRANSFORMATION  DE  LA  SOCIÉTÉ  Slt 

devant  des  Commissions  techniques  —  je  fais  partie,  depuis  long¬ 
temps,  d’une  Commission  d’hygiène  d’un  arrondissement  et  du  Con¬ 
seil  d’administration  d’un  lycée  de  Paris. 

C’est  donc  par  expérience  que  j’ai  formé  l’opinion  que  je  me 
permets  de  vous  exposer. 

Avant  d’aller  plus  loin,  n’étant  pas  un  scientifique,  mais  un  simple 
industriel,  imbu  avant  tout  d’idées  pratiques  et  de réalisatio  ns,  jè 
vous  prie  de  m’excuser  par  avance,  pour  le  cas  où  je  froisserais  les 
opinions  de  certains  d’entre  vous,  mais  j’estime  que  la  guerre,  à 
certains  points  de  vue,  doit  nous  servir  de  leçons,  et  qu’il  a  été 
prouvé,  une  fois  de  plus,  qu’il  vaut  mieux  voir  tes  choses  telles 
qu’elles  sont  et  dire  ce  qu’on  croit  être  la  vérité,  plutôt  que  cher¬ 
cher  à  se  faire  illusion  à  soi-même. 

Vous  demandez  comment  on  pourrait  faire  pénétrer  et  appliquer 
l’hygiène  à  l’école  ? 

Vous  avouez,  par  là,  que  l’hygiène  n’est  pas  aussi  répandue  en 
France  qu’elle  devrait  l’être,  qu’elle  n’a  pas  la  place  qui  logique¬ 
ment  devrait  lui  revenir. 

Combien  de  fois  ai-je  moi-même  regretté  les  lacunes  existantes 
sur  les  pratiques  d’hygiène,  et  constaté  combien  nous  étions  en 
retard  sur  les  pays  voisins,  dont  la  mortalité  est  sensiblement 
moindre  que  la  nôtre  : 

Si  nous  en  étions  seulement  au  taux  de  mortalité  de  l’Angleterre,, 
nous  gagnerions  près  de  100.000  habitants  par  an;  cela  serait  pré¬ 
cieux,  après  le  cataclysme  que  nous  venons  de  subir. 

Combien  l’ignorance  des  masses  est  grande  sur  ce  sujet;  que  d’er¬ 
reurs  sont  commises  journellement!  L’éducation  est  entièrement  à 
faire  à  cet  égard. 

L’existence  du  mal  n’est  pas  douteuse  et  en  hygiène,  comme  en 
beaucoup  d’autres  choses,  la  meilleure  façon  de  le  guérir,  est  encore 
d’en  rechercher  les  causes,  en  remontant  à  la  source. 

Pour  mieux  faire  pénétrer  l’hygiène  à  l’école,  il  faut  des  moni¬ 
teurs.  Où  sont-ils  formés?  Où  sout  ceux  qui  devraient  être  formés 
par  les  médecins  ? 

D’ailleurs,  les  études  d’hygiène  faites  dans  les  Facultés  de  Méde¬ 
cine  en  dehors  des  questions  de  maladies  contagieuses,  sont  des 
plus  restreintes. 

Voyez  dans  la  liste  des  récompenses  à  l’Académie  de  Médecine 
celles  réservées  à  l’hygiène,  ne  représentant  pas,  loin  de  là,  la 
dixième  partie  de  la  totalité. 

On  peut  juger  par  cela  quelle  considération  est  faite  de  l’hygiène. 

L’hygiène  qui  constitue  un  moyen  préventif  et  devrait  à  ce  titre 
passer  avant  la  médecine  est  reléguée  au  dernier  plan. 


812 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[290] 


En  Angleterre,  aux  États-Unis,  en  Allemagne  chez  nos  cruels  enne¬ 
mis  eux-mêmes,  un  médecin  de  la  Sinté  publique  (oh  appelle  ainsi 
ceux»  qui  s’occupent  particulièrement  de  l’hygiène  des  habitants  de 
la  ville,  est  obligé,  en  dehors  de  ses  études  médicales,  de  faire  deux 
années  d’études  spéciales  sur  les  questions  d’hygiène. 

Il  y  a  quelques  années,  notre  regretté  collègue,  M.  le  D’'  Courmont, 
voulut  faire  admettre  ces  méthodes  à  Lyon  ;  il  se  heurta  à  des  bar¬ 
rières  infranchissables. 

Pour  améliorer  la  situation  et  entrer  dans  la  voie  du  progrès,  il  ^ 
ne  faudrait  pas  ci'aindre  de  modifier  certaines  parties  de  l’ensei¬ 
gnement  médical ,  afin  que  ceux  qui  doivent  être  des  chefs,  des  ini¬ 
tiateurs  en  hygiène  —  les  médecins  —  en  parlent  tous  avec  une 
assurance  inspirant  la  confiance  et  non  pas  avec  hésitation,  comme 
cela  arrive  parfois. 

Je  voudrais  voir,  pour  ma  part,  une  école,  un  Institut  d’hygiène, 
plus  grand  que  n’importe  quelle  Faculté,  car  le  sujet  est  des  plus 
vastes  :  tout  ce  qui  se  rattache  à  la  vie  touche  à  l’hygiène. 

En  résumé,  la  haute  direction  de  l’hygiène  .devant  appartenir  aux 
médecins,  j’estime  qu’il  serait  désirable  d’augmenter  sensiblement, 
dans  les  Facultés  de  Médecine,  les  études  d’hygiène  ou  de  créer 
entièrement  des  écoles  d’hygiène,  afin  de  former  des  professeurs, 
des  chefs  qui,  à  leur  tour,  formeraient  dans  les  écoles  primaires 
supérieures,  dans  les  écoles  secondaires  supérieures,  des  moniteurs 
d’hygiène  qui  iraient  répandre,  à  travers  le  pays,  les  bonnes 
pratiques,  pour  le  plus  grand  bien  de  la  l'ace. 

M.  Goldschmidt.  —  Voici  mon  avis  relatif  à  la  question  portée  à 
l’ordre  du  jour  ;  «  Cominent  pourrait-on  faire  pénétrer  et  appliquer 
l’hygiène  dans  l’école  ?  » 

Exiger  des  maîtres  et  des  maîtresses  d’écoles  qu’ils  possèdent  les 
notions  élémentaires  d’hygiène;  faire  rentrer  celles-ci  dans  le  cadre 
de  l’examen  pour  les  brevets  d’enseignement. 

Les  instituteurs  et  les  institutrices  devraient  :  1“  non  seulement 
être  obligés  d’enseigner  à  leurs  élèves  les  règles  de  l’hygiène,  mais 
les  appliquer  à  l’école  en  maintenant  les  locaux  dans  un  parfait 
état  de  propreté,  de  ventilation  :  2“  demander  d’autre  part  aux 
enfants  de  se  présenter  en  classe  bien  lavés  et  leurs  habits,  en  bon 
état .  Insister  pour  qu’eux  et  leurs  parents  se  plient  à  cette  règle,  et 
à  d’autres  encore,  en  démontrant  leur  importance  pour  le  maintien 
de  l’état  de  santé  dans  les  familles. 

Ce  serait  aux  médecins  inspecteurs  des  écoles  de  s’assurer  que 
l’enseignement  de  l’hygiène  est  donné  de  manière  à  porter  réelle¬ 
ment  des  fruits  à  l’école  et  au  dehors. 


[291]  PROGRAMME  DE  TRANSFORMATION  DE  LA  SOCIÉTÉ  SIS 

Il  ne  faut  pas  s’attendre  toutefois  à  un  résultat  immédiat,  à  cause 
de  l’indifférence,  de  la  mauvaise  volonté,  de  la  résistance  auxquelles 
on  se  heurtera  ici,  comme  dans  d’autres  cas  —  notamment  en  ce 
qui  concerne  la  vaccine  —  chez  beaucoup  de  parents  qui  n’admettent 
aucune  ingérence  dans  leur  manière  d’agir  et  de  vivre.  C’est  à  la 
longue  seulement,  quand  ceux  qui  auront  reçu  les  leçons  d’hygiène 
à  l’école  seront  d’âge  à  en  saisir  l’utilité,  que  l’on  pourra  en 
escompter  l’application. 

M.  Marié-Davy.  —  La  proposition  de  M.  Marchoux,,  relativement 
aux  modifications  à  apporter  à  la  Société,  est  du  plus  haut  intérêt. 

J’ai  l’honneur  d’être  membre  honoraire  d’une  société  d’hygiène 
anglaise  ;  Le  Royal  Institule  of  Public  Health  de  Londres. 

Cette  Société  considérable  possède  un  local  particulier,  des  labo¬ 
ratoires,  des  salles  de  cours.  Elle  fait  œuvre  d’enseignement  par 
des  cours  à  des  élèves  et  par  des  conférences  au  public.  Elle  distri¬ 
bue  des  diplômes.  C’est  en  réalité  un  institut  d’hygiène  qui  dispose 
de  fonds  importants  et  rayonne  sur  tout  l’empire  britannique. 

Il  serait  intéressant  de  se  procurer  les  statuts  de  celte  Société  et 
d’étudier  son  fonctionnement  et  ses  moyens  d’action. 

Beaucoup  de  nos  collègues,  d’ailleurs,  ont  eu  l’occasion  de  con¬ 
naître  le  Royal  Institute  lors  du  Congrès  qu’il  a  tenu  à  -Paris  en 
1913. 

M.  Fo.ntaine,  inspecteur  d' Académie.  —  Après  avoir  entendu  les 
précédents  orateurs,  je  me  félicite  tout  particulièrement  d’avoir 
été  délégué  par  M.  le  directeur  de  l’Enseignement  primaire  du 
ministère  de  l’Instruction  publique  pour  prendre  part  aux  travaux 
de  ta  Société.  Je  serai  heureux  d’enregistrer  les  avis  si  compétents 
qui  pourront. être  donnés  à  l’Administration  que  je  représente  et, 
en  échange,  d’apporter  les  indications  indispensables  sur  les  lois 
et  règlements  scolaires  ainsi  que  sur  le  fonctionnement  des  servi¬ 
ces,  si  l’on  veut  aboutir  à  des  réalisâtions. 

D’une  façon  générale,  je  ferai  remarquer  que  les  mesures  d'hy¬ 
giène  prévues  par  les  règlements  scolaires  s’accordent  avec  les  dési- 
dérata  qui  viennent  d’ètre  exposés,  mais  que  l'exécution  de  ces 
mesures  rencontre  sou  veut,  du  fait  des  autorités  locales,  des  obstacles 
insurmontables.  Quand  une  municipalité  use  de  tous  les  moyens 
d’atermoiement  possibles  pour  différer  la  construction  d’une  école, 
on  finit  quelquefois  par  se  contenter  des  locaux  qu’elle  consent  à 
édifier  pour  arracher  les  enfants  aux  taudis  dans  lesquels  ils  s’étio¬ 
laient.  L’entretien  des  immeubles,  tel  qu’il  est  prévu  par  les  règle¬ 
ments,  ne  s'obtient  que  bien  rarement.  L’administration  acadé- 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[292] 


■SU 

mique  est  pratiquement  désarmée  devant  certaines  oppositions  dont 
on  peut  citer  des  exemples  tÿpiques.  L'inspection  médicale  reste  à 
organiser  et  se  heurtî,  elle  aussi,  à  des  obstacles  dé  toutes  sortes 
dont  on  n’est  pas  encore  arrivé  à  triompher. 

Je  terminerai  en  affirmant  que  les  difficultés  de  la  tâche  ne 
Tendent  que  plus  nécessaires  les  efforts  préconisés  par  M.  le  docteur 
Marchoux. 

M.  le  D''  ÛESPEIGNES,  Directeur  du  bureau  d'hygiène  de  Chambéry 
(Savoie).  —  Vous  attirez  r'attention  des  membres  de  la  Société  sur  la 
question  de  l’enseignement  de  l’hygiène  à  l’école  et  vous  sollicitez 
leur  avis  sur  les  moyens  de  faire  pénétrer  et  appliquer  l’hygiène 
dans  l’école. 

•  Vous  me  permettrez  de  critiquer  la  méthode  consistant  à  envi- 
'sager  séparément  chaque  partie  de  l’hygiène,  de  telle  sorte  que  l’on 
n’arrivera  jamais  ainsi  qu’à  obtenir  quelque  chose  d’aussi  inCon- 
’stant  et  d’aussi  incohérent  que  ce  que  l’op  a  actuellement  ;  où 
l’hygiène  est  morcelée  entre  un  si  grand  nombre  de  ministères 
qu’il  n’existe  aucune  cohésion  èt  que  l’on  aboutit  à  un  échec 
absolu  de  tous  les  efforts. 

La  première  chose  à  faire,  à  mon  humhle  avis,  avant  d’envisager 
des  cas  piirticuliers,  serait  d’édifier  la  trame  solide  de  l’institution 
de  l’hygiène  en  France,  et  je  suis  persuadé  que  tout  est  à  faire  à  ce 
point  de  vue. 

La  mesure  la  plus  urgente  consisterait  donc,  selon  nmi,  à  créer 
sans  aucun  retard  le  ministère  de  l’Hygiène  èt  à  y  mettre  à  la  tête 
aion  pas  une,  personnalité  politique  qui  durerait  ce  que  dureràit  le 
reste  du  cabiiièt,  mais  un  hygiéniste Taarquant,  s’étant  signalé  par 
son  activité  et  son  initiative  heureuse  dans  l’organisation  de 
l’hygiène  : 

Je  réclamerais  la  presque  inamovibilité  pour  le  titulaire  de  ce 
portefeuille  qui  n’a  rien  de  politique,  pour  qui  la  régénération  de 
la  race  française  va  constituer  un  travail  de  longue  haleine,  et  pour 
l’entreprendre  il  faut  être  assuré  que  l’on  n’est  pas  à  la  merci  d’une 
crise  ministérielle. 

Je  réclamer  lis  aussi  une  compétence  incontestable  pour  le  titu¬ 
laire  de  ce  poste,  parce  que  j’estime  que  le  meilleur  des  chefs  est 
celui  qui,  au  besoin,  pourrait  remplacer  chacun  de  si  s  subordonnés  : 
c’est  la  meill'  Ure  garantie  qu’il  snura  se  rendre  compte  au  besoin  par 
luhmême  de  l’intelligence  et  du  zèle  de  ses  collaborateurs. 

Ces  collaburateurs  eux-mêmes  ne  doivent  pas  être  nommés  par 
proter.tion,  mais  on  doit  les  recruter  parmi  les  hygiénistes  ayant 
fait  preuve  d’activité  et  d’initiative. 


[293]  PROGRAMME  DE  TRANSFORMATION  DE  LA  SOCIÉTÉ  SIS 

C’est  du  ministère  de  l’Hygiène  que  doit  partir  le  mot  d’ordre  pour 
toute  la  France;  la  décentralisation  ici  n’est  pas  du  tout  souhaitable, 
et  c’est  à  elle  que  nous  devons  le  peu  de  résultats  obtenus  et  leur 
variété. 

Quels  sont  les  pouvoirs  publics  actuellement  en  matière  d’hygiène  ? 
Le  maire  et  le  préfet. 

Des  collaborateurs  et  des  conseils  leur  sont  adjoints  par  la  loi. 
Les  inspecteurs  départementaux  d’hygiène  et  les  directeurs  des 
bureaux  d’hygiène  d’une  part;  les  Commissions  sanitaires  et  les 
Conseils  départementaux  d’hygiène,  d’autre  part. 

Les  inspecteurs  départementaux  d’hygiène  sont  parfois  des  sujets 
très  distingués  nommés  au  concours.  Mais  comme  la  loi  n’a  prévu 
aucune  condition  pour  leur  recrutement,  il  se  peut  aussi,  que  ce 
soient  des  incompétents,  des  fonctionnaires  quelconques  pouvant 
même  remplir  fort  bien  leurs  autres  fonctions,  mais  que  rien  ne 
désignait  à  cet  emploi  pour  lequel  ils  n’ont  pas  la  moindre  aptitude. 

Les  directeurs  de  bureaux  d’hygiène,  au  contraire,  possèdent 
tous  une  compétence  certaine  reconnue  par  le  Conseil  supérieur 
d’hygiène  publique  de  France.  Tous  sont  entrés  dans  la  carrière 
avec  des  illusions  et  je  crains  bien  que  beaucoup  les  aient  vite  per¬ 
dues.  Ce  sont  les  seuls  qui  pourraient  parler  en  connaissance  de 
cause,  seuls  ils  devraient  donner  des  ordres  en  ce  qui  concerne 
Thygiène  ;  aussi,  avec  l’illogisme  qui  caractérise  la  plupart  des  lois 
françaises,  on  ne  leur  a  accordé  aucun  pouvoir  et  ils  ont  juste  le 
droit  de  s’abstenir,  sous  peine  de  voir  leur  prestige  réduit  à  néant, 
s’ils  s’obstinent  à  faire,  dans  l’intérêt  commun,  des  propositions 
qu’on  refuse  de  prendre  en  considération,  dans  un  intérêt  privé.  Ils 
sont  les  subordonnés  de  tout  le  monde  et  Ton  peut  parfois  noter 
cette  anomalie  qu’ils  sont  soumis  au  contrôle  d’inspecteurs  départe¬ 
mentaux  de  l’hygiène  qui  ne  pourraient  pas  être  nommés  à  leur 
place,  faute  de  titres  suffisants. 

Je  vais  aborder  la  question  des  assemblées  sanitaires  départe¬ 
mentales  et  je  tremble  un  peu,  car,  à  une  réunion  sanitaire  pro¬ 
vinciale,  pour  avoir  osé  critiquer,  avec  preuves  à  l’appui,  ces  orga¬ 
nisations,  j’ai  soulevé  l’indignation.  Je  risque  encore  une  fois  les 
foudres  de  mes  collègues,  car  j’ose  espérer  que  la  mentalité  fran¬ 
çaise  a  été  modifiée  par  les  quatre  années  d’épreuves  que  nous 
venons  de  subir  :  avant  la  guerre  on  traitait  de  mauvais  Français 
ceux  qui,  disant  la  vérité,  prétendaient  que  nous  n’étions  pas  prêts 
pour  la  guerre.  Je  pense  que  maintenant  on  pourra  dire  la  vérité 
sans  être  exposé  aux  invectives  de  ceux  qui  préfèrent  entendre  tou¬ 
jours  des  louanges  plutôt  que  des  vérités. 

Je  ne  connais  pas  la  composition  de  tous  les  conseils  départe- 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


[294] 


mentaux  d’hygiène  et  de  toutes  les  commissions  sanitaires  ;  je  suis 
persuadé  que  cette  composition  est  réellement  excellente  dans 
quelques  grandes  villes,  mais  je  serais  bien  étonné  si  dans  beau¬ 
coup  de  déparleraents  leur  compétence  était  bien  réelle. 

J’arrive  à  la  conclusion  de  cette  première  partie  de  ma  note  :  à 
mon  avis  il  y  a  urgence  à  créer  .un  ministère  de  l’Hygiène  qui  cen¬ 
traliserait  toutes  les  branches  éparses  de  notre  organisation  sani¬ 
taire  (armée,  marine,  colonies,  industrie,  travail,  écoles,  etc.),  qui 
aurait  à  sa  tête  un  ministre  stable  et  compétent  qui  pourrait  être 
désigné  par  le  Conseil  supérieur  d’hygiène  publique  de  France,  par 
exemple. 

Tous  les  collaborateurs  du  ministre  seraient  aussi  des  personnes 
compétentes  dans  une  branche  de  l’hygiène.  Enfin  l’application  des 
lois  de  l’hygiène  serait  totalement  enlevée  aux  maires  et  surtout 
aux  préfets  et  serait  confiée  à  des  fonctionnaires  sanitaires  compé¬ 
tents,  nommés  par  le  ministre  et  ne  dépendant  que  de  lui. 

Au  nombre  de^  ces  fonctionnaires  départementaux  se  placent  en 
premier  lieu  l’inspecteur  départemental  de  l’hygiène  et  en  deuxième 
lieu  les  directeurs  de  bureaux  d’hygièue  qui  pourraient  recevoir  une 
autre  appellation,  par  exemple  celle  de  sous-inspecteur. 

C’est  avec  le  concours  de  ces  fonctionnaires  que  devrait  s’orga¬ 
niser  l’enseignement  de' l’hygiène  dans  les  écoles. 

Il  est  évident  que  lion  ne  peut  songer  à  créer  des  professeurs 
d’hygiène  dans  toutes  les  écoles  en  France,  pas  même  dans  chaque 
chef-lieu  de  canton  ;  même  en  faisant  appel  au  concours  de  tous  les 
médecins  on  ne  parviendrait  pas  à  organiser  cet  enseignement,  car 
on  ne  pourra  jamais  obtenir  d’un  médecin  qu’au  moment  où  il 
devra  faire  son  cours,  il  abandonne  une  parturiente  ou  ne  réponde 
pas  à  l’appel  d’un  malade  gravement  atteint. 

Il  est  donc  nécessaire  d’avoir  recours  aux  institutrices  et  aux 
instituteurs  ;  mais  si  j’en  juge  par  la  façon  dont  les  unes  et  les 
autres,  ou  au  moins  la  plupart,  pratiquent  les  lois  de  l’hygiène,  il 
me  semble  qu’ils  n’en  connaissent  pas  lé  premier  mot  et  que  la  pre¬ 
mière  chose  à  faire  sera  de  leur  enseigner  l’hygiène  afin  qu’ils  l’ap¬ 
prennent  à  leurs  élèves. 

Si  tous  passaient  par  l’école  normale,  il  semble  qu’il  serait  suffi¬ 
sant  de  confier  l’enseignement  de  cette  matière,  dans  ces  écoles  nor¬ 
males,  à  un  hygiéniste,  et  l’inspecteur  départemental  d’hygiène  me 
semble  tout' indiqué  pour  avoir  le  titre  de  professeur  d’hygiène, 
tout  comme  l’inspecteur  départemental  des  services  agricoles  est 
professeur  d’agriculture. 

Mais  tous  les  instituteurs  ne  sortent  pas  de  l’Ecole  normale;  le 
moyen  de  les  instruire  tous  en  hygiène  consisterait  à  les  astreindre 


[293]  PROGRAMME  DE  TRANSFORMATION  DE  LA  SOCIÉTÉ  817 

à  quatre  ou  cinq  semaines  d’études  spéciales  avec  exercices  pra¬ 
tiques,  au  chef-lieu  du  département  de  l’arrondissement  pendant 
les  grandes  vacances.  Cours  et  travaux  pratiques  seraient  dirigés 
par  l’inspecteur  départemental  qui  serait  secondé  par  des  aides  et 
un  diplôme  de  fin  d’études;  accordant  certains  avantages  pécu¬ 
niaires  ou  d’avancement,  serait  .délivré  à  ceux  qui  subiraient  avec 
succès  l’examen  de  fin  de  conférences.  Les  instituteurs  seraient 
défrayés  par  l’Etat,  pendant  cette  période  d’instruction  spéciale. 

Outre  l’enseignement  élémentaire  de  l’hygiène  donné  à  tous 
dans  les  écoles  primaires,  primaires  supérieures,  ainsi  que  dans  les 
classes  de  l'enseignement  secondaire,  il  devrait  être  organisé  des 
cours  d’adultes  obligatoires  jusqu’^  dix-huit  ou  vingt  ans  dans  les¬ 
quels  l’hygiène  aurait  une  place  prépondérante  ;  on  ne  craindrait 
pas  notamment,  d’y  faire  traiter  dans, une  conférence  spéciale  faite 
autant  que  possible  par  un  médecin,  la  question  de  l’hygiène 
sexuelle  et  de  la  prophylaxie  des  maladies  vénériennes  ;  il  n’est 
que  temps  de  réagir  contre  les  préjugés  hypocrites  qui  concernent 
ces  questions,  dont  l’intérêt  ne  le  cède  en  rien  à  celles  qui  out 
trait  à  la  lutte  antialcoolique  et  à  la  lutte  antituberculeuse. 

Je  me  résume  :  programme  d’études  hygiéniques  élaborées  au 
ministère  de  l’Hygiène  comprenant  trois  degrés  : 

1»  Enseignement  élémentaire  pour  les  écoles  primaires  et  les  . 
petites  classes  des  lycées  et  collèges  ; 

2“  Enseignement  moyen  pour  les  écoles  primaires  supérieures, 
les  classes  élevées  des  lycées  et  collèges,  les  cours  d’adultes  obliga¬ 
toires  partout. 

Ces  deux  degrés  seraient  enseignés  par  les  professeurs  et  les 
instituteurs  assistés  parfois  de  médecins  ; 

3“  Enseignement  supérieur  puur  les  professeurs,  les  instituteurs  et 
les  élèves  d’écoles  normales,  pour  le  public  adulte.  Ce  degré  com¬ 
prendrait  des  exercices  pratiques;  l’enseignement  serait  donné 
pendant  les  grandes  vacances  et  comporterait  un  examen  de  fui 
d’études  avec  diplôme  spécial. 

11  serait  professé  parle  professeur  départemental  d’hygiène  et  par 
ses  subordonnés  immédiats,  chacun  dans  leur  subdivision  respec¬ 
tive. 

Nous  avons  vu  que  l’inspecteur  départemental  d’hygiène  aurait 
des  collaborateurs  également  hygiénistes. 

Il  lui  faudrait  encore  disposer  d’un  laboratoire  au  moins  régional, 
laboratoire  bien  outillé  et  pourvu  d’un  personnel  suffisant  et  assez 
rétribué  pour  pouvoir  se  consacrer  uniquement  à  ce  travail. 

Il  faudrait  aussi  qu’il  puisse  se  déplacer  avec  la  plus  grande  facl- 
Jité  en  perdant  le  moins  de  temps  possible;  une  automobile  devrait 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  PUBLIQUE 


I296I  _ 

4onc  être  constamment  à  sa  disposition,  aün  qu’il  ne  fût  passoumis- 
àun  'horaire  de  chemin  de  fer  insuffisant,  ne  lui  laissant  pas  le 
.  temps  nécessaire  pour  mener  une  enquête  à  fond,  robligeant  à 
perdre  inutilement  de  longues  heures  dans  une  gare,  pour  attendre 
un  train  en  retard. 

Mais  je  m’éloigne  de  pins  en  plus  du  sujet  et  je  m’attarde  à 
exprimer  des  désirs  qui  ne  se  réaliseront  sans  doute  jamais . 

Je  n’ai  pas  eu  la  prétention  de  faire  une  étude  approfondie  de  la 
question,  mais  seulement  d’exposer  d’une  façon  sommaire,  de 
quelle  manière,  à  mon  humile  avis,  on  pourrait  remédier  à  l’appau¬ 
vrissement  de  notre  population  etsauvegarder  l’avenir. . 

M.  LE  Président.  —  Vous  venez  d’entendre  différents  orateurs  au 
sujet  des  propositions  de  M.  Marchoux,  tendant  à-  une  orientation, 
nouvelle  de  la  Société. 

Je  pense  que  la  question  doit  être  renvoyée  au  Bureau  pour 
examen. 

La  question  de  l’hygiène  à  l’école,  qui  n’a  pu  être  traitée  à  fond, 
serait  reportée  à  une  prochaine  séance. 

Assentiment. 


La  séance  est  fermée  à  19  heures. 


Le  Secrétaire  général  adjoint, 
D'  Borne. 


Le  'Président, 

D''  J.  Renault. 


TABLE  DES  MATIÈEES 


ET  DES  NOMS  D’AUTEURS 


A 


Abris  parisiens  contre  les  bombar¬ 
dements  (Hygiène  des),  388. 

Alcool  solidifié  en  chirurgie  de 
guerre,  461.  Voy.  Asiles. 

Alcoolique  (Enseignement  anti) 
dans  les  écoles,  152. 

Alimentaire  (Hygiène),  vente  des 
spécialités  pharmaceutiques,  de 
la  saccharine,  des  produits  en 
poudre  et  de  la  confiserie-,  471.  — 
(Restrictions)  actuelles,  leur  effet 
sur  l’accroissement  en  poids  des 
enfants,  337, 372.  —  (Restrictions), 
384.  — (Réforme  de  la  ration)  du 
soldat,  612.  —  (Prescriptions  gé¬ 
nérales  de  salubrité  ^tendant  à 
prévenir  les  accidents  d'intuxica- 
tion),  199. 

Alimentation  des  troupes,  S70,‘697, 
748. 

Américaine  (IMission)  ;pour  la  lutte 
contre  la  tuberculose  en  France, 
299. 

Amibiase  (Petite  .épidémie  .d’)  aur 
le -front,  3Q4. 

Analyses  bactériologiques  des-uacnx 
de  boisson  (Valeur  comparée 

'  des),  184. 

Appareil  improvisé  pour  .la  désin¬ 
fection  par  la  vapeur,  191.  — 
à  sulfuration  pourdésinsectisation 
et  désinfection,  737. 

Arbinet.  Appareil  inaproviaé  pour 
la  désinfection  parla  vapeur,  191. 

Architecle-salubriste  (Concours  d’), 
en  1917-1-918  à  l’Ecole  spéciale 
d'architecture,  307. 

Armée  (Alimentation  de  1'),  570, 


612, 69'i,  748.  —  en  campagne  (Ma¬ 
laria  des),  599.  —  d’Orient  (Palu¬ 
disme  à  l'),' 481,  765. —américaine 
(Prophylaxie  des  maladies  véné¬ 
riennes  dans  1’),  773.  —  Voy. 
Maladies  vénériennes. 

Armement  antituberculeux  (Le  nou¬ 
vel),  556. 

Armistice  (Signature  de  1’),  763. 

Asiles  pour  buveurs  (Création  d’), 
709. 

AssUtance  maternelle  et  infantile 
dans  le  quartier  de  Plaisance,  707. 

Assistants  d’hygiène,  716. 

Aubertin.  Cardiaques  du  front  en 
1917,  458. 

Ay.me.  Paludisme  et  dragages  en 
Orient,  765. 

Azoolav.  Prophylaxie  des  maladies 
vénériennes,  32;t. 

Am.  Flore  Jiactécienne  de  l’intestin 
des  poissons,  617. 


B 


Baoeioni  SttvBSTRo.  Alimentation 
des  troupes  de  terre  itailieniies, 
612. 

Bahoeros.  Hygiène  dans  la^recon- 
struction  des  usines  après  la 
guerre,  ies  poussièces  inertes,  90. 
Barbier.  Prescriptions.générales  de 
salubrité ‘tendant  à  prévenir  les 
accidents  d’iutoxication  alimen¬ 
taire,  199.  —  Consommation, 
après  stérilisation,  des  viandes 
•saisies,  616. 

Babtow  et  Legeudre.  Chloration, 
procédé  de  stérilisdtioo  ('es  eaux 
par  le  chlore  . liquide,-. 1. 


TABLE  DES  MATIERES 


Beciimann.  Droit  à  l’eau  potable  ;  la 
vidange  service  public,  129, 134. 


Bblli.  Alimentation  du  marin  en 
Italie,  612. 


Benoist.  Essai  toxicologique  des 
eaux  de  boisson  en  campagne, 
460. 


Benoit.  Voy.  Gkenier  de  Cardenal. 
Besançon.  Prophylaxie  de  la  grippe. 


Bezadlt.  Water-closets  collectifs  à 
porte  ouverte,  112.,  —  Hygiène 
dans  les  écoles,  809. 

Biberons  de  cristal  (Intoxication  par 
les),  608. 

Bivouacs  permanents  et  sanatoria 
pour  paludéens,  481. 

Blaizot.  Voy.  Netter. 

Blanchard  (Décès  de  M™”),  322. 

Bi.anchetière  (De  la).  Hygiène  des 
abris  parisiens  contre  les  bom¬ 
bardements,  408.  —  Droit  à  l’eau 
potable,  la  vidange  service  public, 
729,  135. 

Blé,  610. 

Bombardements  (Hygiène  des  abris 
parisiens  contre  les),  388. 

Bonjean.  Hygiène  dans  les  écoles, 
801. 

Bonnette.  Fontaines  en  ciment  armé 
pour  l’eau  potable  javellisée,  463. 

Borne.  Droit  à  l'eau  potable;  la 
vidange  service  public,  131.  — 
Water-closets  collectifs  à  porte 
ouverte,  112. 

Bouchet.  Voy.  Fcchs. 

Bourdinière.  Les  leçons  de  la 
guerre  et  les  installations  d’eaux 
po^bles,  428.  —  Nouvel  arme¬ 
ment  antituberculeux,  556. 

Briau.  Histoire  sanitaire  du  Creusot 
depuis  la  mobilisation,  91. 

Brulé  et  Hazard.  Valeur  comparée 
des  analyses  bactériologiques  des 
eaux  de  boisson,  184. 

Bussière.  Paludisme  et  drainages, 
490.  —  et  VuizARD.  Bivouacs  per¬ 
manents  et  sanatoria  pour  palu¬ 
déens,  contribution  à  l’améliora¬ 
tion  de  l’hygiène  générale  de  l’ar¬ 
mée  d’Orient,  481. 

Buveurs  (Création  d’asiles  pour),  109. 


C 


Camescasse.  Lois  de  l’accroissement 
en  poids  des  enfants,  effets  des 
restrictiousalimenlairesactuelles, 
331,  312.  —  Prophylaxie  des  ma¬ 
ladies  vénériennes,  310.  —  Hj’- 
glène  des  ^bris  parisiens  contre 
les  bombardements,  403. 

Candiotti.  Air  du  cuirassé  moderne 
au  point  de  vue  bactériologique, 
462. 

Cardiaques  du  front  en  1917,  458 

Catgut  (Résorption  du),  302. 

Cathoire.  Crachoir  individuel  à 
couverture  et  fermeture  automa¬ 
tiques,  85. 

Chaires  de  clinique  de  la  tubercu¬ 
lose  dans  les  Facultés  de  méde¬ 
cine,  461.  —  de  clinique  des  ma¬ 
ladies  infectieuses  à  la  Faculté 
de  médecine  de  Paris,  116. 

Chaleur  (Résistance  des  éléments 
vivants  à  la),  525. 

Chantemksse  et  Jules  Renault.  In¬ 
structions  pour  la  lutte  contre  les 
moustiques  et  les  maladies  qu'ils 
transmettent,  219. 

Chaptal  (.M"«).  Assistance  mater- 
nfelle  et  infantile  dans  le  quartier 
de  Plaisance,  101. 

Chassevant.  Prophj'laxie  des  mala¬ 
dies  vénériennes,  101.  —  Usage 
du  savon  en  chirurgie  septique, 
158.  —  Enseignement  antial¬ 
coolique  daos  les  écoles,  156.  — 
Prophylaxie  des  maladies  véné¬ 
riennes  dans  l'armée  américaine, 
802.  —  Water-closets  collectifs, 
772. 

CHATELAIN  (M“e).  Voy.  JeANSELME. 

Chlore  liquide  (Stérilisation  des 
eaux  par  le),  1. 

Chloration  des  eaux  de  boisson, 
428. 

CiAURi  et  Ignaccolo.  Coloration  po¬ 
lychrome  du  sang  et  de  ses  para¬ 
sites,  451. 

Ciment  armé  (Fontaines  en)  ■pour 
l’eau  potable  javellisée,  463. 

Clinique  (Chaire  de)  de  la  tubercu¬ 
lose  dans  les  Facultés  de  méde- 


TABLE  DES  MATIÈUES 


cine,  467.  —  des  maladies  infec¬ 
tieuses  à  la  Faculté  de  médecine 
de  Paris,  716. 

Commission  sanitaire  des  pays 
alliés  (Travaii.'c  de  la),  570,  748. 

Conflserie  (Vente  des.  produits  de 
■  la),  47L 

Contagieu.Y  (Utilité  d’une  bonne  ven¬ 
tilation  permanente  dans  un  ser¬ 
vice  de),  518.  —  (Sortie  des  ma¬ 
lades)  des  formations  sanitaires, 
622. 

CoRSiNi.  Sachet  contre  les  poux, 
607. 

CoüTE.iUD.  Tétanos  et  tétanophobie, 
598. 

Crachoir  individuel  à  ouverture  et 
fermeture  automatiques,  85. 

Creusot  (Histoire  sanitaire  du)  de¬ 
puis  la  mobilisation,  91. 

Cuirassé  moderne  (Air  du)  au  point 
de  vue  bactériologique,  462. 

Cuivre  (Travail  du),  66. 


D 


Dage.  Prophylaxie  des  maladies  vé¬ 
nériennes,  371. 

Danysz.  Pathogénie  et  évolution 
de  la  diphtérie,  605. 

Décès  :  de  M.  Schneider,  95;  de 
M.  Lepage,  95;  de  M.  Mareschal. 
134  ;  de  M.  Perissé,  134  ;  de  M"»  r; 
Blanchard,  321;  de  M.  Sanchez 
Toledo,  478;  de  M.  Mosny,  478; 
de  M.  Maurel,  527. 

Désinfection  des  livres,  619.  —  par 
la  vapeur  (Appareil  improvisé), 
191.  —  (.\ppareil  à  sulfuration 
pour  désinsectisation  et),  737. 

Désinsectisation  (Appareil  à  sulfu¬ 
ration  pour)  et  désinsection,  737. 

Despeigses.  Enseignement  de  l’hy¬ 
giène  dans  lés  écoles,  812. 

Diphtériques  (Traitement  local  des 
porteurs  de  bacilles),  ^87. 

Diphtérie  (Pathogénie  et  évolution 
de  la),  605. 

Dispensaire  unique  pour  la  lutte 
contre  la  tuberculose,  et  les  ma¬ 
ladies  vénériennes,  329. 


Dragages  (Paludisme  et),  765.  V. 

Armée,  Paludisme. 

Duclot.  Travail  des  femmes  dans 
les  établissements  de  la  marine, 
300. 

Dysenterie  bacillaire  (Epidémie  de) 
dans  la  Somme,  456. 


E 


Eaux  (Stérilisation  des)  par  le 
chlore  liquide,  1.  —  potables  (Le¬ 
çons  de  la  guerre  et  installation  d’), 
428.  —  (Chloration  et  javellisation 
des),  428. —  (Etude,  des)  servant  à 
l’alimentation  de  la  garnison  de 
Bergerac,  432.  —  de  boisson  (Va¬ 
leur  comparée  des  analyses  bac¬ 
tériologiques  des),  184.  —  de 
boisson  en  campagne  (Essai  toxi¬ 
cologique  des),  460.  —  potable 
javellisée  (Fontaines  en  ciment 
armé  pour  1’),  463.  —  potable 
(Droit  à  1’),  723.  —  d’égout  de 
décantation  (Epuration  des),  620. 

Ecoles  (Enseignement  antialcoo¬ 
lique  dans  les),  152.  —  (Hygiène 
dans  les),  804.  —  (Enseignement 
de  l’hygiène  dans  les),  807. 

Ecole  spéciale  d’architecture.  Con¬ 
cours  d’architects-salubriste  en 
1917-1918,  307. 

Egout  (Epuration  des  eaux  d’)  de 
décantation,  620. 

Eléments  vivants  (Résistance  à  la 
chaleur  des),  595. 

Enfants  (Lois  de  l’accroissement 
en  poids  des),  effets  des  restric¬ 
tions  alimentaires  actuelles,  337, 
372.  —  (Le  tabac  et  T),  386. 

Enseignement  antialcoolique  dans 
les  écoles,  152.  —  de  l’hygiène  à 
l’école,  807. 

Epithéliomatuse  multiple  dissémi¬ 
née  des  ouvriers  manipulant  le 
goudron,  417. 


Faivre.  Prophylaxie  des  maladies 
vénériennes,  99,  363,  371,  801.  — 


TAB,LE  DES  MATIÈRES 


Hygiène  des  aliria  parisiens  con¬ 
tre  les  bombardements,  410.  — 
Paludisme,  et  dragages,  "65. 

Familles  nombreuses  (Logement 
des),  465. 

Farine  i  Composition  normalediaf;la), 
610.—  (Intoxication  par  les),  614. 

Faogèhe.  Etude  des  eaux  servant 
à  l’alimentation  de  la  garnison  de 
Bergerac,  432. 

Femmes  (Travail- des)  dans  les  éta¬ 
blissements  de  la  marine,  300. 

Fontaihe.  Hygiène  dans- les  écoles, 
gl'2.. 

Fontaines  en.  ciment  anmé  pour 
l’eau  potable  jaTéllisée,  463. 

PoBEST.  Droit  à  l’eau:  potable,  la.  vi¬ 
dange-  service  public,  733. 

Formations  sanitaires  (Sortie  des 
malades  contagieux  des),  621. 

Fosses  d’aisances  (Nécessité  d’as¬ 
surer  la  vidange  régulière  des), 
515.  — >  à  fiimier.  sans  moucbes, 
563.  V.  Vidange; 

Füchs  et  Boüchet.  Petite  épidémie 
dl amibiase  sur  le.£r.out,  3ü4. 

Fumier.  (Fosse  è)  sans  mouches,  553. 

Fusées  (Intoxications  par- le  cuivre 
chez  les.  ouvrières  labriquant  des 
corps.de),  66. 


Gauppe.  R'ésistance  à  la  chaleur 
des  éléments  vivants,  595. 

Gandillon.  'ftfater  closets'  collectifs, 
système  de  la  porte  ouverte,  770. 

Gaudt.  Maladies  vénériennes  à 
l’armée,  601. 

Gaz  (Lutte  contre  les)  et  l’hypérite, 

Ginestoüs.  Acuité  visuelle  profes¬ 
sionnelle  du  soldat,  618. 

Goldschmidt.  Paludisme  et  dragages, 
768.  —  Hygiène  dans  les  écoles, 
811. 

Goudron  (Epithéliomatose  multiple 
disséminée  des  ouvriers  manipu¬ 
lant  le),  417. 


Goris  et  Holland.  Résorption  du 
catgut,  302. 

Güuin..  Prophylaxie  des  maladies 
vénériennes  dans  l’armée  améri¬ 
caine,  773. 

Grall.  Malaria  des  armées  en  canj- 
pagne,  599. 

Granjdx.  La  tabam  et  l'enfant,  386, 
^ —  Droit  à  l’èau  potable,  la  vi¬ 
dange  service  public,  733.  — Pro¬ 
phylaxie  des  maladies  véné¬ 
riennes,  96,  101,  370.  —  Hygiène 
dans:  les  écoles,  808.  —  'Waterr 
closets  collectifs,  771. 


Grenier  de  Cardenal,  Leorano.  et 
Benoit.  Trois  nouveaux  cas  de 
rage  chez  l’homme,  606. 


-  à  Paris,  543. 


Gcerbet.  Intoxication  saturnine  par 
les  biberons  de  cristal,  608. 


Güilhahd.  Service  de  la  vaccination 
à  Paris  en  1916,  88. 


H 


Haoüenac.  Voy.  Loyone. 

Habitations  à.  bon  marché  (Vœux 
de  la  Société),  322, 324.  —  (Ihdem- 
nité  d’impôt  pour  les),  324  ;  pen¬ 
dant  et  après  la  guerre,  136.  — 
(Vœux  de  la  Société  de  médecine 
publique  etdegéniesanitaire),  152. 

Hazaru.  Voy.  Brulé. 

Hérelle  (Expérimentation  de  la 
méthode  d’)  au  Maroc  contre 
Schistocerca  pèragiina,  451. 

Hôpital  ^Utilité  d’une  bonne  venti¬ 
lation.  permanente  dans  un  ser- 
■vice  de  contagieux  à  T’),  518. 

Hygiène  à  l’école  (Enseignement 
de  T),  807. 


I 


lONACCOLO.  Voy.  ClAÜHI. 
Incorporation  (Influence  des  dates 
d’)  sur  la  morbidité  et  la  morta¬ 
lité  des  jeunes  soldats,  213. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


823 


lâflueaza  à  Paris  en  19i8,  543.  Voy. 
Grippe. 

Intoxication  alimentaire  (Prescrip¬ 
tions  générales  de  salubrité  ten¬ 
dant  à  prévenir  les  accidents  d’), 
V99,  —  par  les  farinfes,  61:4.  —  par 
le  plomb  des  biberons  de  cristal, 
■608. 


J 


Javellisation  des  eaux  de  boisson, 
428.  V.  Eaux,  Gblore,  Chloration. 
Jeansblmr  et  Ghaielaxn.  Epi-- 
déuiie  de  syphilis  tâmiliaLe,  602. 


K 


Kebdrel  (De).  Voy.  Ravadt. 

Kern.  Hygiène  des  abris  parisiens 
contre  les  bombardements,  4ii2, 
407.  —  Droit  à  l'eau  potable,  vi¬ 
dange  service  public,  726. 

Kohn-Abhesï.  Prophylaxie  des  ma¬ 
ladies  vénériennes,  372.  —  Re¬ 
strictions  alimentaires,  383.  —  Le 
tabac  et  l'enfant,  387. 

Kroli'nitzky.  Voy.  Ravaüt. 


L 


Lapicque.  Quelques  principes  phyr 
sioiogiques  pour  une  politique  de 
ravitaillement,  161. 

Legendre '(René).  Voy.  Bartow. 
Legrand.  Voy.  Grenier  de  Car- 

DENAL. 

Le  Moignic  et  Sézart.  Lipo-vaccin, 
597. 

Lepage  (Décès  de  M.),  93. 

Lhéritier.  Voy.  Sergent. 
Lipo-vaccin,  597. 

Livrés  (Désinfection  des),  6ijj. 
Logement  populaire  (Amélioration 
dii)  et  institution  d’offices  pu¬ 
blics  d'habitations  à  bon  mapcné, 


711.  — des  familles  nombreuses, 
465. — Voy.  Habitations. 

Lotgne  et  Haouenal".  Epidémie  de 
dysenterie  bacillaire  dans  la 
Somme,  436. 

Lochon.  Appareil  nouveau  à  sulfu¬ 
ration,  pour  désinsectisation  et 
désinfection,  737:. 

Loyers  (Législation,  sur  les),  324. 


M 


Maladies  vénériennes  'Prophylaxie 
des), .96,  101,  370,  773; 

Malaria  des  armées  en  campagne, 
599.  Voy.  Paludisme. 

Maraouano.  Tuberculose  et  méde¬ 
cine  militaire,  449. 

Marchoux.  Paludisme  et  dragages, 
768.  —  Water-closets  collectifs  à 
porte  ouverte,.  771.  —  Projet  de 
transf6rmation.  de'  la.  Société  de 
médecine  publique  et  de  génie 
sanitaire,  816'.  ^ 

Maresciial  (Décès  de  M.),  134. 

Marié-Davt.  Restrictions  alimen¬ 
taires,  383.  —  Hygiène  des  abris 
parisiens  contre  les  bombarde¬ 
ments,  388.  —  Nécessiié  d'as¬ 
surer  la  vidange  régulière  des 
fosoes  d!aisances,  315.  —  Droit  à 
l'eau  potable;  la  vidange  service 
public,  723.  —  Hygiène  dans  les 
écoleSi  811. 

Maurel.  Contribution  èt  l'étude  de 
la  pomme  de  terre,  sa  valeur 
alimentaire,  son  utilisation  pour 
la  panification,  t04.  — (Décès  de 
M.),  527. 

Mémoires.  MM.  Edward  Bartow  et 
René  Legendre,  Chloration,  pro¬ 
cédé  de  stérilisation  des  eaux 
par  le  chlore  liquide,  1.  —  MM. 
Netter  et  Blaizot,  Note  sur  quel¬ 
ques  cas  de  typhus  éxanlbé- 
matique  à  Paris,  difficulté  du 
diagnostic  pour  un  médecin  non 
prévenu,  efficacité  des  mesures 
préventives,  existence  d’untyphus 
endémique  bénin,  30.  —  M.  Pé- 
trovitch ,  Tuberculose  pulmo¬ 
naire  chez,  les  réfugiés  serbes 
en  France,  51.  —  M.  Peigney, 


'MI3LE  DES  MATIÉUES 


Travail  du  cuivre,  observations 
recueillies  chez  les  ouviiéres  fa¬ 
briquant  les  corps  de  fusées,  66. 
—  M.  Cathoire,  Crachoir  indivi¬ 
duel  à  ouverture  et  fermeture  au¬ 
tomatiques,  85.  —  M.  Lapicque, 
Quelques  principes  physiologi¬ 
ques  pour  une  politique  de  ra¬ 
vitaillement,  161.  —  MM.  Brulé 
et  Hazard,  Valeur  comparée  des 
analyses  bactériologiques  des 
eaux  de  boisson,  184.  —  M.  Ar- 
binet.  Appareil  improvisé  pour 
la  désinfection  par  la  vapeur, 
191.  —  M.  Barrier,  Piescrip- 
tions  générales  de  salubrité  ten¬ 
dant  à  prévenir  les  accidents 
d'intoxication  alimentaire,  190.  — 
Etude  comparée  des  maladies  con¬ 
tagieuses  pendant  les  sept  pre¬ 
miers  mois  de  service  chez  les 
jeunes  soldats  des  classes  1917- 
1918  depuis  leur  incorporation 
jusqu’à  leur  départ  pour  la  zone 
des  armées;  influence  des  dates 
d’incorporation  sur  la  morbidité 
et  la  mortalité  des  jeunes  soldats, 
213.  —  Instructions  générales  sur 
l’hospitalisation  des  militaires 
tuberculeux  et  décisions  consé¬ 
cutives  à  leur  traitement,  227. 

—  MM.  Ghantemesse  et  Jules  Be- 
nault.  Instruclion  pour  la  lutte 
contre  les  moustiques  et  les  ma¬ 
ladies  qu’ils  transmettent,  279.  — 
M.  Thibiergp,  Epithéliomatose 
multiple  disséminée  des  ouvriers 
manipulant  le  goudron,  417.  — 
M.  Wurtz,  Vaccination  précoce 
des  nouvesumés,  426.  —  M.  Bour- 
dinière.  Les  leçons  de  la  guerre 
et  les  installa’lions  d’eau  po¬ 
table,  428.  —  M.  Faugère,  Elude 
des  eaux  servant  à  l’alimentation 
de  la  garnison  de  Bergerac,  432. 

—  M.  Bezançon.  Prophylaxie  de  la 
grippe,  529.’ —  M.  Itenault,  Grippe 
dite  espagnole  qui  sévit  en  Suisse, 
540.  —  M.  Netter,  L’épidémie  d’in- 
Uuenza  de  1918,  543.  —  MM.  Ser¬ 
gent  et  Lhéritier,  Fosse  à  fumier 
sans  mouches,  353.  —  M.  Bourdi- 
nière.  Le  nouvel  armement  anti¬ 
tuberculeux  et  le  concours  du 
corps  médical,  l’utilisation  de 
certains  hôpitaux  communaux 
comme  stations  sanitaires,  556.  — 
M.  Navarre,  Création  d’uu  mi¬ 
nistère  de  la  santé  publique,  628. 

—  M.  Trillat,  Uôle  de  l’air  expiré 
dans  la  transmission  des  mala¬ 


dies,  644.  —  M.  Pinard,  Protec¬ 
tion  maternelle  et  infantile  pen¬ 
dant  la  quatrième  année  de 
guerre  dans  le  Camp  retranché  de 
Paris,  649.  —  M.  Lochon,  Appa¬ 
reil  nouveau  à  sulfuration  pour 
désinsectisation  et  désinfection, 
737. 

Mebi.in.  Enseignement  antialcoo¬ 
lique  dans  les  écoles,  156. 

Mignot.  Evolution  de  la  paralysie 
générale  chez  les  officiers  com¬ 
battants,  301. 

Militaires  tuberculeux  (Hospilali- 
sation  des)  et  décisions  consécu¬ 
tives  à  leur  traitement,  227.  — 
(OEuvre  des  Comités  départemen¬ 
taux  d’assistance  aux),  561.  Voy. 
Armée. 

Mission  américaine  pour  la  lutte 
contre  la  tuberculose  en  France, 
299. 

Mosny  (Décès  de  M.),  478. 

Mouches  (Fosse  à  fumier  sans),  533. 

Moustiques  (Instructions  pour  la 
lutte  contre  les)  et  les  maladies 
qu’ils  transmettent,  279. 


Nav.vbbe.  Création  d’un  ministère 
de  la  santé  publique,  625. 

Netteb.  Epidémie  d’influenza  à 
Paris  en  1918,  543.  —  et  Blaizot. 
Typhus  exanthématique  à  Paris, 
30. 

Nogieb.  Alcool  solidifié  en  chi¬ 
rurgie  de 'guerre,  461. 


O 


Officiers  combattants  (Evolution  de 
la  paralysie  générale  chez  les), 
301. 

Ordures  ménagères  (Enlèvement 
des),  515,  723. 

Organisation  médicale  dans  les  ré¬ 
gions  libérées,  715. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Duvriers  manipulant  le  goudron 
(Epithéliomatose  muUiple  dissé¬ 
minée  des',  il7. 


P 


Paludisme  (Epidémiologie  et  pro- 

•  phytaxie  du)  en  Algérie  en  1914 
et  1915,  305.  —  d'Orient  vu  à 
Marseille,  450.—  et  dragages,  765. 
—  et  drainage  dans  la  région 
d’Eksissu,  490. 

Paludéens  (Bivouacs  permanents  et 
sanatoria  pour)  à  l’armée  d'Orient, 
481. 

Panification  (Utilisation  de  la 
pomme  de  terre  pour  la),  104. 

l'.\QUET.  Défense  départementale 
contre  la  tuberculose,  325. 

Paralysie  générale  (Evolution  de 
la)  chez  les  officiers  combattants, 
301. 

Pabexty.  Habitations  à  bon  marché 
pendant  et  après  la  guerre,  150. 

Peigney.  Travail  du  cuivre,  66. 

Pelades  et  tératologie  dentaire,  452. 

Pébissé  (Décès  de  M.j,  134. 

Pétbovitcii.  Tuberculose  pulmo¬ 
naire  chez  les  réfugiés  serbes  en 
France,  31. 

Plicqck.  Intoxication  par  les  fa¬ 
rines,  614. 

Plomb  (Intoxication  par  le)  par  les 
biberons  de  cristal,  608. 

Poids  des  enfants  (Lois  d'accroisse¬ 
ment  en),  effets  des  restrictions 
alimentaires  actuelles,  337. 

Poissons  (Flore  bactérienne  de  l’in¬ 
testin  des),  617. 

Pomme  de  terre  (Valeur  alimen¬ 
taire  de  la)  et  son  utilisation  pour 
la  panification,  104. 

POTEL.  Typhus,  603. 

Poux  (Sachet  contre  les),  607. 

Produits  en  poudre  (Vente  des),  471. 

Poussières  inertes,  90. 

l'ubllcité  murale  (Tuberculose  et). 


Rage  chez  l'homme,  006. 

Hagazzi.  Désinfection  des  livres, 
019. 

Rajat.  Prophylaxie  des  maladies 
vénérienne.s  aux  armées,  orga¬ 
nisation  et  fonctionnement  de 
conférences  avec  projections  lu¬ 
mineuses,  311. 

Rayai  t,  DE  Kerdrel  et  Kkolunitsky. 
Paludisme  d’Orient  vu  à  .Marseille, 
450. 

Ravitaillement  (Quelques  principes 
physiologiques  pour  une  poli¬ 
tique  de),  161. 

Régions  libérées  (Organisation  mé¬ 
dicale  dans  les),  715. 

Renaui-t.  Utilité  d’une  bonne  venti¬ 
lation  permanente  dans  un  ser¬ 
vice  de  contagieux,  518.  —  Grippe 
dite  espagnole  en  Suisse,  540.  — 
Allocution  à  l’occasion  de  la  si¬ 
gnature  de  l'armistice,  763.  — 

■Voy.  ClIAXTEMESSE. 

Restrictions  alimentaires,  384.  — 
alimentaires  actuelles  (Effet  des) 
sur  l’accroissement  en  poids  des 
enfants,  337,  372. 

Rho.  Réforme  de  la  ration  alimen¬ 
taire  du  soldat,  612. 

RiaoT.  Prophylaxie  des  maladies 
vénériennes,  103. 

Richoc.  Paludisme  et  dragages,  765. 
—  Prophylaxie  des  maladies  vé¬ 
nériennes  dans  l'armée  ainéri- 

Risi.er  (Georges).  Les  habitations  à 
bon  marché  pendant  et  après  la 
guerre,  136.  —  Droit  à  l’eau  po¬ 
table.  la  vidange  service  public, 
730. 

Rollaxd.  Voy.  Goris. 

Roskam.  Traitement  local  des  por¬ 
teurs  de  bacilles  diphtériques,  87. 


S 


Sabouraud.  Pelades  et  tératologie 
dentaire,  452. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


82fi 


Saccharine  (Vente  de  la),  471. 
S.tLMBENI.  Voy.  WlUAL. 

Sanatorla  pour  paludéens  à  l’armée 
d'Orient,  481. 

S.A.NCHEz  Toledo  (Décès  de  M.),  478. 
Sang  (Coloration  polychrome  du)  et 
de  ses  parasites,  451. 

Savon  (Usage  du)  en  chirurgie 
septique,  ISS. 

Scelba-Sandesky.  Travail  mental, 
457. 

ScuxEiDER.  (Décès  de  M.),  95. 
Sergent  (EoMONn  et  Etienne).  (Epi¬ 
démiologie  et  prophylaxie  du  pa¬ 
ludisme  en  Algérie  en  1914  et 
1915,  305. 

Sergent  (Ed.bond)  et  Lhéritier.  Fosse 
à  fumier  sans  mouches,  553. 
Séz'ary.  Voy.  Le  Moignic. 


Société  de  médecine  publique  et 
de  qénie  sanitaire.  Séance  du 
26  décembre  1917,  93,  95.  — 
Séance  du  23  janvier  1918,  133. 
—  Séance  du  27  févriér  1918, 
313,  321.—  Rapport  financier, 

—  Séance  du  27  mars,  362.  — 
Séance  du  24  avril,  388.  —  Séance 
du  22  mai.  477.  —  Séance  du 


tobre  1918,  723.  —  Séance  du  27  no¬ 
vembre  1918,  763.— (Programme 
de  transformation  de  la),  816. 


Soldats  (InHuence  des  dates  d’in¬ 
corporation  sur  la  morbidité  et 
la  mortalité  des  jeunes),  .212.  — 
(Acuité  visuelle  professionnelle 
du),  618.  Voy.  Armée. 

Spécialités  pharmaceutiques  (Vente 
des),  471. 

Stérilisation  des  eaux  par  le  chlore 
liquide,  1.  Voy.  Eaux.  —  des  ■ 
viandes,  616. 

Sulfuration  (Appareil  à)  pour  dé¬ 
sinsectisation  et  désinfection,  737. 

Syphilis  familiale  (Epidémie  de), 
602.  —  Voy.  Maladies  vénériennes. 


T 

Tabac  (Le)  et  l’enfant,  386. 


Terrassements  (Paludisme  et',  490, 
765. 

Tétanos  et  tétanophobie,  598. 

l'iUBiERGE.  Epithéliomatose  multiple 
disséminée  des  ouvriers  manipu¬ 
lant  le  goudron,  417. 

Thierry  (Henry).  Hygiène  des  abris 
pirisiens  contre  les  bombarde¬ 
ments,  409. 

Travail  des  femmes  dans  les  éta¬ 
blissements  de-la  marine,  300. 

Travail  du  cuivre,  66.  —  mental, 
457. 

Trillat.  Rôle  de  l’air  expiré  dans 
la  transmission  des  épidémies, 
644. 

Troupes  (.Alimentation  des),  570, 
698,  748.  Voy.  Armée,  Soldat. 

Tuberculose  (Chaires  de  clinique 
de  la)  dans  les  Facultés  de  méde¬ 
cine,  167.  —  (Œuvre  des  comités 
départementaux  d’assistance  au.x 
militaires),  561.  —  et  publicité 
murale,  625.  —  (Défense  départe¬ 
mentale  contre  la),  325.  —  Un 
seul  et  même  dispensaire  comme 
moyen  de  lutte  à  la  fois  contre 
la)  et  les  maladies  vénériennes, 
329.  —  et  médecine  militaire,  449. 
—  chez  les  réfugiés  serbes  en 
France, 151.  —  en  France  (Mission 
américaine  pour  la  lutte  contre 
la),  299.  —  (Hospitalisation  des 
militaires)  et  décisions  consécu¬ 
tives  à  leur  traitement,  227. 

Typhoïdique  (Vaccination  mixte 
anti)  et  antipara-typhoïdique  .A  et 
B  par  une «eule. injection,  448. 

Typhus,  603.  —  exanthématique  à 
Paris,  30. 


U 

Usines  (Reconstruction  des)  après 
la  guerre,  90. 


V 

Vaccinations  antityphoïdiques  et 
antiparatyphoïdiques  A  et  B  par 


TABLE  DES  MATIÈRES 


827 


une  seule  injection,  448;  par  le 
lipo-vaccin,  597,  —  contre  la  va¬ 
riole  (service  de  la)  à  Paris,  en 
1910, 88;  précoce  des  nouveau-nés, 
4-26, 

Vklu.  Deu.vième  campagne  d'expé¬ 
rimentation  de  la  méthodè  d'Hé- 
relle  contre  Schislocerea  pere- 
prina,  454. 

Vénériennes  (Prophylaxie  des  ma¬ 
ladies),  96,  523.  —  (Dispensaire 
unique  pour  la  lutte  contre  la  tu¬ 
berculose  et  les  maladies),  329.— 
(Résolutions  relatives  à  la  prophy¬ 
laxie  des),  363.—  (Prophylaxie  des 
maladies)  aux  armées,  organisa¬ 
tion  et  fonctionnement  de  confé¬ 
rences  avec  projections  lumi¬ 
neuses,  511.  —  à  l’armée,  601.  — 
(Prophylaxie  des  maladies)  dans 
l’arraée  américaine,  773. 

Ventilation  -permanente  dans  un 
service  de  contagieux  (Utilité 
d’une),  518. . 

Viandes  •  saisies  (Consommation 
a  près  ,  stérilisation  des),  616. 

Vidange  régulière  des  fosses  d’ai¬ 
sances  (Nécessité  d’assurer  la), 
515.  —  Service  public,  723, 


^'INCEY.  Vidange  des  fosses  et  ad¬ 
ductions  en  eau  potable,  721. 

Violette.  Un  seul  et  même  dispen¬ 
saire  comme  moyen  de  lutte  à  la 
fois  contre  la  tuberculose  et  les 
maladies  vénériennes,  329. 

Visuelle  (Acuité!  professionnelle  du 
soldat,  618. 

ViTOüx.  OEuvre  des  Comités  dépar¬ 
tementaux  d’assistance  aux  mili¬ 
taires  tuberculeux,  561.  —  Tuber¬ 
culose  et  publicité  murale,  628. 

VixzAHD.  Voy.  Bussièbe. 


w 


Water-closets  collectifs,  système  de 
la  porte  ouverte,  770. 

Win.iL  et  S.vLuiBExi.  Vaccination 
mixte  antityphoïdique  et  antipa¬ 
ratyphoïdique  A  et  B  par  une 
seule  injection,  448. 

VVuBTz.  Vaccination  précoce  des 
nouveau-nés,  426. 


TABLE  DES  FIGURES 


1.  Appareil  de  Darnell  pour  la  chloration  des  eaux .  i  l 

2.  Appareil  de  Leavitt-Jackson .  12 

3.  Appareil  de  l’Electro  Blanching  Gaz  Company .  13 

4-3-6.  Appareil  Wallace  et  Tiernan . 14,  16,  \1 

1.  Graphique  dé  chloration  obtenue  à  Stanford  (Gonn.) .  IK 

8.  Camion  automobile  Wallace  et  Tiernan  pour  la  chloration  de 

l’eau  en  campagne .  lü 

9.  Schéma  de  l’installation  d’expérience  du  Laboratoire  dé  phy¬ 

siologie  du  Muséum .  21 

lû-n.  Graphiques  de  la  température  dans  des  cas  de  typhus  exan¬ 
thématique,  à  Paris  ......  33,  34,  36,  38,  40,  46,  47,  48 

18-22.  Appareil  improvisé  pour  la  désinfection  par  la  vapeur  .  191,  197 
23-27.  Accroissement  en  poids  des  enfants,  effet  des  restrictions 


alimentaires  actuelles .  340,  3.3.S 

28-40.  Répartition  du  paludisme  et  drainage  en  Grèce .  492,  511 

41-42.  Fosse  à  fumier  sans  mouches .  534,  353 


43.  Appareil  à  sulfuration  pour  désinsectisation  et  désinfection  .  737 


Pans.  —  J..  Mahktueux,  imprimeur,  1,  rue  Casselle.